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Full text of "Li romans d'Alixandre"

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Sec     'bcjU   e  ^ 


BIBLIOTHGK 


DEB 


LITBRARISGHESI  VBREINS 


in  Stuttgart. 
Xlli. 


Stuttgart. 

Gedruckt  auf  Koslen  des  literarischen  Vereins. 

1846. 


LI 

ROMAJVS  D'ALIXANDRE 

PAR 

LAMBERT  LI  TORS 

ET 

ALEXANDRE    DE    BERNA  Y. 

NACH   HAND8CHRIFTBN 

DBR 

rOniglichen  rûchersammlung  zu  paris 

HBRAU80BGBBEN 

VON 

HEINRIGH  MIGHELANT, 

MITOUn  —n«R«l  OBLBHRTBir  VWMMSKB  IN  FRANKEUCH  IIND  IM  AU8LAND. 


-^<§§>*^- 


8TUTT6ART. 

.flVDAUOIT    AUF     KO0TRR    DB8    UTBBAAISOBini    TaUlINS. 

1846. 


<M' 


Dnrak  tob  J.  Kresser  ia  Stvtlffarl, 


V  0  R  W  0  R  T. 


Wenn  ein  Heraasgeber  des  Liedes  von  Alexander  dem  Grossen 
die  Frage  beantworten  woUte  weshalb  das  Mittelalter,  ungeaehtet  seines 
eigenen  Reichthums  an  Heldensagen ,  die  der  alten  Welt  entiehnt  und 
au8  ihnen  einen  neuen  Sagenhreiss  gebildet  habe,  der  fast  eben  so  man- 
nigfaltig  ist  wie  die  Ton  Kaiser  Karl  und  yon  Kônig  Artus ,  so  Ifige  das 
weder  ausserhaJb  seiner  Aufgabe,  noch  hitte  er  zn  fûrchten  dass  er 
bei  seinen  Lesern  keine  Theilnahme  finde.  Dessen  ungeaehtet,  und 
obgjeich  dièses  Urbild  eines  Helden  ailes  in  sich  schliesst  was  fur  ein 
Heldengedicht  nothwendig  ist,  lassen  wir  die  Frage  doch  unberûhrt, 
weil  sie  uns  auf  das  Wesen^en^f  B^hlJLunst  fûhren  wûrde ,  wovon  irir 
hier  nieht  sprechen  woIlen,Jimd  weil  die  Bekanntschaft  mit  den  iîbrigen 
Dichtungen  die  aus  dem  édterthqm  entiehnt  sind,  wie  dem  Florimont 
des  Aymes  Ton  Varenne,  déih  trojani|ehen  Krieg  des  Benedict  Ton  St 
More,  dem  Atjs  und  Prophilias  Ton  Alexander  Ton  Bemay,  weiteren  Stoff 
darbieten  kann,  der,  Trenn  auch  nieht  unumg&ngUch  nothwendig,  doch 
geeignet  ist  neues  Licht  auf  den  fraglichen  Gegenstand  zu  werfen ,  uns 
eine  genauere  Vorstellung  Ton  der  Art  und  Weise  zu  geben  wie  das 
MitCelalter  die  alte  Welt  auffasste,  und  wie  es,  indem  es  dleselbe  zu 
seinem  Eigenthum  machte ,  sich  ToUstfindig  in  ihr  spiegelte. 

Wir  werden  uns  also  darauf  beschrânken  in  alFer  Kûrze  den  Ur- 
sprung  unseres  Gedichtes  zu  besprechen,  sogar  ohne  dass  wir  seinen 
BntwicUungsgang,  und  die  Umgestaltungen  die  es  in  den  Terschiedenen 
Zungen  Europa's  *  erfahren  bat,  auseinandersetzten. 

1)  Am»er  den  Tercehiedeaen  dentschen  BearbeUan^^n  g\éhi  ci  elae  iFanideho  (S«Aehea 
eoleeeiott  de  poesUs  aatiruAt  I.) ,  eiae  dinUehe  (Njernp ,  almiadell^  marskablaeiBiar, 
B,  40),  dne  aehwadÎMhe  (Oe/er,  «weaska  foliket  hUtoria  4,  220),  «lae  altoordiaeke 
(Biaari ,  kut  litt.  Ulaad.  8.  107) ,  aiae  holliadMche  (Moae ,  aluUederUadli«he  Volkstttoim. 
tar ,  S.  83) ,  eiae  eaf lisehe  (Wartoa ,  ea^lMb  poetrj  3 ,  409.  Weber ,  meti-ieal  romaneea 
i,  2tS),  eiae  Mkaiiaehe  (Dotrowaky,  Oetehiehte  der  bdhmiaehea  Spraebe,  0.  129). 


VI 

Diss  um  80  mehr  als  einigen  der  auswârtigen  Bearbeitungen  das 
lateinische  Gedicht  Walthers  von  Chatillon  (zwischen  1176  und  1201) 
zu  Grande  liegt,  dessen  Vorbild  der  alten  Welt  nâher  stund.  Bine 
Menge  von  Arbeiten  sind  schon  dber  diesen  Gegenstand  erschienen: 
sehr  gelehrte  Mânner  haben  die  verschiedenen  Quellen  und  die  Anfange 
von  Alexanders  Geschichte  besprochen;  andere  haben  sich  mit  der 
Ueberlieferung,  in  ihrem  Verhâltnis  zu  den  verschiedenen  Vôlkern  bei 
denen  sie  nach  und  nach  heimisch  wurde,  beschâftigt;  noch  andre 
haben  ihren  Fleiss  auf  das  Gedicht  selber  gewendet.  Aber  ungeachtet 
ail  dieser  Arbeiten  und  Untersuchungen  sind  doch  noch  eine  Menge 
Fragen  ungelôst,  oder  nur  unvollstandig  beantwortet.  Sie  hier  aile  zu 
erledigen  machen  wir  uns  keine  Hoffnung,  wefl  wir  die  Herausgabe 
einer  der  Bearbeitungen  des  Gedichtes  nur  als  einen  Beitrag  weiter 
ansehen.  Indessen  hat  uns  doch  dièse  Arbeit,  so  unvollkonunen  sie 
ist ,  einige  Belege  geliefert  die  kûnftighin ,  wenn  auch  nicht  die  Frage 
vollstândig  anfhellen,  so  doch ,  mit  andern  zusanomengestellt,  ein  wenig 
mehr  Licht  auf  sie  werfen  kônnen. 

Vergleichen  wir  das  Heldengedicht  des  Mittelalters  mit  den  âltesten 
der  ûbrigen  Vôlker  Europens ,  mit  der  Diade  oder  dem  Nibelungenlied, 
so  bemerken  wir  dass  es  im  12.  und  13.  Jahrhundert,  obwohl  es  in 
einigen  Hinsichten  sein  ursprûngliches  Geprâge  beibehâlt,  doch  sich  ail- 
mâhlich  umgestaltet  Es  hat  sich  von  seiner  ursprûnglichen  Quelle, 
von  den  Ueberlieferangen  aus  der  Gôtter-  und  Heroensage,  entfernt, 
es  hat  au^ehôrt  die  Begebenheiten  die  die  Ueberlieferang  aufrewahrt 
batte ,  der  Einbildungskraft  den  Dichters  oder  der  Dichter ,  welchc  der 
Ausdruck  der  jedesmaligen  Volksstimmung  sind,  zur  weitern  Entwick* 
lung  mitzutheilen  ;  hat  sich  —  wohl  durch  die  Schuld  der  Zeit  -  un- 
geschickter  Weise  in  Geschichtserzâhlung,  in  Erz&hlung  eines  Lebens- 
laufs  verwandeit,  berichtet  jedoch  keine  wirklichen,  sondem  nur  sagen- 
hafte  Begebenheiten. 

Da  es  mitten  unter  Trûmmera  von  Werken  lebt  die  einer  unter- 
gegangenen  Bildung,  oder  vielmehr  der  Zeit  des  Zerfdies  dieser  Bil- 
dung  angehôren,  so  mischt  und  verbindet  es  die  niedergeschriebene 
Geschichte  und  Sage  mit  der  lebendigen  Ueberlieferung ,  die  noch  im 
Volk  und  dorchs  Volk  gesungen  wîrd.  Daher  berufen  sich  die  Gedichte 
dieser  Zeit  insgesammt ,  oder  doch  der  Mehrzahl  nach ,  auf  eine  alte 
Quelle ,  ein  Buch ,  eine  Chronik ,  eine  Klosterarkunde  ;  und  der  mittel- 
alterliche  Dichter,  gewôhnlich  zu  sehr  eingenommen  fQr  den  geschicht- 


VII 

lîehen  Werth  solcher  Berichte,  hal  sich  bemûht  ihnen  elne  hoheWich- 
Ugkeit  beûalegen ,  indem  er  aile  Quellen  aufBucht ,  indem  er  die  Er- 
sahlangen  und  die  Berichte  fiuammenstellt  und  vervielfiltigt  Es  liegt 
uns  niclit  ob  ans  niher  auf  dièse  Fehlgeburten  des  mittelalterlichen 
Heldengedichtes  einzulassen ,  das  sich  in  ûbermâssiger  Fruchtbarkeit 
immer  nea  geboren  and  so  selbst  vernichtel  hat  :  das  bildet  eine  selb- 
stândige  Frage,  die  Geschichte  des  Zerfalles  dieser  Dichtung.  Die  Un- 
tersachong  ist  yon  hôcbster  Wicbiigkeit  fur  das  franzôsische  Volk, 
welchem  man  yorgeworfen  hat  es  besitze  kein  Heldengedicht»  weil  man 
nicht  bemerkte  dass  es  statt  eines  einzigen  vîelmehr  eine  xu  grosse 
Zahl  hat;  doch  ist  wie  gesagt  dafur  hier  der  Ort  nicht 

Die  einzige  fur  uns  bedeutende  Thatsache  ist  dass  die  mittelalter- 
lichen Dichter ,  indem  sle  zahlreiche ,  weitschweifige  Werke  m  Tage 
fordern  wollten,  neue  Gegenstânde  aus  Bûchem  herbeiholten;  seis  weil 
ihnen  keine  Sagen  zu  Gebot  stunden ,  seis  weil  sie  sich  lieber  auf  ge- 
schriebene  Werke  hezogen,  seis  endlich  weil  sie  in  diesen  vollkomm- 
nere  Vorbilder  zu  finden  glaubten  als  in  der  lebendigen  Ueberlieferung, 
die  entweder  zu  sehr  entstellt,  oder  ihnen  zu  wenig  bekannt  war.  Dièse 
Frage ,  welche  sich  auf  die  Quelle  des  Aleianderliedes  bezieht ,  ist  um 
so  wichttger,  als  der  ungjaubliche  BeiM  den  die  neue  Schôpfung  fand, 
eine  grosse  Zahl  von  Dichtem ,  in  Frankreich  und  in  Deutschiand,  be- 
wog  sich  ihr  zu  widmen.  In  Deutschland  betriigt  ihre  Zahl  sechs  *  und 
was  Frankreich  betrifit  so  werden  von  den  Literargeschichtschreibern 
aosser  Lambert  dem  Krummen  (Lambert  li  Tors  ')  und  Alexander  von 
Bemay  *,  den  unbestreitbar  âltesten  Bearbeitern  des  Alexander ,  noch 
Johann  aus  Nivelle  (Jehan  le  Nivelois  *) ,  Guy  von  Cambray  ^  Peter  yon 
S.  Cloot,  Jacob  yon  Longuyon*,  Johann  von  Motelec,  Johann  yon 
Brisebarre ,  und  Hugo  oder  Hiîon  yon  Villeneuve  angefuhrt  ^ 


1)  LmfTMht,  BertoU  Tom  Berboltabeim,  BUterolf,  RvdolfYon  Bai^  Ulri«h  Ton  BsehembMh , 


2)  Amin  loMB  LMBb«rt  li  Oon  (Laaibert  der  Kvse). 

8)  Bersa/,  Bttit  aa  4er  Oharentoaae  ia  der  Nonaaadie  (Bore-Derarteaieal). 

4)  Vi Telle*  (ICyreli) ,  Stadt  aa  der  Thieae,  eildlich  yob  Brûetel,  i»  waUoaieebea 
Tbaila  vos  atd-Brabant. 

9)0aMbra7,  im  flraaafttUehen  Norddepartemeat.  Die  Heiiaat  aller  dieser  Diebtpr 
lieft  sebr  oder  weaifer  la  der  Nihe  der  fraaaôeiaeb-aiederdeaueliea  Spraohcreaae. 

6)LoBrayoBaM  OUera,  aaUrhalb  Loagwx,  ebealUle  aah  aa  der  Spraohffreaae. 

7)  HUft.  Utt.  XV,  100.  119.  160.  Wir  haUea  dieeee  Veraeiohni.  fur  nareaaa,  aad 
rUaie»  daae  Oraad  TOrbeadea  ial  ciaife  der  feaaaatea  Diebter  aa  Uifen ,  da  maa  ibarn 
aUaabarciftwUliff  alae  der  BearbeHaarea  dea  Oedlebtes  aaffoaebriebea  bat. 


VIII 

Pauchet  fuhrt  auch  (in  seinen  Origines,  541.  552)  einen  Geistiichen 
von  Bologne  ^  mit  Namen  Simon  an,  und  Deutschiand  nennt  uns  einen 
Alberich  von  fiisenzun  *  als  Quelle  des  âltesten  deutschen  Gedichtes, 
das  den  PMen  Lamprecht  zum  Ver&sser  hat  Trotz  der  Wichtigkeit 
virelche  die  Entdeckung  des  ursprûnglichen  Dichters  fur  die  Geschichte 
der  franzôsischen  Dichtkunst  haben  musste ,  weil  das  Alexanderlied  das 
âlteste  Gedicht  in  zwôlfsilbigen  Zeilen  ist,  und  vreil  der  Vers  des  Hel- 
dengedichtes  der  den  Namen  Alexandriner  trâgt,  von  ihm  herstammt, 
ist  es  doch  noch  nicht  gelungen,  zu  bestimmen  welchen  Antheil  an 
der  Bearbeitung  die  beiden  âltesten  Dichter  gehabt  haben,  und  ob  der 
Vers  nach  dem  Gedichte  benannt  ist  in  dem  er  zuerst  gebraucht  vrard, 
oder  nach  einem  der  Bearbeiter,  Alexander  von  Bernay.  Und  doch 
gab  das  Gedicht  einen  Anhalt  fur  die  Entscheidung.  Sie  lâsst  sich 
entnehmen  aus  der  Stelle  : 

Bia  Cki«ai«ber  yod  CMtoMan  »  Lamkert  der  Kramoio ,  Mhrieb*! } 
£of*fl  au  4em  L«teiiiLieh«ii  «ad  hraobt*  ••  »  die  Ludeeepraelie  < 

und  aus  der  andem: 

Dm  Mffl  «■■  Alexander ,  der  tob  Bernay  war  rebârtif , 

Vad  Toa  Parie  ferner  war  eeia  Eoaame  f  enasat  | 

Der  BSB  eelne  Zeilen  denen  dee  Lamkert  hak  kciffeaileehi  « 

60  data  die  Brobernar  tob  Oaaa  mit  dieaer  Zeile  yoUflàB^  rc«^l>iM*r*  ^"^ 

Im  12.  Jahrhundert  konnte  die  Geschichte  dés  macedonischen 
Alexander  bel  den  Vôlkem  des  Abendlandes  kein  Eigenthum  der  leben- 
digen  Ueberlieferung  sein  :  sie  hatten  sie  nur  aus  Bûchern  kennen  ge- 
lemt,  und  da  uns  Lambert  sagt  er  habe  sie  aus  dem  Lateinischen 
in  die  (romanis.che)  Landessprache  gezogen  oder  iîbertragen» 
so  muss  man  jene  Quelle  unter  den  lateinischen  Schriftstellern  suchen. 
Ist  sie  einmal  gefunden,  so  wird  es  leicht,  durch  Vergleichung  der 


i)  Veraiathlieh  Boalofae. 

2)  BeiaaçoB. 

S)  Ua  elere  de  Oaateldaa ,  Laoïbert  li  Tore ,  Peeeril, 

Oai  de  rutia  le  traiel  et  ea  roaaa  le  aiiet.  (0.  250,  I.  2.) 
'  Oaeteldoa  iat  Ohàtcandaa  aa  Finie  Leir ,   aordweeUieh  von  Orleeae  ,  im  hentifea  Depar-  . 
(emeat  der  Bore  aad  dee  Loir. 

4)  Ci  aoe  dit  l*Alizaadre ,  «ni  de  Barri  0  Beraay)  Ait  née , 
et  de  Peria  refta  eee  eoraoBe  apielée , 
«ni  or  a  lee  eieBe  rere  o  lee  Laartert  neUée 
«aa  li  fneree  de  Oadroe  eet  à  eeet  vier  aaée. 
Die  vorletate  Zeile  léhlt  ia  aaeera  drti  Haadeehriltea,  Aadel  eiek  aber  Aiel  ia  allea  aBdera. 


IX 

Telle  ZQ  eriennen  was  yon  Lambert  herrûhre,  und  zu  entscheiden 
welches  die  Zeilen  seien  die  Alexander  foeigemischt  hat.  Denn  indem 
dieser  sehr  nachdrûcklich  die  Zeile  hervorhebl:  welche  der  Bericht 
ûber  die  Eroberung  von  Gaza  schliesse,  erhellt  dass  er  diesen 
Theil  ganz  besonders  als  sein  Werk  in  Ansprucb  nimmt  Die  Aub< 
scheidung  war  also,  wie  man  sieht,  ziemlicb  leicht  gemacht:  es  bandelte 
aich  bloss  dariim  das  ursprûngliche  Geprâge  zu  finden,  jene  Geschichte 

•n  ■•brera  Ortea  anllrcaehrieben  vnd  miadiieh  erzâhlt,  * 

die  nemlicbe  sonder  Zweifel  die  Peter  der  Ehrwûrdige  in  einem  seiner 
Schreiben  erwâhnt,  wo  er  einem  Mônche  Namens  Nicola  auftrâgt  ihm 
einige  Biîcber  mitzubringen,  unter  andern  die  Geschichte  des  grossen 
Alexander.  ^  Oa  nun  dieErzâhlung  nicht  die  des  Curtius  ist,  so  war  es 
naiûriich  dass  man  sie  im  falschen  Kallisthenes  aufsuchte.  Und  in  der 
That  rûlirt  von  ihm  der  Stoff  her,  von  ihm  hat  sich  der  Dichter  fûhren 
lazsen,  er  giebt  das  Gewebe  fur  den  grôsten  Theil  des  Gedichtes.  Ich 
sage  den  grôsten  Theil,  weil  es  auch  Steilen  enthâlt  die  an  Curtius 
und  Arrian  erinnern,  so  namentlich  die  fielagerung  von  Tynis,  woran 
sich,  'als  Zwischenerzâhlung  des  Alexander  von  Bernay,  die  berûhmte 
Eroberung  von  Gaza,  die  Erstûrmung  des  Felsen  und  einiges  andre 
schliesst  Es  darf  nicht  auffallen  dass  die  Geschichte  des  falschen 
Kallisthenes,  mit  ihi#  Neigung  zum  Wunderbaren,  den  Vorstellungen 
des  Mittelalters  besser  zusagte  aïs  die  ernsten  Geschichtschreiber.  Der 
Vorzug  den  es  ihr  gab,  erhellt  nicht  nur  aus  der  Wahl  des  franzô- 
sischen  Dichters,  und  aus  der  Menge  von  Handschriften  vrelche  man 
Ton  diesem  Alexander  besitzt  ^  sondern  vrir  finden  seine  Spur  auch 
onverkennbar  in  einem  altdeutschen  Sprachdenkmal,  dem  Annolied: 

Dm  dritte  Thicr  war  ein  Leopvd, 
rier  Adleraflâfel  balte  w, 
éêr  beieiehaato  dca  f  rieabUebmi  Alexaadari 
der  nit  rier  Heerea  dareh  die  Laade  tabr, 
bia  er  der  Welt  Bade 
•  bei  roldeaeB  B&nlea  ftuid. 

la  ladiea  dorehbraeb  er  die  Wfiate  : 

adl  iweea  Bâamea  hall*  er  da  Ualerrednar  { 


f)  Sa  ploiaora  liez  «aerife,  et  par  booee  coalée  (0.  2,  Z.  20.) 

2)  Hialoriaa  Macai  Alexaadri  ...  et  ai  f  aa  alla  boaa  habaeria,  teeani  defer.    Bplt.  30. 
lib.  VI. 

3)  Be  hciael  Alezaader  de  proeliia  oder   Vite,  aetaa  et  obilaa  Aie- 
saadrl.    Dia  «ratea  Aaaffaben  aind  aae  dem  15.  Jabrbaaderl. 


mit  iween  Ortifen 
fahr  er  ia  dem  Lâlten) 
in  rineni  Okue 
Uaeht*  «r  iai  Meer.  *■ 

Wir  sehen  hieraus  dass  die  verbreitetste  und  anerkannteste  6e- 
schichte  Aleianders.  die  lateinische  Uebersetzung  des  falschen  Kallisthe- 
nes  war.  Dazu  kam  ein  Grand  welcher  seibst  in  den  Augen  der  da- 
maligen  Gelehrten  Bedeutung  batte,  da  sie  alten  Scbriften  einen  unbe- 
grenzten  Werth  beilegten  und  mit  wunderbarer  Glâubigkeit  die  seltsam- 
sten  Berîchte  gut  hiessen.  Dem  faiscben  Kallisthenes  ist  nemlicb  das 
Schrelben  Alexanders  an  seinen  Lebrer  Aristoteles  ûber  die  Wunder 
Indiens  beigegeben.  Da  sie  dasselbe  fur  ecbt  hielten,  so  glaubten  sie 
einer  Erzâblung  die  von  dem  Kônîg  seibst  herrûhrte,  unbedingtes  Ver- 
trauen  scbenken  zu  miissen.  Ein  ganz  entsprecbender  Fall  bietet  sich 
dar  bei  dem  Berichterstatter  ûber  den  Kreuzmg  Friderich  Barbarossas, 
welcher  sagt:  nwenn,  was  Dares  der  Phrygier  ûber  die  Zerstôrung  yon 
Pergamus  erzâhlt,  aus  dem  Grande  roehrGlauben  findet  weil  erAugen- 
zeuge  yon  dem  gewesen  ist  was  andre  nur  von  Hôrensagen  gemeldet 
haben ...,«» 

Wenn  femer  Benedict  von  S.  More,  welcher  dem  Konrad  von 
Wirzburg  und  dem  Herbort  von  Fritzlar  als  vttbild  gedient  bat,  in 
seinem  trojanischen  Kriege  dieser  Darstellung  den  Vorzug  giebt,  so 
ist  es  nicht  auffallend  dass  der  falsche  Kallisthenes  bei  Lambert  gleiche 

1)  Dm  driui  dier  wu  ein  lebarttf: 

Vier  arin  Tederich  ker  haTÎM  ) 

4er  b«aei«iaBOle  den  enMhiskia  Alexaaderia, 

4er  malt  y|er  beria  rûr  aftar  laadia, 

■aa  her  dir  werilt  eiade 

M  rvMiain  •ivlia  bikaate. 

la  laiia  her  die  wAeli  darehbraeh  ; 

■il  aweia  baaMia  ker  eiek  dà  (eepraek, 

ait  aweia  ^rlfea 

rûr  ker  ia  laltea,  «• 

ia  eiao  flaie 

liea  er  eieb  ia  dea  eé. 
Rkjlkmae  de  S.  Aaaoae,   U.  Jfarttaae  Opitàae.    Deatteoi  1S39.  XIV.  (B.  23).    Vrl.  4$n 
Abdraek  ia  Sehiltert  Tkeeaanie  I.  an  0ekla«a.     Die  biblieche  SIelIe  die  kicr  aaf  Alexaader 
redeatet  wird*  ist  bei»  Propbelen  Daaiel  7,  6. 

2>  Qaod  ei  Friffio  Dareci  de  Perganaram  eTemioae  poeiae  ereditar,  faia  «ood  alii  re- 
talere  aaditan,  ille  preeeae  eoaapezit  ..  .  BraebatAek  Aber  dea  Kreaaaaf  Friderieka  I., 
keraaef.  roa  Fr.  Freikerra  Toa  Beiffeaberg.  Bibliotb.  des  lit.  Vereîae.  Neaater  Baad. 
0844.)  B.  6. 


XI 

Giinst  £uid,  und  dass  dieser  das  oben  erw&hnte  Schreiben  vollstandig 
in  sein  Gedichi  auHaaluii. 

Ich  sage  der  faische  Kallisthenes ,  und  nicht  mit  Angélus  Mai 
Jolios  Valeriiu,  denn  die  treffliche  Untersuchung  von  Berger  de  Xi- 
vrey  *  hat  mich  ûberzeugt  dass  der  Julius  Valerius  nichts  weiter  ist  als 
die  Uebertrâgung  einer  der  zahlreichen  Bearbeitungen  des  griechischen 
Geschichtschreibers  oder  yielmehr  Erzâhlers  ;  Bearbeitungen  die  gleich- 
wohl  ohne  Zweifel  weit  hôher  hinaufreichen  als  Letronne  annimmt,  der 
sie  erst  aus  dem  7.  Jabrhundert  herrûhren  lâsst  S  indem,  nacb  einer 
einsichtsToUen  Mittheilung  Keumanns  \  die  zu  Venedig  herausgekom- 
mené  armenische  Uebersetzung  *,  zufolge  der  Angabe  ihrer  mechita- 
ristischen  Uebersetzer,  denen  bei  Entscheidung  von  Fragen  aus  ibrer 
Literatiir  and  Spracbe  wohl  ein  Urtheil  zugestanden  werden  darf ,  bis 
ins  5.  Jahrhundert  hinaulreicht  Die  Bearbeitung  die  A.  Mai  heraus- 
gegeben  hat,  enthâit  nicht  aile  Abenteuer  unsres  Gedichtes:  einige  der 
wunderbarsten  feblen  ihr,  wâhrend  andre  weiter  ausgesponnen  sind. 
Zwei  Handschriften  der  Bûchefsammlung  zu  Metz,  die  eine  aus  dem 
12.,  die  andre  aus  dem  11.  Jahrh.,  haben  mir  gleichmâssig  Abweichungen 
dargeboten  die  in  den  Pariser  Handschriften  nicht  zu  finden  waren, 
und  wenn  man  dièse  Abweichuifgen,  denen  vielleicht  einige  andre  we- 
niger  bekannte  beizufûgen  wâren,  zusammenfasst,  so  weisen  sie  auf  den 
ùdschen  Kallisthenes,  der  so  als  die  voUstandige  Quelle  des  franzô- 
sischen  Gedichtes  erscheint,  wâhrend  die  Bearbeitung  des  Julius  Vale- 
rius nur  einen  Theil  derselben  bilden  wûrde. 

Fasst  man  die  Andeutungen  die  unsre  Handschrift  giebt,  und  ausser- 
dem  noch  andre,  wie  die  dass  Alexander  seine  Zeilen  denen  des  Lambert 
beigemischt  habe,  zusammen,  so  zeigt  sich  dass  sie  —  ob  man  sie  nun 
als  abweichende  Lesarten  oder  als  Zusâtze  spâterer  Abschreiber  be- 
trachte  —  ait  genug  sind  um  Zùtrauen  zu  verdienen ,  und  dass  ihr  fort- 
wâhrendes  Wiederauftreten  ihnen  einen  ziemlichen  Werth  verleiht  Mit- 
hin  ist  aller  Grund  yorhanden,  der  Vermuthung  Raum  zu  geben  dass  das 
Gedicht  wie  es  Lambert  ursprunglich  bearbeitet  bat,  eine  der  Bearbeitungen 


1)  'Koûcêa  et  «tniti  les  ntavierito ,  T.  Xm. 

2)  JmirMl  def  MTUM.    Oei.  1818.  6(9. 

3)  OeUkfte  AsMigmi.    M Anehen ,  14.  Dec.  1844,  Nr.  250.  351   252. 

4)  PftiMvtUvn  Aehoknadri    Mftketonaiwoi.     JT.  Wene^if,    dparanl   ■•rbain    OhtMta. 
4  1812.  (ClM«Ueht«  AlezMidtra  dea  HfeMdonien.   Vracdiff,  ia  der  Dniekcrei  de*  kelllren 

Im  Jehr  1S42.) 


XII 

des  fsdschen  Kallisthenes  gewesen  sei,  und  dass  dann  Alexander  von 
Bernay  wenigstens  die  Eroberung  Yon  Gaza ,  vielleicht  auch  noch  einige 
weitere  Zwischenerzâhlungen  beifûgte,  die  er  von  andern  Geschicht- 
schreibern  entlehnte ,  wîe  z.  B.  die  Belagerung  von  Tyrus  aus  Curtius 
genommen  ist 

Der  weitere  Verlauf  meiner  Nachforschungen  scheint  dièse  Ansicht 
za  bestâtigen.  Die  Bûchersammlung  des  Pariser  Zeughauses  (la  biblio- 
thèque de  l'arsenal)  besitzt,  ausser  der  neuen  von  Sainte -Palaye  her-* 
ruhrenden  Abschrift  des  Alexanderliedes ,  eine  Duodezhandschrifl  auf 
Dnickpergament  (No.  162,  Belles-lettres)  die  weit  âlter  ist  als  aile  andern 
von  demselben  Gedicht,  und  vermuthlich  aus  dem  Anfang  des  13. 
Jahrhunderts  stanunt  Sie  enthâlt  auf  129  Blâttem,  die  einspaltig  mit 
je  27  Zeilen  geschrieben  sind,  eine  Geschichte  Alexanders.  Wenn  gleich 
um  vieles  kûrzer  als  die  Bearbeitung  der  von  mir  herausgegebenen  âl- 
testen  Handschrift  der  kôniglicben  Bûchersammlung,  stimmt  sie  doch 
mit  ihr  auffallend  ûberein.  Sie  ist  bis  znm  sechzehnten  Blatt  in  zehn- 
sUbigen  Zeilen  abgefasst,  und  beginnt 

Olwnçon  Toil  lliûre  ptr  rino  «i  par  lioine  *■ 
io  V  ûl  Felipe ,  le  roi  de  Iboédoine. 

Auf  dem  16.  Blatte,  das  neuere Schrift  und  Bnderes  Pergament  hat, 
schliesst  ein  Absehnitt  von  zehnsilbigen  Zeilen  mit  den  Worten 

•près  orrea  tôt  atireeneat 

de  Ma  procaeee ,  de  aoa  eonqnerement , 

und  nun  konunt  ein  Absehnitt  von  zwôlfsilbigen  Zeilen: 

De  Daire ,  le  Peraaat ,-  ai  eam  il  Tôt  eo«f «ia , 
01  de  V  roî  Pron  de  Iode,  faUl  ehaiea  et  oeia, 

beinahe  ganz  wie  wir  es  (249,  24)  nach  der  Handschrift  von  Sainte* 
Palaye  geben,  die  am  Ende  Lambert  den  Krummen  als  Verfàsser  des 
Gedichtes  nennt,  eines  Gedichtes  das  allerdings  mit  der  Erzâhlung  des 
falschen  Kallisthenes  ziemlich  gleich  lautet,  aber  viel  kûrzer  ist  als  aile 
die  andern  Bearbeitungen.  Eins  von  den  eigenthûmlichen  Merkmalen 
der  vorliegenden  war  dass  sie,  bei  einem  zuweilen  sehr  reinen  Franzô- 
sischen,  zahlreiche  Spuren  limosinischer  Sprache  darbot,  ein  Umstand 
welcher  um  so  mehr  Beachtung  verdiente  als  Fauchet  S  dem  darin 
Borel  und  Ménage  folgen,   dem  Geistlichen  Simon  von  Bologne  (Bou- 

i)  la  leoBÎaiaelieli  Veraea.  Siehe  Ferdiaaad  WoW,  Ueker  die  Laia  «nd  Se^oeftacii    S.  I7B. 
2)  Oririnea ,  B.  541.  54?. 


XIII 

logne)  ein  Alexanderlied  xiuchreibt  das  in  denelben  Mundart  verfassC 
sei,  and  mit  den  Worten  beginne: 

Cluuifon  voU  iir»  p«r  rjwf  «i  P«r  loolii 
4a  I*  m  F«lip« ,  le  rojr  4e  Itoeèdom , 

was  anzudeuten  scheint  dass  der  Verfiaisser  des  so  beginnenden  6e- 
dichteswirklichderGeiflUiche  Simon  gewesen  aei,  und  dass  man  dasselbe 
mil  Unreeht  fur  ein  Werk  •LamberU  erklârt  habe.  Indessen  ceigt  sich 
bald  dass  Fauchets  Zeugniss  doch  kein  besonderes  Gewicht  bat  Einige 
Seiten  spâter  nemlîch  giebt  er,  als  demselben  limosinisehen  Gedicbte 
gebôrig  (somit  in  xebnsilbigen  Zeilen  yerfassi),  folgende  (iwôlMbige)  : 

U  entet  «e  4éf«rt«at,  U  plera  ea  ta  «otomt 

M  U  tatr*  diTient  HMopoiMiieu 

U  antre  fa  Torfvobi  li  autre  Elimitane, 


Il  aatre  fa  EeaiaBe  «i  U  antre  Toeeans, 

1*  aatre  fti  Bepeifaoe  et  1*  aatre  tk  HonMae , 
li  aatre  Erapiei  ^  et  parla  Uea  RoaiaBi 
li  aatre  fa  Fraa^oie  et  li  aatre  Normaas , 

die  sich  in  der  Handscbrift  des  Zeughauses  nicbt  finden,   und  entfemt 
nicht  in  limosinischer  Mondact  sind. 

Verglichen  mit  den  ûbrigen  Handschriften ,  bietet  das  Gedicht  des 
Zeughauses  mehr  aïs  Aehnlichkeit  :  es  ist  eine  kûrzere  Erzâhlung  Ton 
wdcher  Ausdrûcke,  Zeilen,  ja  lângre  Stellen  in  jenem  wieder  auftreten, 
oder  Tiehnehr  der  Kern  des  Gedichtes ,  ganz  so  wie  der  Dichter  der 
es  zuerst  untemahm  «Alexanders  Geschichte  zu  emeuern  und  lum 
Besten  derLaien  in  die  Landessprache  zu  ûbertragen",  '  es  anlegen  und 
niederschreiben  konnte.  Wegeilend  ûber  Aleianders  Kindheit,  seine 
ersten  Kâmpfe  gegen  Nicolaus  und  Darius,  kommt  er  nach  den  400 
ersten  Zeilen  auf  den  Plan  seines  Gedichtes,  der  in  der  vorliegenden 
Ausgabe  S.  249  gegeben  ist,  und  den  er  treulich  befolgt  Was  den 
Inhalt  selber  betrifil,  so  hat  er  wenige  Zwischenerzàblungen,  eine  grosse 
Nttchiemheit  in  der  Schilderung  der  Kâmpfe ,  wenig  Eigennamen  und 
geographische  Angaben  ;  was  die  Form  anlangt ,  so  findet  man  meistens 
ganz  kurze  Abschnitte  mit  durchgehendem  Reim.    Vôllig  in  dieser  Art 

1)  Saropëeaf 

2)  Rafreoeir  l*eetoire  rAlizaaire 

et la  eoiniaeaeier 

ea  raaaaM,  e'à  r^t  laie  4oit  aafaes  praStier  (0.  I.  aoS  2.) 


XIV 

haben  wir  uns  hôchst  wahrscheinlich  das  Gedicht  Lamberts  zu  denken, 
oder  man  mûsste  zugestehn  es  sei  ihm  gelungen  ein  frech  gestohlenes 
Werk  fur  sein  Eigenthum  auszugeben,  was  sehr  schwer  gewesen  und 
am  Ende  doch  entdeckt  worden  wâre.  Fauchefs  Angabe  kommt  also 
darauf  hinaus,  dass  uns  unbestimmt  und  ohne  Beweis  yerncbert  wird 
ein  gewisser  Simon  von  Bologne  habe  ein  Alexanderlied  verfasst;  aber 
Fauche!  scheint  das  Limosiniscbe  nicht  -so  genau  gekannt  zu  haben,  dass 
wir  auf  sein  Zeugniss  hin  annehmen  kônnten  das  Gedicht  sei  in  jener 
Mundart  verfasst  gewesen.  Was  die  Spuren  dieser  letzieren  in  dem 
Gedichte  des  Zeughauses  betriffl,  so  kommi  in  Frankreich  nichts  hfiu- 
figer  Yor:  nach  der  Versicherung  meines  gelehrten  Freundes  Guessard, 
der  mit  diesen  Dingen  aufs  Grûndlichste  veirtraut  ist,  enthalten  die 
Archive  eine  Menge  von  Urkunden  die  aus  der  Reichskanzlei  hervor- 
gegangen,  und  urspriinglich  in  der  reinsten  Sprache  des  Zeitraums  ab- 
gefasst  sind,  aber  in  den  Provinzen  in  die  man  sie  sandte  umgeschrie- 
ben,  und  hier  hinsichtlj|^  der  Sprache  vielfaltig  verândert  wurden,  wo- 
bei  sie  jedoch  ihr  ursprûngliches  Geprâge  noch  guten  TheUs  beibehiel- 
ten.  UnserText  giebt  uns  hievon  zahlreiche  Beispiele,  sofern  er  hâufig 
Picardisches  neben  Franzôsischem  zeigt 

Hinsîchtlich  seines  Inhaltes  ist  der  Text  welchen  wir  herausgeben 
(kônigliclie  Bûchersammlung  Nr.  7190,  4.)  ûber  Gebûhr  weitschweifig, 
und  enthâlt  eine  Menge  Zvnschenerz&hlungen  und  Wiederholungen,  die 
nicht  immer  dem  Aleiander  von  Bernay  zug^schrieben  werden  dûrfen, 
sondern  wohi  andern  Dichtem,  -vielleicht  auch  den  Abschreibem,  denn 
auch  sie  haben  îhre  ZeUen  denen  des  Lambert  beigemischt  Aber 
ausser  der  Eroberung  von  Gaza  kann  man  unbedenklich  die  Belagerung 
von  Tyrus,  die  beabsichtigte  Belagerung  von  Athen,  und  die  List  wo- 
durch  Aristoteles  dièse  Stadt  rettet,  auf  seine  Rechnung  setzen.  Er 
hâuft,  om  uns  von  seiner  Gelehrsamkeit  einen  Begriff  zu  geben,  die 
AnfQhrungen,  die  Vorschriften,  die  Belehrungen;  gerade  wie  ers  im 
Eingang  zum  Atys  und  Prophilias  thut: 

Wcr  webe  iil  tob  WUsen , 

■us  «ifriff  MiBaii  0MMeB  ansitr««eB, 

4Badi  der  «ai  j«B«r  iha  aBaiMelB  m5rt, 

woriBs  fBlBs  Bai^piel  kOBiaieB  kiBB. 

Hdrai  Ton  Wistea  Alenaders  (tob  Beramy) , 

4er  ianuB  leiBe  TarM  «iek  BBsbreitcB  lieta, 

4Baiit  ar,  weBB  er  «as  4ar  Scitlielikail  f«adiie«eB  wir», 

kai  4aB  aaiarB  anrâkBl  wirda. 


XV 

Br  m  «mM  wmm  fai  F«lf«  ftwtlMhêa  I 

MBiOTB  Toa  iea  fl«hrillflten«ra  kinBle  er  4m  Lttoa 

▼!«!••  aaefe  keiehiieb  er  m  leiner  BrinBaniBf.  * 

Nach  dem  Geschmacke  seiner  Zeit  yenchwendet  er  Tumiere,  Schlach- 
teo,  Eimelstechen.  Aiiuerdem  fiilt  die  Menge  Ueinasiatischer  Vdiker- 
and  Stidlenamen  auf ,  em  Beweis  des  Einflosses  der  Kreiuzûge.  Da 
Lamberts  Werk  hievon  anberûhrt  geblieben  war,  so  dûrfen  wir  anneh- 
men  daas  es  weit  Slter  ist  ala  jenes. 

Die  Zeii  genau  zu  besUmmen  wo  das  Gedicht  oder  seine  beiden 
Bearbeitangen  erschienen  sind,  w2re  wohl  eine  sehr  schwierige  Auf- 
gabe.  Doch  kann  man  unbedenklich  aoli  12.  Jabrhundert  zurûckgehn. 
Ich  will  bier  aile  Anspielungen  auf  die  franfôsische  Geschicbte,  die 
man  so  bereilwillig  darin  gefùnden  liât,  bei  Seite  lassen,  und  die  ganse 
Frage  hier  nicht  weiter  verfolgen:  es  werden  sich  andre,  strenger  be- 
weisende  Thatsaohen  ergeben. 

Ajmes  Ton  Varenne  sagt  in  seinem  Florimont: 

Ibr  Herren,  lek  weUs  gênm  ««Terl&Mif 

iMs  il»  TOB  AI«bb4w  r«k5rt  kÉbtt 

Bk«r  BO«k  wîMcC  Ihr  Biebt 

woker  mIbo  Hntter  Olymfiu  warj 

TOB  Kftair  Pkilipp  wimet  ihr  Biekl , 

i«r  ■•!&  Tattr  ww,  wok«r  ier  f«bArtif  «.  ■•  w.  * 


t)  Oal  nffM  oat  i«  Saritafthe, 

kiaa  4oil  Mpaair*  sa  •«■•B«ke, 

faa  leva  la  paisM  reeaeUir , 

loal  boiaa  «xeiaplM  paiit  Teair. 

Oèa  ia  1*  Mrair  AUzaaira, 

«ai  poar  «a  isl  aaa  Tlera  aapaadra, 

f  aasl  il  sera  de  1*  lieale  iieas, 

e*ae  aalree  eoit  raMeatèaB. 

■a  tma  paa  eafee  le  elergie, 

■ali  dea  auCaara  Mrait  la  vie  | 

«aak  aiaatra  selaa  sa  aieiBoira. 
A^  H  rropklUaa,  C9à   Vr.  6987  der  kftairUebea  Bickeraaamiluar.    Vrl.  P.  Paris,  «aaa- 
seite  ftaaiiii  8,  «96. 

2)  Selcaear ,  Je  eeay  asses  de  tj 

«aa  d^AUxaadra  avea  eay: 

mais  ae  eeaTes  eaeore  pas 

daal  Au  aa  aièra  Olyaipias } 

da  r07  PkilippoB  ae  seavea , 

«al  faa«  ses  pires ,  daat  te  aés  aie. 
BiftL  «e  yieaaal^  Flarlaïaa»,  S.  <05.  VfL  P.  Paris  8.  <2,  wa  dia  Siella  eiaife  abWflakeBde 


XVI 

Nun  halte  Aymes  von  Varenne  sein  Gedicht  nach  Borel  im  Jahr 
1128,  nach  Sainte-Palaye,  wie  aus  einer  Angabe  der  ofTenbar  genaueren 
venetianischen  Handschrift  herYorgeht,  1188  vollendet  und  verôffent- 
licht*;  das  Alexanderlied  muss  mithin  vor  dem  Jahr  1188  yerfasst  sein. 
Diesem,  nach  meiner  Ansicht  schlagenden  Beweis  kônnte  man  andere 
Anxeigen  beifûgen,  die  er  bestâtigt:  die  Berufung  auf  Elinant  (S.  413) 
der  im  12.  Jahrhundcrt  scbrieb  und  die  sich  im  ursprûnglichen  Gedichte 
nicht  findet;  die  Envâhnung  des  Gedichtes  von  Landri  (2,  14),  das  nicht 
auf  uns  gekommen  ist  und  das  nacb  Petrus  Gantor  aus  Paris  (f  1197) 
einen  der  beliebtesten  und  verbreitetsten  Gegenstânde  fôr  die  Sânger 
jenes  Zeitraums  bildete,  *  und  das  sich  gleicher  Weise  bel  Pons  von 
CapdueU  '  findet.  Endlich  wâren  die  SchUdeningen  der  Waffenstûcke, 
die  fâr  die  Zeit  wo  Lambert  das  Gedicht  ursprûnglich  abge&sst  hat 
genau  passen,  fur  die  zweite  Bearbeitung  zu  ait;  wogegen  dièse  in  der 
Ausmalung  der  Wappen,  Zweikâmpfe  und  Turniere,  Erfahrungen  und 
Kenntnisse  beweist  wie  sie  fur  die  erste  nicht  gedenkbar  sind  und 
sich  erst  spâter  gebiJdet  haben.  Eine  genaue  Untersuchung  ûber  das 
deutsche  Gedicht  von  Atys  und  Prophilias,  das  um*6  Jahr  1200  ver- 
fasst  ist  und  eine  Uebersetzung  des  gleichnamigen  Gedichtes  von 
Alexander  von  Bernay  zu  sein  scheint,  werden  behilflich  sein  die 
Lebenszeit  unsres  Dichters  zu  bestimmen;  vielleicht  endlich  liessen 
sich  auch  auf  gleiche  Weise  aus  den  Stellen  welche  das  Gedicht  des 
Pfaffen  Lamprecht  mit  dem  des  Lambert  und  dem  spâteren  franzô- 
sischen  Gedichte  gemein  hat,  einige  Anzeigen  entnehroen.  Wir  kôn- 
nen  und  wollen  uns  hier  nicht  im  Einzelnen  auf  aile  die  literarischen 
Fragen  einlassen  die  hiemit  zusammenhangen,  und  versparen  sie  auf 
eine  spâtere  Gelegenheit,  auf  die  Herausgabe  des  Gedichtes  das  nach 
unsrer  Ansicht  von  Lambert  herrûhrt  Doch  lassen  sich  einige  Zusam- 
menstellungen  schon  jetzt  versuchen.  Die  Versicherung  des  Pfaffen 
Lamprecht  hinsichtlich  Elberich's  von  Bisenzun*  soi!  hier  nicht  in 
Zweifel  gezogen  werden:   sie  findet  BestâUgung  in  dem  Zeugnis  des 

O  HUt.  lUl.  15,  468. 

2)  Yilenkea   oantilenam  de  La^dneo    non  plteere  Mdhorifem.     Vwbvni  ■bkrerifttvai, 
eap.   27. 

3)  RftjrBOaarda,298.—  Pons  bt  wahriehainlick  imJftkrli»!  fosiorton.  But.  litt.  16, 22. 
43  Ansser  Vesoniio   (Besançon)    fiekt  es   in  Frankreieh  noek  Oiie  Hnaons  Besnatan, 

Biseaton,  Basenton,  die  Jedoch  sohweriiek  in  Betraeht  koamea,  da  ihr  T  Im  l>ealeeben 
•ieb  nieht  In  S  b&Ua  verwaadela  kftnnen,  well  das  I  dafcinter  fekU.  Dai  lonkariieeke 
Vieenaa  ainse  wohi  fans  aaaser  Betraeht  bleiben. 


xvn 

Strickers,  der  nach  EJberich  eineii  Daniel  von  BlumenthaJ  In  deuUcher 
Sprache  bearbeitet  bat  Was  keinem  Zweifel  unterliegt,  das  ist  dass 
in  Frankreich  jede  Spur  von  diesen  zwei  Gedichten  oder  von  ihrem 
Verfasser  fehlt,  deun  unter  den  SchrifUtellern  Namens  Alberich  oder 
Ëlberieh  ist  keiner  dem  man  ste  zuachreiben  kônnte.  *■  Wer  aber  jener 
Elbericb  von  Bisenzun  aucb  gewesen  sein  roag:  wenn  wir  seine  Arbeit 
nach  der  Uebersetzung  des  Pfaffen  Lamprecbt  beurtheilen  dûrfen,  so 
kônnen  wir  nicht  in  Abrede  ziehen  dass  sie  mit  Lamberts  Gedicht, 
wenn  ^eich  in  einzelnem  merklich  von  ihm  abweichend,  docb  in  der 
Hauptsache  auffallend  ûbereinstinunt  Der  Gang  des  deutschen  Ge- 
diebtes,  und  das  Wesen  der  Ëreignisse  die  es  schildert,  sind  zuweilen 
vôDig  verschieden  ;  gleichwohl  darf  diss  nicht  als  ein  Verdienst  des 
Dichters  betracbtet  werden,  indem  sich  seine  Darstellung  in  dîesem 
FalJ  genau  an  andre  Bearbeitungen  des  falschen  Kallisthenes  '  hâlt,  so- 
weit  wir  nach  der  Erinnening  —  denn  wir  haben  uns  Massmanns  Aus- 
gabe  hier  nicht  verschaffen  kônnen  —  und  nach  der  Inhaltsangabe  bei 
Pischon  '  urtheilen  kônnen.  So  finden  sich  die  Verkleidung  mittelst 
welcher  Aleiander  ins  Lager  des  Darius  eindringt,  die  Kriegslist  mit 
den  Baomzweigen  durch  die  er  die  Annâherung  seines  Heeres  verdeckt, 
die  Unterwerfùng  der  Lacedâmonier,  in  einer  der  Bearbeitungen  des 
Kallisthenes  \  obgleich  dièse  Zwischenerzâhlungen  im  franzôsischen  Ge- 
dichte  fehlen.  Die  Fahrt  nach  dem  Paradies  auf  Ërden  findet  sich  nur 
in  einer  von  den  Handschriften  der  kôniglich«nBûchersammlung  *;  und, 
mit  dem  franzôsischen  Gedichte  verbunden,  in  einer  Handschrifl  des 
15.  Jahrhunderts.  Dennoch  stôsst  man  auf  Stellen  die  im  Ausdruck 
80  verwandt  sind,  dass  man  glauben  muss  Elbericb  habe  unser  Gedicht 
gekannt  Uebrigens,  obwohl  sich  der  AntheO  des  Pfaffen  Lamprecht, 
der  nur  Uebersetzer  ist,  nicht  bestimmen  lâsst,  und  trotz  der  schônen 
Einfsichheit  in  Lamberts  Dichtung,  die  weit  ûber  allen  spâteren  Bear- 
beitungen steht,  finden  wir  docb  dass  Lamberts  Werk  als  Kunsterzeug 
nis  —  und  dièse  Thatsache  wiedorholt  sich  bei  mehreren  Gedichten 
die  unter  den  Hdnden  ihrer  Uebersetzer,  eines  Wolfram  von  Eschen- 

I)  0ielM  «•  Hbt.  litéraire  XV-XVin.  vntcr  Albtrie. 

2>  0iekeriieh  wM  die  Anifftb»  m  der  Zacher  arbeilet,  itor  aUe  dièse  Frfts«»  viel  Liebk 
▼erbreitea,  msd  wir  erwerten  sie,  de  sie  nasere  femeren  Uatersvehunfen  sehr  erlciehtern 
mus,  ait  lebhaAer  Unr*'*!'. 

3)  Seakailer  i,  468. 

4)  Setaer  Hndselirift  B.  190. 

5)  Codex  8519.    Folio  49-57. 


XVIIl 

bach,  eines  Hartmann  von  Aue  gewonnen  haben  —  unter  dem  des 
Pfaiïen  Lamprecht  steht,  bei  welchem  das  sittliche,  christliche  Gefuhl 
vorherscht,  wâhrend  Lambert  bei  seinem  Vortrag  nur  darauf  bedacht 
ist  Ritterlichkeit  und  Edelmuth,  die  er  vorzugsweise  als  sein  Ëlgenthum 
in  Anspruch  nimmt,  und  ûberhaupt  die  welUichen  Tugenden  seines 
Zeitalters,  zu  preisen. 

Wir  haben  nicht  die  Absicht  gehabt  hier  voUstândig  die  Frage 
nach  Herkunft  und  Entwicklung  des  Alexanderliedes  zu  erôrtern.  Ohne 
dass  wir  ganz  von  der  Bewunderung  erfQUt  wâren  virelche  Gervinus  fur 
Lamprechts  Gedicht  hegt,  kônnen  wir  doch  auf  die  treffliche  Benrtheilung 
desselben  in  seiner  Geschichte  der  deutschen  Nationalliteratur  i ,  269  iï. 
verweisen  ;  insbesondre  hat  uns  seine  verdienstvolle  Arbeit  ûber  die 
Wichtigkeit  des  Gegenstandes  belehrt,  und  sie  ist  es  auch  was  uns  von 
einem  Versuch  abhielt,  der  zu  weit  hinter  seiner  Leistnng  hâtte  zurûck- 
bleiben  mûssen.  Wir  bedauern  vor  allem  dass  es  uns  nicht  vergônnt 
war  die  Arbeiten  Ferdinand  Wolffs  in  Wien  zu  benutzen  *,  des  gelehr- 
testen,  grûndlichsten  Kenners  altfîranzôsischer  Literatnr;  sodann  die 
Jacob  Grimm's  '  und  die  Massmanns  :  gewiss  hâtten  sie  die  Lôsung  der 
Frage,  die  wir  nun  geschickteren  iîberlassen  miissen,  wesentlich  gefor- 
dert.  WiT  bringen  nur  einen  weiteren  Beitrag,  der,  wenn  er  von  den 
Hâuptern  der  KriUk  besprochen  wird,  ein  festes  Ergebnis  liefern  muss. 
Massmanns  schon  so  lange  versprochene,  mit  so  lebhafter  Ungeduld  er- 
wartete  Mittheilnngen  ûber  den  Alexander,  und  dieAusgabe  des  falschen 
Kallisthenes  welche  Zacher  beabsichtigt,  werden  dazu  krâftig  beitragen; 
in  geringerem  Grade  die  aufmerksame  Prûfung  neuer  Handschriften 
die  wir  noch  nicht  yerglichen  haben,  der  Abdruck  des  Gedichtes  das 
wir  fur  Lamberts  Werk  halten,  und  die  Beschâftigung  mit  andern  Ge- 
dichten  oder  ihren  Abzweigungen ,  namentlich,  was  wir  beabsichtigen, 
mit  dem  des  Thomas  von  Kent  ' 

Noch  seien  dem  Herausgeber  einige  Worte  ûber  die  Geschichte 
seiner  Arbeit  gestattet.  Nachdem  der  literarische  Verein  die  Verôffent- 
lichung  des  Alexanderliedes,  die  jedoch  keine  kritische  sein  sollte,  be- 


1)  Wmbw  Jfthrkaeher,  67.  Bini. 

2)  Ofttttiif«r  rel«hrt»  Ajunïttn  <835,  0.  66. 

3)  Dm  Werk  Walthen  Ton  Lille  (Gantier  ie  LUle) ,  4er  ien  BeiMmen  Watther  tob 
ChâtiUen  (OnaUenif  Oaetilloiieiie)  fâhrC,  iet  «eaweftB  aiekt  anfeCabrl  wordea,  weU  sein 
Oe4ielit  «ker  Alezaader ,  ias  einir^B  4er  firemiea  Bearkeitaafea  aie  Vovbtll  r«<lMt  hat, 
an  «en  vMem  ia  tu  keiner  Besîekvnr  atebt.    (0.  Qiet  litt.  4e  la  Franee ,  i.  XV.) 


XIX 

schlossen  batte,  beauftragte  er  mich  eine  der  Uandschriften  fur  ihn 
abzuschreiben.  Ich  begab  mich  daher  im  verflossenen  Jahr  (1844)  nach 
Paris,  um  dieserArbeit  drei  Monate  zu  widmen.  Leider  giengen  davon, 
bis  ich  die  Erlaubnis  erhielt  eine  Abschrift  zu  nehmen  und  drucken 
zu  lassen,  fûnf  Wocben  verloreh.  Paulin  Paris,  welchen  ich  ûber  die 
Wahl  einer  Handschrift  zu  Rathe  zog,  nannte  mir  die  in  der  Cangé- 
Stillung  N.  A  7190'  als  eine  gute  Bearbeitung,  besonders  wenn  man 
B  7190^  dazu  nehme.  Da  jedoch  in  diesen  Handschriften  des  14.  Jahr- 
hunderts  die  Sprache  yiel  von  ihrem  alterthûmlichen  Geprage  verloren 
bat,  und  der  Umiang  des  Gedichies  durch  die  Abschreiber  bis  auf  25 
oder  30,000  Zeilen  angeschwellt  ist,  so  bezeichnete  er  mir  ais  atteste 
Bearbeitung  die  Nummer  7i90\  die  nach  meiner  Ansicht  um  ein  Jahr- 
bundert  âlter  ist  als  die  ûbrigen.  Dièse  Pergament-FoUohandschrift  mit 
zweispaltigen  Blâttem,  von  P.  Paris  in  seinen  Manuscrits  français  (VI, 
166  ff.)  beschrieben,  enthâlt  eine  sehr  schlechte  Bearbeitung,  mit  einer 
Menge  sinnstôrender  Fehler,  die  durch  die  Unwissenheit  des  Abschrei- 
bers  yeranlasst  sind,  sowie  mit  hâufigen  Auslassungen  einzelner  Zeilen 
und  ganzer  Stellen.  Ich  zog  sie  gleichwohl  den  ûbrigen  vor,  weil  die 
liltesten  Handschriften  immer  die'kûrzesten,  mithin  der  orsprûnglichen 
Gestalt  am  nâchsten  kommenden  Lesarten  enthalten,  und  weil  die 
Sprache,  obwohl  vielleicht  fur  das  Ausiand  dunkler,  doch  Anlass  zu 
werthvoUeren  Beobachtungen  giebt  Unglûcklicher  Weise  war  es  mir, 
nachdem  ich  meine  Abschrift  beendigt  hatte,  unmôglich  gemacht  die 
Lûcken  durch  Vergleichung  mit  den  ûbrigen  Handschriften  auszufûllen, 
weil  die  kônigliche  Bûchersammlung  eben  geschlossen  wurde.  Ich 
konnte  mich  jedoch  nicht  entschliessen  eine  so  ungenaue  Abschrift  zu 
liefern,  und  da  die  Bûchersammlung  des  Zeughauses  vierzehn  Tage 
langer  geôffnet  blieb,  so  verwandte  ich  dièse  Zeit,  um  aus  einer  ganz 
neuen,  von  Sainte  Palaye  herrûhrenden  Abschrift  die  abweichenden 
Lesarten,  die  zu  Herstellung  eines  deutlichen,  vollstandigen  Zusammen- 
hangs  nôthig  waren, 'auszuziehen,  und  vomehmlich  um  die  fehlenden 
Zeilen'  beizufûgen,  die  ich  durch  Sternchen  bezeichnet  habe.  Ich  bin 
weniger  darauf  bedacht  gewesen  abweichende  Lesarten  in  grosser  Zabi 
zu  geben,  als,  nach  den  trefRichen  Vorschriften  Raynouards,  in  seinen 
Bemeriiungen  ûber  den  Roman  de  Rou,  diejenigen  auszuwâhlen  welche 
die  mangelhaften  Reime,  und  die  zahllosen,  entweder  hinsichtlich  der 
Silbenzahl  oder  hinsichtlich  des  Sinnes  gcstôrten  Zeilen  wieder  her~ 
stcllten.    Dièse  Arbeit,   eilig  gethan  in  den  wenlgen  Stunden  wâhrend 


XX 

welcher  die  Bûchersainnilung  offen  steht,  und  welche  darch  Fest-  and 
Sonntage  noch  betrâchtlich  Yerringert  werden ,  war  natûriich  noch  sehr 
unvollstôndig.  Bennoch  hab'  ich  sie  in  diesem  Zustande  dem  Druck 
ûbergeben,  und  obwohl  ich  mich  nachher  im  Stande  sah,  die  Correc- 
turbogen  noch  mit  den  beiden  oben  erwâhnten  Handschriiten  zu  ver- 
gleichen  und  eine  Anzahl  Fehler  zu  tilgen,  so  mnss  ich  doch  aner- 
liennen  dass  meine  Arbeit  hôchst  mangelhaft  geblieben  ist  AJlein  es 
war  fur  mich  lieine  Môglichkeit  Yorhanden  die  zwanzig  Handschrillen 
der  lLÔnigh*chen  Bûchersammlung  aile  zu  vergleichen,  und  obwohl  icfa 
ûberzeugt  bin  dass  die  Gedichte  des  Mittelalters,  wenn  Handschrillen- 
kenner  und  Sprachforscher  auf  sie  eben  so  viel  Fleiss  yerwendeten 
wie  auf  die  Schriftsteller  des  Alierthums,  in  Folge  der  Verbesserung 
des  Textes  betrâchtlich  gewinnen  mûssten,  so  sind  sie  doch  meinerAn- 
sicht  nach  nicht  von  so  grossem  literarischem  Werthe,  dass  eine  solche 
Arbeit  sich  der  Mûhe  lohnte.  Dessen  ungeachtet  ist  es  mir  leid 
dass  ich  diss  nicht  wenigstens  in  Betreff  der  laufenden  Ueberschriften 
iîber  jeder  Seite,  und  der  verschiedenen  Abtheilungen  oder  CapiteL 
gleich  Yom  Anfang  habe  thun  kônnen.  Dass  ich  dem  Wunsch  der  an 
mich  in  dieser  Hinsicht  ergangen  ist,  nachgegeben  und  dièse  Bezeich; 
nungen  angebracht  habe,  muss  ich  um  so  mehr  bedauem  aïs  sie  hâafig 
den  Nachtheil  haben  -dass  sie  alte  und  neue  Sprache  auf  lâcherliche 
Weise  durcheinander  mischen,  weil  es  nicht  immer  môgUch  ist  in 
alter  Sprache  den  Inhalt  mit  zwei  oder  drei  Worten  deutlich  anzugeben, 
was  dann  die  Nothwendigkeit  herbeifuhrt  Ausdnicke  neuerer  Herkanit 
zu  Hilfe  zu  nehmen.  Dieser  Uebelstand  war  hier  um  so  empfindlicher, 
als  in  der  Handschrift  die  ich  beniîtzt  habe,  die  verschiedenen  Ab- 
schnitte  durch  Miniaturen  getrennt  sind,  unter  welchen  sich  jedesmal 
eine  Angabe  befindet,  jedoch  nur  um  das  Bild  zu  erklâren,  nicht  um 
den  Inhalt  einer  AbtheUung  oder  eines  Capitels  anzuzeigen.  Schreiber 
und  Maler  haben  sonst  zuweilen  so  viel  Einsicht  dass  sie  ihre  Zugaben 
an  der  entsprechenden  Stelle  des  Textes  anbriiigen;  hier  aber  ist  diss 
nicht  der  FaU,  indem  z.  B.  die  Eroberung  von  Gaza  sich  yiel'weiter 
hinten  bei  der  Eroberung  von  Chaldâa  befindet,  wodurch  eine  Msche 
Inhaltsangabe  entsteht.  Auch  beziehen  sie  sich  hânfig  nur  (uif  die 
ersten  Zeilen  des  neuen  Abschnitts,  und  geben  in  keiner  Weise  den 
Gesammtinhalt  Daher  habe  ich  sie  zuweilen  verbessert,  aber  ich  be- 
kenne  dass  es  mir  nicht  immer  gelnngen  ist. 


XXI 

Ich  mius  mich  noch  ûber  die  Aenderungen  erUâren  die  ich  mir 
in  den  Formen  und  in  der  Schreibung  des  Textes  erlaubt  habe.  Da  er 
in  Deutschland  gedruckt  wird ,  so  war  meine  Absicht  beides  der  gegen- 
wârtigen  Sprache  so  sehr  als  môglicb  zu  nâbern:  darum  habe  ich  die 
Buchstaben  a  und  ▼,  i  und  j  so  gebraucht  wie  es  jetzi  ûblich  ist. 
Aoch  Accente  hab'  ich  zuweilen  gesetzt,  am  Verwirning  und  Doppel< 
sinn  zu  hindern;  doch  glaube  ich  dass  man  sie  im  AUgemeinen  besser 
wéglâsst,  weil  sie  die  Bestimmung  haben  die  Aussprache  anzugeben, 
und  weil  wir  die  der  vergangenen  Jahrhunderte  nicht  so  genau  kennen 
dass  wir  sie  festsetzen  kônnten.  Die  Trennpnncle  (le  tréma)  sind 
weggelassen,  weil  sie  den  Diphthongen  ûber  dem  sie  stehn  in  zwei 
Siiben  spalten.  Es  ist  ohne  Zweifel  ein  Uebelstand  wenn  man  schreibt 
pais  (Land)  stalt  pays,  wie  pais  (Frieden);  oder  caus,  das  Particip 
von  caoir  (fallen),  wie  caus,  das  fur  ceux  (dièse,  jene)  steht;  auch 
gewâhren  die  Trennpuncte  den  grossen  Vortheil  dass  man  dadurch  die 
Zahl  der  Siiben  andeuten  kann  die  zur  FiîUung  einer  ZeiJe  nôthig  sind. 
Aber  wenn  ich  sie  einfuhrte  so  war  zu  fôrchten  dass  der  Einschnitt 
auf  eine  Silbe  Me  der  er  nicht  gebûhrt,  und  es  finden  sich  eine 
Menge  Zeilen  wo  er  auf  zwei  oder  drei  verschiedene  Worte  fallen  kai^n, 
•  ohne  dass  sich  lAit  voUkommener  Bestimmtheit  angeben  liesse  welcher 
er  zukommt  Ueberdiss  liefe  man,  wenn  man  den  Werth  der  einzel- 
nen  Siiben  danach  festsetzen  wollte ,  Gefohr  sich  an  der  Rechtschrei> 
buDg  roancher  Wôrter  zu  rersûndigen,  denen  man,  um  eine  voile  Zeiie 
zu  erhalten,  eine  Sylbe  zu  viel  gâbe,  ohne  zu  wissen  ob  die  Stôrung 
nicht  Tom  Wegfell  eines  andem  Wortes,  oder  sonst  aus  einer  ganz  ab- 
weichenden  Ursache  herrûhre.  Ein  genau  verwandter  Grund  bat  mich 
bewogen  das  Hâkchen  unter  G  (la  cédille)  wegzulassen.  Das  G  wird 
von  den  Handschriften  verschiedener  Gegenden  bald  furs  harte  S,  bald 
fursCh  gebraucht,  und  letzteres  spricht  die  picardische  Mundart,  deren 
Formen  im  Alexander  hftufig  vorkommen,  wie  K.  Eine  letzte  Neuerung 
die  ich  eingefûhrt  habe  ist  der  Apostroph,  zur  Scheidung  des  Artikels 
und  der  Fûrwôrter  von  den  Prâpositionen,  und  von  den  iîbrigen  Par- 
tikeln  mit  welchen  er  sich  yerbindet  Bis  jetzt  bat  man  ihn  im  Alt- 
iranzôsischen  bloss  fur  den  Nominativ  angenommen,  und  geschrieben: 
Testoire,  l'espée,  Taigue  u.  s.  w.  Nun  schien  es  mir  naturlich  dass 
man  auch,  wie  es  heutzutage  gebrâuchlich  ist,  à  Tesperon,  à  l'estendart 
schreibe ,  und  nicht  einen  Artikel  del ,  al  anwende ,  den  ich  mir  nicht 
zu  deuten  weiss;  denn  es  sollen  ja  nicht  de  el,  à  el  zusaromengezogen 


xxn 

werden,  sondern  de  le,  a  le,  da  der  Artikel  des  Masculins  immer  li, 
le  isl,  niemals  el.  '  Nachdem  dieser  Grundsatz  fur  Wôrler  die  mil 
einem  Vocal  beginnen  cinmal  anerkannt  war,  musste  er  folgerecht 
auch  fur  die  gelten  die  consonanUsch  aniauten,  denn  die  Zusammen- 
ziehung  der  Silbe,  die  beim  Gebrauch  des  Artikels  damais  wohl  eben 
sogut  eintrat  wie  noch  heutzutag,  und  die  damit  verbundene  Auswer- 
fung  des  Vocals  werden  durch  den  Apostroph  bezeichnet,  der  in  unsrer 
Sprache  stâts  besagt  dass  in  der  Silbe  durch  Einwirknng  des  nachfol- 
den  Wortes  etwas  ausgefallen  ist.  Dièses  Verfahren  war  um  so  noth- 
wendiger  als  es  auch  auf  das  abhângige  persônliche  Fûrwort  Anwen- 
dung  fand,  welches  im  Worte  nel  (statt  ne  V)  mit  der  Verneinung  zu- 
sammengeflossen  war.  Mein  Teit  batte  mir  es  mit  Bestimmtheit  vor 
gezeichnet,  da  in  Redensarten  wie  je  vous  V  di  par  Sainte  Elaine 
(8,  10),  je  r  di  por  Gadifior  u.  s.  w.  wohl  niemand  auf  den  Ge- 
danken  kommen  wird  ein  Pronomen  je!  zu  schaifen  und  jel  di  zu 
schreiben;  denn  man  musste  dann  auch  ein  vousl  und  eine  Menge 
andrer  Verbindungen  ins  Leben  rufen.  Ist  diss  einmal  zugegeben,  so 
wûsste  ich  auch  nicht  zu  sagen  warum  die  verneinende  Partikel  auf 
das  Pronomen  eine  stârkere  Anziehung  ausûben,  und  warum  man  zwar 
je  r  dis,  daneben  aber  je  ne!  dis  pas  statt  je  ne  V  dis  pas  schreiben 
soUte,  welches  letztere  eine  feste,  bestiromte  Regel  giebt  Es  finden 
sich  ausserdem  noch  FâUe  wo  die  Anwendung  eines  Apostrophs  nach 
dem  Buchstaben  L,  welcher  das  verkûrzte  Pronomen  darstellt,  durch 
das  Bedûrfnis  der  Deutlichkeit  geboten  ist;  z.  B.  in  qui  V  puisse  ga- 
randir,  le  caus  qui  T  destraint  darf  nicht  zugegeben  werden  dass 
der  Buchstab  L  sich  mit  dem  vorangehenden  Wort  verbinde,  indem 
sonst  etwas  Widersinniges  herauskâme.  Entgegnet  man,  es  reiche  hin 
diesen  Buchstaben  zu  trennen,  so  weiss  ich  nicht  welche  schlimme 
Folge  es  haben  kann  wenn  man  einen  Schritt  weiter  geht,  und  die 
Auswerfung,  um  sie  recht  herrorzuheben,  durch  einen  Apostroph  be- 
zeichnet Im  Uebrigen  erwâchst  hieraus,  meiner  Ansicht  nach,  fur  die 
Aussprache  kein  Schaden,  denn  die  Sprache  selbst  bleibt  bei  dieser 
Frage  vôllig  unberiîhrt 

Nach  den  Anfuhrungen  die  ich  oben-  vielleicht  in  zu  grosser  Zabi 
gemacht  habe,  scheint  es  mir  nicht  nôthig  ein  Verzeichnis  der  Werke 
zu  geben  die  sich  auf  den  Alexander  beziehen:  es  ist  hinreichend  wenn 

0  Fallot,  Clra«MMr«  ie  U  lanffu*  ronuBo. 


XXIII 

m  den  bereîts  genannten  der  Artikel  von  Bninet  und  Ëbert  genannt 
wird;  die  Histoire  littéraire  fûbrt  reichlich  aile  Quellen  an  ans  denen 
sich  schôpfen  liesse,  und  wenn  ich  zu  dieser  Aufzâhlung  noch  einige 
weitere  fOge  *,  so  erweitre  ich  nur  die  Untersuchung,  ohne  dass  ein 
wirUicher  Gewinn  davon  zu  erwarten  wâre.  Ebenso  verhâlt  sichs  mit 
den  zwanzig  Handscbriiten  der  kôniglichen  Bûcbersammlung,  die  ich 
nur  nacb  den  Zahlen  angeben  kann  mit  welchen  sie  bezeichnet  sind. 

Das  einzige  was  mir  noch  zu  thun  ûbrig  bleibt,  ist  dass  ich  den 
lebbailesten  Dank  ausspreche  gegen  dlejenigen  die  mich  bei  meiner 
Arbeit  unterstîîtzt  haben:  die  Herren  Paulin  Paris,  Ritter  Amyot  bei 
der  Bûchersammlung  des  Zeughauses,  Guicherat,  Guessard  und  Leroux 
de  Lincy  ;  Yomehmlich  aber  gegen  die  Mânner  welche  den  Ausschuss 
des  literarischen  Vereins  bilden:  leider  bat  meine  schwache  Kraft  nicht 
hingereicht  die  Arbeit  welche  sie  mir  ûbertragen  haben,  in  der  VoU- 
stândigkeit  auszufûbren  wie  es  mein  Wunsch  gewesen  wâre. 

1)  FMiebeft  i  Lacroix  do  Uaàne  uni  eu  Verrier  )  Laborie,  eaaai  sur  la  «Mif  ne  2,  150  ) 
■AMieii ,  iritter  Thdl  ;  Le  Grand  d'AuMÎ ,  Fabliaux  3,  'iZi  ;  Roquefort ,  do  la  poéaie  fran- 
«aiae  8.  118  j  Poéaiea  du  roi  d«  NaTarre  1  ,  <58.  165)  de  la  Rue,  oavai  svr  loi  bardes  ?, 
^1  ;  Augvim ,  poêtco  fiaBçaie  2,  83. 

Paris,  im  Herbst  1B45. 

Hcinricii  Alielielaitt. 


Druckfehier. 


Es  war,  ungeachtet  aller  Sorgfalt  die  der  Herausgeber  uiid  die 
Druckerei  angewendet  haben,  nicht  anders  môglich  als  dass  sich  in 
dièses  Werk  zahlreiche  Druckfehier  einschlichen,  da  es  in  fremder 
Sprache  and  so  weit  Tom  Wohnorte  des  Herausgebers  gedruckt  worden 
ist,  dazu  durch  Setzer  die  entweder  des  Franzôsischen  ganc  unkundig 
waren,  oder  doch  nur  die  neuere  Sprache  kannten,  und  geneigt  sein 
mussten  dieselbe  in  die  alte  einfliessen  jeu  lassen.  Der  Vereinsaus- 
schuss  sandte  zwar  dem  Herausgeber  die  Correcturbogen  nach  Paris; 
aber  eine  einzige  Durchsicht  reichte  nicht  hin.  Die  Fehler  die  sich 
bloss  auf  Unterscheidungszeichen  oder  Accente  beziehen,  zu  sammeln 
schien  ûberflûssig;  es  folgen  also  nur  diejenigen  die  den  Sinn  ver- 
f&Ischen  oder  gar  ganz  entstellen. 

IA0i„9^  1.  i.  pria.  10,  Anm.  peroit.  il,  93.  en  >on.  H,  26.  à  bftndon.  «4,  87. 
abandon.  14,  37.  Alizftndr».  23,21.  nU.  24,  12.  Innées.  25,23.  uenubUkle. 
26,  26.  AUzanëree.  26,  3f.  nnemi.  28,  26.  enbron.  34,  27.  par  mi.  45,  14,  vert. 
48,  14.  elose.  51,  35.  venue.  56,  34.  pnndana.  61,  14.  lorneral.  72,  20.  feleneeee 
75,  30.  esfrèe.  83,  32.  eonrnrant.  101,  18.  alever.  105, 19.  de.  108,  33.  Un.  111,  15. 
de  II.  113,  7.  alla.  116,  18.  eadrea.  128,  7.  rernea.  181,  30.  boi^on.  140,  17.  li  eore. 
198,  15.  Bmenidon.  207,  23.  pot  on^aea.  218,  5.  nef.  221,  8.  vie.  224,  32.  LI. 
238,  14.  lors.  254,  29.  eolèe.  256,  8.  asamblè  270,  note.  Biaael.  274,  note,  tncal. 
275  •  15.  lai.  278 ,  30.  monneèe.  279 ,  14.  enie.  279  ,  17.  veée.  283  ,  1.  raient. 
284,  7.  malt.  294,  12.  proavêes.  304,  28.  poindre.  309,  11.  s*amie.  312,  29.  ean*. 
813,  36.  nmlves.  315,  13.  en  eatlle.  343,  note,  estaeea  353,  35.  defors.  358,  31.  eefreè- 
Koni.  360,  20.  frais.  373,  12.  eriae.  374,  8.  isnelement.  374,  13.  eenptamt 
375,  11.  36.  Roee  pendant.  875,  35.  tris.  376,  23.  dekait.  378,  32.  avcroie.  389,  17. 
deakoitiés.  390,32.  amiraos.  392,  15.  se.  394,9.  me  casent.  409,  33.  Joa. 
412,  26.  en.  413,  18.  fnant.'  414,  4  se.  414,  7.  eafien.  416,  6.  relonnie.  439,  32. 
fuarUrr.  45?,  26.  Flore.  474,  17.  Bmenidon.  474,  82.  es.  477,  17.  mérite.  477,  2t. 
alcure.  492,  10.  s*esUsse.  498,  9.  «a'il.  498,  10.  Aristoles.  524,  16.  sale.  529,  18 
sans.      543,  20.  qae  n'estent.      545,  30.  anUetel. 


LI  ROUNANS  D'ALIXANDRË. 

ehi  MiinieitM  Û  VtmwunmmM  de  V  Itot  Alixandre  UÈ 
ta  sirMi  deteiit  le  monde. 

Folio  4*     lliii  yiers  derice  estore  viul  entendre  et  oir, 
pour  prendre  bon  exemple  de  proeece  aquellir, 
de  connoistre  raison  d'amer  et  de  haïr, 
de  ses  amis  garder,  et  cièrement  tenir, 
^  ses  anemis  grever,  c'uns  n'en  puist  avancir,  5 

les  laidures  vengier,  et  les  bienfais  merir, 
de  canter,  quant  lius  est,  et  à  terme  sofrir. 
oies  donques  l'estore  boinement,  à  loisir; 
ne  Fora  gueres  nus,  cul  ne  doie  plaisir; 
cou  est  de  Y  millor  roi  que  Dex  laisast  morir.  10 

d'Alixandre  vus  voel  l'estore  rafrescir, 
que*  Dex  donna  fierté  et  è  1'  cuer  grant  air, 
que  par  mer  et  par  tiere  osa  gent  enrair, 
et  fist  à  son  commant  tout  le  pule  obéir, 
et  tans  rois  orgillous  à  Tesporon  servir.  15 

qui  service  lui  fist,  ne  s'en  pot  repentir, 
quar  tous  fu  lor'  corages  à  faire  lor  plaisir; 
et  il  i  para  bien  as  durs  estours  soufrir, 
quar,  au  destroit  besoig,  ne  li  volrent  falir. 
qui  servir  ne  1'  degna,  ne  1'  pot  tors  garantir,  20 

ne  destrois,  ne  maupas,  tant  seust  lonc  fuir, 
à  l'eure  que  li  enfes  dut  de  sa  mère  iscir, 
demou^tra  tex,'  par  signe,  qu'il  se  feroit  crendr; 
qoar  l'air  convint  muer,  le  firmament  croisir, 
et  la  tiere  croler,  la  mer  par  Uns  rougir,  25 

1)  cuj.    2)  «M.    3)  Dex. 
l'i  t«iBaiii  i*Aliz«B4re.  i 


2  ENFANCE  D'ALIXANDRB. 

et  les  bestes  tranler,  et  les  homes  frémir; 
ce  fu  senefiance,  ne  vus  en  qui  mentir, 
por  moustrer  de  l'enfant  qu'en  est  à  avenir, 
et  com  grant  signorie  il  aroit  à  tenir. 

L'estore  d'Alixandre  vus  voel*  ci  commencier  5 

en  roumans,  c'a  gent  laie  doit  auques  profitier; 
et  teus  set  bien  flner  qui  ne  set  commencier,' 
*ne  mostrer  bêle  fin  pour  s'oiivraige  essaucier. 
F.  4^     qui  ces  vers  detenra ,  ce  vus  os  tesmogner , 

ne  devra  avarise  lever,  ne  essaucier;  10 

quar  gentius  cuers  ne  puet  par  icou  essaucier.^ 

qui  trop  croit  en  trésor,  trop  a  le  cuer  lanier, 

ne  puet  conquerre  ounor,  ne  tiere  justicier. 

je  ne  vus  commanc  mie  de  Landri  ne  d'Augier, 

ains  vus  commenc  les  vers  Alixandre  d'Alier,  15 

de  cui  sens  et  proecce  ftsent  confanonier; 

ici  prenge  regart»  ki  se  vint  afaitier  * 

et  de  boines  costumes  sen  cuer  aparellier.* 

la  vie  d' Alixandre,  si  com  ele  est  trovée 

*en  pluisors  liez  escrite,  et  par  bouce  contée,  20 

ele  fu  à  son  nestre  par  signe  desmostrée, 

que  percoivre  s'en  pot  toute  cose  senée; 

quar  li  airs  en  mua,  c'est  vérités  prouvée, 

et  parurent  esclistre  sor  le  noire  nuée, 

U  firmamens  croisi  doot  fu  grans  estonnée,  25 

et  la  tiere  en  tranla  par  toute  la  contrée, 

et  la  voie  del  ciel  refu  par  lui  tantée,^ 

quant  la  caiere  d'or  en  fu  en  l'air  portée 

par  les  iiii  grifons,  ù  ele  est  acuuplée;® 

et  fu  d'astronomie  sa  cars  enluminée,^  30 

quar  de  toutes  estoiles  connut  la  compassé. 

por  cou,  crola  la  tiere  en  icele  jornée; 

quar  celé  eure  naiscoit  la  persone  doutée, 

à  cui  la  signorie  de  1'  mont  seroit  donnée, 

et  la  mers  en  rougi,  por  celé  destinée  35 

1)  par  foêtê  trmtiêr.  2)  inm  teuê  ns  »9i  finer  qui  kien  êei  eammeneier, 
3)  ffumgmer,  4)  Mrlmtrs  ei  êmêéiguer.  5)  temptié*  6)  meêtéê,  7)  fondée 
êu  pensée. 


BNPANCB  D'ALIXANDRB.  3 

qu'en  lui  prist-il  l'engien  de  la  guerre  adurée, 
et  d'enbuscier  agait  dedens  selve  rainée, 
dont  de  maint  orgillous  abati  la  posnée. 
les  bestes  en  frémirent,  ki  sorent  la  jornée, 
que  manière  de  car  ne  seroit  es  mont  née,  5 

dont  aucune  ne  fust  par  le  roi  sormontée. 
a  l'eure  k'il  fu  nés,  fu  joie  recouvrée, 
et  bamages  creues  et  bontés  ravivée, 
que  par  mauves  signor  est  si  anientée, 
que  nul  hom  ne  doutoit*  vallant  une  denrée,  10 

s'il  ne  seust  de  coi  lî  fust  guerredonnée. 
mais  poi'  dona  li  enfès,  et  ot  ciere  levée, 
quar  la  soie  manière  li  fu  trop  esmerée, 
et  la  soie  bontés  d'autre  desnaturée. 
qui  coses  li  rouva,  ains  ne  li  fu  vée.  15 

oisiaus  donna  et  ciens  et  mainte  rice  amée, 
mainte  pelice  grise  et  bermine  engolée, 
et  maint  hanap  d'argent^  mainte  cope  dorée, 
maint  ceval  bel  et  cras,  mainte  mule  afeutée,* 
ducées  et  roiaumes,  por*  k'il  ot  çaint  espée;  20 

et  par  cou,  fu  sa  gens  si  bien  entalentée 
de  conquerre  s'ounor,  en  batalle  jostée; 
por  que  il  fu  armes  et  sa  gens  conraée, 
autre  gent  contre  lui  n'eust  nule  durée, 
ounor  de  signorie  fu  à  cestui  donée;  25 

mais  cil  ki  ore  sunt,^  cantent  la  discordée, 
li  dons  que  cis  donna,  li  fist  tel  présentée 
que,  par  tout  Orient,  fu  sa  force  mostrée, 
dusc'as  bones  Arcu  fu  s'ensegnes  mostrée,' 
et  il  les  trespasa  plus  d'une  arbalestrée;  30 

et  lança  son  espiel  tout  outre  une  ruée, 
toute  tenist  la  tiere  ki  puet  estre  abitée, 
se  ne  li  fust  si  tos  la  puisons  destemprée, 
par  coi  sa  bêle  cars  fu  morte  et  entierée, 
F-  4*     quant  ot  pris  Babilone  l'il  ot  si  désirée.  35 

xixii.  ans^  vescui  et  plus  n'ot  il  durée; 

1)  io$tûit,   2)  fuiê.    3)  afêuiréé.  4)  puis.   5)  pH  êoni  rtmés.    6)  forUe. 
7)  MMM  iê  XX  ans. 


4  ENFANCE  D  ALIXANDRB. 

nus  hom  en  si  brief  tans  ne  fist  tel  conquestée, 
ne  Julius  César,  ne  Crasus,  ne  Pompée, 
après  lui  fu  la  tierre  à  martire  livrée 
par  Torguel  des  barons,  et  desierte  et  gâtée; 
perte  de  bon  signor  n'est  pas  tos  recouvrée;  5 

de  toutes  bones  gens  devroit  estre  plorée; 
ains  par/  tiere  ne  fu  à  si  bon  commandée. 
Li  rois  qui  Macidone  tenoit  en  sa  baiilie, 
et  Grese  et  le  pais,.'  et  toute  Esclavonie, 
cil  fu  père  à  Tenfant  de  cui  oes  la  vie;'  10 

Phelippes  ot  &  non,  rois  de  grant  signorie. 
une  dame  prist  bêle,  et  gente  et  escavie; 
Olimpias  ot  non,  fille  au  roi  d'Ermenie 
qui  rices  est  d'avoir,  d'or  et  de  manandie, 
de  tieres  et  d'ounor,  et  de  gent  bien  hardie.  15 

et  la  dame  fu  preus  et  de  grant  signorie; 
si  ama  biaus  déduis  de  bos,  de  cacerie, 
harpe,  rote  el  viele,  et  gige  et  cyfanic,*' 
et  autres  estnimens  et  douce  mélodie, 
cil  est  privés  de  li,  ne  1'  mescrées  vus  mie,  20 

qui  par  armes  conquist  pris  de  cevalerie; 
et  lor  donnoit  grans  dons»  car  de  biens  est  garnie, 
les  biaus  cevaus  d'arabes,  et  les  mus*  de  Surie, 
les  siglatons  d'Espagne,  les  pales  d'Aumarie; 
puis,  li  fu  sa  bontés  a  grant  mal  avertie,  23 

quar  la  mauvese  gent  qui  plaine  est  de  boisdie, 
l'orent  en  traison,  de  maudire  aquellie; 
disent  qu'ele  faisoit  de  son  cors  legerie, 
ne  gardoit  preu  la  foi  que  le  roi  ot  plevie, 
quar  à  piour  de  lui  se  connissoit  amie,  30 

et  de  cors  et  d'avoir  li  otrioit  partie, 
autresi  font  encor  li  garçon  plain  d'envie; 
n'est  dame,  se  tant  fait,  que  ele  jut  ne  rie, 
ne  monstre  bel  semblant,  que  ne  soit  envaie. 
qui  mal  lor  quert  à  tort,  li  cors  Deu^  les  maudie.        35 
la  roine  le  sot,  qui  mult  en  fu  irie; 

1)  puis.    2)  en  êOH  domains.    3)  doni  vous  ores,    4)  pgis  et  einfoniê. 
5)  wmU.    6)  Dstns  Bex, 


ENPANCB  D*ALIXANDRB.  5 

quar  li  plusior  disoient,  sens  nule  legerie, 
qoe  Alixandres  est  nés  de  bastarderie; 
car  è  1'  tans  k'il  fut  nés,  si  com  la  letre  die, 
ert  i.  clers  de  Y  pais,  plains  de  grande  voisdie;* 
Natabus  ot  a  non'  en  la  langhe  arrabie;  5 

à  r  nestre  aida  Tenfont,  coi  qae  nus  li  en  die.* 
Holt  lu  li  enfes  larges  et  preus  de  totes  riens, 
car  de  lui  commença  li  doners^et  li  biens; 
ki  de  r  sien  demanda ,  de  Y  teer  ne  fu  riens, 
il  conquist  les  Hermins,  Persans  et  Suriens,  10 

et  la  gent  d'Orient,  et  tous  les  Indiens, 
et  trestous  cens  d'Aufrike,  et  les  Eutropiens; 
ce  conte  l'escriture  que  tous  li  mons  fu  siens, 
et  k'il  fil  tous  li  miudres  des  princes  terriens. 

Grant  joie  fu  en  Grese  le  jor  que  il  fu  nés;  15 

ja  estoit  tous  li  mons  issi  anientés, 
et  li  donnera  ceus,^  avarises  montés, 
qui  avoit  le  trésor,  jamais  ne  fust  mostrés; 
ancois  estoit  en  tiere  et  repus  et  boutés, 
ancor  en  a  en  tiere  v**  sommiers  torcés,  20 

qui  jamais  ne  sera  ne  yens  ne  trovés. 
mais  puis  fii  par  le  roi  mains  trésors,  effondrés , 
F.  4'     et  as  fins  cevaliers  départis  et  donnés, 

dont  il  prist  les  castiaus  et  brisa  les  cités; 

de  coi  fu  par  le  mont  roi  et  sires  clamés.  25 

muh  fu  par  lui  Porrus  griement  araisonés 

sour  Faighe  de  Gangis,  ù  il  fu  encontrés. 

a  plus  de  xx.  m.  homes  i  ot  les  cies  copés, 

et  li  cors  de  Pomi  i  fu  pris  et  matés. 

mult  fu*  fiers  Aliiandres  et  hardis  ses  pensés,  30 

quar  se  nus  i*  moustra  ne  orguel  ne  fiertés, 

ne  le  pot  garandir  ne  castiaus  ne  pités, 

ancois  que  il  ruist^  xl.  jors  passés. 

fu  ses  cuers,  de  valeur  isi  enluminés, 

que  ains  sers   de  putaire  ne  devint  ses  privés,  35 

vilaine  ne  puciele  ne  Y  pot  servir  a  grés. 

I)  fram  fêtonie,    2)  Salmuàuê  oî  non.    3)  vouê  en.    4)  rêniiéë.   5)  H. 
6)  wmê  ëmeoiê  pt'il  euêt. 


ENFANCE  D*ALIXANDRB. 

L'enfance  d'Alixandre  fut  rouit  gentius  et  bêle; 
bel  semblant  fet  et  rit  à  <*elui  ki  l'apele. 
onques  ne  T  pot  servir  vilaine  ne  ancele, 
ains  le  convint  tous  dis  norir  une  puciele, 
et  d'une  france  dame  alaitier  la  mamele;  5 

de  si  en  Ocident  ea  ala  la  nouvele. 
quant  li  rois  Alixandres  fu  nés  en  icel  jour, 
avoec  lui  furent  né  zxx.  fil  de  contor, 
ki  tout  furent  vasal  et  bon  conqerreor; 
de  la  tiere  de  Grese  estoient  li  plusiour,  10 

et  If  autre  restoient  jentil  Macedonour. 
cil  soufrirent  o  lui  mainte  ruste  dolour 
en  la  tiere  escaudée,  ù  n'ot  onques  froidor, 
tous  jors  vescuirent  d'armes,  n'orent  onques  iabor. 
par  cens  et  par  les  autres  conquist-il  gcant  ounor,  15 

quar  partout  Orient  le  tinrent  à  signor. 

En  Taé  de  z  ans»  ce  conte  l'escriture» 
se  dormoit  Alixandres  en  i.  lit  à  painture, 
d'un  cier  pale  or  frésé  estoit  la  couvreture, 
*de  martrines  estoit  dedans  la  foureure.  20 

icele  nuit  sonja  une  avison  oscure, 
que  il  manjoil  on  oef ,  de  coi  autres  n'ot  cure  ; 
o  ses  mains  le  roloit  parmi  ^  la  tiere  dure, 
si  que  li  oef  brisoit  contre  la  paveure  ; 
uns  serpens  en  iscoit,  d'orgillouse  nature,  25 

ains  nus  hom  n'en  vit  un  i.  de  si  laide  figure  ;  * 
son  lit  avironnoit  iii.  foies  a  droiture 
et  puis  se  repairait'  droit  à  sa  sepouture; 
a  l'entrer  cai  mors,  ce  fu  bêle  aventure. 

Quant  li  cambreiens  vit,'  Aiixandre  s'esvelle,  30 

effraès  de  sen  sonje  estoit-il  à  mervelle. 
ses  garnimens  saisi,  ricement  s'aparelie, 
et  quant  fu  acesmés,  à  Phelippe  conseille, 
quant  li  rois  Tôt  oï,  durement  s'esmervelle. 
là  ù  sot  sage  clerc,  dusqu'en  la  mer  vermelle,  35 

pur  espondre  le  songe  ses  mesages  travelle. 

Phelippes  a  mandé  le  sage  gent  lontaine, 
1)  contre,    2)  puis  repairmit  arriire.     3)  vnU. 


BNFANCB  D'ALIXANDRB.  7 

les  bons  augureors  a  fait  querre  d'Espaigne, 

deTins  et  sages  clers  communalment  amaine. 

premiers  i  est  Tenus  Aristotes  d'Ataine  ; 

quant  furent  asanlé,  une  cambre  en  fu  plaine. 

tout  le  songe  lor  conte,  et  cescuns  d'aus  se  paine  5 

de  respondre  le  roi  boine  raison  certaine. 

Premiers  paria  un  Grius  qui  cuidoit  estre  fors* 
de  maintes  sapiences,  et  de  sortisseours , 
et  de  r  art  d'ingremance,  et  des  devineors. 
por  c'ot  non  Astarus,  que  il  savoit  les  cours  10 

F.  5'     des  estoiles  de  Y  ciel  et  de  1'  sens  des  auctors. 
nOr  m'entendes,  fait-il,  des  grans  et  des  menors, 
„ie  Yostre  sonje  espondre  serai  ore  doutors.' 
„li  oes  est  vaine  cose,  petite  est  sa  vigours; 
nli  serpent  qu'en  iscoit,  fel  est,  de  maies  mours;^  t5 

„c'est  i.  hom  orgillous  qui  mouvra  mains  esters, 
„et  verra  sormonter  rois  et  empereours, 
nCt  mettre  desous  lui  et  rois  et  aumacors,* 
„et  conquerre  par  force  les  castiaus  et  les  tors,' 
net  prendre  et  retenir  et  tieres  et  ounors  ;  20 

„mais  ne  le  pora  faire,  petite  est  sa  valors^' 
„ains.tomera  arrière,  petite  est*  sa  vigors.** 
quant  Felipes  l'oi,  d'ire  mua  couleurs, 
et  cuida  qu'Alixandres  venist  à  ites  tours.  ^ 

Après  cestui  parlas  Salios  de  Monmier;^  25 

sages  hom  de  la  loi,  ases  sot  de  Y  mestier: 
nOies,  fait-il,  signer,  que  je  vus  voel  noncier 
„de  cose  qui  en  songe  pecoie  de  legier; 
^ne  croi-jou  que  nus  hom  peust  bien  esploitier. 
ftW  oes  est  vaine  cose,  legiers  est  a  brisier;  30 

Ji  serpens  qu'en  iscoit,  k'il  vit  félon  et  fier, 
„est  i.  hom  de  fol  cuer  qu'il®  voira  guerroier, 
„et  toutes  les  contrées  guerpir  et  exillier; 
„mais  tout  son  desirier  ne  pora  expioitier, 
„quar  tout  cil  li  fauront  ki  li  voiront*^  aidier;  35 

1)  fiors.  2)  maiêiré  Hoetorê.  3)  mors.  4)  et  frinceë  ei  eontor^, 
b)p0Hê  est  M  iakor.  6)  êi  pterra.  7)  é^AUxmdres  fu'i^  soit  utauomiê 
oûar«     8)  Turmiêr.     9)  qui,     10)  devront. 


8  BNFANCE  D'ALIXANDRK. 

„et  mult  yilainement  l'esteura  repairier, 
„si  com  fist  li  serpens  qui  retorna  aiier.'' 
cis  a  fait'  Felipon  durement  esmaier. 

Après  ces  iL  parla  Aristote  d'Ataine; 
en  pies  en  est  levés,  de  bien  dire  se  paine:  5 

„oies,  fait-il»  signor,  une  raison  certaine. 
„li  oes  de  coi  parlons,  n'est  mie  cose  vaine; 
„le  monde  senefie  et  la  mer  et  Faralne, 
^et  li  mijous  dedens  est  tiere  de  gent  plaine  ; 
,,de  r  serpent  qu'en  iscoit,  vou  Tdi  par  Ste.  Ëlaine,         10 
„que  cou  est  AUxandres  qui  souferra  grant  paine, 
„et  ert  sires  de  V  monde,  ma  parole  en  ert  saine; 
„et  si  homme,  après  lui,  le  tenront  en  demaine, 
^puis  retournera  mors  en  Grese  Macédaine.'' 

Felipes  ot  grant  joie  de  V  songe  ki  bien  penl,  15 

mult  ama  Aristote,  et  le  tint  cièrement; 
tout  li  abandonna  son  or  et  son  argent. 
Alixandres  fu  preus  et  de  bon  entient; 
ccrficonte  l'escriture,  se  Testore  ne  ment, 
que  plus  sot  en  x  jors  que  r.  autres  en  c.  ;  20 

la  nouYiele  en  ala  de  si  en  Orient  ' 
de  ne  sai  quans  pais  i  sont  venu  la  gent, 
li  mestre  des  escoles,  li  bon  clerc  sapient 
qui  Yoloient  connoistre  sen  cuer  et  sen  tolent. 
Aristotes  d*Ataines  Taprit  onestement,  25 

il  li  monstre  escriture,  et  li  valles  Tentent, 
Griu,  Ebriu  et  Caldiu  et  Latin  ensement, 
et  toute  la  nature  de  la  mer  et  de  V  vent, 
et  le  cours  des  estoiles,  et  le  compasement 
isi  com  li  planette  maine  le'  firmament;  30 

et  le  vie  de  V  mont  et  quant  k'il  v  apent, 
et  connoistre  raison,  et  savoir  ingrement,* 
si  commes  retorikes  en  fait  devisement; 
après  cou  li  a  dit  i.  bon  castiement: 
que  ja  sers  de  putaire  n'est'  entor  lui  sovent;  35 

F.  5^      quar  maint  home  en  sunt  mort,  et  livré  à  tonnent, 

1)  rêêponê  fist.    2)  Oecidont.    3)  kurleni  «m.    4)  «f  momV  eonmmêtrê 
raiêon  êi  JugewÊênl.    5)  vaiL  ^ 


BNFANCB  DALIXANDRB.  9 

par  losenge,  par  mordre,  par  enpuisooement  ; 
li  mestre  U  ensegne,  li  damoisiaus  Tentent. 

Une  grant  pièce  après  c'Alixandres  fù  nés, 
vint  i.  hom  è  V  pais,  de  grant  sens  renomés, 
Nataburs  ol  à  non,  des  arts  ert  bien  fondés.*  5 

cil  fu  puis  d*Alixandres  et  mestres  et  privés; 
cil  U  moustra  de  Tair  toutes  les  qualités, 
et  en  quele  manière  est  li  solaus  levés, 
et  si  comme  la  lune  remue  ses  clartés, 
et  de  r  cors  des  estoiles  li  moustra-il  ases.  10 

cil  sot  tant  d'ingremance,  et  si  en  fn  usés, 
c'ainc  si  bons  encanteres  ne  fu  de  mère  nés. 
quant  eust  devant  vus  v^*  homes  armés, 
vus  sanlast  que  cescuns  fust  i.  arbres  rames,' 
et  par'  aighe  corant  qu  'i  disies  vus  i  près,*  15 

et  mesist  en  sa  bourses  les  tors  de  xx.  cités, 
de  lui  fust  Alixandres  mescreus  et  blâmés, 
por  cou  que  de  sa  mère  fu  durement  privés; 
dist-on  ï!'û  ert  ses  ftus  et  de  lui  engenrés. 
.L  jor  le  prist  as  maints'^  sor  i.  mont  ù  il  ert,  20 

si  le  bouta  aval  que  il  fu  lues  tués. 

Huit  fil  ber  Alixandre;  quant  passé  ot  x.  ans, 
de  par  toutes  les  tieres  a  mandés  les  enfahs, 
les  Sus  a  rices  princes  et  tous  les  plus  vallans. 
ases  en  poi  de  tans  en  ot  ave  lui  tant  25 

que  s'il  tenist  la  tiere  à  xiiij.  amirans  ; 
largement  lor  donoit  et  faisoit  loc  talanU 
ses  osteus  resanloit  festes  de  marceans, 
tant  avoit  entor  lui  de  petis  et  de  grans  ; 
ne  prenoit  pas  consel  as  mauves  recreans,  30 

mais  à  ses  gentius  homes  et  tous  les  plus  poisans; 
et  cou  est  vérités,  n'en  sui  mie  doutans; 
ja  de  maie  racine,  n'est  arbres  bien  portans. 

Alixandres  s'aloit  par  i.  jour  déporter 
dehors  les  murs  d'araine,  lès  la  rive  de  mer.  35 

li  contrée  fut  bêle,  li  solaus  luisoit  cler; 

1)  d'^mpm  êsioii  pmréê:    2)  p^ii  fetUt  de  tos   mrkrêê  rmrnéê.     3)  éî 
'mm.    4)  ftMire  mrpetu  de  préë.     5)  iiuiiW. 


10  ENFANCE  D'ALIXANDRB. 

entour  soi  commença  le  règne  a  regarder; 
environ  lui  aloient  tel  ccc.  baceler; 
n'i  ot  i.  ne  soit  fins  a  demaine,  u  à  per, 
u  à  prince  de  tiere,  que  li  rois  dut  amer. 
Alixandres  les  fist  par  ses  letres  mander,  5 

pour  cou,  quant  il  sera  au  terme  d'adouber, 
avoec  lui  les  fera  ricement  conraer. 
puis  lor  convint,  o  lui,  grande  paine  endurer, 
et  mainte  nuit  viHer,  et  maint  jor  jeûner 
par  les  tieres  sauvajes  que  il  vot  conquester.  10 

Alixandres  s'estut  et  prist  à  escouter; 
desour  toute  la  vile  oï  i.  cri  crier; 
a  tous  caus  qui  Toïrent,  estut  le  sanc  muer; 
n*i  ot  i.  si  hardi,  ne  convenist  tranler. 
Alixandres,  lès  lui,  vit  i.  sien  mestre  ester;  15 

de  r  cri  k'il  ot  oî,  li  prist  à  demander; 
ii  mestre  lî  commence  une^  cose  à  mostrer, 
por  cou  que  cel  afaite  li  viut'  faire  oublier; 
quar  il  sot  Alixandres  '  si  félon  à  douter 
^que  nus  de  son  corage  ne  le  poroit  trener.*  20 

de  Nicolas  le  roi  li  commence  à  conter, 
qui  gueroie  sempre,  et  vint  desiretet,* 
et  vint  toute  sa  tiere  exiller  et  gaster; 
F.  5*      car  treu  li  demande  qu'il  ne  li  viut  doner. 

Alixandres  ot  ire,  si  commence  à  jurer,  25 

après  li  respondi:  ^ne  V  puis  ore  amender, 

„tant  k'iere  chevaliers,*  me  convint  endurer, 

„et  quant  avérai  eles,  si  m'esteura  voler; 

4eus  me  viut  or  mal  faire,  qui  le  puet  couparer."" 

Alixandres  apele  i.  sien  dru  Festion;  30 

si  le  conjura  fort,  qu'il  li  die  raison, 
de  r  cri  que  il  o!  si  die  Tocoison; 
et  cil  li  respondi:  „n'en  dirai  se  voir  non, 
„et  si  est  cou  folie  que  nous  le  vous  dison.^ 
nC'est  une  fiere  beste,  ains  tele  ne  vit-on,  35 

1)  mtirê,  2)  veut,  3)  sou  eawagê.  A)  que  ja  de  rien  qu'il  voelie 
né  V  foim  eomirêëi^r.  5)  son  père  y  por  lui  desireier.  6)  imui  eam  je  «tit 
en  mue.     7)  eelon. 


BNPANCB  O'ALIXANDRB.  1 1 

^feleneske  et  hydeuse,  ceval  Tapele-on. 

„eD  L  jour*  fostes  né,  ensi  corn  nous  qiiidon,' 

„la  roine  d'Egipte  Tenvoia  Phelipon, 

„asses  de  peu  de  gent,'  petitet  et  feon.* 

„or  nus  en  tout  le  mont*  ceval  ici  félon;   .  5 

nonques  nus  hom  ne  Tit  beste  de  sa  façon; 

„le  costes  a  bancans  et  fauve  le  crépon, 

nia  ceue'  paonnacé,  faite  par  devison; 

nSi  a  teste  de  bouc^  et  s'  a  ious®  de  lion, 

»et  s'  a  ous*  de  cheval,  s'a  Bucifal  à  non.  10 

nclos  est  en  une  tour,  s'a  mures  environ; 

,jà  ne  quert  riens  veoir  en  la  soie  maison, 

«ains,  en  toute  sa  vie,  n'  ot  i.  jor  compagnon. 

»qnant  on  prent  ci-entor*®  traitor  u  laron, 

njà  nus  hom  n'en  fera  justice,  se  il  non;  15 

y,h  la  beste  le  livrent,  s'en  fait  destruction  ; 

Ji  en  ociroit  bien  xiiii.  d'un  randon. 

nn'a  c.  houmes  en  Grese,  isi  com  nous  cuidon, 

^qui  osasent  gieter  Bucifal  de  prison:'' 

lors  a  dit  Alixandres,  à  guise  de  baron,  20 

que  il  savera  tos  se  cou  est  voirs  u  non. 

à  cest  mot  le  saisirent  trestout  si  compagnon  ; 

il  en  jure  sen  cief  et  mist  sa  main  enson 

que,  se  nus  le  tient  plus,  n'avéra  garison 

de  r  puig  u  de  1'  pié  perdre ,  sans  nule  niencon  ;  23 

puis  n'en  i  ot  celui  ne  1'  lessast  abandon. 

De  r  reson  de  1'  ceval  fu  Alexandres  lies, 
jamais  n'avéra  joie,  si  en  est  acointies; 
ases  plus  le  convoite  que  familleus  dainties. 
n'a  homme  en  sa  compagne,  qui  mult  n'en  soit  iries;     30 
quar  il  ne  gardent  l'eure  que  il  soit  depecies, 
et  les  membres  de  1'  cors  desrômpus  et  saciés, 
quar  cescuns  en  cuide  estre  destruis  et  exillés. 
droitement  a  le  vote  est  venus  airies, 
a  l'uis  est  arestés,  si  a  féru  des  pies  35 

1)  é  e  jtmr  ke.  2)  que  dé  fi  U  set-on.  3)  atêeê  de  pot  d'eage.  4)  et 
fUitet  {non.  5)  n'a  «ti  tôt  le  oieeU.  6)  queue.  7)  iuef;  8)  iex,  9)  ei 
cors.    10)  en  eeet  règne. 


12  BNPANCE  D'ALIXANDRB. 

et  d'un  mail  k'il  trouva,  tant  qu'il  a  trebucies/ 

li  cevaus  vit  sen^  mestre ,  si  est  humelies  ; 

signourage  li  moustre,  si  est  ajennolliés; 

plus  fu  et  cois  et  mus.qu'esmerillons  en  giés.  ^ 

Alixandrjes  le  vit,  si  en  fu  forment  liés,  5 

sempres  li  f u  li  cols  et  li  nos'  planoies; 

hui  istra  de  prison  ii  ot  esté  liiés. 

Mult  fu  lies  Alixandres,  quant  il  vit  le  ceval 
qui  vers  hii  s'umelie  et  ne  li  fet  nul  mal; 
la  crupe  il  manie*  et  les  crins  contre  val  10 

qui  plus  estoient  cler  que  pieres  de  crestal  ; 
et  le  pan^  li  essue  de  ï  pan  de  son  cendal 
è  r  cief  li  met  i.  frain  à  or  et  à  esmal  ; 
F.  5'     au  plus  tos  que  il  pot,  monta  sour  le  ceval, 

et  issi  de  la  porte,  dont  fort  sunt  li  mural,  15 

en  miliu  de  V  palais,  a  pris  li  ber  estai; 

de  -toutes  pars  le  fuient,  n'iot  issi  vasal 

qui  osast  arrester,  tout  le  tienent  à  mal; 

quar  ne  sai  à  quans  homes  a  fait  laidure  et  mai. 

Alixandres  descent  devant  le  dois  roial,  2U 

li  petit  et  li  grand  crioient  communal: 

„icis  nos  mostre  ensegne  de  roi  emperial.'' 

Tout  ont  ceste  mervelle  oie  et  entendue, 
que  Alixandres  a  Bucifal  trait  de  mue: 
onques  n'ot  è  V  pais  plus  fiere  beste  mue;  2d 

quant  le  virent  venir,  s'ont  tel  paor  eue, 
et  la  gens  d'environ  en  est  si  esperdue, 
cil  se  tient  à  gari,  ki  premiers  se  remue, 
tos  fu  par  le  pais  la  no  vêle  seue; 

Griu  et  Macédoniens  en  ont  grant  joie  eue,  30 

et  dient  que  lor  tiere  ert  par  lui  defifendoe, 
et  la  Dan  Nicolas  gastée  et  confundue. 

Mult  fu  de  ceste  coste*^  joians  li  roi  Felis, 
que  ses  fins  Alixandres  est  si  preus  et  hardis  ; 
onques  en  tout  le  mont  ne  nasqui  si  bons  Gris.  35 

la  roine  en  fu  lie,  qui  souvent  i  ot  mis 
son  or  et  son  argent,  et  sen  vair  et  sen  gris 
1)  pietOêBêiesmuéê.    2)  luntiê^.   3)  doê.   4)  p/mtc.    5) /Wml.   6)co#0. 


ENFANCE  D'ALIXANDRE.  13 

qu'AIiiandres  donoit  as  demoisiaus  de  pris, 
as  fias  as  genttus  hommes,  de  par  tout  le  pais, 
.    si  qae,  par  toat  le  mont,  ert  si  montés  ses  pris 
c'on  ne  quidoit  qu'è  i'  mont  fust  autretens  hom  vis. 
à  xiii.  ans  et  y*  mois  fa  ses  termes  asis  5 

que  cheTaliers  dot  estre,  li  congiés  en  est  pris, 
li  baron  Yont  an  roi  à  raison  l'en  ont  mis: 
r,d'ane  riens  soies  vas,  sire,  sears  et  fis, 
„que  Tos  fids  a  le  cuer  de  grante  force  espris; 
nquar  tant  conquerre  cuide  desor  ses  anemis,  10 

..qu'au  partir  en  sera  li  plus  rices  mendis; 
net  TUS  soies  à  aise,  en  repos  soies  mis 
„et  aies  en  riyiere  od  vos  faucons  volis; 
nTos  fius  soit  chevaliers  et  deviegne  pénis, 
„8i  conquerre  la  tierre  à  tous  ses  anemis.  15 

nDex  a  fait  peu.  de  tiere,  si  com  lui  est  avis, 
„qaar  se  il  en  estoit  sires  et  poestis, 
ntoute  l'aroit  donée  de  si  à  xv.  dis. 
nicest  plet  comperront  li  mauves  rice  asis,    • 
„qui  les  firans  chevaliers  ont  fait  povres  mendis,  20 

„et  ont  les  grans  trésors  et  les  ciers  pales  bis' 
ftdont  li  règnes  de  Greses  ert  vestus  et  porpris."* 

Entor  le  roi  estoient  li  demaine  et  li  per; 
d'Alixandre  li  prient,  ne  1*  face  demorer, 
car  bien  est  de  1'  eage  que  armes  puist  porter.  25 

la  roine  de  Grese  en  vet  au  roi  parler; 
li  rois  ot  la  parole  et  le  tierme  noumer, 
si  dist  à  la  roine:  „or  vus  estuet  pener 
„de  querre  rices  dras,  por  lor  cors  conraer; 
„et  jou  m'entremetrai  de  boins  conrois  doner,  30 

»et  ferai  ccc.  autres  pour  s'amour  adouber."" 
la  roine  en  fu  lie,  si  se  vot  fort  pener, 
quar  c'ert  la  riens  è  V  mont  qu'ele  doit  plus  amer, 
à  icest  mot  commence  11  baniers  à  crier, 
por  les  valles  bagner  facent  aighe  aporter.  35 

Alixandres  l'oi,  si  a  dit  comme  ber 
F* 6*     que  ja  n'i  aura  aighe,  fors  le  sause  de  mer. 
1)  4  Sept.    2)  gris. 


14  ENFANGB  D'ALIXANDRB. 

le  soir  d'une  grant  feste  que  on  dut  célébrer, 

sont  venu  à  la  rive  por  lor  cors  eslaver; 

ilueques  veiscies  bagnier  tant  baceler, 

et  courre  par  celé  aighe  et  salir  et  noer; 

icel  jour  les  aierent  mainte  gent  esgarder.  5 

Entrues'  qu'Alixandres  estoit  aies  bagnier, 
la  roine  de  Grese  fist  ii.  cevaus  cargier 
de  rices  vestimens  qui  erent  bon  et  cier; 
droitement  é  la  rive  les  a  fait  enroier 
le'  novel  roi  de  Grese  qui  le  coraje  ot  fier,  10 

qui  onques  jor  n'ama  félon  ne  losengier, 
qui  fist'  ses  compagnons  devant  aparillier, 
et  dist  que  li  plus  povre  soient  vestu  premier, 
s'ait  cascuns  bones  armes  et  bon  corant  destrier, 
les  conrois  Alixandre  ne  set  nus  esprisier,  15 

toutes  ses  vesteures  ne  vous  puis  desrainier. 
ses  hauberc  fu  ouvrés  en  Tile  de  Durier, 
li  pan  sunt  à  argent,  la  ventalle  à  or  mier^ 
(onques,  de  sa  bonté,  ne  vit  nus  si  legier,) 
ses  Ç8CU8  de  sinople  et  ses  brans  fu  d'acier.  20 

iiii.  mois  et  demi  mist  Biles  ^  au  forgier. 
devant  lui  amenèrent  Bucifal  le  legier, 
Alixandres  i  monte,  estrier  n'i  vot  baillier. 
la  veiscies  grant  joie,  à  l'iscir  de  1'  gravier, 
il  erent  bien  tii.  c.  tôt  novel  chevalier;  25 

cescuns  point  le  ceval  des  espérons  d'acier. 
Felipes  -commanda  la  quintaine  adrecier, 
icel  jor  i  ferirent  li  nouvel  chevalier; 
li  auquant  se  déduient  au  traire  et  au  lancier; 
quant  il  ont  behordet,  s'asient  au  mangier.  30 

la  peuscies  veir  tant  comte  et  tant  princier; 
de  la  tiere  de  Grese  i  furent  li  guerrier, 
ains  qu'il  fuscent  levé,  atant  es^  i.  mesagier, 
qui  conta  tel  parole,  sans  dit  de  m.encognier, 
dont  morurent  as  armes  c"*-  cevalier,  35 

Huit  fu  bêle  la  cours  en  la  sale  à  lanbrus. 
par  amour  Alixandres  servi  Antiocus, 
1)  Demetareê.    2)  ei,    3)  m  fait     4)  BaUê.     5)  m  vouê. 


BNFANCB  D'ALIXANDRB.  15 

Tolomes  et  Dans  Clins,  Aristes  et  Caunus,  *  * 

Pierdicas  et  Liones,  li  ber  Antigonas* 

Lincanors  et  Pilote»  Aristes  li  membrus; 

devant  le  mestre  dois  serri  Emenidus. 

atant  es  le  mesage  qu'en  la  sale  est  Tenus,  5 

le  roi  Felipe  apele  devant  contes  et  dus: 

«rois  Nicolas,  te  mande  que  li  renges'  treus 

„de  toi  et  de  ta  tiere,   que  n'i  demeure  plus; 

net  se  tu  ne  le  fais,  de  cou  soies  seurs, 

^en  ta  tiere  venra  o  Hermins  et  o  Turs.  10 

„ne  te  garra  castiaus  ne  cités  ne  fors  murs, 

„ci  que  par  vive  force  vos  metra  au  desus.""' 

Felipes  ne  dist  mot,  ains  clina  le  eief  jus. 

Dolans  fu  Aliiandres,  quant  il  vit  le  mesage 
qui  li  a  aconté  son  doel  et  son  damage;  15 

de  mautalent  noirci  et  mua  son  visage, 
voiant  toute  la  cort  se  drece  en  son  estage, 
sor  l'espauie  s'apoie  Ëmenidon  d'Arcarge, 
le  mesager  apele  se  le  dist  son  corage: 
ijou  manc  à  ten  signer,  trop  a  fait  grant  outrage,         20 
F.  6^     „qui  de  V  règne  de  Grese  demande*  (les)  treuage. 
„il  Tara  à  bon  terme,  si  je  puis,  si  sauvage 
^que  li  retomera  à  honte  et.  à  damage. 
,ja  por  tant  que  je  vive,  ne  li  donrai  ostage 
„*jà  n'ara  si  je  vie  fremeté  ne  estage.  25 

^qui  Y  puise  garandir,  tant  i  ait  fier  pasage. 
„or  me  convient  prouver  sor  lui  son*"^  vaselage. 
jamais  n'avérai  joie  en  trestot  mon  eage, 
«si  m'arai^  ceste  honte  amendé  par  son^  gage, 
«si  que  le  cief  de  lui  en  avérai  en  gage.""  30 

Li  mes  ot  la  parole,  si  se  met  è  V  repaire; 
aine  ne  fina  d'errer  de  si  que  à  Cesaire. 
a  Nicolas  a  bien  aconté  son  afaire, 
conta  lui  d'Aliiandre  com  a  fier  le  visage,® 
et  le  cuer  plus  hardi  que  lion  c'en  ot  braire:  35 

„ains  ne  nascui  teus  hon^  por  boine  gent  atraire; 

1)  Cauluê,    2)  rende.    3)  U  venrM  ai  dê^uê.    4)  m  demandé,    ô)  mon, 
6)  Umi  qu'il  m*aii.     7)  «Mm.    8)  riaire,    9)  tes  ham  me  luMftii. 


16  BNF4NCB  D'AI.IXANDRB. 

„a  caus  qui  sont  o  lui  eçi  frans  et  de  bone  aire/ 

„et  a  ses  anemis  est  feP  et  de  mal  aire. 

nUe  vus  cuide  laisier  ne  castiel  ne  repaire, 

„ain8.  vus  en  cuide  bien  par  vive  force  traire.** 

quant  Nicolas  Toi,  de  riens  ne  li  pot  plaire,  5 

il  en  jure  sen  cief  et  sa  pelice  vaire, 

s'as  puins  le  puet  tenir,  il  li  f^era  contraire: 

,Je  li  quit  destemprer  si  félon  laituaire, 

„n'aideroit  sen  parent,  s'il  11  >eoit  Tuel  traire. 

li  mes  dist  en  riant  à  Brian  de  Calvaire:'  10 

„de  lonc  le  manecies,  il  ne  vus  prise  gaire.** 

Mervelle  ot  Alixandres,  quant  il  ot  de  le  guerre 
que  li  rois  Nicolas  vint  treu  de  sa  tiere. 
par  les  lointains  pais  ^fist  les  bacelers*  querre, 
qui  tout  vegnent  a  lui  qui  or  voiront  conquerre.  15 

li  nouviaus  rois  de  Greses  ses  grans  trésors  desere;  . 
nus  n'en  puet  remanere  en  huge  n'en  soustiere; 
a  ceus  le  fait  donner  que  li  povretés  navre,* 
et  venront  avoec  lui  les  grans  paines  conquerre.* 

De  cou  fist  Alixandres  que  gentius'  et  que  fiers,        20 
que  frans  et  deboinaires,  que  gentius  chevaliers, 
quant  ot  par  le  pais  mandé  ses  soudoier, 
par  congié  de  sen  père  a  pris  les  useriers, 
les  sers  de  pute  orine,  les  félons  pautonniers 
qui  les  trésors  avoient  et  les  mons  de  deniers,  25 

qu'es  laisoient  pourir  a  muis  et  a  sestiers. 
tous  les  a  départis  as  povres  chevaliers, 
as  gentius  bacelers,  que  il  estoit  mestier, 
et  les  a  atornés  d'armes  et  de  destriers, 
n'i  a  L  isi  povre  qui  n'ait  ii.  escuiers.  30 

quant  furent  asanlé  par  les  plagnes  d'Aliers, 
plus  en  ot  Alixandres  de  Ix.  milliers;  ^ 

Emenidus  d'Arcade  fu  ses  confanoniers. 

Onques  n'isci  de  Grese  tel  jent  por*  Felipon, 
com  Alixandres  ot^  si  nos  dire  le  son,*  '  35 

en  la  tiere  d' Aller  de  coi  ot  le  somon. 

1)  dekaiHMrê.  2)  /ier#.  Z)  Beeker  de  Valemire.  4)  ehêvaiiaré.  5)  mtère. 
6)  êùferre.   7)  i^aiUmHS,    8)  ieê  Oë  de.    9)  éê  pUtmêë  de  VaOa». 


W^ANCB  D'ALOANDRB.  ^7 

la  veiscies  tendu  maint  rice  pariUon; 
Aristote*  se  jut  sor  i.  pale*  esclaron. 

Aljxandres  apele,  si  Ta  mis  à  raison: 
«eslisies  idi.  pcrs  qui  soient  compagnon, 
«qui  menront  ros  esceles,'  totes  par  deTison.*  5 

nS'ames  vos  cheraliers  et  fuîtes  lor  gent  don  ; 
nYus  saves,  qui  bien  done,  tolenliers  le  sert-on, 
«et  par  donner  puet-on  amolier  félon, 
«qui  tout  vint  et  tout  part,  des  auqilans  le  dist-on/ 
«se  voles  larges  estre,  plus  en  seres  preudon,  10 

F.  6*    «et  coûquerres  la  tiere  eirtor  et  environ, 

«si  que  nus  hom  n'ara  vers  vous  desfension." 

Alixandres  Toi,  si  dreca  le  menton, 

et  a  dist  à  sen  mestre:  „ci  a  bêle  raison; 

«eslisies  vus -meismes  de  qui  nos  le  feron.**  15 

—  primerains  i  metes  Tolomé  et  Clincon, 

«Lincanor  et  Pilote,  et  Dant  Emenidon, 

«Perdicas  et  Lione  avoec  Antigonun, 

«et  le  conte  Arides,  Ariste  et  Caunon, 

«Antiocus  avoec;*  or  sunt  xii.  par  non.  20 

«icist  sunt  tôt  preudomme  et  chevalier  preudon' 

«Emenidns  d'Arcade  por®  vostre  confanon.** 

et  a  dit  Alixandres:  „à  Deu  bénéichon.** 

En  icel  jor  que  furent  eslit  li  xii.  pers, 
que  H  rois  Alixandres  les  ot  fait  deviser,  Hb 

a  fait  monter  sa  gent  et  ses  grailes  soner. 
è  ¥  règne  Nicolas  voira  très  or*  aler. 
Emenidns*®  commande  son  confanon  porter; 
jamais  ne  finera,  si  venra  à  la  mer. 
devant  soi,  encontra  li  rois  i.  baceler  30 

qui  les  ceviaus  ot  blont  et  le  viaire  cler; 
son  samblant  ne  sa  face  ne  vus  sai  deviser; 
de  plus  jentil  dansiel  n'ora  nus  hom  parler, 
alulés  d'une  cauce,  n'ot  houce  ne  soller. 
à  cens  devant  a  pris  le  roi  è  demander;  .  35 

1}  AlîX€mdrê4.    2)  Ut    3)  baUdlUê.  4)  deviêion.    5)  M  veuiy  ireêiot 

P^,  à  «Mtr  U  voit  ^  an.     6)  eU.     7)  harans.     8)  fori.     9)  dés  or. 
\0)BmtÊddom. 

u  Braatu  l*AlliMiir«.  2 


18  ENFANCK  D'ALIXANDRK. 

i.  dansiaus  Tesgarda,  si  li  ala  mostrer, 
et  il  ala  le  roi  hautement  saluer: 
„sire,  entent  ma  parole,  bien  le  dois  escouter. 
„ne  m'aies  en  por*  vil,  se  me  vois  povre  aler, 
,ge  me  peuise  mius  vestir  et  àtourner;  5 

,,mais  teus  faom  me  fait  querre,'  s'il  me  pooit  (rover, 
„qui  me  feroit  le  bu  de  la  teste  sevrer. 
,ge  sui  cousins^  roi  Daire,  ne  le  te  doi  celer, 
„fius  sui  de  sa  serour,  si  me  deust  amer;  •  * 
„mais  il  me*  tôt  ma  tere,  pour  moi  desireter.  10 

„or  Siui  venus  à  toi,  car  j'ai  oï  conter 
„que  tu  retiens  les  povres  qui  voelent  amender, 
„et  plus  povres  de  moi  ne  pues  tu  esgarder, 
„quar  je  n'ai  tant  de  tiere  ù  me  puise  eseonser.""' 
à  icest  mot  a  fait  maint  chevalier  pasmer;*  15 

Alixandres  mdsme  commence  à  sospirer. 
après  li  demanda  com  il  se  fait  noumer: . 
„sire,  jou  ai  nom  Sanses,  fins  le  roi  Oteer.^. 
„li  rois  Daires,  mes  oncles,  le  fist  emprisonner 
„et  moi  fis  del  pais  et  cacier  et  jeter.  20 

„Tir  me  toit  et  la  tiere  qui  siet' joste  la  mer, 
„plus  que  on  ne  porroit  en  iiii.  jors  errer. 
„è  r  roiaume  de  Perse  foi  ferment  loer; 
nonques  de  si  à  toi  ne  me  voel  arester. 
nbui  deveg*  tes  hom  liges,  si  m'en  voel  mult  pener     25 
„de  faire  ton  service,  bien  t'i  poras  fier.** 
Alixandres  ot  joie  qu'il  Toi  si  parler,  • 
a  pié  est  descendus,  se  1'  prist  à  acoler. 
son  mestre  cambrelenc  fist  II  rois  apeler, 
de  rices  dras  dé  soie  le  fist  bien  conraer,  30 

ceval  et  bones  armes  li  commande  à  doner; 
sa  tiere  ii  rendra,  s'il  le  puet  conquester, 
et  donra  de  le  soie,  s'il  le  sert  sans  fauser, 
dont  il  pora  en  l'ost  x"*  homes  mener, 
et  Sanses  cerement'  l'en  prist  à  mercier.  35 

F.  6'         Bel  home  ot  en  Sanson  quant  il  fu  bien  vestus 

\)  fwr  e%,  2)  guerre.   3)  méê  le.    4)  fhrer.    5)  Oioner,    6)  deviemf. 
7)  Mnememi. 


BNFANGB  IKALKANDRB.  1 9 

ses  manUaus  tvt  hermius,  de  deseure  Tolsas 

d'an  samit  de  Paterne  vermel  ou  ver  menus; 

li  tasiel  sunt  à  pierea^  H  ors  i  est  paras;* 

cances  ot  de  bran  pale  et  esporons  agna. 

en  riant  dist  au  roi:  ^tes  amis  est  creua;  5 

»qne  ja  ne  vus  bura,  tant  com  durt  sa  yertus;** 

et  Q  fn  d'Alixandre  liement  retenus; 

de  tîere  à  x"*  hommes,  li  est  ses  ftus  creus. 

„sire,  cou  a  dit  Sanses,  grans  biens  m'est  avenus; 

»eacor  quit  reoir  Feure  que  Daire  ert  deceus.  10 

„Ia  tiere  en  areres  et  il  ert  confondus. 

„quant  escapai  de  Perse,  et  j'en  sui  fors  iscus, 

„ases  fui  de  ses  hommes  pour  ocire  sens, 

„par  CesarieP  le  grant  m'en  yig  tous  irascus; 

„mais  onques  par  nul  homme  n'i  fuis  reconneus.  15 

„la  trouvai  Nicolas  qui  est  d'ire  esmeus; 

„cil  remanace  Grese  a  ardoir  comme  fus, 

„por  cou^e  ne  l'en  est  aportes  li  treus/' 

lors  respont  Aiixandres,  sens  consel  de  ses  dras: 

„vas  ires  à  Gesare  qui  en  estes  venus  20 

„et  dires  Nicolas  que  jou  sui  ja  venus.' 

„le  treu*  11  aporte  à  tout  c"**  '  escus;  * 

„se  partans  ne  1'  vienc  querre,  à  son  oes  ert  perdus. 

„mais  avant  li  dires,  de  par  moi,  tes  salus, 

„que  j'en  serai  ocis  n  il  sera  vencus,  .25 

„ains  que  ja  li  treus  li  soit  par  moi  rendus. 

„la  bataille  li  manc  o  mes  armes  u  nus, 

„et  cil  ki  vencus  ert,  sera  rois  abatus; 

„ne  doit  tiere  tenhr  jouenes  hom  recreus/' 

Sanses  entent  le  roi,  si  monte  è  Y  bai  de  pris;        90 
tant  cevauce  li  ber  qu'en  Cesare  est  vertis, 
et  trouva  Nicolas  en  son  palais  assis; 
entor  lui  ot  ases  domaines  et  marcis. 
son  mesage  li  conte,  ne  fu  mie  esbahis: 
„ Aiixandres  vus  mande,  li  rois-  poesteis  35 

„qni  de  mort  vus  detBe,  ne*  pas  n'est  vos  amis, 
„por  cou  que  de  sa  tiere  aves  treu  requis. 

1)  4«hi#.    f)  Cêsairê.     3)  nutu.     4)  Irerage.     5)  irenlê  m.     6)  emr. 

2» 


20  BNFANCB  0'ALUUNDRB. 

,,mull  fier  le  vus  aporte,  à  tout  c*"-  Gris; 

„eD  Yo  tiere  est  entrés^  de  cou  «oies  tos  fis, 

,,ne  jamais  n'en  istra  à  nul  jor  k'il  soit  vis, 

„dusqu'il  sera  vencus  et  il  en  ect  ocis.^ 

„ne  Tiut  ja  c'autres  hom  en  soit  mors  ne  malmis;  5 

„le  batalle  yus  mande  et  jou  le  vus  devis, 

„cor8  à  cors  contre  lui,  sor  le'  ceval  de  pris/* 

Nicolas  Tentendi,  si  abaisa  le  vis, 
d'ire  et  de  mautalent  fu  et  mus  et  pensis; 
après  li  respondi,  com  hom  mautalentjs:  10 

„mesagier,  com  as  non?  —  sire,  Sanses  d'Alis,' 
„et  sui  nies  le  roi  Daire,  mes  br  en  suis  escis. 
„à  tort  me  disirite;  mes  à  tel  me  sui  pris 
„qu'il  me  rendra  ma  tiere,  et  plus  m'en  a  promis 
„dont  jou  menrai  en  ost  x^'^  fer  vestis;  15 

„cou  est  li  miudres  rois,  li  plus  amanevis 
„qui  nascui,  puis  c'Adans  isci  de  paradis 
„qu'il  perdi  por  le  pum  ki  li  fu  contredis. 
„or  vous  di  je  por  voir,  et  si  en  soies  fis,    ' 
„s'il  vus  trueve  en  batalle,  vus  «seres  malballis;  20 

„vencus  i  remanres  et  de  V  règne  caitis; 
„sor  le  fier  de  sa  lance  est  tes  jugemens  mis.*' 
F.  7^      quant  l'entent  Nicolas,  de  fauset'  fist  i.  ris, 
et  a  dit  à  Sanson,  oiant  tous  ses  marcis: 
„va,  si  di  ten  signor,  ses  morteus  anemis  23 

„le  soumont  en  bataille,  d'ui  en  xl.  dis, 
„se  il  vint  cors  à  cors  u  gent  contre  geAt  mis.** 

Quant  Nicolas  oi  le  dit  de  1'  mesagîer, 
qu'il  manace  Alixandre  de  la  teste  à  trancier, 
et  com  son  an^i  le  voira  enpirier.  30 

le  mesage  commence  mult  bel  à  losengier; 
à  soi  le  vofara  traire  s'il  le  puet  esploitier: 
„amis,  ce  dist  li  rois,  je  me*  voel  acoiatier 
„puisque  tu  es  nés  Daire,  tu  en  fais  à  prisier; 
„il  est  près  mes  parens,  ne  m'en  dois  losengier;  35 

„muU  eslaidist  sa  face,  qui  sen  nés  fait  trencier; 

i)  aitu  i  êtrêê  veneuê  u-  U  i  ert  oeis.  2)  bomê.    3)  ii«  Lis,    4)  Ami. 
5)  fmmiê,    6)  #«. 


ENFANCE  B^ALIX ANDRE.  21 

„qai  son  lignage  abaise,  ne  Tdoit'  on  avoir  cler. 

»,or  guerpis  Alixandre,  et  si  me  vien  aidier; 

„de  men  règne  avéras,  s'il  te  plest,  i.  qnaftier, 

„et  si  t'acorderai  à  Daire  le  guerrier.' 

,,ta  tiere  te  rendrai  toute  sans  calengier;  5 

„ne  dois  celui  servir  qui  te'  viut  gueroier. 

,,8'il  treu  ne  me  rent,  jou  le  viuc  gueroier' 

„et  de  l'orgnel  c|u'il  a  si  durement  plaisier 

„que  ne  Y  voiront  veoir  cil  qui  or  Vont  plus  cler." 

—  „0r  oi  plest,  ce  dist  Sanses,  ki  bien  fait  alaisier,  10 
nquant  me  rouves  celui  qui  bien  me  fait  cangier, 
,,et  ki  ja  m'a  doné  si  très  cortois  louier, 
„que  servir  m'en  poront  x*-  cevalier. 
,Jà  tant  com  jou  araî  le  cuer  de  1'  ventre  entré,* 
„ne  l'guerpirai  pour  homme,  pour  les  membres  trencier.    15 
„comment  m'aidera  cil  ki  lui'  ne  puet  aidier; 
„toi  meisme  quide-il  confundre  et  exillier, 
„et  tout  desireter  et  de  1'  règne  cacier. 
„il  ne  resanble  mie  le  cuivert  pautonnier, 
„roi  Daire  le  Persant,  qui  Dex  doinst  encombrier,        20 
„que  d'un  ser  de  putaire  a  fait  son  consiUier. 
,ga  devant  Aliïandre  n'oseroit  aprocier; 
„s'on  li  disoit  losenge,*  pour  autrui  enpirier, 
„li  rois  le  feroit  pendre  u  en  aighe  noier. 
,,de  lui 'et  des  ses  homes  te  bonvient-il  gaitier.  25 

,Jou  t'ai  dit  men  mesage,  si  m'en  voel  repairier." 
atant  monte  è  1'  ceval  que  phis  n'i  vot  resnier; 
jusqu'à  r  tref  Alixandre  n'ot  cure  de  targier. 

Quant  Alixandres  voit  son  mesage  Venir, 
il  l'enbrace  et  le  baise,  que  ne  le  pot  tenir.'  30 

nouvieles  li  demande,  et  si  les  vint  oïr. 
„Sanses,  ne  1'  me  celés,  s'il  vus  vient  à  plaisir, 
„que  vus  dist  Nicolas?  s'en  voira  il  fuir, 
„u  se  vohra  vers  moi  en  batalle  tenir?"® 
„ —  certes  sûre,  dist  Sanses,  il  est  de  grand  air,  35 

1)  si  u  ferai  vers  Daire  Um  oncle  repairier,  2)  me.  3)  je  V  fuie 
«i  emeHUr.  4)  è  V  ventre  enHer.  5)  êoi.  6)  Undenge.  7)  ne  s'en  poi 
aeienir.    8)  venir. 


22  ENFANCE  D'ALIXANDRE. 

„si  com  cil  qui  vos  viut  de  tout  sen  cner  hair, 
„et  mult  nos  quide  bien  par  sa  force  honnir. 
„ainc  home  de  batalle  ne  yï  si  araifiir;^ 
„par  losenge  me  vot  de  vus  faire  partir, 
„et  dist  qu'il  me  feroit  tout  rendre,  à  mon  plaisir,  5 

„quanque  Daire  me  toit  et  que  jou  suel  tenir; 
„et  me  vot  de  son  règne  i.  quartier  départir, 
„por  tant  qu'à  son  service  me  vosise  obéir; 
„mais  jou  n'ai  mie  cuer  de  mon  signor  trair, 
„si  U  sot  bien  respondre,  à  bon  mos,  sans  mentir,        10 
,,que  jou  signor  avoie  plus  vallant  à  servir, 
F.  7^      ,»qu'il  ne  fust,  ne  rois  Daire  qui  me  vot  malbaillir. 
„et  sacies,  de  V  treu  ne  se  (Viut  astenir 
„que  il  ne  V  vus  demant,  que  qu'en  doie  avenir." 
quant  l'entent  AUxandres,  si  commence  à  frémir;  15 

d'ire  et  de  ihautalent  prist  sa  faces  à  noircir, 
et  jure  celui  Deu  qui  solel  fait  luisir 
que  l'un  d'ans  ii.  convient  en  batalle  morin  ' 
à  ces  mos  en  alèrent  as  batalles'  jesir» 
et  au  main,'  quant  il  virent  le  solel  esctarcir,  20 

fait  li  rois  le  harnas  et  les  tentes  quellir. 
jamais  ne  s'i  voh*a  arester  ne  tenir 
de  si  que  de  Cesare  pora  les  tors  veir. 

Dolans  fu  et  pensis  Nicolas  des  respolds 
que  li  mande  Alixandres,  li  cûvers,*  li  félons,  25 

que  ne  1'  |)ora  garir  fermetés  ne  dognons. 
de  partout  son  roiaume  a  mandé  les  félons,* 
que  lor  convient  laisier  esperviers  et  faucons, 
et  facent  ratérner*  de  novel  les  blasons, 
et  bones  armes  aient  et  les  cevaus  Gascons;  30. 

quar  bien  lor  est  mestiers,  isi  com  nous  quidons, 
et  viegnent  à  Cesare,  à  coite  d'esporons, 
aparillié  de  guerre;  partans  en  est  besons. 
tous  esmuet  les  pais  k'il  ot  larges  et  Ions; 
"     si  en  jure  les  Dex  à  cui  il  fait  ses  dons  35 

que  se  il  i  remaint  chevaliers  ne  peons 

1)  Mfîr.  2)  hêrkêTfië.   %)'à  V  matin.  4)  orjfuiiimiê  et   b)  êê 
6)  rafreêfuier. 


BNFâNCK  D'ALIXANORB.  23 

qui  armea  poist  porter  ne  seçir  en  aroons, 

destrois  ert,  u  pendus,  u  rostis  à  carbons. 

qpmi  furent  asamblé  caus  que  il  ot  soumons, 

bien  furent  ce"*-,  enai  corn  nous  quidons. 

là  peuaciea^-  (veoir)  tant  rices  confanons,  5 

indea,  Termaua  et  gausnea»  de  diverses  façons. 

8or  l'aighe  de  Cobar  tendent  lor  pavillons. 

Quant  li  rois  Nicolas  ot  tote  s'ost  mandée, 
sor  Taighe  de  Copar  en  le  plagne  année', 
plus  durèrent  lor  loges  de  demie  jornée;  10 

nequedent'  que  par  home  soit  ja  desbaretée; 
mais  il  ne  reront  ja  la  quinsaine  pasée; 
qui  teus  a  grant  orguel,  qui  perdra. sa -posnée. 
Alixandres  cerauce,  s'oriflanbe  levée, 
0  sa  ricea  compagne  d'une  gent  ordenée,*  15 

qui  toute  est  de  batalle  essaie  et  provée. 
il  n'avoii  gent  è  1'  monde  ki  plus  fust  alosée, 
de  bon  signor  garnie  et  bien  enluminée, 
qui  tout  fait  lor  plaisir  et  quant  que  lor  agrée; 
et  ele  est  en  batalle  por  lui  si  enbrasée  20 

que  vii.  tans  d'autre  gent  ni  aroient*  durée, 
il  cevauéent  à  force  et  passent  la  contrée. 
Tbolomes  regarda  vers  une  plagne  lée, 
des  tentes  Nicolas  i  coisi  la  fumée, 
et  vit  les  pavillons  è  1'  funs  d'une  vallée.  25 

li  L  des  Grius  à  l'autre  a  l'ost  au  doi*  mostrée, 
et  dient  en  riant:  , jamais  ne  cagne  espée, 
„qaî  de  ces  partira,  s'en  est^  targe  quasée.^ 
„la  bontés  Alixandre  ki  si  nos  est  privée, 
„doit  bien  estre  a  ices  primerains  acarfée.''"  30 

ja  fust  l'os  des  Gregois  maintenant  aprestée, 
mais  li  rois  Alixandres  a  sa  teste  jurée 
que  mar  s'en  mouvra  i.,-  s'est  *^  sa  gent  ordenée 
et  cescune  batalle  à  sen  droit  devisée; 
quar  puisque  si  grans  os  est  ensanble  jostée,  35 

F.  9*     il  n'est  hom  si  poiscant  par  cui  fust  desevrée, 

1)  Uueques  r«i>#te«.     2)  asêotUée.     3)  ne  pùe.    4)  aHurée.   6)  n'aroii 
À  li,  8)  r  «  toêî  à  V  M.    7)  êi  mu  8)  êêffndrie.  9)  eottn^mrée.  10)  •'••$ 


24  BNFANCB  D'ALIXANDKB. 

devant  que  mainte  teste  seroit  de  1'  bu  copée,  ' 

chevaliers  abatus  et  siele  renversée, 

et  de  maint  bon  ceval  la  resne  traînée. 

„por  cou  voel  que  par  sens  soit  ma  gens  ordenée/' 

Quant  les  os  de  ii.  pars  se  sont  entreveues,  5 

et  les  geldes  à  pie  ki  après  sunt  venues, 
ont  de  Tost  Nicolas  les  herberges  veues» 
tentes  et  pavillons  et  ancubes  tendues, 
et  çnt  les  grans  ricoises  de  Tost  aperceues, 
il  n'orent  les  deffenses  Alixandre  entendues.  10 

celé  part  vont  corant,  n'i  ont  règnes  tenues, 
grans  cos  i  ont  donés  de  lor  lanees  agues; 
li  dar  que  li  Griu  lancent  et  sigaites  molues 
i  volent  plus  espes  qu'en  Mai  herbes^  menues, 
et  cil  bien  se  desfendent  o  les  espees  nues.  15 

ains  qu'en  ait  Alixandres  lés  noveles  eues, 
i  ot  sanc  et  cerveles  de  mains  cors  espandnes. 
„Sire,  dist  Tholomes,  les  os  sont  esmeues. 
,Ja  i  a  d'ambes  pars  maintes  testes  tolues.. 
„faites  armer  ik)s  gens,  par  ces  plagnes  ramues,  '  20 

„que  ne  soient  ancui  folement  deceues; 
„si  erent'  ces  iii.  batalles  Nicolas  bien  férues 
„que  jou  voi  ordener,  lès.  ces  bruelles  foUues, 
„si  que  soient  ancui  laidement  deronpues, 
„* jamais  totes  les  autres* ne  seroient  cremues.*'  25 

„ —  Tholome,  dist  li  rois,  les  coses  >  porvenes 
„vienent  sovent  a  bien,  se  bien  sont  maintenues.'' 
or'  ouus  (sic)  dont  par  sens  as  premeres  venues. 

Quant  Nicolas  voit  l'ost  des  Grejois  dans  la  plagne, 
et  les  geldes  à  pie  ki  paient  lor  bargagnes,  30 

teus  i  ala  tous  sens  que  percié  ot  l'entregne, 
isnelement  commande  à  armer  sa  conpagne, 
et  fait  les  faamas  traire  vers  les  puis  d'Aliagne;'. 
s'il  vient  a  desconfire  c'  aient  large  canpagne.* 
mult  bel  les  amoneste  et  sajement  ensfigne;  35 

cescuns  prie  par  foi,  que  il  or  ne  se  fagne, 
que  l'os  ne  se  desroie,  mes  ensanMe  se  tegne, 
1)  piveuêê,    2)  s'êreni.     3)  ^Araigne,    A)  iargmigne. 


BEViUCK  D'ALIXANDRH.  25 

quar  fters  est  Alixandres^  et  fiere  sa  conpagne  : 

„ne  vus  esmaies  mie»  se  Tuna  l'autre  mahegne; 

„au  départir  de  V  camp,  vera-on  le  gaegne; 

Jl  ne  puet  avenir  que  li  i.  ne  a'en  plegne.  . 

„mias  volroie  morir  que  il  ma  tiere  eopregne;  5 

ntrop  est  grana  ses  orgius,  et  fière  sa  conpagne. 

^melons  fort  contre  fort,  n'i  ait  autre  bargagne.*^ 

Abilor  de  Loseme^  a  commandé  s'ensegne; 

ne  quide  que  nus  autres  à  sa  valor  atagne, 

ne  que  miUor  de  lui  nule  part  mius  aeagne.  10 

Quant  Alixandres  Tit  de  l'est  le  commencaille, 
et  li  geldes  à  pie  ki  muèrent  la  batalle, 
L  Griua  en  est  partis,  fenis  desous  rentraiUe; 
li  «ans  qui  de  lui  ist,  desous  son  arcoû  qualle. 
Alixandres  a  dit:  „ci  n'a  pas  devinalle/*  15 

et  dist  par  mautalent:  „ja  Dex  m'ait  à  bsdle, 
„se  jou  de  V  asamblée  fac  mes  la  desevralle; 
„or  gart  cescQns  sa -cape  à  ceste  commencaille.'' 
xii.  escieles  devise,  à  bien  les  aparaille. 
Emenidus  d'Arcade  la  primeraine  baille,  20 

et  dist  que  bien  les  maint  et  sagement  i  aUe, 
et  gart  ne  se  desroit  et  nus  des  rens  ne  salle  ; 
quar  à  si  fait  be9oig  et  à  tele  asamllable 
F.  7'     ne  puet-on  bien  trouver,  se  par  sens  ne  travaille. 

Emenidus  respont:  „jà  tant  corn  aurai  maille,  25 

„ne  mon  hauberc  tenir,  ne  gieron,  ne  ventalle, 

„por  doutance  de  mort,  ne  lôr  i  ferai  falle. 

„ancois  serai  férus  très  parmi  le  coralle,    . 

„et  avérai  bendé  le  cors  d'une  toualle 

„qne  jou  ^e  face  cose  qui  à  ounor  vus  vaille.'*  30 

li  rois  dist  en  plorant  à  Garson  de  Vialle:'    < 

„on  l'en  puet  mult  bien  croire,  n'i  a  nul  qui  le  valle." 

La  première  bataille  conduist  Emenidus, 
Perdicas  li  seconde  et  le  tierce  Caunus, 
le  quarte  Liones,  le  quinte  Antiochus;  35 

en  le  siste  batalle  fu  mis  Antigonus; 
en  cçli  ot  asses  de  princes  et  de  dus 
1)  !•  Sêre,    2)  riatU  à  Qartn  tfAbiaiiU. 


26  HNFANCB  B  ALIXANDRK. 

qui  feront  en  la  route*  Nicolas  gran^  pietrus; 

quant  venront  fl  l'estor  n'i  feront  nul  refus; 

bien  quic  c'a  Y  despartir,  n'en  pora  gaber  nus. 

les  iii.  autres  batailles  se  rengièrent  en  sus; 

celés  voiront  ancui  desrainer'  les  treus.  5 

Mult  fu  preus  Alixandres  et  de  sens  ot  plenté; 
des  autres  vi.'  batailles  a-il  bien  commandé 
que  li  baron  les  mainent  sagement,  par  fierté. 
Dan  Clin  balle  le  semé,  V  uitisrae  Tolomé; 
cil  doi  sunt  d'un  eage  et  près  d'un  parenté,  10 

et  si  erent' andoi  de  proeèce  esprové, 
d'un  samblanl,  d'une  guise  et  d'un  grand  parenté.* 
*de  tote  l'ost  de  Grese  furent  li  plus  douté, 
fors  seul  Emenidon,  ki  Xant  ot  de  bonté 
c'ainc  ne  fui  d'estor  demi  pié  mesuré,  15 

porvet*  c'estre  i  peust  a  ntile  saureté. 
la  nueme  esciele  guie  Nicanus*  par  fierté,  ' 
et  la  disime  baUe  li  rois  à  Ariste; 
cil  doi  furent  rasai  de  corage  aduré, 
en  guerre  et  en  bataille  cevalier  esprové.  «  20 

L'onsime  des  batalles  conduira  Pilotes, 
Arides  de  Yâleste  ot  la  dousime  après; 
cil  sunt  boin  ccTalier  et  en  ester  en  grés. 
Alixandres  revient  o  sa  grant  genl  après, 
qui  en  ester  saroient  sofrir  les  grignors  fés.  25 

le  jour  flst  Alixandre  c'aine  de  roi  ne  fist'  mais, 
que  toutes  ses  batailles  a  ouvrées  en  pais, 
en  la  première- esciele  est  venus  à  estais, 
si  que  premiers  josta  li  rois  Macidonais  ; 
celui  jor  le  trouvèrent  si  anemé  en  grés.^  30 

En  la  première  esciele  que  Emenidus  maine, 
sist  li  rois  Alixandres,  sor  Bucifal  domaine, 
car  des  joustes  voira  avoir  la  primeraine  ; 
il  le  désire  plus  c'oir  cant  de  Sierainé. 
este  vus  de  Cesare  l'estore  premeraine,  35 

devant  trestous  les  autres  est  li  dus  de  Betaine, 

1)   geuL     2)    des  fendre.     3)   iii,     4)   iPune   voiotUé.    5)   priant  qu\ 
6)  Lieanar.     7)  n'oï.    8)  irée. 


BNPANGB  D'ALlXilNORB.  21 

et  sis!  8or  i.  destrier  U  plus  cort  d'une  alalne 
^  qu'esmerillons  ne  vole  à  Y  aloe  procaine; 

il  ot  l'un  costé  brun^  et  l'autre  blanc  com  lafne.' 
quant  le  vit  iJixandres,  d'à  hii  jouster  se  paine, 
Bucifal  esporone,  se  li  lasque  le  règne.  5 

ja  ores  d'ambes  pars  une  joste  certaine, 
li  dus  a  la  ferir  Alixandre  le  maine^ 
que  sa  lance  pecoie  sor  le  roi  Macedaine, 
et  li  rois  le  feri  en  l'escu  d'Aquitaine,' 
que  tout  li  a  percié  et  te  brogne  clayaine,  10 

F.  8*     si  que  muU  près  de  V  cuer  li  a  trencié  le  vaine; 
toute  plaine  sa  lance,  V  abat  mort  en  Faraine. 
les  îi.  batailles  hurtent  et  la  tiere  fu  saine, 
fièrement  s'entrecontrent  à  la  première  estraine. 

As  premeraines  jostes  cairent  maint  vasal  15 

qui  puis  ne  remontèrent  en  sele  de  ceval. 
là  peuisies  velr  fier  ester  communal, 
tant  escu  destrancié,  tant  elrne,  tant  nasal, 
le  sanc  et  les  ceireles  espandre  contre  val; 
au  couart  convenoit  de*guerpir  son  estai;  20 

et  li  preu  sostenoient  et  le  paine  et  le  mal. 
et  Alizandreq  point  son  destrier  Bucifol  ; 
è  1'  cief  de  la  bataille  va  joindre  Anabisal; 
cil  est  niés  Nicolas  et  mult  sot  de  Y  ceval; 
non  porquant  li  ronpirent  et  caingles  et  poitral;  25 

parmi  le  cors  li  mist  Tensegne  de  cendal, 
si  que  parmi  le  crupe  Y  abati.de  l'  ceval; 
puis  a  traite  l'espée,  à  1'  pug  d'or  à  cristal; 
à  1'  tomer  de  la  jouste  ala  ferir  Gortal, 
que  l'elme  li  trenca  et  le  vaine  orgenal.  30 

Emenidus  Tesgarde,  s'en  apele  Hunbal: 
„voies,  fait-il,  de  1'  roi  ki  fait  tel  bastitaL 
„onques  si  hardis  princes  ne  monta  sor  ceval; 
„il  n'espargne  nu  lui,  car  si  cop  sunt  mortal; 
„cui  il  ataint  a  cop  ne  demeure  en  ceval;  35 

„ancui  lor  fera  traire  i.  dolerous  journal 
„il  ne  r  laira  garir  ne  en  mont  ne  en  val." 

1)  kUme,    2)  krun  avoine.     3)  de  quintaine. 


28  BNPANCB  D*ALIXANORB. 

Ëmenidns  seoit  è  V  destrier  Airagon; 
si  cerke  la  bataille  entor  et  environ; 
ricement  fu  armes,  regart  ot  de  félon, 
è  r  cief  de  la  batalle  va  jouster  à  Sanson» 
amis  ert  Nicolas,  de  V  mius  de  sa  maison.  5 

Emenidus  li  vient  à  poignant  de  randon, 
à  r  cors  li  met  le  fer,  à  tout  le  oonfanon; 
si  l'abat  de  1'  ceval,  qu'en  vuident  li  arcon. 
Aspiros  d'Escalite  sist  en  alerion: 

iries  fu  et  dolans  de  la  mort  de  Sanson,  10 

s'or  ne  le  puet  vengier,  ne  se  prise  un  boton. 
en  la  prese  grignor  ala  ferir  Begon; 
toute  plaine  sa  lance,  l'abat  mort  de  Tarçon; 
mult  en  poise  Alixandre  de  la  mort  au'  baron 
et  dist:  „vus  m'ares  sempres  mult  près  à  compagnon/'  15 
automer  que  il  fist,  li  fist  le  cief  en  bron, 
que  ronpue  est  la  coife  et  avoec  li  bouton, 
et  la  teste  11  cope  pardesous  le  menton, 
cil  de  Cesare  voient  icele^grant  marison, 
si  dient  que  trop  sunt  M  oop  des  Grius  félon.  20 

Es  vus  par  la  batalle,  ses  soudoiers  venir* 
Sanson,  le  neveu  Daire,  xpn  fu  gietës  de  Tir. 
ricement  fu  armés,  si  vint  par  grant  air* 
enmi  la  grignor  prese,  ala  i.  duc  ferir 
qui  ot  de  Nicolas  mult  grant  tiere  à'  tenir,'  25 

que  l'escu  de  son  col  li  fait  fendre  et  partir; 
et  de  cel  tM>p  li  fait  1'  anne  de  1'  cors  iscir; 
puis  a  traite  Tespée;  as  autres  vait  guencir. 
Amilas  de  la  Sere'  fait  à  i.  cop  morir; 
Alizandres  le  voit,  mult  li  vint  à  plaisir,  30 

et  dist:  „mult  doit-on  bien  tel  chevalier  tenir,* 
„qui  si  set  son  signer  en  bataille  servir; 
„qui  tel  home  toit  tiere  bien  l'en  doit  maus  venir.'' 
F.  8^     la  conpagne  Aliiandre  fert  de  si  grant  air 

que  la  première  esciele  ne  le  pot  mes  soffrir;  35 

par  force  les  convint  lor  ester  déguerpir." 

1)  #011.    2)  êor  i,  destrier,    3)  Losere,    4)  vasai  retenir.   5)  à  toe  Uê 
fremerainê  a  fait  estai  guerfir. 


BMFANCB  D'ALIXAIIDRB.  29 

Es  yns  l'autre  bataille  que  conduit  Perdicas; 
à  le  seconde  escieie  des  lionies  Nicolas  - 
se  jouste»  com  ains  puet,  et  Tient  phis  que  le  pas. 
de  lances  et  de  dars  i  oiscies  les  quas, 
tant  elme  et  tant  escu  yeiscies  jesir  bas ,  5 

maint  cheralier  i  ot  Use  pot  clamer  las, 
qui  gisoit  à  la  tiere,  à  mort  navrés  et  mas. 
sor  Beart  d' ^  Olifeme  sist  armés  Bélias  ; 
cU  estoit  nés  de  Grese,  de  V  lignage  Eneas 
*qui  escapa  de  Tfoie  quant  li  pails  fa  ars;  fO 

è  r  cief  de  la  bataille,  va  joindre  à  Jonatas, 
i.  baron  de  Césare  et  né  de  Caïfas; 
grant  tiere  ot  à  tenir  de  jusqu'en  Elinas.' 
Elias  le  feri  qu'il  li  perça  les  dras, 
si  que,  plaine  sa  lance»  l'abat  de  V  ceral  cras.  15, 

Sabilor  de  Losere  a  ocis  Brunadas, 
L  cheyaliers  de  Gresse,  cousins  ert  Pilotas, 
ja  Teiscies  ferir  Grius  et  Macidonas; 
la  mesnie  Alixandre  ki  ne  T'espargnent  pas, 
as  espées  trencans  les  vont  ferir  è  1'  tas.  20 

lor  anemis  aboivrent  de  mult  félons  hanas, 
c'  onques  de  ceste  esciecle,  ne  V  tenes  mie  à  gas, 
ù  bien  furent  ii**,  n'en  escapërent  pas 
XX.»  ne  dis»  né  L  sens,  ne  fust  navrés  et  mas. 

Es  vus  la  tierce  escieie  que  Caunus.li  preus  guie,    25 
qui  maint  bon  chevalier  ot  en. sa  compagnie; 
sor  le  gent  Nicolas  avoient  grant  envie, 
fièrement  le  requerrent»  que  tos  jors  l'ont  haie, 
là  veist-on  percier  mainte  targe-florie. 
Caulus  point  le  ceval  ù  durement  se  fie,  30 

va  férir  Samador  en  le  targe  brunie, 
qne  li  fent  et  estroe  devers  destre  partie, 
li  haubers  de  sen  dos  ne  li  vaut  une  pie;* 
parmi  le  cors  li  passe  l'ensegne  d'Aumarie, 
sor  Tarcon  daeirain  renverse  tôt  et  plie,  35 

outre  s'en  est  pasés,  mes  le  branc  n'i  oublie, 
de  1'  fuere  le  trait  fors  quant  li  lance  est  falie; 
1)  ie  kimuf.    2)  BêHmmê,    S)  n'et.    4)  èiUie. 


30  BNPANCB  D'ALIXANDRB. 

au  retor  fiert  i.  autre  sor  Telme  de  Pavie, 

mais  pardevant  Tescu  est  l^spée  guencie^ 

que  Tespaule  senesire  li  a  de  1'  cors  partie. 

li  bras  à  tout  Tescu  ciet  è  V  pré  ki  verdie, 

et  cil  por  la  dolour  a  le  prese  guerpie;  5 

iiii.  fois  est  pasmés  sor  Terbe  ki  yerdie.' 

Caunus  prist  por  le  règne  le  destrier  d'Orcanie ,  ' 

a  i.  Griu  Ta  bailliet  qui  le  sien  n'en  ot  mie, 

nus  ne  voit  si  fais  cos  ki  soit  de  sa  partie,* 

qui  por  sa  grant  proecce,  dedens  sen  ciier  ne  rie.         10 

la  batalle  Caulnu  a  si  l'autre  envaie 

que  plus  de  ii.  arpens  est  arrière  sortie. 

Es  vus  l'autre  batalle  que  conduisoit  Leone; 
joste  à  la  quarté  (*esquele)  Nicolas,  sens  essone;' 

N  maint  escu  i  percierent  ki  vint  de  Babilonne.  15 

atant  es  vus  poignant  Friande  de  Sadone  ; 
'  cil  est  hom  Alixandre  et  tient  Escalidone,  . 
et  sist  sor  i.  destrier  ki  vint  de  Calidone.^ 
sor  Tescu  de  son  col  ala  ferir  Anlone, 
i.  baron  Mcolas  qui  est  de  Babilone  ;  20 

F.  8*     si  pecoie  sa  lance  com  unrain  de  peone.' 
lors  a  traite  Tespée  à  1'  pug  d'or  à  'Sardone, 
amont  le  fiert  en  l'elme  6  ot  maint  Casldone,^ 
que  U  trence  et  deront  la  coife  sor  le  brogne. 
è  r  cervel  li  enbat  le  branc,  cui  sans  ensone;  25 

fièrement  s'i  contient  la  flors  de  Macidone. 

Quant  la  première  esciele  qui  as  Grius  fîi  jostée, 
vit  la  g«nt  Alixandre  tant  fiere  et  redoutée, 
et  duite  de  batalle  et  si  bien  ordenée, 
c'ainc  si  hardie  gens  ne  fu  de  mère  née,  30 

et  ont  l'autre  C4>npagne  Alixandre  esgardée; 
cescune  des  batalles  est*  par  soi  de  visée 
si  com  li  maines  rois  ot'  par  soi  devisée,  *^ 
et  voient  la  lor  gent  mult  près  desbaretée, 
bien  sevent,  ne  poront  vers  ans  avoir  durée.  35 

1)  gUieée.  2)  en  mi  la  praêrie.  3)  de  Surie,  4)  de  kan  ctter  n'en 
riê,  5)  enêoine.  6)  dwerêU  Coine.  7)  péoine,  8)  CaUiMne,  9)  vtni. 
10)  Vwoit  He»  wrdwée. 


BNTANCB  H'ALIXANMUB.  31 

tel  cccG.  en  gisent  aval,  parmi  ^  la  prée, 
dont  li  mains  mehagnies  ot  la  teste  oopée. 
lor  première  batalle  en  est  si  reusée,      * 
que  la  seconde  après  en  est  toute  esfraée; 
la  tierce  en  est  fremée  et  la  quarte  branlée.  5 

quant  .la  gent  Nicolas  qui.  «près  Tint  armée, 
▼it  celé  de  derant'  en  tel  point  formenée, 
'    que  toute  est  en  fuiant  devers  aus  retornée, 
^    r^foute^  fu  de  bien  faire  enfin  destalentée, 

si  que  ruQ^n|i(^  Tautre  est  en  fuies  tomée.  •  10 

Alixandres  le»  siut  o  sa  gent  ordenée: 

la  peuisies  venir -mainte  ensegne  fresée, 

en  cors  de  chevalier  tainte  et  ensanglentée  ; 

en  icele  cace  ot    mainte  large  esfondrée. 

tros  qu'à  puis  de  Lieme  n'  i  ot  règne  tirée  15 

ù  li  hamas  estoit  et  Tautre  gens  alée; 

ÎL  liues  et  demie  a  li  fuite  durée. 

par  dehors  la  cité  à  V  destroit  de  l'entrée 

est  la  gens  Nicolas  qui  fuioit,'  arestée. 

Abilos  de  Losere  a  s'ensegne'  escriée;  20 

iluec  voiront  encor  mainteniiv  la  mellée. 

Les  ii.  08  sont  jostées  a  1'  destroit  de  Cesaire; 
durement  s'entrefierent»  car  «ne  s'entr'  aiment*  galre. 
maint  navré  oîsies  iluec  crier  et  braire, 
qui  preu  chevalier  furent  et  franc  et  deboinaire.  25 

Etnenidus  seoit  sor  ferrant  de  Liaire;^ 
de  toute  l'ost  de  Grese  ne  pot-on  millor  traire, 
et  si  estoit  genUos  et  frans  et  deboinaire. 
en  l'escH  va  ferir  te  marcis  de  Navare;* 
li  brogne  c'ait  vestue  ne  li  vaut  une  haire;  30 

le  cuer  li  a  trencié  sos  le  police  vaire. 
quant  le  voit  Nicolas,  mult  li  tome  à  contraire; 
cil  *estoit  ses  coosins,  ^'  si  li  dut  bien  desplaire. 
volontiers  se  volroit  vers  Emenidus  traire, 
por  vengier  sen  coosin,  se  il  le  pooit  faire.  35 

Nicolas  point  et  broce  le  destrier  remuant, 

1)  M  miiiu  de.    2)  d»  fuir,    3)  m  gent    4)  s^mnermi.     5)  Lueairê, 
6)  8êdan  dé  Unêf.    7)  car  U  eêêaii  êêê  niée. 


32  ENFANCE  D'ALIXANDRB. 

quant  voit  mort  son  neveu  à  la  tiere  gésant; 
mult  durement  li  poise,  le  cner  en  a  dolant; 
de  cou  n^  se  doit  dus  aler  esmeryillant  ; 
nus  ne  pert  bon  ami,  damage  n'i  ait  grant. 
fius  estoit  de  sen  frère  c'on  apele  Persant;  5 

en  toute  sa  compagne  u'uvoit  j  nùus  yallant. 
en  le  targe  florie  s'en  va  ferir  Brûlant,^ 
que  il  li  a  perciet  son  hauberc  jaserantr 
*desrompi  douze  mailles  trestotes  d'un  tenailt, 
de  jouste  le  costé  va  l'acier  conduisant»  10 

la  car  (a)  atamée,  mais  ne  l'a  mort  atant; 
F.  8'     non  puis  quant  de  1'  cevaP  à  la  tiere  l'espant 
lors  a. traite  l'espée,  si  regarde  le  brant; 
i  chevaliers  Grijois  en  fiert  *en  trespasant, 
si  qu'à  cet  cop  li  va  li  cief  de  1'  bu  rasant  15 

Tolomes  esporone,  si  li  vient  au  devant, 
si  graût  tof  li.  dona  parmi  l'elme  luisant, 
que  tout  le  fait  cliner  sor  son  arcon  devailt; 
de  l'espée  li  done  iiiL  cos  en  ferant, 
si  l'a  si  estoné  qu'il  n'en  ot  ne  entant.  20 

par  le  raisne  le  prenti  si  l'enmainent  atant; 
en  ranprone  li  dist  iiL  mos  en  reproçant: 
««Nicolas,  or  aves  cou  qu'avés  demandant; 
,«le  treu  de  Cesare  avères  maintenant.'*' 
ja  fint  pris  Nicolas  et  retenus  atant,  25 

et  si  home  vencu  qui  aloient  fuiant, 
quant  li  quens  d'Abilor  i  est  venus  poignant 
bien  sunt  en  sa  eompagne  cccc.  combatant 
ja  ores  d'ambe  part  une  mellée  grant 
Nicolas  ont  rescous  si  home  maintenant;  30 

ariere  le  remainent,  n'i  ont  plus  demorant, 
quar  de  tel  compagnie  n'ara  hui  mais  talant 

Quant-  li  quens  d'Abilor  ot  rescous  son  signor, 
il  feri  Tolomé  parmi  son  ehne  à  flour, 
que  le  ciercle  en  abat  et  les  pieres  entor;  35 

et  Tolomés  fiert  lui  en  i'ebne  de  coolour, 
que  il  li  a  percié  le  cercle  de  valeur. 
1)  Bêliani.    2)  «Mrt>  u  il  voetië  u  mu. 


BNPANCB  D'ALIXANDRB.  33 

li  cols  est  descendas  en  l'esca  paint  à  flor; 

de  tel  yertu  le  Sert  et  de  si  grant  iror, 

durement  le  hurta,  si  l'abat  à  sen  tor; 

maintenant  Teast  mort  et  torné  à  dolor, 

quant  la  gent  de  César  a  enclos  tôt  entor.  5 

sonr  Tolomé  s'arestent  tel  xxx.  fereour 

qui  as  brans  li  estoient  de  mort  presenteor; 

*desos  lui  li  ocient  son  bon  ceyai  lejour; 

mais  li  vasaus  fu  preus  et  plains  de  grant  iror. 

fièrement  se  desfendent*  o  les  brans  de  coior;  10 

ja  fust  pris  li  vasaus  et  tenus  sens  demor, 

quant  Dans  Clins  ses  conpains  est  yenus  à  l'estor, 

et  connut  Tolomé  qu'il  asalent  entor. 

le  ceyal  esporone,  s'est  venus  à  T  contour; 

en  sa  conpagne  furent  maint  rice  poigneor  15 

de  le  gent  Alixandre,  le  roi  Macidonour; 

bien  en  ont  caus  encontl-és'  en  lor  premerain  tor, 

fièrement  les  asalent,  car  point  n'i  ont  demore. 

Dans  Clins  fiert  le  premier  qui  tenoit  Tolomé, 
que  l'esctt  de  son  col  li  a  fraint  et  fausé.  20 

parmi  le  cors  li  a  l'anste  et  le  fier  pasé; 
de  r  ceyal  l'abat  mort,  si  l'a  bien  asené; 
par  le  firain  à  argent  a  le  ceyal  conbré, 
à  Tolomé  l'a  tost  par  le  frain  présenté, 
et  li  ber  i  monta  qui  mult  l'a  désiré.  25 

Emenldus  fiert  l'autre  de  V  branc  à  or  letré; 
le  car  sor  les  espaules  li  a  de  V  bu  seyré. 
Perdicas  fiert  le  tierc  et  li  quart  Aristé, 
et  Licanors  le  quint,  si  com  l'a  encontre 
que  tout  le  hanepier  li  a  de  V  clef  osté,  30 

deseure  les  orelles  li  a  le  branc  rasé, 
tel  corone  n^ont  mie  ne  mone  ne  abé, 
que  a  cis  que  on  a  d'un  seul  cop  coronné. 
li  xiL  per  de  Grese  sont  entour  aresté, 
qui  sunt  en  mainte  coite'  cfemu  et  redoté;  35 

F.  9      par  force  ont  recouyré  le  conte  Tholomé 
que  la  gent  Nicolas  ayoient  aresté; 
1)  éêêfant.    2)  iêë  o$U  etusonirés,     3)  iêre. 
U  EoiMM  rAlixaUre.  ^ 


34  BNFANCB  ITALIZANDRB. 

mais  trop  l'ont  cierement  de  lor  cors  acaté. 

adonques  yeiscies  bien  aidier  Tolomé; 

corn  il  trence  ces  elmes  o  le  branc  acéré. 

le  prince  de  Corinte  lor  i  a  mort  jeté; 

et  Dans  Clins  i  fait  d'armes^  au  coraje  aduré,  5 

et  11  autre  baron  qui  plain  sunt  de  fierté. 

Li  mellée  est  laisié  et  Tolomes  rescous; 
fière  i  fu  la  bataille  et  l'estors  perillous. 
Arides  point  et  broce  parmi  les  prés  herbous, 
et  il  ayoit  ceval  courant  et  yigerous;  10 

en  l'escu  de  sen  col  va  (èrir  Maladous, 
i.  baron  Nicolas  qui  fel  ert  et  estons; 
toute  plaine  sa  lance  l'abat  de  V  ceyal  rous, 
et  cil  resaut  en  pies,  tous  iries  et  hontous; 
Tespée  tint  ë  V  pug,  yers  lui  yint  courecous,  15 

par  desor  les  orelles  feri  le  ceyal  rous, 
que  de  la  teste  l'a  à  celui*  cop  fait  blous. 
Arides  saut  en  pies,  iriés  et  corigous, 
et  li  i.  et  li  autres  fu  fiers  et  yigerous.' 
des  espées  se  donent  grans  cos  et  meryillouÈ,  20 

ains  qu'en  remagne  mais  li  mellée  d'ans  doua, 
et  n'est,  ce  quit»  li  i.  coureciés  et  irous. 

Saletrons'  tint  le  branc,  yers  le  Griu*  yint  à  trait,* 
si  le  fiert  parmi  l'ehne  qu'il  l'a  quasé  et  frait. 
Arides  refiert  loi  qui  le  sien^  ayoit  trait;  25 

fièrement  se  combatent  eus  è  1'  cief  d'un  garait 
li  Hermines  li  a  son  escu  parmi  frait, 
è  r  cors,  par  mi  l'auberc,  l'eust  mort  d'un  retrait; 
mais  il  contre  le  branc  a  l'escu  ayant  trait 
Aristes  li  regiete  un  tel  cop  de  retrait  30 

que  l'os  de  1'  bras  li  «trence,  et  cil  geta  un  brait 
et  proie  que  merci  por  Deu  de  sa  yie  ait; 
'    grant  ayoir  l'en  donra;  mais  que  plus  de  mal  n'ait: 
or  et  argent  et  dras  li  donra  par  tel  plait 
quant  l'entent  Aristes,  por  tant  yiyre  le  lait  35 

lors  se  rent  cil  prison  et  ayoec  lui^se  trait 

1)  lé#  êmetmee.     2)  éi  fu  dé  iui  rêquêrre  et  (Urê   et  Cêmfoilûuê, 
3)  Mêimreanê.    4)  Turc.    5)  à  hmi. 


BNFANCB  D'ALCCANDRB.  35 

Alixandre  le  renl  ki  désarmer  le  fait. 

le  cief  avoit  plus  blanc  que  ne  soit  glous  de  lait. 

le  roi  demande  i.  mire  et  raençon  promet, 

or  et  argent  asses,  se  il  garir  le  fait, 

il  l'en  fera  raser  tonte  plaine  une  met.*  5 

„Salatron8,  dist  li  rois,  vus  estes  mes  prisons. 
~  voire  y  sire,  fait-il,  grant  ert  mes  raencons. 
„faite8  moi  bien  servir;  ne  sui  mie  garçons, 
„quar  jou  tieng  bien  de  tiere,  que  castiaus,  que  dognons,' 
„dont  mener  puis  en  ost  xx*-  compagnons;  10 

„et  tout  vienent  à  moi  quant  jou  les  ai  somons. 
„por  cou,  que  de  nous'  est  par  tout  si  grans  renons, 
„et  que  donner  saves  à  nous  si  -rices  dons, 
„devenrai  vos  hom  liges  et  ferai  tos  vos  bons. 
„ne  ja  n'ière  en  ma  vie  traîtres  ne  félons;  15 

„ains  vus  voirai  servir,  si  com  chevaliers  bons, 
à  Alixandre  plot  mult  bien  ceste  raisons, 
ii.  siens  mires  li  balle,  sages  et  mestres  bons^, 
et  dist,  s'il  le  garisent,  il  ior  donra  grans  dons, 
et  cil  ont  respondu:  „nous  nos  en  penerons.  20 

„à  l'aide  de  Deu,  (tos)  sain  et  sauf  le  rendrons 
„deden8  xL  jours;  jà  plus  n'i  meterons.** 
F. 9^     à  tant  estes  vus  ii.  desrices  compagnons, 
li  L  fn  Tolomes  et  li  autres  Clincons. 
cist  ont  en  la  batalle  conquis  tes  11.  prisons  25 

des  hommes  Nicolas,  de  ses  millors  barons 
dont  mult  rices  sera  et  grans  li  raencons. 
au  roi  les  ont  rendus  ans  ii.  par  les  gernons,^ 
et  li  rois  les  commande  mener  as .  pavillons. 

Alixandres  commande  ses  prisons  à  garder.  30 

grans  ert  li  raencons,  s'il  le  vint  demander; 
cescuns  s'en  fera  d'or  ii.  fois  contrepeser, 
0  les  autres  louiers  qu'il  en  voiront  donner, 
li  rois  de  l'autre  part  se  prist  à  regarder 
et  vit  de  la  bataille  un  Grijois  retorner.  35 

ferus'  ert  d'une  espée  è  1'  cors,  à  Y  traverser. 

1)  Mff.    2)  éê  DtOrê  e,  emêHamê  à  donfonê.    3)  vauê.    4)  Aiixmndrê 
^rm  m  iêux  fmr  U  kauiimê, 

3» 


36  ENFANCE  DALIXANDRE. 

tant  ot  perdu  de  1'  sanc  qu'il  ne  pooit  aler; 

sour  le  col  de  V  ceval  le  convint-il  pasmer. 

quant  li  rois  l'a  veu,  si  prist  à  sospirer, 

dolans  fu  en  sen  cuer,  ne  V  pot  plus  endurer. 

Bucifal  esperone,  ne  Tot  plus  arester,  5 

sempres  le  convenra  cui  que  soit  comparer. 

il  va  cercant  les  rens,  ne  trueve  à  qui  joster. 

i  chevalier  de  Perse  feri  a  rencontrer, 

le  cief  sor  les  espaules  fist  arière  verser; 

de  prince  si  poisant  n'ores  vus  mais  parler.  10 

li  rois  crie  s'ensegne  ^or  sa  gent  vigurer;* 

trestoute  la  bataille  fait  là  ii  va  branler;' 

environ  lui  se  traient  si  demaine  et  si  per. 

Li  xii.  per  se  traient  tot  environ  le  roi; 
dont  peuisies  veir  i.  menillous  tomoi.  15 

il  n'i  avoit  parlé  d'amors  ne  de  dosnoi. 
li  couart  fereor'  sor  les  elmes  sunt  coi. 
cil  de  Cesare  voient  Torguel  et  le  bufoi 
de  la  gent  Alixandre  qui  ne  lor  portent  foi, 
et  dist  li  i.  à  l'autre:  „or  penst  cescuns  de  soi,  20 

^,quar  de  l'estor  soufrir  n'i  a  mès^  nul  conroi.'' 
les  dos  lor  ont  tomes,  si  laisent  le  caploi; 
vers  Cesare  s'en  vont  à  force  et  à  desroi, 
et  li  Gritt  les  encaucent  qui  les  espargnent  poi; 
cil  ki  ne  puet  fuir  a  torment  et  anoî  ;  25 

pris  est  u  afoles,  u  menés  à  desroi. 

Li  batalle  est  vencue,  tomes  lor  ont  les  dos; 
vers  Cesare  s'en  vont  dont  il  erent  esclos,^ 
et  li  Griu  les  eqcaucent  qui  sor  tous  ont  le  los. 
de  caus  que  il  ategnent  trencent  et  car  et  os.  30 

lie  sunt  cil  qui  dedeas  la  cité  sunt  renclos; 
il  ne  criement  l'asaut,  le  creste  de  ii.  cos; 
tant  sunt  fort  li  mural  dont  li  bors  est  enclos, 
que  li  rois  ne  1*  pot  prendre,  dont  mult  ot  le  cuer  gros, 
dehors  se  sunt  logié,  lès  les  prés  d'Abilos;®  35 

celé  nuit  forent  Griu  à  pais  et  à  repos. 

1)  rM^amblêr.     2)  devant   lui   brmnUr,     3)  vmUêourê,     4)  e^mvimt. 
5)  l«tf  eonfanoHs  entors,     6)  d'Aiior. 


ENPANCB  D'ALIXANDRB.  37 

Es  plains  deyant  Cesare,  sunt  li  Griu  ostelé; 
lor  très  i  ont  tendas  et  de  lonc  et  de  lé. 
mais  la  vile  est  tant  fors  qae  ne  crient  home  né; 
qaar  li  mur  en  stint  haut,  et  parfont  H  fossé, 
et  les  tors  batilliés  de  brun  marbre  listé,  5 

et  li  quariel  en  sunt  tout  à  plonc  saielé. 
ii.  liues  environ,  par  riiière  et  par  pré, 
sont  li  Griu  herbregié  entor  et  atrayé/ 
la  batalle  est  yencue;  cil  laiens  sunt  maté, 
mult  fu  grant  li  escès  qu'il  i  ont  conquesté.  tO 

F.  9*     li  rois  Ta  à  ses  homes  départi  et  donné, 
s'en  i  ot  chevalier  ne  blecié  ne  navré 
que  il  n'ait  boineraent  veu  et  visité. 
Tolomé  et  Clincon  a  li  rois  apielé 

et  tous  les  xii.  pers;  si  lor  a  devisé  15 

et  monstre  sa  raison;  de  boine  volonté: 
nsignor,  ce  dist  li  rois,  la  merci  Dame  V  Dé, 
„bien  se  sunt  hui  li  Griu  en  batalle  prové. 
^ou  vus  promet  i.  don,  et  tenrai  par  verte, 
„que  jà  ne  conquerrai  ne  castiel  ne  cité,  20 

„que  tout  ne  dolent  estre  à  votre  volonté. 
,je  ne  finerd  mes,  en  trestot  mon  aé, 
„si  arai  de  cescun  fait  i.  roi  coroné."* 
quant  li  per  l'ont  oï,  mult  l'en  ont  mercié. 
lors  commande  li  rois  que  iiii.'  armé  23 

escorgaitascent  Tost,  quant  il  ert  à  vesprée, 
que  cil  dedens  ne  facent  salie  à  recelé;' 
quar  reposer  convient  les  Grius  qui  sont  lasé. 

Àlixandres  commande  l'ost  à  escorgaitier, 
que  cil  dedens  n'en  iscent  por  les  Grius  damager;  30 

et  Nicolas  laiens  ne  li  vint  atarger, 
ains  apela  ses  homes  et  prist  à  oonsiller: 
^signor,  consillies  moi  com  porai  esploitier. 
„Alizandres  me  vint  destruire  et  exillier; 
nil  est  mult  orgillous  et  li  Griu  sunt  mult  fier;  35 

^ne  castel  ne  cité  ne  me  quident  laisier."" 

\)  nH  a  pMM9«#  «0  gvé        ù  ii  Griu  né  se  êoienî  logié  et  alratM'«. 
2)  to.  ml,    3)  n'en  iêseni  eoiêmêni  a  cêié. 


38  BKTANCB  D'ALIXANDRB. 

Abilos  de  Losere  et  Salos  de  Nanmier 
entendent  sa  raison;  si  respont  le  premier: 
„rois,  fai  mander  tes  homes  jusqu'as  pors  d'£giiier/ 
„et  jusqu'à  la  montegne  ù  on  trueye  Tor  mier. 
„qu'ii  viegnent  à  Cesare  por  lor  signor  aidier;  5 

„et  cil  qui  n'i  venront  soient  tout  senrager-, 
^,et  tout  en  ta  merci  de  lor  testes  trencier.*" 
et  respont  Nicolas:  „ce  ne  pris  i.  denier; 
„tout  li  home  de  V  mont,  seijant  ne  cheyalier, 
,,ne  poroient  as  Grius  loi^ement  guerroier;  10 

,,ne  fuiroient  i.  pas,'  por  aus  tous  dépecier. 
„on  ne  poroit  sour  aus  nule  riens  gaegner, 
„fors  anui  et  damage  et  mortel  enconbrier. 
„autre  cose  ai  pensé  que  tous  voel  acoîntier. 
„demain  voirai  conbatre,  armés  sor  i.  destrier,  15 

„cors  à  cors,  seul  à  seul,  contre  le  roi  d'Alier. 
„se  je  y  pooie  ocire.  et  les  menbres  trencier, 
„desconbré  en  seroient  mi  home  et  li*  terrier; 
„par  nule  autre  manière  ne  me  porai*  vengier. 
„mais  cest  plest  conyenra  de  ii.  pars  ostagier.  20 

„li  Deu  nos  en  poroient  mult  bien,  ce  croi,  aidier;* 
„mais  grant  péril  aroit  à  tel  plait  commencier.'' 
E  r  demain  par  matin,  quant  solaus  aparoit, 
Nicolas  prist  i.  mes  ù  il  mult  se  fioit, 
et.  sot  que  son  mesage  mult  bien  11  ftimiroit,*  25 

que  jà  par  paor  d'oume  à  dire  ne  Y  ^  lairoit. 
au  roi  Ta  enyoié  qui  en  son  tref  seoit 
jà  ores  le  mesage  que  cil  faire  devoit 
et  toutes  les  paroles  que  Nicolas  mandoit. 
li  mes  descent  à  pié  quant  AUxandre  voit,  30 

et  conte  sen  mesage  que  bien  faire  savoit: 
„rois  Nicolas  te  mande  et  soumont,  or  en  droit, 
„cors  à  cors  en  batalle,  isi  Totrieroit; 
„ne  vint  que  autre  gent  jamais  mahnise  en  soit.  . 
F.  9'     „mais  se  il  ert  vencus,  sa  tiere  coie^  soit,  35 

1)  puiê  dé  CfiHer,  2)  êaeiéê  fU*H  né  fuiroietti.  3)  nU.  4)  m'tffi  fviê 
mie,  5)  iltrenl  si  hamê,  noê  en  pmeeem  oiMer,  6)  eênUroii  7)  «mI^ 
rien  ni,    8)  ioie. 


BNFANCR  DfALIXANDM.  39 

„et  de  cou  bpiDs  ostages  envers  vos  meteroit 

„que,  jamais  de  sa  part,  riens  nus  n'  i  clameroit; 

„et  se  il  TUS  vencok,  en  pais  li  remanroit 

„et  toute  votre  gens  arrière  repairoit 

,,81  remanroit  la  guère  qui  grans  est  or  en  droit"  5 

Aliiandres  respont  que  muit  bien  li  plaisoit, 

ne  jà  miUor  marcié  quer^e  ne  l'en  yolroit  : 

„mais  je  me  dout,  fait-il,  que  de  cou  ne  refroit; 

„quar  si  faite  besogne  doit-on  faire  à  esploit." 

lors  yescies  le  roi  salir  en  pies  tôt  droit.  10 

Tholomé  en  apele  que  il  mult  aime  et  croit. 

„faites  moi  Bucifal  amener,  cà  tôt  droit,* 

„et  desi  que  en  l'ongle  tout  couvers  de  fier  soit; 

„quar  mult  me  feroit  mal  se  il  le  m'ocioit. 

„ancui  pens  de  Cesare  recevoir  le  destroit.  15 

„Tholomé  le  donrai,  à  son  oes  i  clain  droit." 

—  sire,  dient  si  home,  et  Dei  le  vus  otroit." 

„Rois,  oies,  dist  li  mes,  que  te  mande  me  sire. 
„ne  vint  mes  que  li  pules  soit  livrés  à  martire; 
„08tages  viut  avoir  de  1'  mius  de  ton  empire,  20 

„que  se  il  te  puet  vaincre  et  en  batalle  ocire, 
„que  ti  home  s'^ivoisent,  car  sa  tere  en  est  pire; 
„et  se  tu  .le  puet  vaincre  et  en  batalle  aflire , 
„sa  tiere  avéras  quite  jpsqu'en  la  mer  de  Tire. 
„trestout  te  serviront  li  miudres  et  li  pire;  25 

„de  cens  aures  ostages  teus  com  pores  eslire." 
quant  l'entent  Aliiandres,  de  joie  prent  à  rire; 
tout  maintenant  a  fait  unes  lettres  escrire, 
au  mesagier  les  baille ,  quant  closes  sunt  en  cire , 
et  cil  s'en  est  partis,  tout  sans  plus  et  plus  dire.  30 

son  signer  rent  les  lettres  et  il  les  a  fait  lire. 

Li  mes  est  revenus,  n'i  fist  arestison; 
à  Nicolas  a  dit  plainement  sa  raison: 
„Alixandres,  li  rois  ki  cuer  a  de  lion, 
„otroie  plainement  toute  te  mandison.'  35 

„bien  samble  que  il  soit  hardis  et  jentius  bom. 
„le  cors,  a-il  petit,  mais  gente  a  le  façon; 
1)  à  têfloii»    2)  fiM  detiêé  avon. 


40  BNFANCB  D'AI.IXANDRB. 

„ne  TUS  be  jà  laisier  ne  castiel  ne  maison/ 

„el  de  votre  cité  a-il  jà  fait  le  don; 

„Tho1omé  Ta  donné,  ensi  Tapiele-on/' 

et  respont  Nicolas:  „il  a  sens  de  bricon; 

„ains  li  arai  percié  le  fie  et  le  pomon;  5 

„quar  entre  faire  et,  dire'  a  grant  devisioD. 

„de  nos  ii.  convenra  l'un  morir  è  V  sablon. 

,Jou  li  quit  bien  desfendre  toute  ma  région  ; 

„ains  mes  n'en  acointa  yoisin  isi  félon, 

„ne  me  trovera  mie  à  guise  de  garçon.  10 

^aportes  tos  mes  armes,  car  trop  i  demoron; 

„et  couvres  jusqu'en  l'ongle  le  brun  baucant'  Gascon.'* 

Abilot  de  Losère  apela  par  son  non: 

„ensamble  o  moi  venres  et  xxx.  compagnon; 

„si  donrons  nos  ostages  et  les  lor  prenderon/'  15 

et  cil  li  respont:  „sire,  tout  ensi  l'otrion." 

Nicolas  s'est  armés;  vest  l'aaberc  jaserant 
qui  ot  le  maille  Jilancbe  et  sieré  et  tenant; 
onques  de  sa  bonté  ne  tî  si  poi  pesant, 
ne  r  pierche*  cols  de  lanche  ne  de  quariel  traiant*     20 
F.  10*   la  yentaille  li  lacbent  si  houme  maintenant' 
è  r  cief  li  ont  asis  i.  vert  elme  luisant, 
à  las  tiscu  de  soie  li  vont  è  1'  cief  fermant; 
si  ot  un  escarbouche  ens  è  1'  nasal  devant, 
a  cainte  Tespée  qui  l'acier  ot  trencant.  25 

ses  esporons  li  caucent  chevalier  avenant; 
devant  lui  amenèrent  le  diestrier  remuant. 
Nicolas  i  monta  qui  n'i  vet  demorant, 
a  sen  col  a  pendu  i.  escu  d'olifant, 
anste  ot  roide  de  frasne  et  gonphanon  pendant.  30 

parmi  le  mestre  porte  en  est  iscus  errant.' 
le  lanche  tint  sour  fautre,  et  l'escu  mis  avant. 
xL®  cevalier  le  vont  après  suiant. 
lors  vait  parmi  le  prêt,*  son  cheval  eslaissant; 
il  ne  le  conduist  mie  à  manère  d'enfant,  35 

1)  dojon,  2)  entrB  fait  et  parole,  3)  duêpfen  têre  U  bon  dêêtritr. 
4)  ne  iotê,  5)  né  fumrêl  d'are  traiant,  6)  iaeeni  #t  karon  en  ploramt, 
7)  «'en  iêêi  galopant.    8)  quatre  mit.     9)  là  flatfna. 


BNFANCB  D'ALKANORB.  41 

à  loi  d'empereor  se  va  bel  démenant; 

jiuques  devant  les  très  se  vait  ademetant 

son  ceval  fait  restraindre  et  le  poitral  devant, 

et  le  frain  li  recangent  à  un  plus  destraignant, 

por  cou  que  son  destrier  trova  un  poi  tirant.  5 

il  redrece  son  elme  ki  li  va  s'esclinant  ;  * 

de  plus  biel  adoubé  ne  sai  que  nus  vos  cant; 

et  plus  ot  d'Alixandre  piet  et  demi  de  grant.' 

s'il  ne  fust  orgillous,  .par  le  mien  enciant, 

il  n'eust  millor  prince  en  trestot  Oriant.  10 

mult  li  vont  li  Griois,  si  com  vait,  regardant; 

s'il  fiist  bien  d'Mxandre,  mult  Falasent  prisant. 

Dédens  son  tref  de  pale  s'en  est  11  rois  armés; 
vestu  ot  i.  vert  pale*  qui  fu  fors  et  serés; 
à  malles  de  fin  or  estoit  par  lius  ouvrés;*  15 

devant,  en  mi  le  pis  et  devers*  les  costés 
estoit  li  haubers  dobles  et  rieement  serés." 
i.  elme  de  haut  cuig  li  est  è  1'  cief  fermés, 
à  las  d'or  et  de  soie  ataciés  et  noés; 
devant  ot  i.  topase  ki  bien  fu  esprovés.  20 

si  a  cainte  Tespée  dont  li  brans  fu  letrés, 
si  fil  de  bone  forge,  trancans  et  acérés, 
les  esporons  li  caucent  Gaunus  et  Arides, 
dont  li  fu  Bucifaus  en  la  place  amenés:' 
par  son  estrier  à  or  i  est  li  rois  montés.  25 

hanste  ot  roide  de  frasne  dont  li  fers  fu  quarés,  . 
dejusqu'as  puins  li  bat  li  gonfanon  fkrlsés. 
ses  ostages  a  pris  et  les  siens  a  livrés, 
que  tenus  est  li  pies  si  com  ert  devises; 
m.  ot  des  plus  vallans  et  des  plus  renoméa.  30 

adont  fu  li  i.  rois  de  l'autre  desfiés; 
ambedoi  s'eslongiérent  en' le  coste  d'uns  prés; 
jà  ores  la  batalle  des  ii.  rois  ordeaés. 

t)  e*im  poi  va  soiwani.  2)  ei  ot  bien  éPAiixandre  ii.  piéê  le  eortfiuê 
grmÊt,  3)  9t  VBêti  t.  haukere,  4)  bendéê.  5)  encontre,  6)  ouvrée,  7)  de- 
vont  iui  fu  eoverê  Bueifax  amenée» 


COMBAT  D'ALIIAKDRE  ET  DE  NICOLAS. 

€1  dl0t  0l  «om  U  rel0  Allmaudre*  et  U  ■*•!•  NImIm 
«onbatlreiit  11  L  ene#iiti*e  r»iiti*e. 

F.  10^       Li  prés  ta  grans  et  lés,  et  li  herbe  yerdie, 
et  li  jouste  des  rois  durement  aprocie; 
les  ceyaas  laisent  corre,  n'i  ot  règne  sacie. 
Nicolas  Sert  le  roi  qui  sa  lance  a  brisie, 
quar  de  mult  grant  pooir  la  porta  eslongie,  3 

et  li  rois-feri  lui,  qui  ne  Tespargna  mie, 
que  le  targe  li  a  ronpue.*  et  percie, 
le  malle  de  l'hauberc  ronpue  et  deslicie;* 
mais  le  car  n'en  a  mie  atainte  ne  blecie. 
non  porquant  est  li  lance  jusqu'en  è  V  pug  froisie,       10 
et  tel  cop  li  donna  ke  Feskine  li  plie; 
l'un  des  estriers  li  toit,  la  coroie  est  lasquie, 
por  poi  que  Nicolas  a  la  sele  widie; 
se  li  lance  ne  fust  de-  celui  cop  froisie, 
faite  eust  Nicolas  la  première  jostié  15 

Nicolas  fu  de  Y  cop  corecous  et  iriés; 
en  le  siele  est  mult  tos,  par  rertu,  reficiés. 
se  yengier  ne  se  puet,  mult  est  mal  engigniés. 
le  céyal  esporone,  à  val  est  adreciés,' 
le  ceyal  esporone,  si  com  hom  coureeiés.*  20 

menrillous  cop  li  donc,  quant  en  est  aprociés; 
en  l'escu  d'olifant  est  li  brancs  enbroiés; 
por  un  poi  qu'à  1'  retrëire,  n'est  par  mi  pecoiés. 
quant  li  rois  sent*,  le  cop,  si  est  i.  poi  baisciés; 

1)  êêtroée,    2)  dêsartié.    3)  fur  iui  «'Ml  eêiaiêêiiê.     A)  U  krmu  mt 
en  sa  wudn.    5)  vîl. 


COMBAT  IVALIXANDRB  BT  DB  NIOOLAB.  43 

en  Tescn  s'est  malt  bien  couvers  et  enbosciés, 

lors  a  traite  Tespée,  si  regarde  ses  pies; 

li  cners  li  est  è  1'  ventre  plaine  paume  hanciés, 

et  feri  Nicolas,  com  hom  bien  afaitiés, 

à  mont  parmi  son  ehne  qui  par  rai  est  traneies.  5 

les  pieres  en  abat»  li  cercles  est  froisiés; 

de  cel  cop  fu  ii  elmes  dnrement  enpiriés, 

que  parmi  les  espaules  en  cai  li  moitiés. 

mult  par  fu  grans  li  cos,  li  brans  est  entesdés;^ 

a  poi  que  li  cevaus  n'en  est  ajenelliés.  10 

Nicolas  ot  paour,  ne  vus  esmervillies, 

et  dist  à  soi  meisme  que  ses  jors'  est  jugiés: 

„de  r  treu  Alixandre  serai  hui  engigniés.'^ 

yolentiers  tos  s'enfùist,  tos  s'en  fust'  consillies; 

mais  bien  set  qu'ausi  fust  destruis  et  exilliés;  15 

mius  11  yaut  morir  rois  que  si  soit  décades. 

lors  a  tiré  sen  frain^vers  lui  s'est  adreciés. 

Nicolas  s'esmaia  de  1'  cop  c'ot  receu; 
por  L  poi  ne  l'en  fu  durement  mesceu, 
et  de  cou  se  tient  il  à  mort  et  deceu,*  20 

que  encor  ne  li  est  de  riens  bien  avenu, 
lors  Sert  des  espérons  le  bon  baucant  grenu; 
d'Alixandres  s'aproce  et  tint  le  branc  moulu; 
mervillous  coup  li  donc  par  mi  son  ehne  âgu, 
F.  10*   que  le  ciercle  li  a  en  ii.  moitiés  rompu;  25 

au  dévaler  descent  li  cos  parmi  Tescu, 
si  c'um  quartier  en  a  et  copé  et  fonda 
mult  fu  fors  li  haubers  qui  le  cop  a  tenu, 
que  jusques  à  la  car  n'a  li  brans  parvenu; 
et  Alizandres  point  Bucifal  par  vertu,  30 

jà  ara  de  sen  cop  contre-cange*  rendu; 
il  feri  Nicolas,  mult  l'a  bien  conseu;. 
par  mi  le  cief  l'ataint  ù  i'elme  avoit  perdu; 
la  ventalle  est  ceue,  le  cief  ot  auques  nu, 
si  le  Sert  Alixandres,  à  loi  d'oume  irasco  35 

que  la  tieste  li  trance  et  fait  voler  de  l'  bu. 

1)  ftMMl  U  ^roHê   est  hmueiéê,    2)  mêê  terme».    3)   en  eêL    4)   a 
«««eu.     5)  êêetm^e. 


44  COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DE  NICOLAS. 

d'autre  part  est  ceue  par  mi  le  pré  herbu, 
puis  li  dist  en  ramprone,  que  tout  l'ont  entendu: 
N  ^Nicolas,  or  vos  ai  paiet  votre  treu; 
„or  ne  1'  deniandes  mais,  bien  le  vus  ai  rendu/' 
11  Griois  sont  joiant  qui-  le  cop  ont  veu,  5 

et  dient  que  n'est  princes  qui  soit  de  tel  vertu, 
lors  sunt  contre  le  roi  à  grant  joie^  venu; 
Dans  Clins  reçut  le  branc  et  Tolomé  l'escu. 
è  r  roial  tref  de  pale  ont  le  roi  receu; 
bêlement  le  désarment  si  ami  et  si  dru.  10 

cil  de  Cesare  sunt  dotant  et  confondu; 
n'est  mervelle  s'il  plegnent  lor  signor  c'ont  perdu, 
en  son  tref  a  li  roi  icele  nuit  jeu. 

A  r  malin,  quant  li  rois  vit  le  solel  luisir, 
fist  le  cief  Nicolas  et  le  cors  requellir,  -  15 

et  si  le  fist  com  roi  ricemeni  seveHr. 
„par  foi,  dist  Aliiandres,  dire  puis  sans  mentir 
„qu'il  fu  preus  et  hardis  por  dur  estor  soufrir; 
„mais  on  ne  puet  au  lonc.de  grant  orgueP  joir.*' 
—  sire,  dist  Tolomes,  bien  le  saves  garir  20 

„rorgillous  et  le  fol,  quant  le  poes  tenir.'' 
li  rois  fait  ses  ostages  pardevant  lui  venir: 
„baron,  dist  Alixandres,  rendes  moi  sans  falir 
„la  tiere  Nicolas,  qultement  à  tenir. 
„Tholomé  le  donrai,  si  l'en  lairai  joir;  23 

„ volant  toute  ma  gent,  l'en  voirai  ravestir. 
„et  se  vus  le  voles  par  force  retenir, 
„et  contre  le  devise  par  fauseté  venir, 
,Je  vous  ferai  trestous  de  maie  mort  morir, 
„u  pendre  u  escorcier.u  en  flame  bniir.  30 

„puis  le  reconquerrai  par  force  et  par  air; 
„si  ferai  caus  des  tors'  à  la  tiere  salir; 
„ne  se  poront  au  lonc .  encontre  moi  tenir.'* 
et  cil  ont  respondu:  „sire,  à  votre  plaisir. 
„ferons-nos  plainemènt  la  devise  tenir."  35 

les  tours  li  ont  livrées  et  il  les  fait  garnir; 
1)  $raiu  torbeê.     2)  oins  de  $raM  or^uei  ne  vi  nului,    3)  tU  ferw. 


COMBAT  D'Al.IXANDRB  ET  OB  NICOLAS.  45 

•    coa  i  met  de  sa  gent  qui  lui  Tient  à  plaisir.* 
Quant  Nicolas  fù  mors  et  sa  grans  tiere  prise, 
et  li  rois  Aliiandre  Tôt  par  force  conquise, 
Tholomé  apela,  yoiant  tous  li  devise: 
„Tholoiné,  dist  li  rois,  très  ier'  vus  ai  promise  5 

„la  tiere  Nicolas;  en  tus  ert  bien  asise. 
„tenes,  jou  le  vus  doins  et  otroi,  par  tel  guise 
„qne  tous  jors  en  ares  et  rente  et  commandise. 
„quaiit  reyenrons  de  Perse,  et  arons  fait  Justice 
„de  Daire  et  de  ses  hommes  qui  la  tiere  ont  malmise,     10 
„en  celé. haute  tor  qui  est  de  marbre  bise, 
„Yus  en  sera  è  V  cief  corone  d'or  asfse.'* 
F.  lO'   Tholomes  s'ajenelle,  en  enclinant  l'a  prise, 

et  li  rois  Ten  ravest  par  i.  vet  rains  k'4k brise;' 

mult  l'en  prisent  li  per  et  loent  la  devise.  15 

Quant  Nicolas  fù.mor»  qui  le  teste  ot  copée, 
et  Alixandres  ot  sa  tiere  à  lui  donée, 
Tolomé  ravesti  de  toute  la  contrée, 
nouviele  vint  au  roi,  ki  li  fu  aportée 
c'une  cité  avoit  en  icele  contrée,  20 

la  première  ki  fu  ens  ë  1'  pais  fundée. 
de  sens  et  de  clergie  est  si  enluminée, 
qu'è  r  mont  n'a  sapience  qui  là  ne  fust  trovée. 
mult  est  noble  li  vile^  et.  rice  et  asasée, 
et  li  baron  dedens  l'ont  isi  bien  gardée  25 

c'ainc  ne  fii  rois  ne  dus,  tant  cainsist  haut  espée, 
à  cui  la  signorie  en  fust  onques  donée, 
ne  sire  en  peust  estre  une  seule  jornée. 
quant  Tentent  Alixandres,  la  teste  en  a  crolée, 
s'en  a  par  mautalent  une  raison  jurée  30 

que  puis  fu  en  ma  vie*  cierement  comparée, 
et  jusqu'en  Orient  en  fu  bone  passée; 
et  dist:  „s'il  ne  me  rendent  celé  cité  loée, 
„ar8e  ert  et  abatue  et  à  tiere  rasée, 
„et  la  tieste  en  aront  tout  li  boijois  copée;  35 

„ensi  lor  renderai  l'orguel  et  le  posnée.'' 

1)  p^ii  4  V9i  me9iUir.     2)  Im  jwê.     3)  f  olive.     4)  fin'  m  mmni 
rifné  fu. 


46  COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DE  NICOLAS. 

Li  rois  ot  la  parole,  durement  s'esmervelle  • 

que  la  cités  est  tele  e'on  ne  set  la  parelle. 
à  yeoir  le  désire  qu'il  ne  dort  ne  soumelle, 
et  jor  et  nuit  i  pense,  durement  le  trayelle. 
Tenus  est  à  Ataines  qui  sor  le  mer  sorelle,  5 

tout  ensi  Ta  asise  que  sa  gent  li  conselle; 
entor  i  ont  tendu  mainte  tente  vermelle; 
s'il  n'en  a  son  voloir,  dont  sera  cou  mervelie. 

Li  rois  Macidonois  a  Ataines  asise; 
tendu  i  ot  entor  tente  (de)  diverse  guise,  10 

maint  pavillon  de  soie  de  color  vert  et  bise, 
li  rois  fu  en  son  tref  ù  son  talent  devise, 
et  commande  à  i.  clerc  .qui  erraument  escrise, 
à  caus  dedens  envoie  tout  ensi  qu'il  devise, 
que  la  cité  li  rendent  avant  que  il  Tait  prise;  15 

quar  s'il  atendent  tant  qu'à  force  soit  conquise, 
en  grant  destrucion  sera  tornée  et  mise, 
et  la  gens  qui  le  garde  confimdue  et  ocise. 
^    Mult  par  est  forte  Ataines,  car  ele  siet  sor  mer; 
il  ne  doutent  asaut,  ne  traire  ne  gieter.  20 

en  mi  liu  de  la  vile  ont  drecié  un  piler; 
c.  pies  arvoit  de  haut,.Platons  le  fist  lever; 
deseure  ot  une  lampe,  en  son^  i.  candeler 
qui  par  jor  et  par  nuit  art  et  reluist  si  cler, 
que  partout  en  puet-on  et  venir  et  aler,  25 

et  tout  voient  les  gaites  qui  le  doivent  garder, 
à  i.  consel  se  traient  li  baron  et  li  per; 
•  d'Alixandre  parolent  qui  les  voira  gaster, 
si  la  vile  ne  rendent  que  il  voira  garder, 
vilainement  les  vint  et  abatre  et  fouler;  30 

onques  mais  ne  trovèrent  qui  cou  osast  penser, 
à  Aristote  prendent  consel  à  demander, 
que  nés  ert  de  la  vile,  mestres  et  sages  ber,' 
et  mestres  ert  le  roi  de  bien  endoctriner, 
il  savoit  le  consel  de  tous  mescies  doner,  35 

et  coment  on  pooU  bors  et  viles  garder. 
1)  iêêêmr:    2)  qui  €êl9ii  iê  U  viie  prmeê,  iesMUM  ei  *er. 


COMBAT  D'ALDCANDRB  BT  DB  NIC0LA9.  47 

F.  11*  par  sen  consel  voloit  li  rois  tons  jers  oayrer 
de  casUaiu  asegier  et  de  nies  preer. 
tout  ensamble  le  prient  que  au  roi  yoist  parler, 
que,  por^ramor  de  lui,  les  laist  en  pais  ester. 
„Oriens  est  mult  grans;  là  puet-il  labourer/  5 

„por  cités  et  roiaumes  et  castiaus  conquester/' 
Aristotes  a  fait  i.  mulet  enseler; 
0  les  mes  Alixandre  s'en  yait  au  roi  parler. 

Li  mesages  repaire  quant  se  carte'  ot  ballie; 
par  la  porte  s'en  ist  sor  i.  mul  de  Surie;  10 

tros  qu'à  l'tref  Alixandre  ne  vot-il  targer  mie, 
et  conte  le  raison  qu'il  avoit  d'ans  oie; 
comment  ot  Aristote  la  besogne  cargie, 
qui  requerre  Alixandre  et  bêlement  li  prie 
que  il  les  lest  en  pes»  car  à  tort  les  guerrie.  15 

Oriens  est  mult  grans,  s'en  prende  une  partie; 
il  ne  l'ara  conquis  en  trestonte  sa  vie. 
por  cou  qu'il  est  ses  mestres,  ne  contredira  mie 
cose  que  il  requerre  por  ans,  à  ce  le  fie. 
quant  l'entent  Alixandres,  ne  puet  laisier  n'en  rie;        20 
d'autre  part  est  tomes,  sor  Tolomé  se  plie; 
de  caus  dedans  li  poise  que  il  pensent  folie: 
„à  cou,  fet-il,  que  yoi,  ne  me  connoissent  mie.'' 
lors  jure  par  les  Dex  ù  durement  se  fto 
que  jà  n'en  fera  cose  que  ses  mestres  H  die.  25 

Aristote  ist  d'Ataines  dont  fn  noris  et  nés, 
et  i.  des  sinators  par  son  grant  sens  només; 
de  tout  sens  de  clergie'  est-il  si  aloses, 
qui  li  renons  en  est  de  toutes  pars  aies, 
ains  qu'il  venist  au  roi,  li  fu  li  pies  contés  30 

*que  le  roi  a  plevi  et  tos  les  Diex  jurés 
que  de  cose  qu'il  proie,  ne  sera  ascoutés, 
par  coi  il  soit  d'Ataines  partis  ne  deseyrés* 
deyant  cou  qu'O  en  ait  toutes  ses  yolentés. 
quant  l'entent  Aristotes,  i.  poi  est  arestés;  35 

si  est  d'une  tel  cose  or  en  droit  porpensés 

1)  wmU  m  à  eanpteêier.    2)  !•  Uiré.     S)  et  dé  eUrgie  muêi.    4)  eori 
à  Aigimêê  nêêumê  êmiveiéë. 


48  COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DB  NICOLAS. 

dont  puis  fu  mains  pai»  exilliés  et  gastés. 

tros  c'a  r  tref  Alixandre  ne  s'est  mie  arestés, 

qui  mult  est  ricement  de  pales  aornés; 

desor  ot  i.  carbouclc  qui  gete  grant  clartés. 

li  rois  le  yeit  Tenir,  contre  lui  est  levés,  5 

et  ambes  ii.  les  bras  11  a  au  col  jetés; 

de  jouste  lui  l^sist,  car  mult  ert  ses  privés, 

et  de  sen  sens  ert  il  apris  et  doctrines. 

Asemblé  sunt  li  per  entor  Aristotes, 
no  vêles  li  demandent,  de  l'oir  sunt  en  grés,  10 

se  cil  tenront  la  vile  u  le  rendront  en  pais. 
Aristotes  lor  fait  mult  sagement  ses  trais,* 
et  bêlement  lor  dist,  car  il  n'est  pas  criés:  ' 
„la  cités  n'en  est  mie  clos  de  jointes  ais; 
„li  mur  furent  fondés  ains  que  fust  Moises.  13 

„le  chevalier  sunt  preu  et  li  boijois  en  grés; 
„onque8  n'orent  signer  ne  n'i  ara  jamais." 
Alixandre  respont:  dont  lor  est  tes  jus  fais,* 
„c'as  jors  de  lor  vies  n'aront  repos  ne  pais/' 

Alixandres  seoit  sor  i.  pale  broudé,  20 

jouste  lui  Aristote   sen  mestre  et  sen  privé, 
et  de  cou  s'esmervelle  que  tant  à  dranoré 
que  ne  li  a  le  don  requis  et  demandé 
que  d'Ataines  eust  le  siège  destomé; 
mais  Aristotes  a  i.  autre  sens  trové  25 

F.  11^   dont  il  bien  quide  faire  le  preu  de  la  cité, 
quant  ases  ont  resnié,  congié  ont  demandé? 
Alixandres  li  donc  volentiers  et  de  gré, 
et  li  mestres  remonte  è  l'mulet  sejomé. 
si  dist  une  parole  dont  le  roi  a  torblé;  30 

puis  en  fiirent  maint  règne  exillié  et  gasté. 
„Alixandre,  fait-il,  por  fs'as  tant  demoré? 
„or  commande  k  tes  homea  que  tos  soient  armé, 
„de  toutes  pars  asalent  celé  bone  cité, 
„met  a  fu  et  a  flame   quant  k'U  i  a  trové,*  33 

„que  n'es  puisent  garir  ne  mur  grant  ne  fosé; 
„8e  n'i  laise  valant  i.  denier  monnée; 
1)  réfoni  eortoiêetnênt  aprèê,  2)  vertéê,  3)  ior  êori  un  lêê  feê,  4)  •  «r«#. 


COMBAT  D'ALIXANORS  BT  DE  NICOLAS.  49 

„ce  sera  grant  proecce  quant  Taras  asomé.'' 

quant  Fentept  Alixandres,  le  cief  en  a  croie, 

et  disl  à  soi  meisme:  „nialeinent  ai  ouvré. 

„or  quite-jou  la  vile,  tout  sont  aséuré; 

„de  moi  n'aront  mesgarde,  bien  en  sunt  aquité;  5 

„mes  mestres  m'a  soupris  et  par  sen  sens  maté. 

,gamais  ne  finerai,  en  trestot  mon  aé, 

„de  si  que  jou  arai  par  force  conquesté 

,,le  règne  d'Orient,  et  de  lonc  et  de  lé.'* 

Quant  li  rois  ot  conquis  le  règne  Nicolas,  10 

il  se  parti  d'Ataines,  onques  n'i  ot  mus  quas.^ 
devant  lui  est  venus  i.  mes,  plus  que  le  pas, 
li  cevaus  ù  il  sist  est  tressués  et  las  ; 
il  en  a  apelé  le  roi  Macidonas: 

„sire,  or  entent  à  moi;  se  toi  plest,  si  oras  15 

nia  novele  que  port;  ne  V  te  cèlerai  pas."* 

—  quels  est,  dist  Aliiandres,  ne  me  di  mie  gas/'' 
et  respont  li  mesage;  ^par  foi,  jà  n'en  goras.  ' 
ntes  père  te  fait  honte,  par  le  consel  Jonas, 

Je  Senescal  de  Grese,  que  à  lui  acordas.  20 

„il  a  laisié  ta  mère,  la  franco  Olimpias, 

nCt  vint  prendre  mouilier  une  Cleopatras, 

nUée  de  Pincrenie,*  fille  le  roi  Guias. 

ndolant  en  sunt  si  home  et  li  haut  et  li  bas."" 

quant  Alixandres  Tôt,  si  en  tint  le  cief  bas,  25 

et  en  après  a  dit:  „mesager,  ne  ment  pas,* 

„quar  à  paines  puis  croire  ce  que  tu  conté  m'as.'' 

—  par  ma  foi,  dist-il,  sire,  il  n'i  a  mot  de  gas. 
nli  senescaus  en  a  eu  jà  v®*  mars, 

„ei  ostoirs  et  faucons,  et  xxx.  cevaus  cras;  30 

„et  si  dist  à  la  gent  et  as  haus  et  as  bas 
„  que  lu  n'i  es  fins  Felipe,  ne  en  Grese  droit  n'as, 
n*  encanteor  t'apelent,  estrait  de  Satanas. 
li  rois  en  a  grant  ire,  s'apele  Pilotas: 
„li  senescaus,  fait  il,  bien  à  cief  en  venras."  38 

„mais  jou  n'arai  jamais  ne  joie  ne  solas, 
1)  Mr    ffM#.      V)  ne    me  mentir  tu   pas.     3)  ma    foi   jà    Porrat, 
A)  PiACêrme.     5)  eêt-cê  gms.     6)  m'a  bien  êtmê  ai$hê  ras. 
U  EMaMs  4*AlUui4r«.  ^ 


50  COMBAT  D'ALIXANDRE  ET  DE  NICOLAS. 

,,de  si  qu'il  est  destruis   el  en  fu  mis.  et  ars.'* 
Quant  Alexandres  ot  sa  grant  honte  noncier, 

de  mautalent  et  d'ire  prist  color  à  cangier; 

onques  n'i  vot  atendre  palefroi  ne  destrier; 

il  vit  devant  i.  tref  i.  oeYal  estraier;  5 

de  plaine  tere  i.  saut,  ne  s'i  prist  à  estrier; 

et  a  dit  à  ses  homes:  „pense8  de  Tesploitier, 

„si  en  alons  en  Grese,  icou  ne  voel  laisier/' 

à  Felippon  le  vait  i.  mesage  noncier, 

qui  à  ses  noces  est  jà  asis  au  mangier.  10 

„sire,  fait-il  au  roi,  jà  celer  ne  V  vus  quier. 

„ci  vus  vient  votre  fins,  d'Alixandres  d'Aller. 

„si  a  en  sa  compagne  maint  vallant  chevalier*. 

^Nicolas  a  ochis  a  Tespée  d'achier, 

„et  a  fait  Tholomé  de  sa  tiere  iretier.  15 

„le  douare  sa  mère  vus  voira  ^  calengier; 

^sempres'  pores  veoir  ces  noces  pecoier, 

„quar  il  voira  de  cuer  ceste  honte  vengier. 

,gou  quic,  li  senescaiis  ne  pora  gaegnier,  ^ 

„n'ai  fiance  en  sa  vie  le  vallant  d'un  denien  ^  20 

quant  Jonas  Fentendi,  n'i  ot  que  courecier; 

ja  fesist  au  message  le  cief  de  V  bu  trancier, 
F.  11*  quant  en  Tuis  de  la  sale  entrèrent  li  premier.' 
Li  rois  entre  en  la  sale,  qui  le  cuer  ot  mari; 

desor  les  tables  vit  le  mangier  establi,  25 

lors  dist  par  maltalent,  si  que  tout  l'ont  oi: 

„or  est  drois  que  ces  noces  aient^  d'un  mes  servi.*' 

ù  que  il  voit  Jonas,  ne  1'  tint  pas  por  ami; 

ains  li  dist  en  oiant:  „ Jonas,  je  te  desfi." 

lors  a  traite  Tespée,  durement  ,1e  feri,  30 

par  desour  les  espaules  la  teste  li  toli. 

tout  salirent  des  tables,  s'ont  le  mangier  guerpi, 

si  courent,  par  la  sale  durement  esbahi, 

et  cil  de  Princrenie  suni  as  armes  sali, 

qui  avoec  le  lor  dame  ierent  venu  garni.  35 

La  sale  fu  torblée  malt  mervillousement  ; 

t)  OItMftM  #«  mère  eêt  vemuê,    2)  demain.    3)  prineier.    4)  mteyi 
êêreê  de  moi  à  eêê  noeêê  êêrviê. 


COMBAT  D*AL1XANDRK  BT  DE  NICOLAS.  51 

là  peuiscies  veoir.  i.  fier  touellement  ;  * 

c\\  de  Pincrenie  furent  armé  hastivement, 

si  se  vont  desfendant  bien  et  hardiement; 

mais  li  home  Alixandre  les  laidengent  forment; 

que  navrés,  que  oeis  en  i  ot  plus  de  c;  5 

de  la  sale  en  iscirent,  li  plusior  sunt  sanglent 

quant  Felippes  Toi,  le  cuer  en  ot  joient;' 

il  tenoit  en  sa  main  i.  cotel  à  argent, 

et  vint  vers  Alixandre,  corant  isnelement; 

jà  l'en  ferist  è  Y  cors,  par  le  mien  entient,  ^  10 

quant  li  pié  li  falirent,  si  ciet  è  V  pavement. 

quant  le  vit  Alixandres,  le  cuer  en  ot  dolant, 

celé  part  vait  corant,  entre  ses  bras  le  prent; 

en  i.  lit  le  porta,  si  li  dist  bêlement: 

nCiertes,  ouvré  aves  vers  moi  vilainement  15 

„se  ne  fuscies  mes  père,  jà  alast  autrement. 

„de  vus  euise  pris  mult  cruel  venjement. 

„mult  par  fait  grant  folie  hom  de  votre  jouent, 

„qui  laise  sa  mouiller  por  dit  de  foie  gent. 

„teus  donne  mal  conseil,  qui  n'i  gagne  nient;  20 

„quant  il  le  mains  s'en  garde,  en  prentron  ve^jemenl. 

„or  vus  proie,  par  amours  et  por  vo  sauvement, 

„reprendes  votre  famé  et  ouvres  sajement,*    •  . 

„et  metes  bon  exemple^  en  votre  finement. 

„si  vous  en  loeront  toute  la  bone  gent;*  25 

„de  vus  doivent  venir  li  bon  ensegnement." 

li  père  ot  la  parole,  mult  en  bon  gré  le  prent; 

por  la  bêle  raison  a  mué  son  talent, 

et  dist  qu'il  ouverra  désormais  sajement. 

Felipes  ot  dolor,  la  parole  ot  perdue;  30* 

quant  li  santés  li  fu  et  doucors^  revenue, 
de  le  ddor  qu'il  ot  tous  li  cors  li  tressue; 
puis  a  mandé  sa  gent,  le  grant  et  le  menue, 
par  le  consel  d'ans  tous  a  le  dame  rendue;* 
si  l'envoie  etï  la  tere  dont  ele  estoit  venue;  35 

mais  mult  ot  de  »a  gent  à  ces  noces  perdue, 

1)  tOQlUmmU.   2)  êi  mu»  #«»  lolmie.  3)  #iifi#  mil  deimiewÊémi,  4)  vivew 
komemmi,    6)  mcHI.    6)  forcé. 


52  COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  NICOLAS. 

li  rois  reprist  sa  famé  qu'avoit  devant  eue; 
F.  11'    AUxandres  li  a  la  coronne  rendue, 

qui  li  est  par  Jonas  desloiaument  tenue. 

mais  son  louier  en  ot,  le  teste  en  ot  perdue. 

tos  fu  en  Orient  la  novele  seue  5 

de  le  mort  Nicolas,  de  sa  conveneue, 

comment  par  Alixandre  ot  la  teste  tolue. 

quant  Daires  l'entendi,  tous  li  sans  li  remue; 

il  en  jure  ses  Dex  et  sa  teste  cenue, 

que  il  voira  vengier  celé  descouneue;  10 

ne  laira  Alixandre  ki  vaille  une  laitue  ; 

ne  garir  ne  pora  en  tiere,  ne  sos  nue.  ^ 

De  Nicolas  fu  Daires  dolans ,  qui  ert  ocis 
car  il  ert  ses  parens  procains  et  ses  amis, 
ses  mesages  envoie,  si  a  mandé  Felis,  15 

sor  quant  qu'il  tient  de  lui,  de  tiere  et  de  pais, 
et  il  ert  ses  hom  liges,  sans  nul  autre  devis; 
qu'il  viegne  à  lui  en  prise,'  u  mes  n'est  ses  amis, 
s'il  tant  aime  sa  vie  et  vint  demorer  vis. 
et  si  mande  'Alixandre  que  il  trop  a'  mespris  20 

vers  lui,  quant  Nicolas  sen  cousin  a  ocis. 
or  li  rende  son  règne  k'ila  saisi  et  pris; 
et  se  il  cou  ne  fait,  d'une  cose  soit  fis,  - 
il  ne  vivera  mie  i.  an  et  xv.  dis. 

et  por  cou'  qu'il  est  enfes  et  de  folie  espris,  25 

li  envoie  samblances,  iteus  com  ci  devis, 
i  frain,  une  pelote,  une  verge  d'olis, 
et  i.  escrin  d'arjent,  et  s'i  a  voit  or  mis; 
et  le  brief  por  espondre  li  a  avoec  tramis. 

Daires  ftst  ses  semblances  Alixandre  envoler;  30 

le  verge  et  le  pelote  et  le  frain  d'un  destrier, 
et  i.  escrin  d'argent  qui  tous  est  plains  d'or  mier. 
la  verge  li  envoie  por  sen  cors  castoier; 
por  cou  que  jouenes  est  et  corage  a  legier; 
ne  se^  doit  folement  en  outrage  haucier.  35 

le  pelote  reonde,  por  lui  esbanoier, 
*  que  encore  se  doit  joer  et  foloyer  ; 
1)  Hé  fvêî-il  en  empe  uê  en  mue.    2)  Pers:    3)  p^rcê  pt'iL    4)  le. 


COMBAT  D'ALIXANDHB  BT  Dfi  N100LA8.  53 

se  n'en  pregne  tel  fais,  que  ne  puist  manoier. 

le  frain,  por  lui  tenir  et  l'escrin  plain  d'èrmier,^ 

por  cou  que  il  se  puist  vers  lui  humeliier; 

quar  il  est  rois  poiscans,  à  lui  doit  souploier, 

*et  tos  dis  obéir  et  servir  et  prier.  5 

tout  ensi  sunt  parti  de  lui  li  mesagier, 

por  au  roi  Alixandre  ces  samblances  noncier. 

dès  que  vinrent  en  Grese,  ne  volrent  atargier. 
Cel  jor  est  Aliiandres  de  la  cité  iscus; 

0  lui  est  Tolomes  et  Clincons  et  Caulus,  10 

Perdicas  et  Pilote,  à  lor  cos  lor  escus, 

et  des  xii.  pers  est,'avoec  ces,  li  sorplus. 

avoec  eus  est  Felipes  li  vins  et  li  cenus. 

es  prés,  SOS  la  cité,  estoit  li  rois  venus, 

et  là  priés  ot  i.  bos,  plus  biaus  ne  fu  veus.  15 

là  fu  li  mestres  très  Alixandre  tendus, 

et  par  le  prairie  m.  pavillons  et  plus. 

maint  aigle  i  ot  à  or  et  mains  pumiaus  batus; 

Alixandres  les  voit,  li  cuers  l'en  est  creus, 

il  en  jure  les  Dex  à  cui  souploie  plus,^  20 

que,  por  plaine. une  tor  d'or  ki  bien  est  fondus, 

ne  laira  qu'il  ne  voist,  ains  que  past  li  Avrius,' 

sor  Daire  le  Persant  qui  n'est  mie  esperdus. 

se  Perse  ne  li  rent,  mors  ert  et  confundus. 

dedens  stfu  tref  s'asist  sor  i.  pale  bofus,  25 

entour  lui  a  ases  de  princes  et  de  dus. 
F.  12*       De  r  tref  roi  Alixandre  voel  dire  la  faiture. 

il  ert  et  grans  et  les  et  haus  à  démesure; 

l'estace  en  fu  d'ivore,  à  rice  entalleure; 

quant  ele  estoit  drecié ,  il  n'i  paroit  jointure.  30 

li  ciea  en  estoit  d'or,  tous  à  noeleure; 

ii.  pumiaus  i  a  teus  ki  bon  sont  par  nature; 

li  i.  est  d'un  carboucle  qui  luist  par  nuit  oseure, 

li  autres  d'un  topasce  qui  piere  est  note  et  pure ,  > 

et  tempre  de  1'  solel  ardor  et  fait  froidure.  35 

après  pores  oir  quel  est  la  couverture. 
1)  JwftUreîCauê,  2)  ne  me  Mraiî  il  mié,  né  me  meieroit  jus      fti'il 
ne  veiêt  étêor  Dmre^  aine  qu^Avens  eoit  venus. 


54  COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  NICOLAS. 

jà  de  millor  n'ores,  tant  com  H  siècles  dure; 
quar  tout  li  iiii.  pan  estoient  sans  jointure.  ' 

De  fin  or  Espagnois  estoient  li  paiscon, 
et  les  cordes  de  soie  qui  tendent  environ; 
si  ot  avoec  mellé  plume  d'alerion.  5 

on  ne  les  puet  trancier  de  fier,  ne  d'acier  bon; 
li  iiii.  pan  sunt  fait  de  diverse  façon; 
Tuns  est  plus  blans  qu'ivoirs  et  clers  com  siglaton,' 
et  li  autres  plus  noirs  que  ne  soient  carbon, 
et  li  tiers  fu  vermaus,  tains  de  sanc  de  dragon,  10 

et  li  quars  fuplus  vers  que  colet  de^  plancon. 
li  roine  le  fist,  cou  iruis  en  là  licon, 
^  que  par  sa  grans  biauté  decut  roi  Salemon. 
de  r  poil  fu  d'une  beste  qui  Salemandre  ot  non; 
tous  tans  repose  en  fu  et  prent  sa  norecon;  15 

por  cou  ne  poroit  fus  ardoir  le  pavillon; 
et  quant  il  est  ploies  et  mis  en  quaregnon 
se  r  met  on  en  i.  cofre  qui  fais  est  d'un  Grifon. 

Li  huis  de  1'  pavillon  est  fais  d'autre  manière; 
de  le  piel  d'un  serpent  qui  est  d'autre  manière.*  20 

ele  est  claire  et  luisans  plus  que  ne  soit  verière, 
et  si  li  aproimoit  hom,  ne  famé  legière 
qui  port  entoskement,  torner  l'estiit  arrière; 
quar  ausi  siere  l'uis,  com  soit  une  masière. 
après  devient  oscurs  et  giete  tele  fumièYe,  •  25 

com  fait  deseure  fu  une  bouUans  caudière. 
.  mult  alnoit  Alixandres  le  tret  de  grant  manière, 
sa  mère  11  donna,  mais  ce  fu  par  proière. 

Sor  le  feste  de  V  tref  ù  sunt  11  doi  pumiel, 
par  mult  bêle  mestrie  ot  asis  i.  oisel,  30 

en  samblanee  d'un  aigle ^  nus  hom  ne  vit  si  bel; 
la  roine  le  fist,  c'on  nomoit  Jesabiel 
li  piet  sunt  d'aimant,  eintallié  à  cisiel, 
et  tient  entre  ses  ongles  l'escier  d'un  tel^  quarel; 
et  li  ongle  et  les  eles  et  li  mestre  quartier  35 

estoient  de  fin  or,  et  quises  et  musieL^ 

1)  éQêiêWê,    2)  comme  flacon,     3)  eoUê  nt,     4)  ^roiif  e%  plenierê 
5)  le  fêr  d^un  grant.     6)  coM.     7)  gmmkêê  ei  muêiei. 


COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DB  NICOLAS.  55 

pieres  i  ot  entées  qui  raient  i.  casUel, 

et  la  ceu  fu  faite  de  roa  d'un  piasonciel. 

par  mer,  n'a  en  corant  nul  dromont  si  ianel 

qu'il  ne  S  taeè  arester,  se  V  nome-on  esperrel. 

et  ens  è  1'  bec  de  l'aigle  avoit  i  calemiel;  5 

quant  li  vens  se  ftert  ens,  si  cante  si  très  bel 

que  mius  vaut  a  oir  que  flsjot  ne  festiel. 

Teus  est  li  très  dedens  que  je  tus  ai  conté; 
mais  or  pores  oir  de  dehors  la  fierté, 
ë  r  premier  clef  devant,  ot  point  l  mois  d'esté;  10 

tout 'si  com  li  -vregier  verdoient  et  li  pré, 
et  ensi  com  les  vignes  florisent  et  li  blé. 
li  xii.  mois  de  l'an  i  sunt  tout  devisé, 
tout  ensi  com  cascuns  moustre  sa  poesté; 
les  eures  et  li  jour  i  sunt  tout  aconté;  15 

F.  12^   li  cius  et  li  planettes  et  li- signe  nomé, 
et  li  ans*  est  desus  pains  en  sa  majesté, 
et  par  lettres  escrites  i  est. tout  demostré. 

En  l'autre  pans  après,  se  1'  voles  ascouter,  * 
veiscies  mapemonde  en  après  demostrer,  20 

ensi  com  toute  tiere  est  enclose  de  mer,, 
si  com  li  filosofe  le  sorent  deviser; 
et  contient  iii.  parties  que  jou  sai  bien  nomer: 
cou  est  Asye,  et  Europe  et  Aufrike  sans  per. 
les  montes,  les  flueves  et  les  cités  conter,  25 

par  les  lettres  escrites,  i  poes  tout  trover.  . 
Alixandres  li  rois  i  vint  mult  esgarder; 
li  xii.  per  o  lui  por^sen  sens  ascouter; 
et  quant  mult  ot  pensé,  si  commence  a  jurer 
que  mult  fist  Dex  poi  tiere  por  i.  home  onorer.  30 

ii.  tans  en  penst  bien  i.  haus  cuers  gouverner, 
et  puis  dlst  en  après:  „se  puis  longes  durer, 
„quant  que  Dex  fist  de  tiere  volrai-jou  conquester; 
^que  partout  m'en  ferai  roi  et  signer  clamer.  "* 

En  le  tierce  partie  de  V  tref,  estoit  comment  35 

Hercules  fut  concius  et  nés  premièrement; 
com  il  jut  en  son  lit,  petit  et  de  jouvent, 
I)  air*. 


56  COMBAT  IVALIXANDRK  KT  Dfi  NlOOIiAS. 

et  Judo  sa  marastre  qui  le  haoit  forment, 

ii.  serpens  i  tramist  por  envenimement. 

quant  Hercules -les  vit,  s'es  prit  premièrement 

à  ses  puins  k'il  ot  gros,  les  oeist  erraument, 

puis  conquist-il  le  tiere  desi  en  Orient;  5 

*ilu^c  mit-il  ses  bones,  voiant  tote  la  gent; 

tout  ensi  le  voit-on  è  Y  tref  apertement 

en  le  fin  de  Testore  i  est  com  faitement 

le  ciel  tient  sor  sen  col,  par  son  encantement. 

Alixandres  li  rois  i  esgarde  souvent,  10 

et  quant  Ta  remiré,  si  fait  sen  serei^ent 

que  tout  ensi  fera,  se  il  vit  loigement. 

En  le  quarte  partie,  si  com  li  très  define, 
est  escrite  Testore  d'Elaine  la  roine; 
si  com  Paris  por  li  en  ala  à  meschine,*  15 

et  li  rois  Menelaus  en  ot  en  sa  saisine 
i.  escu  de  painture,  de  forme  léonime, 
et  cevauca  la  mule  qui  n'ert  mie  frarine. 
Paris  en  amena  la  dame  par  rapine; 

rois  Menelaus  en  ot  grant  dol  et  grant  corine;'  20 

0  sa  gent  en  ala  à  Troies  par  marine; 

X.  ans  i  fu  li  sièges,  si  com  escris  devine; 

s'en  fu  Troie  livrée  à  perte  et  à  gastine. 

Alixandres  regarde  volontiers  la  gordine, 

et  dist  as  xii.  pers:  „cist  furent  par  morine;  23 

„de  r  roiaume  de  Perse  ferai  itel  ruine, 

„et  mettrai  le  roi  Daire  en  itel  desepline, 

„qui  damoisîaus  a  fait  des  sers  de  sa  quisine/' 

de  r  tref  ne  dirai  plus,  la  devise  ci  fine. 

Quant  li  mesage  Daire  orent  l'ost  sorveue,  30 

et  le  grant  praerie  des  Grius  tote  vestue, 

mainte  ensegne  de  soie  virent  à  or  batue, 

le  grant  tente  le  roi,  de  lès  le  bruel  tendue; 

as  prumiaus  et  à  l'aigle  Tout  mult  bien  çonneue. 

tout  parmi  le  grant  ost  ont  lor  voie  tenue,  35 

devant  le  tref  le  roi  est  la  place  vestue 

de  chevaliers  vallans  et  de  la  gent  menue. 
1)  IHesme,     2)  quen'ne. 


COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DB  NICOLAS.  57 

cescuns  est  descendus  de  le  mule  crenue. 
si  Tout  è  lor  seijans  par  le  règne  rendue.  ' 
F.  12*    Satotes  Ta  avant,  à  le  teste  cenue; 

ù  qu'il  voit  Alixandre  de  rien  ne  le  salue, 

mais  fièrement  li  dist  parole  aperceue.  5 

,3ois)  ce  dist,  Alixandre,  je  ne  vus  sai  noumer. 
„mesagîer  sut  roi  Daire,  si  Tien  à  toi  parler; 
„ses  hom  deusies  estre  et  to  treu  douer, 
„u  fos  u  hardis  ies,  quant  tu  l'osas  penser, 
^qu'ocesis^  Nicolas  ke  tant  pooit  amer;  10 

„et  se  tu  vius  è  lui  aler  merci  crier, 
„tous  descaus  et  nus  pies,  gardes  n'i  demorer, 
„ses  hom  devenras  liges  por  s'amor  aquiter,' 
„et  rendras  son  treu,  se  ne  V  vint  pardoner.'* 
Alixandres  Toi,  ne  degne  mot  souner,  15 

par  mautalent  Tesgarde,  pris!  lui  à  demander, 
puis  apiele  Clincon,  Calnu  et  Tolomer, 
Perdicas  et  Filote,  Antigonu  le  ber, 
Emenidus  d'Arcade  qui  mult  fait  à  loer, 
et  Lione  et  Sanson  turent  li  autre  per. ,  20 

de  r  mesage  roi  Daire  se  prisent  à  gaber, 
dient  à  Alixandre:  „n'ayon8  que  demorer 
„mais  alons  desor  Daire,  demain  à  la  jornée/' 

Es  vus  Tenus  arière'  les  mesages  errant, 
et  troyèrént  le  roi  et  ses  homes  juant,  25 

por  amor  Alixandre  ki  tant  est  conquerrant, 
et  ki  d'autrui  avoit  fait  ses  homes  manant 
li  doi  mesage  dient  et  li  doi  sunt  taisant;^ 
„ Alixandre,^  toi  mande  rois  Daires  li  Persans 
„qu'à  lui  yiegnes  en  Perse,  por  faire  ses  commans.      30 
„de  ten  cors,  de  ta  tiere  fera-il  sen  talent, 
„ne  te  laira  tenir  i.  denier  vallisant. 
„ Alixandres  meisme  puet  bien  estre  créant, 
„se  Daire  le  puet  prendre,  n'en  ira  en  avanf 
quant  Felises  l'entent,  fu  iriés  et  taisant;  35 

le  cief  baise  vers  tiere,  si  fu  mus  et  taisant, 

I)   que  ociê.     2)  ucater.     3)   en   Grtset.     4)  ieurtnl  et  li  tiere  eet 
ymrUmt,     5)  Philippe. 


58  COMBAT  D'ALIXANDRB  KT  DB  NICOLAS. 

el  ne  d^sist  i.  mot  por  m.  livres  d'argant, 

c    or  contre  le  roi  Daire  ne  fu  mie  taisant, '' 

ne  à  sen  mesagier  ne  fu-il  mot  sonant. 

quant  ce  voit  Alixandres,  le  cuer  en  a  dolant; 

le  mesagier  apiele,  si  lor  dist  en  oiant:'  5 

„de  par  moi,  dites  Daire  qui  est  rois  des  Persans, 

„que  mes  père  de  Anï  n'est  nule  rien  tenans, 

„ne  il  n'est  .ses*  amis,  ne  jou  ses  bienvoellans. 

„jà  ancois  ne  vera  xiiii.  mois  passans 

„que  métrai  en  sa  tiere  c""*  combatans,  10 

„si  que  voel  que  soit  moie  et  trestous  Orians; 

,g'en  claim  la  signorie  des  petis  et  des  grans/' 

lors  veiscies  les  Grius  esbaudis  et  joians, 

et  par  toutes  ces  tentes,  par  tropiaus  consillans; 

ce  dist  li  i.  à  l'autre:  „mes  tropiaus'  est  corans-,  15 

„et  mes  haubers  safres*  et  m'esp^e  trencans. 

„qui  or  n'ira  en  Perse,  tous  soit-il  recreans." 

neis  li  rois  Felippes  en  fu  lies  et  joians.    • 

Li  mesages  a  biep  à  Felipe  noqcié 
et  devant  Alixandre  se  sunt  ajenellié;  20 

por  cou  que  il  le  voient  et  pensif  et  irié 
ne  gardaient  qUe  l'eure  que  il  fuscent  jugié*^ 
et  livré  k  martire,  ocis  etdepechié." 
les  bries  li  ont  bfdlUé^  que  on  lor  ot  cargié; 
le  brief  Daire  de  Perse  Alixandre  ont  haîllié,  25 

et  il  l'a  receu  et  le  saiel  brisié, 

F.  12'  et  par  mtilt  grant  e^tude  leu  et  encierké, 
et  connut  pour  coi  Daire  li  avoit  envoie, 
por  cou  qu'il  estoit  enfes,  l'avoit  si  foloié 
que  par  itant  le  cuide  avoir  ameloié.  .  30 

li  rois  se  porpensa,  si  a  le  vis  drecié; 
les  mesages  apiele,  si  a  le  brief  ploie. 

Quant  li  rois  ot  pensé,  si  se  dreca  è  mont; 
les  mes  a  apielé,  bêlement  lor  respont. 
quanque  Daires  lor  mande,  âajement  lor  despoiU:  35 

,,semblance  lor  tramist"  .que  à  voir  torneront. 
1)   on^ueê   reniûM,     2)  b^Umêni  en   roman.     3)  fev«x.     4)  tnUêrs, 

5)  fuêseni  tUlreneié.     6)  depieié,    7)  ^frètent  li  danèrent    8}  m'a  IramUtet. 


COMBAT  D*ALiXANDRB  BT  DB  NICOLAS.  59 

„de  muU  grant  sapieiice  ai  ?eu  en  parfont; 

„ceste  pelote  montre  qne  conquerrai  le  mont, 

„isi  comme  la  mers  encloi  tout  environ. 

„li  rerge  senefie  que  tout  cil  nascui*  sunt 

„qui  me  doient  abatre  tous  caus.qui  contre  estront.'      5 

„et  li  frains  de  V  ceval  à  le  cavaice  à  mont,' 

„et  li  resnes  de  soie  et-li  noiel  reont, 

„que  li  prince  de  1'  mont  vers  moi  s'aclineront, 

„et  li  ors  de  Tescrin,  que  mi  home  seront 

mPIus  haut  que  tout  li  autre  et  tous  jors  m'ameront.      tO 

édites  Daire  de  Perse:  s'il  vers  aus  ne*  s'apont, 

„et  vers  moi  n'est  asis,^  isi  com  je  vous  cont, 

„par  les  ious  dont  vu»  voi  qui  me  luisent  è  1'  front, 

,gà  ne  caindrai  espée,  se  premiers  ne  1'  confond 

li  mesages  ot  doel  de  cou  qu'il  lor  respont;  15 

congié  prisent  au  roi,  en*  Prise ^  s'en  reyonU 

Li  mes  vienent  en  Perse  et  ont  Daire  cou  dit 
isi  com  Alixandres  despondi^  son  escrit, 
et  com  par  fier  corage  son  mesage  desdit; 
et  dit  que  pas  ne  l'aime/  gart  qu'en  lut  ne  s'en  fit.*  20 
se  Perse  ne  li  rent  et  à  lui  ne  s'apuit,    . 
ne  li  voira  laisier  ne  castiel  ne  fort  cit; 
desi  qu'il  l'aura  mort,  n'i  ara  nul  respit  : 
„ne  ses  père  ne  tient  de  vus  rien  à  sen  dit.'' 
quant  cou  oi  rois  Daires,  de  maltalent  sorrist,  25 

vers  tiere  s'apoia,  si  pensa  un  petit, 
et  dist'  que  poi  se  prise,  se  par  tans'  ne  l'ocit; 
mais  li  rois  Alixandres  n'a  talent  qu'il  s'eublit; 
tout  le  règne  de  Grese  a  semons  et  banit 
que  n'i  remagne  jà  ne  li  grans  à  1"  ®  petit  30 

qui  puise  porter  armes ,  que  Tuns  l'autres  n'ait.  ^  ^ 
cascuns  i  viegne  tos,  car  Daires  les  desfit. 
quant  furent  asamblé,  par  nonbre  et  par  escrit 
furent  bien  c.  millier,  tôt  prodome  et  eslit. 

1)  ftn  d  iiueqtîêê,  2)  quê  bâterai  Ipuê  eauë  qui  me  conir' esteront 
3)  têt  twélmice  que  tôt  de  moi  -fenrofil.  4)  se  avoee  ne.  5)  aeiins 
e)  PêTêt.  7)  a  leu.  8)  qu'en  fais  le  iaist  9)  s'afii.  10)  /•  grant  ne  li. 
11)  qm  mnnêê  porter  puise,  n'i  prenne  nul  respit. 


60  COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DIS  NICOLAS. 

n'avoit  en  sa  compagne  si  povrc  homme,  je  quit, 

qui  n*ait  vestu  bliaut,  rice  drap  u  samit. 

Alixandres  s'entorne,  n*i  quist  onques  respit, 

et  Felises  remaint  ki  aime  le  délit, 

et  déduit  de  rivière  et  repos  de  sen*  Ht,  5 

le  déduit  de  se  fenmie  ù  il  a  grant  délit. 

isi  furent  andoi  déplorant  départit 

par  icel  convenant;  puis  Tuns  l'autre  ne  vit. 

Meus  est  Alixandres  et  sa  grans  jens  montée; 
bêle  fu  sa  compagne  quant  ele  fu  armée.  10 

la  tiere  au  roi  JPelipe  a  toute  trespasée; 
mult  cevaucent  à  force,  cescun.jor  à  jornée. 
desor  Daire  s'en  vait  qui  maine  grant  posnée; 
la  tiere  Nicolas  qu'il  avoit  conquestée, 
en  V.  jors  et  demi  l'ont  toute  trespasée.  15 

en  autre  plus  diverse  est  l'os  de  Grese  entrée, 
F.  13*    et  une  praerie  ont  mult  bêle  trovée. 

i.  fluns  i  coroit  clers  dont  Taige  fu  loée. 
celé  nuit  est  li  os  desor  l'aighe  ostelée; 
desi  k  lendemain  que  paru  la  jornée,  20 

que  toute  Tos  se  liève,  si  est  aceminée. 
Alixandres  cevauce  l'oriflambe  levée; 
li  fourier  vont  devant  par  toute  la  contrée 
et  cevaucent  à  force,  sanls  nule  demorée. 
li  rois  garde  as  senestres,'  par  mi  une  valée,  25 

une  roce  a  veue  qui  estoit  grans  et  lée 
et  haut^  vers  le  ciel,  bien  Une  arbalestrée; 
d'une  part  Tencleoit  la  haute  mers  salée, 
de  Fautre  part  l'avoit  i.  fluns  avironée. 
la  gens  qu'est  là  desus  est  aseurée;  30 

ne  doute  force  d'omme  qui  soit  d'autre  contrée. 
Alixandres  le  voit,  si  l'a  mult  esgardée; 
por  veoir  le  montagne,  si  est  l'os  arestée, 
et  a  di  (à)  ses  hommes,  sans  ûule  demorée, 
que  onques  mais  ne  fu  tele  cites  trouvée.  35 

i.  paisans  a  bien  la  parole  escoutée, 
le  raison  que  li  rois  ot  à  sa  gent  mostrée, 
1)  bon.     2)  regardé  à  désire. 


COMBAT  D'ALIX ANDRB  BT  DE  NfCOLAS.  61 

cil  a  dit  tel  parole  ki  Alixandre  agrée:  ^ 

„sire,  ceste  cités*  que  tant  as  agardée, 

„c'est  une  fremetés  qui  malt  est  redotée, 

„dont  li  sire  destraint  toute  ceste  contrée; 

„sou  siel  n'a  rikecce  quî  là  ne  soit  troyée.''  5 

—  Diva,  dist  Alixandres,  a-il  porte,  n'entrée." 

li  hom  li  respondi;  ^devers  ceste  valée 

„a  une  estroite  voie,  par  droit'  sens  compassée; 

„se  toute  la  gens  Deu'  i  estoit  asamblée, 

„por  cou  que  par  c.^  hommes  soit  lA  dedens  gardée,    10 

„ne  poroient  monter  une  seule  tesée; 

„ne  doute  nul  asaut  de  nule  gent  armée." 

*  Alixandres  respont:  bien  le  m'as  devisée. 

,Jà  ne  m'en  tomeral,  si  me  sera  livrée.'' 

Lirois  prist  i.  mesage  qui  mult  est  ses  privés;         15 
à  le  roce  l'envoie  et  il  i  est  aies , 
et  manda  le  signor  ki  tient  les  iretés, 
que  le  roce  li  rende  dont  il  est  redoutés; 
après  si  soit  ses  hom  et  ses  rices  casés/ 
et  s'il  cou  ne  vint  faire,  si  sois  lues,  desfiés.  20 

,Jà  ne  m'entomerai  si  sera  desiertés.*' 
cil  s'en  va  A  la  roce,  si  s'est  d'iluec  tomes, 
à  le  branc  de  l'espée  les. a  tous  apielés.^ 
quant  li  sire  le  voit,  si  est  jus  avalés; 
li  mesages  parole  ki  fu  preus  et  sénés:  25 

„Diva,  ki  est  li  sire?  et  comment  est  només 
„qui  garde  ceste  roce  et  si  est  haut  montés?'' 
et  li  dus  respondi  ki  bien  fu  enparlés: 
„n'i  a  ci  que  nos  ii.;  près  de  vus  les  vées."^ 
li  mesages  l'entent,  de  parler  est  hastés:  30 

„Alixandres  te  mande ,  ki  est  rois  coronnés, 
„que  li  rendes  la  roce  et  ses  hom  devenes; 
„et  se  vus  cou  ne  faites,  sacies  de  vérités, 
,JA  ne  s'en  tomera,  si  seres  afamés; 
„ne  vus  pora  garir.  ne  roce®  ne  frétés,  35 

et  li  dus  respondi;  „de  folie  parles. 

1)  U  kmiU  roeê.     2)  Ui.    3),  Dtev.     4)   »x.     5)  lt>#.     6)   aeenéê, 
7)  n*i  û  êifmor  foré  moi  ptê  vuir  iehi  vees,    8)  euêtiax. 


62  COMBAT  D'ALIXANDRE  BT  DE  NICOLAS. 

„quel8  hom  est  Alixandres,  et  de  quel  tere  nés?*' 

—  sire  de  Macidone,  et  li  plus  redotés 

„qui  onques  portast  armes,  ne  espée  à  V  costés 
F.  \3^    „sou  siel  n'a  homme  en  terre,-  s'il  fust  è  lui  jost^s, 

„se  r  veist  en  batalle,  ne  fust  espoentés.""  5 

—  par  mon  cief,  dist  li  dus,  ancois  est  fol  provés. 
„je  ne  pris  pas  sa  force  ii.  deniers  monées. 

„li  avoirs  de  mes  homes  est  en  ma  tor  portés, 

„dont  ferons  nos  déduis  et  notre  -  rolentés. 

„jou  n'ai  soig  d'Alixandre  et  de  ses  nobletés.  10 

„teus   *  gens  a-il  o  lui,  amis?  or  me  contes.  ' 

,gou  ne  dont  nule  rien  tant  sui  aseurés , 

„ne  mais  le  roi  de.  V  jciel  et  angeles  empenés.'* 

et  respont  Alixandres:'  „bons  chevaliers  armés, 

„et  bon  espius  moulus, et  bon  escus  listés    •  15 

„ont  ases  li  Grigois,  et  bons  brans  acérés 

,.qui  voleront  vers  vus ,  s'a  eus  ne  vos  rendes. 

Li  dus  ot  le  mesage  parler  en  tel  manière^ 
c'Alixandre  est  fiers  et  sa  gens  est  si  dure, 
se  vers  lui  ne  se  rent,  trestous  ses  Dex  en  jure,         20 
jà  ne  r  pora  garir  càstiaus  ne  fremeure. 
et  li  dus  respondi,  sens  point  de  couvreture: 
„de  la  gens^  Alixandre  ne  de  sa  gent'  n'ai  cure. 
„quant  je  sui  là  à  mont,  tant  est  ma  gens  seure, 
„ne  crien  de  cà  à  val  unie  mésaventure.  25 

„va-t-ent  à  tent  signer,  si  li  di  à  droiture 
„que  ne  pris  son  dangier  une  pume  meure; 
„ne  feroie  por  lui  seul,  itant  de  mesure* 
„qi]e  perde  mon  dormir  aeul  une  nuit  oscure/' 
li  mes  sace  iii.  peus  de  sa  cote  à  droiture,  30 

par  itant -le  desfie,  de  rien  ne  s'aseure; 
après  s'en  retoma  quant  il  pot  à  droiture. 

Li  mes  en  vet  à  l'ost'et  aconte  le  roi 
cou  que  li  dus  li  mande,  l'orguel  et  le  deroi, 
que  il  n'aime   ne  prise  nule  home  de  sa  loi,  35 

ne  jà  n'en  laisera  son  dromir  en  recoi. 

1)  fueiê.    2)  eem  «#l   easeunê  arméâ.     8)  li  meêà§Êê,    4)  wtésurt. 
5)  Corgoil.    6)  de  V  dimger.     7)  de  fmturB. 


COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  NICOLAfiT.  63 

Aliiandres  respont;  „par  les  Dex  ù  je  croi, 

,gà  ne  m'entornerai,  si  ert  en  grant  esfroi, 

„ne  ii  lairai  de  tiere  ù  il  coucast  sen  doi. 

les  xii,  pers  de  Grese  apiela  joste  soi. 

„signor,  dist  Alexandres,  consel  demanc  et  proi/'  5 

et  cescuDS  li  done  bon  conseil  en  droit  soi. 

Aliiandres  parole  hautement,  sens  recoi: 

„yas  jouene  baeeler  de  pris  et  de  dosnoi ,  ' 

j^qui  âmes  bêle  dame  et  le  rice  dosnoi, 

„et  désires  soyent  et  gueres  et  tornoi»  10 

„qui  primes  montera  sor.  la  roce,  ce  croi,' 

„et  de  ma  rice  ensegne  mostera  le  desploi 

„z«  mars  li  donrai-je,  je  li  plevis  ma  foi. 

^l'autres  en  aura  ix.,  et  li  tiers  ?iii,  ce  cror, 

,,li  quars  vii.,  11  quins  ?i.,  li  autres  v.  de  moi;'  15 

„li  sesmefi  en  ait  iiii.,  li  wimes  iii.  de  moi;* 

„li  neumes  en  ait  il.,  li  disme  i.,  je  Totroi, 

„et  cescuns  avéra  ceval  u  palefroi, 

„de  caus  qui  monteront  le  mur  et  le  berfroi." 

Quant  li  Griu  entendirent  que  li  rois  lor  devise         20 
qu'il  aront  le  rikécce  que  on  lor  a  promise, 
le  jor  i  veiscies  mainte  brogne  en  dos  mise; 
portent  hiaumes  d'acier  et  espées  4e  Frise, 
et  bons  fiers  por  monter  et  crocières  de  guise; 
de  là  devers  la  mer,  encontre  le  falise,  25 

gratèrent^  11  Griois  à  mont  la  roce  bise; 
à  fiers  et  à  crocières  percent  la  pierre  assise. 

1)  iMToi,    2)  ^ue  oot.     3)  9.  à  l'  êiêiniê  otroi.    4)  à  Fviiime  H  trot. 
5)  ftirnUtnt. 


ASSAUT  DE  LA  ROGE. 

Ci  dlst  «1  ••m  H  Griu  asallreut  la  roee  ù  Allxandres 
et  sa  ge»%m  emtoient  ens. 

F.  13*       I  uis^  que  li  Griu  montèrent,  le  commande  li  rois 
que  il  se  pucent  prendre  le  roce  et  le  bierfrois, 
que  sempres  i  mesisent  une  ensegne  à  or  frois; 
c'est  la  soie  demaine  à  Y  fier  Arabiois; 
à  cou  pora  connoistre  la  gent  des  vieses  lois.'  '5 

de  là  devers  la  mer,  très  par  mi  le  marois, 
Tait  li  roi6  asalir  à  m.  Macidoûois, 
por  faire  ceus  descendre  qni  erent  as  biefrois, 
et  à  tel  rose  entendre  dont  lor  fera  sordois;' 
et  li  homme  Alixandre  i.  montèrent  ancois.  10 

mais  li  murs  est  si  fors  et  d'encoste  parfois,^ 
que  ne  lor  forferont^  ii"*  homme  i.  baulois, 
por  cou  que  de  lor  honunes  i  (*eu8t)  xx.  et  iii. 
Alixandres  li  maine,  li  preus  et  li  cortois, 
le  jor  en  prist  tel  cose,  par  ire  et  de  gabois,  15 

dont  à  jgrande  folie  le  tienent  li  Gregois. 

Quant  li  Griu  asalirent  à  la  roce  icel  jor, 
por  faire  cens  descendre  qui  erent  plus  haucor,*^ 
et  d'ars  et  de  s^aites  traient  envers  le  lor; 
et  cil  se  descendirent  à  trevaP  li  plusior,  20 

et  esgardent  les  Grius  qui  sunt  de  bel  fetor.* 
*  Alixandres  s'entorne,  com  hom  de  grant  valour, 
*et  Tait  là  ù  cil  montent,  qui  sont  de  grant  baldor, 
dont  li  mener*  ne  prisent  tôt  le  mont  une  flor. 

1)  «tiM.     2)  eeiê  He  sa  gent  H  rois,   8)  gorioiê,   4)  devani  etdêtroU. 
5)  meêÈrairoiênt    6)  o/tor.     7)  eanire  vai.    8)  fUror,    9)  miiireê. 


ASSAUT  DE  LA  ROCB.  65 

quant  li  i.  en  descendent,  ce  content  li  autor, 

xxT.  en  ocoient  contre  val,  à  doloire. 

„alii!  dist.Àlixandres,  Griu  et  Macidonor, 

„com  vus  fac  bui  ester  en  mervillous*  eçtour. 

„or  poes  TUS  conter  qu'ares  makès  signer  ;  5 

„se  ne  ms  fac  aie,  jamais  ne  vegne'  ounor." 

à  caus  qui  sont  cian  tôt  les  fiers  per*  ...eqr,' 

puis  se  prent  à  la  roce  por  faire  à  eus  soscours.* 

Quant  li  rois  se  fu  pris  à  là  roee  monter,' 
à  tant  es  rus  poignant  Clincon  et  Tolomer,  10- 

Licanor  et  Pilotes  et  tout  li  xiL^per. 
u  il  Tosist  u  non,  l'orent  fait  retourner. 
„sire,  ce  dist  Caunus,  mult  faites  à  loer; 
,Jà  estes  vus  venu  por  conquerre  outre-mer, 
„et  TUS  Toles  jà  ci  en  èest  pais  finer."  15 

—r  baron ^  dist 'Alixandres,  c'or  me  laisies  ester; 
y^ùfà  Toi  morir  mes  bommes  et  à  honte  liTrer,  - 
„*si  jo  n'apreng  à-  aus  les  mai  à  endurer  . 
„comment  se  pora  donques  nus  hom  en  moi  fier?*' 

Li  Grijois  ont  monté  le  roi  sor  i.  ceTal,  20 

et  Tienent  à  l'entre  ù  cil  tienent  estai; 
gietent,  lancent  et  traient,  et  font'grant  batistal. 
mult  cO  i  ont  rué  mainte  piere  poignal, 
et  cil  sunt  descendu  dusc'outre  le  portai; 
mais  li  Grius  les  ategnent,  com  renars  fist  le  gai  25 

F.  13'   qu'il  saisi  par  le  geule  quant  ot  canté  jornal, 
et  li  Grijois  porprendent  Te  roce  et  le  casai.- 
tôt  furent  susmonté  (*là)  iiii"*  Tasal 
qui  traient  les  espées  et  escrient  roial, 
et  moustrèrent  l'ensegne  au-  roi  Macidonal;  30 

U  debrisent  les  murs  et  craTentent  à  Tal. 
Alixandres  le  Toit  qui  sist  sor  Bucifal. 
„ahil  dist-il,  baron,  com  par  estes  loial.** 

Quant  li  dus  se  regardé,  Toit  sa  gent  decopée, 
prise,  morte  et  ocise  et  contre  Tal  gietée,  35 

et  se  roce  perdue  que  il  ot  tant  gardée; 

1)  dotêrmtê.    2)  n'aie  Jw.    3)  frent  Uê  gram*  far  iror.    4)  manUr 
e»  im  iar. 


66  ABBAUT  DB  LA  ROCB. 

vit  Tensegne  Aliiandre  encontre  mont  levée, 

lors  maudist  les  Gregois  et  toute  lor  contrée; 

ains  mes  teus  félonie  ne  fu  en  gens  trovée; 

et  vint  à  Alixandre  contre  val,  à  l'entrée, 

merci  li  a  crié  et  vot  rendre  s'espée;  5 

mais  li  rois  en  jura  sa  teste  coronée 

que  ja  n'en  sera  prise,  sens  sa  mort  devisée. 

si  com  il  a  tous  jors  l'autre  gent  démenée, 

prise,  morte  et  destniite,  toute  desbaretée, 

la  merci  c'ot  des  autres  est  en  lui  encontrée;  10 

à  r  meisme  le  rocè  que  tant  jor  ot  gardée, 

l'ont  pendu  tôt  armé;  puis  est  l'os  retemée/ 

mais  li  Gr^ois  ancois  ont  le  roce  ^tornée 

qu'il  ne  remest  riens  ;^  si  par  fu  desiertée. 

Quant  li  roce  fu  prise  et  li  dus  fu  pendus,  15 

Alixandres  cevauce  qui  de  Grese  est  iscus.' 
mult  fu  grande  la  route  des  grans  et  des  menus; 
il  ot  en  sa  compagne  xl"'   escus. 
à  1'  desevrer*  des  tieres,  quant  de  Y  règne  est  iscus, 
à  r  flan  d'une  montegne,  lor  est  i.  fluns  parus,  20 

une  aige  bêle  et  clere,  sens  ros'  et  sens  palus; 
mais  ains  que  fust  li  vespres  aprociés  ne  venus, 
de  jouste  le  rivage  orent  lor  très  tendus. 
*mais  l'ardor  de  1'  solel  et  le  cax  qui  est  creus, 
*et  le  tofor  de  l'air  les  a  si  confondus  25 

*que  n'i  pooit  garir  nus  hom  qui  fust  vestus. 
*iluec  en  eussies  tes  sept  mil  veus 
*que  se  ficent  a  l'aighe,  que  jones  que  cenus. 
Alixandres  li  rois  en  est  au  flun  venus; 
por  le  caut,  tos  armés  est  en  l'aighe  férus;  30 

por  le  froidor  de  1'  flun  dont  clers  estoit  li  rus, 
*et  de  r  caut  de  1'  solel  qui  sor  lui  est  caus, 
li  est  ë  r  cors  li  sans  saielés  et  fondus/ 

De  la  froidor  dQ  l'aighe  qui  sort  de  la  fontaine, 
est  si  espris  li  rois  que  sor  lui  n'en  a  vaine  35 

*que  de  sanc  saelé  ne  soit  et  inde  et  plaine. 

1)    #>#!  Bêt   Vù9   aide,      2)  jriere,     3)  meus.     4)    deniêer.      5)    koe. 
6)  iorbUê  el  eommeuM. 


ASSAUT  DB  LA  ROCB.  g? 

espris  erent  de  V  c^ut  qui  à  1*  flun  les  amaine; 
COQ  fa  une  mecine  qui  n'estoH  mie  saine, 
desor  le  roi  de  Grese  n'ot  onques  une  vaine 
qui  de  sanc  saielé  ne  soit  ondée  et  plaine. 
Tholomes  le  regiete  quant  voit  la  color  vaine,  5 

Glincon  a  apelé  et  Perdicas  acainne; 
par  les  bras  le  saisi  et  avec  lui  l'enmaine; 
ne  yiut  que  l'os  le  sace  ne  entor  lui  s'acaine/ 
ne  que  la  gens  de  près  le  die  à  la  lontaine.' 
Alixandre  ont  asis  11  roi  et  li  demaine;  10 

en  son  tref  l'ont  coucié  sor  i  drap  d'Aquitaine, 
li  xii.  per  regraitent  Alixandre  demaine. 
ahi!  tant  mors  i'  fus,  gransrois  de  Macidaine. 
par  le  moie  foi,  Grese,  mult  estes  or*  lontaine. 
or  demorra  prendre  mainte  tiere  lontaine.  15 

entor  lui  pleure  l'os  une  liuee  plaine; 
là  veiscies  pasmer  et  cair  en  l'araine, 
et  rompre  maint  cevel  noir  et  blanc  comme  laine. 
F.  14*   onques  mais  n'ot  ë  1'  siècle  si  grant  doel  d'un  cataine. 

i  mes  se  part  de  l'ost,  desor  i  dromadaine,  20 

qui  Tait  Daire  noncier;  de  l'esploitier  se  paine. 

Li  mes  se  part  de  l'ost,  qui  de  rien  ne  s'oublie, 
quant  il  vint  à  Daire,  envers  lui  s'umelie; 
la  noviele  li  conte  qu'a  volontiers  oie 
de  r  malage  Alixandre  en  cui  pas  ne  s«  fie,  25 

qui  sor  l'aighe  de  Libe^  a  pris  herbegerie," 
et  a  tel  maladie  dont  il  ne  garra  mie, 
et  conte  le  dolour  com  li  os  pleure  et  crie, 
et  regraitent  le  roi  et  sa  grant  cortoisie, 
son  sens  et  sa  proecce  qu'il  avoit  aquellie.'  30 

teus  m.  en  vit  pasmer  parmi  la  praerie; 
se  Alixandre  muert,  s'est  sa®  joie  finie, 
et  quant  Daires  l'entent,  ne  puet  muer  n'en  rie; 
de  la  joie  qu'il  ot  tous  ses  Dex  en  merchie. 
li  rois  se  porpensa  d'une  grande  folie;  35 

Daires  a*  pris  i  mes,  si  le  tramist  à  1'  mie 

1)  que  mior  #«  ^rmnê.     2)  foraine.     3)  M«r.     4)  êoitaine.     6)  en 
f'flt'fife  àê  TuàtU.    6)  kêmfêrmêrie.    7)  et  ee  eeveierie.    8)  lor. 

6* 


68  ASSAUT  DE  LA  ROCK. 

qui  garist  Alixandre,  c'a  ses  herbes,  i'  ocbie; 

tant  li  donra  rouge  or  et  pales  de  Rosie, 

ne  r  poroient  porter  iiii.  mul  dé  Surie. 

ses  bras  li  mist  à  Y  col,  piteusement  li  prie. 

mais  cest  plet  convient  faire  sajement,  sens  folie.  5 

Li  mes  se  part  de  Daire,  congié  prist,  si  s'en  va: 
dusc'à  Tost  Alixandre  onques  ne  s'aresta. 
à  le  guise  de  Grese  sagement  s'atorna; 
en  le  tente  le  roi  si  coiement  entra 
que  ne  fust  conneus,' forment  se  redouta.*  10 

lès  le  mie  s'apoie,  un  petit  le  bouttf; 
d'un  des  ious  li  fait  signe,  d'antre  part  le  toma' 
et  dist,  s'en  lui.  s'en  fie,    sen  preu  noncerâ 
que  jamais  en  sa  vie,  povres  hom  ne  sera, 
et  cil  li'respondi:  jà  mar  en  doutera.  15 

quitement  est  Tenus  et  quites  en  ira. 
or  die  qu'il  lui  plesi  et  il  ascoutera. 
de  par  Daire  de  Perse,  11  mes  le  salua, 
en  Torelle  li  dist,  sajement  11  conta 
s'il  ocit  Alixandre ,  rice  homme-  le  fera.  20 

iiii.  somiers  cargiés  d'or  fin  ce  li* donra; 
c.  pales  d'Oriant  des  ihillors  que  il  a, 
et  envers  toute  jent  quitement  le  tenra. 
cil  entant  la  parole,  une  pièce  pensa, 
fremist  et  devint  noirs  et  de  paor.  trembla;  25 

coiement  li  respont  que  sota  plaisir  fera; 
se  cel  avoir  li  done  voirement,  l'ocira 
à  ses  erbes  meismes;  ja  viu.  jors  ne  vivra, 
or  penst  Dez  d' Alixandre,  car  inal  consel  i  a; 
se  savoirs'  ne  l'  retient,  convoitise  l'ara.*  30 

Li  mes  se  part  de  i'  tret;  congié  a  pris  à  1'  mie, 
et  cil  a  pris  les  erbes  dont  le  roi  dut  ocire, 
et  vint  à  Alixandre  que  se  dolors  enpire. 
le  dçstrecce  de  1'  mal  li  fait  fraindre  et  aflire,* 
le  car  taindre  et  noircir,  le  sanc  et  les  os  frire.  35 

entour  estoit  sa  gens  qui  le  pleure  et  désire;* 

1)  fomê  pu  feêgarda.     2)  d'un€  part  en  ê'ûPeilê  ii  msè  ii  eonêilla. 
3)  999  sens.    4)  eanvoUiêê  U  vûiuerm.    5)  paie  ei  dêêrire,  6)  éf  ëOëpiré, 


ASSAUT  DB  LA  ROOB.  69 

là  veiscies  les  m.  qui  n'oDt  talent  de  rire. 
U  mires  le  regarde,  eu  sod  cuer  prist  à  dire: 
„or  ocirai  celui  qui  des  autres  est  sires 
„et  a  dit  que  li  mondes  se  doit  vers  lui  aflire  ; 
„se  je  fac  de  tel  oume,  por  avoir,  omecide*  5 

„et  destruis  si  grant  gent  et  depris'  cest  enpire, 
F.  14*   „on  me  deveroit  bien  detrencier  et  ocire. 

„li  rois  por  lui  garir  m'a  fait  d'autres  eslire  ; 
Mse  par  moi  est  ocis,  Dej^  me  puise  maldire.''    - 

Mult  fu  sages  li  mies*  qui  si  bien  se  conseile;  10 

*ne  veut  por  cortesie  faire  si  grant  mervetle 
qu'il  ocira  celui  qui  tout  le  mont  esTelle; 
mais  de  1'  bon  roi  garir  mult  forment  se  travelie. 
Alixandres  meisme*  se  dort  bien  et  soumelle, 
et  revint  sa  colour  blance,  clere  et  vermelle;  15 

et  li.Griu  orent  joie,  nus  ne  vit  sa  parelle, 
c*or  ne  sevent  sans  lui  nés  qu'en  fait  une  oelle/ 
Alixandres  meisme  les  conduist  et  conseille, 
autr^si  les  conduit  cora  li  prestres*^  s'oelle. 

Mult  fu  grande  la  joie  quant  li  rois  fu  garis;  20 

là  veiscies  par  l'ost  les  Grius  mult  esbaudis, 
k'il  quidoient  de  1'  roi  qu'il  fust  mors  et  finis, 
les  pavillons  destendent,  si  ont  les  très  quellis, 
cargent  mus  et  cevaus  et  grans  somiers  de  prisj 
et  font  mener  en  destre  les  cevaus  arabis;  25 

portent  espius  et*  lances  et  grans  escus  forbis, 
et  ensagnes  de  porpre  et  pales  de  samis, 
et  trespasent  le  règne  de  Libe  et  de  Lutis« 
ceus  qui  à  lui  se  tiennent,  a  .li  rois  requellis^ 
et  ceus  qui  le  refusent  a  mors  et  desconfis;  30 

les  félons  orgillous  a  destruis  et  laidis 
et  a  pris  les  cités  et  les  palais  voltis. 
Alixandres  meismes  les  a  des  Grius'  garnis;  . 
les  grans  avoirs  en  a  as  Grijois  départis, 
les  bacelers  de  1'  règne,  les  chevaliers  eslis  35 

qui  sunt  gros  et  quaré  et  bien  amanevis,'^ 

I)   omeeire.     2)   Hêftart      3)   manjuê.      4)   ie  motanî    d^uM    fuêUe, 
5)  pmUireê,    6)  aeaiUU.     7)  êiens.    8)  Uê  puins  gros  el  massU. 


70  ASSAUT  DE  LA  ROOB. 

caus  enmaine  li  rois,  o  lui  les  a  coisis; 

tant  lor  done  Alixandres  ki  si  les  a  sougis/ 

que  plus  aiment  la'  paine  que  nul  autre  delis; 

ne  jamais  en  sa  vie  n'erent  de  lui  partis, 

ains  en  sera  tous  jors  onorés  et  servis.  5 

Alixandres  cevauce  qui  caiele  les  Gris; 

en  Tarière  garde  est  Tholomes  et  Dans  Clins.'' 

à  Tissue  de  Y  règne,  si  cem  moi  est  avis,  - 

truevent  une  montagne  qui  les  a  esbahis, 

i.  tertre  aventurous  qui  dut  estre*  hais,  10 

qui  estoit  grans  et  Ions,  plus  que  n'en  devis;* 

grans  vaus  ot  et  grans  costes,  parfundes  et  sontis; 

qui  ceroit  là  dedens,  bien  poroit  estre  fis 

que  jamais  n'en  istroit,  itant  que  il  fust  vis. 

or  oies  la  mervelle  dont  li  mons  est  garnis;  15 

quant  couars  hom  i  entre,  sempres  devient  hardis; 

tous  li  pires  de  1'  mont  i  est  plus  esbaudis, 

et  li  preus  i  devient  isi  acouardis, 

et  mauvais  de  coraje  et  de  fais  et  de  dis; 

tous  li  mondes'  i  est  fos  et  avilonnis;  20 

et  11  ceval  de  garde  i  sunt  mult  alentis, 

et  li  ronci  malves  desrée  et  braidis; 

de  maint  homme  a  esté  li  tiertres  maleis. 

La  mervelle  du  livre,  ^  si  c'on  trueve  lisant, 
est  escrite  en  i.  livre  d'une  estore  lisant.*  25 

li  homme  de  la  tiere  l'aloient  escivant,* 
li  paisant  le  tiertre  recréant, 
or  oies  la  mervelle  que  li  Griu  vont  faisant; 
qui  plus  montent  la  tiertre,  plus  vont  acoardant, 
li  retorners  arrière  lor  vint  mult  à  talant;  30 

F.  14*   mais  li  mons  ne  lor  let  qui  les  va  destragnant 
iiii.  s'en  destomèrent  qui  se  vont  desrocant;**' 
d.  en  desrocièrent  en  sel  val,  pardevant;^^ 

1)  ê'Bê  û  aêosplis.  2)  sa  3)  C/û.  A)  de  mainê  home,  b)  ei  de  ••' 
fars  eioeië.  6)  mUdreê.  7)  de  V  mont,  8)  muit  grant  9)  eêkievmU. 
10)  ••••.  <?.#*««  tomèrentf  onqneê  n'orent  garant.  11)  de  le  eoite  deerotent, 
à  val  vont  piriUant, 


AMAUT  M  LA  ROCB.  71 

onques  puis  n'en  iscirent,  à  trestot  lor  vîTant; 

li  autre  s'adrecièrent,  si  se  vont  aroutant, 

et  li  mauvais  aloient,  les  bons  reconfortant, 

qui  dient  as  proudomes:  „mult  estes  recréant; 

„nous  conquerrons  le  lierre,  desi  en  Oriant.*'  *  5 

li  bon  cevai  de  garde'  i  aloient  lascant' 

et  parmi  le  montagne  aloient  recréant/ 

et  li  ronci  malves  i  aloient  salant, 

*  hennissent  et  regibent  et  font  noise  si  grant 

*que  cil  qui  desus  sont,  *vont  sovent  trebucant.  10 

*n'a  si  prodome  en  l'ost  qui  ne  s'en  espoant; 

*  c'est  une  des  mervelles  dont  gens  soient  parlant; 
Alixandres  li  rois  s'en  ala  mervillant. 

Li  val  furent  parfont  et  li  tertres  agus 
qui  a  fait  maint  prodomme  dolant  et  irascu.  15 

mult  ot  li  rois  grant  ire  aine  qu'il  fust  descendus; 
à  r  dévaler  de  Y  tertre  truevent  i.  pré  erbns, 
en  i.  bruel  d'olivier  menuement  foUus. 
iluee  est  à  cescun  ses  corages  venus 
et  li  ceval  des  prés  reçoivent  lor  vertus.  20 

llueques  veiscies  les  roncis  recreus 
qui  avoient  è  1'  mont  trovées  les  vertus, 
mult  ot  li  rois  grant  joie  quant  les  Griu  vit  venus 
sor  Terbe  qui  fu  fresce,  est  à  pié  descendus: 
por  le  repos  qu'il  aiment  i  est  lor  très  tendus.  25 

Alixandres  meisme  en  apiela  ses  drus, 
dient  de  la  mervelle  qui  les  a  deceus, 
c'onques  mais  de  cest  siècle  tel  cose  ne  vit  nus. 

La  mervelle  de  1'  tertre  fu  le  jor  mult  reprise, 
en  i.  tertre  en  entrèrent  de  trestous  biens  eslice;        «30 
les  iii.  jors  i  demeure  et  repose  et  délite; 
li  séjors  que  il  font  durement  lor  porfite. 
toutes  les  gens  de  1'  règne  qui  ilueques  habite, 
vint  encontre  le  roi,  li  grande  et  li  petite, 
qui  ot  cier  drap  de  soie,  ne  bien  rice  aumatite  35 

le  roi  le  présentèrent,  mult  est  vers  lyî  aflile, 
et  11  rois  mult  les  aime  et  a  grant  cose  dite 
1)  OeeidoHt    2)  Oreêee.    3)  i0ê4mU.    4)  êsimneani. 


72  ASSAUT  DE  LA  ROCB. 

que  contre  toute  jent  sera  ior  tiere  qiiite; 
une  yinagene*  trovèrent  de  piere  mult  eslité 
qui  por  Neptalamon^  fu  drecié  et  eslite. 

En'  délite  retiegne  le  roi  et  son  bamagé; 
volontiers  le  servirent  et  de  bon  cier  ceraje;*  5 

li  rois  sor  toute  gent  Ior  promet  signorage.^ 
en  mi  liu  de  la  terre  trovèrent  une  image 
qui  en  semblance.  d'omme  fu  drecié  en  estage; 
*Alixandres  demande  à  un  home  d'«age, 
*„de  cui  est  ceste  forme?"  cil  li  dist  son  corage;        10 
*»,par  Dant  Netaiamus  qui  fu  nés  de  Càrtage, 
^^onques  n'ot  en  cest  mont  i.  seul  home  si  sage/' 
*lors  en  rit  Alixandres  et  torna  «on  visage; 
*  d'autre  part  est  tornés  et  tient  tôt  à  folage. 
à  l'issue  du  règne  trovèrent  un  marage*/  15 

après  icele  tiere  trovèrent  i.  passage.'    • 
l'escriture  Tapele  l'escriture  de  1'®  Trage. 
en  mi  liu  se  seoit  une  cités  marage;* 
et  fu  sor  une  roce  è  V  destroit  d'un,  rivage. '® 
la  gens  est  felenelce  et  fière  comme  sage,  !^0. 

et  respondent  le^^  roi  orguel  et  gcant  outrage, 
et  si  ne  prisent  lui  et  sa  gent  i.  fromage. 
Alixandres  en  jure  tous  caus  de  son  lignage; 
qui  mar  ont  contre  lui  essaucié  son  barnage, 
por  tans  Ior  convenra  mostrer  Ior  vaselage.  25 

li  Griu  les  ont  ocis  et  fet  mult  grant  damage; 
onqûes  ne  Ior  laièrent  i.  tout  seul  iretagé; 
bien  ont  fait  as  félons  comparer  Ior  outrage. 

De  la  cité  de  Trase  est  li  rois  bien  vengiés; 
les  tors  a  abatues  et  les  murs  pecoiés.  30 

Emenidus  d'Arcade  i  estoit  bien  aidiés, 
F.  14'   Tholomes  et  Dans  Clins  et  Licanors  li  fiers, 
des  zii.  pers  de  Grese  estoit  li  vaus^'  cargiés; 
ù  truevent  fremeté,  ne  haus  murs  batillier, 
ne  bailles  environ,  ne  grans  fosés  trenciés,  35 

1)  ym00$.    2)  Néialamuê,    3)  Cii,    4)  ei  iui  ei  son  iigna^,    5)  #evr. 
I«^0.     6)  trtêf  osent  t.  rivage,    7)  piue  ealvage.   8)  U  eoniréê  de.   9) 
brage.     10)  poêsage.     11)  à  V,     12)  fu  H  règnes. 


ASSAUT  DB  LA  ROCB.  73 

tout  prendent  à  abatre,  De  i  remest  i,  pier.^ 

quant  les  a  Alixandres  destniis  let  exilUés, 

à  sa  tente  de  pale  eat  li  rois  repairiés. 

de  l'asant  de  la  vite  fu  forment  trayilli.és, 

et  si  fu.  Alixandres  pensis  et  enbronciés.  5- 

sour  L  feutre  de  pale  est  i.  petit  couciés; 

li  disners  Alixandre  eâtoit  aparilliés, 

à  mangier  sunt  asis,  ases  i  ot  daintiés. 

L  harpere  de  V  Trase'  est  de  V  roi  aprociés. 

de  lais  dire  à  flahute  estôit  bien  ensigniés;  *  10 

SOU'  siel  n'a  estroment  dont  ne  fust  afaitiés; 

par  sen  savoir  est  tant  d' Alixandre  apireciés, 

ançois  que  il  s'en  tome,  il  sera  bien  paies; 

il  (i)  ala  pensis,  mais  il  en  revint  liés. 

Devant  le  .tref  le  roi  est  li  harpere  asis  15 

et  commença  i.  lai  dont  il  ot  mult  apns , 
de  le  harpe  à  flahute  dont  il  estoit  apris;* 
et  fil  bien  escouté  d' Alixandre  el  des  Gris, 
quant  (*li  rois)  ot  mangié,  si  l'a  à  raison  mis. 
„Diva,  dist  Alixandres,  dont  es,  de  quel  pais?*'  20 

et  cilrespondi:  „sire,  .vus' saves  mes  pris.* 
^     .    ,je  sui  i.  bacelers  et  povres  et  mendis, 
„de  ceste  gaste  vile  tous"  estrais  et  noris. 
„*que  tu  as  hui  gastée  et  le  règne  conquis; 
„*hier  étois  jou  rice,  hui  sui  povres  mendis/*  25 

quant  Tentent  Alixandre,  si  a  gieté  i.  ris. 
„ier  avois  jou  auques  et  or  sui  si  aquis 
„que  vus  aves  destruite  le  règne  et  le  pais.*' 
—  par  mon  cief,  dist  li  rois,  voirement  m'as  conquis.* 
„se  tu  i  es  d'avoir  povres,  tu  auras,  biaus®  amis,         30 
„de  ceste  cité  chi,  ten  cors  en  avestis 
„de  la  cité  de  Trase  et  de  .tout  le  pais; 
,4à  n'en  perderes  rien,  tant  com  je  soie  vis, 
„ne  ne  m'entomerai*  par  consel  de  mes  Gris, 
„si  ert  ausi  puplée  com  fu  à  xv.  dis;  35 

„et  seront  redrecié  U'mur  d'araine  bis.*' 

1)  piêê.    2)  Tàrgê.    3)  iêê  fiée.    A)  ne  fu  miê  nitrepriê.    b}  iu  uê 
mtêSprU,    6)  «tii.  '^  7)  ••  pttroUê  m'as  prié.    8)  je  ê'en  donrai. 


74  ASSAUT  DE  LA  ROCE. 

et  cil  li  respondi:  „8ire,  d.  ^  merchis, 
„ci  a  mult  rice  don,  jentius  rois  poestis/' 
devant  lui  s'ajenelle,  et  li  sire  des  Gris 
li  a  rendu  la  tiere  par  son  pelicon  gris. 

Quant  li  rois  ot  la  yile  à  l'harpeor  donée,  5 

onques  ne  s'entoma  desi  qu'il  Tôt  puplée 
*el  trestot  environ  autresi  bien  murée, 
si  bien  que  fu  devant,  ains  qu'ele  fut  gastée. 
lors  s'entorne  li  rois,  si  pasa  la  contrée, 
vers  le  règne  de  Sire  a  sa  vote  tomée;  10 

cou  estoit  une  tors  plenière  et  asasée. 
toute  la  gens  de  V  règne  est  contre  lui  alée, 
ricoise  et  signorie  ti  orent  présentée, 
et  li  rois  mult  les  aime  et  forment  les  agrée; 
l'anor'  que  il  ont  fait  11  ont  guerredonée.  15 

Li  rois  en  est  entrés  en  Sire'  le  garnie 
qui  departoit  le  terre  de  Y  règne  de  Persie. 
encore  n'estoit  pas  Andioce  bastie 
c'Andioce*  fist  puis,  par  mult  grande  mestrie, 
quant  li  rois  Alixandres  li  dona  en  baillie,  20 

que  il  fu*  de  sa  tiere  en  la  fin  grant  partie, 
les  tieres  trovent  bieles  et  bêlement  garnie*^  # 

de  mult  bone  vitalle  et  d'autre  manandie. 
F.  15*    toute  la  gens  de  V  règne  envers  lui  s'umelie, 

et  li  rois  mult  les  aime  et  retient,  et  afie  25 

que  jà  ne  leur  faura,  ne  por  mort  ne  por  vie.' 

à  r  quart  jor  est  venus  et  Tholomes  Tenguie; 

tant  cevauce  Alixandres  que  de  rien  ne  s'oublie, 

qu'il  voit  les  tors  de  Tir,  s'a  la  cité  coisie, 

mais  ançois  conquise*  le  tiere  de  Surie,  30 

et  le  règne  saisi  et  mis  en  sa  baillie. 

„sire,  ce  dist  Sanson,  se  Deu  me  béneie, 

„quant  je  voi  ceste  tiere,  tous  li  cors  me  formie,* 

„quar  ele  fu  mes  père,  si  l'ot  en  sa  baillie; 

„Daires  le  m'a  tolu  par  »a  grant  signorie."*®  35 

1)  Dieu.  2)  OMor.  3)  Oude.  4)  e'Aniiocus,  5)  ^ift  /•  /Ul.  6)  riee, 
oêosêe  et  plenHe,  7)  à  mU  Jor  de  m  vte,  8)  a  eanfuie.  9)  fremte» 
10)  félonie. 


ASSAUT  DB  LA  ROCB.  75 

Alixandres  respont:  „ne  1'  mescrées  vus  mie;^ 
jà  ne  m'etitornerai,  si  Tayerai  saisie."' 
cil  entent  la  parole,  durement  l'en  mercie. 

Quant  li  rois  coisi  Tyr,  si  fn  lies  et  joians, 
el  les  lors'  batillies  et  les  murs  haus  et  grans.  5 

en  une  ille  de  mer  le  frema  Tirelans;* 
ce  fîi  li  premiers  rois  de  la  tiere  tenans, 
les  tieres  entor  lui  furent  à  lui  tenans; 
pour  lui  le  mist  non'  Tir,  tant  estoit  redotans. 
après  le  soie  mort  l'eslaisa  as  enfans;  tO 

ce  conte  l'escriture,  que  ce  lu  ccc*  ans 
après  que  li  dolôuyes*  fn  par  le  mont  querrans.® 
or  est  en  le  main  Daire  qui  sire  est  des  Pisans;* 
de  li  tenoit  dus  Baies  la  cité  Toirement/^ 
qui  est  bons  cheyaliers,  hardis  et.combatans.  15 

la  cité  estoit  fors  et  en  tel  liu  séans, 
que  toute  pars  li  est  li  murs'*  ayironans, 
ne  crient  asaut  de  gent,  quariel,  dart  en  lançant,*' 
ne  mangoniaus  dreciés,  ne  perière  jetant; 
tout  le  siège  de  1'  mont  ne  prise  ii.  bes/ms,  20 

fors  que  seul  Alixandre  qui  si  est  conbatans. 
et  li  Griu  se  logierent  par  plains  et  par  pendans; 
cel  jor  i  ont  tendu  pavillons,  ne  sai  quans; 
adonques  yeiscies  ceus  de  Tir  esmaians, 
por  paor  d' Alixandre  pensis  et  souspirans.  25 

là  rois  asîst  la  vile  ù  ot  mainte  persone, 
et  par  mer  et  par  tiere  trestoute  Tavironne; 
mult  ot  en  sa  navie  pain  et  yin  et  avaine.*^ 
de  la  fierté  de  Fost,  de  la  noise  qui  sone 
sont  cil  de  la  cité  esfrée  dusc'à  none.  30 

li  dus  Baies  parole,  ces  de  Tir  araisone: 
„Babilone  vint  prendre  cis  rois  qui  ci  sejome,** 
„et  conquerre  par  force  Aufrike  et  Airagone.*' 
,4à  ne  garra  vers  lui  ki  treu  ne  li  doue." 

1)  lonf  cm»  je  êoie  en  vie.  2)  êi  ert  en  vo  MUie.  3)  ieé  tore  vii 
4)  f^nna  Tiriunê.  5)  ot  à  non,  6)  ce.  7)  deluveê.  8)  eoranê.  9)  Per- 
inne. 10)  la  tient  i.  due,  Balles  fif'cM  est  gardons,  It)  la  mère.  12)  «0 
pioHei  d'ors  traiant.    \d)  et  onane,    X4)  et  ofrés,  Bseatane.    \b)  8arragonê. 


76  ASSAUT  0E  LA  ROCB. 

cil  de  Tir  li  présentent  d'or  fin  une  corone; 
Il  présent  et  les  pierres  valoient  mainte  somme  ' 
de  r  plus  cier  argent'  fin  qui  soit  en  Escalonne.  ' 

Li  rois  prist  la  coronne  qui  mult  &st  à  loer; 
Tolomes  le  commande  por  Sanson  coroner,  5 

et  dist  à  ceus  de  Tir  qu'il  les  laient  aler 
en  la  cité  dedens,  por  les.Dex  célébrer.* 
adonques  se  commence  li  dus  à  redouter 
qui  par  force  ne  Y  vot  de  sa  cité  garder.*^ 
„sire,  dedens  la  vile  ne  vus  caut  à  entrer,  10 

,,quar  nou9  les  te  ferons  cà  defors  aporter." 
—  comment,  dist  Alixandres,  que  Dies  yous  dont  penser, 
„se  je  Toel  qu'en  i  puise  par  tîtc  force  entrer 
F.  15^   „oiste8  me  vus  onques  de  traisop  reter'?^* 

Alixandres  ot  ire,  si  commence  à  enfler  15 

et  le  ciel  et  les  nues  durement  à  jurer, 
sous  siel  n'a  homme  (*en  terre)  qui  peust  acorder, 
ne  treu,  ne  corone  encontre  lui  tenser. 
voisent  tout  hors  de  l'ost,  puis  les  fist  defSer. 
et  cil  entrent  en  Tir,  si  font  les  gens  armer;  "20 

et  li  rois  commanda  iiii.  grailes  souner, 
por  asalir  la  vile  fist  les  Grius  ordener; 
mais  à  ore  de  nonne  commença  à  venter 
et  une  grans  tormente  mervillause  h  lever 
qui  fait  les  nues  batre'  et  les  ondes  tranler,  25 

et  les  barges  ensanle  et  ferir  et  hurter;' 
et  li  Griu  commencèrent  durement  à  crier, 
et  les  Dez  tos  ensamble  forment  à  réclamer; 
quar  grant  paor  avoient  li  prince®  d'afoler. 
Alixandres  commande  que  on  bâte*  le  mer  30 

et^®  les  undes  baisier  et  le  flun*^  avaler.' 

Oies  quele  mervelle,  par  quer  devision 
lor  vint  une  semblance,  en  guise  d'un  poiscon 
errant  parmi  le  iner,  ferant*?  a  esporon; 
le  geule  porte  droite  ^^  à  guise  de  dragon,  35 

1)  vaiurêÊ^  piaine  loM.  2)  de  /'  miihr  or  i'Aràke.  3)  4ti#fti'ett  Nér^ 
bonne.  4)  onorêr.  5)  jeier.  6)  nés  krisior,  7)  Vûne  à  VmUro,  8)  i^M- 
9or,    9)  haro,     10)  fOK,     11)  l€9  floU,     12)  fenémU.    13)  outerU. 


A89AUT  DB  LA  AOCS.  77 

et  giete  fu  et  flâme  daremeift  à  foison, 
les  nés  et  la  cité  clooit*  tout  environ; 
por  qiioi  il  ne  furent  keu'  li  pavillon. 
Equant  en  mer  se  refiert  à  guise  de  plonjon, 
*adont  lor  recommence  une  torblation,  5 

*une  ire,  une  tempeste,  une  confusion 
.  *qui  lor.nès  lor  abatent  et  froissent  li  dremon. 
Li  rois  a  commandé  la  mer  à  laidengier 
et  li  Griu  1  ferirent  por  les  ondes  baisier. 
adont  les  veiscies  durement  apaisien  10 

cil  de  Tyr  se  commencent  forment  à  mervillier 
et  li  home  Alixandre  mult  à  eslaiecier.  . 
i.  fevres  de  la  vile  voloit  le  jor  forgier 
quarriaus  de  fer  agut  et  sajaites  d*acier, 
pour  les  armes  à  Grius  et  les  cors  enpirier;  15 

après  les  refaisait  devenir  entoscier. 
en  la  cité  le  mostrent,  pour  lor  gens  rehaitier; 
*mais  i.  signes  avint  qu'il  volrent  noncier 
*as  homes  Alixandre,  por  els  plus  esmaier. 
as  batalles  de  1'  mur  sont  aie  apoier;  20 

uns  des  barons  de  Tyr  commença  à  hucier 
et  a  dit:  „alês-en,  seijant  et  cevalier, 
,,paour  aves  eu  li  plusior  de  noier, 
„*li  signes  que  veistes,  qui  mut  si  grant  tempier 
„c'est  le  Dex  de  la  mer  qui  vus  vint  corecier,  25 

M^ceste  cités  est  sienne,  si  la  veut  calenger. 
„Neptunus  qui  là  est,  qui  tant  fait  à  prisier, 
„encor  vus  fera  pis,  se  ne  r'ales  arrier. 
„cà  est  une  mervelle  avenue,  dès  ier, 
„d'un  fevres  de  la  vile  qui  voloit  favrekier  30 

„sajaites  et  quarriaus,  pour  vo  gent  damagier, 
„et  li  sans  de  fier  caut  conmieiiça  à  raiér. 
«O^es-les  ci,  viel  cieng,  plus  ne  le  quier  noier. 
„de  ces  ii.  aventures  vus  -deves  esmaier; 
„queillies  vos  pavillons,  aies  vus  ent  arrier  35 

„et  nous  vus  en  lairons  sains  et  saus  repairier.'* 
Alixandres  respont:  „ains  orçs  de  Y  plaidier; 
1)  cefol.    2)  i,  foi  que  ne  finreni  eatlii. 


78  ASSAUT  DB  LA  ROCB. 

„vu8  en  veres  ancois  d.  escus  percier. 
„ases  aves  oi  de  teus  gens  manecier 
„qui  malves  cuer  avoienl  d'un  eslor  commencier, 
„el  au  fuir  de  V  camp  estoient  U  premier." 
F.  15*^       Li  rois  ot  cens  de  Tir  qui  le  vont  demosfrant,  5 

k'il  guerpise  la  tiere  et  s'en  revoist  à  tant. 
Alixandres  respont  qui  n'ot*  pas  cuer  d'enfant: 
„cuidies  vus  que  li  Griu  soient  jà  recréant? 
„jà  ne  furent-il  onques  en  batalle  taisant; 
,,mais  sour  tout  autre  gent  hardi  et  combatant.  10 

,Jà  ne  m'entomerai  à  trestout  men'  vivant, 
„tant  c'arai  pris  la  vile  et  fait  ens  mon  conunant." 
Sanson  a  apelé,  si  li  rent  par  son  gant, 
et  c'il  l'a  receu,  si  l'ala  merciant. 

Alixandres  ot  ire,  si  tainst  de  mautalent,  15 

à  cens  des  murs  parole,  si  se  drece  en  estant: 
édites,'  mauvaise  gent,  félon  et  mescreant, 
„vus  ne  deves  mie  estre  de  le  cité  tenant; 
„la  tormente  de  mer  que  veistes  si  grant 
„et  li  Dex  Neptinus.  qui  l'aloit  tormentant»  20 

„vu8  fait  le  demonstrance  et  si  est  aparant; 
„ne  viut  qu'en  la  cité  soies  plus  demorant, 
„mais  iscies  de  la  vile,  de  par  lui  le  commani; 
„et  si  vus  en  aies  courecous  et  dolant, 
„et  li  Griu  le  tenront  de  cest  jor  en  avant  25 

„li  fiers  caus  que  veistes  en  le  forge  sanant, 
„ce  sera  i.  martires  que  vus  veres  si  grani 
„avemr  desour  vus  et  desor  vostre  gent,* 
,Jà  ne  pora  aidier  li  pères  son  enfant 
„hui  veres  tant  vert  ekne  et  tant  escu  luisant,  30 

„et  tant  escu  blanci,  tant  espée  trançant, 
„et  tant  bon  chevalier  hardi  et  combatant, 
^environ  la  cité  et  derière  et  devant, 
„que  li  mur  de  la  vile  en  seront  reluisant 
„se  ne  me  le  rendes  ains  le  solel  coucant,^  35 

,Je  vus  ferai  ardoir  en  i.  fu  flamboiant" 

1)  p^U  n'a.    2)  ior,     3)  Diva.    4)  aneoia  t.  moiê  fatêoni.    5)  ancois 
t.  moiê  pasêonl. 


ASSAUT  DB  LA  ROCB.  79 

lors  furent  cil  de  Tyr  esmaié  et  pensant, 
et  demandent  le  roi  i.  respit  avenant, 
tant  qu'il  aient  parlé  là  dedens  à  lor  ganl. 
Alixandres  respont:  „je  Totroi  et  créant. 
„de  prendre  bon  conseil  me  vient  bien  à  talant.'-  5 

^mais  les  murs  de  la  vile  vait  sovent  esgardant, 
et  en  son  cuer  ala  mult  la  cité  loant; 
mult  ameroit  que  îust  aucun  de  lui  tenant. 

Li  dus  prist  son  conseil  à  ses^  barons  de  Tyr; 
parolent  d' Alixandres  qui  est  de  tel  air,  10 

que  castiaus,  ne  cités  ne  le  puet  détenir; 
se  ils  lui  ne  se  rendent,  jà  ne  poront  garir; 
jà  presisent  conseil  des  Grius  à  requellir, 
se  ne  fust  à  Y  consel  Ladines  de  Montir' 
qui  lor  dist  tel  parole. dont  se  deust  taisir:  15 

„ceste  tiere  est  roi  Daire,  «i  l'en  devons  servir;. 
„notre  droit  signer  lige  ne  devons  nos  guerpîr, 
„de  si  que  il  nos  vint  desfier,  u  trair. 
„ Alixandres  est  preus,  s'il  nos  pooit  saisir, 
„comment  k'il  ait  la  vile  nos  en  convient  fuir;  20 

„u'  nos  feroit  en  mer  u  en  tiere  morir, 
„u  les  millors  de  nos  en  caudière  boulir.? 
cis  consaus  lor  a  fait  la  parole  guerpir, 
et  dient  cens  de  Tost  si  que  1'  poront  oir: 
„6riu  et  Macidonais,  or  vous  convient  morir;*  25 

„quar  d'asalir  la  vile  avères  bon  loisir; 
„as8es  vus  en  pora  cescun  jor  sovenir." 
quant  Tentent  Alixandres,  d'ire  prist  à  noircir, 
P.  15'   et  commande  les  Grius  fors  des  loges  iscir. 

è  r  bos  de  Josafas  a  fait  les  fus  queillir  30 

et  aporter  en  l'ost  et  en  la  mer  salir. 

Alixandres  a  fait  m.  chevaliers  armer 
et  mener  caus  à  pié  por  les  arbres  coper. 
de  r  bos  de  Josapbas  fait  les  fus  amener 
et  aporter  en  l'ost  et  iluec  acoupler;  35 

puis  li  ftst  de  vii.  pars  atacier  et  joster 
et  puis  après  le  fist  ens  en  la  mer  ruer. 
1)  et  U.    2)  jà  Dîmes  de  lUonmir.     3)   toê.     4)  aies  hui  maiê  dormir 


80  A8SAUT  DIS  LA  ROCB. 

desor  voira-il  piere  et  liere  reverser, 

et  desor,  les  arrières  et  fondre  et  mangonner. 

de  si  as  muts  de  Tir  voira  le  mer  fonder, 

si  qu'il  poront  de  près  asalir  et  gieter 

et  les  gens  de  la  vile  destruire  et  adamier.  5 

Quant  virent  cil  de  Tir  c'Alixandres  lor  fait, 
que  la  mer  tor  desfent  et  bastist  son  atrait,^ 
li  dus  se  tient  por  mort  se  il  ne  lor  desfait, 
quant  li  nuis  fti  venue  et  la  blunors  estait, 
à  petites  bargieles  s'en  iscirent  à  fait,  10 

coiement  -de  la  vile,  n'i  ot  crié  ne  brait, 
et  copent  les  loiens,'  sans  tencons  et  sans  plait, 
metent  en  Idr  galies  bêlement  et  à  fait, 
maleois  soit  li  fus  que  li  dus  lor  i  lait, 
que  cil  de  Tir  n'enportent,  .quant  arière  sunt  trait.        15 
idés  ert  Alixandre  quafit  il  sara  cest  plait. 
Ce  fu-  à  i.  mtftin,  quant  il  dut  esclairier, 
li  Griu  vont  A  la  mer  lor  labor  commencier, 
virent  les  fus  tranciés,  n'i  ot  que  courecier; 
adonquesne  se  prisent  valiisant.i.  denier.  '20 

11  rois  se  commença  forment  à  courecier 
et  maucUst  le  cité  qui  le  fait  travilUer; 
il  ne  11  puet  de  rien,  ce  11  samble,  enplrier;' 
avant  vorra  conquerre  et  puis  là  repairier. 
lors  montèrent  par  Tost  seijant  et  chevalier;  25 

a  iii.  liues  d'iluec  alerent  hebregier, 
pour  cou  qu'en  autre  tiere  volrent  aler  prenuer; 
iluec  fist  Aljxandres  1.  castiel  commencier, 
deseure  i.  montagne,  ases  près  de  V  gravier.^ 
Salalion'^  l'apelent,  si  est  sor  un  rocler,  30 

por  cou  que  U  païen,  dîent  au  tans  premier 
.     que  Candars  avolt  non  AUxandres  d'Aller, 
et  voira  en  son  non  le  castiel  batlllier.^ 
ilueques  veiscles  le  rçpos  commencier. 
une  vols  dlst  au  roi,  quant  iu  aies  couder,  35 

que  il  en  volst  arrière  le  castiel  asegier; 

1)  tet  a^nt.    2)  roorêês.     3)  car  ire  puet  vert   le  vile  nuie   rien 
gemp^er.    4)  ^im  vregier.    5)  CmUaiien.    S)  ëmfHêier, 


AWAtr  DB  LA  ROCn..  81. 

il  le  prendera  bien,  ne  li  .caut  esmaier. 
lors  retornent  arière,  sans  plus  adelaier. 
è  r  bos  de  Josafas  ont  fait  les  fus  drecier* 
et  aporier  en  Tost  et  en  la  mer  lancier, 
à  caines  de  fier  et  bender  et  loier;  5 

les  ont. fait  de  ii.  pars  ssgement  4itacier, 
que  cil  dedens  n'es  puisent  de  noient  enpirier; 
mais  cil  de  Tir  les  grievent,  li  bon  arbaléstrier 
lancent- lor  dars  molu»  et  siyaites  d'acier 
que  li  Griu  ne  se  puisent  de  la  vile  aprocien  10 

AUxandres  commande  ses  perieres  drecier; 
de.  pos  tous  plains  de  plonc"*  fet  tant  dedens  lancier 
que  la  mers  dusc'à  V  mur  en  laia  landoier,' 
et  li  Grigois  s'armèrent  por  les  fus  adrecier; 
puis  font  mètre  desus  le  caus  et  le  mortier,  15 

F.  16*   et  furent  si  bien  fait  eus  en  i.  mois  entier, 
qu'il  porent  par  desus  à  seur  charoier 
en  cascune  bataille  cccc.  cevalier. 
.  d'autre  part,  en  la  mer,  voiront  castiaus  drecier 
que  navie  n'i  yiegne  qui  les  puist  damagier.  2U 

cil  de  Tyr  se  commencent  forment  à  esmaier 
et  sunt  venu  au  roi  à  batalle  plaidier. 
à  Tiii.  jors  li  priièrent  de  l'asanit  respitier, 
tant  que  mesage  voient  qu'il  puisent  envoier 
au  duc  Betis  de  Gadres  cest  affaire  foncier.  25 

il  se  voiront  à  aus  boinement  apaiér; 
mais.il  quident  le  roi  pour'itant  respitier,^ 
.tant  que  secors  venistqui  lor  peust  aidiec 
cil  respit  li  ont  fait  cil  de.  l'ost  otroier.  ^ 

Li  rois  voit  la  cité  qui  tant  est  bien:  asise,  30 

tout  close  de  murs  dont  la  piere  estoit  bise; 
AUxandres  l'esgarde  et  en  son  cuer  le  prise, 
li  rois  de  la  cité'  a  mult  grant  convoitise; 
0  a  juré  ses  Dex  ù  sa  créance  a  'mise , 
que  jA  n'en  tomera,  de  ai  qu'il  l'ara  prise,  35 

1)  roMI  l«  Mgne  îrtmeier.  2).  ptains  dé  sakion.  3).  «ii  Uriêêé  à  andaier, 
4)  éeimer.  5)  à  vit.  Jorê  Forent  fait  eit  ded&M  oiroiiêr,  j6)  et  de  Menf 
enirer. 


82  ASSAUT  DB  LA  ROCS. 

là  ot  tendu  maint  tre  de  soie  vert  et  brise; 

li  dus  Betis  de  Cadres  en  a  novele  oie/ 

quar  li  sire  de  Tyr  li  a  par  mer  tramise, 

qu'Alixandre  cevauce  qui  se  liere  a  porprise, 

et  durement  reubée  et  durement  aquise.'  5 

or  le  viegne  souscorre,  si  com.li  a  proumise. 

li  dus  ot  la  novele,  forment  l'en  aime  et  prise, 

met  sa  main  à  sen  flanc,  si  respont  par  cointise: 

„di  moi'  le  duc  Balet  qu'irai  en  son  service; 

„se  truis  Tost  environ,  ele  sera  mal  mise,  \0 

„et  mainte  rice  ensegne  parmi  cors  d'omme  mise.'' 

Li  mes  se  port  de  Cadres,  à  Tjr  vint  à  eslais, 
et  conte  la  novele  bêlement  et  en  pais^ 
com  li  sires  de  Cadres  est  hastés  à  i.  fais; 
s'il  thieve  Tost  ici,  jà  n'en  ira  en  pais;  15 

à  ses  espées  d'acier  lor  coperont  les  ners.* 
mais  li  Criu  ont  la  vile  bien  asise  et  de  près 
et  la  tiere  porprise,  n'i  pueent  aler  mais; 
as  murs  mallent  et  fièrent,  cescun  jor  a  engees. 
li  rois  prist  ses  mesages,  s'es  envoie  Balet  20 

que  li  rende  la  vile,  le  m«r  et  le  palais, 
et  viegne  à  sa  merci,  si  aura  de  lui  pais, 
et  s6  cou  il  ne  fait,  bien  sace  tout  après* 
que  jà  n*en  tomera ,  si  eti  sera  si  près,  ^ 
de  si  qu'il  L'aura  prise,  ne  s'entomera  mais,  25 

là  dedens  la  cité  lanceront  fo  Criais, 
et  li  dus  respondi;  „n'ai  cure  de  ses  fais." 
il  l'eust  jà  fait  pendre,  se  nefust  pas  Dinais,' 
i.  princes  de  la  vile  qui  garde  les  tors  fais. 

Li  dus  voit  le  mesage,  de  mal  talent  s'aire,  30 

et  a  prises  les  lettres  que  li  rois  flst  escrire; 
connut  cou  qu'il  ot  ens,  car  il  savoit  bien  lire, 
et  respont  par  Icou^  qu'il  n'ot  talent  de  rire: 
„orguel  mande  Alixandres,  si  com  ci  oi  descrire, 
„que  ma  cité  li  rende,  et  vers  lui  m'alle  aflire;  35 

1)  apriêe,  2)  AeêtnUU  el  datmée  ei,  3)  difes.  4)  a#  espèeê  d' acier 
en  feront  amIm  eonfèê.  5)  se  i'  trovera  en  gréé.  6)  çua  Jà  en  son  vHfmnt 
ne  s'en  iomera  met,    7)  jà  Dinée*.    8)  tror. 


ASSAUT  DE  LA  EOCfl.  83 

»»et  s'il  coût  ne  Tiut  ^  faire ,  si  com  la  lettre  oi  dire , 
,41  nos  prendra  as  mains  et  fera  tous  ocire, 
„u  noier  à  la  mer,  o  ardoir  comme  cire. 
„mult  ne  tieg  à  malves,  se'  ne  l'en  fac  desdire; 
F.  16^    ,>si  pris  sui  ses  yoisins,  mestier  aura  de  rire/*'  3 

et  a  dit  a  ses  homes:  demain  ferai  martire 
„de  cescuuns  caitis  qui  nos  quidenl  aflire; 
y^qu^il  en  soient  détruit  et  coreciés  '  lor  sire*', 
et  respont  Ladines:*.„dont  restragnies  votre  ire. 
„mult  est  preos  Alixandres  et  miilt  a  grant  enpire;        10 
,je  ne  quit  que  nus  hom  le  puise  desconfire. 
„li  mes  n'a  pas  forfait  c'en  le  deust  ocire." 

Li  dus  voit  le  mesage,  molt  ot  le  cuer  dotant; 
jà  fesist  le-mesage  présenter  vers  le  vent,^ 
ee  ne  fust  Ladines  ki  li  blasme  forment,  15 

qui  le  mist  de  la  vile  hors,  tout  à  sauvement. 
fors  tant  li  dus  li  dist  et  ses  cuers^  li  consent, 
que  li  rois  n'a  de  lui  trires,  n'acordement  ; 
ains  li  fera  pesance,  n'i  taijera  nient, 
li  mes,  parmi  les  loges>  s'en  vet  hastivement  20 

dusc'au  tref  Alixandre,  n'i  fist  arestement, 
et  conte  la  parole  sans  nul  delaiement 
si  com  li  dus  li  mande  et  manace  et  desfent. 
d'aus'  eust  fait  justice,  s'il  en  eust  consent, 
quant  l'entant  Alixandres,  d'ire  escaufe  et  esprent;        25 
et  respont  par  iror:  „or  me  tient-il  por  lent? 
„tous  soie-jou  bonis,  se  cest  mos  ne  li  renf 
lors  fait  soner  son  graile  et  atome  sa  gent; 
ilueques  reiscies  tant  bon  ceral  corant, 
et  tant  nasal  à  or  et  tant  elme  luisant.  30 

et  cil  de  la  cité  se  vont  esbaudisant; 
tos  courerent  as  armes,  chevalier  et  seijant, 
et  restent  en  lor  dos  les  haubers  jaserans, 
et  lacent  les  vers  ebnes  qui  sunt  cler  et  séant, 
et  cagnent  les  espée  dont  les  fiers  sunt  trencant  35 

*  par  le  porte  s'en  issent  destroit  seréemenU 

1)  WeouMVMl.    2)Mlr0.    Z)  e9neHèê.    4)  Jmdimêê.    h)  Mi^i^rmr 
à  r  «Ml.    6)  êir€.    7)  «ie  M. 

6* 


84  ASSAUT  DB  LA  ROCE. 

la  gent  ki  est  de  Tir»  le  rivage  porprent, 

et  cel  jor  commencièrent  i.  .tel  tornoiement 

dont,  d'ambes  pars,  remesent  maint  chevalier  gisant, 

que  regretèrent  puis  et  cousin  et  parent. 

c'est  coutume  de  iSrese,  *  ce  sacies  vraiement,  5 

que  on  i  pert  -bien  tos  et  gaegne  souvent. 

Par  le  porte  vers  tiere  s'en  iscent.cil  de  Tir; 
ilueques  veiscies  tant  elme  reluisir, 
et  tant  céval  de  garde  galoper  et  hanir, 
contre  rai  de  solel  ces-larmes  resplendir,  10 

li  dus  Baies  les  guie  et  Sales  de  Valmir. 
sor  ferant  sist  armés  Ladines  de  Montir 
qui  est  bons  chevalier  et  sages  sans  mentir; 
mult  par  sot  bieji  cacier  et  avenant  fuir, 
et  quant  en  sot  sen  liu,*'  as  primerains  guencir..  15 

li  dus  crie  s'ensegne  por  sa  gent  esbaudir.' 
le  jour  vot  caus  de  Tir  durement  envair. 
ilueques  veiscies  tant  fort  escu  croisîr 
^  et  maint  vasal  à  terre  oraventer  et  morir, 
qui  fi]  à  Tcommencier  et  puis  en  pot  partir.  20 

de  r  grant  signor  de  V  ciel  li  deust  souvenir. 

A  l'asanler  des-€rrius  veisciea-vus  brisier 
tante  hanste  de  frasne,  et  tant  escu  croisier, 
et  tant  vasal  à  tiere  morir  et  trebuciër. 
cou  dit. cil  qui  s'esma'  et  bien  les  sot  prisier,*  25 

que  cil  dé  Tir  esfoient  plus  de  xxx.  millier, 
•li  rois  fist  iii.  batailles  deviser  et  rengier; 
de  premiers,  n'es  vot  mie  forment  estoutoier, 
ne  ses  gens  mettre  ^nsamble,  tant  qu'il  les  ait  rengiés; 
quar  gent  estoutoié  est  mUe  à  r'avoier.^.  30 

Tholomes  commanda  iii.  batalles  rengier,^ 
F.  16*  entre  ans  et  la  eilé -fièrement  cevaucier  » 

qu'à  le  porte  vers  Tir  ne  puisent  repairier. 

tous  les  vint  prendre  as  mains  u  les  couvent  noier, 

et  paritant  volroit  sor  aus  à  gfiegnier.  35 

et  Alixandres  point  Bucifal  le  légier; 

.    1)  guerre,  -2)  vient- en  son  iiu.    3)- fti'Mfirtfa.     4)'irf«t>r.    b)  i^luê 
mai  à  hmtier..    G)  fremitr. 


ASSAUT  DE  LA  ROCH.  85 

entre  lui  et  le  duc  se  vont  entr'esaier.  ' 

si  grans  cos  se  ferirent,  les  confanons  baisier, 

que  lor  hanstes  de  frasne  ont  faites  pecoier. 

11  rois  est  passés  outre,  qui  le  corage  ot  fier; 

au  repairier  rencontre  et  trait  le  branc  d'acier.  5 

se  r  feri  par  mi  Telme  dont  li  lac  furent  cier; 

que  trestout  renversa  sor  le  col  de  W  destrier. 

par  mi  les  fortes  malles  de  son  aubère  doblier 

en  fist  le  sanc  issir  et  le  bliaut  moiillier  ; 

et  le  ceval  sous  lui- trestout  fi\jenellier.  10 

jà  au  partir  de  lui  n'ara  soig  de  cacier. 

quant  s'espée  pecoie,  lès  le  pug  à  ormier, 

jouste  lui  s'apoia,   si  tint  le  .branc  d'acier;  ' 

jà  l'en  menast  tous  pris,  ne  se  pe'ust  aidier, 

quant  devant  la  cité  li  sordent  chevalier;  15 

u  li  rois  voelle  u  non,  li  convint  alaier.  . 

Li  dus  vit  Alixandre  qui  forment  le  tormente, 
si  l'a  fera  dd'  branc. qui  sor  l'arcon  l'adente. 
jà  l'eust  pris  u  mort,  ce  savons  sans  atente, 
quant  des  hommes  au  duc  i  vinrent  plus  de  xxx.  20 

Baies  a  pris  le  branc,  de  vengier  ne  s'alente; 
si  feri  i.  Grgois  que  Tame  li  fait  rendre.' 
Tespée  au  pug  d'or  mier  fu  si  près  se  parente, 
que  le  teste  à  tôt  Telme  en  mi  le  camp  présente, 
de  cest  cop,  ce  m*est  vis,  ert  sa  mie  dolente;  25 

ne  cuic  c'uns  chevaliers  eust  gaire  plus  gente. 
outre  s'en  est  passés,  Tespée  tint  sanglente, 
Perdicas  abati  per  dalès  une  *  sente, 
se  cil  qui  fist  les  vers  ne  mesprist  une  mente, 
jamais  Flordiones  n'eust  de  lui  atente,  30 

ne  fust  Emenidus  qui  li  livra  entente. 
0  les  brans  se  detrencent  les  bons  escus  d'Otraqte; 
n'i  a  i.  au  partir,  si  près  l'acier  ne  sente, 
que  tous  au  plus  hàitié  convenra  mainte  entente;'^ 
c'est  costume  de  Grèce;  à  tel  marcié,  tel  vente.  35 

A  icelle  meslée  fu  mult  bleciés  li  dus; 

1)  voironi  mfroeiér.    2)  #e  I'  yri9*  à  ewikrmeUr.     3)  qu'il  miêt  fort  de 
jouente.    4)  à  V  iravêrê  i\     5)  è  tôt  U  fluê  « atii  eonvênra  miré  et  iéniê. 


86  ASSAUT  Dà  LA  ROCB. 

forment  refu  nayrés  è  V  cors  Emenidus. 

li  sans  qui  ist  des  plaies^  est  à  tiere  caus; 

les  escus  et  les  elmes  trancièrent  à  brans  nns; 

mult  se  donent  grans  cos  li  vasal  connens. 

Emenidns  le  fiert  en  son  l'elme  desus*/  5 

si  durement  le  haste  que  jà  l'eust  confus. 

Baies  s'en  est  partis  que  n'i  pot  ester  plus^ 

et  maudist  les  Grijois,  ^e  tel  gent  ne  ni  nus. 
Perdicas  saut  en  pies  et  tint  le  branc  nu  trait. 

de  r  duc  qui  l'abatii  li  fu  rergogne  et  lait;  10 

et  Tit  i.  de  ses  drus  qui  ens  è  V  camp  estoit 

si  le  feri  de  V  branc  que  trestout  le  desfait, 

le  quise  à  tout  le  pié  li  remest  è  V  garait; 

puis  saisi  le  destrier,  en  le  prese  s'en  vait. 

une  lance  recuevte,  le  ceral  aler  fait,  15 

et  fiert  i.  Tirien  tant  corn  cevaus  li  vait, 

que  son  escu  à  or  li  a  brisié  et  frait, 

le  hauberc  desmallié  et  le  sanc  en  a  trait; 

ses  estriers  li  fait  perdre,  à  le  tiere  le  lait; 
P.  16'  ancois  que  il  s'en  parte,  plus  de  vii.  en  i  lait,^  20 

que  tous  li  plus  haligres  est  entrés  en  dehait. 

à  grant  bien  li  atoment  que  cel  jor  l'a  si  fait; 

ains  nus  ne  l'esgarda  qui  envie  n'en  ait. 
Emenidus  d'Arcade  et  Baies  sunt  sevré, 

Ladines  vit  le  duc  mult  durement  navré,  25 

sor  r  arcon  de  la  sele  le  vit  tout  adenté;' 

tant  a  perdu  de  1'  sanc,  le  vis  a  en  mué. 

Emenidus  d'Arcade  l'ot  le  jor  encontre 

s'auques  i  esteust,*'mors  fust  et  afolés. 

d'une  bende  de  pale  li  ont  le  cors  bendé;  30 

de  jouste  le  tomoi  l'enguient  si  privé 

par  detries  le  batalle,  tout  droit  à  la  cité; 

mais  n'i  pot  avenir,  car  li  Griu  sunt  outré. 

Tolomes  et  Dans  Clins  furent  outrepasé, 

en  la  première  escielé,  Calnu  et  Aristé.  35 

Ladines  connut  tos  que  mal  orent  ovré; 
1)  a  r  eoing  de  VeltM  êUê.    2)  en  a  H  haiiiévii.    3)  eneUné.    4)  t'im 
foi  i  rewumêiH, 


ASSAUT  DE  LA  BOCB  87 

par  les  flans  esporonne  le  baucant  pumelé^ 
et  fiert  si  i.  Gqjois,  sor  son  escu  bondé, 
desor  le  boucle  à  or  li  a  frait  et  quasé; 

*  et  li  Griu  ferist  lai  en  Tescn  painturé 

*  que  sa  lance  pecoie,  li  tros  çn  sunt  volé;  5 
de  cors  et  de  ceval  se  sunt  entrecontré; 

si  forment  s'entrevienent  que  tôt  sunt  estoné, 

les  armes  Ladines  ont  le  Turc  assené/ 

les  estriers  li  fait  perdre,  si  Ta  assouviné; 

ii  agus  de  son  elme  fiert  en  mi  liu  de  V  pré.  10 

Ladines  mist  le  branc  qu'il  ayoit  au  costé,' 

de  desor  lui  s'areste,  è  T  vis  Teust  navré, 

se  ne  fust  Pilotes  qui  mult  en  a  pesé. 

le  ceval  esporonne,  s'ot  i  pignon  fresé; 

jà  sera,  ce  qui-jou,  de  ii.  pars  conparé;  15 

De  r  Griu  qui  fu  cens,  fu  dolans  Pilotes, 
li  destrier  esporonne  qu'il  i  cort  à  eslais, 
en  Tescu  de  sen  col  va  ferir  Ladines 
qui,  pardesus  le  boucle,  en  a  reçut  le  fais.' 
se  ne  brisast  la  boucle,*  de  lui  eust  fait  pais;  20 

jà  cil  de  la  cité  ne  le  veisent  mais, 
quant  se  lance  ot  perdue,  si  trait  Tespée  après; 
se  Tuns  vasaus  fu  preus  et  l'autre  fu  irés. 
a  lor  bons  ^  s'entredonent  si  grans  cos  et  de  près , 
que  les  elmes  trencièrent  et  des  escus  les  ais.  25 

jà  fust,  mon  enciant,  entr'aus  ii.  bone  pais;' 
quant  les  batailes  hurtent,  de  ii.  pars  sunt  irais; 
iluec  se  départirent  Pilote  et  Ladines. 

Uuec  ù  cil  de  Tir  joustèrent  as  Grijois, 
i  veiscies  percier  maint  escu  à  orfrois,'  30 

par  cors  de  chevalier  passer  vermaus  et  blois 
et  tant  vasal  jentil  jesir  par  le  caumois. 
en  le  première  route  vint  cevalcant  li  rois; 
et  porte  en  sa  lance  i.  confànon  norois.^ 
là  fièrent  cens  dedens  ù  furent  plus  espois,  35 

1)  Dhc  êneimkrë.    2)  l«  mmn  à  «on  ircM  aeèré.    3)  pseoia  les  aie, 
4)  ttmcê.    5)  krmu,    6)  U  i.  mors  ieseonfêê.    7)  Vienoif.    8)  Tureoiê, 


88  ASSAUT  DB  LA  ROCB. 

et  cil  se  desfendirent  de  trestout  lor  'pooirs.  ' 

la  cité  lor  ont  mis  durement  en  defois, 

ensi  com  il  le  dient,  n'i  enteront  d'esmois. 

bien  le  fist  à  cel  poindre  Liàcanors  et  li  rois; 

lui  ne  pot  resanler  Grius  ne  Macidonois;  5 

encore  le  dist-on  de  Grese  de  manois, 

qui  cel  jor  i  valu  contre  les  millors  iii. 

iluec  ù  les  ii.  ost  jostèrent  en  le  plegne, 
là  veiscies  quaser  tant  eseu  de  Sartagne.' 
li  rois  fiert  en  Testor  Galion  de  Sardagne;  10 

F.  17*  ne  li  valent  les  armes  le  pris  d'une  castegne;- 
fier  et  fust  et  pignon  parmi  le  cors  li  bagne; 
li  lance  vole  en  pièces,  cil  ciet  en  le  campagne, 
outre  s'en  est  passés,  cil  ciet  en  le  campagne.'  i 

après  le  roi  jostèrent  tel  m.*  de  sa  compagne;  15 

n'i  a  nul  qu'il  n'abat,  u  sa  lence  ne  fragne. 
cil  dedens  font  as  Grius  le  jor  maie  bargagne, 
.   qui  mul}  lor  a  torné  à  maltaise  gaagne; 
c'eçt  costume  de  guerre:  l'uns  pert,  l'autres  gaagne. 

Es* vus,  parmi  le  prese,  Sanson  esporonnant  20 

cel  jor  fu  bien  armés,  sor  i  ceyal  baucant, 
et  fiert  i  Tiriien  en  son  escu  devant, 
que  l'eskine  li  trance,  par  mi  l'auberc  tenant, 
outre  s'eù  est  passés  et  mist  le  main  à  1'  brant, 
escrie:  Macidone,  l'ensegne  conquerrant  25 

cel  jor  lor  và-il  bien'  le  tiere  calenjant. 
Alixandres  Tesgarde,  si  li  dist  en  riant; 
„bien  doit  recoivre  tiere,  qui  si  le  va  clamant" 
li  rois  point  Bucifal  des  esporons  d'argant, 
en  mi  le  grignor  prese,  par  l'estor  va  poignant.  30 

là  vint  Emenidus  à  esporon  brocant, 
et  fiert  i.  tirien,  à  1'  monter  d'un  pendant, 
que  le  teste  li  toit  à  l'espée  trancant. 
mais  li  dus  Tôt  navré  d'une  lance  tenant, 
por  le  caut  qui  l'argue,  vont  ses  plaies  sannant  35  ' 

Alixandres  esgarde,  celé  part  vint  corant, 
1)  quiêontierjuaproiê,  2)  d'mUrêêmynê.  3)  et  a  erié  é'mêegiÊê,  4)  e. 


A08AUT  DB  LA  ROCB.  89 

entre  ses  bras  le  prist,  ce  li  dist  doncemant:  * 

y^ares  mestier  de  mire,  poresrTbs  vivre  tant?*' 

et  cil  li  respondi:  ^miilt  vois  afebloianf 

entre  ses.  bras  se  pasme,  sor  le  col  de  ferrant; 

Aliiandre  le  balle  i.  sien  nûre  sacant;  5 

et  cil  a  dlt.au  roi:  „mar  en  ires  doutant, 

„quar  tout  le  rendrai  sain,  ains  le  quint  jor  pasant.'' 

*  et  il  si  flst  mult  bien  qu'il  virent  li  auquant.. 

et  ça  se  fièrent  bien  as  espées  trancans. 

De  r  mal  Emenidus  fu  Alixandres  enbrons.'  10 

onques  miudres  vasaus  ne  fu,  ne  rois  ne  dus; 
quar  pour  i.  chevalier  ne  fu  onques  confus,' 
ne  por  grant  fais  porprendre,  ne  vint  nus  au  desus;* 
ains  le  commença  bien  et  s'en  vint  au  desus. 
ce  dist  cil  qui  Tesma  et  bien  en  fu  creus;  15 

fors  que  seul  Alixandres,  à  lui  ne  s'apart  nus.     ^ 
cel  jor  ot  de  Tester  le  ptis  Emenidus. 

Par  Tester  vint  pognant  Ladines  de  Mentir, 
quant  doel  ot  de  sen  frère  qu'il  ot  veu  morir. 
Emenidus  d'Arcade  li  vit  ^  le  cief  tolir.  20 

en  Tescu  de  sen  col  vait  i.  Grqois  férir, 
que  sor  le  boucle  d'or  li  fait  fraindre  et  croisir, 
et  le  fier  de  la  lance  par  mi  le  col  sentir, 
si  Tabat  de  T  ceval,  que  pas  ne  T'fist  languir, 
au  partir  de  le  joste,  escria  iii.  fois:  Tyr.  25 

„qui  si  défont  sa  tiere,  mult  le  doit  bien  tenir. 
„li  rois  n'est  -mie  sages  qui  le  nos  vint  tolir; 
„de  ceste  grant  folie  le  convint  départir.'*' 
li  rois  ot  la  parole  et  celui  aatir; 
mult  se  tient  à  mauvais,  se  ne  Pfait  repentir.' 
lors  escrie  s'ensegne  et  fait  sa  gent  garnir; 
les  conpagnons  armés  fet  des  loges  iscir. 
là  fièrent  cens  dedens  ù  les  porent  tenir, 
ilueques  veiscies  i.  ester  esbaudir; 
ces  espées  d'acier  sor  ces  elmes  férir,  35 

F.  17^  et  Tun  venir  avant  et  l'autre  resortir. 

1)  e»  fhramt.  2)  mutU  H  rais  confits.   3)  eoneluê.   4)  fu  enquêg  rèftu, 

5)  9oii.    6)  l'esieru  Irêj^Ur.    7)  rml  enifmr. 


90  ASSAUT  DB  LA  ROCE. 

icil  tornent  les  dos,  qui  ne  1'  porent  soufirir, 

tout  droit  vers  la  cité  commencent  à  fuir. 

niens  est,  à  autre  part  les  estera  fuir,^ 

qu'à  le  porte  vers  tiere   ne  pueent-il  venir, 

quar  li  rois  Tavoit  fait  de  chevaliers  garnir. 

vers  la  mer  s'entrainèrent  ù  puisent  garandir;  5 

par  dedens'  en  convient  tes  m.  en  mer  salir, 

se  toute  ne  le  boivent,  niens  est  de  Y  iscir.' 

La  bataille  fu  grans  et  ruiste  Tenvaie. 
cil  de  Tir  voient  bien  que  lor  vie  est  finie, 
car  la  gens  Alixandre  durement  les  manie.  10 

li  dus  fu  mult  navrés,  de  mal  talent  rougie; 
quant  le  voit  Ladines,  n'a  talent  que  il  rie. 
par  derière  Testor,  tôt  bêlement  l'enguie; 
à  Tir  voloit  venir,  mais  il  n'i  entra  mie, 
guar  la  gens  Alixandre  Tavoit  bien  aourdie.  15 

quant  le  voit  Ladines,  durement  s'en  gramie; 
le  destrier  esporone,  s'a  l'espée  sacie 
et  fiert  si  i.  Grijois,  par  dejouste  l'oie, 
le  teste  li  copa  à  l'espée  fourbie. 

tant  souef  l'abat  mort  qu'il  ne  brait  ne  ne  crie;  20 

quant  le  voit  Aristes,  n'a  talent  que  il  rie; 
à  i.  fais  li  restome,  car  sen  preu  n'aime  mie; 
en  l'escu  le  feri  dont  11  ors  reflambie, 
le  brogne  li  tranca  qui  fu  fors  et  treillie. 
è  r  cors  li  fait  sentir  le  fier  de  Romenie,  25 

le  coralle  li  trance,  et  le  cuer  et  le  fie; 
si  l'abati  à  tiere  qu'il  ne  resorti  mie. 
par  les  règnes  a  pris  le  ceval  de  Hungrie; 
son  escuier  le  donc,  en  qui  eti  lui  se  fie, 
et  cil  de  Tir  s'esmaient,  s'unt  la  fuie  aquellie.  30 

Li  batalle  est  finée;  cil  de  Tyr  sunt  vencu, 
vers  le  cité  s'enfuient  à  force  et  à  vertu, 
niens  est  de  1'  rice  duc,  car  il  est  deceus. 
Tholomes  et  Dans  Clins  li*  sunt  devant  venu, 
*Tolomé  par  iror  a  Ladinet  féru  35 

I)  eimvêmrm  $H9hehr,   2)  desiresêê,   3)  aine  muê  n'en  pot  iêdr.    4)  for. 


ASSAUT  0B  LA  ROCB.  ^  91 

et  lui  et  son  ceval  à  force  et  à  vertu.* 

*(et)  Dans  CHns  à  Dinas  le  brac  sevré  de  1'  bù. 

li  Grijois  se  requUent;  cil  sunt  si  esperdu 

qu'U  ne  sevent  que  faire;  mort  sunt  et  confondu; 

et  par  mi  le  rivage  se  sunt  tout  espandu,  5 

et  par  destrece  en  sunt  tel  m.  en  mer  féru; 

se  toute  ne  le  boivent,  noie  sunt  et  perdu. 

sor  les  ondes  flotèrent  lor  lances  et  lor  escu; 

bien  pot  avoir  ceval,  qui  ft  le  rive  fu;- 

et  cel  jor  ont  li  Griu  bêlement  conseu.  10 

mais  caus  de  la  cité  i  est  mal  avenu, 

qu'à  la  desconfiture  i  ont  i.  duc  perdu, 

et  vii*-  des  autres  o  Ladinet  son  dru. 

par  le  porte  vers  tiere,  en  sunt  laiens  venu 

et  maudient  les  Grius,  dient  quels  gens'  ne  fu.  t5 

De  cens  dedens  la  vile  sunt  ceu  li  revel; 
en  la  cité  entrèrent,  sans  noise  et  sans  recel;' 
et  H  Griu  s'entomèrent,  quant  ont  fait  lor  aviel. 
devant  une  fontaine  dont  cler  sunt  li  ruisiel, 
Alixandre  desarment,  à  l'entrer  d'un  praiel.  20 

li  rois  remest  en  pies,  afulés  d'un  mantel. 
li  calors  estoit  grans  sor  le  roce  Mabel, 
por  cou  li  amenoient  le  vent  li  damoisiel. 
le  duc  Baie  desarment  li  iiii.  fil  raiel;* 
F.  17*   navrés  fu  d'une  lance  è  1'  pis,  sous  les  fourciel,  25 

et  près  des  grosses  costes  sentirent  li  cotiel; 
mais  11  dus  fet  venir  le  mire  Samuel* 
qui  plus  savoit  de  plaies  que  fevres  de  martel; 
et  cil  dist  tel  parole  qui  forment  li  4u  biel  : 
ne  s'esmaie  de  rien,  il  garra  de  novel.  30 

le  duc  Betis  de  Gadres  a  tramis  i.  saiel; 
s'il  l'aime  de  nient,  c'or  le  souscorre  isnel, 
c'or  les  Griu  les  demainent,  com  fevres  sen  martiel." 
de  devant  la  cité  li  ont  fait  tel  masiel, 
des  mors  et  des  navrés  sunt  sanglons  li  rusiel.  35 

de  l'os  as  Grius  se  partent  tel  ce.  chevalier,-' 

1)  et  M  et  le  eeval  a  à  terre  abatu,  2)  car  oine  tel  gens.    3)  gabel.   4)  fii 
MemudeL    5)  DmneL    6)  eom  H  leuê  fait  Pagnei.    7)  tïi^   damieeL 


92  ASSAUT  DE  LA  ROCB. 

et  portoit  en  s'ensegne  cescuns  i.  pignonciel; 
devant  le  maistre  porte  lor  ont  fait  i.  cenbiel, 
mais  cil  de  la  cité  n'ont  point  de  lor  reviel;* 
ains  se  paisent'  iaiens,  autresi  corn  oisiel. 
Alixandres  apiele  Lincanor  et  Sartiel.  5 

„faite^  cerkier  le  mer,  dusc'à  Y  port  Daniel, 
„ne  barge  n'i  laies,  ne  calant  en  batiel/'^ 
cil  a  fait  sen  commant,  car  forment  11  fu  bel, 
de  devant  la  cité,  è  V  havene  treriel. 
là  peuiscies  veir  de -nés  i.  tel  tropel,  10 

de  barges,  de  galies  qui  mult  ceurent  isnel. 
là  dedens  en  la  mer,  i  ont  fait  maint  casfiel, 
bien  ouvré  par  nature  de  piere  et  de  quariel 
et  desus  les  estages  sunt  asis  li  cresnel. 
1)  êoig  de  lor  avêi.    2)  piegnent    3)  në«,  gaiiê,  ne  batiei. 


ASSAUT  DE  TYR. 


Cfl  éUst  èl  eém  Allxauilrcs  Murat  les  mars  de  Tyr, 
ihaUi  11  lae  pnet  prêiadre  la  elté. 

Ueyant  les  murs  de  Tir,  là  dedens  en  la  mer, 
H  rois  de  Macidone  fist  i.  castel  fremer; 
mult  fil  rice  la  tours,  si  i  ot*  maint  piler. 
la  façon  de  i*  castiel  ne  vous  sai^  deviser; 
de  la  porte  vers  tiere,'  lor  font  le  port  véer,  5 

qu'à  la  cité  ne  puisent  venir  ne  retourner; 
barges,  nés,  ne  galles  n'i  puisent  ariver. 
li  rois  i  commanda  de  sa  gent  à  entrer, 
armes  et  garison  i  fait  asses  porter; 
souvent,  de  jor  à  autre  lor  fait  asaut  livrer;  10 

et  cil  se  desfendirent'  au  traire  et  au  ruer; 
quar  la  cité  ne  voelent  ne  rendre,  ne  donner.- 
Alixandres  i  anuie  forment  à  séjourner, 
quar  entof  ans  ne  puet  vitalle  recouvrer, 
li  rois,  par  mautalent,  commença  à  jurer  15 

que  jà  n'en  prendra  i.  qu'il  ne  V  face  afoler. 
Emenidus  d'Arcade  commande  en  fîierre  aler, 
et  viii**  chevaliers  ensamble  lui  mener, 
Perdicas  et  Lione-  et  Caunus  ki  fu  ber, 
Lincanor  et  Pilotes,  por  le  forces  garder,.  20 

F.  17'  et  maint  autre  baron  que  jou  ne  sai  noumer. 
*le  val  de  Josafa  ont  mult  oi  loer^ 
quar  c'est  li  miudre  tiere  que  on  puise  trouver, 
et  à  Sanson  de  Tir  les  conunande  à  guier, 
1)  M  lor  of.    2)  tiMrm^.    3)  eil  dêdens  êé  des  fendent. 


94  ASSAUT  DE  TYR. 

qui  bien  sait  les  maus  pas  de  V  pais  esciTer. 

li  rois  retint  o  lui  Clincon  et  Tholomer; 

et  cil  iscent  de  Tost,  si  font  lor  gent  monter. 

Mult  fu  fiers  Alixandres  et  de  grant  hardement; 
devant  les  murs  de  Tir  se  maintient  fièrement,  5 

corn  cil  ki  le  viut  prendre,  sa  force  i  met  et  tent; 
mais  li  mur  en  sunt  haut  et  de  tenant  ciment, 
et  cil  preus  et  hardis  qui  vers  lui  se  desfent; 
et  li  sien  se  combatent  mult  ceTalerousement, 
ne  voelent  estre  pris  è  V  castel  laidement.  10 

et  li  rois  Alixandres  a  fait  son  sairement 
desi  que  il  Tait  prise,  n'en  tornera  nient; 
de  cens  qui  le  desfendent,  prendera  yenjement 
si  haut  com  lui  plaira,  sans  autre  jugement, 
la  tiere  estoit  marastre  à  loi  et  à  sa  gent  ;  1 5 

quar  recouvrer  n'i  pueent  ne  soile,  ne  forment, 
et  si  estoit  avère  de  pain  et  de  forment, 
et  l'aighe  sure  à  boire,  qui  de  1*  mur  lor  descent. 
Emenidus  apiele  que  U  tient  à  vaillant, 
et  des  autres  barons  par  vii.  foies  sont  c.  20 

„ale8,  dit  Alixandres,  en  fuere,  je  V  commant 
„ès  val  de  Josafa,  es  plains  de  val  Nublent. 
„là  trouvères  la  proie,  par  le  mien  encient, 
„dont  l'os  pora  bien  estre  penée  lonjement. 
„Sanses  vus  conduira,  U  preus  o  le  cors  jent,  25 

„qui  bien  set  le  pais  et  cescun  casement; 
„nous  maintenrons  l'estor  et  le  tomiement; 
, Jamais  n'en  avérons  trives  ne  casement, 
„se  la  cité  ne  rendent  trestout  premièrement. 
,Je  n'ai  cure  d'avoir;  trop  ai  or  et  argent,  30 

,,et  puis  c'ases  en  ai,  k'iroie-jou  querrant? 
„8e  tout  le  me  do.noient  quant  qu'à  cest  mont  apent, 
,,ne  le  prendroie  mie  pour  leur  acordement; 
„mai8  alaSsent  en  fuerre  tost  et  isnelemenf 
et  cil  ont  respondu:  —  „tout  à  votre  talent."  35 

et  cil  issent  des  loges,  asses  orent  comment. 

Li  Griu  iscent  de  l'ost  pour  querre  la  vitalie, 
et  Sanses  les  condoist  è  1'  val  de  Josafalle, 


A80AUT  DE  TYR.  95 

une  tiere  garnie  de  bestes  et  d'aumalle;^ 

mais  la  gens  ert  bardie,  de  bestes  et  d'aumalle' 

et  ert  tous  jors  armée  por  crieme  c'on  n'asalle; 

cil  ki  Tont  à  garder,  n'est  mie  garconnalle,' 

à  envis  en  lairont  vallisant  une  maille,  5 

ancois  que  li  Griu  aient,  vus  di  sans  devinaille, 

en  sera-il  perciés  mains  pis  s  or  la  coralle, 

et  de  maint  bon  hauberc  ert  rompue  Tentraille.* 

trop  Tont  à  escari,  ne  quic  que  peu  lor  Taille; 

ancois  que  ilretoment,  le  comperront  sans  faille.         10 

Cel  jor  vont  bien  li  Griu  à  guise  de  fouriers, 
cauces  de  fier  cauciés,  et  font  à  escuiers 
devant  porter  lor  armes,  et  mainent  maint  destriers, 
toute  nuit  cevaucërent,  les  confanons  laciés;^ 
au  matin,  par  son  l'aube,  que  jors  fu  esclairiés  15 

è  r  val  de  Josafas,  vers  les  puis  de  Gibies, 
ont  trouvée  la  proie  et  eoisis  les  vacies. 
mais  il  n'aloient  mie  à  guise  de  brebies,' 
ains  erent  bien  armé,  car  il  lor  est  mestier 
F.  18*  et  d'escu  et  de  lance  et  de  dars  por  lancier,  20 

et  ont  cevaus  de  garde  ^  abrievés  et  corsier. 

li  Griu  sunt  descendu  lès  le  bruel  dlolivier; 

cescuns  de  soi  armer  ne  fu  mie  lanier. 

Emenidus  d'Arcade  est  montés  tous  premier 

et  est  aies  avant  à  tout  c.  chevaliers  25 

pour  aquellir  la  proie  dont  as  Grius  est  mestier. 
E  r  val  de  Josafas  lor  font  li  Griu  salle 

et  prisent  de  le  proie  une  si  grant  partie 

de  coi  l'os  peust  estre  i.  grant  tans  raemplie; 

mais  li  cris  est  levés  et  la  gent^  estormie;  30 

11  sires  qui  les  garde  ot  non  Oteserie; 

à  i.  cor  d'olifant  les  asemble  et  aile;* 

devant  lor  sunt  venu,  sor  le  roce  naie, 

à  vii.  des  premerains  ont  tolue  la  vie, 

et  le  proie  ont  rescouse,  malgré  ans  l'ont  guerpie.        35 

1)  almmiiU.  2)  ei  duUe  de  batallé.  3)  c<mtreviMe.  4)  desrompue  la 
muMe.  6)  Mitt  ert  t  êtmê  noMer,  6)  kertfierê,  7)  Oadres.  8)  noiêê. 
0)  raiie. 


96  ASSAUT  DE  TTA. 

Emenidus  d*Arcade  qui  les  caiele  et  guie, 

s'or  ne  se  puet  vengier,  ne  se  prise  i.  allie; 

lors  apele  sa  gent  et  Macidone  escrie, 

et  11  Oriu  s'espandirent  à  val  la  praerie; 

jà  sera  de  ii.  pars  la  guerre  commencie.  3 

Duel  ot  Emenidus  quant  vit  ses  compagnons 
morir  por  le  vitaille  dont  il  erent  somons. 
ferrapt  qui  tos  li  cort,  hurte  des  esporons 
et  ftert  le  premerain  qu'en  vuident  11  arcon; 
le  hauberc  11  fausa,  côm  ce  fiist  auqueton;  10 

*  parmi  le  cors  11  passe  fer  et  fust  et  penon 
si  que  de  l'autre  part  en  yit-on  le  rognon, 
de -il.  pars  aprocièrent,  baisiés  les  confanons; 
des  mors  et  des  navrés  sunt  joncié  11  sablon; 
si  durement  encontrent  que  n'ont  soig  de  prison,  13 

as  espées  d*acier  paient  lor  raencon. 

E  r  val  de  Josafas  vont  11  Griu  proie  prendre; 
mais  cil  ont  bon  talent,  qui  lor  Toelent  desfendre; 
as  espées  d'acier  lor  sunt  venu  contendre. 
Calnus  point  le  ceval,  les  saus  11  fét  porprendre  20 

et  fiert  Luslanor,  que  rescu  11  fet  fendre; 
11  plus  hardis  des  lor,  et  si  estolt  11  menre;* 
niés  fut  Otesien  à  qui  Loth  dut  apendre;' 
si  l'a  à  mort  féru  que  l'ame  11  fait  rendre. 

Mult  ont  bien  11  Grigois  la  meilé  meue;  23 

le  jor  i  ot  féru  maint  cop  d'espée  nue; 
doel  ot  Otesleas  de  la  descdnvénue, 
quant  vit  mort  son  neveu,-  desor  l'erbe  menue, 
le  ceval  esporone  qui  mult  tos  se  remue, 
et  fiert  si  1.  Gr^ols  de  l'espée  esmolue,  30 

de  r  bu  11  a  le  teste  à  1'  branc  d'acier  tolue. 
Llhones'  point  le  brun  tout  une  vole  oscure* 
et  fiert  Otesien  sor  le  targe  menue; 
desour  la  boucle  11  a  fraite  et  fendue, 
mais  sa  lance  pecole  sor  un  peu  deceue;*  36 

outre  s'en  est  passés  et  trait  l'espée  nue; 

\)mêHdr0.   2)  Oteêerié  à  V  emmy  Ca  fmii  entméré.  3)LiotiM#.    4)A#r- 
(lié.    5)  eom  un  rmu  de  eemu. 


A88AUT  DB  TTR. 


97 


mais  à  Otesien  est  grant  perde  venue; 
qoar  à  one^  batalle  qu'à  i.  Griu  ot  eue, 
son  elme  ayoit  perdu  et  sa  coife  abatue, 
et  Liones  le  flert  en  le  teste  cenue 
que  l'espée  li  a  dusqu'as  dens  enbatue.  5 

quant  li  sire  fii  mors,  l'autre  jens  fu  vencue. 
par  mi  une  montagne  s'enfuit  tote  esperdue, 
et  11  Griu  de  le  proie  orent  tant  retenue 
de  coi  l'os  peust  estre  i.  grant  tans  rapeue.' 
F.  18^  mais  ancois  qu'il  l'aient,  lor  sera  cier  Tendue.*  10 

lÀ  Griu  sunt  retourné  vers  l'ost  mult  yillement;' 
mais  ancois  que  li  soirs,*  seront  grain  et  dolent, 
car  li  sires  de  Gadres  ot  mandé  de  sa  gent, 
tant  que  il  forent  bien  iiii*-  et  vii'*. 
li  dus  Baies  de  Tir  li  ont  mandé  soyent  15 

c'Alixandres  li  tome  sa  tiere  à  grant  torment; 
or  le  voira  souscorre,  s'il  puet  procainement. 
de  Gadres  s'en  isci  mult  esforciement; 
il  a  juré  le  ciel  et  le  tiere ^  et  le  vent, 
que  fols  est  Alaandres,  s'a  batalle  l'atent.  20 

li  dus  Betis  de  Gadres'  vers  les  puis  de  Nublent,^ 
s'a  yeu  les  fouriés  et  sot  certainement, 
et  a  dit  à  ses  homes:  „esgardes  quel  présent. 
„cele  gens  est  de  l'ost,  je  le  sai  yraiement, 
„qui  enmaine  le  proie  et  le  tiere  porprent.  25 

„s'as  premerains  ne  jostes,  ne  prendes^  yenjement, 
,jà  ne  tiegne  jou  mais  de  tierre  i.  seul  arpent. 
„hui  saura  Alixandres  que  jou  ne  l'aim  nient.'* 
Emenidus  d'Arcade  les  vit  premièrement 
et  a  dit  à  ses  homes:  ceyalcies  sajement,  30 

„yes  l'empire  de  Gadres  qui  nos  vient  en  présent. 
„en  aventure  somes  de  mort  et  de  torment, 
„mais  tous  soit-il  bonis,  s'il  ancois  ne  s'i  venc. 
„hui  pora-on  veir  qui  plus  a  hardemant.*' 
se  seust  Alixandres  icest  encombrement,  35 

hui  vousist  li  gaains  c**  mars  d'argent; 

i)  à  i,  «Hfr#.     2)  rêpêue.    3)  iiéwêêHt,    4)  p^il  i  êoiêni.    6)  U  êoiei. 
6)  •MfmrJiê,    7)  é^OriêfikÈ,    8)  t'mê  premerain^ê  Joêiêê  n*én  jprm  Jà. 


98  ASSAUT  DE  TTR. 

mais  ce  ne  puet  pas  estre,  car  Dex  ne  le  consent. 

li  Griu  sont  descendu  tost  et  isnelement; 

de  lor  cor  atorner  ne  furent  mie  lent; 

puis  montent  es  cevaus;  qui  escu  ot,  se  V  prent: 

cescuns  i  a  feni  par  grant  airement  5 

Emenidus  esgarde  vers  les  puis  de  Nimonde^ 
et  a  veus  les  Grius  dont  tous  li  vaus  soronde; 
navie'  par  grant  vent,  par  haute  mer  tant  onde 
qu'il  viennent  es  prés,'  (*par)  la  yalée  parfunde, 
et  les  Yoelent  enclore  trestous  à  la  reonde;  10 

autresi  les  acegnent  corn  li  vilains  à  fonde, 
poi  a  gent  por  combatre,  n'a  cuer  que  il  responde/ 
ne  por  paor  de  mort  n'a  talent  qu'il  s'esconde; 
et  bien  voit  et  connoist  que  tout  sont  cief  de  monde, 
ne  ne  voit,  nul  souscors  qui  avoec  lui  abonde.  15 

lors  n'a  cuer  ens  ë  1'  ventre  qui  de  pité  ne  funde, 
il  en  a  apielé  Lincanor  d'Orionde. 
„ber,  jà  as-tu  ceval,  plus  isnel  n'a  è  1'  monde; 
„cou  va  dire  Alixandre,  se  tos  ne  nos  abonde, 
„hui  perdra  de  la  gent  que  plus  aime  en  cest  monde.''   20 
quant  Lincanors  l'entent,  ne  puet  muer  n'en  gronde, 
et  ne  laise  portant  que  tos  ne  li  responde: 
—  je  n'irai,  dist  11  quens,  par  cest  teste  blonde; 
*ains  parra  mes  escus  que  soit  targe  reonde, 
*et  arai  detrancié  de  1'  cors  le  maistre  esponde,  25 

„ne  n'isterai  de  1'  camp  que  des  lor  n'i  encontre."* 

Emenidus  a  dit:  „car  i  aies  Pilote, 
„et  dites  Alixandre  que  toute  tiere  est  morte, 
„et  sunt  venu  sor  nous  de  Gadres  d'Araiote,^ 
„et  sunt  bien  zx**  ^  de  gent  en  une  flote.  30 

„8e  tos  ne  nos  souscort,  en  si  maie  rihote, 
„des  amis  Alixandre,'  ne  quic  i.  en*  estorde/' 
et  cil  li  respondi:  „ne  me  pris  une  bote, 
„s'ancois  ne  vois  à  1'  branc  commencier  une  note 
„c'onques  encor  Bretons  ne  fist  tele  en  sa  rote.*®         35 

1)  Mêramdê.  2)  u'm  tniê.  3)  com  ii  vienêmi  MfM.  4)  n'i  m  eor  pU 
rêêfoniê,  6)  dêê  ior  «'m  éionéê.  6)  Amioié.  7)  œxm.  8)  mouê  m  wUs 
ii  borné  voie.    9)  »ouê  #».     10)  mi  ktiprê  m  é»  rofs. 


ASSAUT  DE  TTR.  99 

F.  18*   ,»miilt  sera  hoi  honis  qui  vera  tel  pelote^ 

„et  partira  de  1*  camp»  si  ancois  n'i  escote; 

„iie  quic  que  de  V  besoing  samble  jus'  de  pelote. 

,»quant  mes  haubers  sera  pretrusiés'  comme  cote 

„et  mes  escus  fendus  com  dras,  corn  alignote/  5 

„et  reyenra  au  pas  mes  cevaus  qui  or  trote 

„et  U  sans  de  mon  cors  sor  mon  arcon  me  ftote» 

„ce  dont  vois  ë  1*  mesage;  on  dira:  cil  u'asote, 

„ne  ne  me  gabera  li  rois  ne  Aristote. 

»»or  soions  tout  seur,  comme  singes'  sor  mote;  10 

,»hounis  soit  li  proudom  qui  por  i.  jor  radote."^ 

Emenidus  esgarde  vers  les  puls7  de  Nimoie 
et  voit  la  gent  de  Gadres  dont  tous  li  vaus  ondoie, 
et  yienent  plus  espes  que  nés  espis  en  Moie. 
è  r  premier  cief  devant,  mainte  ensegne  de  soie  15 

et  tel  m.  aprocans  dont  cescuns  se  desroie. 
il  apiela  les  Grius,  durement  s'en  esfroie; 
puis  n'i  ot  si  hardi  qui  entendist  à  proie. 
Calnu  prist  i.  pignon,  contre  vent  le  desploie ^ 
et  li  vens  i  feri  qui  les  landes  ondoie;*  20 

mult  resambloient  gent  qui  par  force  guerroie; 
jà  ne  perderont  tiere,  se  il  pueent  plain  doie, 
et  li  paors  de  1'  perdre  les  soifiont  et  aigroie; 
de  lor  pais  desfendre  nus  d'ans  ne  s'afebloie, 
ains  disoient  entr'  aus:  Alixandres  foloie.  25 

ne  tienent  riens  de  lui,  à  grant  tort  les  guerroie, 
en  tel  liu  met  s'entente  à  malement  l'emploie, 
mult  pense  hautement  que  tante  gent  mestroie.  ^® 
„n'a  talent,  ce  m'est  vis,  qu'il  encore  recroie; 
„mai8  à  1'  partir  de  nous  ert  cains  de  tel  coroie,         30 
,Jà  ne  li  sovenra  de  cou  dont  plus  desvoie.*' 
Emenidus  apiele  Lione,  se  11  proie 
d'aler  à  Alixandre,  por  souscors  li  envoie; 
et  s'il  fait  cest  mesage,  tôt  le  pris  en  otroie. 
Liones  li  a  dist:  ,Jà  puis  Dez  ne  me  voie  35 

1)  eomploté.  2)  gteof.  3)  yertuiêéê.  4)  environ  la  ligote.  5)  easiiex, 
6)  rêéou.  7)  prée,  8)  eaeeunê  de  eex  de  Oairee  son  confmum  éeeploie, 
9)  iangueê  Moie,     10)  fuoiil  tmnte  geni  eitroie. 

?• 


100  ASSAUT  DE  TTR. 

„que  jou  aille  à  V  mesage,  devant  que  jou  recroie. 

„mais  escu8  est  tous  saus*  et  ma  lance  ne  ploie; 

»Jà  diroit  Tholomes  que  por  paour  fuiroie, 

„*et  Dans  Clins  ses  compains  qui  as  tentes  s'ombroie. 

,,]a  gent  c'ai  amené  en  cest  camp  guerpiroie;  5 

,,li  rois  les  m'escarga  et  sans  eus  m'en  iroie; 

„dont  poroit-il  bien  dire  que  traitres  seroie. 

,,mius  Toel  avoir  percié  d'une  lance  le  foie 

„que  j'aie  tesmognagne  que  vis  recreans  soie." 

Emenidus  apiele  le  hardi  Perdicas.  10 

„car  me  fai  cest  mesage,  biaus  amis,  c'or  i  vas." 
et  cil  11  respondi:  „or  ne  m'ames-vus  pas. 
^^ancois  vus  aiderai  à  descroistre'  cest  tas; 
,,et  ert'  ma  lance  frainte  et  mes  escus  tous  quas 
„et  mes  cevaus  courans  ert  revenus  à  V  pas.  15 

„*mix  voel  jo  estre  oci  ancui,  vencus  et  mas 
,,que  g'isse  de  l'estor  saus  et  haitiés  et  cras. 
mSc  jou  ^enoie  au  roi,  armes  saines  et  drfls/ 
„et  vus  laie  morir  è  1'  val  de  Josafas, 
„mult  aroie  bien  fait  le  service  Judas.  20 

„li  rois  seroit  bonis  se  demain  estoit^  ars." 

Emenidus  a  dit:  „cor  i  aies  Calnus. 
„i.  des  xii.  pers  estes,  tant  vus  croira-on  plus; 
„et  dites  Alixandre  que  tout  somes  confus; 
„8e  tos  ne  nos  soscors,  mort  sont®  et  confondus;         25 
„quar  o  sa  gent  de  Gadres  nos  a  enclos  li  dus. 
„nous  somes  es  esprueve  et  il  sunt  au  desus." 
F.  18'   et  Caunus  li  respont  :  „ce8t  afaire  refus, 

„par  la  foi  que  vous  doi,  biau  sire  Emenidus; 

„quant  istrai  de  cest  camp,  n'en  i  remanra  plus,  30 

„8e  ne  sui  mors  u  pris  u  tomes  à  Y  desus."^ 

Emenidus  a  dit:  „ale8  i  Aristé, 
,Jà  a-il  tant  en  vous  vaselage  et  bonté. 
„tant  connoi  cel  ceval  sor  coi  vus  voi  armé, 
„que  ne  vus  bailleroient  tout  cil  qui  or  sunt  né,        .35 
^et  dires  Alixandre  que  tant  avons  aie, 

1)  #«tfi#.    2)  dêêirmre.    3)   «tii#.    4)  u  en  mm  éroê,    5)  »'###«••. 
6)  4omeê.     7)  dtjuê. 


ASSAUT  DB  TTB.  \Ql 

„se  tost  ne  nos  soscort,  mort  somes  et  entré. 
„8e  ne  1*  faites  pour  nons,  si  le  faites  pour  Dé 
„et  por  amor  le  roî  que  tant  nous  a  amé, 
»,se8  pales  et  s'ounor  et  son  argent  donné.'' 
et  cil  li  respondi:  „cà,  aves  bien  parlé.  5 

„ne  le  volroie  avoir,  sacies  de  vérité, 
„por  trestout  l'or  de  V  mont»  je  vus  dis  par  verte. 
„par  foi,  Emenidus,  mult  ai  le  cuer  iré, 
„quar  i.  des  plus  laniers  m' aves  ore  esgardé. 
„ales  i  vous  meismes  qui  l'aves  porparlé;  10 

^se  vous  me  veisscies  de  cest  besoig  torner, 
„ases  en  petit  d'eure  m*en  averies  gabé. 
„quant  aurai  l'escut  fraint  et  le  hauberc  fausé, 
„et  le  hiaume  en  c.  Uns  trancié  et  enbaré, 
„et  jou  aurai  le  cors  en  plusiors  lius  navré,  13 

„et  le  branc  acèrin  souillé  et  maillenté, 
„se  dont  vois  è  V  mesage  que  or  m'aves  rové. 
,,ne  dira  pas  li  rois,  Dans  Clins  et  Tholomé 
>,qu'il  m'en  voient  parti  comme  couart  prouvé. 
,jou  n'en  prendroie  mie  tout  paradis  à  gré,  20 

„par  fi,  que  jou  n'euise  en  cest  besoig  esté.*' 
Quant  voit  Emenidus,  por  nient  se  travalle; 
que  pour  lui  ne  feront  qui  vaille  une  maaille, 
Antigonun  apiele  qui  fus  (nés)  de  Soraille. 
„vus  ires  è  Y  mesage,  sor  cel  ceval  d'Arcage  25 

„qui  plus  vait  de  randon  qu'esprivers  après  quaiUe; 
„n'a  plus  isnel  ceval  desi  en  Comuaille. 
„et  dites  Alizandre  à  cest  besoig  ne  faille; 
„se  tos  ne  nos  soscort,  je  ne  1'  tieg  mie  à  faille, 
„ne  trouvera  è  1'  camp  ne  le  grain  ne  le  paille.'*         30 
et  cil  11  respondi:  „or  oies  devinalle; 
„ain8  ert  mes  aubers  rous,  par  desus  la  ventaiUe, 
„et  jou  navrés  è  1'  cors,  par  dalès  le  coralle, 
„si  que  jus  à  la  tiere  me  coulera  l'entraille. 
„mius  voel  estre  avoec  vus  en  iceste  bataille  35 

„qu'enperere  de  Roume,  ne  rois  de  Comuaille. 
,Jou  remanrai  è  Y  camp  et  vus  qucrres  ki  aille." 
Emenidus  d'Arcade  Antigonun  apiele: 


102  ASSAUT  DE  TYR. 

„yus  ires  è  V  mesage,  sour  baucant  de  Castel 
„qm  pius  cort  de  randon  que  ne  vole  arondele; 
„n'a  plus  isniel  ceval  jusc'as  puis  de  Tudele. 
„et  dites  Alixandre  qui  mainte  gent  caiele; 
„se  tos  ne  nos  soucort,  mal  torne  la  roiele;  5 

„n'en  trouvera  mais  i.  en  ceval  ne  en  siele/' 
et  cil  li  respondi:  „or  oies  grant  faviele. 
„ains  ert  mes  escus  frains  par  desous  la  mamele, 
„et  mes  haubers  ronpus  par  desor  la  forciele, 
„et  aurai  de  mon  branc  sanglante  la  lemele  10 

„et  sour  l'arcon  devant  se  gira  ma  boviele, 
„lors  noncerai  à  T  roi,  à  Tir  sor  la  gravele. 
„dehait  ait-il  sans  moi,  qui  couart  ne  m'apele." 
F.  19*       Emenidus  d'Arcade  en  apela  Sanson. 

„c'or  i  aies,  dit-il,  gentius  fins  à  baron.  15 

„et  dites  Alixandre  qui  fu  fius  Felippon, 

„qu'il  nos  viegne  souscorre,  à  coite  d'esporon; 

„quar  l'empire  de  Gadres  nos  enclôt  à  bandon, 

„et  sunt  bien  xxx**;  à  itant  les  esmon." 

et  cil  li  respondi:  „vus  parles  en  pardon.  20 

,Jà  sui-je  tous  armés  et  tien  men  confanon, 

„désiran8  de  ma  tiere  dont  li  rois  m'a  fait  don, 

;,et  atent  le  batalle,  désirant  *  jà  l'aron. 

„et  or  aile  è  1'  mesage,  à  guise  de  garçon; 

„mius  voel  estre  tomes  à  grant  confusion  25 

„que  g'ise  de  l'estor,  se  mors  u  navrés  non, 

„et  Touuors  en  ert  notre  que  nos  bien  le  veron  ;  ' 

„u  nous  i  morons  tout,  de  verte  le  savon." 

quant  Tôt  Emenidus  si  baise  le  menton 

et  regratte  le  roi,  '  Tholomé  et  Clincon.  30 

„quant  vus  laissai  as  loges,  mult  oi  sens  de*  bricon. 

„hui  partirent  à  glaves^  li  xii.  compagnon.*' 

et  Betis  lor  escrie:  „tot  estes  mort,  gloton. 

,Jà  guerpires  le  proie,  nos  le  vus  calengon; 

„de  racat  n'en  prendroie  nesune  raencon.  35 

„tout  perderes  les  testes,  jà  n'aures  garison.** 

1)  vêmie  ei.    2)  êi  que  nouê  Uê  vainenm.     3)  rëgrete  ii  dwf.    4)  m 
fis  que,     5)  yarHront  à  ^aivê. 


ASSAUT  DB  TTR.  103 

Or  voit  Emenidus  la  cose  si  venue, 
ne  puet  mais  remanoir  sans  batalle  férue, 
la  gent  le  duc  BeUs  soveni  tabors  et  hue, 
et  la  première  esciele  est  por  férir  meue; 
son  neveu  en  apele,  car  li  besoins  l'argue.  5 

de  plus  bel  chevalier  n'i  ert  mes  cancons  oue/ 
ne  dite  en  nule  cort,  en  place  ne  en  rue, 
ne  de  gaires  millor,  tant  ait  esté  seue. 
fins  est  de  sa  seror,  Aiglente  d'ArvoIue 
qui  tient  en  mariage  le  roi  de  Blancenue,  10 

le  val  et  le  montagne  de  tous  biens  rapeue.' 
en  mainte  tiere  estoit  sa  biautés  conneue 
et  plus  est  esgardée,  plus  est  bêle  veue. 
„nies,  dist  Emenidus,  tout  li  cors  me  tressue. 
„puisque  ma  proière  est  si  vilment*  perdue,  15 

,Jà  ert,  se  Dex  ne  Y  fait,  notre  jens  desrompue. 
„8ire,  c'or  i  aies,  ounors  vus  soit  creue 
„et  la  moie  vus  soit  hui  quitement  rendue; 
„boinement  le  vus  doins,  que*  vous  querres  aiue.** 
et  li  vasaus  respont  parole  aperceue:  20 

„sire  oncles,  trop  sui  jouenes,  ce  sades  sans  falue. 
„*  poi  seroit  ma  parole  devant  roi  entendue 
„Deu  ne  place  que  tiere  vus  soit  par  moi  tolue; 
„la  moie  vus  otroie  dont  la  gens  est  cremue; 
,je  ne  voel  pas  premier  corner  la  recreue;  25 

„rices  cuers,  se  saves,  au  besoig  s'esvertue; 
„hui  soit  cevalerie  entre  nous  maintenue, 
„par  vus  et  par  vos  armes  gardée  et  détenue; 
„que  notre  gent  en  soit  por  le  mont  cier  tenue.' 
„enter  vus  me  tenrai,  o  ceste  lance  ague;  30 

,Jà  honte  n'i  ares,  se  mors  ne  '  me  remue.'' 

Quant  nul  de  cens  ne  puet  nul  bon  consel  trover,^ 
des  biaus  ious  de  son  clef  commença  à  plorer 

1) /eue.  2)  revéêluê,  S)  i  êêt  proeeeêverê  etête  geni.  4)  m.  5)#ifif« 
/«  gens  Betiê  en  êoU  taiêana  et  mue  par  vuê  et  par  noe  armée  matée  et 
confondue  et  notre  ^en»  en  eoit  par  nos  miex  maintenue.  6)  ee  je  ne, 
7)  quant  voit  Emaniduê  pti  tant  fait  à  ioer  pt*en  nui  éê  ces  né  puet 
nul  eoneei  reeovrer        ftti  s'en  voeiie  partir  por  iee  auiree  eatver. 


104  A3BAUT  DE  TYR. 

et  le  roi  Aiixandre  forment  à  regreter. 
„a!  frans  rois  deboinaire,  qui  tant  nos  sius  amer; 
„tes  pales  et  ton  or  nos  soloies  donner 
„et  tes  bêles  rikecces  à  cescun  présenter, 
F.  19^   „et  tout  cou  que  li  Deu  ^  te  laisent  conqnester.  5 

, Jamais  ne  te  verons,  je  Tos  bien  afremer;' 
„et  Dex!  com  grant  soufrance  ai  hui  de  Tholomer 
„et  de.Clincon,  le  conte  ki  fait  les. rens  tranler; 
„et  jou  ne  puis  ici  nul  chevalier  trouyer 
„qui  le  yoist  dire  au  roi,  por  ceste  jent  sauTcr/'  10 

à  une  part  de  1'  camp  commence  à  esgarder, 
et  yit  i.  chevalier  desous  i.  arbre  ester. 
Corineus  ot  à  non,  isi  Toi  noumer; 

*  povre  hom  est  d'avoir,  mais  de  coraje  est  ber, 

et'  estoit  descendus  por  son  cors  conraer;  15 

durement  se  penoit  de  sen  cief  bien  armer, 
quar  il  voloit  le  jor  ceus  de  Gadres  grever 
'  et  l'ounor  Aiixandre,  s'il  pooit,  aleuer, 
s'ire  et  son  mautalent  desor  ans  détorner. 

*  nies  est  Emenidus,  com  11  ot  fait  conter,  20 

*  mais  le  verai  estoire  le  me  revelt  falser, 

*  car  n'ot  onques  neveu,  fors  Pieron  de  Monder. 
Emenidus  l'apiele,  ki  biel  savoit  parler. 

„de  ceste  gent,  fait  il,  te  voel  merci  crier. 

„sire  par  te  francise,  pense  d'aus  délivrer.  25 

„se  tu  fais  cest  mesage,  près  suis  de  Tafter, 

„que  encor  t'en  ferai  de  1'  bon  roi  mercier, 

„et  grant  masse  donner  de  l'or  d'outre  la  mer, 

„et  t'en  saront  bon  gré  trestout  li  xii.  per. 

et  11  vasaus  respont:  è  Y  vus  voirai  rouver.  30 

„8e  je  sui  povres  hom,  ne  me  deves  gaber; 

„hom*  ne  doit  povreté  laidement  reprover. 

„mai8  le  povre  et  le  viel,*  cel  devroit-on  trover;' 

9,quar  à  paine  est  si  preus  c'on  le  voelle  ^  ounorer. 

„8es  œvres  ne  li  fait  à  nul  bien  atomer;  35 

„par  promese  d'avoir  me  voles  vergonder, 

1)  €friu.    2)  afrm9r.    3)  or  m«  Mêie*  têUr,    4)  iiti#.  ^  5)  fot»r«# 
€êt  viU.    6)  Hier,     7)  doté. 


A88AUT  OB  TTR.  105 

„mai8  itant  ce  respit  yons  yoel-jou  demander, 

„que  me  laies  les, las  de  mon  elme  fremer, 

„et  moifter  è  Y  ceval  qui  tant  fait  à  loer. 

,,en  apriës»  yos  envi  de  l'estour  endurer/' 

Emenidus  respont,  qui  mult  fist  à  loer:  5 

„et  par  icele  foi  que  doi  le  roi  ^  porter, 

„ce  sacies  tout  de  voir,  si  l'os  bien  afler, 

„quant  partirai  de  V  camp,  n'i  voiries  demorer. 

„se  souscors  voles  querre,  autre  i  convient  aler/' 

Emenidus  respont:  Dex  vus  laist  bien  ouvrer.  10 

„par  bon  cuer  i  remains,  je  ne  t'en  doi  blasmer.*' 

Emenidus  esgarde  par  mi  i.  camp,  à  destre; 
i.  chevalier  apiele,  qui  miudres  ne  puet  estre; 
cousins  germains  estoit  Aride  de  Valestre. 
il  li  dist:  biaus  amis,  por  Dieu  le  roi  celestre,  15 

„di  le  roi,  va  vers  Tost,  lès  cel  bruel  à  senestre, 
„que  nos  viegne  souscorre  en  cest  camp  nostre  mestre. 
„onques  mais  n'acointastes  isi  félon  apestre; 
„tous  li  miudres  de  nous  vorront  or  estre  à  nestre, 
„et  tous  li.  plus  hardis  voiront  mius  as  gués  estre."      20 
—  n'irai  mie,  fet  cil,  qui  qui  s'en  doie  irestre. 
„se  en  cest  mien  escu  ne  vol  ains  tel  fenestre, 
„que  bien  saura  li  rois  que  miudres  ne  puet  estre; 
„et  li  cevaus  sor  moi  n'a  pas  aie  en  destre, 
„ne  li  cans  dont  je  perc  n'est  pas  jus  d'abalestre.''       25 

Emenidus  esgarde  desous  i.  olivier; 
descendu  vit  à  tere  i.  povre  chevalier, 
sa  siele  r'avoit  mise,  recaingle  sen  destrier, 
n'avoit  enfiamble  lui  seijant  ne  chevalier, 
il  ot  ebne  et  escu  et  espée  d'acier;  30 

n'avoit  de  toutes  armes,  car  n'es  pot  esliger; 
F.  19*  et  celés  furent  teles  s'il  les  vosist  laier, 

jà  frans  hom  par  nature  fie  les  deust  baillier. 
gros  fn  par  les  espaules  et  le  viaire  ot  fier, 
et  grailes  par  les  flans  et  les  par  le  braier;  35 

blonde  ceveleure  et  longe  por  trecier, 
et  grant  aforceure  por  le  mius  cevaucier. 
i)  je  doi  Biêu. 


106  ASSAUT  DE  TYR. 

Emenidiis  l'esgarde,  qui  tant  fist  à  prisier 
et  dist  entre  ses  dens,  coiement  sens  noisier. 
se  cis  ayoit  proecce,  bien  sanle  clievalier; 
por  fil  d'empereor  ne  1'  convenroit  cangier. 
mais  s'il  le  conneust,  il  Teust  forment  cier.  5 

fins  fu  de  sa  seror,  il  l'eust  forment  cier. 
Daires  Tavoit  tenu  xiiii.  ans  prisonier; 
petis  i  fu  portés  por  son  père  ostagier; 
escapés  lor  estoit  à  l'entrée  de  Jenyier. 
en  l'ost  le  roi  de  Grese  est  venus  avanfier,  10 

encore  n'i  connoist  haut  home  ne  princier. 
Emenidus  l'apiele,  se  1'  priçt  à  acointier: 
,,amis,  en  cest  mesage  vus  volroie  envoler. 
„c'or  i  aies,  por  Dieu  et  por  vous  consillier, 
„et  dites  Alixandre,  s'il  nos  yenoit  aidier,  15 

„c'onqueB  en  i.  seul  jor  ne  pot  tant  gaegner 
,,com  de  se  gent  souscorre  et  pour  ceub  damagier» 
,,qu'il  nos  quident  ancui  mult  fonnent  enpirier. 
„n'ayes  pas  bones  armes,  remanoir  ne  vus  quier; 
„por  cou  que  cest  mesages  ne  yoellies  espioitier,  20 

„yu8  ferai  c**  d'or  donner  au  repairier, 
'„dont  pores  acater  et  hamas  et  destrier.'* 
hi  cil  li  respondi,  bêlement,  sans  tencier: 
„biaus  sire  chevaliers,  ne  m'en  deves  proier; 
„cierte8,  onques  ne  vit  Alixandre  d'AIier,  25 

„ne  jou,  par  tel  parole,  ne  m'i  voel  acointier. 
„enyoies  i  plus  rice  qui  mius  sace  plaidier; 
,Jà  Dex,  se  jou  i  vois,  ne  m'en  lest  repairier. 
„par  foi,  je  ne  fui  onques  en  grant  estor  plenier; 
„en  cestui  me  voirai  or  en  droit  essaier.  30 

„bien  tos*  vus  u  autrui  i  puis  avoir  mestier; 
„se  je  n'ai  bones  armes  à  Testor  commencier, 
,Jou  aurai,  se  Deu  plest;  millors  ains  i'anuitier; 
„et  d'une  autre  parole  me  voel  ore  enficier. 
„que  jà  Dex  ne  ^arise  le  mien  cors  d'encontrier,  35 

„se  de  r  estor  partir  me  vees  hui  premier; 
„mult  aurai  grant  essone,  se  primerains  n'i  fier/' 
Emenidus  d'Arcade  fu  enbrons  et  pensis, 


ASSAUT  DB  TTR.  107 

quant  voit  que  de  Y  mesage  li  est  cescuns' escis. 
l'aighe  des  ious  li  file  tout  contre  val  le  Tis; 
bien  voit»  s'il  n'a  soscors,  n'en  estordera  vis. 
devant  loi  vit  armé  i.  chevalier  de  pris; 
c'est  Caunos  de  Milaite  c'on  claime  Menalis;  5 

armes  avoit  plus  blances  que  ne  soit  flors  de  lis. 
EmenidiiB  li  apele»  à  proier  li  a  pris 
qu'il  voist  dire  Alixandre  à  Tyr,  qu'il  l'a  asis, 
que  mult  tos  le  souscore»  car  à  mort  est  aquis. 
cil  entent  le  parole,  d'orguel  a  fait  i.  ris  10 

et  li  a  respondu,  com  hom  maltalentis: 
,,par  foi,  Emenidus,  n'estes  pas  mes  amis, 
„quant  vus  de  cest  afaire  m'aves  ore  requis. 
„Dame  1'  Dex  me  confunde,  qui  est  poesteis, 
;,se  por  vus,  ne  por  houme  hui  cest  jor  me  honnis.     15 
F.  19'  ,Jà  sul-je  tous  armés,  or  m'en  aile  foitis; 
,je  ne  1'  feroie  mie  por  l'or  de  Miravis, 
„devant  que  mes'aubers  soit  rompus  et  malmis, 
„et  mes  cors  estroés  et  perciés  et  malmis. 
„li  rois  m'a  jà  Melans  otroié  et  promis,  20 

„Versgaus  et  Ivorie  et  trestont  le  pais, 
„et  trestoute  la  tiere  de  si  à  Mon  Senis. 
„qui  tel  fief  doue  à  honune,  bien  doit  ses  anemis 
„tant  soufrir  en  ester,  qu'il  en  aient  le  pis. 
„à  nule  riens  ë  1'  mont  n'est  mes  cors  ententis,  25 

„8e  à  mon  signer  non,  essaucier  nuis  et  dis. 
„quant  jou  suel  ë  1'  ceval,  ma  glave  ë  1'  feutre  mis, 
„8i  sui  aussi  seurs  come  fusce  en  paradis. 
„ainc  de  faire  mesage  encore  n'entremis, 
„ne  ne  ferai  hui  mes;  de  cou  soies  tous  fis.''  30 

Emenidus  d'Arcade  apela  Festion; 
cU  estait  d'Alixandre  des  mius  de  ma*  maison, 
ses  mestres  cambrelens;  en  escrit  le  trueve-on. 
„va-t-ent,  fait  il,  au  roi  de  cui  nos  fies  tenon; 
„hui  est  venus  li  jors  que  cier  le  deservon..  35 

„li  dus  Betis  de  Gadres  est  plus  fiers  d'un  lion, 
„es  nos  a  amenée  flëre  pourciession , 


108  ASSAUT  DB  TYR. 

„et  Dons  permet  *  à  faire  dure  confiession. 

„di  le  roi,  si  cevauce  à  coite  d'esporon, 

„resceue'  ses  amis  de  mort  et  de  prison. 

„se  tu  fais  cest  mesage,  s'en  aures  guerredon, 

„quar  votre  ame  en  sera  là  sus  è  V  ciel,  à  mon.  5 

„tu  ies  priés  de  ta  mort,  que  de  fi  le  savon;' 

„trop  estera  mesciès,  s'ensi  nos  conbaton,* 

„se  n'i  Tient  li  bons  rois  de  qui  nos  fies  tenon. 

„les  vies  et  les  cies,  sens  raencon,  perdron; 

„mais  è  1'  fier  de  sa  lance  gist  nostre  garison.  10 

„puis  que  il  me  ramembre  de  la  soie  façon 

„et  des  rices  proecces  que  veir  i  siut-on, 

„si  me  croist  mes  corages  vers  ce  peule  félon, 

„et  m'est  sempres  avis  que  à  tort  les  douton, 

„conmient  que  il  nos  aient  ci  trové  à  bandon.  15 

„mius  Toel  estre  tomes  à  grant  confusion, 

„que  li  cans  soit  guerpis,  si  c'a*  eus  ne  joustons.*' 

et  li  vasaus  respont:  or  aves  dit  raison; 

„quar  tant  que  jou  arai  si  entir  mon  blason; 

„et  le  hauberc  è  1'  dos  et  le  baume  en  son,  20 

„ne  partirai  de  l'camp;  si  verai  le  tencon 

„dont  li  couart  seront  en  mult  maie  ficon  ;  ^ 

„or  soies  en  porvance,  ne  soies  en  fricon;  * 

„se  il  sunt  mius'  de  nous,  tent  bien  les  requerron 

„que  par  les  premeràins  caus  derier  detrion.^  25 

„nous  sommes  tout  eslit  et  conneut  baron, 

„et  privé  Alixandre  qui  nous  a  fait  maint  don. 

„bien  est,  quant  Dex  le  vint,  que  mérite  en  aion, 

„et  de  vivre  et  de  mort  à  l'ounor  entendon, 

„si  que  notre  oir  n'en  aient  vilaine  retracon,  30 

„ne  11  rois  n'en  ait  honte,  de  qui  nos  fies  tenon, 

„ne  vers  n'en  soit  cantés  de  mauvese  cancon. 

„en  tant  lui  ont  été  porté  no  confanon, 

„que  il  n'est  pas  or  drois  que  nous  espoenlon. 

„soions  de  cou  confort  et  si  nos  afremon, 

1)  promet,    2)  reseoe.    3)  iu  voê  fuerre  no  vit,  9%  nouo  i  miendrom. 
4)  ain*  e'à,    5)  frieon,    6)  ooiono  0#|rerrter  ei  il  ooient  fuucon,     7)  fluê 

8)  MMOtOfl. 


AMAOT  DB  TTR.  109 

„qaar  de  trop  douter  mort,  n'en  vient  se  honte  non. 
„Bs  premerains  s'en  fuie,  qni  trop  doute  prison; 
„qui  muert  por  son  signor,  o  Deu  ot  mansion.* 
F.  20*   »nos  amis  Alixandres  que  nous  bien  connisson, 

„s'il  nous  aime  de  cuer,  à  1'  ferir  le  veron.'*  5 

et  li  dus  lor  escrie:  tout  i  more  gloton, 

„tout  guerpires  la  teste,  nos  le.  tus  calengon. 

„de  racat  en  ores  nesune  raencon, 

„YUS  perderes  les  testes,  pardesons  le  menton." 

Emenidus  d'Arcade  voit  le  duc  aatir'  10 

de  grans  mellées  faire,  de  durs  esters  sofrir, 
et  voit  as  premerains  les  fors  eacus  saisir, 
et  les  hanstes  defrasne  palmoier  et  branlir,'    . 
et  voit  tant  confanon  contre  solel  jesir,* 
tant  elme  vert  et  cler  ilueques  resplendir,  15 

et  tant  ceval  corant  à  la  tiere  tentir,  ^ 
ces  moieniaus  sonner  et  ces  tabors  .bondir,  ** 
résonner  ces  Talées  et  ces  tertres  tentir; 
la  plus  fière  os  ^  de  Y  mont  s'en  peuist  esfreir. 
Aristes  de  Balestre  sist  sor  Béart  de  Tir,  20 

dont  il  ot  abatu  Ladinet  de  Montir. 
Emenidus  Fapiele,  o  plour  et  o  souspir. 
,,a!  sire,  car  penses  de  ceste  gent  garir; 
„n'i  voi  or  mes  soscors,  se  m'en  voles  falir. 
„tel  m'ont  hui  de  1'  mesage  respondu  lor  plesir,  25 

„qui  en  seront  anqui  trop  tart  au  repentir." 
„le  quel  nos  vient  mius  faire,  u  atendre  u  fuir?" 
et  li  vasaus  respont:  des  or  me  puis  hair, 
„puis  que  on  ne  me  vint  au  besoig  sostenir; 
„et  nequedent  bien  doi  à  tel  home  obéir.  30 

„onques  miudres  de  vus  ne  puet  lance  tenir, 
„por  vous  et  por  le  roi  qui  tuit  devons,  servir, 
„et  por  ceu  que  ci  vois  en  essai  de  périr. 
„te  mesage  en  ferai  et  Dei  m'en  lest  joû-: 
„mais  ains  verai  mon  ehne  enbarer  et  quoisir,*  35 

•  O  «  M  mmton,  2)  iêê  Qriuê.  3)  ènnufir.  4)  «iwimtre  moni  krvAr 
6)  frémir.  6)  Imf  ricé  cor  JPivoir  90uner  «I  rêiwtir.  7)  euerê,  8)  fmf 
fle0ii#  mtendu,  tttrt  êêram  à  F  eoiêir,    9)  eroiHr» 


110  ASSAUT  DE  TYR. 

„et  mon  escu  percier,  mon  aubère  desartir, 

„et  le  sang  de  mon  cors  à  grans  rendons  iscir, 

„le  suour'  desor  moi  d'aighe  suor  convrir. 

„sans  yeraies  ensegnes  ne  voel  le  camp  guerpir; 

„ne  m'en  devra  nus  hom  gaber  au  départir,  5 

„ne  li  rois  trop  blasmer,  se  à  lui  puis  venir/' 

de  ii.  pars  s'entrefièrent  par  mervillous  air. 

Mult  furent  preu'  11  Griu  et  bien  s'en  confortèrent.' 
tost  descendent  à  pié,  communalement  s'armèrent; 
lor  poitraus  ont  restraint,  lor  cevaus  recainglèrent ,        10 
*lor  guices  acorcièrent  et  lor  resnes  noèrent» 
ensegnes  et  pignons  sor  lor  lancés  fremèrent; 
lor  escus  à  lor  cos,  sor  les  cevaus  montèrent 
estroitement  cevaucent  et  sagement  errèrent,* 
et  dist  li  i.  à  l'autre:  „les  bones  œvres  perent;  15 

„les  paroles  sunt  bêles  à  cens  ki  bel  errèrent"* 
là  fu  grans  li  mescies  ù  li  Griu  asamblèrent, 
à  l'empire  de  Gadres  quant  ensamble  ajostèrent; 
c'or  ne  sunt  que  vii.  c.  et  cil  xxx^  erent 
à  premeraines  jostes  forment  i  mescîèreni;  20 

d'un  de  lor  millors  homes  cel  jor  se  desevrèrent, 
dont  en  icel  besoig  plus^  se  desconfortèrent 
Alixandre  le  jour  maintes  fois  regretèrent; 
quar  il  erent  si  poi  que  à  paines  i  perent, 
por  quant,  tant  i  esturent,  que  cier  le  conparèrent.      25 
as  espées  trancans  grans  cos  s'entredonèreni 
tant  fièrent  as  premiers  que  der  le  conparèrent, 
ne,  au  partir  de  Y  camp,  l'uns  l'autre  ne  gabèrent 
A  l'asambler  des  Grius  jousta  premiers  Sanson, 
F.  20^   désirans  de  sa  tiere  dont  li  rois  li  fait  don.  30 

il  et  11  dus  Betis  brocent  des  esporons; 
si  grans  cols  s'entredonent,  baisiés  les  confanons, 
que  li  hauberc  fausèrent,  si  en  ciet  li  blasons. 
Sanses  brisa  sa  lance,  s'en  volent  li  tronçon; 
et  li  dus  le  feri  iriés  comme  lion,  35 

que  desous  le  mamele  li  copa  le  rognon, 
toute  plaine  sa  lance,  l'abat  mort  de  l'arcon; 
1)  cêvai.  2)  froi.  3)  mott  M  «e.   4)  êêièrmti.  6)  ouvrèrent,  6)  pui0. 


ASSAUT  DB  TTR.  \l\ 

outre  s'en  est  passés,  si  joins  que  1.  faucon. 

par  contraire  li  dist:  „à  1'  plet  estes  semons, 

„dont  jà  par  bouce  d'omme  jugement  n'en  orons. 

„hui  sara  Alixandres  que  de  rien  ne  l'amon, 

„et  li  sires  de  Tyr,  ke  de  tous  le  vengon.  5 

„ne  tenres  en  sa  tiere  ne  cité  ne  dognon.'' 

Là  grande  fu  li  os  ù  Sanses  fù  caois 
et  jut  mors  à  la  tîere,  sor  son  escu  tous  frois. 
là  Teiscies  les  Grius  courecous  et  destrois; 
Emenidus  le  pleure,  si  se  pasme  trois  fois;  10 

boinement  le  regrete,  s'en  depece^  ses  dois: 
,Ôentius  rois  Alixandre,  jamais  ne  nos  yerois! 
„ahi,  que  n'estes  ci,  gentiu  sires  adrois! 
„en  Testeur  perillous  le  baron  vei^erois; 
„hui  perderons  les  cies,  que  defl  le  sacois«  15 

„Sanses  s'or  ne  tus  venge,  couars  sui  Grejois.''' 
par  air  esporone  le  ceval  es  caumois;' 
si  se  met  en  Testour  que  tous  i  fù  estrois,^ 
et  fiert  Salehadin*  qui  sire  est  de  lor  lois, 
arcevesques  de  Gadres,  ausi  noirs  comme  pois.  20 

l'escine  li  tranca  et  l'escu  de  manois; 
par  desous  la  mamele  romt  de  liiauberc  iii.  plois. 
de  la  mort  de  Sanson  fu  de  lui®  pris  li  drois, 
et  li  Griu  se  ralient  et  plevisent  lor  fois 
que  l'uns  ne  faura^  l'autre,  tant  soit  de  mort  destrois.  25 

Salatins  rint  armés  sor  liart  Blancemaille 
i.  ceval  séjomé  qui  fu  fais  à  Valfaoe. 
aine  ne  gosta  d'avaine,  lait  boit  et  car  c'en  sale; 
li  portier  l'ont  torse  et  moulu  en  le  paille. 
Salatins  fu  i.  Grius  et  tint  la  cité  d'Ale;  30 

près  est  de  la  mer  rouge,  encor  tort  et  avale 
rien  ki  avoit  sens  fler,  ne  d'egre,  ne  escaille. 
li  Grijois  le  conquisent,  ce  n'i  a  tour  ne  sale. 
Salatins  esporone  et  tint  la  dté  d'Ale 
i.  chevalier  de  Grese  et  tint  la  tour  d'Augale.  36 

parmi  le  gros  de  1'  pis  son  espiel  li  avale. 

1)  dêtart.    2)  «f  «iiiIomV.    3)  tm  etUmoiê.    4)  deêtroiê,    5)  Saiêêan- 
6)  i  fii  iuêê,    7)  Urirm. 


112  ASSAUT  DB  TTR. 

es  vous  une  esciele  de  noire  gent  et  pale; 
dars  portent  et  saaites,  ains  hom  ne  vit  itale. 
tous  jours  sunt  en  Testor  de  férir  communalle. 

Ceus  apieloient  ki  portent  les 

les  dars  et  les  ssgaites  qui  tant  erent  isneles;  5 

ains  que  li  Griu  les  voient^  lor  criement  lor  premeles 

et  as  plusiors  des  nos  espandent  les  bovieles. 

Perdicas  et  Liones  sordent  d'une  vauciele; 

de  toute  lor  compagne  qu'il  n'avoient  si  bêle, 

n'ont  CGC.  chevaliers  ki  messoient  en  siele.  10 

Emenidus  escrie:  c'or  i  feres  caiele. 

„encor  hui,  se  Deu  plest,  ores  autre  noyele. 

„as  espées  trancans  i  feres  en  la  prese/' 

Des  Gadrains  et  des  Grius  est  remes  11  estris 
si  fiers  et  si  estons,  jà  n'en  sera  desdis,  15 

de  yii*  chevaliers  vers  m"-  eslis. 
F. 20"   ains  n'oistes  si  fier,  par  Deu  de  paradis; 

as  uns  en  est  U  miudres  et  as  autres  li  pis; 

li  force  est  à  Gadrains  et  li  foible  est  à  Gris. 

Gadrain  s'or  corent  sus,  li  Griu  fuit  à  envis  20 

et  cil  fièrent  des  lances  et  Griu  des  brans  forbis. 

lors  fu  grans  H  estors  et  fiers  11  capleis, 

et  li  caples  pesans,  et  grans  li  ferreis, 

et  la  noise  levée  et  esforciés  li  cris, 

et  la  poucière  esparse  et  li  vens  s'i  est  mis,  25 

et  la  calors  mult  grans  et  li  solaus  aigris. 

de  lances  et  de  brans  fu  grans  li  féreis; 

là  fu  tans  escu  frains  et  tans  aubères  croisis, 

et  mains  elmes  quasés  et  mains  escus  malmis, 

mainte  sele  vrenie,  et  mains  cevaus  finis,  30 

ses  règnes  traînant,  de  signor  desgamis. 

Calnus  vint  à  l'estor,  c'on  claime  Menalis; 

l'escu  porte  en  cantiel,  la  lance  è  Y  feutre  mis. 

ses  escus  fu  d'asur  et  li  lions  brunis 

de  sinople  et  d'asur,  que  il  samble  estre  vis.  35 

Calnus  point  par  l'estor,  de  bien  faire  pensis; 

il  fu  par  les  Gadrains  preus  vassaus  et  esUs; 

hardement  et  proecce  dont  il  estoit  saisis. 


ASSAUT  DE  TTR.  j|3 

li  font  faire  tel  cose  dont  parlé  ert  tous  dis. 

i.  neveu,  Gardiien,  de  la  serour  Bietris, 

Tait  férir  ai  grant  cop  en  l'escu  d'asur  bis, 

que  11  haubers  de  V  dos  ne  li  vaut  ii.  tapis. 

de  Fanste  une  grant  toise  li  met  parmi  le  pis;  5 

tant  durement  l'abat  très  en  mi  le  lairis, 

que  l'arme  part  de  1'  cort  et  cil  remest  à  lis. 

puis  en  reflert  tes  iii.,  les  testes  ont  guerpis; 

jamais  par  i.  des  iiii.  ne  sera  L  conquis. 

cil  n'en  porent  gaber,  se  Sanses  fu  ocis.  10 

Calnus  point  par  l'estor,  de  bien  faire  pensis, 

por  la  mort  de  Sansen  courecos  et  maris; 

par  courons  i  a  fet  maint  poindre  bien  en  pis. 

ausi  doutent  ses  cols  comme  fait  li  brebis 

les  grans  leus  famillous,  par  verte  le  vos  dis.  15 

Antigonus  li  preus  vet  par  l'estor  poignant, 
*  lance  droite  sor  feltre  et  l'escu  tint  avant; 
les  langues  de  Tensegne  vont  au  vent  bauliant. 
bien  samble  cheyalier  hardi  et  conbatant; 
emperere,  ne  rois  nul  millor  ne  demant,  20 

que  il  i  fauroit  tos,  se  il  Taloit  cacant. 
Antigonus  de  Grese  qui  le  cors  ot  vallant, 
muet  à  i.  Arrabi  qui  les  rens  vet  cercant, 
les  compagnes  roiaus  forment  afebloiant; 
iiii.  lor  en  a  mors  d'un  poindre  maintenant,  25 

et  cil  n'en  cist*  vers  lui  qui  ne  le  doute  i.  gant; 
ains  arieste  à  i.  fet,  car  ceval  ot  tirant. 
Antigonus  le  fiert  de  1'  roit  espiel  trencant, 
si  grant  cop  en  l'escu,  à  fin  or  reluisant, 
que  par  desor  l'escu  fent  les  ais  d'olifant.  30 

li  aubers  de  son  dos  ne  li  valu  i.  gant, 
ne  vo  fis  par  le  cors  le  confanon  bagnant;' 
tant  com  anste  li  dure,  l'abati  sovinant; 
quant  li  lance-  est  brisié,  recouvré  a  le  branc. 
Antigonus  s'es  fiert,  en  le  prese  plus  grant;  35 

cui  il  ataint  à  cop,  il  n'a  de  mort  garant; 
f)  kroeê.    2)  par  mi  iiu  de  êon  eorê  va  Feêfial  guiaiU, 


114  ASSAUT  DE  TYR. 

tant  i  a  cos  férus  et  derière  et  devant, 
que  pas  ne  le  tenront  de  férir  por  enfant. 
F.  20"*       Antigonus  li  preus  sist  sor  i.  ceval  cras. 
armés  vint  à  l'estor  desor  i.  ceval  cras; 
mais  plus  qu'esmerillons  ne  vole  haut  ne'  bas ,  5 

ne  li  yasaus  desus  ne  sambloit  mie  las, 
mais  fiers  et  coragous;  proecce  ot  en  ses  las. 
lance  ot  et  forte  et  roide,  à  i.  fier  de  Damas; 
tant  com  cevaus  pot  corre,  vet  férir  ens  è  1'  tas, 
ens  en  la  grignor  prise,  à  tel  done  Judas  10 

en  Tescu  de  son  col  qui  fu  fais  à  coupas, 
que  par  mi  li  fendi  son  aubère  et  ses  dras. 
è  r  cors  li  mist  la  lance,  mais  je  ne  vus  di  pas 
qu'il  remagne  es  arçons,  ancois  vole  tos  plas, 
si  durement  à  tiere,  qu'il  li  brisa  ses  bras;  15 

mius  peust  bargigner  à  le  sale  à  baudas. 

Andrones  sist  armés  et  galope  son  frain, 
*rarme  droite  sor  feutre  et  Tenarme  en  la  main; 
as  rices  gamimens  ne  sanla  pas  vilain, 
onques  plus  biaus  n'en  ot  ne^  fins  de  castelain;  20 

si  s'afice  es  estriers  qu'en  croisent  li  lorain, 
et  a  point  le  ceval  qu'il  ot  délivre  et  sain; 
et  il  li  vait  plus  tos  que  cers  ne  cacé  dain. 
i.  amiral  encontre  devant  lui,  en  i.  plain; 
*il  tint  tôt  le  pais  environ  flun  Jordain,  25 

Galafres  ot  à  non  et  fu  fins'  Godevain, 
i.  félon'  Beduin,  de  tiere  Micovain.* 
la  gent  de  sa  contrée  manjuent  peu  de  pain, 
lait  boivent  de  camel  et  à  soir  et  au  main, 
sa  lance  ne  fu  mie  de  sap  ne  de  fusain,  30 

mais  une  cane  roide,  norie  en  son  train,' 
bien  loié  de  cuir  de  cievrol  u  de  dain; 
li  fiers  en  trance  plus  que  faus  qui  soie  fain. 
des  hommes  Alixandre  ot  ocis  L  Roumain''' 
et  L  conte  abatu,  tôt  envers  ens  è  Y  plain;  35 

mais  il  sera  vengiés  de  son  cousin  germain, 
car  Andrones  le  fiert  en  l'escu  tôt  de  plain, 
i)wuê.  2)  fuOermmtn.  3) Fmnirui.  4) MtOomin.  5)  m êûêiêrmm.  6)tfOfiMMtfi. 


ASSAUT  DE  TTR.  ]15 

de  si  rice  verta,  que  tranca  le  clavain. 

le  cuer  li  a  copé  à  l'acier  soverain; 

tant  com  anste  li  dare  l'abat  mort  ens  è  1'  plain; 

le  cors  li  lait  sanglent  et  de  l'arme  tôt  vain. 

Corineus  sist  è  1'  bai  c'a  Ceseraie  ot  conquis,  5 

si  com  bons  chevaliers  coragous  et  hardis; 
des  esporons  le  hurte,  es  grans  eslais  est*  mis; 
de  si  grant  aleure  com  vait  li  Arabis, 
en  le  prese  est  férus,  de  bien  faire  peusis; 
fiert  i.  mult  rice'  neveu  à  1'  due  Betis.  10 

si  grant  cop  li  dona  en  l'escu  d'asur  bis, 
que  li  haubers  de  1'  dos  ne  li  vaut  ii.  tapis, 
que  ii.  toises  de  l'anste  ne  li  enbate  è  1'  pis. 
mort  l'abat  de  l'afcon  h  respent  li  vernis.' 
cil  ne  s'en  pol  garder  se  Sanses  fu  ocis.  13 

Aristes  de  Yalestre  vet  par  l'estor  plenier 
et  fu  mult  bien  armés  sor  i.  corant  destrier, 
tieste  et  col  et  crépon  couvert  d'un  pale  cier; 
lance  ot  roide  sor  feutre,  à  loi  de  bon  guerrier, 
dont  li  fiers  trance  plus  en  l'anste  de  pumier;  20 

les  langes  de  l'ensegne  fait  à  1'  vent  balliier. 
le  cors  ot  bel  et  gent  et  le  corage  fier; 
ains  ne  veistes  homme,  mius  sanlast  chevalier. 
*  durement  se  penoit  de  Gadrains  empirier; 
arme*  n'avoit  durée  encontre  son  acier,  25 

et  fiert  i  rice  Turc,'  neveu  le  duc  Gaifler, 
qiie  pardesous  le  boucle  li  fait  l'escu  percier 
et  l'auberc  de  son  dos  derompre  et  desmallier. 
par  mi  le  cors  li  fait  le  confanon  baignier, 
*si  que  de  l'autre  part  en  peut-on  voir  l'acier.  30 

F.  21*   tant  com  anste  li  dure,  li  fait  siele  widier; 
cil  conpere  Sanson,*  qui  que  doie  anoier.^ 
lors  conmience  li  rens  sor  destrier^  à  espessier, 
tant  escu  estroer,  tante  lance  brisier 
et  tant  ehnes  quasé  et  tant  aubère  desmallier*  35 

1)  gaioê  l'a.   2)  et  fUrl  i.  ehêvaiiêr,    3)  ù  U  or 9  fu  a9êiê.    4)  «f  n'en. 
5)  rai  de  Bëêire,    6)  PirMi.    7)  /'  doiê  vmfUr.   8)  àêêtrê.    9)  à  ^ereiér. 

8* 


116  ASSAUT  DE  TYR. 

Arides^  laise  corre  que  n'ot  soig  de  tencier.' 

ens  en  la  grignor  prese  est  aies  acointier, 

et  vait'  Ëmenidus  mult  fièrement  aidier, 

sanc  et  cerriele  espandre  et  puins  et  pies  trancier, 

l'un  mort  deseure  l'autre  verser  et  trébucier.  5 

,,ha!  gentius  dus,  dist-il,  tant  faites  à  prisier. 

„gent  qui  tel  coneslable  ont  por  eus  ensegnier, 

„ne  se  derroient  mie  de  petit  esmaier; 

„mais  le  droit  lor  signor  vivement  calengier, 

„quar  teus  gens  à  destruire  ne  sunt  mie  legier.  10 

„li  cop  de  votre  espée  nos  font  tous  rehaitier, 

„quar  en  priés  votre  main  n'a  de  mire  mestier. 

„dehait  ait  qui  lait  est,  se  11  rois  vus  a  cier, 

„quar  nus  miudres  de  vus  ne  puet  lance  baillier.'' 

Quant  voit  Ëmenidus  de  la  gent*  ounourée,  13 

por  Tounor^  Alixandre  de  mort  abandonée, 
ne  por  mencies^  qu'il  ont  ne  doutent  la  mellée,* 
ne  vers  la  gent  de  Gades  ne  doutent  il  riens  née, 
11  dus  les  reconforte  au  trancant  de  Tespée; 
quar  contre  son  acier  n'a  nule  arme  durée,  20 

et  ferrans  11  cort  mius  toute  une  randonée 
qu'espreviers  ne  faucons  ne  vole  à  recelée, 
i.  Turc^  lor  a  trancié,  très  par  mi  l'eskînée, 
si  que  l'une  moitiés  est  de  l'autre  sevrée, 
la  mesnie  Betis  se  fu  dont  reusée;  23 

sortie  estoit  arrière  plus  d'une  arbalestrée. 
li  dus  fut  mult  aidans,  sa  lance  a  recouvrée; 
ains  que.  parte  de  1'  camp,  sera  ensanglentée 
et  la  mors  de  Sanson  cièrement  conparée, 
et  as  plus  orgillous  fièrement  acatée.  30 

d'un  senescal  le  duc  a  sa  gent  délivrée; 
cil  avoit  a  i.  poindre  mult  durement  grevée 
et  tenoit  Amistie,*  une  cité  fremée, 
de  r  tans  S.  Abreham  fu  desor  mer  fondée, 
tout  dusque  à  1'  lairis  ot  la  mer  aquitée.  33 

Ëmenidus  le  fiert  sor  le  large  listée, 

1)  MriëUë.   *l)  imr^er.    3)  ià  vint.   4)  Emêniduê  d^Aremff  vît  êa  geni. 
b)  amer  d\    6)  m%e9eié9,    7)  tu  s'enfuit  eëfrée,    8)  t.  due.    9)  DmnieU. 


ASSAUT  DE  TTR.  H? 

que  par  desour  la  boucle  li  a  fraiute  et  troée 
et  la  brogue  de  1'  dos  déroute  et  depanée. 
T.  pies  li  mist  è  Y  cors  de  la  lance  planée; 
tant  corn  hanste  li  dure  et  plus  une  tesée 
Tenporte  en  mi  le  camp  de  le  sele  dorée.  5 

la  mesnie  Betis  s'estoit  dont  rasemblée; 
seure  lor*  sunt  couru  et  font  une  tesée,' 
se  la  gent  Alixandre  ne  l'a  bien  encontrée, 
à  r  grant  mescief  qu'il  ont ,  ne  doit  estre  blâmée, 
lors  ont  estai  guerpi  et  place  remuée;  10 

dalès'  une  forest  là  s'est  toute  arestée. 
jà  fust  è  r  premier  poindre  la  batalle  finée, 
ne  fust  Emenidus,  à  la  cière  menbrée, 
qui  derière  eus  est  mis  à  le  lance  acérée, 
et  a  tant  le  grant  fais  et  la  prise  endurée,  13 

si  que  par  une  fois  a  lor  cace*  arestée; 
mais  l'ensegne  Alixandre  n*i  fa  pas  oublié; 
ancois  a:  Macidone,  par  ii.  fois  escriée. 
l'ensegne  qu'il  escrie  en  la  selve*  ramée 
F.  2t*   que  li  Grijois  avoient  d'autre  part  acostée,  20 

lors  a  tel  hardement  et  tel  force**  donée, 
tous  receurent  ensanle,  n'i  ot  resne  tirée. 
Aristes  de  Valestre  resanle*  Emenidon 
qui  souvent  lor  guencist,  sor  ferrant  l' Aragon, 
il  ne  flert  chevalier  qu'il  ne  ciete®  è  1'  sablon;  23 

ases  en  petit  d'eure  lor  a  fait  maint  péon. 
„e  Dex!  ce  dist  li  bers,  com  fait  cors®  de  baron; 
„com  pré**  a  bien  li  rois  assis  son  confanon; 
„quar  mult  a  grant  proecce  et  fort  sans  traison. 
„en  œvre  et  en  parole  set  bien  garder  raison,  30 

„ne  por  nul  chevalier  ne  cange  son  arcon; 
„dire  puet  que  li  somes  trop  mauves  compagnon; 
„por  doute  de  morir  avons  fait  mesprison. 
„se  r  savoil  Alixandres  de  qui  nos  fies  tenon, 
„demain'serien  tout  geté**  de  sa  maison.  35 

1)  9ore  tt.  2)  huée,  ^)  duê^u'à.  4)  que  tresiote  lor  caee  a  par  forcé. 
5)  ei  la  hroille.  6)  eeurté,  7)  réêsarde.  8)  qui  ne  voist.  9)  eief.  10)  com 
far.     11)  boni. 


118  ASSAUT  DE  TYR. 

„et  se  jou  ne  V  souscor,  jà  n'ait  m'ame  pardon/' 

à  tant  broce  li  ber  le  bai  de  Carion 

qui  de  Castiele  fu  tramis  roi  Feiippon. 

ciers,  ne  bise/  ne  dains,  quant  ist  de  sa  saison, 

ne  se  tenist  à  lui  quant  il  vet  de  randon;  5 

et  fiert  i.  chevalier  ki  tient  Cafarnaon, 

que  Tauberc  li  tranca  très  par  mi  le  blason, 

et  les  vaines  de  V  cuer,  res  à  res  le  pomon, 

que  vers  le  cieP  en  volent  ambedoi  li  talon; 

et  li  Griu  recouvrèrent  ambedoi  li  baron'  10 

que  ferir  les  alèrent  en  le  grignor  foison. 

tost  ont  li  abatu  paie  lor  raencon, 

qu'il  n'i  aient  ostage,  se  de  la  teste  non. 

li  ceut^  entre  pies  se  tienent  por  bricon, 

ne  sevent  de  lor  cors  nesune  raencon.*  15 

La  ù  li  Griu  recuevrent,  fu  li  caples  mult  grans 
et  selonc  le  mescief  la  bataille  pesans, 
et  li  home  Alixandre  feroient  bien  des  brans; 
bien  voient  qu*il  ne  sunt  pas  per  ne  à  tans  quans;* 
ne  i.  ne  s'enfuirait  por  i.  mui  de  besans,  20 

qu'il  cuidascent  bien  estre  plus  vil  et  recréant; 
mais  il  douent  grans  cos  des  espées  trancans.^ 
Emenidus  d'Arcade,  li  preus  et  li  vallans 
les  sostient  et  conforte  et  si  lor  est  garans; 
lor  est  murs  et  desfens  et  lor  recouvremans.  25 

com  se  tient  de  sa  proie  li  gentius  faus  volans, 
plus  est  pénis  des  autres,  hardis  et  conbatans, 
et  cremus  en  batalle  et  sor  tous  endurans. 
quant  il  voit  i.  des  Grius  saisi  entres  pasans, 
lors  cort  à  se  rescouse,  com  père  à  ses  enfans;  30 

il  trestome  el  guencist,  car  plus  tos  va'ferrans 
que  quarriaus  en  enblée,  envoies  par  serjans; 
quar  n'ot  si  bon  ceval  es  Grius  ne  es  Gadrans, 
fors  que  seul  Bucifal  qui  sor  teus  est  courans, 
volentier,  et  penier,  et  isniaus,  et  soufrans;  35 

1)  iM  eiêvrea:.  2)  eief.  3)  fror  iêi  maiison.  4)  em#.  5)  coiirot  ne 
gariëon,  6)  p^arel,  ne  tant  ne  qutmi.  7)  maie  mvli  ee  vendent  kien  li  che^ 
vaiier  vaillant,        car  eaeeune  abati  Turc,  Paien  u  Pereant. 


ASSAUT  DB  TTR.  119 

il  ot  roide  la  bouce,  si  ne  fu  pas  tirans;* 
partout  est  à  mesure,  ne  petîs,  ne  trop  grans, 
com  cil  qui  tous  passoit  les  fors  et  les  baucans; 
quar  onques  n'ot  si  bon  ne  rois,  ne  amirans. 
Griu  se  vendoient  cier  envers  les  mescréans,  5 

quant  lor  saut  une  esciele  devers  les  desrubans; 
plus  forent  de  vii.»  as  vers  elmes  luisans. 
lors  oisies  grant  noise  de  Turs  Arabicans, 
cors  d'arain,  buisines,  tous  en  tentist  li  cans. 
F.  21*       Issi  comme  li  Griu'  orent  place  guerpie,  10 

Emenidus  les  tint,'  k'il  n'aillent  à  folie, 
et  commande  et  defent  qu'il  ne  facent  folie, 
quant  lor  sort  une  esciele  de  1'  règne*  de  Nubie, 
plus  forent   de  vii."  de  celé  gent  hardie;* 
n'i  a  cel  n'ait  roiele  et  fort  cane  brunie,  15 

et  teus  i.  ot  ensegne  de  soie  d'Aumarie; 
mult  i  ot  de  leur  lois  fière  cevalerie. 
Salatins  les  conduist  qui  les  Griu  n'aime  mie; 
onques  nus  jouenes  homn'ot  grignor  signorie,* 
c'or  ne  prise  cor  d'omme  vers  le  sien  une  aillie.  20 

à  r  cief  de  rouge  mer  avoit  berbegerie, 
une  cité  mult  noble,  asasée  et  garnie; 
Clere  fu  apelée  quant  ele  fu  bastie. 
tant  estoit  rice  et  noble  entor  la  pescerie 
que  toute  repaiscoit  4a  tiere  de  Surie.  25 

*  mais  or  l'  ont  Crestien  déserte  et  essilie. 
Salatons  vorra  faire  premiers  ceste  envaie,^ 
tant  forment  le  requiert  et  par  tele  envaie; 
quar  l'asembler  des  gens  en  i  brait  mult  et  crie, 
la  mesnie  le  roi  fut  mult  afoibloie,  30 

quar  grant  besoig  avoient  de  soucors  et  d'aie; 
jà  fust  an  premier  poindre  la  bataille  finie, 
ne  fust  Emenidus,  à  la  chière  hardie, 
qui  derier  eus  s'est  mis  o  le  lance  enroidie, 
de  plus  de  c.  en  a  la  campagne  widie;  35 

i)  eië  est  tenres  en  boee^  se  n'Mf  mie  tirant,  maie  isnel  ei  de  livre 
et  en  preese  hait&nê.  2)  Ture.  3)  ei  H  Griu  se  retraienU  4)  d'une  gent» 
5)  héÊiê,    6)  eeieiie,    7)  eevaierie. 


120  ASSAUT  DB  TTR. 

grant  hardeinent  lor  done  quant:  Macidone  escrie; 
cou  qu'il  avoit  de  gent  ensamble  lui  ralie. 

Sor  liart,  blance  taille  vint  poignant  Salatins, 
baus  de  Grius  desconfire ,  tous  les  tint  à  frarins. 
onques  puis  ne  fu  nés  plus  cointes  *  Beduins  ;  5 

ses  escus  fu  couvers  de  il.  oendaus  porprins. 
o  le  fer  de  sa  lance  fu  ocis  i.  mescins; 

*  cil  ert  parens  Pilotes  et  ses  germains  cosins 
onques  ne  V  pot  garir  li  haubers  doblentins, 

que  tous  n'en  fust  sanglens  li  bliaus  osterins;  10 

puis  en  ot  sa  déserte  corn  d'Abel  ot  Gains, 

car  Licanors  le  fiert  qui  près  fu  ses  voisins, 

à  mont,  de  sor  son  elme  ù  cler  luist  li  or  fins, 

que  dusqu'à  la  cerviele  but  li  brans  acerins. 

Pilote  tint  Tespée'  et  fu  sor  Telme  '  enclins,  15 

*  et  vit  mort  son  parent  qu'à  tiere  gist  sovins; 
bonement  le  regrete  et  depecce  ses  crins. 

por  le  mort  de  Y  vallet  commença  li  hustins 

dont  le  jor  fu  perciés  mains  pelicons  hermins, 

et  li  estors  conunence  lès  le  bos  des  sapins;  20 

des  mors  et  des  navrés  fu  jonciés  li  cemins. 

Lincanors  et  Pilotes,  doi  homme*  mult  vallant, 
d'une  œvre*  et  d'un  corage,  et  n'erent  pas  d'un  grant; 
Pilotes  estoit^  Ions,  ce  trovons  nous  lisant, 
et  alis  chevaliers,  mais  ^  plusjtel  ne  damant.  25 

Lincanors  ot  cler  vis,  à  cière  sousriant, 
uns  dansiaus  amourous  et  joie  démenant, 
plus  espes  et  plus  fort  et  menre®  en  estant; 
armé  d'une  coulour,*  venoient  à  rens  brocant. 
lor  escut  sunt  vermel;*®  en  cantiel  de  devant  30 

ot  cescuns  i.  lion  à  fin  or  reluisant; 
lance  roide  sor  feutre,  et  confanon  pendant. 

*  Lincanors  sist  è  Y  bai  et  Pilotes  ferrant; 
ostoirs,  n'esmerillons ,  ne  fauconciaus  volans 

ne  vont  mie  si  tos  à  Toisiel  randonant,  35 

com  viennent  à  l'estor  li  destrier  remouvant. 

1)  si  rie€9.  2)  vint  armés.   3)  sor  son  destrier.  4)  frères,   h)  orirt. 
0)  est  plus.  7)  nui.  8)  milâres.   9)  tôt  d'un  smUsnt    10)  eseus  ont  de  «MMyp|«. 


ASSAUT  DB  TTR.  121 

Lincanors  vait  férir  Miutamar  le  tirant/ 
que  des  vaines  de  1'  cors  li  sans  yermaus  espans, 
F.  21*   raort  l'abat  de  V  ceval,  que  V  virent  li  auquant. 
et  Pilotes  féri  i,  neveu  l'amirant 

de  Tripe  en  Barbarie,  Corbin,  le  fil  Balant.  5 

les  armes  que  il  porte  ne  li  valent  i.  gant; 
si  vilment  Tabat  mort,  com  i.  petit  enfant, 
de  cel  cop  s'esmaièrent  li  preudome  sacant,' 
et  cil  de  Babilone  en  furent  esmaiant. 
plus  d'une  arbalestrée  les  vont  si  reusant,'  10 

ne  truevent  chevalier  envers  ans  retornant; 
trestous  li  plus  hardis  vet  devant  lui  fuiant. 

Pestions  sist  armés  sor  i.  Amoravi;^ 
couvera  fu  d'un  cier  pale,  onques  millor  ne  vi; 
ii.^  lions  de  fin  or  avoit  tissus '^  en  mi;  15 

et  li  vasaus  fu  preus,  si  ot  le  cuer  hardi. 
^  il  embraca  l'escu  et  la  lance  altresi; 
à  l'estraindre  des  armes  li  cevaus  tressali, 
et  fiert  i.  rice  Turc^  que  es  autres  coisi. 
cil  avoit  en  l'ester  Lincanor  aquelli,  20 

et  ci  cargié  de  1'  cop  que  li  cevaus  chai  ; 
mais  cil  l'en  vengiera  qu'il  tenoit  à  ami. 
tel  li  done  en  l'escut,  frait  li  ot  et  parti, 
et  l'auberc  de  son  dos  derout  et  desarti. 
ë  r  cors  li  mist  la  lance,  à  tout  le  fier  bruni,  25 

si  que  (de)  l'autre  part  à  tiere  le  flati.' 
cil  fu  mors  à  dolour  et  maint  autre  autresi;^ 
il  ne  s'en  pot  gaber,  se  Sanses  fu  ocis. 
tes  le  plora  anqui,  qui  ains  en  avoit  ri. 

Armé  de  rices  armes  et  de  mult  rice  atour,  30 

desor  i.  sor*  baucant,  vint  Caunus  à  l'estour; 
hui  mais  se  contenra  i  loi  de  poigneour. 
ses  escu  fu  à  or,  entrais*^  d'une  couleur, 
fors  è  r  cantiel  devant,  ot  asise'*  une  flor. 
lance  roide  sor  feutre  porte  par  grant  vigor;  35 

1)  VAufrictmL  2)  ê'esfreéreni  li  Tttre  et  li  Persant  3)  reculant. 
4)  Armoravù  5)  t  et  il  sut,  6)  due,  7)  de  l'  ceval  Vahaii.  8)  fiit  que 
crie  merci,     9)  r«t'r.     10)  entière.     11)  d^aeur. 


122  ASSAUT  DE  TYR. 

s'ot  confanon  tout  blanc  qui  fu  à  l'aumacour; 

en  droit  lui  ne  sunt  mie  li  Gadrain  à  sonjour/ 

n'ont  pas  après  ses  cos  de  mire  grant  loisour. 

i.  amiral  encontre,'  se  i'  fiert  par  tel  vigour 

que  li  trence  Tescu,  sor  le  cantiel  au  tour.  5 

è  r  cors  li  mist  le  fier,  o  le  clere  brunour, 

si  que  de  l'autre  part  en  vit-on  le  suour;' 

mort  l'abat  sans  parler  de  V  ceval  coureor. 

la  lance  vole  en  pièces,  com  i.  rains  sans  vredor; 

ce  ne  fu  mie  cos  d'aprentic  vavasour.*  10 

puis  a  traite  l'espée  et  guencist  vers  les  lor; 

cui  il  ataint  à  cop,  n'a  de  mie  loisor. 

ausi  conune  les  bestes  fuient  p  . . .  '^  le  pastor , 

les  mena  i.  grant  poindre  li  gentius  vavasor. 

Liones  fa  armés*  sour  i.  ceval  norois ,  15 

il  fu  trestous  ^  armés  sor  i.  pale  Grijois, 
bendés  ^  tout  environ  de  bendes  à  orfrois  ; 
por  cou  c'auques  Tama,  li  ot  donné  li  rois, 
sor  le  fier  de  sa  lance  ot  confanon  Turcois, 
de  mult  bêle  façon,  et  de  coulour  indois.  20 

une  mance  ridée,  plus  blance  que  n'est  nois, 
ouvrée  ricement  d'un  drap  Antigonois, 
ot  li  ber  en  son  branc,*  à  guise  de  François, 
en  l'escu  de  sen  col  fiert  Maudras  le  cortois;^® 
vesques^*  ert  de  Faros  et  sires  de  lor  lois.*'  25 

li  escus  de  son  col  ne  li  valu  i.  pois, 
c'une  toise  de  l'anste  o  le  pignon  d'orfrois 
F. 22*    li  met  par  mi  le  pis;  cui  soit  tors  ne  qui  drois; 
mort  l'abat  des  arçons  à  fin  or  Espagnols, 
outre  s'en  est  passés,  nus  ne  li  fait  sourdois;  30 

*  ne  fist  pas  lonc  séjor,  oUre  va  de  manois; 

*  branc  ot  il  en  sa  main  d'un  acier  Yerdunois; 
il  ne  tira  sen  frain ,  s'ot  abatu  tous  trois  *  ^ 

qui  mais  ne  li  metront  le  pais  en  *^  defois. 

1)  séjour.  2)  te  frinee  dêCorinU.  3)  la  luour,  i)joëUor,  5)  devant. 
6)  vtfif  oê  rené.  7)  eavere  éPun  krun.  8)  krodéê.  9)  hrae.  iO)  Haidare  t. 
Tureoiê.  11)  ftit  êire.  12)  visquent  de  Rehaie.  13)  i^en  ol  akaiu  irai». 
14)  rice  tere. 


COMBAT  DE  PERDIGAS  ET  D'AKIN. 

€1  Mme  m%  mmwn  Perdlemi  ta»  Aklu  le  fli  d'un  r«l ,  en 
le  pla»  ffr»nfie  b»tiillle« 

I  erdicas  voit  les  gens  et  les  Grius  *  asambler , 
s'ot  buisines  et  cors  et  moiiemaus  corner,' 
et  voit  maint  confanon  desploier  et  moustrer, 
et  maint  bon  cheyalier  de  férir  aprester, 
et  les  anquans  frémir,'  et  les  plusiors  douter;  5 

en  soi  acoragier  a  grant  cose  à  penser, 
c'or  de  mains  se  peust  i.  couars  esfréer. 
les  bons  voit  par  les  rens  et  venir  et  aler, 
les  i.  poindre  à  eslais,  les  autre  galoper, 
les  i.  férir  d'espées  et  les  autres  jouster.  10 

armés  sist  è  V  liart  qui  tant  fist  à  loer; 
biaus  fu  et  preus  as  ^rmes ,  plus  qu'on  ne  puist  esmer. 
ens  en  la  grignor  prese  fait  le  ceral  entrer, 
et  Sert  i.  chevalier,  tant  com  puet  randopner, 
et  estoit  fins  d'un  roi,  Aquin  Toi  noumer.*  15 

ë  r  règne  as  Arabis  n'avoit  tel  bacelier; 
onques  ne  1'  pot  escus  ne  li  haubers  tenser, 
ne  face  fier  et  fust  par  mi  le  cors  paser. 
mort  l'abat  des  arçons,  c'ainc  n'en  pot  relever; 
si  n'ot  loisir  i.  mot  de  sa  bouce  parler.  20 

outre  s'en  vet  poignant,  sans  plus  à  demorer, 
le  branc  nu  en  sa  main  que  biel  savoit  porter; 
cui  il  ataint  à  cop,  ne  puet  vis  escaper, 
ne  li  toile  le  teste,  sans  plus  à  demorer; 

1  )  Grhêê  dé  ii.  pare.    2)  #1  ot  timbres  saner.    3)  servir.   4)  des  ftitiwi 
fieje  nmrlêif  Hokêx  l'oi  nomer. 


124  COMBAT  DE  PERDIGAS  ET  D'AKIN. 

et  faisoit  pies  et  puins  encontre  yenl  voler, 

et  les  quins  de  lor  elmes  à  le  tiere  hurter. 

plus  d'une  arbalestrée  fist  son  poindre  durer, 

crains  ne  V  vil  chevalier  envers  lui  retorncr, 

quant  ses  cevaus  cai,  à  sen  frain  soustirer,  5 

à  l'entrée  d'un  rivot^  ù  dut  outre  paser; 

de  il.  pies  i  entra,  si  le  convint  tumer. 

cil  de  Gadres  s'esforceni  desous  lui  à  i*  capler; 

le  lor  acointement  li  convenist  conprer, 

quant  Emenidus  vint  le  vasal  délivrer.  tQ 

plus  lonc  qu'on  ne  poroit  une  piere  mer, 

devant  trestous  les  autres  a  fait  les  rens  tranler. 

teus  iiii.  chevalier  lor  fait  désafeulrer; 

li  plus  povres  avoit  iii.  castiaus  à  garder. 

u  il  voelent  u  non,  les  a'  fait  remonter;  15 

en  itel  connestable  se  doit-on  bien  fier. 

Lincanors  et  Pilote  vont  poignant  par  Testor 
F.  22^   et  sunt  andui  li  frère  armé  d'une  conlor. 
Alixandre  réclaiment  le  rice  empereor: 
„*  ahi  com  grant  sofraite  avon  bui  de  signor.  20 

„Tbolomer  et  Clincon,  ne  saves  le  dolour 
„que  li  baron  de  Grese  aront  bui  icest  jor. 
„vu8  venissies  mult  tos,  amé,  en  mi  l'eslor.  ' 
„*  s'amenissies  o  vous  secors  de  rice  ator."" 
Lincanors  vait  férir  i.  des  flus  Salator;  25 

le  cief  sor  les  espaules  en  a  pris  à  cel  lor. 
es  vous  Ginobocet,  le  frère  Maumacor; 
sire  estoit  de  Milaite*  et  s'en  avoit  i'ounor; 
onques  en  la  contrée  n'en  ot  malvais  signor. 
de  près  le  vet  férir,  o  le  branc,  par  irour;  30 

et  avoec  lui  jostèrent  tel  m.  conbateour. 
n'i  a  cel  qui  de  lui  ne  tiegne  grant  ounour, 
et  li  sires  fu  rices  et  de  mult  grant  valour; 
en  la  tiere  d'Aufrike  n'ot  tel  sortiseor. 
souvent  pertes  et  joies  et  tristours.  35 

cil  a  féru  Pilote  en  l'escu  paint  à  flor; 
sa  lance  fu  mult  fors  et  il  vait  par  vigor 
1)  rivoiël.     2)  si  l'a.     3)  t  venissies  bien  oins  la  nuit  à.     4)  TVuU/. 


COMBAT  DE  PBRDICA8  BT  D'AKIN.  125 

è  l'esiraindre  des  armes  et  à  Y  fais  de  V  contor, 

â  cou  que  li  cevaus  ot  tant  soufert  le  jor  ; 

li  abat  desous  lui  *  le  destrier  missaudor , 

sour  le  haoce'  senestre  cei  com  une  tour;' 

entre  lui  et  la  tiere  le  tient  tant  à  loisor,  5 

r'onques  de  soi  aidier*  ne  pot  ayoir  loisour. 

*  sor  Pilote  s'aretent  maint  fil  de  yavasor; 

*  contre  tere  le  fièrent  sor  i'escu  paint  à  flor, 

*  as  espées  li  sont  de  mort  présenteour  ; 

cil  crie:  Macidone,  que  Toirent  plusior;  10 

jà  li  poront  aidier,  se  il  en  ot  loisor.* 

Li  Griu  oent  Tensegne  Alixandre  crier; 
por  souscorre  Pilote  i  ceurent  iiii.  per, 
Perdicas  et  Lione  et  Lincanors  li  *  ber, 
Emenidus  d'Arcade  qui  ne  se  Tot  celer.  15 

là  veiscies  les  gens  entor  lui  asamblec; 
asses  en  poi  de  terme  ^  les  peust-on  nonbrer.  ^ 
là  veiscies  des  brans  tant  ruste  cop  douer, 
ahii  com  grand  damaje  que  li  Griu  sunt  si  cler; 
à  tel  esfort  kil  orent ,  les  •  fisent  relever  ;  20 

à  r  caple  des  espées  sus  en  estant  lever.  ^^ 
cil  de  Gadres  s'airent,  quant  le  virent  monter 
en  si  petit  de  terme;  com  durent  relever,  ^* 
hastiement  guencient  et  vont  à  eus  joster. 
jà  com  venra  à  1'  faible  le  plus  fort  conparer,  25 

ne  r  porent  li  Grijois  lonjement  endurer, 
vers  eus  convient  guencir  u  de  Tester  torner. 

Por  secoure  Pilote  sunt  li  Griu  asamblé; 
là  veiscies  des  brans  tant  ruste  cop  doné. 
Emenidus  d'Arcade  a  i.  grant  poindre  outré;  30 

l'amiral  de  Calone*'  a  si  bien  contré/* 
le  cief  sor  les  espaules  eii  a  à  1'  branc  sevré, 
cil  s'arestent  sor  lui  que  mult  l'orent  amé; 

1)  mkmt  entre  Mes  quisëes,  2)  gamhe.  3)  se  giet  sor  i,  roeor,  4)  «lé 
rtuMmter.  5)  là  i  porra  bien  perdre,  ëHl  n'a  eecore  des  ior,  6)  Caulue 
ki  fu.  7)  tere.  8)  irover.  9)  à  V  copie  des  eepéee  le,  10)  à  tanl  d^ effort 
fu'H  areui  le  firent  reiorner,  U)  car  U  par  êtmi  et  poi  &on  le^,  peuet 
nowtkrer.     12)  dEeemlene.     13)  encontre. 


126  COMBAT  DE  PBRDICAS  ET  D'AKIN. 

à  loi  de  jentil  homme  l'ont  plaint  et  regreté, 
et  li  Griu  entre  tant  ne  sunt  pas  oublié; 
par  force  r'ont  Pilote  sus  è  1'  ceval  monté, 
cou  qu'il  fu  abatus  est  à  peu  conparé; 
de  venger  son  anui  a  bien  le  cuer  membre.  5 

Emenidus  Tasist  è  Y  destrier  abrièvé; 
ausi  com  l'espriviers  qui  yole  à  recelé, 
départ  les  esturniaus  qui  pasturent  è  1'  pré, 
desront  Emenidus,  par  flère  poesté, 
la  force  des  Gadrains  û  mius  sont  entassé.  10 

Emenidus  d'Arcade  qui  fu  plains  de  fierté, 
en  sa  main  tint  le  branc  dont  maint  cop  ot  doné; 
celé  part  ù  il  tome,  sont-il  tout  esfrée, 
de  conduire  son  cop  a  cescuns  volenté  ; 
cil  qui  ancois  pooit,  li  a  cemin  livré.  15 

au  départir  d'un  Turc  qu'il  avoit  mort  jeté, 
le  fiert  i.  Arrabis  qui  derrier  l'ot  visé, 
d'une  cane  mult  fort  ;  o  le  branc  acéré  * 
le  blanc  aubère  li  a  ronpu  et  depané , 
et  le  ceval  ausi  par  mi  le  cors  navré, 
si  que  de  l'autre  part  a  tout  le  fier  pasé;  20 

la  lance  brise  è  1'  pis,  qui  muit  l'a  engané. 
il  meismes  l'a  trait,  car  rouit  avoit  fierté, 
puis  a  celui  de  près  o  le  branc  asèné 
desi  que  es  espaules'  l'a  fendu  et  copé; 
de  son  bliaut  hennin  a  i.  pan  desciré;  25 

par  encontre  ses  plaies  en  a  son  cors  bendé, 
por  le  sanc  restancier  ki  en  cort  à  plenté. 
de  ses  conpagnons  crient  que  U  ne  soient  outré; 
quar  s'il  savoient  ore  de  son  mal  la  vreté, 
n'i  aroit  plus  sanlant  de  bien  faire'  moslré;  30 

lor  fin  atendroient,  de  1'  tôt  desconforté; 
quar  se  il  lor  défaut,  malement  ont  ouvré. 
N'ont  mie  li  Gadrain  conneue  l'ouvrage, 
comment  Emenidus,  à  la  cière  grifagne,* 
estoit  férus  è  1'  cors,  ases  près  de  l'entragne,  35 

1)  roiéê  è  i,  f$r,     2)  en  im  emniurê.     3)  eoimkmirê,    4)  d'Arf^ée  a  «M- 
ka§nê. 


COMBAT  DE  PBRDICAS  ET  D'AKIN.  127 

fors  seul  le  duc  Betis,  à  la  cière  grifagne, 

qui  yit  le  cop  férir  et  le  plaie  qui  saine.  ^ 

por  cou  que  sa  mesnie  le  tmeve  si  estragne, 

en  fu  lies  en  son  cuer,  n'a  droit  que  il  s'en  plegne; 

▼ers  lui  point  le  ceval  et  escrie  s'ensegne,  5 

et  commande  sa  gent  que  celé  part  s'estragne. 

Emenidus  seoit  sor  ferrant  d'Alemagne,^ 

et  nul  miUor  n'avoit  en  icele  conpagne; 

tint  l'espée  en  son  puig,  forgié  d'Alemagne; 

cel  jor  ne  li  donast  por  Tamor  de  Sardegne.  '  1 0 

ireement  cevauce  le  val  de  la  campagne, 

et  Betis  li  descent  de  Tcief  de  la  montagne. 

iluec  s'entrecontrërent  à  si  roale  bargagne, 

que  mult  en  pora  Tuns  poi  prisier  sa  gaagne, 

quar  ains  mius  ne  féri  Costentins*  àe  Bretagne,  15 

ne  cil  de  Durendal,  qui  fu  nies  Carlemaine, 

*  com  fait  Emenidus  qui  mal  talent  engraigne. 

Betis  n'a  si  fort  elme  que  eïitor  ne  li  fregne; 

n'il  n'a  tant  de  loisir  que  au  ceval  se  pregne. 

si  Ions  com  il  estoit,  mesura  la  campagne;  20 

qui  yist  se  contenance,  ne  desist  qu'il  se  fagne. 

teus  rais  li  saut  de  Y  nés ,  qui  son  bistire  ^  bagne  ; 

bien  li  aroit  mestiers  mies  qui  plaie  estagne, 

quar  cil  l'a  encontre,  qui  maint  home  mahagne. 

des  or  mais  est-il  drois  que  ses  orgius  remagne. 

Pour  secourre  Betis  furent  ses  gens  venues ,  25 

iii.  escieles  qui  sunt  d'un  tertre  descendus  ; 
en  la  mener  avoit  m.  lances  esmolnes, 
et  m.  canes  mult  roides  et  m.  espées  nues 
les  conpagnes  le  roi  ont  durement  férues 
et  laidies  forment  et  si  esconbatues,  30 

que  ferant  les  enmainent  matés  et  vencues, 
lès  i.  fiel  castieler,  vers  une  vielle'  rue. 
Emenidus  d'Arkade  ot  sa  règnes  perdues; 
à  r  guencir  vers  le  duc,  les  ot  certes  tenues; 
li  bouton  estendirent,  si  furent  fors  iscues;  35 

\)9migM,   2)  éê  Bretûpiê.  Z)  onor  fAptiImmê.    À)  Forêttmn,   b)  msage. 
6)  lotêë  une  groHê. 


128  COMBAT  DB  PBRDICAS  BT  D'AKIN. 

F.  22<*  et  ferrans  le  cort*  mius,  par  ces  conbes  agues, 
que  li  faus  monteniers  '  ne  yole  après  la  grue, 
cil  est  pis  au  cevai  que  li  cors  s'esvertue; 
ses  œvres  au  besoig  erent  bien  conneues. 
dalés  i.  boskeret  dont  li  rain  sunt  foUues,  5 

là  retint  son  ceval  dont  peines  ot  eues; 
ses  œgnes  ambes  ii.  a  iiuec  retenues, 
as  Gadrains  resunt  or  dures  paines  creues. 

Pour  secorrre  Betis  sunt  ses  gens  asamblées. 
iiii.  escieles  ki  sunt  d'un  tertre  dévalées.  10 

li  dus  monte  è  1'  ceval ,  règnes  ot  recouvrées  ; 
à  une  part  en  a  de  ses  gens  apielées, 
des  mius  de  sa  maison ,  que  il  ot  plus  amées  ; 
de  vengier  son  ami  les  a  amonestées, 
et  0  les  en  trova  très  bien  entalentées.  15 

Emenidus  d'Arkade  ot  ses  règnes  noées, 
*  et  remonte  en  ferrant,  sans  nule  demorées. 
la  mesnie  '  le  roi  trova  desbaretées , 
si  cum  bestes  de  bos  par  buisons  esfrées, 
que  li  véneor  ont  toute  le  jor  brisées;  20 

d'aide  de  signor  durement  esgarées, 
et  li  auquant  enfuient,  les  targes  endosées; 
les  escus  ont  guerpis  et  les  lances  gietées. 
lors  a  li  gentius  bon  groses  larmes  plorées; 
de  r  cuer  li  sunt  à  mont  è  V  viaire  montées,  25 

dont  s'escria  en  haut:  „deservons  les  sodées 
„que  nos  a  Alixandres,  par  maintes  fois,  douées. 
„mal  aroit  emploie*  ses  vins  et  ses  peurées, 
„ses  cars,  ses  venisons  et  fresques  et  salées, 
„ses  rices  dras  de  soie  et  ses  porpres  listées,  30 

„et  ses  biaus  gamimens^  et  ses  coupes  dorées, 
„et  ses  bêles  rikecces  que  nos  a  présentées, 
„se  ci  ne  sunt  por  lui  ses  proecces  mostrées. 
„por  nient  avons  lui®  tant  nos'  forces  doutées, 
„quant  nos^  millors  batalles  avons*  li  conraées.  35 

„toutes  sunt  desronpues,  vencues  et  matées; 

1)  ê'mftUi,   2)  moiardinê,    3)  le#  eowpagnêê.    4)  êêpiaitié.     5)  hmMx 
d^argent.    6)  aoe#  hui.     7)  hr.    8)  Mr  ior.    9)  avês. 


COMBAT  DE  PBRDICAS  ET  IVAKIN.  129 

^gardes  bui  vos  onors,  frances  gens  onorées; 
„hui  mais  verois  mes  cos  et  mes  pointes  doblées/' 

Mult  a  Emenidus  confortée  sa  gent; 
mais  bien  yoit  et  connoist  et  set  à  encient, 
que  plas  le  conyient  faire  que  dire  seulement;  5 

por  quant  s'il  ot  le  cors  sor  le  hauberc  sanglent 
dist  à  ses  conpagnons:  ^n'esrons  vUainement. 
»,seryons  notre  signor,  de  bon  cuer,'  ioialment, 
„qui  nous  soloit  douner  son  or  et  son  argent, 
„et  nos  promet  ounour  et  bien  nos  tient  convent;         10 
„et  quant  il  Ta  conquis,  se  V  donc  boinemenf. 
„se  por  paor  enfui,  mult  m'ira  malement." 
lors  ahurte  ferrant  qui  ne  ya  mie  lent; 
ne  s'i  tenist  à  cours  li  bruns  de  Boniyent,^ 
que  cheyaUer  prisoit  ses  xy.  pois  d'argent;  15 

jà  lor  fera  tel  cose  dont  il  erent  dolent, 
ens  en  la  grignor  prese  se  met  estroitement, 
ne  consuit  devant  lui  que  trestont  ne  cravent. 
la  force  de  Y  ceval  li  aida  durement, 
et  li  besoins  et  Tire  qui  Tatise  et  esprent,  20 

et  ses  corages  fiers  plains  de  grant  hardement. 
elas!  que  n'est  si  sains  com  à  1'  commencement, 
jà  fesist  à  Betis  i.  lait  asamblement, 
et  se  li  tolist  tiere  par  force  yoirement 
Emenidus  lor  fait  tel  encontre  souvent,  25 

F.  23*  li  plus  hardis  le  doute  et  le  crient  durement; 
enprès  ses  cos  remainent  li  plus  hardi  dolent; 
bien  doit  estre  preudons,  qui  vers  lui  se  desfent. 

Betis  et  li  Gadrain,  cil  de  sa  conpagnie, 
voient  la  gent  le  roi  et  le  vasal  qu'es  guie,  30 

c'onques  mais  tant  de  gent  ne  fist  tele  estotie,' 
comme  d'atendre  en  camp  si  très  grant  ost  banie. 
ses  homes  apiela  et  semont  et  castie, 
si  com  faire  le  doit  et  bêlement  lor  prie, 
et  dist  que  mult  est  lait'  de  tel  cevalerie;  35 

qu'il  ne  savoit  è  1'  mont  si  fière  baronie, 
et  por  L  peu  de  gent  le  voit  si  esfréie, 
1)  oiêitmë,  ni  f&rê  frMpM  de  vent    2)  esioltiê.    3)  /t««. 
U  m«iMM  rAUzaair*.  ^ 


130  COMBAT  DB  P£RDICAS  ET  D'AKIN. 

de  fuir  esbahis,  comme  beste  estordie; 
mais  qu'il  aient  d'un  seul  ior  force  départie, 
'  mort  sunt  trestout  li  autre,  ne  valent  i.  allie. 

„je  n*es  pris  pas  trestous  une  pume  pourie. 
„se  or  ne  m'i  falies,  jou  li  ferai  salie,  5 

„et  yeres  sour  son^  cors  mainte  lance  croisie.*' 
mais  ancois  qu'U  eust  sa  parole  finie, 
s'esciele  devisée  et  sa  gent  départie, 
retorne  Emenidus  qui  sa  règne  ot  guencie; 
en  mi  liu  de  sa  force  a  s*ensegne  coisie,  10 

et  cil  ki  le  portoit  est  i.  dus  de  Nubie. 
Emenidus  le  fiert,  autrement  ne  V  desfle; 
si  grant  cop  li  dona  que  ne  li  fait  aie 
ne  escus,  ne  haubers,  ne  cendaus  de  Rousie, 
qu'il  n'ait  parmi  le  cors  de  l'anste  une  bracie.  15 

jus  de  r  ceyal  l'abat,  s'a  le  siele  widie; 
tant  souef  i'abati  qu'il  ne  braist,  ne  ne  crie, 
puis  fiert  le  duc  Betls  vers  cui  n'ot  druerie; 
par  son  le  ciercle  à  or,  i.  poi  jouste  l'oie, 
tant  roidement  l'abat,  le  cière  en  a  laidie.  20 

outre  s'en  est  passés  qu'il  ne  s'ataija  mie; 
vers  le  bruel  est  tornés  h  durement  se  fie, 
por  les  Grius  garandir,  de  cui  il  ot  envie, 
grant  hardement  leur  donc  quant  Macidone  escrie; 
cou  qu'il  avoit  de  gent  avoeques  lui  ralie:  25 

Betis  resaut  en  pies,  com  bon  de  grant  poisance, 
et  remonte  è  1'  ceval,  sans  longe  demorance; 
car  il  estoit  des  siens  la  miudre'  recouvrance; 
onques  mais  en  estbr  ne  soufri  mesceance. 
il  esgarde  les  Grius  et  le  Ior  contenance;  30 

si  en  jure  les  Dex  ù  il  a  sa  créance  : 
se  li  home  Alixandre  sunt  tout  de  tel  vaillance, 
il  n'a  cité  è  1'  mont  ù  aient  coiitrestance. 
il  le  font  par  orguel,  ou  cou  est  grans  beubance, 
U  il  ne  sevent'  gaires,  u  il  le  font  d'enfance.*  35 

„s'or  n'es  fac  remuer,  mult  aront*  grant  poiscance.'' 
le  ceval  esporone  de  le  rue  de  France; 

1)  mon.   2)  li  milàre.    3)  «'aimeiU.   4)  dèfènee,   5)  tnrmi. 


COMBAT  DE  PBRDICA8  ET  D'AKIN.  131 

si  féri  Lincanor  qui  les  autres  avance; 
par  mi  le  cors  li  mist  le  coutiel  de  la  lance. 
Lincanors  trait  le  branc  qui  fu  fais  à  Valance/ 
et  flert  le  duc  Betis  sor  la  reconnissance,' 
devers  le  coste  destre,  sor  la  reconnissance;  5 

si  grant  cop  li  doua  que  sor  l'arcon  Tadance.' 
si  navrés  com  il  est  en  presist-il  venjance, 
quant  apriès  le  duc  ceurent  tel  m.  de  sa  cointance, 
que  tout  erent  si  home,  de  la  soie^  aliance. 
Caunu  ont  abatu  et  Ariste  d*Otrante;'  ^  10 

de  tous  XXX.  Grijois  i  ont  fait  desevrance, 
F.  23^   dont  li  rois  ara  ire  et  dolor  et  pesance. 

cil  de  Cadres  les  outrent  qui  en  ont  la  poisance;  ' 

li  conpagne  des  Grius  à  cel  poindre  balance; 

il  n'i  ot  si  hardi,  n'eust  de  mort  doutance.  15 

Par  l'ester  vet  poignant  li  nies  Emenidon, 
c'est  Pireus  de  Monflor,  à  le  clere  façon, 
qui  cuer  a  et  corage  et  cière  de  baron, 
ademetant  se  vet  sor  i.  ceval  Gascon, 
et  est  de  tous  endrois,  de  boine  afaitison.  20 

s'il  coneust  couart,  jà  n'oist  son  sermon, 
ne  ne  vot  retenir  les  'vers  de  sa  cancon; 
mult  ounora  vasal,'  par  vreté  le  dison, 
là  donna  son  avoir,  ù  furent  haut  11  don, 
tant  que  la  soie  ensegne  en  fu  de  grant  renon,  ,  25 

et  tout  si  anemi  en  mult  maie  fricon. 
sa  proecce  le  mist  en  maie  souspecon; 
tous  jors  voloit  par  armes  mostrer  tel  contencon, 
dont  chevalier  gisoient  par  tiere  et  par  sablon. 
si  droit  ne  voloit  mie  maturas,  ne  bovion,'  30 

com  cil  les  vet  férir,  destort  le  confanon, 
cens  qui  vers  AUxandre  mouvoient  le  tencon; 
quar  rouit®  l'ama  li  rois  et  tout  si  conpagnon. 
ses  oncles  en  faisoit  mult  sovent  orison, 
que  Dex  le  détornast  de  mort  et  de  prison.  35 

1)  à  muwrê  éé  Valmtee.  2)  en  Mme  Htnê  doianee.  3)  avmu:ê.  4)  de 
foie  êi  d\  5)  dé  Qwmee.  6)  /m  Aom.  7)  H  doit  né  voeieni  mié  materoé 
ne  Mion,    8)  fior  ce. 


132  COMBAT  DE  PERDICA8  ET  D*AKIN. 

de  sa  très  grant  proecce  vérité  en  diron, 

quar  tout  aves  oi  de  son  cors  le  façon. 

li  pié  furent  votic  et  pendant  li  talon: 

s'ot  large  forceure*  et  le  cors  par  raison: 

larges  pis  et  espaules;  s'ot  large  formison;  5 

les  bras  gros  et  quarrés,'  les  puins  gros  à  fuison: 

le  col  lonc  et  poli  et  formé'  le  menton: 

biele  bouce  riant  et  les  dents  environ 

ot  plus  blanc  que  yvores,  ne  que  os  de  poiscon. 

nés  séant  et  bien  fait,  sans  nule  mesprison:  10 

les  ions  ot  vairs  è  Y  cief,  à  guise  de  faucon, 

et  si  les  ot  rians  plus  que  la  fille  Othon 

qui  par  biauté.fu  dame  de  V  lignage*  Esciavon. 

adonques  li  poignoit  la  barbe  et  li  grenon; 

muU  li  avenoit  bien,  car  millt  en  sanloit  bon.  15 

et  teus  est  en  la  fin  de  sa  discrecion, 

que  vers  lui  estoit  lais  li  cors  le  fort*^  Sanson. 

e  Dex!  corn  bel  li  aient  si  doré  esporon, 

et  si  ebnes  à  pieres  qui  reluîst  environ. 

ses  escus  fu  tos  d'or,  n'i  ot  pas  vermillon;^  20 

lance  roide  sor  feutre,  et  vermel  confanon, 

et  fù  de  cuir  loié,  entour  et  environ, 

par  iiii.  fois  saudées  à  glu^  et  à  savon. 

li  fiers  en  trance  plus  que  li  faus  en  saison; 

qui  ataindre  le  vint,  de  le  mort  le  soumon.  25 

Li  vasaus  fu®  armés  sor  i.  ceval  isniel; 
ses  armes  li  avienent  et  mult  li  sient  biel; 
lance  roide  sor  fautre  et  Tescu  en  cantiel. 
le  ceval  esporone,  si  qu'il  li  fent  la  piel, 
et  cil  porprent  la  tiere  qui  plat  ot  le  musiel,  30 

le  piet  cauf*  et  coupée  plus  tos  vait  d'arondel; 
cel  jor  ne  le  dounast  por  tout  l'or  d'un  castiel. 
en  l'escu  de  son  col  va  férir  Gastiniel, 
qu'il  n  perce  et  porfent  par  mi  le  taint*^  novel,** 
et  l'auberc  li  fausa  qu'en  rompent  li  clavel.  35 

1)  emforeéure,  2)  et  granê  ei  fore.  3)  fuérré.  4)  roi«lm«.  5)  U 
fluê  M  f U0.  6)  ê'a  en  mû  un  iion,  7)  refuii  en  eirê,  8)  êist.  9)  réoni, 
10)  tranee  ie  vernie  et  raeur  fmt  luwel.     11)  rouei. 


COMBAT  DE  PBKDICAS  ET  IVAKIN.  133 

tout  le  fier  de  la  lance  sentirent  li  boyiel, 
F.  23*  si  que  par  mi  le  cors- passèrent  li  coutiel, 
et  lui  et  le  ceval  porta  ^  en  i.  monciel. 
l'arme  s'en  est  alée,  le  cors  lait  à  reviel. 

Li  vasaus  prist  sa  lance  que  à  tiere  li  brise;  .    5 

ne  fu  pas  esperdus,  car  mautalens  Tatise; 
le  main  met  à  Tespée  qui  fut  forgié  en  Frise, 
li  poins  en  estoit  d'or  à  lettre  bien  asise, 
.la  coulors  ne  fu  mie  trop  blance,  ne  trop  bise, 
mais  brune  et  verdoians;  de  Y  pumiel  se  devise.  10 

s*ele  fu  bonne  asses,  signes  ot  à  devise; 
quar  cil  l'ot  aporté  qui  en  son  cuer  se  prise, 
je  ne  di  pas  d'un  homme  qu'il  face  grant  ocise,' 
mais  teus  x.  en  trespase,  n'i  a  celui  ne  gise; 
et  cil  ont  as  Grijois  droite  trêves  démise.'  15 

Pirrus  fu  en  Tester;  si  cop  sunt  aparant; 
aine  hom  de  son  lignage  n'en  ot  cuer  si  vallant, 
ne  de  porter  ses  armes  corage  si  poissant, 
dé  millor,  ne  plus  biel,  ne  conte  nus,  ne  cant; 
quar  se  il  le  disoit,  il  n'en  aroit  garant,  20 

c'ainc  teus  de  son  eage  portast  lance,  ne  branc. 
Dex!  com  il  vait  les  rens  à  l'espée  trancant, 
le  grant  orguel  de  Cadres  desous  lui  confondant. 
Emenidus  le  vit,  s'en  ot  le  cuer  joiant; 
Lincanor  en  apele,  se  li  vet  consillant:  25 

„vees  de  mon  neveu,  com  se  vait  contenant. 
„qui  viut  bon  chevalier,  jà  millor  ne  demant; 
„s'il  encontrer  le  viut,  plus  ne  le  voist  quercant.''^ 
lors  s'afice  es  estriers^  et  Tescu  mist  avent,  ^ 

lance  roide  sor  feutre  et  confanon  pendant.  •       30 

à  l'estraindre  des  jambes  fet  tressalir  ferrant, 
et  0  li  vait  meilu,  les  grans  saus  porprendant, 
les  callaus  et  les  pieres  sor  ses  pies  degietant. 
de  Barbais  vait  férir  i.  mult  rice  amirant; 
Galafres  ot  à  non  et  fu  fins  Rodoant,*  35 

de  la  sereur  Betis,  à  famorous  semblant, 

1)  ahaL   2)  jtutiêê.    3)  promise.    4)  querrant.    5)  ê'ûfeutrê  H  oneieu. 
6)  RokoanL 


134  COMBAT  DE  PBRDIGAS  ET  IVAKIN. 

bêle  dame  et  plaisans,  o  le  le  cors  avenant. 

et  de  cestui  trovons,  en  estore  lisant, 

qu'il  n'ot  tel  cbeyalier  Arrabi,  ne  Persant, 

en  Tenpire  de  Gadres,  très  le  tans  Moïsant, 

fors  tout  seul  Gadifier;  celui  mec-jou  avant.  5 

Emenidus  le  fiert  de  la  lance  trancant; 

si  très  grant  cop  li  done  que  ne  li  fait  garant 

ne  escus,  ne  haubers,  le  montance  d'un  gant; 

ne  vet  par  mi*  le  cors  son  confanon  bagnant,' 

mort  rabat  sans  parler,  dalès  i.  .desrubant.  10 

et  Pimis  lor  escrie:  „cest  traies  à  garant. 

„cil  TUS  gari  de  mort,'  dont  vus  aies  tranlant; 

,,c'or  ne  sunt  mie  cop  d'aprentic  paisftnt.* 

„ancui  vus  monsterra  d'un  tel  boire  poisant, 

„c'ainc  ne  burent  à  Gadres  de  nul  si  agrevant.''  15 

Gadifiers  voit  les  Grius  qui  sunt  bon  chevalier, 
qui  par  force  de  gent  ne  voelent  trop  widier; 
car  tant  redoutent  honte  et  vilain  reprovier, 
ne  partiroit  de  1'  camp  sans  les  membres  trancier. 
et  voit  les  Grius  ensanie  faire  maint  recovrer,  20 

as  lances  et  as  brans  ^  maint  membre  detrencier, 
maint  Turc  dont  li  ceval  remainent,  estraier; 
et  vit  Emenidus  ses  cos  bien  enploiier, 
la  grant  prese  deronpre,  les  mestres  rens  ploier; 
quar  des  plus  orgillous  fet  tant  descevaucier,  25 

F,  23'   qu'apriès  lui  en  estoient  tout  couvert  li  sentier. 
Gadifer  des  Lairis  qui  tant  fet  à  prisier, 
Tarière  garde  ot  fait;  n'i  vot  plus  detrier. 
à  iiî"-  cevaliers  se  vait  apparillier 

en  i.  petis  bosket  ù  il  ot  maint  figier.  30 

bêlement,  en  séant,  fait  ses  cauces  lacier; 
puis  s'adrece  en  estant,  et  vest  l'auberc  dpblier 
dont  ii  malle  est  sierée,  plus  blance  d'argent  mier, 
è  r  cief  li  ont  asis  i.  vert  elme  d'acier; 
les  las  a  fait  entor  estroitement  lacier.  35 

Béart  a  fait  armer  et  bien  aparillier; 
tieste,  col  et  crépon  couvert  d'un  pale  cier. 
1)  êi  U  perce.    2)  ia  hoiele  en  reêpant.    3)  de  l*  mai.    4)  ne  d^enfmU. 


COMBAT  DE  PBRD1CA8  BT  D*ARIN.  135 

il  n'avoit  plus  isniel  de  si  à  Monpellier; 

plus  tos  cort  au  besoig,  sans  d'esporons  toucier, 

qu'espriviers  à  aloif,  n'a  hairon  faus  gniier; 

et  li  siele  et  li  frains  qu'es  vosist  esligier, 

il  ne  le  donast  mie  por  For  de  S.  Ricier.  5 

li  ber  saut  es  arçons,  que  il  n'i  quist  estrier. 

ses  escus  fu  d'asur  et  d'or  a  eskiekier, 

à  i.  orle  d'ermine,  à  i.  pale  es  quartier. 

quant  le  tient  as  enarmes  et  l'anste  de  pumier 

dont  li  fiers  fu  trencans  à  i.  bruni  acier,  10 

ains  ne  yeistes  homme,  mius  sanlast  cheyalier. 

quant  sa  gens  fu  armée,  cescuns  monte  è  1'  destrier, 

et  Gadiflers  a  fait  ses  batailles  rengier. 

là  peuiscies  veir  tante  lànee  drecier, 

tant  elme,  tant  escu  luisir  et  flanboier,  15 

cors  et  tabors  bondir  et  crier  et  noisier; 

et  Gadifer  a  dit:  „n'aie8  soig  de  plaidier. 

„fier  soies  et  félon  as  lances  abaisier, 

„quar  vous  troveres  jà  teus  jens  à  l'acointier 

„qui  lor  cors  et  lor  vies  voiront  yendre  mult  cier,        20 

„ain8  qu'il  yoelent  le  camp,  ne  le  proie  laier/' 

quant  li  Grijois  le  yoient,  n'i  ot  que  esmaier; 

paor  ot  li  plus  cointes  de  le  teste  trancier. 

Emenidus  d'Arcade  les  prist  à  castoiier; 

si  lor  a  dit:  „signor,  ne  yus  caut  esmaier,  25 

„quar  en  notre  conpagne  n'ont  li  couart  mestier. 

„pen8t  cescuns  que  il  puist  sa  yie  calengier. 

„tout  sommes  jentil  honune,  duc  et  conte  et  princier; 

„si  deyomes  tant  faire,  pener  et  esploitier 

„c'on  ne  1'  puist  après  nous,  è  nos  oir  reprocier;         30 

„que  ci  iie  fera  bien,  puis  ne  deyra  mangier 

„à  la  table  le  roi  que  tant  ayomes  cier. 

„li  brans  de  ceste  espée  ne  se  yiut  estancier, 

„de  si  que  jou  le  yoie  en  ceryiele  baignier. 

„hui  mais  yoel  le  batalle  et  l'estor  sorhaucier;  35 

„penst  cescuns  de  bien  faire;  le  ju  yoel  commencier." 

Bien  yot  Emenidus  son  poindre  parfurnir; 
*de  celui  trait  le  lance  c'ot  fait  è  1'  camp  cair; 


136  COMBAT  DK  PBRDICA8  ET  IVAKIN. 

si  s'afice  es  esUriers  que  le  fier  fet  croisir, 
et  si  fait  au  ce?al  les.  esporons  sentir; 
et  li  ceyaus  li  va  par  isi  grant  air 
que  il  fait  des  caillaus  le  fu  cler  resplendi]*; 
il  et  Pireus  ses  nies  les  vont  si  envair,  5 

ne  truevent  chevalier  qui  lor  cos  puist  soufnr; 
et  tout  li  autre  per*  qui  ne  voelent  falir, 
parmi  eus  tous  ensambie  les  vont  entre 'férir, 
quant  voient  Gadifer  hors  de  V  bruellet  iscir 
à  iii"'  chevaliers  qu'il  ot.  fait  establir.  *  10 

il  sot  bien  que  li  Griu  ne  vohrent  pas  fuir, 
F.  24*   et  le  proie  enmenront  u  tout  quident  morir.* 
et  Gadifers  a  dit:  „dès  or  poes  veir 
„les  millors  chevaliers  por  lor  vies  garir, 
„qui  onques  fùst.  en  tiere ,  ne  mes  doie  nasquir.  1  d 

,Jà  n'en  verés  i.  seul  pour  cou  acouardir; 
„mais  aies  maintenant  tant  ruste  cop  férir; 
„por  cou  voel  isci  tant  fièrement  bondir, 
„que  jou  les  puise  ronpre  trestous  en.  mon  venir/* 
lors  veiscies  Gadrain  lor  cevaus  poursallr,  20 

tant  rice  garniment  contre  solel  luisir, 
et  ces  elmes  luisans  et  espiers  resplendir, 
ces  moiemaus  sonner  et  ces  tertres  tentir, 
resouner  les  vallées,  si  c'on*le  puet  oir; 
la  plus  fiere  os*  de  r  mont  s'en  peust  esbahir.  25 

ausi  com  li  ostoirs  vet  le  mallart  saisir, 
lors  descendent  Gadrain  qui  les  vont  envair; 
et  li  Griu  tienent  coi  qu'es  voelient  requellir. 
lors  veiscies  cescun  de  bien  faire  aatir, 
quar  tous  li  plus  couars  n'a  talent  de  fuir.  30 

Gadifiers  de  1'  Lairis  ù  crurent  li  paumier, 
que  la  tiere  d'entour  avoit  à  justisier; 
en  l'enpire  de  Gadres  n'ot  millor  chevalier, 
ne  nul  qui  par  sen  cors  se  peust  tant  prisier, 
ne  si  bien  se  seust  en  estor  rehaitier,  35 

et  les  siens  délivrer,  les  autres  damagier, 

1)  Oriu.    2)  oiire.    3)   fw'il  oi  à  bailtir,    4)  m«rt>  eU  vemârê  mmit 
eiêr,  mnê  fuê  viegné  à  V  morir. 


COMBAT  DB  PKBD1CA8  BT  D'AKIN.  13? 

et  les  tornés  de  place  de  si  près  encaucier, 

qn'il  n'aToient  loisir  de  nalui  enpirier. 

mult  savoit  bel  Aiir,  quant  il  en  ot  mestier, 

et  se  lui  plot  à  Y  i.  faire  bel  recourrier; 

les  suies  bones  teces  font  bien  i  acointier.  5 

biaus  fu  et  avenans,  et  mult  fist  à  prisier; 

simples  esCoit  et  doùs  et  bons  à  acointier; 

douneor  i  ot  large  et  mult  bon  mendier, 

et  vers  son  anemi  ot  le  corage  fier. 

ù  que  il  voit  les  bons  s'es  yot  mult  essaucier,  10 

toutes  les  bones  gens  lever  et  avancier, 

les  orgillous  abatre  et  les  félons  plaisier; 

ne  il  ne  Tot  à  tort  franc  home  forjugier. 

quant  vit  les  rens  frémir  et  le  noise  engrangier, 

et  le  noise  lever  et  lès  os  ceraucier,  15 

et  les  dolerous  plains  des  navrés  abaisier; 

quar  la  mort  qu'es  destraint  les  faisoit  acoisier; 

il  sist  à  icel  jor  sor  le  miliour  destrier 

que  li  rois  de  Nubie  li  peust  envoler; 

quar  sour  tous  caus  de  V  mont  en  avoit  1^  dangier;      20 

ne  vait  pas  por  joster  le  cief  des  rens  cerkier, 

mais  en  la  grignor  prese  ù  il  voit  .r.enconbrier, 

fait  l'escu  et  le  cief  au  ceval  adrecier. 

le  conte  Salemon  ala  Tir  calengier, 

de  par  Daire  de  Perse,  son  signor  droiturier;  .    25 

se  r  féri  de  sa  lance,  sor  Tescu  de  quartier, 

que  par  mi  le  blason  fist  Tauberc  desmaller, 

et  le  cors  de  V  vasal  par  mi  outre  plaier; 

tant  roidement  Tes  tut  à  tiere  trébucier, 

que  li  fait  tout  le  cors  et  la  teste  esmiier,  30 

les  quises  et  les  bras  d'outre  en  outre  brisier; 

en  pièce  n'en  peust  par  lui  seul  redrecier, 

et  puis  a  fait  des  autres  teus  iii.  descevaucier; 

jamais  ne  seront  preu  por  lor  signour  aidier. 

Pimis  voit  Gadifler  qui  se  melle  as  Grijoîs;  35 

F.  24^  mort  lor  a  Salemon*  i.  preu  Macidonois, 
et  des  autres  lor  a  descevauciés  teus  iii. 
1)  8Mhr. 


138  COMBAT  DE  PERDICAS  ET  D'AKIN. 

dont  li  pire  peust  par  son  cors  estre  rois, 
et  mult  a  cest  afaire  entrepris  sans  gabois. 
et  Pirrus  esporone  le  baet*  Gasconois, 

*  ne  s'i  tenist  kievreiis,  quant  s'en  ist  des  forois. 

i.  neveu  Gadifier  qui  venus  ert  tous  frois,  5 

armé  tout  ricement  sor  i.  bàucant  norois, 

vait  férir  à  bandon  sor  l'escu  Paviois;  ^ 

par  desous  est  fausés  li  haubers  demanois,' 

è  r  cors  li  mist  le  lance  et  Tensegne  à  orfrois; 

mort  l'abat  sans  parler  des  arçons  Espagnols.  10 

cil  ne  samblait  as  armes  Provenciel  ne  Basclois, 

ains  quidast  que  il  fust  i.  naturaus  François. 

Emenidus  d'Arcade  a  dit  i.  mot  cortois; 

„cis  vus  a  tos  apris  de  son  ju*  Alenois; 

„à  millour  chevalier  ne  jostastes  des  mois."  15 

De  r  conte  Salemon^  qui  fu  mors  à  dolour, 
sunt  li  Grijois  dolant  et  demainent  lor  plpr. 
par  desour  les  ventalles  se  pasment  li  plusior; 
ases  i.  a  de  caus  qui  pasment  de  paor, 
I  quant  de  tant  cieres  armes  esgardent  la  luor.  20 

I  li  solaus  luist  as  armes  qui  lor  done  luor;*^ 

I  lor  promet  esmaiance  ^  de  soustenir  l'estour, 

I  l'angouse  et  le  destraice  qu'il  soufrirent  le  jor. 

et  Gadifiers  s'ot  ire  que  onques  n'ot  grignor, 
por  son  gentil  neveu  qui  fu  fins  d'aumacor  25 

qu'il  voit  mort  devant  lui  jesir  sor  la  vredor. 
espris  de  lui  vengier,  broce  le  missaudour,^ 
le  branc  nu  en  sa  main,  brun,  de  bon  coulor, 
et  vait  férir  Pirrus,  le  signor  de  Monflor,^ 
que  li  trance  parfont  de  sa  teste  plaindour;  30 

de  si  qu'è  1'  gros  de  Y  pis**^  fait  coulor  le  savour;*' 

*  cil  cai  maintenant,  si  perdi  se  vigour. 

de  lui  n'aront  souscours  les  Grgois  à  nul  jour. 

1)  baiart.  2)  tabinoiê.  3)  te  haubere  fausse  el  rofil  pti  fu  Sarra- 
goeoiê,  4)  de  êes  gie»,  5)  Sakiior.  6)  ei  ie  tolel  qui  doné  as  armeê 
grani  eUnror.  7)  lors  êuni  en  eêmaianee  de  soutenir  l'estour  i'an^ 
gouee  et  le  deêtraiee  etc.  8)  misoldor.  9)  i.  Qrigoiê  par  mi  êùn  eime  à 
(lor.     10)  eoL     11)  raêor, 

I 
i 


COMBAT  OB  PBBD1CA8  BT  D'AKIN.  139 

porcant  n'est  mie  fius  de  povre  Tayasour; 

ains  ert  en  Alenie  ^  sires  de  mainte  flour;  ' 

à  justicier  avoit  la  rikecce  et  l'onnour, 

et  nies  Emenidus  et  fias  de  sa  serour. 

ains  ne  fu  teus  neyeus,'  ce  dient  li  auctor;  5 

de  neyeu  por  neveu  prist  escange  le  jor; 

sTmenidus  d'Arcade  en  puet  avoir  loisour,* 

il  avéra  mérite^  comme  dltel  labour. 

jà  saront  li  Gadrain,  à  cest  premerain  tour, 

s'entre  lui  et  l'enfant  avoit  bien  grant  amour.  10 

Emenidus  d'Arcade  vit  son  neveu  morir, 
de  qui  avancement  erent  en®  grant  désir 
de  montrer  sa  proecce  '  et  de  sen  cors  téhir; 
mius  Famast  entor  lui  as  durs  estors  soufrir, 
que  tous  le  mius  vallant  que  il  peust  coisir;  15 

*  et  il  avait  grant  droit,  je  vous  di  sans  menUr; 
car  cil  ert  ententius  à  son  oncle  siervir. 
mult  le  resambloit  bien  et  de  cors  et  d'air; 
de  cors  et  de  corage  ert  ses  nies  sans  mentir, 
quar  ancois  se  laisast  tous  les  membres  tolir,  20 

qu'il  vosist  laidement  d'une  afaire  partir, 
e  Dex!  qui  le  veist  i.  ester  esbaudir, 
et  à  l'estroit  besoig  retomer®  et  guencir, 
de  l'millour  chevalier  li  peust  souvenir, 
c'en  peust  en  nul  iiu  ne  trouver,  ne  coisir,  25 

fors  seulement  le  roi  qui  les  rens  fait  frémir, 
et  son  oncle  vers  cui  ne  le  pot^  aatir; 
or  est  mors;  c'est  grans  dious  de  tel  homme  périr. 
F.  24«  Emenidus  le  pleure,  ne  s'en  pot  astenir; 

cou  est  vis  qui  l'esgarde  que  il  doie  finir,  30 

quar  l'ire  qui  1'  destraint,  le  fait  taindre  et  noircir. 

après  le  grant  dolor  se  prist  à  esbaudir, 

qu'il  voit  ses  conpagnons  de  toutes  pars  bondir, 

desconfis  et  desrous,  tout  l'afaire  guerpir; 

si  s'afice  es  estriers,  que  le  fier  fet  croisir;    *  35 

jà  seront  li  Gadrain  trop  tart  à  repentir 

1)  Alêmuigne.    2)  tar.    3)  vo/Im.    4)  M«#or.    5)  U  H  rendra  merci. 
6)  êrt  en  tnuli,    7)  mouler  en  proeeee.   8)  irMlomar.  9)  lui  91M  ne  Voee, 


140  COMBAT  DE  PBRDICA8  ET  IKAKIN. 

^  de  lui  et  son  neveu  par  annes  départir. 

à  Tespée  d'acier  les  yait  si  enyair, 

ne  consuit  cheyalier  qui  ses  cos  puist  soufrïr, 

tant  se  puist  en  Testor  enbuscier  né  pouvrir, 

que  ne.  face  le  sanc  de  mult  parfont  iscir,  5 

u  le  tieste  yoler,  u  en  son  sanc  couvrir; 

ne  se  sot  autrement  en  estor  maintenir, 

fors  que  de  Tescu  vert  et  de  ses  cos  férir. 

Là  ù  li  Griu  recueyrent  devant  de  ^  plaseis , 
fu  mult  fors  li  estors  et  durs  li  fereis;'  10 

de  lances  et  d*espées  meryillous  fereis, 
de  targes  et  d'escus  tant  aspres  hurteis, 
de  buisines,  de  cors,  meryillous  comeis;' 
de  cors  de  chevalier  pesans  abateis; 
ains  mes,  par  tant  de  gent  ne  fu  tous  fouleis,  15 

ne  isi  grans  mesciès,  ne  iteus  capleis.* 
Linoanors  se  descent  lès  le  cief  d'un  lairis; 
que  il  ataint  à  cop,  tous  est  de  la  mort  fis. 
il  lor  trance  lor  elmes  et  lor  escus  voltis, 
et  fait  le  sanc  raier  par  les  aubers  treslis;*  20 

quant  le  voit  Gadifiers  de  ses  armes  garnis, 
le  confanon  destort,  couvert  en  Fescu  bis, 
Lincanor  vet  férir  qui  venoit  ademis® 
et  de  cevalerie  à  cel  poindre  aatis,^ 
qu'il  trance  de  i'escu  le  taint  et-  le  vrenis,  25 

li  blans  aubers  de  Y  dos  desrous  et  desartis; 
bien  haut  desor  le  siele  li  est-il  desartis. 
jà  fust  mors  li  vasaus,  quant  li  fiers  est  guencis; 
non  porquant  si  l'abat,  tous  remest  estordis; 
•tos  fu  par  la  main  destre  li  bons  cevaus  saisis;  30 

mais  cil  le  calenga  qui  n'est  mie  esbahis; 
onques  ne  li  sanla  à  cest  cop  aprentis. 
Emenidus  le  fiert,  li  preus  et  li  gentis; 
mult  durement  l'abat,  car  bien  fu  aquëllis. 
li  hiaumes  fu  Turcois^  et  li  haubers  malmis;*  35 

bien  peust  de  cest  cop  remanoir  escamis, 

t)  fe,     2)  eayiei*.    3)  granê  U  eseroiêseiê,,    4)  si   Mgréê  pdfnêU. 
5)   trêiUiê,    6)     aaiiê.     7)   «rraMt#.    8)   Herouê,    9)   croiêiê. 


COMBAT  DE  PBRDICAS  BT  D'AKIN.  141 

et  le  dius  dç  Pirra»  à  cel  cop  aconplis, 

por  escange  de  lui  durement  escarms,^ 

quant  tel  m.  l'ont  rescous  que  il  ayoit  noris 

et  rendu  son  ceyal  qui  n'est  mie  fuitis.  ^ 

mais  li  bais  Lincanor  11  fu  bien  contredis. 

cil  est  i  est  remontés  qui  preus  est  et  gentis;  '  5 

par  le  règne  le  prent  de  Y  tout  li  plus  eslis. 

il  n'en  prist  pas  consel  as  recreans  falis, 

ne  ses  avoir  ne  fu  à  proudome  escondis, 

n'onques  ne  vint  à  cort  que  mult  ne  sunt  jois; 

quar  il  portoit  ounor  as  grans  et  as  petis,  10 

vers  aus  ne  forfaisoit  ne  en  fais,  ne  en  dis. 

jamais  de  millor  home  ne  sera  nus*  ois. 

Emenidus  d'Arcade  qui  proecce  ot  seure\ 
ki  tout  Testor  soutient  et  le  fais  en  endure, 
Gadifier  vit  venir,  ne  mie  l'ambleure,  15 

mais  il  venoit  corant  les  eslais  à  droiture ,  ^ 
F.  24'  les  Grius  adamajant,  mult  lor  fait  de  laidure; 
jà  les  féist  tomer  tous  à  desconiiture. 
Emenidus  d'Arcade  sa  créance  en  en  jure; 
mius  vint  li  gentius  home  tomer  à  aventure,  20 

ne  li  renge  mult  der  de  Pirru  l'aventure, 
ferrant  li  laise  corre,  mais  Gadifier  n'ot  cure 
de  refuser  le  duc;  mais  plus  tos  c'ambleure, 
ne  vait  querre  faucons  par  la  foriest  oscure, 
s'entreviennent  andui;  lors  n'ont  mie  mesure  25 

de  férir  es  escus  de  tant  rice  pointure.   * 
li  vasal  furent  fort  et  d'itel  quarreure 
que  plus  bel,  ne  millor  ne  fist  onques  nature; 
et  li  destrier  tant  rade  et  si  vont  à  droiture, 
si  que  nule  des  boucles  ne  tient  clans  ne  jointure,       30 
que  ne  pasent  andui,  tant  conune  hanste  dure, 
ne  r  desfendist  aubers,  clavains,  ne  armeure, 
la  jouste  ne  tornast  à  grant  desconfiture. 
quant  Gadifiers  la  lance  qu'il  tenoit  roide  et  dure, 
a  fait  voler  en  pièces  par  mainte  escliceure;  35 

1)  /%#  U  vengemêM  prié.    2)  ftnnHê.    3)  fu'il  perdrait  à  emviê.    4)  v§rê. 
5)  êi  irêê  $rant  mieurê. 


142  COMBAT  DE  PERDICA8  ET  D'AKIN. 

por  quant  Emenidus  le  fiert  de  tel  ardure, 
que  il  fait  au  ceval  ronpre  Tafeutreure, 
les  arçons  defroisiés  avec  la  doreure, 
par  la  crupe  de  V  bai,  si  com  dist  Tescriture, 
tant  roidement  Tenporte  è  V  camp,  sor  la  vredure,  5 

estordie  jut  à  tiere,  d'un  arpent  la  leure, 
trestous  à  yentrillons,  com  beste  de  pasture; 
des  bras  et  des  jenous  prist  tele  encontreure, 
tous  les  a  escorciés,  tant  corne  tiere  mesure, 
et  le  nés  rebroncié,  s'ot  è  1'  cief  bleceure,  10 

et  meismes  le  front  qui  pert  à  sa  figure, 
et  li  dus  se  pase  outre,  qui  pas  ne  s'aseure, 
Tespée  trait  sanglente  dusqu'en  l'enheudeure; 
cui  il  consuit  à  cop  en  la  sele  ne  dure. 
Calnus  s'en  est  tomes,  crient  la  desconfiture,  15 

et  cil  sali  en  pies  qui  pas  ne  s'aseure. 
Gadifiers  lit  les  Grius  tomer  en  aventure, 
comme  cil  qui  mult  bien  connoist  desconfiture.  ^ 
n'en  i  a  mes  que  i.  il  en  prenge  cure, 
por  son  lige  signor  que  il  a  fait  laidure.  20 

montés  est  è  1'  ceval,  de  bien  jouster  en  jure, 
et  reprist  une  lance  et  retorne  à  droiture; 
s'est  vers  lui  eslaisiés  plus  tos  que  l'ambleure. 
Emenidus  le  vit  à  la'  cière  seure; 
por  son  neveu  tôt  mort  dont  vint  avoir  droiture,  25 

ferrant  li  laisse  corre  si  très  grant  aleure, 
ne  s'i  tenist  oisiaus,  ce  conte  l'escriture. 
entre-férant  se  vont  par  si  très  grant  ardnre, 
n'i  ot  esca  si  fort  qui  n'eust  desjointure; 
la  lance  Gadifier  est  tornée  à  fraitore.  30 

Emenidus  fiert  bien  qui  preus  fu  par  nature, 
en  le  targe  à  fin  or,  desous  l'emboudeure, 
ne  le  trueve  si  fort,  ne  le  brogne  si  dure, 
que  V.  pies  ne  met  ens  de  le  lance  meure, 
il  ne  r  prist  mie  en  car,  mais  sor  la  sele'  pure;  35 

tant  roidement  l'abat  que  tout  le  défigure, 
estordis  jut  à  tiere,  d'un  arpent  la  leure, 
.  1)  êetu  et  4rùitfMre.    2)  H  li  fini.    3)  rmseêie. 


COMBAT  DE  PBBDICAS  ET  D'AKIN.  (43 

trestoas  à  yentrilloDS,  com  beste  qui  pasture. 
mors  fu8t,  quant  U  dus  point  et  ses  hommes  conjure 
que  jamais  à  nul  jor  n'aront  reyesteure, 
com  cil  qui  veut  avoir  de  son  fief  teneure; 
hui  se  mette  à  bandon  de  yengier  ma*  laidure.  5 

F.  25*   il  dist  cou  qu'il  Toioit;  mes  Tuevre  en  est  plus  dure 
que  brebis,  ne  agniaus  à  mener  en  pasture. 
li  plus  hardis  des  siens  si  se  désaseure; 
vis  li  est  que  li  mons  soit  mis^  en  aventure. 

Gadifiers  fu  à  pié,  en  la  conbe  d'un  val;  10 

entor  lui  aviron  ent  li  confanon  '  roial. 
Emenidus  areste  sor  le  coM  de  ]'  vasal 
et  a  traite  Tespée  au  pun  d'or  à  cristal;* 
si  le  féri  de  1'  plain,  en  travers  le  nasal, 
que  il  couvri  de  sanc  tout  le  viaire  à  val.®  15 

Gadifier  secoururent  si  home  natural 
qui  por  lui  ont  soufert  tante  paine  et  tant  mal; 
de  ii.  pars  sunt  venu  en  l'estor  communal, 
de  lances  et  d'espées  douent  maint  cop  mortal; 
mais  li  Griu  ne  sunt  mio  envers  aus  par  ingal.  20 

li  Gadrain  les  esforcent  et  font  grant  batistal,' 
et  ont  à  Gadifier  amené  i.  ceval 
qui  sîele  ot  à  fin  or  et  le  frain  à  esmal. 
n'en  presist  pas  à  gré  le  cange  Bucifal. 
dès  or  se  gaitent  bien  li  Griu,  je  ne  sai  al,  25 

ne  pueent  acointier  nul  plus  félon  jomal;® 
il  lour  a  demoustré  i.  si  fier  batistal 
qu'à  perde  et  à  damage  lor  torra  cel  jomal. 

Li  Griu  laisent  l'estor;  si  s'en  partent  à  tant; 
de  plusiors  oes  dire  qu'il  se  vont  desfendant.*  30 

li  Gadrain  les  encaucent  et  les  vont  damajanU 
Emenidus  d'Arcade,  cil  s'ala  desfendant,' 
lance  grose  en  son  puig,  detries  contre  tenant, 
et  de  maint  chevalier  les  grans  cos  rechevant, 
et  le  grant  fais  des  lor  et  le  prese  endurant  35 

1)  #«.  2)  iê  mort  sait  loê,  3)  compagnon,  4)  cors,  5)  esmal.  6)  la 
eoiê  4e  eendal.  7)  guerpir  éêttU.  8)  mareêcal,  9)  vus  puiê  dire  fut 
e'enlomei^  fuUmî, 


144  COMBAT  DE  PBRDICAS  BT  D'AKIN. 

cui  il  encontre  bien,  à  le  tiere  i'espant; 
avoec  lui  sunt  guenci  des  autres  11  auquant, 
li  preudome  et  li  per,  li  chevalier  Taillant. 
Gadifier  de  TLairis  i  vait  esporonant, 
si  navrés  que  il  fu,  «e  lance  paumiant;  5 

roide  Tôt  recouvrée  à  i.  fil  d'amirant/ 
et  est'  bien  aûciés  è  V  destrier  auferrant, 
et  dist:  mius  vint  morir  que  de  lui  voist  gabant; 
mais,  ains  qu'il  se  départe,  ne  quic  pas  qu'il  s'en  vant. 
Emenidus  li  torne  le  cief  de  Tauferrant;  10 

de  ii.  miUors  cevaus  ne  conte  nus,  ne  cant 
et  li  signor  sunt  tel  c'on  le  trueve  lisant, 
que  doi  millor  ne  furent  en  cest  siècle  vivant, 
entre-férir  se  vont  sor  les  blasons  devant; 
n'i  arestent  li  fier  iluec,  ne  tant  ne  quant.  15 

mais  li  hauberc  sunt  fort  et  sieré  et  tenant, 
et  li  vasal  sunt  preu  et  li  ceval  corant; 
ne  vont  pas  l'ambleure,  mais  l'eslais  ravinant' 
si  afidé  s'en  vont  qu'il,  n'i  ot  i.  ploiant; 
por  cou  froisent  les  lances  que  les  fais  orent  grant;      20 
des  escus  s'entre-hurtent,  si  fort  en  trespasant 
que  les  boucles  froisièrent  qui  sunt  d'os  d'olifant* 
tous  lor  jenous  escorcent,  si  près  se  vont  rasant; 
brisent  nasaus  et  cercles  d'or  fin  resplendisant, 
et  ronpent  li  frontel,  si  com  vies  bougerant,  25 

les  malles  vont  le  cuir  et  le  car*  descirant 
qui  tous  jors  de  lor  vies  lor  sera  mefiparant 
tous  li  mains  estordis  a  le  cief  si  pesant 
que  à  val  sunt  li  quin  des  elmes  enclinant; 
n'i  a  ceval  si -fort  qui  remagne  en  estant,  30 

F.  25^   et  il  tout  estoordi  sunt  à  tiere  gisant; 

n'i  a  celui  qui  rien  son  compagnon  demant 

Mult  se  furent  malmis  li  vasal  airous, 
espris  de  mautalent  et  de  pris  convoitons; 
mais  nus  de  ces  ii.  "  ci  ne  doit  estre  hontous,  35 

qui  erent  li  plus  preu  et  li  mains  peurous.^ 

1)  fer  Mm  trmteMt    2)  Hêt.    3)  à  éêlaU  poipumi.  A)  iPor  rêiuiêmmi, 
5)  M  kra9  et  h  cuir.    6)  fol  emr,    7)  pmourou*. 


COMBAT  DE  PBRDICAS  BT  D'AEIN.  I45 

il  n'i  ot  i.  seul  Grio  de  férir  ^  çonroitous, 
ne  soit  tous  reguencis,  fiers  et  cevalerous 
là  ù  cil  est  ceus  qui  n'est  pas  orgillous,  j 

mais  frans  et  deboinaire  et  dous  et  amourous, 
et  met  son  cors  por  eus  es  destrois  périllous.  5 

et  li  .Gadrain  repoignent  qui  quident  à  estrous 
que  mors  soit  Gadifiers,  li  vasaus  vigherous. 
ases  i'ot  de  ceus  qui  en  orent  paours,' 
et  les  cuers  esfraés,  pensis  et  dolerous. 
là  peuiscies  veir  tante  lance  pertrous,    *  10 

et  maint  bon  chevalier  gésir,  Telme  tierous; 

ferrant  et  son  signor  ont  11  Grijois  rescous ,.  I 

*  et  lui  mis  à  ceval,  dont  il  ert  désirous.  ' 

Quant  sunt  yenii  arière  et  vasal  et  destrier,  ! 

yeiscies  i.  estor  fièrement  commencier;  15 

mult  i  ot  grande  noise  as  barons  redrecier, 
quar  d'une  part  et  d'autre  furent  lor  ceyalier 
Tenu;  car  raisons  est  cescuns  le  sien  aidiei. 
li  Griu  tôt  primerain  font  le  place  widier; 
là  peuscies  veir  tante  teste  trancier,  20 

et  tant  vasal  à  pié,  tant  ceval  estraier; 
les  i.  férir  as  autres  grans  cos  sans  manecier, 
et  de  trons  et  d'espés  sor  ces  elmes  d'acier, 
non  puis  quant  remonta,  qui  qu'en  doie  anoiier, 
li  Griu  tôt  premerains  sor  ferrant  le  légier,  25 

Gadifier  sour  le  bai  qui  tant  fait  à  prisier; 
mais  ancois  i  ot  fet  maint  Turc  descevalcier. 
Ginohoces  d'Aufrike  point  par  l'estor  plenier, 
com  cil  qui  mult  voloit  les  Gîrius  adamagier; 
quant  Lincanors  le  vit,  vers  lui  fait  adrecier  30 

le  brun  qui  plus  tos  va  d'un  ramage  esprivier; 
tant  raidement  se  fièrent  es  escus  de  quartier 
que  par  mi  lor  boucles  font  les  escus  percier, 
les  fiers  outre  paser,  les  haubers  desmaller; 
selonc  les  groses  costes  sentent  les  fiers  glacer.  35 

de  tel  air  se  hurtent  à  lor  lances  brisier; 
jà  soit  cou  malgré  aus,  si  les  convint  ividier; 
I)  fwir,    2)  pnl  tes  vie  jtlarouê, 
là  Bouiau  é*Alizuidre.  ^^ 


146  COMBAT  DB  PBRDICAS  ET  IVAKIN. 

les  arcons  de  lor  seles  ont  il-fait  esmiier. 

tant  raidement  cairent  andoi  en  i.  sentier, 

si  que  par  mi  les  boucles  font  les  escus  percier. 

sus  salent  et  remontent,  si  se  Yont  racointier. 

Lincanors  le  fiert  si  que  tout  le  fet  ploier;  5 

sen  cor  i  recouvrast,  jamais  n'eust  mestier; 

as  las  H  yet  pendant  de  son  elme  i.  quartier; 

H  estors  estoit  fors  et  Griu  s4  vendent  cier. 

Li  Griu  se  vendent  cier  qui  ne  criement*  manaie, 
envers  le  pute  gent  qui  de  près  les  asaie.  10 

une  esciele  de  Turs  lor  sort  lés  une  haie; 
plus  furent  de  vii"-,  n'i  a  celui  ne  traie, 
des  homes  Alixandre  n'i  a  gaires  sans  plaie; 
mais  de  vengier  sen  cors  nés  i.  ne  s'i  délaie, 
li  solaus  reluist  cier  qui  en  lor  armes  raie.  15 

es  escus  à  fin  or  et  es  hiaumes  iraie; 
de  la  clarté  des  armes  tous  licors  lor  esmaie; 
la  banière  Alixandre  contre  le  vent  baulaie; 
F.  25*   tel  bardement  lor  done  que  nus  d'aus  ne  s'esmaie; 

ains  dient:  as  espées  feront  acorde  et  paie.  20 

Li  mesnie  le  roi  fu  mult  afoibloie 
de  l'estor  maintenant,'  mal  mise  et  empirie; 
n'en  i  a  gaires  i.  ^ki  la  car  n'ait  plaie, 
descolorée  et  pale,  car  de  sanc  ert  widie,' 
quant  l'esciele  de  Gadres  qui  estoit  enbuscie,*  25 

lor  sali  plus  espes  que  la  plueue  ne  cie; 
à  maint  de  nos  Grijois  fisent  soufrir  hascie. 
duel  ot  Emenidus  quant  voit  sa  gent  cacie;^ 
s'or  ne  se  puet  vengier,  ne  se  prise  une  aillie. 
il  enbrace  l'escu,  s'a  sa  lance  baisie,  30 

et  li  preus  Lincanors  a  l'espée  sacie; 
cescuns  des  conpagnons  a  le  suie*  empugnie 
et  laisent  corre  ensamble'  vers  la  pute  lignie; 
jà  i  ara  espées  en  cierviaus  touellie. 

1)  n'i  travem.  2)  maintenir,  3)  ii'ail  ia  brogne  pereée  par  daaoa 
la  eêmise,  sa  biane$  car  trêndée.  4)  fut  at  fu  débuicié,  5)  eargié,  6)/«i 
targe,    7)  eevax. 


COMBAT  DE  PRRDICAS  ET  D'AKIN.  147 

l'esciele  se  repent  ki  tant  fu  aprochie. 
de  plus  de  c.^  en  ont  la  campagne  joncie; 
*cil  ki  pot  escaper  n'oblia  sa  corgiee; 
*iDai8  li  remes  i  muèrent  à  duel  et  à  hascie, 
Tiers  le  gent  Alixandre  ont  le  place  guerpie.  5 

1)  c.  m. 


10* 


COMBAT  Dl  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

Cl  Mmt  «1  coin  II  poTres  désarmés  qui  est  navrés  è  r 
cors  se  eonibat  à  1.  baron  de  Gadres  et  l'oelst. 

I  ar  le  camp  esporone  li  porres  désarmés; 
nies  fu  Emenidus  et  de  sa  seror  nés, 
et  fu  parmi  le  cors  d'une  lance  navrés; 
bien  garra  de  sa  plaie,  car  li  fiers  n'est  pasés, 
et  non  porquant  s'est-il  de  son  flanc  bien  bendés.  3 

à  i.  baron  des  Cadres  fu  en  Testeur  joustés, 
qui  estoit  fors  des  rens  et  des  autres  sevrés; 
ne  ne  vit  chevalier  qui  tant  fust  adoubés, 
ses  elmes  fu  à  pieres  et  à  ciercles  dorés; 
li  cevaus  ù  il  sist  fu  ferrans  pumelés.  10 

li  vasaus  vit  les  armes,  s'en  fu  entalentés; 
le  ceval  esporone,  s'en  est  vers  lui  aies; 
sa  lance  li-pecoie  jouste  l'un  des  costés. 
lui  et  le  ceval  porta  en  mi  les  prés; 
l'escine  li  est  frainte  et  li  cos  desnoés;  15 

plus  de  XXXV.  fois  s*est  ilueques  pasmés. 
li  vasaus  saut  à  tiere,  qui  bien  fu  apensés, 
des  escu  et  de  l'hiaume  est-il  tos  adoubés; 
prist  armes  et  espées,  è  1'  ceval  est  montés, 
le  ceval  esporone,  mult  par  fu  biaus  armés;  20 

le.branc  nu  en  sa  main,  mult  par  fu  biaus  armés, 
li  cuers  li  est  è  1'  pis  bien  demi  pié  levés, 
et  vit  Emenidus  ki  tant  fu  agrevés,* 
tant  estoit  conbatus,  tous  ot  les  bras  lasés; 
eeus  fu  desous  lui  li  cevaus  séjomés.  25 

plus  de  V.  chevaliers  ot  sor  lui  arestés, 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARME.  149 

que  sovent  le  requerent  0  les  brans  acérés. 
F.  25'  li  yasaus  crie  et  garde,  celé  part  e^t  aies; 
si  fiert  l'un  de  l'espée  ki  li  pendoit  au  lés, 
que  le  puig  li  copa,  à  la  tiere  est  aies, 
en  le  prese  se  fiert,  quant  il  fu  abrieyés;  5 

plus  de  c.  cos  i  a  de  s'espée  donnés; 
u  il  yoelent  u  non,  les  a  si  reusés 
que  par  force  les  a  de  la  place  gietés. 
li  ceyaus  se  redrece  et  li  quens  est  leyés; 
le  yasal  aplela:  „biaus  amis  cà  yenes.  10 

„com  ayes  non?  ki  estes,  ki  tel  mestier  m'ayes?'* 

—  sire,  fait  li  yasaus,  jamais  n'en  ert  celés. 
„Corineus  ai  à  non,  ensi  sui  apielés. 

„ma  mère  fu  d'Arcade  et  tous  mes  parentés. 

„en  la  prison  roi  Daire  fui  xiiii.  ans  passés;  15 

„ases  i  fui  petis,  por  mon  père  portés. 

„mult  aurai  hui  estes  de  mes  armes  gabés; 

„merci  notre  signor,  or  en  ai  à  plentés. 

„nies  sui  Emenidus  et  de  sa  serour  nés; 

„or  yois  querre  mon  oncle  par  estranges  règnes.  20 

—  Dex,  dist  Emenidus,  tu  soies  aourés. 

„biaus  nies,  je  suis  yos  oncles;  sacies,  c'est  yérités. 

„or,  soies  mes  amis  et  jou  yotre  privés. 

„en  la  court  Alixandre  seres  par  moi  amés.*' 

an  ii.  ses  bras  li  a  par  mi  le  col  gietés;  25 

plus  de  XX.  fois  le  baise,  sor  lui  est  aclinés. 

„nies,  dist  Emenidus,  près  de  moi  yos  tenes. 

—  sire,  dist  li  yasaus,  ains  sera  conparés, 

„li  brans  de  ceste  espée  tains  et  ensanglentés, 

„que  jou  parte  de  yus,  se  ne  sui  mors  gietés.''  30 

Montés  est  Gadifiers,  mais  il  fu  mult  bleciés. 
iiL  fois  est  si  cens,  tous  en  est  com  brisiés. 
mais  li  siens  grans  corages  n'est  mie  afebloiés; 
ancois  yolra  mult  estre  as  Grijois  acointiés. 
par  lui  n'en  ert  i.  sens  autrement  enpiriés;^  35 

mes  ses  brans,  se  il  puet,  i  iert  si  emploies, 
que  tous  est  en  ceryiele  et  en  sanc  touelliés. 
1)  armiêniéê. 


150  COMBAT  DU  PAUVRE  DESARME. 

cel  jor  fu  li  besoins*  fièrement  commenciés; 
mult  i  ot  des  Grijois  malmis  et  empiriés. 
cil  de  Cadres  les  outrent;  se  sont  si  esmaiés 
•que  ferant  les  emmainent,  desi  que, as  plaisies;' 
mult  le  sont  à  cel  poindre  forment  estdutoiés.  5 

Emenidus  recuevre  sor  Tescu'  embusciés; 
en  sa  main  tint  le  branc  dont  li  fiers  n'ert  pas  yies, 
i.  chevalier  de  Gadres  vet  férir  eslaisiés 
que  ans  ii.  les  estriers  li  a  tolus  des  pies, 
li  agus  de  son  elme  est  ens  è  1'  pré  ficiés,  10 

et  li  Griu  reguencirent,  les  vers  elmes  laciés. 
là  peuiscies  veir  tant  fors  escus  perciés, 
et  tant  elmes  fauser,  tant  hauberc  defiroisiés; 
des  mors  et  des  navrés  est  li  cemins  jonciés. 
Aristes  de  Valestre  vint  par  Testor,  iriés  15 

de  la  mort  as  Grijois,  fu  mult  forment  iriés; 
i.  Gadrain  vet  férir  dont  il  est  aprociés, 
que  par  desor  le  foie  est  li  poumons  tranciés; 
mais  iii.  conte  le  fièrent  de  ior  trancans  espiés; 
li  doi  en  son  escu,  en  son  hauberc  li  tiers.  20 

sor  Tarcon  de  la  siele  en  est  tous  enbusciés;* 
ii  cevaus  s'ajenelle,  car  de  V  fier  fu^  cargiés; 
mais  par  mult  grant  corage  est  11  vasaus  dreciés;* 
o  Tespée  qu'il  tint,  est  d'aus  si  eslongiés' 
F. 26*   qu'il  n'i  a  si  hardi  qui  n'en  fust  esmaiés.^  25 

porquant  si  est  è  1'  cors  de  iii.  espius  plaies; 
par  desous  lui  estoient  ses  cevaus  estanciés; 
de  iii.  canes  rouit  roides  ot  les  tronçons  ficiés, 
è  r  crépon  trait  la  siele  dont  mult  fu  coreciés 
et  ses  escus  meismes  estoit  tous  depeciés;  30 

ens  avoit  v.  tronçons  de  iii.  brans  esteciés; 
les  meures  sunt  è  1'  pis  dont  forment  fu  bleciés. 
sans  bien  voires  ensegnes  n'est  de  lui  camp  widiés; 
des  Grijois  entor  lui  li  est  pris  grans  pitiés; 
bien  set,  s'or  n'es  socort,  à  la  mort  ert  jugiés;  35 

1)  et  refu  U  estors.  2)  juêqu^a  deuê  boê  foillies.  3)  mi  Veftor. 
4)  Ml  li  fers  emkroneiéê,  5)  tant  fu  de  V  eoê,  6)  ber  rtàrêoié.  7)  ucoin- 
liée,    8)  eêlongiéê. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARME.  |51 

de  i'estor  se  parti,  quant  fu  pris  li  congiés, 

sovent  pleure  des  ious,  quans  les  siens  ot  laies. 

cil  de  Gadres  le  Toient,  tienent  por  engigniés 

que  tant  quant  il  per  homme  ne  sera  mes  bailliés. 

par  mi  une  montagne  s'enfuit  tous  eslaiciés;  5 

par  lui  est  li  mesages  Alixandre  nonciés. 

mult  resamble  bien  homme  qui  d'estor  soit  caciés, 

quar  se  lance  est  brisée  et  li  brans  enosciés» 

et  li  Tasaus  meismes  par  mi  le  cort  plaies. 

par  mi  i.  pendant  tertre  est  en  i.  Tal  plonciés.  10 

li  ceyaus  ù  il  sist  a  desronpu  ses  gies; 

jusqu'à  r  tref  Alixandre  n'est  ses  règnes  saciés. 

là  dira  tel  parole  dont  li  rois  n'est  pas  lies. 

Li  rois  et  Tholomé  et  Dans  Clins  sunt  Tenu 
d'un  asaut  merrillous  qu'à  Tir  orent  eu;  15 

li  rois  devant  sen  tref  vit  le  mes  descendu, 
sa  lance  avoit  brisié  et  mal  mis  son  escu» 
son  escu  detrancié  et  son  hauberc  ronpu, 
son  elme  detrancié,  si  l'a  bien  conneu, 
il  le  dut  bien  connoistre,  car  des  xii.  pers  fu;  20 

et  li  rois  li  demande:  „Ariste,  dont  viens-tu?*' 
et  cil  li  respondi,  sans  nul  autre  seu:^ 
„rois,  c'or  souscor  tes  homes  à  force  et  à  vertu. 
„è  r  val  de  Josafas  sunt  tout  mort  et  vencu. 
„li  dus  Betis  de  Gadres  a  cest  plait  esmeu;  25 

„quar  à  nx*-  homes  nos  sunt  seure  couru. 
„Sanson  le  neveu  Daire  nos  i  ont  mort  rendu, 
„et  Lincanor  navré  et  Calnu'  abatu. 
„mais  ancois  que  jou  aie  cest  mien  aubère  tolu, 
„sarai-jou  com  lor  est  en  l'estour  avenu.  30 

—  cis  fait  auques  à  croire,  dist  Dans  Clins,  qu'il  i  fu.'*' 

—  voire,  dist  Tholomes,  mult  i  a  bien  paru." 
lors  regraitent  li  Griu  Perdicas  et  Cahiu, 

et  li  rois  Alixandres,  Emenidus  sen  dru; 
et  de  Sanson  de  Perse  sunt  grain*  et  irascu.  35 

„par  foi,  ce  dist  li  rois,  or  ai-jou  trop  vescu." 
il  escrie  «'ensegne:  „trop  aves^  atendu. 
\)  mai  no9  e»l  avenu,   2)  Fïhêe.   3)  çim  ià  fu.  4)  forment,   ô)  avons. 


152  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMé. 

^gardes  que  tout  me  suient  li  jouene  et  11  cenu.'* 
Arides  les  enmaine  qui  sist  è  Y  bai  crenu, 
è  r  yal  de  Josafas,  parmi  i.  pré  hierbu.^ 
ancois  que  li  Gadrain  soient  aperceu, 
lor  salent  li  Grijois  parmi  i.  pré  herbu;  5 

teus  a  son  escu  sain»  qui  jà  Tara  fendu. 
Quant  li  rois  ot  oi  parler  le  mesagier, 
mult  tos  se  fist  armer  et  bien  aparillier; 
tout  couvert  li  amainent  Bucifal  le  légier; 
en  toute  Tost  de  Grese  n'ot  si  isnel  corsier.  10 

Alixandres  i  monte,  c'ainc  n'i  balla  estrier, 
et  tenoit  en  sa  main  i.  bastonciel  légier, 
F.  26*   et  vet  de  renc  en  rené  cescun  dire  et  proier. 
„signor,  ne  vus  caut  mie  d'entendre  à  gaegner; 
„mais  des  cevaus  ocire  et  d'aus  adamagier.  15 

„quar  se  Dex  m'en  laisoit  sens  et  sauf  repairier, 
„à  cascun  donrai  tant,  se  il  le  vint  baillier, 
„c'on  parlera  tou  dis  d'Alixandre  d'Alier." 
et  li  Griu  respondirent  :  „penses  de  Y  cevaucier" 
qui  lors  Teist  cescun  es  estriers  aficier,  20 

et  estraindre  ses.  armes,  son  escu  enbracier, 
et  regarder  s'espies,  se  lance  paumoier, 
de  boine  gent  veir  se  puet-on  delitier. 
Aristes  les  enmaine  qui  n'ot  soig  de  plaidier, 
et  s'est  férus  è  Y  cors  de  manois,  sans  lancier;  25 

tant  a  perdu  de  Y  sanc  que  ens  se  pot  bagnier, 
por  quant  s'ot  fait  sa  plaie  bender  et  fierloier, 
d'une  bende  de  pale  estroitement  lacier. 
Alixandres  Tesgarde,  Toit  ses  plaies  sainier, 
par  mi  le  bendeure  le  vermel  sanc  raier  30 

et  dégoûter  à  val  desi  ens  è  Y  braier, 
de  r  caut  et  de  la  laste  forment  afoibloier; 
por  cou  qu'il  le  vit  pale  et  de  sanc  eswidier, 
de  remanoir  li  prie,  n'a  cure  de  noisier; 
et  cil  11  respondi:  „yoles  moi  avillier.  35 

,Jà  puis  ne  me  devroit  proudon  laier  mangier 
„à  table,  ne  seoir  en  renc  à  ceyalier. 
1)  /e«  un  broiUei  foiUu. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  153 

„que  jou  me  reposase  et  caus  laiaBse  arier, 
,»que  jou  laiase.  ceus*  à  eus  sans  recouvrier; 
„ciertes»  ains  me  lairoie  tous  les  membres  trencier. 
„ne  sace  com  eus  est,  se  Tient  as  cols  paier; 
„encor  i  ferrai-jou  de  Tespée  d'acier/'  5 

quant  l'entent  Alixandres,  n'i  ot  que  côurecier; 
Emenidus  regrete  qui  tant,  fait  à  prisier. 
„sire,  dist  Tbolomes,  ne  1'  deuisies  laier 
„sans  nostre  corps  aler,  quant  tus  tant  TaTes  cier/' 
>-  Tholomes,  dist  li  rois,  jou  Ti  toc  euToier,  10 

„por  cou  qu'est  plus  seurs  que  castiaus  sor  TiTier/' 
tous  les  maine  Aristes  parmi  i.  Tal  plenier, 
que  n'en  sot  mot  Betis  quant  les  Tit  desrengier. 
quant  11  Grijois  connurent  Alixandre  d'Alier, 
et  le  souscors  de  l'ost  ki  lor  Tenoit  aidier,  tô 

puis  n'i  ot  si  malade,  ne  s'afice  è  1'  destrier; 
et  sonnèrent  lors  cors  por  lor  gent  raliier. 
à  une  part  de  Y  camp  estoient  li  fourier; . 
Tirent  lor  conpagnons  forment  estoutoier; 
iiii.  des  xii.  pers  retenir  et  loiier,  20 

Calnu  et  Lincanor  et  Lione  le  fier, 
Antigonun  de  Grese  qui  tant  fait  à  prisier; 
lor  enprisent  i.  poindre,  por  lor  pris  essaucier. 
li  dus  Betis  esgarde  Ters  les  puis  de  Gibier, 
Tit  le  force  des  Grius  contre  lui  ceTaucier,  25 

Alixandre  meisme  ses  batalles  rengier, 
l'ensegne  desploié  Tenir  è  1'  cief  premier; 
ains  puis  n'i  ot  parlé  de  tenir  prisonnier, 
et  a  dit  as  Gadrains:  „esgardes,  mi  princier. 
„Tes  la  gent  Alixandre  contre  nous  ceTaucier.  30 

„ancui  pense  li  rois  sor  nous  à  gaegner; 
„gardes,  quar  c'est  besoig;  soions  félon  et  fier, 
„et  gardons  bien  le  camp  as  espées  d'acier. 
„onques  mais  ne  troTames  tel  gent  à  acointier; 
„mius  Tant  amis  en  coite  que  argens  ne  or  mier."        35 
F.  26'       Bone  cheTalerie  est  mult  rices  trésors; 

quant  li  rois  Tint  as  Grius,  grans  besoins  estoit  lors; 
Emenidus  d'Arcade  estoit  naTrés  è  1'  cors 


154  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARME. 

et  Pilote  abatu  et  navrés  Lincanors, 

et  Calnus  ensement,  Aristes  et  Salors, 

et  SaDses  mors  gietés  et  li  quens  Abilors. 

n'i  soient  pas  de  1'  pas  bruns,  ne  baucans,  ne  sors. 

s*auques  targast  li  rois,  pris  i  eust  tel  mors  5 

que  de  nos  vii®-  homes,  n'en  fust  gaires  estors; 

lors  regretent  li  Griu  le  roi  et  ses  esfors. 

Uuec  il  li  Grijois  sunt  as  Gadrains  mellé, 
veiscies  i.  estor  périlleus  et  douté; 

forment  i  ont  perdu  li  hardi  désarmé.  10 

li  rois  point  Bucifal  des  esporons  doré, 
et  met  lance  sour  feutre,  si  a  premiers  josté; 
fiert  Colas  de  Nubie  qui  li  fu  encontre, 
si  que  parmi  le  boucle  sunt  li  escu  tecé. 
Colas  brisa  sa  lance  o  le  frasne  plané,  15 

mais  li  rois  le  féri,  qui  l'auberc  a  fausé, 
fust  et  fier  et  pignon  parmi  le  cors  bouté, 
et  Tarcon  de  la  siéle  par  deriëre  troé; 
toute  plaine  sa  lance  l'enporte  en  mi  le  pré 
et  très  par  mi  le  cors  à  le  tiere  est  aie;  20 

puis  crie:  Macidone,  s'a  là  branc  entesé, 
et  va  férir  Galafre,  i.  duc  de  grant  fierté; 
desi  que  es  espaules  l'a  fendu  et  copé. 
li  dus  Betis  le  voit,  si  a  le  cief  croie 
et  dist:  „se  cil  vit  longes,  malement  ai  ouvré/'  25 

il  et  V.  cevalier  sunt  celé  part  aie; 
li  iiii.  le  férirent  desour  l'escu  bouclé 
et  li  quins  desor  l'elme  que  tout  Ta  estonné; 
deseure  Bucifal  ont  le  roi  enversé. 
es  vous  à  le  rescouse  Clincon  et  Tolomé,  30 

et  ont  en  lor  conpagne  m.  chevaliers  armé; 
là  veist-on  des  brans  tant  niste  cop  doné, 
tant  puig  et  tante  leste  de  chevalier  copé. 
li  dus  Betis  le  vit,  si  a  son  cief  croie; 
por  cou  qu'il  le  vit,  s'en  fu  forment  aire.  35 

Betis  vit  Alixandre  qui  as  siens  est  mellés; 
jà  en  a  plus  de  vîi.  à  tiere  craventés, 
le  grant  prese  desronpre  à  son  branc  acéré. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  155 

et  ne  flert  cheralier  qui  ne  soit  afolés. 
„8ignor,  ce  dit  Betis,  i.  petit  m'entendes. 
,Je  TOUS  ai  tous  noris,  servis  et  ounorés, 
„et  promis  mes  avoirs  et  ricement  donnés; 
„ens  bienfais  à  V  besoig  doit  estre  reprovés.  5 

„8e  proudom  le  reçoit;  tos  ert  gueredonés. 
;,d'un  afaire  vus  prie  que  raison  esgardes. 
„cis  noviaus  rois  de  Grese  nos  quide  avoir  trovés. 
„à  r  semblant  que  il  fait  est-il  fols  et  dervés,  • 
„et  est  outrequidiés  et  trop  desmesurés.  10 

„par  force  quide  avoir  et  castiaus  et  cités. 
„de  mes  homes  c'a  mors  sui  forment  aires; 
„dire  pueent,  ce  sui  trop  mauves  avoés; 
,Jà  erent  mort  de  doel,  se  bien  n'est  encontrés. 
^certes  mius  volroie  estre  par  mi  le  cors  navrés  15 

„et  pris  et  retenu  et  de  1'  tout  afolés, 
„que  li  fins  Felippon  soit  de  nous  si  doutés; 
„c'or  ne  soit  atendu  de  tans  rices  armés. 
„en  tant  rice  besoig  ai  esté  esprovés, 
F.  26'   „ains  que  par  ce  deceus,  serai  o  lui  joustés;  20 

„s'il  est  or  à  cest  poindre  i.  petit  reusés, 
„tos  nos  ceroit  as  autres  plus  de  poins  en  i.  dés, 
„et  reseroit  li  jus  en  autre  point  tomes. 
„puis  que  enfes  s'esmaire,  à  peine  ert  recouvrés; 
„de  i.  jouenes  orgius  ert  tos  anientés.  25 

„plus  donc  jou  l'esfories  que  les  autres  ases , 
„quar  c'est  la  flors  de  l'ost,  sacies  par  vérité. 
„et  cil  Emenidus  ki  les  a  amenés, 
„il  n'est  outrequidiés  et  trop  démesurés; 
„mai8  mult  frans  et  mult  prous  et  mult  bien  atemprés  30 
„et  s'est  bons  chevaliers,  com  veir  le  poes. 
„encor  ne  nos  art-il,  jà  par  nous  n'ert  blasmés, 
„quar  ne  doit  chevaliers  estre  avant  lui  loés. 
„ancois  qu'il  soit  conquis,  sera  si  conparés 
„que  loiqement  en  iert  li  damages  plorés;  35 

„ce  n'est  mie  mervelle  s'U  est  auques  doutés; 
„par  mervillous  esfort  est  ses  escus  portés. 
„sacie8  que  de  haut  cuer  li  vient  si  grans  fiertés. 


156  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

nS'il  est  d'un  roit  espiel  parmi  le  cors  navrés." 

atant  es  vus  le  roi  venu  tout  desreés,. 

Tescu  par  les  enarmes,  en  Tàuberc  aclinés, 

et  Tholomes  apriès  et  Clincon  desreés, 

et  tous  les  autres  Griu  que  li  rois  ot  casés.  5 

là  fu  mains  confanons  desploiés  et  mostrés 

et  mains  aubers  doubliers  menuement  safrés, 

et  mains  rices  escus  d'or  et  d'argent  listés, 

et  mains  elmes  brunis  menuement  iesmés, 

et  mains  brans  enosciés  et  frais  et  tronconés,  10 

cieres  reconnissances  et  pignonciaus  fremés. 

de  toutes  pars  de  Y  roi  s'acoste  ses  bamés, 

mais  or  sace  li  rois,  et  ce  est  vérités, 

qu'il  n'est  mie  à  cel  poindre  des  Gadrains  refasés. 

Betis  est  de  ses  hommes  mult  bien  aseurés,  15 

c'uns  n'en  fuira  de  camp  iiii.  pies  mesurés, 

se  ancois  ne  lor  dist,  cou  est  la  vérités, 

qu'à  guérison  se  traient,  que  trop  soient  grevés. 

es  vus  les  ii.  orgius  à  i.  caple  igoustés; 

des  escus  et  de  armes  i  fu  grande  clartés.  20 

là  ne  fu  chevaliers  par  autre  ranpronés, 

par  bouce  maneciés,  ne  d'autrui  desfiés; 

mains  rices  cos  i  fu  férus  et  présentés, 

mains  escus  perciés  et  mains  aubers  fausés, 

et  mains  brans  enociés  et  frais  et  tronconés.  25 

li  cemin  sunt  joncié  des  mors  et  des  navrés; 

dire  peust  por  voir,  qui  fust    d'iluec  tornés, 

c*onques  puis  icel  jor  que  Adans  fu  formés, 

ne  fu  si  biaus  encontres  veus  ni  esgardés. 

Emenidus  esgarde  le  fier  encontrement  30 

que  Betis  lor  a  fait  isi  hardiement, 
et  le  force  des  Grius  qui  se  bruit  et  estent, 
tout  se  fièrent  en  aus,  sans  espoentement; 
li  rois  tous  premerains  qui  ne  va  mie  lent, 
Clincons  et  tous  U  autre  i  fièrent  durement;  35 

mais  nus  n'i  donc  cos,  ne  reçoit  ensement, 
quar  Betis  les  encontre  mult  aireement, 
et  n'i  a  fait  samblant  de  nul  faintisement, 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  157 

et  Tholomes  après  qui  ne  ya  mie  lent, 
et  d'une  part  et  d'autre  oient  espesement. 
Emenidus  d'Arcade  en  a  vis  boinement, 
F.  27*   por  icou  que  Betis  isi  bien  les  enprent; 

quar  ors  aront  li  Griu  auques  de  lor  couvent.  5 

si  fisent  as  fouriers  itel  acointement, 
quant  les  orent  enclos  à  1'  destroit  jugemei\t; 
encontre  Tost  de  Grese  qui  est  esforcement, 
et  meismes  le  roi  encontre  durement; 
ses  conpagnons  apele,  si  lor  dist  boinement:  10 

„mult  ares  hui  sofiert  et  esté  en  tonnent 
„et  estes  tout  nayré;  cescuhs  grant  dolpr  sent. 
„cil  pert  tout  son  bienfait  qui  en  fin  se  repent. 
„s'or  ne  nos  maintenons  devant  aus  vivement, 
,>qui  sunt  venu  tout  fresc  de  lor  enbuscement  15 

„à  eus  trairont  le  pris  de  l'envaisement. 
„bien  fais  au  daeraîn,  cil  enporta  sovent; 
„mais  nos  veromes  jà,  se  Dex  le  nos  consent, 
.,,li  quel  tenroient  mius  i.  dur  tomoiement, 
„u  nous  u  li  novel  qui  ci  sunt  en  présent.  20 

„encor  n'a  Tholomé  son  pelicon  sanglent, 
„ne  le  ceval  Clincon  ne  voi-jou  pas  sullent, 
„et  dirons  auques  tuit,  après  vin,  erraument, 
„qu'il  nous  ont  tous  rescous  de  mort  et  de  tonnent, 
„ne  de  notre  bienfait  ne  parleront  nient.  25 

„si  jou  ensi  li  suefre  ;  Dame  1'  Dex  me  cravent , 
„se  jou  ne  lor  fac  hui  plus  lonc  arestemept. 
,Jou  sui  Emenidus  ù  toute  l'os  apent 
„à  mener  en  conduit,  desor  est  rangement , 
„8i  que  jou  aie  de  1'  roi  don  et  otriement.  30 

„e,  ferrant!  c'or  le  fai,  jou  en  ai  bon  talent. 
„envie  de  1'  bien  faire  et  frétés  m'en  enprent. 
„mult  vus  ai  esprové,  aine  ne  vus  trovai  lent; 
„se  ci  me  falies  or,  vus  me  feries  dolent." 
il  enbrace  l'escu,  par  l'enarme  .le  prent,  35 

des  esporons  le  hurte;  cil  li  saut  durement, 
ases,  en  poi  de  terme,  cort  de  tiere  i.  arpent; 
ne  s'i  tenist  au  cors  li  bruns  de  Bonivent 


158  COMBAT  DU  PAUVRE  DISSARNB. 

que  Tholomes  prisoit  ses  xv.  pois  d'argent. 

jà  lor  fera  tel  cose  dont  mult  erent  dolent; 

si  en  aront  envie  plus  de  m.  et  rii.  c. 

c'or  li  lettre  le  dist,  se  Testore  ne  ment, 

et  meismes  Betis  hara  mult  sen  présent;  5 

mult  li  &st  de  laidure,  ains  lor  desoiyrement. 

Estout  furent  li  rené  et  pérîllous  et  fier, 
et  la  noise  mult  grans  as  lances  abaisier, 
li  rois  et  Tbolomes  et  Clincons  tout  premier, 
et  li  baron  de  Grese  qui  en  sont  coustumier  10 

de  grans  mêlées  faire  et  estors  commencier. 
mais  il  ne  Y  porent  dire  et  je  l'os  tesmognier, 
qu'il  ne  volrent  lor  armes  ne  vendre,  ne  cangier. 
cil  de  Gadres  se  tienent  qu'il  ne  voelent  plaisier; 
ains  lor  vienent  si  tos  com  pueent  cevaucier.  15 

là  peuiscies  veir  dure  gens  acointier, 
n'i  oisies  parler  de  nului  ensignier; 
mult  se  paine  U  uns  de  l'autre  damagier. 
là  veiscies  ces  lances  en  ces  escus  ficier, 
et  ces  obers  fauser  et  ces  cercles  trencier,  20 

et  ces  espées  fendre  et  tordre  et  enoscier, 
et  tant  cop  traversain,  maint  autre  droiturier 
dont  par  tiere  gisoient  maint  cors  de  chevalier, 
à  une  part  de  1'  camp  furent  tout  li  fourier, 
F.  27^   por  lor  cors  reposer  et  por  ans  refroidier;  25 

ne  cuidoient  hui  mais  à  l'estor  aprocier, 
quar  conbatu  estoient  li  xx.  as  xx.  milliers; 
non  por  quant  il  deusent  lor  armes  despoullier, 
mais  tant  redoutent  honte  et  vilain  reprovier 
et  le  franc  conestable  qu'es  ot  à  justicier,  30 

por  quant  s'il  n'ont  aubère,  ne  gamiment  entier, 
si  revont-il  ensamble  por  proecce  asaier. 
lors  poignent  tôt  asamble  o  le  confanonier. 
Emenidus  lait  corre  tôt  aval  i.  sentier 
ferrant  qui  si  l'enporte,  ne  tenes  à  lanier;  35 

quar  tous  li  plus  isnel  sunt  à  lui  escacier. 
très  de  devant  les  ious  Alixandre  d'Aller, 
ala  ferir  Betis  qu'il  n'avoit  gaires  cier; 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  1 59 

n'oistes,  por  i.  cop,  escu  si  esmiier. 

il  li  trance  les  las  et  Tescu  fait  percier, 

et  les  malles  estendre  de  V  bon  aaberc  doablier; 

desoas  le  grose  coste  li  fist  le  sanc  raier, 

et  le  cauce  de  fier  et  Tesporon  moallier.  5 

tant  roidement  l'abat  à  tiere  de  L'  destrier 

que  le  quin  de  son  elme  fait  en  tiere  ficier» 

en  pièce  ne  peust  par  lui  seul  redrecier. 

Alixandres  resgarde,-se  1'  couru  enbracier, 

et  lait  en  mi  le  camp  Betic  tôt  estraier;  IQ 

pris  le  peust  avoir  por  loisir  et  liier, 

courut  Emenidus  acoler  et  baisier, 

et  oiant  tous,  li  dist,  ne  li  rot  consillier: 

„béneois  soit  li  pains  que  tous  deves  mangier, 

„quar  vus  aves  proecce  et  bonté,  sans  dangier.  15 

„ainc  hom  ne  vus  trouva  vilain  ne  novelier, 

„ne  aine  jor  ne  vosistes  servir  de  losengier. 

„dès  hui  matin  aves  soufert  cest  enconbrier; 

„fénis  estes  ë  1'  cors,  jou  vus  voi  bien  sainier; 

„et  or  peuste  si  celé  lance  emploier,  20 

„que  il  n'a  sou  siel  homme,  ne  s'en  puist  merviller. 

„qui  vus  va  de  mesnie,  bien  se  doit  rehaitier, 

„quar  nus  miudres  de  vus  ne  puet  lance  brisier; 

„vus  et  ferrans  ne  faites  pas  à  desconpagnier. 

„Dex  vus  puist  garandir,  qui  tout  puet  justicier,  25 

„et  me  laist  veir  l'eure  que  vos  pusse  vengier. 

„se  perdu  vos  avoie,  qui  me  feroit  haitier? 

„n'auroie  plus  talent,  jou  quic,  de  dosnoier." 

à  cel  mot  se  desrengent  li  c.  et  li  millier; 

desous  le  duc  Betis  ot  fait  maint  péounier,  30 

de  boine  gent  veir  se  puet-on  rehaitier; 

cou  paru  sor  le  duc,  à  l'estor  commencier. 

là  veiscies  les  os  si  forment  angouscier, 

les  i.  poi  retenir,  les  autres  calengier; 

ases  en  poi  de  terme,  font  main  arcon  widier,  35 

maint  fil  de  france  dame  et  vermel  sanc  bagnier; 

qui  qu'en  doie  estre  lies,  u  auques  couroucier. 

bien  le  font  li  Gadrain,  à  cel  estor  premier; 


160  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

vasal  sunt  et  proudome,  por  lor  signor  aidier; 

quar  por  paor  de  mort  ne  li  volrent  laier. 

Gadifiers  point  et  broce,  qui  ne  s'i  yot  targier, 

il  et  si  compagnon  por  le  duc  redrecier; 

à  ceval  Fa  remis,  qui  qu'en  doie  anoier.  5 

Gadifiers  sist  armés  sor  beart  d*Escalone; 
ains  miudres  ne  manja  de  fuere  ne  d'avoine, 
menuement  tressant,  quant  i.  poi  le  tangonne; 
F.  27®  contre  mont  i.  pendant,  son  ceval  esporonne, 

desour  ses  iiii.  pies  la  .tiere  bruit  et  sone.  10 

premerains  encontra  l'amiral  de  Mansone; 

cil  tenoit  en  Nubie,  Malvisier  et  Maronde, 

et  toute  la  marine  trosqu'en  la  haute  nonne. 

par  le  fier  de  sa  lance  Gadifiers  l'araisone. 

si  le  fiert  en  l'escu  que  tout  le  desarcone;  15 

haubers  ne  li  valu  nient  plus  qu'une  gonne. 

à  r  partir  de  la  siele,  li  couralle  li  soune; 

drois  est  que  cil  le  blece,  qui  si  ruste  cop  done; 

hom  qui  si  wide  siele,  doit  bien  porter  coronne; 

c'or  n'ot  millor  vasal  des!  que  Aragone;  20 

aine  not  tel  hardement  nule  tele  persone, 

lion  ne  autre  beste  qui  famine  tangone. 

Gadifiers  fet  samblant  que  de  rien  ne  s'esfroie, 
et  rasamble  sa  gent,  cou  qu'il  pot  et  aloie 
et  a  dit  à  ses  homes:  „volentiers  vengeroie  25 

„ma  perte  et  mon  damage  à  rescoure  la  proie.'* 
et  li  Gadrain  ont  dit:  „dehait  n'ait,  ne  Totroie.'* 
lors  a  point  le  ceval  et  l'ensegne  desploie; 
au  mataient  qu'il  ot,  encontre  en  mi  sa  voie 
i.  Griu  mult  bien  armé,  mes  à  mort  se  desroie;  30 

quar  Gadifiers  le  fiert,  qui  l'escu  li  pechoie. 
aubers  ne  li  valu  nés  c'un  bliaut  de  soie, 
que  très  par  mi  le  cors  son  confanon  envoie; 
au  partir  de  la  sele,  l'arme  de  1'  cors  envaie, 
Alixandres  le  voit;  quidies,  ne  li  anoie,  35 

et  dist:  „ve8  come  cil  ces  rustes  cos  emploie.** 
lors  a  point  Bucifal  et  l'ensegne  desploie, 
et  Gadifiers  escrie,  mes  lui  ne  caut  qu'il  oie: 


coubat  du  pauvrb  désarmé.  i6i 

^Emenidus  d'Arcade,  se  por  tous  ne  1'  laisoie, 

„por  tous  caus  qui  ci  sunt,  le  camp  ne  guerpiroie/' 

—  ne  por  moi,  dist  li  rois.  —  non  mie,  se  jou  pooie. 

„cheyalier8  com  asnon  se  tamie  et  aboie. 

„6adifiers  de  Y  Lairis,  por  coi  le  celeroie?  d 

lors  dist  à  Alixandre:  „yasal,  c'or  te  renoie. 

,Jou  te  donrai  grant  tiere  qu'à  ton  oes  conquerroie 

et  Gadifiers  respont:  „dehait  ait  qui  l'otroie. 

„est  cou  donques  largecce,  d'autrui  large  coroie. 

„mult  seroie  hounis,  se  jou  icou  faisoie,  10 

„se  mon  lige  signor,  por  avoir,  guerpissoie; 

„dont  poroit-on  bien  dire  que  traitres  seroie." 

Li  dus  Betis  de  Cadres  vôt  le  camp  calengier, 
et  li  rois  Alixandres  le  cuide  desrainier, 
et  le  mort  de  Sanson  et  des  autres  vengier.  15 

ilueques  reiscies  i.  estor  mult  plenier; 
tant  escu  estroé,  tante  lance  froisier, 
les  i.  tomer  en  place,  les  autres  encaucier, 
recouvrer  les  hardis  et  les  félons  plaisier, 
et  ces  yasaus  yerser  et  ces  sieles  nvidier,  20 

des  mors  et  des  navrés  la  campagne  joncier. 
qui  lors  yeist  le  roi  par  le  camp  eslaisier, 
Tholomé  et  Clincon,  bien  peust  tesmognier, 
as  espées  trancans  com  soient  carpentier. 
Betis  lor  vient  encontre,  mes  forment  lor  vent  cier,     25 
et  vet  ferir  i.  Griu  en  l'escu  de  quartier, 
que  tout  li  porfendi  et  Tauberc  desmallier, 
fiist  et  fier  et  pignon  par  mi  le  cors  plaier, 
si  que  devant  le  roi  li  fait  siele  widier, 
et  Gadifiers  i.  autre  qu'il  le  fait  trébucier;  30 

F.  27'  tant  roidemenl  l'abat  qu'il  le  fait  esmiier. 

teus  ii.  lor  descevauce,  n'ont  de  mie  mestier, 

quar  si  cop  de  bien  faire  font  à  aus  rehaitier, 

esmaier  les  couars,  les  preus  acoragier; 

comme  cil  qui  bien  sot  son  corage  vengier  35 

son  anemi  grever  et  son  ami  aidier. 

avoec  sa  grant  proecéè  et  son  corage  fier 

savoit-il  mult    plus  d'armes  qu'esmerius  en  gibier. 


162  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

Emenidus  d'Arcade  ne  ï  yot  mie  laiier, 
c/or  ne  face  i.  eslais  por  les  Grins  rehaitier, 
jà  yeront  à  cest  poindre,  se  il  se  set  aidier. 
il  a  hurté  ferrant  des  esporons  d'or  mier 
et  il  li  yet  plus  tos  d'un  faucon  montenier.  5 

et  ki  donques  veist  ferrandin  le  légier, 
dire  peust  por  voir:  yes  là  mult  bon  destrier, 
tant  com  cevaus  pot  corre,  va  férir  le  premier 
que  fout  le  plus  hardi  en  a  fait  esmaier; 
puis  yet  è  I'  plus  espes  parfondement  plongier,  10 

sortir  le  fait  arrière,  le  trait  à  i.  arcier; 
quar  autrement  les  vait  as  grans  cos  apeier, 
com  fait  les  estormiaus  li  vols  de  l'espervier. 
tele  voie  li  ont  faite  trestout  li  plus  guerrier, 
c'on  puet  bien  plainement  après  lui  cevaucier;  15 

quar  il  n'i  a  si  cointe,  ne  face  arcon  widier, 
u  le  tieste  voler  u  en  son  sanc  bagnier. 
i.  amiral  encontre,  se  1'  fiert  sans  aresnier, 
de  si  grande  aleure,  com  ceurent  li  destrier; 
le  fait  en  mi  le  camp  de  la  siele  widier. 
tant  entent  à  bien  faire,  n'a  soig  de  gaegner;  20 

le  ce  val  commanda  à  i.  des  Grius  bailUer, 
et  cil  i  monta  tos,  car  il  en  ot  mestier. 
qui  lors  veist  le  duc  ses  batailles  cierkier, 
l'un  mort  deseure  l'autre  verser  et  trébucier, 
dire  peust,  por  voir,  qu'il  est  bons  cevalier;  25 

à  peines  peuist^on  i.  millour  acointier. 
Alixandres  l'esgarde,  prist  soi  à  mervillier 
comment  se  pot  tant  d'armes  pener  et  travillier 
„Tholome8,  dist  li  rois,  cestui  doit-on  prisier, 
„qui  si  perce  l'estor  et  les  rens  fait  ploier,  30 

„et  les  lances  donner  qui  si  set  enploier; 
„bien  a  cort  deservie,  sans  vilain  reprocier; 
„quar  nus  miudres  de  lui  ne  puet  lances  baillier/' 
—  sire,  dist  Tholomes,  bien  le  poes  jugier. 
„por  i.  bien  ruiste  estor  finer  et  commencîer,  35 

„ne  vi  onquës  miilor  as  lances  abaisier/' 
Quant  li  dus  Betis  vit  Alixandre  et  l'ensegne 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  163 

qui  tant  est  orgiUoas  et  sa  gent  si  estragne, 

que  ne  le  puet  soufrir,  fuir  ne  li  degne, 

membre  lui  de  proeece,  que  cil  dist  ki  bargagne, 

que  mauvais  acat  fait,  qui  plus  pert  que  gaagne. 

sa  gens  par  devers  lui  se  trait  vers  la  montagne  5 

et  li  Grijois  les  suient,  n'i.a  cel  qui  se  fagne. 

li  dus  est  arestés  è  Y  cief  d'une  campagne  ; 

teus  i  muet  por  jouster,  qui  ens  son  sanc  se  bagne. 

Gadifiers  vit  le  roi  et  les  Grius  engramir 
et  détomer  de  place,  durement  aatir;  10 

bien  lor  quident  par  force  la  grant  plagne  tolir; 
mais  jà  tant  que  il  puist  le  destroit  maintenir, 
n'en  partira  s'il  puet,  car  trop  het  le  fuir. 
Clincons,  le  fius  Calduit  qui  les  rens  fait  frémir, 
F.  28*  vit  devant  les  Gryois  à  esporons  venir;  15 

li  ceval  desous  lui  fait  la  tiere  tentir, 
des  callaus  et  des  pieres  le  cler  fu  resplendir. 
Gadifiers  ki  bien  sot  i.  chevalier  férir, 
le  laise  sormonter  et  lui  outre-bondir; 
et  quant  le  voit  en  forme,  que  ne  pot  pas  guencir,      20 
lors  li  laise  ceval,  lance  et  escu  guerpir.  ^ 
devers  destre  le  prent,  ne  vot  pas  mesfalir; 
ains  sera  condolant,  s'il  ne  1'  puet  consiuir. 
tant  corn  li  bais  l'emporte,  ala  Clincon  férir, 
que  l'auberc  de  son  dos  fait  ronpre  et  desartir,  25 

desous  le  grose  coste  fuste  et  acier  sentir, 
que  de  Y  ceval  l'enporte,  par  si  très  grant  air, 
que  le  quin  de  son  elme  fait  en  tiere  férir, 
tout  li  tôt  le  parler,  le  veir  et  l'oir, 
et  par  bouce  et  par  nés  li  fait  le  sanc  salir.  30 

entr'aus  vait  le  destrier  parfondament  saisir; 
les  règnes  met  es  bras,  si  s'en  va  à  loisir, 
onques  n'i  vot  escu,  ne  le  lance  saisir; 
quar  li  Griu  s'arestèrent,  qui  si  font  grant  sospir 
por  Clincon  qu'il  quidoient  qu'ilues  deust  finir.  35 

Tholomes  fet  tel  noise  que  il  l'estut  tenir, 
et  li  a  dit:  „conpain8,  pores-vus  ent  garir?'' 
parole  li  revient,  les  ious  prist  à  ouvrir; 

11* 


164  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARME. 

il  est  de  fier  corage,  ne  se  vot  asouplir, 

ne  ne  yot  les  barons  por  lui  plus  engramir; 

ains  s*escria  en  haut  por  les  Grius  esbaudir: 

,, ramenés  mon  ceval,  fait-il,  que  trop  désir; 

„celui  ai  encontre  qui  si  m'a  fait  jésir.  5 

„se  Deu  plest,  ains  de  moi  veres  autrui  finir." 

i.  ceval  li  amainent,  bien  se  pot  aatir 

que  il  n'ot  plus  isnel  en  Tempire  de  Tyr; 

et  cil  i  monta  tost,  qui  fera  son  cair 

cièrement  conparer,  aîns  qu'il  doie  anuitir.  10 

E  r  cief  d'une  montagne  montèrent  li  Gadrain; 
ne  criement  que  devant,  à  l'entrée  d'un  plain; 
ilueques  arestèrent  tout  li  plus  daerain. 
teus  i  muet  por  jouster,  ki  canje  son  lorain; 
as  ars,  as  sajetaires  que  cil  traient  certain,  15 

perdirent  li  Grijois  qui  de  jouster  sunt  vain, 
les  cevaus  et  les  vies  perdirent  li  procain; 
durement  se  conbatent  è  1'  val  de  jouste  Ain. 
mais  onques  ne  veistes  cierf,  ne  cievroel,  ne  dain 
si  tos  corre  par  lande,  com  Clincons  fait  par  plain.       20 
mervillous  cos  se  douent,  car  mult  murent  lontain; 
li  escus  de  son  col  ne  li  valu  i.  pain, 
par  mi  toutes  les  armes  fausèrent  li  lorain. 
Clincons  brise  sa  lance,  le  trous  tint  en  sa  main, 
si  grant  cop  li  dona  sor  Telme  Castelain  25 

que  trestout  l'adenta  sor  l'arcon  premerain. 
de  jouste  s'acosta  et  met  la  main  au  frain; 
autresi  pris  l'enmaine  com  li  ostoirs  l'aubain. 
le  roi  de  Macidone  ne  rent  par  le  caufrain; 
Alixandre  le  balle  i.  cevalier  Glarain  30 

et  cil  H  donc  ostage  de  m.  mars  è  1'  demain. 

A  grande  seurtance  toma  li  dus  Betis, 
c'or  en  tel  seurté  est-il  hui  entremis, 
hui  mais  ne  perdera,  por  homme  qui  soit  vis, 
et  point  le  vair  destrier,  si  est  fors  à  V  plain  mis,       35 
et  ot  en  sa  conpagne  tes  iiii.  m.  de  pris, 
F.  28^   (pe  bien  i  a  i.  seul,  ne  soit  d'armes  eslis; 

mais  de  Vasart  le  conte  fu  dolant  k'il  fu  pris. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  165 

li  das  Betis  envait  de  bien  faire  pensis; 

mult  Jentilment  l'onporte  li  vairs  cevaus  braidis  ; 

ases  en  poi  de  terme  sera  de  lui  partis; 

par  L  baron  de  Grese  fu-il  cel  jor  conquis; 

Tholomes  Fenniena,  ses  morteus  anemis,  5 

et  fiert  le  duc  Betis,  voiant  ii">-  Gris, 

que  de  1'  ceval  l'emporte,  s'a  les  arçons  guerpis, 

tant  roidement  l'abat  en  mi  le  plaseis 

que  ses  elmes  à  or  en  fn  tous  entieris; 

et  cairent  à  val  les  blances  flors  de  lis.  10 

par  les  règnes  à  or  fu  li  ceyaus  saisis, 

et  l'enmena  o  lui  en  i.  lontain  pais. 

11  rois  de  Macidone  l'ot  le  jor,  ce  m'est  vis, 

en  icelle  balise  ù  Porrus  fu  ocis, 

et  apriès  le  donna  Dans  Calnu  Menalis.  15 

Huit  fu'grans  li  estors  ens  es  cans  Dorius 
et  li  estors  mortes  ù  li  dus  fu  caus. 
Dalis  i.  quens  de  Perse  i  point  tous  irascus, 
et  Natans  l'orgillous  et  Carans  de  Lilus, 
que  li  nies  au  roi  Daire  qui  ot  non  Calebrus,  20 

et  ot  en  lor  conpagne  bien  ilii"**  escus. 
deseure  lui  arestent  et  traient  les  brans  nus; 
por  le  duc  retenir  i  fu  mains  cos  férus; 
mais  ne  pot  remonter,  car  trop  estoit  batus 
de  tronçons  et  d'espées  que  tous  en  fu  confus.  25 

i.  ceval  li  amaine  qui  fu  baucans  crenus; 
li  dus  se  prent  au  frain,  à  Y  ceval  est  venus, 
mais  ancois  qu'il  i  monte,  li  sera  cier  vendus, 
par  l'estor  vait  poignant  Aristes  et  Caunus, 
ii.  des  barons  de  Tost  que  li  rois  aime  plus,  30 

et  ki  le  jor  avoient  le  duc  pris  et  tenu; 
de  r  ceval  le  hurtèrent,  si  qu'il  l'ont  abatu. 
desor  le  duc  Betis  fu  li  caples  tenus; 
branc  d'acier  retentisent  sor  ces  elmes  agus; 
Ginohoces  d'Aufrike  lor  rendi  tel  salus  95 

dont  tous  li  plus  hardis  fu  mas  et  esperdus. 
„or  penst  cescuns  de  soi,  car  li  cans  est  vencus; 
„a8  premeraines  joustes  cairont  jà  nos  vertus.'' 


166  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

et  li  dus  li  respont  qui  ne  fu  mie  mus: 

„jà  Dame  V  Deu  ne  place  que  en  soies  creus; 

„certes  vus  estes  pire  que  en  camp  recreus." 

Le  duc  Betit  remontent  si  home  natural, 
mais  ancois  i  ot  fait  des  espées  maint  mal.  5 

la  bataille  Alixandre  est  armée  en  i.  ?al, 
et  11  rois  vint  devant  armés  sor  Bucifal; 
li  ensegne  de  soie  i  pendoit  contre  val, 
et  maint  grant  banière  de  soie  et  de  cendal. 
mult  le  fait  noblement  la  conpagne  roial.  10 

Gadiflers  reguençist  en  mi  aus,  rent  estai 
à  tout  iiii.  m.  Turs  de  la  gent  déloial. 
là  fu  grans  la  batalle,  tout  fièrent  communal; 
là  veiscies  doner  de  brans  tant  cop  mortal, 
et  décoper  maint  elme  à  or  et  à  esmal,  15 

maint  rice  Turc  verser  et  cair  de  V  ceval, 
au  fier  de  Testriviëre  jus  à  Fesporonal; 
bien  lor  puet  ramambrer  de  dolorous  jomal. 

Sunes  i.  chevaliers  qui  de  sorfait  ifa  cure, 
sages  hom  et  apris  de  tele  atempreure;  20 

F.  28^   onques  n'ama  desroi,  ne  folle  démesure, 
mes  argent  et  deniers  sor  toute  créature, 
d'un  povre  chevalier  se  rendist  aine  parjure, 
que  iii.  deniers  en  pierde  par  itant  de  faiture. 
au  duc  en  est  venus  plus  tos  que  Fambleure,  25 

et  li  a  dit:  „biau  sire,  or  esgardes  mesure. 
„vus  lestes  rlces  hom  et  de  grant  teneure, 
„et  estes  bien  manans  et  en  rice  pasture; 
„asses  as  pain  et  vin  et  autre  foufeure, 
^brebis,  vaces,  bdes  et  autre  foureure,  30 

„et  tel  famé  qui  est  et  rouit  nete  et  mult  pure. 
„porquant  se  on  me  gabe,  je  le  tieng  nete  et  pure, 
„vies  cote,  vies  cemise  et  viese  caucenre, 
„et  copon  de  candelle  et  vielle  foureure» 
„gaalne  sans  coutlel  et  boucle  sans  cainture  ,  35 

„et  trop  vies  esporon  et  sans  çnboucleure. 
„mals  volentiers  en  sauf  deden^  sa  fremeure, 
„trainer  selonc  cou  vorrai  ma  noreture. 


COMBAT  DU  PAUVRB  D^ARMÉ.  167 

„qiiar  d'armes  a-on  tos  une  grant  bleceure;' 

„il  me  pert  au  costé,  ves-là  la  fiereure. 

„Dex  confonde  ces  Grins,  car  lor  oevre  est  trop  dure. 

„perdue  ai  la  batalle  par  ceste  fouleure. 

„voles-yus  moi  et  vus  mettre  en  tel  aventure ,  5 

„com  ces  autres  caitis  qui  n'ont  nés  vesteure. 

„alons-nos  ent,  biaus  sire,  fos  est  qui  trop  endure. 

„jà  ne  ruis  Alixandre  connoistre,  ne  sa  dure; 

,Je  doi  bien  envers  vus  dire  ceste  aventure, 

,,ains  plus  couars  de  moi  ne  vesti  armeure.  tO 

,,certes,  jou  ne  val  mie  une  pume  meure, 

„despui8  que  li  miens  cors  fu  sor  afeutreure.'* 

à  tant  se  part  de  V  duc,  s'enforce  s'aleure, 

sa  lance  met  à  tiere  dont  li  anste  ert  meure, 

et  li  dus  en  a  ris,  qui  pas  ne  s'aseure:  15 

„cuers  de  1'  ventre,  dist-il,  hom  de  fiëre  nature, 

„vus  n'estes  mie  estrais  de  foie  gent  cafure. 

„volentiers  arestes  en  grant  desconfiture. 

„cil  n'est  mie  valians  qui  vos  livre  pasture, 

„quar  tos  i  conquerries  et  engien  et  ardure/'  20 

Gadifiers  ot  grant  ire  et  li  pies  fu  mult  maus 
de  r  duc  qui  fu  caus,  ses  sire  naturaus; 
et  point  le  vair  destrier  qui  plus  tos  va  par  vaus 
et  par  tertres  agus,  c'autres  bestes  lingaus, 
et  Tholomé,  le  brun  qui  li  fait  les  grans  sans;  25 

si  grans  cos  s'entre-donnent  as  escus  as  esmaus, 
que  desous  les  blasons  trancièrent  les  cendaus. 
jà  tornast  à  grant  perte  à  lor  amis  camaus, 
et  fust  à  quelque  iust  celé  joste  mortaus , 
quant  les  lances  pecoient  ensamble  communaus.  30 

si  fort  sunt  encontre  Tun  l'autre  des  vasaus, 
que  li  escus  pecoient,  s'envolent  li  cristaus. 
li  oel  lor  estincelent  et  ronpent  lor  nasaus, 
lor  arcon  pecoièrent,  s'en  ronpent  les  poitraus; 
par  les  crupes  volèrent  ambedoi  des  cevaus.  35 

La  il  li  doi  vasal  sunt  à  tiere  chau, 
veiscies  i.  ester  fièrement  maintenu, 
et  oisies  tel  noise  et  tel  cri  et  tel  hu; 


168  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

quar  d'une  part  et  d'autre  furent  li  lor  venu, 
là  veiscies  par  ire  maint  pesant  cop  féru, 
et  tant  elme  enbaré  et  tant  Turc  porfendu, 
et  maint  bon  chevalier  de  la  siele  abatu. 
F.  28'   li  home  Gadifier  ne  sunt  pas  malostni,  5 

ains  l'ont  mult  vistement  à  l'estor  soasconi; 
fors  de  l'ester  l'ont  mis,  à  son  col  son  escu, 
et  ont  son  bon  ceval  par  force  retenu, 
remis  l'ont  en  la  sele  qui  bêle  et  rice  fu, 
quar  li  arcon  en  sunt  trestout  à  or  batu.  10 

estordis  fu  li  ber  de  1'  cop  c'ot  receu; 
quar  ne  valent  sans  lui  le  monte  d'un  festu, 
se  de  lui  seul  defalent,  li  autre  sunt  vencu. 
sor  le  destrier  s'afice,  s'a  le  mestier  veu 
et  le  besoig  qu'il  ont  de  lui  reconneu,  15 

quar  li  plusior  en  vont  de  bienfait  esmeu, 
que  il  le  quidoient  mort  et  fors  de  1'  sens  iscu. 
mais  li  bons  chevaliers  au  corage  cremu 
se  fiert  en  aus,  plus  joins  d'un  fauconcel  ramu, 
d'ire  et  de  lui  vengier  plus  enbrasés  de  fu.  20 

en  ses  armes  s'estraint  et  clôt  en  son  escu; . 
de  férir  s'aparelle  et  trait  le  branc  molu. 
hui  mais  ne  le  tenront  li  Grgois  por  lor  dru; 
tout  abat  et  ronpi  caus  c'a  aconseu. 
deseure  Tholomé  sunt  li  Griu  arestu;  25 

si  le  tnieve  gisant,  laidement  estendu, 
en  grant  pièce  n'i  ont  point  de  vie  veu, 
lors  pleurent  tenrement  li  grans  et  li  menu; 
parole  11  revint,  s'a  vers  ans  entendu; 
grant  joie  orent  de  lui,  quant  sunt  aperceu.  30 

com  ains  pot  saut  en  pies,  car  trop  i  a  jeu, 
et  lor  a  dit;  „taisies,  car  plains  sui  de  vertu; 
„ramene8  mon  ceval,  n'i  soies  arestu. 
„por  cou  ne  1'  blasmeroie  se  1'  trovoie  tendu.'' 
meismes  Alixandres  li  a  le  bai  rendu,  35 

i.  des  bons  c'on  trovast  dusqu'as  bones  Arcu, 
cQ  i  monte  et  Clincons  11  a  l'estrier  tenu, 
cil  restome  as  Gadrains,  à  lor  anui  venu. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMli.  169 

Mult  se  fuscent^  malmis  li  rasai  aduré,' 
ains  me  fisent*  loisir  d'une  traistie*  aler, 
que  11  uns  ne  li  autres  se  peust  relever." 
Gadifiers  se  redrece  premerains,  comme  ber; 
envers  les  mestres  rens  commença  à  aler,"  '5 

le  branc  nu  en  sa  main,  que  bel  saroit  porter, 
une  cane  reprist  qu'il  brise  au  trespaser. 
quar  plus  preu  et  aidant  ne  peust-on  trorer. 
i.  gars  tint  une  lance,  qui  ne  li  vot  donner; 
si  li  traist  hors  des  puins,  le  cuir  li  fist  crever.  10 

i.  chevalier  féri,  quant  k'il  pot  randonner; 
par  mi  le  cors  li  fait  une  toise  paser^, 
mort  l'abat  des  arçons;  ains  ne  li  lut  parler, 
si  qu'il  ne  pot  à  Deu.  la  merci  demander. 
Tholomes  fù  dolans  quant  le  vit  souviner,  15 

espris  de  lui  vengier  prist  à  esporoner; 
por  Gadifier  sorprendre  commença  à  outrer,' 
et  les  rens  entor  lui  sor  destre  sormonter. 
trop  se  set  bien  aidier  et  conduire  et  guier; 
tout  à  i.  fait  li  let  li  ceval  trestomer,  20 

quar  le  vohra  de  lance  et  d'escu  encontrer, 
et  ne  fait  nul  samblant  qu'il  voelle  refuser; 
ains  le  fiert  comme  cil  qu'il  voloit  mort  jeter, 
et  d'escu  et  de  membres,  s'il  pooit,  afoler. 
en  la  penne  devant  li  fet  l'escu  quaser;  25 

mais  li  lance  ne  pot  le  grant  fais  endurer. 
F.  29*  iluec  sor  le  hauberc  li  convint  endurer, 
et  cil  li  fet  i.  cop  de  l'espée  douner, 
par  son  le  ciercle  d'or,®  de  l'  double  capeler, 
que  le  teste  à  tôt  l'ehne  fet  contre  val  cliner  30 

et  a  fait  dusqu'en  tiere  le  blanc  aubère  couler; 
par  les  règnes  à  or  vët  le  ceval  conbrer. 
Clincon  pert  à  1'  travers  por  sen  pooir  mostrer; 
si  le  fiert  de  la  lance  de  tant  c'on*  pot  aler; 
mais  onques  de  cel  cop  ne  pot  desconraer,  35 

i)  furenu  2)  à  V  Joêiêr,  3)  qv^êuties,  4)  traieU.  5)  né  êe  peut  U 
iM  d'eiê  en  nui  êene  raeeêwur.  6)  eimunenee  à  raviner,  7)  à  traverêer. 
8)  Fûrle  ieeuê.    0)  fufU. 


170  COMBAT  DU  PAUVRB  DÉSARMÉ. 

ne  ne  lait  por  Clincon  le  ceval  amener. 

Tholomes  quidoit  prendre,  s'il  pooil  adestrer/ 

mais  il  voit  sen  signor  laidement  démener, 

as  pies  de  maint  ceval  laidement  défouler, 

et  quant  il  se  redrece,  se  Y  fait  des  pies  harter 

et  d'une  part  et  d'autre  tout  estendu  '  voler.  5 

là  se  traist  Gadifiers  por  le  duc  relever; 

le  ceval  ot  en  destre  qni  tant  fist  à  loer. 

ens  en  la  grignor  prese  fet  son  ceval  entrer; 

iluec  reçut  maint  cop  por  son  signor  sauver. 

à  ceval  le  r'a  mis,  qui  qu'en  doie  peser,  10 

sour  le  brun*  Tholomé  qui  tant  fait  à  loer, 

s'il  ne  fust  si  laidis,  bien  le  puis  afier, 

qu'il  sist  sor  bon  ceval  por  son  cemin  errer.' 

asses  vaut  mius  de  1'  sien  et  mius  puet  endurer, 

s'or  se  puet  de  l'estor  partir  et  dcsevrer.  15 

Mult  a  bien  Gadlfier  son  signour  délivré 
et  remis  a  ceval,  qui  qu'en  doie  peser; 
mais  il  se  sent  blecié  et  durement  navré, 
de  roidement  cair  a  le  cors^  estouné, 
ne  quide  mais  venir  à  castiel  n'a'  cité;  20 

et  a  dit  à  ses  honunes:  „trop  i  aves  esté, 
„baron,  tornes-vus  ent,  tout  estroil  et  seré. 
„si  garise*  cescuns  son  cors  et  sa  santé, 
„quar  li  rois  Alixandres  nos  a  quelli  en  hé, 
„et  lor  fourler  resunt  avoec  lui  ajosté.  25 

„lor  sire  Emenidus  qui  tant  a  de  fierté, 
„il  et  si  conpagnon  qui  tant  sunt  aduré, 
„ont  laidement  men  cors  laidengié  et  foulé. 
„à  c.  et  m.  diables  soient-il  commandé. 
„une  riens  vus  dirai  par  fine  vérité;  30 

„ne  fuscent  li  fourier  qui  o  eus  sunt  jousté, 
,jà  ne  fuscies  de  V  camp  par  les  autres  sevré." 
„ — sire,  dist  Gadifiers,  à  1'  partir  mult  m'en  hé.' 
„mais  puisque  li  fourier  sunt  o  eus  demoré," 
„n'i  poons  demorer  en  nule  seurté.*  35 

1)  oretffMr.    2)  estordi.    3)  rieewunt  ovrér.    4)  eUf.   5)  fenir  M  «m- 
iiei  ne.    6)  deâfende.    7)  vti#  diiéê  vérité.    8)  oêêumklé.    9)  Mfr«l0. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  171 

„peu  snnt  et  peu  s'esmaient,  quant  plus  sunt  agrevé; 

„ne  jà  lor  connestable  ne  reres  esfreé." 

à  cest  mot  a  cescuns  son  escu  adossé, 

au  plus  tos  que  il  porent  toraent  vers  lors  règne; 

mais  ancois  qu'il  i  soient  seront-il  plus  hurté. 

Mult  fu  grande  la  perde,  ce  raconte  Ustase,  5 

des  mors  et  des  navrés  qui  gisent  en  le  place, 
li  dus  vit  Alixandre  qui  forment  nos  manace; 
s'a  puins  le  puet  tenir,  ne  laira  ne  1'  desface; 
la  paours  qu'il  en  a  li  fait  rougir  la  face; 
à  le  voie  s'est  mis,  or  gart  cescuns  qu'il  face.  10 

Clins  les  vit  desconfis,  si  s'est  mis  en  le  trace, 
et  coisi  L  Gadrain  qu'on  apele  Ustace, 
et  sist  sor  i.  ceval  qui  ot  non  Boniface. 
F.  29^  se  or  l'en  lait  mener,  ne  se  prise  une  escace; 

muet  et  si  priés  le  tient,  com  li  faus  le  biecace,  15 

ne  li  puet  escaper,  or  se  gart  que  il  face. 

Clincons  point  à  1'  travers,  si  le  fiert,  sans  manace, 

si  grant  cop  en  l'escu  ii  li  confanons  lace, 

que  s'qscu  li  porfent  et  l'auberc  li  deslace; 

si  que  par  mi  le  cors  li  roide  lance  glace.  20 

Dans  Clins  vint  à  V  ceval,  par  le  règne  le  sace, 

li  fins  Calduit  l'enmaine,  qui  qu'en  polst  ne  qu'en  place. 

Dolans  en  vait  li  dus,  courecous  et  iriés, 
car  onques  mais  ne  fu  de  nul  estor^  caciés, 
n'il  ne  vint  à  l'estor  d'armes  aparilliés,  25 

que  siens  ne  fust  li  cans,'  tant  estoit  resogniés 
et  de  bons  conpagnons  et  d'armes  '  enforciés. 
ot  aire  mult  grant,  car  è  Y  cors  fu  bleciés, 
et  si  s'enfuit  vers  Cadres  dolans  et  coureciés. 
s'il  li  torne  à  anui,  ne  vue  esmervillies,  30 

et  ses  miudres  conpains,  Gadifiers  n'est  pas  lies; 
mais  asses  plus  dolans  que  oisiaus  desniciés, 
ne  hom  désiretés  ne  à  tort  forjugiés, 
et  ne  fait  nul  samblant  qu'il  en  soit  esmaiés; 
deriëre  tous  s'est  mis  es  estriers  aficiés,  35 

d'orguel  et  de  fierté,  sor  son  elme  embronciés, 
1)  hesoig,    2)  gainée    3)  d'amis. 


172  COMBAT  DU  PAUVRE  DBSARMB. 

grose  lance  en  son  pug,  dont  li  fiers  n'est  vies. 

là  trestorne  sovent  ù  il  fu  aprociés, 

ses  conpagnons  délivre,  quant  il  les  vit  cargiés; 

de  sa  lance  est  li  fus  roidement  enpugniés/ 

sacies  que  li  premiers  qui  li  est  aprociés,  5 

que  il  est  de  son  cors  malement  enpiriés. 

plusiors  en  lait  aler  malement'  angousciés, 

defrois  et  depasmés  et  de  bien  ensamés.' 

si  n'en  doit  Gadifiers  estre  pas  avilliés, 

si  n'est  d'aucun  musart  de  mesdire  avanciés,*  10 

et  de  folie  plus  que  de  bien*  empregniés; 

mais  par  homme  d'estore®  deust  estre  essauciés; 

se  jà  nus  por  bien  faire  doit  bien  estre  prisiés. 

Corineus  li  escrie  qui  vint  tous  eslaisiés; 

„vasal  c'or  trestomes;  por  coi  vus'  avillies?  15 

^laidement  en  aies,  car  de  Y  vo  i  laies. 

„hui  nos  aves  de  près®  laidement  encauciés; 

„or  estes,  ce  m'est  vis,  aucaites*  refroidies. 

„ vôtres  pris  est  ceus;  por  coi*®  vus  enfuies? 

„n'aves  droit  en  le  mance  dont  si  vus  cointîies/'  20 

Gadifiers  le  regarde,  si  s'est  mult  airiés, 

et  dist  par  mautalent:  ,Jà  fust  cis  mos  vengiés, 

„et  cis  dis  orgillous  fièrement  calengiés, 

„se  ne  fusce  d'autrui  que  de  vus  encauciés. 

„por  quant  mes  matalens  m'en  est  si  engrangiés,**       25 

„tei  cose  ferai  jà  dont  preu*'  n'iere  aisiés. 

„cierte8  la  joste  ares,  se  vus  ne  m'i  fallies; 

,Jà  sera  tout  à  i. ,  se  ne  m'i  guencissies.^' 

à  L  tour  li  trestorne,  de  bien  faire  haitiés, 

et  cU  li  revint  tos  en  l'escu  enbusciés,  30 

qui  est  cointes  et  preuS  et  malt  bien  afaitiés 

et  chevaliers  mult  prous  et  mult  outrequidiés. 

se  trop  ne  parlast  d'armes,  mult  fust  bien  ensigniés. 

entre-férir  se  vont,  les  confanons  laciés  *  ' 

^ue  par  mi  les  blasons  ont  les  aubers  perciés.  35 

1)  palnwiéê,  2)  de  ia  mort  3)  eêêonniéê,  4)  vuUê  dis  mttfàiéê. 
ô)  9Wê,  6)  oéVTé  d'êêtairê.  7)  nus,  8)  savent  wntit  de  près,  9)  im 
pêHt,    10)  et  vôtres  pris  deeiet  quant.    1  i)  engraigmés,    12)  poi,  l3)  kmssiés. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DESARHB.  173 

de  la  lance  à  V  Gnjjois  est  li  fus  pecoiés, 
cil  que  Gadifiers  tint  n'est  mus  ne  arcoiés;* 
F.  29^  ains  est  si  Tistement  li  espius  envoies  ' 

que  tous  en  est  rennaus  ses  confanons  roiés, 

et  li  cors  de  Y  rasai  d'outre  en  outre  perciés,  5 

li  fiel  entamés  et  li  poumons  froisiés, 

li  cors  de  V  chevalier  par  tiere  trebnciés, 

et  de  l'arme  et  de  Y  sanc  fu  à  cel  cop  widiés; 

puis  li  a  dit  en  bas:  ,,sire,  en  pais  vus  taisies. 

„por  Deu,  vus  voel  prier  que  ne  me  corecies.  10 

,,hom  ki  trop  est  grevés  est  mult  contraloiés; 

„ce  siut  dire  la  gens,  s'or  parlers  est  peciés, 

„par  cest  et  par  les  autres  en  estes  engigniés; 

„quar  trop  esties  preus,  s'orgillous  ne  fuselés. 

„de  cest  jor  en  avant,  le  présage  gaities;  15 

„s'en  prendes  le  treu,'  quant  foire  est  u  marciés; 

„asses  ares  en  poi  quant  ensi  gaegnies. 

,,vostre  anemis  mortes  est  à  vous  acointiés, 

„Gadifier  de  1'  Lairis;  ne  sai  se  Y  connissies* 

»,por  nous  n'en  ert  huis  mais  li  fiiirs  reprociés;  20 

„ains  m'en  irai  à  Gadres  délivrés,  ce  saciés,* 

»,se  par  millor  de  vous  n'i  sui  descevauciés.'' 

Or  s'en  va  Gadifiers  qui  les  Gadrains  enmaine. 
por  son  lige  signor  est  entrés  en  tel  paine» 
bien  li  puet  sovenir  de  dolante  semaine.  25 

de  tel  baron  haster  est  trop  la  mors  vilaine; 
quar  or  s'en  va  fiiiant  et  s'en  a^  tel  estraine 
qu'il  laisera  trestout  por  son  lige^  demaine. 
mais  ses  sens  ne  vient  mie  de  dolante  '  fontaine, 
mais  de  corage  entir  et  de  natural  vaine.  90 

seurs  est  com  s'il  fiist  en  la  grant  tor  autaine; 
asses  mius  se  desfent  et  de  millor  alaine, 
que  ne  fait  à  brohons  ces  breteis  en  caine." 
cil  ki  le  baron  cacent,  le  raléee*  soutaine, 
truevent  des  abatus  la  voie  tote  plaine.  35 

1)  flie  rPênéfloyêM,  2)  en  è  V  cor»  etnpiatufiéê,  3)  trmvêrê.  4)  êthmtiéê, 
5)  qui  or^ên  vm  toê  êoins  et  or  m,  6)  f^ele  le  elwMrm  tôt  par  son  iige  denurinê, 
7)  mntei  mie  de  «cloatM.   8)  krohoM  houre  eem  keie  en  CMunê,   9)  velée. 


174  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

Alixandres  meisme  Tint  poignant  par  l'araine, 

devant  tous  les  barons  de  Grese  Macidaine; 

Bucifal  esporone  dont  li  joste  est  procaine. 

et  fiert  sor  Gadifier  com  sour  une  quintaine. 

de  son  escu  abat  la  pane  premeraine ,  5 

la  lance  vole  en  pièces  qui  n'ert  mie  lontaine/ 

mais  d'un  frasne  plané,  si  k'il  brisa  à  paine. 

li  aubers  est  si  fors,  cou  est  cose  ciertaine, 

c'onques  ne  Tenpira  vallant  une  castaine, 

ne  ne  mut  le  ceval  de  la  siele  Gadraine'  10 

ains  encontre  à  sen  tor  une  rote  commaine; 

le  signor  en  ocist  et  mist  à  tiere  plaine 

et  abati  les  lui  i.  fil  de  castelaine. 

puis  s'en  rait  les  galos,  après  le  gent  aubaine. 

Gadifiers  li  gentis,  o  la  proecce  humaine,  15 

qui  aine  n'ot  lasque  cuer,  ne  la  pensée'  raine 

le*  trestome  souvent  ù  force  le  formaine;" 

qui  il  encontre,  bien  de  son  orguel  le  saine 

que  li  plus  desreés  de  Tencaucier  s'afraine. 

bien  ait  teus  chevaliers  qui  ensi  se  demaine.  20 

Bien  en  alast  à  Gadres  Gadifiers,  ce  savons, 
à  cou  qu'il  est  si  preus  et  ses  cevaus  si  bons, 
c'il  vosist  0  les  autres  ftiir  des  esporons; 
mats*  autresi  encarge  trestous  ses  conpagnons, 
com  fait  beste  sauvage  por  les  leus  ses  feons."  25 

estre  quide,  et  voirs  est,  li  lor  desfensions. 
et  s'il  est  mors  u  pris,  si  faut  lor  garisons. 
F.  29'   n'a  mie  por  fuir  si  tomes  les  talons 

que  souvent  ne  lor  soit  retornés  '  ses  blasons; 

meitement®  retome,  car  il  en  est  saisons,  30 

que  la  proecce  père  ù  teus  est  li  renons. 

des  Grijois  entor  lui  lor  a  fait  tes  poons;^ 

à  l'un  trance  le  fie,*°  à  l'autre  le  rognon, 

et  dit  à  sa  mesnie:  „hui  n'i  perdra;  ^^  arcon 

„ain8  m'en  irai  à  Gadres,  malgré  tous  les  glotons.         35 

1)  à  V  koH  roi  BiadJUnnê.  2)  grifaine,  3)  jtroêcê,  4)  là.  5)  mt- 
«Mtfiê.  6)  êê  met  por  ê09  faonê.  7)  repwneiê.  8)  mmiutmeni.  9)  ^mm- 
10)  emr.    11)  pordrm. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ.  I75 

„par  aus  ne  perderai  vallant  ii.  esporons, 

„se  ce  n'est  par  celui  qui  n'est  pas  des  garçons, 

„à  Tescu  de  Sinople  ù  poins  est  li  lions,  ^ 

„et  au  cevai  corant  qui  tos  va  de'randons. 

„il  m'a  hui  fait  jesir  iii.  fois  à  yentrillons,  5 

,,autresi  estendu  comme  por  orisons: 

„cou  est  Emenidus,  connoistre  le  devons. 

„lui  ne  ruis'  encontrer,  desproiés  ne  somons; 

„il  trance  par  mi  fier  os  et  ners  et  braons. 

„bien  en  doit  li  rois  faire  signor  de  sa  maison,  10 

„que  par  lui  seul  est  cou  que  nous  nos  enfuion.'* 

En  bielement  parler  puet-o;i  mult  gaegner, 
car  maint  home  en  voit-on  sovent  monteplier; 
ne  jà  por  dire  outrage  aura-on  louier, 
ancois  en  a  sovent  et  honte  et  reprovier.  15 

je  r  di  por  Gadifier  le  nobile  guerrier, 
de  toutes  bonnes  tecces  n'ot  en  lui  qu'ensigner. 
fins  fu  de  cuer  et  larges 9  s'ot  en  lui  bon  guerrier; 
onques  ne  vot  amer  traitor  losengier, 
ne  franc  home  blâmer,  ne  en  cort  foijugier;  20 

onques  ne  vot  oir  vanteor  novelier. 
bien  l'ot  oi  li  rois  et  parler  et  rainier, 
et  le  gentil  baron  deseure  tous  prisier 
que  jeui  l'avoit  fait  à  tiere  trébucier; 
en  son  cuer  l'aime  et  prise  et  mult  le  tient  plus  cier.  25 
bonement  prie  as  Dex  qui  tout  ont  à  baillier. 
„ Jupiter  et  Pallas,  vus  en  voel-jou  prier 
„et  toi  dame  Juno  qui  sor  tous  as  dangier, 
„que  garises  sen  cors  de  mort  et  d'enconbrier. 
,jou  ne  autres  ne  1'  puist  par  armes  damagier.  30 

„quar  ce  seroit  dolor  de  tel  home  enpirier. 
„se  jou  vif  le  puis  prendre,  ne  1'  tenrai  prisonnier, 
„por  qu'il  voelle  servir,  ne  à  moi  souploier. 
„lui  et  Emenidus  ferai  aconpagnier. 
,Jà  ne  conquerrai  mais  vallisant  i.  denier  35 

„que  n'en  soient  andoi  larjement  parcognier.'* 
devant  trestous  les  autres  le  trait  à  i.  arcier; 
1)  JPor  fin  est  ê€ê  lion*,    2)  «oel. 


176  COMBAT  DU  PAUVRE  DÉSARMÉ. 

le  suioit  Alixandres  qui  le  corage  ot  fier. 
Bucifaus  va  plus  tos  que  cieyrious  par  ramier, 
qui  fuit  devant  les  ciens  quant  les  voit  aprocier. 
le  camp  fait  retentir  et  Terbe  fait  trancier, 
les  fiers  des  pies  voler  et  les  clans  esragier.  5 

Gadifiers  le  regarde,  quant  il  Tôt  aprocier 
et  a  juré  ses  Dex  à  oui  doit  souploier: 
ne  le  refusera  nesc'un  autre  princier, 
à  i.  fais  li  trestorne  por  lui  contraliier; 
oiant  Gr^ois  li  dist:  „ne  vus  caut  acointier;  10 

„quar  si  trop  lonjement  ne  vus  estut  priier, 
„que  je  ne  vus  atende,  s'a  moi  voles  pkûdier. 
„cou  est  tiere  le  duc,  si  le  voel  calengier.'' 
lors  broce  le  ceval  des  esporons  d'or  mier; 
et  va  férir  le  roi  por  l'encaut  detriier.  15 

li  rois  fait  vers  lui  corre  Bucifal  le  légier; 
F.  30*   les  cevaus  et  les  armes  ont  si  fait  adrecier, 

et  les  lances  de  frasne  dont  li  fiers  sunt  d'acier 

ont  fait  sor  les  escus  et  fraindre  et  depecier. 

li  vasal  furent  fort,  et  rade  li  destrier;  20 

ne  furent  pas  ombrage;  ains,  sont  si  droiturier, 

que  des  escus  se  hurtent  si  li  doi  chevalier, 

les  boucles  à  fin  or  en  ont  fait  pecoier, 

et  sunt  è  1'  camp  volé  par  deseure  li  erbier; 

les  esclices  ont  fait  les  vasaus  damagier,  25 

très  par  mi  les  entralles  fisent  le  sanc  raier. 

Gadifiers  de  V  Lairis  qui  tant  fist  à  prisier 

tout  de  travers  le  crape  a  fait  le  roi  ploier, 

que  l'arcon  daerrain  li  ont  fait  esmiier, 

et  les  caingles  deronpre;  s'alongent  li  estrier;  30 

la  siele  entre  ses  cuises  fist  le  roi  trebucier, 

en  mi  le  camp  le  laise,  ne  s'i  vot  detrier, 

ains  en  vet  les  galos  sor  son  corant  destrier. 

Tholomes  et  Clincons  vinrent  corant  premier, 

por  lor  lige  signor  et  secourre  et  aidier.  35 

l'uns  met  main  au  ceval,  l'autres  au  roi  aidier. 

Alixandres  saut  sus,  n'i  ot  que  courechier; 

la  siele  li  ont  mise  sor  Bucifal  arrier; 


COMBAT  DU  PAUVRB  DÉSARMÉ.  177 

Tholomes  et  Glincons  U  ont  tenu  restrier, 
et  quant  fu  remontés,  prist  soi  à  ayancier, 
lance  mise  sor  feutre,  car  encor  vot  cacier. 
„sire,  dist  Tholomes,  je  vus  voi  mult  sainier. 
„fièrement  se  vient  ore  cis  à  vus  acointier.  5 

„6adifier8  de  V  Lairis  ne  vus  vot  espargnier. 
„or,  saves  corn  il  set  cop  de  lance  paier. 
„se  vis  le  poes  prendre,  ce  vus  voel-jou  prier, 
„tou8  li  ors  de  cest  mont  ne  li  doit  respitier 
„que  ne  le  face  prendre  u  tout  vif  escorcier,  10 

„u  en  i.  fu  ardant  le  faites  graellier.'' 
quant  li  rois  Tentendi,  n'i  ot  que  courecier 
de  cou  que  il  s'oi  ensi  contralolier , 
et  li  a  respondu,  qui  n'i  vot  atargier: 
„Tholomes,  saves-vus  que  je  vous  voel  priier.  15 

„por  coi  aves  talent  de  moi  contraliier? 
,je  ne  vus  voi  pas  prest  de  mon  honte  vengier; 
„se  vus  le  voliies  de  plus  près  encaucier, 
„bon  loisir  en  ares,  ce  croi,  ains  Tanuitier. 
„por  quant  ne  Taves-vus  mie  ore  à  asaiier.  20 

„c'or  Tholomes  le  brun  que  vus  aves  si  chier, 
„voiant  moi,  vus  en  fist  de  la  siele  widier, 
„que  tout  en  vie  ne  rous  vo  ver  elme  d'acier. 
„quidai  que  fuscies  mort;  voloie  vus  vengier, 
„mais  on  ne  puet  à  lui  mie  trop  gaegnier.  25 

„de  dire  tel  parole  vus  deuisies  gaitier, 
„quar  de  lui  encontrer  n'aves  pas  désirier. 
„il  n'est  mie  de  caus  qui  servent  de  noisier, 
„ains  set  bien  i.  estor  furnir  et  commencier. 
„mult  bel  s'en  set  partir,  quant  il  en  a  mestier;  30 

„ne  lait  inie  se  gent  de  trop  près  encaucier. 
„maint  poindre  bien  enpris  a  hui  fait  as  courcier 
„et  tous  nos  millors  frains  et  tirer  et  sacier. 
,Je  ne  vois  nul  de  vus  envers  lui  aprocier, 
„que  ne  face  à  la  tiere  toute  estendu  coucier;  35 

„ne  il  ne  se  meut  mie  premerains  hebregier, 
„ains  se  lairoit  dètraire  à  keue  de  soumier, 
F.  30*   „qu'il  feist  por  paour  dont  eust  reprocier." 

u  Rovmaiii  dPA1izftii4re.  ^^ 


178  COMBAT  DU  PAUVRB  DESARME. 

après  a  dit  li  rois:  „a  Dex!  quel  cevalier. 

„ainc  d'escu,  ne  de  lance  ne  yi  nul  si  manier, 

,»com  je  li  voi  ses  armes  à  mon  talent  baillier. 

,,cil  ki  Ta  de  mesnie,  le  doi  bien  avoir  cier, 

,,quar  plus  pris  son  fuir  que  ne  fac  no  cacier.  5 

„ne  miudres  chevaliers  ne  pot  escu  percier, 

,,fors  seul  Emenidus  quf  fait  les  rens  ploier. 

„mult  aroie  grande  joie  d'aus  ii.  aconpagnier/' 

—  sire,  dist  Tholomé,  se  je  Y  puis  esploitier 

y,\e  ver  qu'il  enmena  le  quic-jou  vendre  cier.  10 

,,cou  Laids  dont  il  est  ù  croisent  li  paumier, 
„peuist-il  asses  mius  i.  ceval  bargignier/' 

—  caiele,  dist  li  rois,  laies  votre  plaidier. 
„ne  le  trovastes  pas  de  férir  esclenkier; 

„de  lui  seul  à  seur  vus  l'oi-jou  atargier.''  15 

Mult  a  bien  Gadifiers  cest  encontre  enploiet, 
quant  il  le  roi  meisme  a  si  estoutoiet, 
si  que  li  miilor  Griu  en  furent  esmaié; 
n>'il  n'en  i  a  i.  seul,  tant  Tait  estoutoiet, 
que  de  lui  encontrer  ait  mie  convoitiet.  20 

cil  de  Cadres  en  vont  durement  corecier, 
et  li  fourier  en  sont  ensamble  raliiet 
à  une  part  de  1'  camp,  comme  bien  ensigniet. 
Emenidus  d'Arcade  lor  a  mult  bien  priiet 
qu'il  soient  à  bien  faire  prest  et  aparilliet,  25 

et  il  li  ont  ensamble  bonement  otriiet 
que,  por  prendre  leur  vies,  ne  feront  mal  vestiet. 
lors  poignent  tôt  ensamble  qu'il  n'i  ot  detriiet; 
là  peuist-on  veir  maint  ceval  eslaisier. 
as  lances  et  as  brans  ot  tel  hu  commenciet,  30 

dont  tant  cors  de  vasal  ont  mort  et  trebuciet. 
des  cevaus  et  des  armes  ont  tout  le  camp  jonciet; 
cil  de  Cadres  s'enfuient  que  n'i  ot  detrier. 
tel  xl.  des  lor  i  sunt  descevauciet, 
qui  tout  furent  è  1'  camp  ocis  et  detranciet.  35 

à  esporon  en  vont,  fuiant  vers  i.  plaisiet; 
là  peuist-on  veir  tant  confanon  baisiet, 
et  jesir  à  la  tiere  maint  escu  vermillîet. 


COMBAT  DU  PAUVRE  DB8ARHÉ.  179 

et  tant  ceval  de  pris  suant  et  estancier. 
Gadiflers  de  Y  Lairis  n'ot  mie  le  cuer  liet; 
de  ses  conpagnons  crient  qui  forment  sunt  cargiet. 
bien  set,  se  il  lui  perdent,  que  mal  ont  esploitîet; 
tout  cil  ki  seront  pris  seront  mal  hebregiet;  5 

mais  il  a  de  bien  faire  le  cuer  si  empregniet 
qu'il  ne  fait  nul  semblant  d'oume  contraliiet. 
sa  lance  avoit  brisié  et  tint  le  branc  saciet; 
por  sa  gent  garandir  a  tel  fais  encargiet 
dont  tout  cil  ki  le  voient  en  sunt  esmenrilliet.  10 

autresi  les  enmaine,  com  li  vilains  à  piet 
va  cacant  devant  lui  les  bestes  à  Y  marciet 
là  en  droit  n'ont-il  mie  de  son  escu  pitiet, 
quar  tant  l'ont  mis  en  prise,  tout  li  ont  detailliet 
si  qu'il  en  ont  perdu  plus  de  Tune  moitiet.  15 

en  cel  tant  k'il  enporte,  estoient  enficiet 
pignoncie)  et  cendal  et  confanon  fregiet 
dusqu'à  iiii.  de  caus  ki  Forent  aprociet. 
bien  s'en  alast  à  Gadres;  mes  il  l'ont  angosciet, 
Lincanors  et  Filote,  doit  frères  mult  prisiet,  20 

sor  son  escu  à  or  que  tout  l'ont  enbrociet. 
F.  30'   li  vasaus  se  redresce  quant  li  fust  sunt  brisiet, 
à  l'espée  qu'il  tient  si  bien  se  desfendie 
que  nus  d'aus  por  lui  prendre  n'i  a  le  main  tendie. 


12* 


MORT  DE  «INOHOGET. 

Cl  dlftt  mï  coin  Gadlllers  tua  Giuohoeet  et  les  armes 
Gadlller  estoleut  tontes  desrontes. 

Ur  s'en  va  Gadifiers  à  la  cière  hardie; 
il  n'a  escu  ne  brogne  qui  ne  soit  pecoie, 
ses  elmes  enbarés  desi  ke  en  l'oie 
et  fu  navrés  è  1'  cors  d'une  lance  brunie, 
tous  les  hommes  Betit  par  devant  lui  enguie,  5 

et  commande  et  desfent  qu'il  n'allent  à  folie. 
Ginohoces  d'Aufrike  o  le  cière  marie, 
de  r  dit  de  la  ramprosne  que  il  avoit  oie, 
le  ceval  esporone  par  mi  la  praerie 
et  féri  i.  Griois  plain  de  grant  estoutie.  10 

mult  l'avoit  porsivi  et  dite  vilonie 
qu'il  ne  tornast  arrier,  car  il  feroit  folie; 
et  oou  qu'il  ne  tornoit,  tenoit  à  vilonie. 
Ginohoces  le  fiert  de  la  lance  brunie, 
le  targe  li  tranca  ù  11  ors  reflanbie,  15 

et  le  brogne  de  1'  dos  déroute  et  depecie. 
par  mi  le  cors  li  mist  une  toise  et  demie; 
de  r  ceval  l'abat  mort  en  mi  la  praerie. 
par  contraire  li  dist:  „ Jupiter  te  maudie, 
„et  Ercules  ses  fins  qui  sor  nous  a  mestrie.''  20 

Lincanors  point  et  broce  le  ceval  de  Lorie, 
et  il  li  va  plus  tos  qu'espriviers  de  Salie, 
et  fiert  Ginohocet  de  l'espée  forbie 
que  la  targe  li  trance  et  deront  et  esmie. 
le  ciercle  li  tranca  ù  li  piere  flambie,  25 


'  MORT  DB  GINOHOCBT.  {gf 

mais  li  coife  doublière  qui  est  à  or  sarcie 

li  a  iluec  rescous  et  sauvée  sa  vie. 

jus  de  r  ceval  cai  sor  i'erbe  qui  vredie; 

de  r  cop  fu  estordis  et  si  perdi  l'oie. 

à  tant  es  Gadifiers,  flours  de  ce  Valérie  ^  5 

et  avoit  recouvré  une  lance  polie 

et  féri  Lincanor  vers  cui  n'ot  druerie; 

tant  roidement  Tabat,  la  cière  en  a  laidie; 

la  bende  li  ronpi  dont  la  plaie  est  loie, 

li  sans  en  coru  fors  dont  forment  afoiblie.  10 

Gadifiers  de  V  Lairis  iluec  n*aresta  mie; 

les  iL  vasaus  laisa  en  mi  la  praerie, 

et  li  Griu  les  encontrent  en  mi  la  praerie. 

Ginohoces  saut  sus,  s'a  Tespée  sacie; 

plus  fu  clere  et  luisans  que  solaus  qu'esclarcie.  15 

Or  sunt  li  doi  vasal  à  pié  en  mi  le  pré; 
cescuns  tint  le  branc  nu  et  l'escu  acolé. 
Ginohoces  d'Aufrique  estoit  en  grant  fierté, 
F.  30'   Lincanor  va  férir  i.  cop  desmesuré, 

de  l'escu  que  il  tint  a  i.  quartier  copé.  20 

s'a  le  quafe  ne  feust  mal,  s'il  l'eust  encontre; 

l'espée  ë  Y  puig  li  torne,  li  cols  pert  sa  bonté, 

que  grant  pié  et  demi  li  est  ficié  è  1'  pré. 

Lincanors  li  vasaus  avoit  forment  sanné; 

à  jenous  le  convint  jesir  en  mi  le  pré,  25 

et  quant  il  se  redrece,  si  ont  en  haut  parlé: 

„Diva!  glous,  malostrus,  n'i  aies  mal  dehé. 

„autre  fois  t'ai-jou  hui  en  l'estor  encontre, 

„8i  que  tu  m'abatis  de  mon  ceval  armé; 

„et  jou  toi  autres!  de  mon  ceval  armé.  30 

„tu  ies  graindres  de  moi,  bien  te  voi  figuré, 

„or  te  gaite  de  moi,  car  jou  t'ai  desfié, 

„de  Neptinus  mon  Deu  et  de  Septifone.'* 

lors  ahauca  le  branc  qui  d'or  estoit  letré, 

et  fiert  Ginohocet  par  mult  grande  fierté  35 

que  le  hiaume  li  a  et  fendu  et  copé 

et  le  quafe  ensement  dont  le  cief  ol  armé. 

desi  en  la  poitrine  l'a  fendu  et  copé, 


182  MORT  DE  GINOHOCKT. 

contre  tiere  l'abat,  s'il  a  i.  brait  jeté. 

Ercules  en  a  l'arme  dedens  infier  porté, 

por  cou  que  en  sa  vie  l'ot  forment  ounoré. 

et  Gadrain  à  V  fuir  se  sunt  aceminé, 

et  Gadifiers  derière  le  confanon  levé.  5 

Ne  porent  li  Gadrain  l'ester  plus  maintenir; 
u  il  Yoelent  u  non  lor  conyint-il  guerpir, 
et  li  Griu*  les  en  fisent  tous  desconfis  fuir, 
lor  ceval  furent  las  de  1'  grant  estor  soufrir; 
por  quant  de  Tencaucier  ne  se  yoelent  tenir.  tO 

à  espérons  les  suient,  convoitons  d'es  férir, 
Emenidus  devant,  ki  les  rens  fait  frémir, 
pieres  esquarteler  et  la  tiere  tentir. 
Gadifier  aconsuit  à  i.  destroit  iscir,' 
et  cil  le  regarda,  qui  tos  Toi^  venir,  13 

et  dist:  „haute  cose  est  de  proudome  norir,* 
„et  qui  faire  ne  1'  vint  bien  se  doit  repentir. 
„cis  seus  en  oseroit  bien  x"*-  envair; 
„maint  fil  de  castelain  nos  a  hui  fet  finir; 
„les  mères  n'en  seront  à  pièce  sans  sospir.  20 

„notre  grani  joie  a  fait  à  dolor  revertir. 
,Jou  ne  voi  que  lui  seul  encontre  moi  venir; 
„ne  sai  qu'en  avenra,  et  Deu  ert  à  plaisir/ 
„ne  li  quels  s'en  devra  n  doloir  u  joir. 
„il  convient  l'un  de  nous  envers  l'autre  escremir;*        25 
„miu8  voel  mettre  men  cors  de  1'  tout  à  1'  convenir, 
„que  jou  face  tel  cose  dont  me  doie  bair.' 
,,plus  crienc  et  redouc  honte  que  jou  ne  fac  morir.'' 

Gadifiers  fù  mult  fiers,®  d'un  Arrabi  lignage; 
à  r  Lairis*  fu  noris  et  cil  de  son  lignage.  ^^  30 

par  proecce  entreprent  son  honte  ^'  et  son  damage,    ^ 
n'en  prist  mie  conseil  à  son  droit  signoraje. 
s'or  le  seust  Betis,  il  le  tenist  à  1'  rage,^' 
d'un  houme  Gadifier,  tenist-il*'  à  outrage; 
mais  li  rois  Alixandres  le  vit  à  son  bamage.  35 

i)  H  forriêr,  2)  à  e^vai  à  ioiêir,  3)  qumt  il  l'ot.  4)  eérir,  5)  né 
fu'ért  à  Dêx  pMêir.  6)  gueneir,  7)  honir,  8)  ^euê.  9)  M  Berri. 
10)  parmge.    1 1)  ê$i  perte.    1 2)  à  rage.    13)  il'tffi  tetU  howte  tnverë  M  U  iêmUi. 


MORT  DB  GINOHOCBT.  t83 

Gadifler  de  1*  Laids  ù  mult  ot  vaselage 
ne  guencist  mie  à  lui  '  de  fol  vilain  ombrage  ; 
mais  le  lance  baisié  ù  ot  fier  de  Cartage, 
en  Tescu  embusciés,  plains  de  grant  vaselage, 
tant  com  li  bais  cevaus  pot  corre  par  l'erbage;      -         5 
F.  31*   ferraus  qui  fu  noris  au  rice  pasturage, 

revint  ases  plus  tos  d'un  esprivier  ramage,' 

mult  sunt  prest'  de  jouster,  qui  que  tort  adamage;^ 

jà  n'en  seront  donné  ne  pleg  ne  ostage, 

ne  fiance  ronpue,  ne  déguerpi  oumage;  10 

ains  quic  bien  qu'à  V  partir  i  laira  li  i.  gage. 

Fier  furent  li  vasal  et  de  grant  estoutie;^ 
orgius  et  mautalent  et  fiertés  les  envie, 
et  esmuet^  et  soumont  de  grant  cevalerie. 
i'uns  let  corre  vers  l'autre,  autrement  ne  1'  desfle;        15 
quar  il  n'avoit  entr'aus  amor  ne  druerie. 
Gadifiers  vint  mult  tos  qui  mautalent  aigrie,' 
et  fiert  Emenidus  sor  la  targe  florie, 
desor  la  boucle  à  or  li  a  fraite  et  quasie, 
la  guige  est  derompue  et  l'enarme  falie.  20 

par  grant  vertu  l'enpoint  et  par  grant  baronie, 
en  mi  le  pré  remporte,  sor  l'erbe  qui  verdie, 
por  quant  Emenidus  ne  se  muet,  ne  ne  plie; 
ains  a  la  soie  lance  droitement  envoie,^ 
très  par  devant  la  targe  à  or  encoulorie,  25 

le  fiert  desor  la  brogne  en  ii.  doubles  sarcie. 
è  r  cors  li  fist  sentir  le  fier  de  Romenie, 
si  qu'ases  près  de  1'  cuer  est  la  lance  croisie; 
*cil  ciet  de  Y  cop  mortal,  s'a  sa  sele  vvidie; 
de  lui  et  de  1'  bon  bai  s'en  va  la  conpagnie.  30 

Alixandres  cacoit  devers  destre  partie, 
vit  le  cop  de  1'  baron  et  le  jouste  fumie; 
devers  lui  se  torna,  à  hautes  vois  li  crie: 
„vus  en  doins-jou  l'ounor  et  porte  garandie; 
„par  vus  est  desconfite  la  pute  gens  haie  35 

t)  ioi,    2)  qui  quê  eorl  à  foUige,     3)  /le.     4)  par  lor  p'omt  vasêioffé. 

6)  êsionmê,    6)  prceeee  et  hmrdêmêenê,  maU^Unê  et  «itvte        fM  eêmmt. 

7)  n*a  UUem  que  rie.    8)  meoiUie* 


184  MORT  DE  GINOHOOBT. 

„que  ne  pooil  soufrir  vostre  cevalerie.  * 

„quar  enprès  votre  cop  ne  done  entresaie. 

„se  cil  garist  jamais,  il  avéra  bon  mie."^ 

à  Gadifier  areste  des  Grius  une  partie; 

por  cou  que  mort  le  quident  et  Tame  départie,  5 

le  plegnent  et  regretent,  ne  se  targièrent  mie, 

son  cors  et  sa  proecce  qu'il  avoit  aqaellie. 

Emenidus  meisme  de  Tenfouir  l'en  prie, 

que  laidement  ne  soit  la  soie  cars  périe; 

puis  le  plaint  et  regrete,  ne  puet  muer  ne  die:  10 

„a!  gentius  chevaliers,  plains  de  grant  signorie, 

„gens  cuers,  haute  proecce,  proudons,  ciere  hardie, 

,Jà  de  millor  de  vus  ne  n'ert  lance  brisie, 

„ne  fors  escus  saisis,  ne  banière  lacie. 

„de  la  votre  proecce  qui  si  tos  est  unie  15 

„est  dex  et  grans  peciés,  se  Dex  me  béneie. 

„et  s'aves  fait  tel  cose'  dont  mult  me  contraUe, 

„non  porquant,  si  me  poise,  se  Dex  me  béneie; 

„quar  de  votre  valor  n'est  mes  hom  avouie/' 

Alixandres  li  rois  a  la  parole  oie;  20 

celé  part  vint  corant,  tint  l'espée  sacie; 

de  sanc  et  de  cerviele  fu  rouge  et  empalie, 

et  a  dit  à  ses  homes  en  qui  forment  s'afle: 

„oies  de  Gadifier;  ne  puis  muer  n'en  rie 

„que  Gadifier  regraite.  jà  n'est  cou  druerie  25 

„que  Pirrus  de  Monflor  qui  tenoit  Alenie 

„a  hui  fet  mort  soufiir  à  itele  hAScie/' 

puis  a  dit:  „cou  est  voirs  que  frans  cuers  s'umeUe; 

„bien  sai  que  i.  vilains*  ne  le  desist  mie/* 

A  Gadifier  s'areste  Alixandres  d'Aliers  30 

et  bien  x"**  Grijois  dont  remaint  li  caciers. 
F. 31^   là  fil  mult  regretés  de  tous  les  chevaliers; 

en  grant  pièce  ne  muet,  ce  fu  grans  enconbriers, 

et  gist  trestous  armés  sor  l'escu  de  quartiers. 

ne  prisoient  sa  vie  vallisant  ii.  deniers,  35 

quant  vint  de  pasmissons  li  vallans  chevaliers, 

1)  fie  /«  voire  etwait,    2)  wmlt  ora  ëignorie.     3)  maiê  têi  eoëé  «•*• 
dite.    4)  e'tfiM  aulree  euerê. 


nORT  DR  OINOttOCBT.  |85 

li  frans,  li  debonaires,  li  nobiles  guerriers, 

et  dist  au  premier  mot:  „Dex!  ù  est  mes  destriers? 

„ceries,  n^sai  que  jou  face  plus  voleutiers, 

„u  lui  perdre  et  morir;  tant  est  bons  et  entiers/* 

et  Tholomé  respont,  com  rois,  mos  noveliers:  5 

„de  cascun  estes  pris,  mes  miens  estes  premiers/* 

quant  l'ot  Emenidus^  près  ne  fu  coureciés, 

et  dist  à  Tholomé:  „cou  samble  losengiers; 

„de  mes  prisons  laidir,  porqu'estes  costumiers , 

„quant  as  tos  ne  partis  ne  n'i  mostres  dangiers,  10 

„ne  aine  tort  ne  tus  fis  d'un  de  tos  prisonniers. 

„ne  vus  jà  de  cestui  ne  seres  parcouniers; 

„quar  pris  l'ai  et  miens  est  et  par  moi  seul  entiers.'* 

—  mais  miens,  dist  Tholomes,  trop  serqpe  laniers.** 

et  dist  Emenidus:  „que  vaut  vostres  plaidiers?  15 

„qnar  vus  jà  de  cestui  ne  seres  parcouniers.'* 

jà  fust  entr^aus  montée  la  noise  et  ii  tenciers, 

quant  cil  sali  en  pies  qui  fu  preus  et  légiers; 

vint  à  Emenidus  et  dist:  „biaus  sires  ciers, 

„à  vous  me  renc  prison,  voiant  ces  chevaliers;  20 

„quar  par  vus  desconfis  soumes  tout,  ce  sacies. 

„par  vous  s'en  est  fuis,  n'en  serai  parcouniers, 

„li  dus  Betis  de  Cadres,  me  sire  droituriers. 

„et  si  a  avoec  lui  plus  de  iiii.  milliers 

„dont  nus  ne  s'enfuist  por  rois,  ne  por  fouries,  25 

„ne  fust  por  votre  cors,  que  vauroit  li  noiers?** 

quant  Tôt  Emenidus,  que  tant  fu  droituriers 

Gadifters  de  V  Lairis,  de  la  tiere  as  paumier 

et  vers  lui  s'umelie  et  est  si  biaus  parliers, 

la  prison  li  pardone  de  gré  et  volentiers;  30 

maintenant  s'aconpagnent  sans  autre  consillier. 

Cescuns  fu  mull  proudom  et  chevaliers  adrois 
et  sages  de  parler  et  de  fais  mult  cortois; 
conpagnie  se  jurent  et  plevisent  lor  fois 
que  li  i.  l'autre,  tant  soit  de  mort  destrois.  35 

sacies,  mult  en  fu  lies  Alixandres,  li  rois. 
Gadifier  de  1'  Lairis  fu  en  estant  tous  drois; 
non  por  quant  il  tesmogne,  si  com  il  pot  ancois. 


186  MORT  DB  GINOHOCBT. 

qu'Ëmenidus  d'Arcade  l'a  pris,  li  quens  adrois. 
la  cace  recommence,  cescuns  d'aus  remest  cois; 
Gadifier  fu  bleciés,  en  lui  n'ot  nul  defois, 
les  flans  li  ont  bendé  d'un  vert  pale  Grijois. 
por  tenir  conpagnie,  Grius  et  Macidonois  5 

remainent  avoec  lui  desi  à  xx.  et  iii. 
Emenidus  d'Arcade  estoit  forment  destrois; 
bien  deust  reposer,  s'il  deust  estre  cois; 
mais  plus  aime  les  armes  et  les  rices  conrois, 
et  estors  et  batailles  et  cembiaus  et  tomois,  10 

amour  de  bêle  dame,  de  puciele  à  crins  blois. 
o  eus  est  retomés,  sor  i.  ce  val  norois, 
fort  et  rade  et  isniel,  les  pies  blans  comme  nois. 
Salinot  ert  parens  Betis  et  Daire  rois; 
Emenidus  le  fiert  è  guise  de  François.  15 

haut  le  prist  por  abatre  en  l'escu  blasonois, 
ne  li  vaut  à  cel  cop  11  haubers  une  nois; 
F.  31®   par  mi  outre  le  pis,  qui  que  soit  tors  u  drois, 
mais  l'ensegne  de  1'  pis  de  1'  gonfanon  Turcois; 
li  arme  en  est  partie  et  li  cors  remanois.  20 

Or  s'en  fuient  Gadrain,  n'i  vont  plus  arestant; 
la  montagne  pasèrent,  è  1'  val  vont  avalant; 
des  or  ne  crient  Betis  home  qui  soit  vivant, 
li  Grijois  les  encaucent,  qui  forment  vont  jurant, 
que  il  ne  les  larront  &  plain  ne  à  pendant;  25 

à  esporon  les  suient,  de  férir  désirant, 
en  Bucifal  seoit  Alixandres  devant; 
Tholomes  et  Clincons  vont  lés  lui  cevaacant; 
L  destroit  ont  pasé  ù  jà  mesent  jaiant 
li  rois  vit  devant  lui  i.  viellart  paisant;  30 

es  montagnes  prendoit  cou  dont  estoit  vivant. 
Alixandres  le  voit,  broce  à  lui  à  itant; 
mais  il  ne  l'atainsist  jamais  à  son  vivant; 
quar  il  ot  durs  les  pies  com  alesnes  trancant; 
et  cort  comme  cievrous  à  mont  le  desrubant.  35 

Alixandres  le  voit,  le  cuer  en  ot  dolant, 
et  escrie  ses  homes:  „8ignor,  or  au  devant.'' 
i.  Gritts  de  Macidone  c'on  clamoit  Boidant, 


MORT  DE  OINOHOCBT.  I87 

Tînt  par  mi  la  montagne,  à  Thomme  traversant. 

„k  V  bon  roi  Aliiandre  tus  sera  jà  rendant 

„et  si  fera  de  vous  trestout  à  vo  commant'* 

à  tant  i  est  venu  Tliolomes  à  poignant, 

et  H  rois  Alixandres  sor  Bucifal  errant;  5 

à  k'il  vit  le  viellart  se  li  vint  audevant: 

édites  moi,  biaus  amis,  que  aies  vus  querrant?" 

et  cil  li  respondit:  „mais  je  le  vus  demant.'* 

Aliiandre  li  dist:  „  jou  vais  Betis  suivant, 

„qui  m'a  fait  da  mes  honunes  i.  damij^  pesant.  10 

„en  la  trace  sui  mis,  si  le  vois  encaucanf 

et  cil  li  respondi:  „vua  aies  foliant  * 

,Jà  ne  l'atainderes,  à  trestout  vo  vivant 

„se  vus  plus  le  suies,  folie  sera  grans; 

„mais  retornes  arrière  tos  et  isnelement.  15 

Aliiandre  respont:  ,Jou  ferai  vo  commant.'' 

lors  fait  li  rois  sonner  i.  cor  d'un  olifant; 

cil  se  sunt  retomé,  si  ne  vont  pas  avant. 

Emenidus  encontre,  qui  vepoit  à  poignant, 

grose  lance  en  son  puig,  et  confanon  pendant  20 

Aliiandres  le  vit,  si  le  vit  acolant; 

arrière  se  retome  tos  et  isnelement 

desi  à  Gadifier  k'il  trovèrent  gisant, 

des  Grius  de  Macmone  entor  lui  li  auquant. 

Emenidus  d'Arcade  descendi  de  ferrant;  25 

ronpues  ot  les  bendes  dont  le  cors  ot  cagnant; 

ses  plaies  escrevèrent  ù  il  ot  dolour  grant 

à  ii.  rais  dolerous  en  va  li  sans  issant; 

li  cors  li  va  forment  et  li  cuers  foibloiant; 

de  la  dolour  qu'il  a  va  iiii.  fois  pasmant.  30 

s'il  a  dolour  au  cuer,  ne  m'en  vois  mervillant; 

quar  conbatus  estoit  dès  le  main  igomant 

à  isi  grant  mescief,  com  je  vus  vois  contant 

Cil  ont  doué  maint  cop  et  reçut  en  ont  maint; 
que  il  encontre  bien,  en  siele  ne  remaint;  35 

n'a  sou  siel  chevalier  que  il  refuser*  dainst; 
jus  le  convient  aler,  se  la  lance  ne  fraint 
1)  àeviêtr  le. 


188  MORT  DE  OINOHOG£T. 

à  r  sanc  qu'il  ot  perdu  et  à  1'  caut  qui  V  destrainl, 
se  pasma  iiii.  fois,  car  anuis  ^  le  sorvaint; 
F.  31*   el  li  rois  Tapercoit  qui  dont  joie  soufraint; 

ses  ii.  puins  fiert  ensamble  et  durement  se  '  plaint. 

„jentius,  se  vus  mores,  je  me  tieg  por  ataint.  5 

,jou  ne  quic  que  jamais  mes  cuers  joie  demain!. 

„*par  trestote  la  tere  c'Oceanus  ataint, 

„onques  teus  chevaliers  ne  porta  escu  paint, 

„ne  ne  tranca  de  lance  vernis,  ne  escu  '  tainf 

li  Griu  si  asanlèrent,  n'i  a  i.  seul  ne  Taint;  10 

*  et  mainent  tel  dolor  que  le  cace  demaint, 

et  Betis'se  garist,  qui  d'aler  ne  se  faint; 

bien  puet  venir  à  Cadres,  se  eu  lui  ne  demaint. 

ancois  que  li  Griu  l'aient  conseu  ne  ataint, 

isi  grant  dol  demaine  que  la  cace  remaint.  15 

li  rois  le  millor  mire  rouva*  qu'on  li  amaint 

si  tos  que  li  cevaus  en  guef^  suor  se  baint, 

et  cil  i  vint  corant  qui  le  quida  ataint. 

et  il  s'est  tant  deploiié,  n'estuet  c'on  li  ensaint;' 

si  Ta  oint  d'ongement  et  bendé  et  restraint,  *  20 

^'une  fasce  porprine  par  mi  les  flans  Tataint.'' 

après  a  dit  au  roi  que  caitif  né  se  claint, 

que  voel  qu'il  face  dol,  ne  secojj^  li  engrmnt;* 

à  tous  l'a  fait  entendre,  bien  est  drois  qu'il  le  saint. 

Sour  une  kurte  pointe  fourée  d'auqueton  25 

a  fait  li  rois  coucier  le  preu  Emenidon, 
menuement  ouvrée  de  soie  et  de  coton; 
et  Gadifier  o  lui,  son  jentil  conpagnon 
et  Lincanor  o  lui  qui  cuer  ot  de  lion, 
li  Griu  l'orent  trové  pasmé  sor  le  sablon;*^  30 

quar  Betis  Tôt  féru  d'une  lance  à  bandon, 
devers  destre  l'ot  pris,  si  c'on  vit  le  poumon, 
li  rois  a  fait  sor  aus  tendre  le  *  ^  pavillon 
dont  tout  furent  à  or  li  pan  et  li  gieron, 

1)  que  travax.  2)  le.  3)  auire.  4)  prie.  5)  ifratU.  6)  eil  êavoit 
tant  de  pltne  n'eêt  nuê  qui  li  e$uaint.  7)  lavé  Fa  boneoient,  eeêué  ei  re#- 
traint.  8)  li  eaint.  9)  ne  veut  que  4te  gramiêee,  ne  **ire  ii  engrmni. 
10)  ffit  là  fa  aporté  paerné  eor  i.  klaeon.     11)  êon. 


MORT  DE  6IN0H0GRT.  ]89 

et  les  cordes  de  soie  et  d'or  fin  li  paisson. 
li  mires  de  V  garir  prist  une  livrison  * 
de  tous  iÎL  à  garir,  mes  li  mors  li  diston. 
quar  Gadifiers  estoit  férus  par  le  poumon, 
à  la  jouste  c'ot  faite  au  preu  Emenidon,  5 

à  ii.  lés  de  l'espiel  cairent  li  rognon; 
ains  c'on  eust  aie  iiii.  pas  de  randon, 
se  pasma  iiii.  fois  en  mi  le  pavillon, 
au  relever  i  va  Tbolomes  et  Clincon, 
et  li  rois  premerains  qui  cuer  ot  de  baron;  10 

et  quant  Gadifiers  fu  venus  de  ^asmisson, 
premerains  apiela  le  preu  Emenidon. 
„sire  conpains,  dist-il,  dès  or  départiron. 
„ciertes,  mult  sui  dolans  de  la  desevrison, 
„quar  forment  vus  amase  o  moi  à  conpagnon;  15 

„quar  ains  mjudres  de  vus  ne  manja  de  poison.'* 
lors  prist  congié  au  roi  et  as  pers  environ, 
et  n'ot  mie  bien  dite  encore  s'orison, 
quant  li  cuers  li  fali,  si  sciet  è  V  pavillon, 
là  moru  et  fina,  si  com  lisant  trouvon«  20 

li  rois  en  fu  dolans  et  li  autre  baron; 
quant  ont  asses  ploré  tout  entamble  lor  bon, 
li  ber  Emenidus  qui  aine  n'ama  félon, 
Ta  bien  fait  seveUr,  n'i  ot  arestison. 
ricement  Tentierèrent  à  grant  prociession;  25 

à  la  loi  ki  estoit  font  lor  oblasion. 
en  apriès  se  revint  li  rois  è  l'  pavillon, 
et  li  mires  tou  dis  fu  o  Emenidon, 
et  au  preu  Lincanor  qui  mult  fu  gentius  hom. 
le  roi  a  fiancié,  à  la  clere  façon,  30 

F.  32*   que  il  le  rendera  plus  sain  que  i.  poiscon 

par  erbe  et  par  enplastre,  et  par  bone  puison; 

et  se  il  cou  ne  fait,  jà  n'en  ait  garison, 

ne  n'en  soit  pris  ostages,  se  de  la  teste  non. 

par  tans  porra  porter  cescuns  son  confanon,  35 

et  férir  chevalier  de  lance  et  de  tronçon. 

1)  mut  §rmU  êntenHan        mine  xx  jorê  te  rendra  iouê  êoine  comme 
t.  yiêsen. 


190  MORT  DB  6IN0H0CBT. 

tel  joie  en  ont  par  Tost,  tout  oublient  Sanson, 

et  Pireus  de  Monflor,  à  la  clere  façon; 

quar  tous  li  desconfors  estoit  d'Ëmenidon. 

Alixandres  li  rois  lor  a  dit  tel  licon: 

,,les  mors  laisies  as  mors,  et  as  vis  se  tegne-on.<*  5 

là  veiscies  le  soir  tendu  tant  pavillon; 

qui  Yot  tente  ne  tre,  si  en  ot  à  fuison. 

li  plusior  se  dormoient  sans  noise  et  sans  tencon; 

icele  nuit  pasèrent  à  poi  de  livrison. 

Cel  soir  jurent  li  Griu  è  T  val,  sot  la  froidor,  10 

et  por  le  doue  sidrain  qui  ciet  à  la  brunor; 
car  de  1'  caut  et  de  V  froit  sunt  grevé  li  plusior/ 
et  las  et  anuié  de  soustenir  Testour; 
et  li  ceval  cargié  et  porre  ^  de  suour. 
li  ceval  furent  las  et  navré  li  plusior;  15 

mult  sunt  lie  de  V  repos,  quant  il  eo  ont  loisor; 
petit  orent  viande  li  chevalier  millour;' 
tout  le  prisent  en  gré*  li  grant  et  li  mener, 
en  fresi^  è  V  demain  que  il  virent  le  jour, 
lors  font  tentes  et  très  quillir  è  grant  vigor;  20 

droit  vers  Gadres  alèrent  li  noble  pogneor. 
n'aura  mie  Betis,  cescun  jor,  lonc  séjour, 
et  li  rois  devant  aus  fait  porter  l'oriflour. 

Li  rois  porsuit  le  duc  qui  de  soi^or  n'a  cure; 
droit  vers  Gadres  en  vet  sa  plenière  aleure,  25 

trespase  pui  et  roce  et  mainte  conbe  oscure, 
et  manace  le  duc  de  lui  faire  laidure; 
quar  de  son  connétable  et  de  sa  bleceure 
est  dolans  en  son  cuer,  s'en  a  ire  et  rancure; 
ne  Betit  ne  manace  d'autre  desconflture  30 

que  la  teste  à  tolir;  sa  roiauté  en  jure, 
que  je  ne  le  garra,  sa  loiauté  en  jure.  ^ 
li  fourier  vont  souef  la  petite  ambleure; 
à  celui  ki  le  fais  à  grant  besoing  endure, 
sont  vii.  c.  chevaliers,  tous  esUs  par  droiture.  35 

li  plus  erent  si  home  et  de  sa  teneure, 

1)  de  forré  et.   2)  maU  ii  ont  ban  Hgnor.   3)  commune.   4)  eniroê  p*e. 
5)  eoêtiax  ne  fermeure. 


MORT  DE  GINOHOCBT.  191 

cil  aiment  plus  11  duc  que  nule  créature; 

li  mire  de  Y  garir  sa  loiauté  en  jure;  ^ 

par  entrait  li  garist  de  drancle  et  d*ardeure; 

armes  poront  porter,  s'on  lor  quert'  desmesure, 

et  Tin  boire  et  mangier,  quant  que  requiert  nature.  5 

d'ilueques  à  yiii.  jor  n*i  met  alongeure, 

dist  qu'il  le  garrira  de  trestoute  enfleure. 

En  iii.  jors  après  tierce,'  i.  poi  devant  midi, 
ont  11  Griu  tant  aie  et  esploitiet  isi, 
qu'il  furent  des  foriers  bien  yii.  liues  parti;  10 

et  cil  ont  le  cemin  vers  le  flun  aquelli, 
H  ceyal  ont  beu  et  li  homme  autresi; 
li  aighe  est  bêle  et  clere,  or  sunt-il  tout  gari. 
en  Betanie  entrèrent,  i.  pais  bien  garni; 
tost  furent  li  castiel  brisié  et  asali  15 

et  li  pains  et  li  vins  et  li  cars  autresi;* 
asses  en  ont  mangié,  car  il  l'ont  deseryi. 
cou  que  lor  demanda, '^  n'ont-il  mie  guerpi. 
F.  32^   tantos  comme  li  cuers  la  viande  senti, 

si  furent  tout  haitié  et  de  grent*  esbaudi,  20 

et  Betit  manecié  et  tout  lor  anemi. 

de  tel  cose  se  sjont  par  loisir  aati, 

•qui  tomera  à  certes»  ains  le  jor  aconpli. 

se  Dex  ne  lor  aie,  il  sunt  mort  et  péri.* 

Li  fourier  ont  mangié  à  joie  et  à  plenté;  23 

puis  furent  li  Gr^ois^  des  mires  regardé, 
et  cil  qu'en  ont  mestier  rafresci  et  bendé* 
et  remis  à  ceval  et  forment  apriesé;  '^ 
li  sans  as  palefrois  se  sunt  pris  et  monté. 
Emenidus  d'Arcade  a  le  sien  demandé,  30 

la  jeste  ^^  ne  li  plest,  ne  ne  11  vient  en  gré. 
de  bataille  ordener  ains  n'i  ot  mot  soné; 
mais  li  un  avant  l'autre  se  sunt  aceminé, 
et  quant  li  rois  fù  outre  et  li  Griu  sunt  passé, 
ne  quident  par  nul  home  estre  plus  destorbé.  35 

1)  mult  bien  Us  asêeure,  2)  ê*U  ne  /Ml.  3)  Aprèê  orê  de  Itérée, 
A)  reeoitHe.  5)  en  remeei.  6)  de  guerre.  7)  hatti.  8)  malade.  9)  el 
faieié,    10)  en  Hlierre  et  derrier  apresté,     11)  UHere. 


192  MORT  DE  OINOHOCBT. 

mais  il  ert  angouscous  *  ancois  le  jor  passé  ; 
quar  li  dus  d*Alemagne,'  à  V  corage  aduré^ 
et  cil  de  V  Iberrie  qui  tant  sunt  desreé  ' 
et  furent  xv.  m.,  tout  chevalier  armé, 
dont  11  plusior  estoient  en  batalle  priTé;*  5 

mult  convoite  c'as  Grius  se  soient  ajousté. 
cel  termine  et  cel  jor  ont  piecà  désiré, 
partant  si  erent  Grijois  à  tel  jent  ahurté, 
de  coi  li  plus  hardis  seront  espoenté, 
et  tout  li  plus  haitié  durement  agrevé.  10 

se  Dex  ne  lor  aie,  mort  sunt  et  afolé. 
ier  orent  ases  paine,  hul  seront  plus  grevé. 
L'amiraus  des  Arcois  fu  chevaliers  vallans, 
et  hardis  et  courtois  et  fiers  et  conquerrans; 
larges  fu-de  donner  plus  que  ne  sui  contahs;  15 

vestus  comme  François  et  sot  ases  *  romans 
et  coragous  et  fiers  et  rices  et  poisans, 
et  larges*  costumiers  et  bien  entremetans; 
et  si  est  bons  vivendiers  et  trop  bel  despendans. 
as  armes  ne  1'  vausist  Arrabis,  ne  Persans,  20 

ne  Hermines,  ne  Tufs,  ne  Mors,  ne  Aufrikans. 
ains  ne  vint  en  estor  que  bien  n'i  soit  parans 
et  n'ot  ains  tel  destrainte  '  qu'il  ne  fust  desfendanë. 
les  Grius  en  vit  aler  contre  val  i.  pendans; 
quar  il  faisoit  Tangarde  de  tous  les  denibans.  25 

il  escrie  les  siens,  lies  et  baus  et  joians: 
^chevalier,  or  as  armes;  que  nus  n'i  soit  tarjans. 
„couars  est  et  mauvais,  hounis  et  recreans 
„qui  à  si  grant  besoig  est  lens  et  demorans/' 
lors  saut  cescuns  à  tiere,  des  armes  désirans;  30 

prisent  les  blans  aubers  et  les  elmes  luisans, 
et  font  cevaus  estraindre,  noirs  et  sors  et  baucans, 
et  ensegnes  lancer  de  pales  boians;^ 
et  li  Griu  les  aprocent  à  qui  n'est  grans  ahans 
et  dont  li  plus  hardis  en  sera  esmaians,  35 

1)  «rojil  angoiêe.     2)  dé  Naman.    3)  Perêani  et  Feliêîé.     4)  eêpnwê. 
5)  yartêr.   6)  dé  guerre.    7)  deêtreee,    8)  lacier  de  foUf  fiamboians. 


MORT  DE  61N0H0C»T.  193 

et  li  plus  désirans  de  la  paor  tranblans.* 
Ëmenidus  d'Arcade  ont  dit  qu'il  est  fuians, 
et  mors  sans  raencon;  jà  n'i  ara  garans, 
ne  Tigor  de  ceval,  ne  force  lance,  ne  brans; 
n'il  ne  voient  soscors  qui  jà  lor  soit  garans.  ô 

il  lor  a  respondu:  ^trop  estes  mescréans 
^nos  somes  d'une  cort  ù  porpris  est  et  bubans' 
„et  proecce  tos  jors,  et  barnages  montans. 
F.  32*   „de  cest  mot,  se  Deu  plest,  vus  serai  démentans; 

,,que  par  bien  contenir  les  ferons  recnlans.  10 

Mpetis  est  lor  esfors,  quant  laiserai  les  cans. 

„une  riens  vus  dirai,  se  j'en  fusce  créans, 

„que  U  i.  de  nous  fust  vers  le  roi  cevaucans, 

„sour  le  bai  Gadifier  qui  tant  par  est  courans. 

„die  lui,  se  lui  plest,  c'or  nos  soie  secorans,  15 

„u  il  laira  ici  ces  preudommes  gisans 

„qui  por  lui  ont  soufers  itant  esters  presans. 

„hui  cest  jor,  se  lui  plest,  nos  soit  guerredonnans." 

Trestout  le  premerain  Lincanor  en  apele: 
„fius  de  franc  chevalier,  en  dolante  queriele  20 

„ù  nous  sommes  entré,  vers  tel  gent  qui  révèle. 
„quar  montes  sor  le  bai  qui  mius  vaut  de  castele, 
„et  plus  tos  va  ases  que  ne  vole  arondele. 
„ales-ent  vers  le  roi  conter  ceste  novele. 
„vus  estes  muU  navrés  par  desous  la  mameie;  25 

„ne  pouries  soufrir  d'un  espiel  l'alemiele, 
„ne  espée  trancant,  ne  lance  qui  trancele. 
„dites  le  maine  roi  qui  toute  l'os  caiele: 
„se  tos  ne  nos  secort  en  l'oscure  vauciele, 
,Jamai8  ne  sera  jor  que  ris  ne  joie  espiele.  30 

„autresi  somes  pris  comme  faus  qui  oisiele.*' 
et  li  vasaus  respont,  qui  s'aflce  en  la  siele: 
„sire,  ceste  parole,  ele  n'est  mie  bêle; 
„n'e8t  mie  sains  li  cuers  qui  por  paor  canciele. 
„ciertes  mius  voel  avoir  perde  la  mamiele  35 

„se  par  moi  tes  escus  '  ne  fraint  et  escantiele, 

1)  asêuréê  de  la  mort  redouian*.    2)  prié  têt  et  êeubatu/,    3)  par  wù 
ee9t  eseu. 


194  MORT  DES  GINOHOCBT. 

„dont  le  signor  lairai  jésir  sor  la  praiele; 
„jà  puis  ne  baiserai  ne  dame  ne  pucele, 
„ei  ne  serai  joious  de  nule  damoisiele." 

Emenidus  iait  tout  à  cescun  son  bon  dire; 
onques  ne  fist  sanlant  le  dus  qu'il  en  ait  ire;  5 

envers  Calnu  ala,  si  li  commence  à  dire: 
„n'est  mie  boine  cose ,  qui  de  ceval  trop  tire  ; 
„à  bon  droit  est  despis,  qui  autrui  vint  despire. 
„n'es  puis  mie  soumonre,  à  cescun  tire  à  tire; 
„mais  vus  qui  estes  sages  et  de  Y  mius  de  Teupire,     10 
„ales-ent  vers  le  roi  conter  votre*  martire; 
„que  laisiés  nos  aves  sor  Teur  de  V  desconfire. 
„dites  lui,  se  lui  plest,  qu'il  ne  nos  lest  ocire, 
„et  s'il  pert  ses  barons,  il  en  devenra  pire. 
„nous  li  avons  aidié  mainte  gent  à  ocire.^'  15 

et  li  vasaus  respont,  qui  de  cest  mot  s'aire, 
de  grant  orguel  s'estent,'  et  de  fierté  sospire; 
„sire,  de  cest  afaire  me  voel-jou  escondire. 
„i.  autre,  s'il  vus  plest,  vous  i  convient  eslire. 
„ains  aura  tel  féru,'  n'ara  mestier  de  mire.''       *  20 

Emenidus  apiele  Lione  en  sousriant. 
„fils  de  franc  chevalier,  or  n'alons*  pas  gabant: 
„on  ne  doit  pas  tous  jors  croire  consel  d'enfant.  ^ 
„vus  vees  ci  orguel  quf  nos  va  porprendant, 
„et  vees  le  mescief  dolerous  et  pesant.  25 

„ales-ent  tôt  à  1'  roi,  sor  le  bai  remuant, 
„qui  fu  à  Gardiien,  le  cevalier  vallànt; 
„quar  jou  ne  me  puis  mie  consire  sor  ferrant. 
„dites4ui,  se  lui  plest,  et  il  nos  ame  tant, 
„qu'il  nos  face  soscors,  besoig  en  est  mult  grant;         30 
„u  ici  remanront  si  houme  et  si  serjant 
„qui  por  lui  ont  sofert  itant  estor  pesant.'' 
F.  32'   et  li  vasaus  respont:  ,Jou  n'ai  or  nul  talent 
„que  vous  laie  morir,  si  m'en  aille  fuiant; 
„ains  arai  tel  féru  de  la  lance  u  de  branc,  35 

„qui  nos  vient  conune  fus*  de  la  mort  manecant, 
„et  por  cou  n'est  pas  drois  que  nus  proudom  se  vant. 
1)  notre.    2)  s'eêfrênt,    3)  car  aine  t.  ferai  tel,    4)  n'aies.     5)  fauê. 


MORT  DE  GINOHOCBT.  ^95 

„ne  joo  ne  dirai  plus,  mais  à  Deu  me  commant, 
„que  abatte  Forguel  qui  si  va  desreant/' 

Emenidus  d'Arcade  ne  sot  onques  tencier; 
onques  jor  ne  yot  dire  laidure  (à)  chevalier, 
bien  voit,  en  aventure  sunt  lorné  li  plusier/  5 

ains  nuit  aront  angosse  li  millor  chevalier; 
sa  vie,  se  il  puet,  vorra-il  calengier; 
à  la  tiere  descent,  por  son  poitrail  lacier; 
si  se  fait  par  les  pies  et  bender  et  fascier, 
d'une  bende  de  porpre  estroitement  liier;  '  10 

puis  li  metent  è  1*  dos  un  blanc  aubère  dobKer; 
li  malle  en  est  serée,  blance  corn  argens  mier. 
è  r  cief  li  ont  asis  i.  vert  elme  d'acier; 
as  las  li  vont  entor  et  fremer  et  lacier. 
puis  a  cainte  Tespée  qui  mult  flst  à  prisier,  15 

et  fait  contre  le  vent  l'ensegne  desploier, 
et  ferrant  amener  que  il  aime  et  tient  cier. 
se  li  vait  col  et  front  et  crupe  aplanoier, 
et  les  ious  et  le  cors  d'un  mantiel  essuiier; 
puis  mande  les  barons  por  enquerre  et  cierkier  20 

que  il  vorront  au  roi  por  soucors  envoler, 
sor  tel  l'ont  devisé  qui  ne  l'osa  laiier, 
i.  povre  vavasor  de  la  tiere  d'Alier. 
Emenidus  li  fait  délivrer  le  diestrier, 
le-  bon  bai  Gardiien  '  qui  a  le  cors  légier.  25 

mult  doucement  li  prie  qu'il  penst  de  l'esploitier 
et  monstre  par  ensegne  le  roi  ce  bon  destrier 
„que  jou  Emenidus,  me  cors  vus  fis  baillier, 
'„que  nos  face  socorre,  car  en  avons  mestier. 
„u  il  l'a  à  tous  jors  perdu  sans  repairier.*'  30 

Li  mesages  s'en  torne,  qui  des  fouriers  se  part, 
et  sist  en  è  1'  ceval  qui  le  front  ot  liart 
por  nient  ne  1'  querroit  ne  roi,'^ne  acopart, 
ne  nus  cors  de  ceval  qui  soit  jusqu'à  Baudart 
ains  none  a  conseu  le  roi  à  1'  cors  gallart,  35 

dist  lui  que  por  ses  homes  retort  è  l'estandart;* 
ne  cuide  que  jamais  en  voie  vis  le  quart, 

1)  plus  ehr.    2)  Met  Oadifer.    3)  r^M.    4)  êeront  à  C  dur  eêêart. 

13* 


195  MORT  DE  GINOHOCBT. 

quar  tel  lor  sutit  venu  que  d'asanler  fu  tarf, 

ne  daignèrent  por  lui  drecier  lor  estandart. 

de  batalle  à  esmer  *  ne  furent  à  esgart; 

ains  Tinrent  à  desrois  comme  ostoirs  à  mallari. 

mais  se  Dex  le  roi  sauve,  qui  ains  n'ama  couart,  5 

tel  i  vinrent  tout  sain,  percié  aront  le  lart; 

ne  jà  ne  les  garra  escus  ne  toenart. 

Li  mesages,  ains  none,  a  le  roi  conseu, 
droitement  à  1'  monter  d'un  roste'  pal  agu 
hautement  escrià:  „Alixandre,  ù  vas  tu?  10 

„a!  sire,  ne  saves  que  vous  aves  perdu. 
„celui  laies  arrière,  à  le  fière  vertu, 
„qui'fait  en  tant  besoig  connoistre  son  escu, 
„et  a  le  votre  droit  en  (maint)  liu  maintenu. 
„et  li  autre  fourier  i  seront  tout  vencu,  15 

„et  li  couart'  navré  qui  là  sont  enbatu, 
„6e  par  vus  n'ont  soscort,  jamais  n'ierent  veu." 
li  rois  tire  sen  frain,  quant  il  l'a  entendu, 
F. 33*    et  dist  à  V  premier  mot:  „or  ai-jou  trop  perdu.. 

„or  arrière  plus  tos  que  ne  somes  venu,  20 

„se  puis  iceus  trouver,  mult  sera  cier  vendu. 
„Dex,  force  lor  dones,  qu*i]  soient  desfendu." 

Li  mesages  a  bien  sa  parole  rendue, 
et  li  rois  Alixandres  l'a  de  cuer  entendue, 
puis  a  dit  à  ses  homes:  „bien  ai  joie  perdue',    •  25 

„s'ensi  m'est  Famistés  de  mes  barons  tolue. 
„Emenidu8,  fait-il,  par  cui  m'os  s'esvertue; 
„s1  est  la  votre  lance  et  doutée  et  cremue, 
„et  li  cop  autresi  de  votre  espée  nue; 
„se  de  me  desevres,  bien  m'est  joie  perdue.  30 

„la  corone  de  1'  cief  me  sera  abatue; 
„et  se  mors  nos  départ,  tel  dolors  m*est  creue 
,jamais  ne  voel  que  tiere  soit  par  moi  maintenue.*' 

Li  rois  tous  premerains  est  arrière  tornés, 
pleure  por  ses  barons  que  il  sot  enconbrés. 
e  Dex!  corn  francement  il  les  a  regretés,  35 

Emenidus  sour  tous,  qui  tant  est  ses  privés, 
1)  iMriênêr.    2)  ruUte,    3)  doUnU. 


MORT  PB  GINOHOCBT.  197 

„e!  gentius  chevaliers  et  frans  et  aloses, 
„si  ai  joie  perdue,  se  de  moi  desevres/' 
Tholomes  à  cest  mot  est  au  roi  acostés, 
se  li  a  dit:  »,biaus  sire,  por  coi  tus  ocies; 
„per  Deu  quant  de  cel  home  si  durement  dotes,  5 

„*mult  faites  grant  folie  quant  de  vous  le  partes; 
„si  vus  lo  *  par  consel,  se  vif  le  retenes, 
„qu'il  soit  mais  entor  vus,  et  les  autres  pênes. 
„è  r  reprovier  a  dit  11  vilains,  ce  saves, 
„qu'à  conbattre  souvent,  pegist'  mie  santés.'*  .  10 

et  (*li  rois)  le  regarde,  qui  tos  fu  porpensés, 
et  lui  dist  errament:  „taisies  vus;  ce  gardes. 
„nus  consaus  envious  ne  puet  être  celés; 
„ciertes,  or  i  pert  bien  qu*envie  li  portes; 
„ce8te  parole  est  laide,  jà  ne  le  removes.  '  15 

„8e  le  set  autres  gens,  vus  en  seres  blasmés.'' 
Arrière  en  vait  li  rois*  qui  gent  ot  le  corage; 
crient  que  de  1'  demorer  (*n'i)  ait  eu  grand  damage, 
*à  grant  mervelle  dote  perdre  de  son  barnage; 
et  cil  sunt  asamblé  es  plaines  de  Valage,  20 

droitement  è  Y  désert  de  la  roce  Laufage,^ 
Alixandres  devant,  o  le  hardi  corage; 
et  apriès  li  roi  va  li  mius  de  son  barnage. 
tuit  vinrent  à  desroi  icele  gent  sauvage; 
cil  ftirent  par  escieles,  qui  conseil  orent  sage.  25 

Tamirri  des  Arcois  et  li  sires  d*Arcage 
se  vont  entre-férir  et  par  ire  et  par  rage; 
chevalier  furent  bon  et  trop  fier  de  corage, 
et  li  ceval  corant  qui  ne  sunt  mie  onbrage; 
ne  lor  valent  eseu  le  poumon  d'une  vake,'  30 

les  lances  es  haubers  ne  truevent  pas  pasage; 
l'amiral  ne  se  faint,  ne  son  cop  n'a  souage. 
Emenidus  fiert  bien  qui  mult  ot  vaselage; 
proecce  par  nature  li  vint  et  par  corage;  ' 
toute  plaine  sa  lance,  Tenporte^  en  mi  l'erbflje.  35 

or*  est  en  aventure  de  perdre  signourage, 

1)  or  vus  ioi.    2)  ne  gUt,    3)  rMrdeê.    4)  H  roiê  eevuueê  ioêt 
5)  •  Fmifase.    6)  flMmf0  rf'im  fromage.    7)  p^rage.    8)  f «èali.    9)  9U. 


198  MORT  DE  GINOPOCBT. 

se  de  ceus  n'a  sescors,  qui  li  doivent  omage. 

L'amiral  fu  hontous,  quant  à  tiere  se  sent; 
car  *  d'un  seul  chevalier  ne  trouvoit-il  ^  nient 
onques  mais  ne  cai,  or  l'en  poise  forment; 
il  resali  en  pies,  à  1'  ceval  se  destent,'  5 

et  com  hom  vigerous  à  le  siele  se  prent, 
l'une  main  à  l'arcon,  l'autre  à  l'estrier  d'argent. 
F.  33^   l'amiral  vot  monter,  mais  li  dus  li  desfent; 

tel  li  done  de  1'  branc  qui  cler  luist  et  resplent, 
que  jus  le  rebâti,  le  visage  sanglent,  10 

si  que  tout  estordis  à  la  tiere  se  prent.* 
il  ne  fut  mie  bien  porseus  de  sa  gent; 
li  Grijois  l'ont  outré  et  Pilote  descent; 
cil  est  à  lui  rendus  et  li  vasaus  le  prent. 
Emenidus  regarde,  se  li  dist  doucement:  15 

„sire,  qu'en  ferai-jou?  dites  votre  talent; 
„ciertes  tout  en  voel  faire  votre  commandement."* 
Emenidus  respont,  si  a  dit  son  talent. 
„as  hamas  soit  menés  tos  et  isnielement, 
„et  soit  si  bien  gardé  com  à  tel  apendant;^  20 

„par  lui  arons  des  nos  jentil  délivrement. 
„et  se  li  rois  revient  et  s'ire  li  consent,^ 
„si  ert  notre  conpagne,  se  lui  plest  loiement,* 
„et  cierkera  o  nous  le  règne  d'Orient; 
„qu'il  n'a  tel  cevalier  desi  en  l'Ocidenf  25 

iiii.  escuier  Tenmainent  désarmé  vivement,^ 
droitement  à  1*  hamas  qui  le  martire  atent. 
non  pouvet*  è  destrois  d'une  roce  se  prent,  *^ 
*  là  se  traisent  les  Griu ,  se  force  les  sosprent; 
se  sunt  mis  et  enclos  pour  querre  sauvement;  30 

xii.  home  s'i  pouroient  bien  desfendre  de  c. 
or  set  li  amiral  de  cui  folor  se  sent, 
qui  n'a  mie  grant  force  et  grant  fais  entreprend. 
•  à  maint  home  mesciet  de  parler  folement; 
si  est-il  cestui  fait,  mais  à  tart  se  repent.  35 

Pris  est  li  amiral  par  folement  venir; 

1)  Mf.    2)  dùiùU-U.    3)  r€frm.    4)  Vêêtini,    6)  honu  «fmil.    6)  il  H 
iê  ecmmii.   7)  latiimÊèti^.  8)  rieem^mt.   9)  ne  pwmii.   10)  fué  f9rf. 


MORT  DE  OINOHOCBT.  199 

si  voit-on  esploitier  de  fol  consel  creir* 
ne  ne  digna  por  eus  de  fol  consel  tenir,' 
esciele  deyiser,  ne  sa  gent  esbaudir; 
ains  les  Tint  à  desroi,  devant  aiis  tous,  férir, 
et  cil  les  reçut  bien  qui  les  rencs  fait  frémir,  5 

et  tous  jors  costumiers  de  grant  estor  fumir. 
poi  conquiert  i.  seul  home  de  ruste  estor  soufrir;' 
ne  jou  ne  quic  que  cil  puist  de  Y  gaaig  joir. 
pris  est  et  retenus,  n'a  de  fuir  loisir; 
li  dus  par  mautalent  prist  color  à  noircir,  10 

por  Tamiral  souscore  fisent  lor  cors*  bondir, 
ses  buisines  sonner  et  ses  agais  bastir,^ 
et  ses  gens  asambler  et  ses  arains  tentir;. 
il  en  metra  sen  cors  par  tans  à  V  convenir, 
comme  por  lui  ravoir,  u  dalés  lui  morir.  15 

mais  Calnus  et  li  sien  font  les  autres^  brandir 
et  Lincanors  li  preus,  son  ceval  tressalir; 
des  callaus  et  des  pieres'  a  fait  le  fu  iscir. 
Liones  point  le  brun  qui  le  camp  fet  tentir; 
par  maintes  fois  l'ot-on  d'une  liue  tentir,^  20 

et  li  preus  AYistes  les  rêvait  envair;® 
cist  ont  fait  maintes  fois  bien  grant  gent  esfreir. 
là  veiscies  cevaus  de  tos  corre  aramir, 
et  les  barons  de  Grese  de  proecce®  en  aigrir 
tous  ensamble  les  vont  si  forment  envair,  25 

que  parmi  les  harnois  les  font  outre  fuir.^^ 
pris  ont  et  retenu  le  prince  de  Maknire,^^ 
et  i.  autre  avoec  lui  de  mèrvillous  air; 
celui  de  Boiselet  qui  se  siut^'  aatir 
d'Alixandre  enpirier  et  de  se  gent  honir.  30 

or  se  puet-il  meismes,  ce  m'est  vis,  desmentir; 
s'en  est  venus,  je  quic,  trop  tart  à  Y  repentir. 
F.  33*       Li  esters  fu  si  fiers  que  jou  ne  sai  retraire, 
car  li  dus  ert  mult  preus  et  frans  et  deboinaire. 

1)  iemr.  2)  sa  bataille  garnir.  3)  d^eneonire  lui  guêneir.  4)  r'acoir, 
m  fait  ses  ears.  6)  iêêir.  6)  lancêi.  7)  hennir.  8)  rêêtomUr.  9)  du- 
rement.    10)  roiil  outrê-féHr.     11)  Valmire.     12)  sent. 


200  MORT  DE  GINOHOCBT. 

Sarois  avoit^  à  non  et  si  est  nies*  roi  Daire; 

Hamans  li  ot  doné,  i.  mult  rice  repaire, 

cité  bone  et  garnie  et  de  mult  bone  afaire. 

de  ses  homes  qu'il  pert,  ne  set  qu'il  puise  faire; 

bien  voit  que  lor  orgius  lor  traîne  à  contraire;'  5 

se  vengier  ne  se  puet,  il  ne  se  prise  gaire; 

il  sera  mors  de  V  doel,  s'un  poi  ne  s'en  esclaire; 

de  gré  laise  cacier*  por  soi  auques  atraire; 

mais  sages  chevalier  fu  lor  sire  et  lor  maire, 

Ëmenidus  li  preus,  li  frans,  li  deboinaire.  10 

se  bien  le  voelent  croire,  ne  folieront  gaire; 

entor  lui  oisies  navrés  crier  et  braire, 

et  peuisies  (veir)  c.  mors  qui  n'ont  suaire; 

quar  tous  est  coutumiers  de  soufrir  tel  afaire. 

1)  8w9ariê  ot.    2)  fu  fix,     3)  lonte  à  grant  contraire.     4)   de  ffré  #« 
Imt  eair. 


COMBAT  D'EMEMDUS  ET  DE  SA  GENT. 

€1  dist  si  com  EmenldiM  et  sa  sens  se  eonbatirent 
eonire  lors   auenils   et   en   1   ot  mult   de   mors   et 

d'oels. 

Li  estours  fa  mult  fiers  et  ricement*  férus; 
là  peuiscies  veir  ces  lances  es  escus,* 
que  d'autre  part  en  percent  et  li  fier  et  li  fus; 
et  blans  aubiers  safrés,  desmaiUiés  et  rompus; 
mains  elmes  embarés  et  reons  et  agus,  5 

et  cors  de  chevaliers  et  sieles  abatus;. 
et  d'une  part  et  d^autre  en  i  ot  de  cens, 
li  gentius  chevaliers,  sages  et  aperçus, 
qui  fu  en  tant  besoing  redoutés  et  cremus, 
a  les  homes  le  roi  sagement  maintenus,  10 

et  d'aler  à  folie  gardés  et  desfendus; 
de  tant  fu  plus  li  dus^  dolans  et  irascus, 
et  dist  par  mautalent:  „bien  sui  vis  confondus. 
„tous  li  mondes  sera  par  cest  honune  abatus; 
„de  mes  millors  barons  m'a-il  jà  iii.  tolus,  15 

„et  des  autres  tant  mors,  tous  en  sui  esperdus; 
„ne  là  ne  Y  puis  mener  h  li  rende  salus,' 
„si  com  a  tel  ami  o  les  brans  esmoulus; 
„quar  cU  ki  tant  est  preus  et  fière  sa  vertus 
„en  a  tout  mes  engiens  asentis  et  veus."  20 

Mult  est  dolans  li  dus  quant  il  voit  l'aventure 
de  ses  millors  barons  qu'il  péri  en  tel  mesure; 
or  voit  que  lor  orgius*  lor  retorne  à  droiture»* 
Emenidus  d'Arcade  qui  preus  fu  par  nature, 

1)  duremêHL    2)  S^varië.    3)  m  jà  Hê  puU  mener  le  ehevmiier  Cau^ 
luê.     4)  a^aie,    5)  iaidure. 


202  COMBAT  D'BMBNIDUS  ET  DB  SA  OENT. 

sor  ferrant  va  et  vient  plus  tos  que  l'ambleure; 
quant  recouyrer  pot  lance,  grande  et  grose  meure, 
ens  es  yis  lor  guencist,  que  de  lor  preu  n'a  cure; 
cui  il  encontre  bien,  ne  Y  tient  afeutreure; 
là  ù  li  lance  li  faut,  si  trait  Tespée  nue      ^  5 

cui  il  encontre  bien  mis  est  à  noreture;^ 
F.  33'  jâ  plus  n'est  en  grant  soig  de  querre  sa  peuture.  - 
et  li  lioume  Alixandre  ù  il  claime  droiture, 
il  les  a  à  garder,  s'on  lor  quert  desmesure; 
et  garandir  les  Yiut  sor  toute  créature.  10 

i.  autres  laiast  bien  si  faite  teneure; 
jà  longes  n'en  quisist  manoir  en  teneure;* 
mais  il  ne  le  canjast  por  la  tiere  d'Asiur. 
tous  sierés  les  enguie  par  une  conbe  oscure; 
ne  Yoet  li  ber  soufrir  qu'il  aient  afolujre.  15 

tel  doel  en  a  li  dus,  tous  en  esprent  d'ardure; 
vers  eus  point  le  ceyal  et  sa  créance  en  jure; 
ains  le  nuit  .lor  fera  mortel  desconflture. 

Droitement  as  destrois  sunt  li  Griu  repairié; 
mes  li  dus  les  tient  près  que  mult  en  est  cargié.  20 

Emenidus  d'Arcade  ont  issi  angoussié, 
de  XX.  lances  li  fier  sunt  à  lui  apoié. 
leré  l'ont  des  arçons  et  sor  destre  ploie, 
li  quirs  des  estrivieres  por  le  fais  estendié, 
et  ferrant  desous  lui  par  force  ajenellié;  25 

mais  ne  fait  nul'  samblant  de  ceval  esmaié, 
sus  resaut  vivement  quant  li  fust  sunt  brisié. 
li  X.  furent  des  fier  en  l'escu  enbroié, 
et  li  X.  de  l'obère  sunt  à  tiere  glacié. 
lors  a  Emenidus  le  branc  trdit  et  sacié;  30 

là  furent  li  sien  cop  fièrement  enploié 
et  as  plus  orgillous  malement  acointié. 
qui  de  lui  pot  tomer,  volontiers  l'ont  laié;^. 
mais  il  l'ont  à  cel  poindre  forment  adamagié. 
Pilote  ont  abatu  et  si  descevaucié,  35 

que  prison  retenu^  Teumainent  tout  à  pié. 

1)  toê  eêt  en  tmenture,    2)  autre  pûêhtrê.    3)  vêêêeure.    4)  Va  iaiM. 
5)  et  pris  et  retanu. 


COMBAT  D'BMBNIDUS  AT  DB  8A  OBNT.  203 

aio8  ne  V  cors*  Lincanors  qui  ot  le  cors'  prisié, 

et  de  corage  franc  et  de  bien  enpregnié. 

Emenidus  ne  Y  Tit  tant  Torent  eslongié, 

qu'il  ne  V  r'aront  hui  mes,  se  n'est  par  grant  pedé. 

laidement  renmenairent  contre  ceval,  à  pié;'  5 

il  Forent  de  cevestres*  bien  estraint  et  loié;' 

dolans  en  ert  li  rois  et  li  Grius  courecié; 

ains  le  solel  coucant  Taront  si  cier  vengié 

que  mains  proudom  en  ert  à  armes  detrancié. 

Emenidus  en  a  si  grant  fais  embrachié;  10 

ne  revenra,  ce  dist,  si  Tara  ostagiet, 

que  de  V  gaaig,  ce  dist,  ni  erent  preus  avancié.* 

Duel  ot  Emenidus  de  la  laide  prison, 
de  cou  qu'il  voit  mener  son  jentil  conpagnon, 
loié  sor  i.  ronci,  à  guise  de  laron.  15 

„mius  voel,  dist-il,  morir  sans  nule  raencon, 
^que  dusqu'à  lui  ne  poigne,   qui  qu'en  poist  ne  qui  non. 
„de  lui  à  délivrer  me  métrai  à  bandon/' 
une  lance  a  tolue  i.  Arrabi  félon; 

li  fiers  en  fu  trancans  et  Tanste  de  saison;  20 

le  duc  en  vet  férir,  brocant  h  esporon, 
si  tos  comme  ferrans  pot  corre  de  randon, 
que  le  hauberc  li  trance,  très  par  mi  le  blason;' 
lés  le  tor  de  Tespaule  prist  i.  poi  de  V  braon, 
ne  l'a  gaires  blecié,  bien  ara  garison;  25 

por  quant  si  l'abâti,  cargié  d'esdordison. 
ne  desist,  à  celé  ore,  iiii.  mos  de  cancon, 
qui  li  dounast  tout  l'or  au  roi  Marsilion, 
et  a  traite  l'espée  qui  li  peut  à  gieron. 
ceus  qui  le  conte  enmainent  a  si  mis  à  raison,  30 

F.  34*  que  de  mort,  que  de  plaie  n'ot  nus  d'aus  garison. 
par  le  resne  le  prist,  que  ne  le  desfent-on; 
les  galos  l'en  remaine,  qui  qu'en  poist  ne  qui  non. 
tes  esfors  ne  fu  fais  par  i.  tout  seul  baron; 
sor  le  duc  arestèrent,  qui  jut  en  pasmison,  35 

i)  êot  2}  euer.  3)  n*ên  orêni  foê  pUii.  4)  eavêêtrêê.  6)  êor  t. 
r&nei.  6)  si  que  Jà  iê  V  tfotung  n'erMi  prêu,  7)  Piemnt  s'en  vm  férir, 
irèê  pmr  wd  U  hluêon        que  U  hiimMi  H  iranee  ei  l'ermin  peHeen. 


204  COMBAT  D'ENENIDUS  ET  DE  SA  GBNT. 

tel  vii®-  chevalier  ki  ont  droite  ocoison. 

là  demainent  grant  duel  et  grant  desmentison, 

por  lor  jentil  signor  qui  lor  ot  fait  maint  don. 

Ëmenidus  passe  outre,  n'a  soing  de  lor  sermon; 

mult  est  lies  de  Pilote  qu'il  mist  à  garison.^  5 

Li  duc  ont  mis  en  pies  si  ome  et  si  casé; 
mais  il  se  sent  blecié  et  forment  agreyé; 
à  grande  paine  l'ont  è  V  ceval  remonté, 
mult  en  a  grant  mervelle,  quant  il  se  "^ent  navré;' 
à  paines  li  souvient  conmient  il  a  erré,  10 

por  quoi,  n'a  quel  besoig  sunt  iluec  asamblé.  . 
l'afaire  reconnut,  quant  bien  ot  porpensé, 
et  a  dit  à  ses  hommes:  „malement  ai  erré. 
„or  sunt-il  es  destrois,  ne  nos  en  savent  gré; 
„nous  les  teniions  mius  qui  fumes  à  plenté,'  15 

„s'es  venimes  férir  trestous  desconraés. 
„or  i  pert  com  il  sunt  par  nos^  cors  agrevés, 
„et  se  force  lor  croist  tôt  somes  afolés; 
„baron,  car  nos  traions  à  droite  sauvetés;^ 
„proudom,  tant  que  il  puet,  doit  querre  sa  santé."       20 
ains  que  li  dus  eust  Tafaire  devisé, 
1er  sort  rois  Alixandres  et  li  Griu  desraé; 
par  derrière  se  sunt  detries  le  val  esté, 
qu'il  furent  sigement  et  conduit  et  mené, 
cil  sunt  en  aventure  de  damage  tome,  25 

ne  jou  ne  voi  comment  il  en  soient  gardé. 

Li  rois  vit  à  ses  ious  cou  qu'il  voloit  trover, 
les  i.  por  damagier,  les  autres  por  jouster.® 
ses  anemis  connoist  et  requiert  comme  ber; 
de  droit  lor  laisent  corre  quanqu'il  pot  randonner,         30 
et  li  sien  après  lui  que  il  n'es  pot  amer.^ 
maint  ceval  font  le  jor  d'angouscc  tressuer; 
mais  nus  à  Bucifal  ne  se  puet  acoster. 
li  dus  les  vit  venir,  qui  ne  s'i  pot  fier; 
n'i  pora  preu  aidier,®  n'il  n'a  talent  d'aler;  35 

1)  ^t7  a  trmt  de  êa  priêOH.  2)  armé.  3)  vimeê  pêHs,  9*eê  évmêê 
en  viUé.  4)  for.  5)  êoive  fermeiée.  6)  salver,  7)  penêeni  d'êëyaranêr- 
8)  ii  ne  eet  fireu  fuir. 


COMBAT  D'BMBNIDUS  ET  DE  SA  GBNT.  205 

bielement  yiut  morir,  ce  li  vient  en  penser, 
et  dist  qu'en  bêle  fin  yiut  Bon  tans  definer, 
mius  que  vivre  et  languir  et  laidement  ouvrer; 
quar  mult  doute  proudom  son  cors  désounorer. 
il  sist  sor  un  ceval  qui  mult  fist  à  loer,  5 

c'en  ne  peuist  è  V  mont  iii.  millors  recouvrer, 
envers  le  roi  s'adrece,  qu'il  le  vot  encontrer, 
et  li  rois  envers  lui  ne  le  vot  refuser, 
cescuns  viut  celé  jouste  à  damage  tomer; 
lî  rois,  por  ses  barons  que  cil  vint  agreyer,  10 

et  li  dus  qui  teus  est  c*on  en  doit  bien  parler, 
le  revint  enpirier,  s'il  pooit,  u  grever, 
et  son  cuer  esclairier,  que  poi  quide  durer, 
et  son  ire  vengier,  s'il  pooit  asséner, 
il  s'entre-laisent  corre,  sans  nul  point  agrever,  15 

que  l'uns  ne  degne  l'autre  d'un  seul  point*  refuser, 
ne  de  bien,  ne  de  mal  arainement  doner.' 
si  durement  se  fièrent  quant  vient  à  Tasambler, 
des  escus  font  les  ais  fraindre  et  esquarteler, 
F.  34^  les  bons  obères  deronpre  et  laidement  fauser;  20 

et  les  arçons  detries  pecoier  et  quaser, 
et  les  cevaus  sous  aus  par  destraice  suer, 
li  dus  selonc  le  car  li  fait  le  fier  paser, 
qu'il  en  pot  d'autre  part  le  confanon  mostrer; 
mais  près,  à  icel  cop  dut  sa  guerre  finer,  25 

qu'il  enprist  de  la  car  et  traist  de^  1'  sanc  cler; 
mais  la  plaie  ne  fu  mje  gries  à  saner, 
quar  Dex  et  aventure  fist  le  cop  esciver. 
li  rois  li  fist  è  r  cors  le  sien  acier  temprer,* 
par  mi  tous  les  boiaus,  l'escine  desevrer."  30 

ambedoi  sunt  eau,  ne  s'en  pot  nus  gaber; 
mais  il  ne  furent  mie  parel  à  relever, 
quar  l'uns  remest  haities,  l'autre  conyint  finer; 
ilueques  maintenant  l'estut-il  dévier, 
au  cair  que  il  fist,  devinrent  li  renc  cler;  35 

tourné  sunt  à  le  fuie  et  laisent  le  plorer. 
aine  n'i  ot  si  cortois  qui  (le)  venist  saluer» 
i)  mot  2)  araiêner  ne  parler,  3)  s'en  traiêt  U.  4)  eoier.  5)  dêtnoer. 


206  COMBAT  D'BMENIDUS  BT  D&  SA  GBNT. 

ni  autre  qui  peuist  aus  congié^  demander; 
ne  preu  ne  sevent-il  quel  part  doiyent  aler. 

Li  rois  a  mort  le  duc;  de  vreté  le  sacies, 
por  i.  seul  petitet  qu'il  ne  fu^  engigniés; 
car  mult  fu  à  cel  cop  de  la  mort  aprociés,  5 

et  se  li  cols'  ne  fust  devers  destre  glaciés, 
jamais  ne  conquesist  les  estranges  rainiés.* 
et  ciP  Toient  les  Grius  venir  tous  eslaisiés 
et  sevent  que  li  dus  estoit  mors  trébuciés; 
por  atendre  au  férir  ont  tous  les  fers  baisiés.  10 

là  peuiscies  veir  chevaliers  esmaiés, 
qui  s'enfuient  mult  tos  des  esporons  coitiés; 
de  r  desfendre  n'en  est  i.  seus  apatilliés, 
mais  d'escu  et  de  lance  est  cescuns  descargiés. 
le  jor  fu  après  eus  mains  -cevaus  eslaisiés,  15 

mains  trancans  fiers  de  lance  en  cors  d'ome  bagniés, 
et  mains  rices- prisons  retenus  et  loiés; 
bien  en  fu  mors  que  pris  toute  l'une  moitiés. 

En  gent  qui  n'ont  signor  n'a  mie  grant  defois; 
cil  sunt  mort  et  vencu»  si  s'en  tome  li  rois.  20 

là  il  li  dus  gist  mors  est  venus  de  manois, 
doucement  le  regraite,  si  le  plaint  en  Gr^ois, 
et  dist  que:  „se  il  fuscent  des  siens  tel  n.  et  iii., 
,,hui  nos  éuscent  fait  i.  giu  Sarrasinois; 
„quar  il  n'avoit  tel  home  dusqu'à  1'  règne  as  François.®    25 
„or  de  l'aparillier,  car  n'en  vei-je'  ancois, 
„si  ert  enbausemés,^  conune  frans  dus  cortois." 
portés  est  en  sa  tiere,  d'aîromes  ancois* 
trestous  enbausemés,  por  longes  durer  frois, 
et  le  firance'^  ducoise  qu'en  est  en  grans  esfrois.  30 

Lincanors  ot  le  roi  sa  parole  avancier, 
et  le  dus  regreter  et  son  pris  essaucier, 
mult  l'en  aime  en  son  cuer,  si  l'en  va  arainier. 
tout  erraument  li  diat  et  sans  contralier: 

1)  pensast  de  congié,  2)  ne  remêft.  3)  fiers,  4)  il  fuêl  mors  à  cê 
eof  u  formeni  iaidengiés,  5)  /•  forrier,  6)  Asinns,  7)  irai-je.  8)  «•- 
ktUsemés,  9)  tu  flaee  u  girrons  anevois.  10)  et  trawUs  en  ss  tiers  fsr 
tes  vax  de  Morois        à  le  fronce. 


COMBAT  D'EMBNIDUS  ET  DE  8A  6BNT.  207 

en  vous  a  bon,  jou  quic,  por  home  estoutoier; 
„cil  est  preus  qui  ne  Tint  soufrir  votre  dangier. 
„cil  se  Tint  ore  ^  à  vus  par  amors'  acointier, 
,,et  moustra  bien  s'il  sot  auques  de  tomoier. 
„mult  vus  fist  roidement  ceste  siele  widier,  5 

„inais  au  ^  franc  connestable  qui  le  corage  a  fier 
„le  vis-jou*  roidement  jehui  descevaucier, 
F.  34*   „qu'il  se  laiast  coper  d'un  enfant  le  raier.  * 

„de  lui  vus  os-jou  dire,  jà  ne  m'en  vius  targier, 

,,que  onques  de  mes  ious  ne  vie  tel  chevalier. <<  10 

et  li  rois  li  a  dit:  ,,souvent  vus  a  mestier. 

„bien  li  sera  méri,  se  je  1'  puis  esploitier. 

„8e  Dex  me  donne  vivre,  j'en  ferai  roi  entier." 

—  sire,  dist  Lincanors,  ce  fait  à  mercier, 

„quar  vus  ne  le  pories  nul  liu  mius  emploier;  15 

,jà  de  lui  notre  gent  n'averont  reprovier." 

„Lincanors,  dist  li  rois,  se  Dex  me  béneie, 
„une  cose  ai  pensé,  ne  Y  lairai,  ne  vus  die. 
„mult  par  est  haute  cose,  proecce  si^ns  envie; 
„*mais  en  vos  conpagnon  en  a  mult  grant  partie,        20 
„*J'en  haira  tel  jà,  se  il  ne  s'en  castie 
„mais  en  Emenidon,  à  le  chière  hardie, 
„ne  po  conques  connoistre  orguel  ne  félonnie; 
„por  cou  que  vus  l'ames  et  tenes  conpagnie, 
„de  grant  bien  et  d'ounor  li  miens  cors  vus  afie.''         25 
cil  fu  sages  et  preus,  que  mult  bel  l'en  mercie; 
puis  conte  des  prisons  qu'il  ont  en  lor  ballie, 
les  iiL  millors  barons  d'Arrabe  et  de  Persie;® 
il  sunt  rice  d'avoir,  d'or  et  de  manandie; 
si  sevent  les  délrois  de  la  gent  paienie.  30 

—  sire,  retenes  les,  s'Emenidns  l'otrie. 
„*car  d'ex  pores  avoir  et  secors  et  aie." 
et  li  rois  respondi:  „ci  n'a  point  de  folie." 

Coi  que  li  rois  parole  de  son  baron  qu'il  prise, 
i  vînt  Emenidus,  cevaucant  en  tel  guise,  35 

et  n'ot  si  tel  armé  tros  qu'à  1'  règne  de  Frise, 
de  l'estor  c'ot  vencu  ot  la  large  jus  mise, 
1)  Awt.    2)  artMê.    3)  te.    i)  #t.     5)  hrmier.     6)  8unê, 


208  COMBAT  D'EMENIDUS  ET  DE  SA  QBNT. 

et  tenoit  i.  tronçon  d'une  lance  malmise 

qu'il  ot  en  i.  escu  par  grant  vertu  asise. 

ferrans  vait  Tambleure,  qui  vaut  tôt  For  de  Frise/ 

toute  une  estroite  sente,  dalés  une  falise; 

sous  ses  pies  trance  et  ront  Tierbe  vert  et  alise;  ^  5 

et  li  rois  qui  de  bien  ot  la  parole  '  esprise, 

li  vet  gagier  *  l'ounor  k'il  li  avoit  promise.  ** 

„tenes,  sire,  fait-il,  par  qui  m'os  se  justise, 

„toute  la  millor  tiere,  quant  jou  Tarai  conquise. 

„*rois  serez  coronés,  car  ne  vois  îi  mix  gise.  tO 

„ciertes,  si  ne  quic  mie,  que  foie  gent  marcise 

„vus  tolent^  votre  ounor ,  quant  vus  Tares  saisie.  ^ 

Sages,  amesurés  et  de  biele  atemprance 
estoit  li  connestables  et  ot  esté  d'enfance, 
por  le  roi  mercier,  mult  près  de  lui  s'avance,  15 

et  dist:  „sire,  jou  sui.  tous  en  votre  aliance; 
„certes  jà  n'ere  '  lies  de  la  vostre  pesance, 
„ancois  le  venjerai,  tous  jors  à  ma  poisance. 
„ne  soies  de  ma  plaie  onques  plus  en  balance; 
„le  mire  me  laies  en  qui  ai  m'espérance, 
„et  cevaucies  avant,  prendes  votre  venjpnce.  20 

„ne  quic  que  par  derrière,  ne  viegne  mes  nuisance. 
„et  vus  nos  souscores,  s*on  nos  requiert  grevance. 
„vus  aves  bons  haus  homes  et  de  noble  poisance, 
„vus  pores  gentius  homes  faire  tel  secourance, 
„qu'il  s'ostent  de  povreté  par  votre  délivrance,  25 

„et  vus  servent  à  joie  et  dient  en  oiance: 
„mult  avons  bon  signor  qui  tous  jors  nos  avance; 
„qui  por  mort  li  faura,  ses  cors  ait  mesestance/* 

Li  rois  vit^  sen  baron  qui  T  vint  bel  consillier; 
mult  prisa  en  son  cuer  lui  et  son  castoier.  30 

vers  lui  point  le  ceval,  se  T  couru  enbracier; 
en  afolant*  Testraint,  armés  sor  son  destrier. 
„Emenidus  fait-il,  mult  vus  doi  avoir  chier, 
P.  34*  „quar  tous  jors  vus  pênes  de  mon  cors  adrecier, 

„de  mon  pris  à  monter,  de  mon  art  *®  essaucier;  35 

1)  Piëe.    2)  liëse    3)  pensée,  4)  eargier,   5)  a«i#6.    6)  conquise.  7)ne 
serai,    8)  ot    9)  aeoiant.    10)  m'onor. 


COMBAT  D'EMIBNIDUS  ET  PB  SA  QBNT.  209 

net  jou  ine  penerai  de  vus  bien  avancier. 

>,en  pièce  n'ires  mais,  sans  moi  escorgaiiierr 

^ne  angardes  porprendre,  ne  contrées  cierkier;^ 

„ains  remanres  o  moi  les  contrées  gaitier.^ 

^ne  yas  lairoie  mie  après  moi  estraier,  5 

„por  tant  d'or  que  poroient  porter  iiii.  soumier; 

„quar  trop  est  grans  perius  d'aventure  essaier." 

lors  commande  li  rois  toute  l'os  hebregier, 

sor  le  rive  de  Y  flun  qu'il  kuevent  net  et  cler. 

là  herbegent  la  nuit  por  lor  cors  aaisier.'  10 

de  r  roi  sunt  regardé  tout  li  novel*  fourler; 

lor  plaies  font  laver  et  terdre  et  essuiier, 

et  jus  d'erbe  quellir  et  enplastre  loier, 

et  li  mires  fu  tes,  n'i  ot  que  ensignier. 

ce  dist,  s'il  ont  mestier,  armes  puent  baillier,  15 

n'es  en  rue  ne  jamais  demi  jor  *  detrier. 

et  li  rois  bonement  l'en  prist  à  mercier,    . 

et  fait  a38es  donner  et  argent  et  or  mier. 

Emenidus  a  mult*  toute  l'ost  rehaitié; 
car  bien  manjue  et  boit  et  jue  à  se  mesnie.  20 

li  mires  li  a  si  se  dolour  alegié, 
ne  sent  mes  de  ses  plaies  ne  dolor,  ne  bascie; 
à  mervelle  s'en  est  la  cors  esleecbié, 
ne  r  prise  mais  li  rois  de  cel  mal  une  allie/ 
force  de  nule  gent  qui  tant  soit  esforcié,  25 

puisque  d'Emenidon  est  sa  gens  consillié. 
lendemain,  ains  midi,  fu  Cadres  asegié,.^ 
ne  fust  une  novele  qui  lor  fu  renoncié, 
que  la  rice  cités  qui  à  Tir  fu  laie, 
ert  destruit  et  fendue  *et  sa  gens  exillié;  30 

por  celé  eure  n'i  ot  ancube  desploié; 

i)  n'eneantrer  ehecalier.  Z)  grans  ciiéf  briêUr.  Z")  te  commencent  UGriu 
muU  en  kate  à  logier.  4)  navré,  5)  et  eevaleieren  rote,  e'iten  ont  iéêirier^ 
jà  n'es  eonvenra  mais  à  nul  jor.  6)  bien,  7)  eol  une  noU  pereii.  8)  maie 
aine  k'eusent  Oadres  de  tor  viffnea  traneU  ne  lor  gardina  eolfé,  ne 
la  place  lofié  ne  Vo»  se  fuel,  enlor  à  force  herhregié  lor  fu  une 
novele  doleroae  naneiée,  * 

U  HoBaiMf  A'Alafiii4n.  14 


210  COMBAT  D'BMENIDUS  ET  9E  SA  GBftT. 

droit  à  Tir  s'en  revont,  ne  s'atargèrcnt  mîe.* 

onques  ne  regardastes  une  os  plus  corecîé, 

se  trouver  peuist  gent  de  Wen  faire '^  haitié, 

que  il  s'en  partireieat,  mult  Taroient  blecié. 

s'or  fust  vis  Gadifter,  la  ventalle  laeié,  5 

qui  tant  ot  de  vabr  et  la  cière  hardie, 

et  Betis  refust  sains  quittant  ot  baronnie, 

et  se  gens  ne  fust  tos  de  batalle  aatie,' 

il  fust  ens  en  keue  de  Grijois  apoié; 

mais  or  s'en  va  de  lui,  que  ne  fu*  aprocié.  10 

et  Gadres  remest  quites  à  icele  foie. 

lor  paine  n'i  ont  preu  li  Grijois  emploie; 

li  rois  cevauce  à  force  par  le  lande  enhermie, 

de  si  que  à  Tir  n'ot  sa  conpagne  laie. 

Baies  ot  la  novele,  de  Tavancier  s*argue;  15 

de  r  val  de  Gostoain  est  sa  gens  tos  venue, 
que  li  rois  son  barné  él  son  siège  remue; 
droit  vers  Gadres  s'en  va,  c'or  mautalens  l'argue; 
Dex  com  joionsement  Baies  l'a  receue: 
ceste  parole  fu  par  le  règne  espandue,        '  20 

et  Baies  fu  mult  sages  qui  de  cuer  s'esvertue; 
il  n'a  rice  voisin  dont  n'a  mandé  aiue, 
lendemain  par  matin,  quant  l'aube  est  apanie, 
et  fait  sa  gent  armer,  la  grant  et  la  menue; 
onques  n'i  ot  caucié,  ne  si  petite  rue  25 

dont  gens  ne  soit  année,  parmi  le  porte  issue; 
de  iii.  Hues  en  puet  la  noise*  estre  entendue. 
F.  35»  or  ne  voi-jou  comment  la  tours  soit  desfendue, 
et  cou  en  est  la  somme,  jà  ne  nous  ert  rendue, 
la  gens  sor  le  rivage  lor  trait  et  lance  et  rue ,  30 

gietent  à  mangoniaus  mainte  piere  cornue, 
perieres  i  acouplent  qu'il  ont  fraite  et  fendue; 
pttr  mer  lor  a  tramis  une  autre  gent  Bocue, 
l'une  moitiet  armée  et  l'autre  tote  nue. 
la  gent  qui  la  tor  garde,  ains  vespre  ert  decene.  35 

La  gens  rive  de  mer^  ont  engiens  de  manière, 

i)  la  flus  droiUealoié.    2)  eamkafrg,    3)  e^marie.    4)  êiquUt^  mins 
ne  fu,    5)  vois.    6)  nue  du  nés. 


COMBAT  immNmro  btmb  sa  oknt.  ^         2t  1 

pcns  i'acier  et  cisiel,  tarères  cl  crocières, 
et  ont  en  lor  galies  pignonciaus  et  banières, 
et  buisinent  et  cornent  <3ele  gent  pautonnière; 
ne  lor  pneent  pas  nnire  cens  qui  sont  es  asciëres/ 
quar  il  sont  coorecter  des  ondes  menuières.'  5 

à  val  en  vont  an  fons,  à  grans  ausnes  plenières» 
ronpent  le  fondament  qui  soustient  les  masières, 
et  traient  par  enf^en  les  quarraus  et  les  pieres, 
mais  li  fust  qm  suot  gros,  les  solierent  arrière^,  * 
ne  lor  laîent  cains*  atomer  lor  camières^  10 

ne  à  lor  volonté  ^ne  pietrus,  ne  corsiëres;* 
cisoires  font  tos  querre  asr  aspres  dena  morsières, 
por  faire  desgrans  fus  pièces  à  lor  manières.* 
Li  mairien  furent  gros  et  li  ftist  sunt  plenier; 
mais  lirois  les  «rt  fait  de  lonc  acaroter,"  15 

'  et  à  beiides  de  fier  l'une  à  l'autre  loier. 
ne  V  pueent  à  nul  fiier»  à  nul  engi'en  trancier; 
lors  repurent  as  nés  i.  autre  engien  cierkier, 
por  destruire  le  tor  et  les  gens  périllier. 
une  galie  longe  ont  faR  apariUier,  20 

et  de  secces  estampes.*  à  Tuii  cief  bien  cargier, 
et  des  secces  esprisea  qui  ardent  de  légier^ 
et  l'autre  cief  cargièreiit  d'arain  et  de  levier, 
desor  Taraine  sisent  dl  q*ui  durent  nagier, 
por  le  fais  sostenir  et  garder  et  ploncier,  25 

et  nagent  erraument,  ne  V  laisent  por  laneier, 
tant  que  le'  cief  devant  ajostent  à  1'  plancier, 
celui  à  tout  Testoupe  por  le  mius  esploitier. 
*fu  Grigois  en  fiole  portent  M  marinier; 
es  estoupes  les  metent,  sans  plus  de  detrier;  30 

por  lor  vies  garir,  salent  è  V  plaîn  gravier, 
li  cies  qui  fu  pesans  fait  l'autre  à  mont  drecier, 
li  galie  s'esprent  de  mult  près  à  1'  planeier, 
tout  esprent  maintenant,  4i'i  a  nul  recouvrer, 
de  r  fa  Gryois  est  ars,  qui  ne  se  vot  noier.  35 

1)  M  erocièreè.  7)  font  eowéturB  des  ondêê  mafiHiireê,  3)  solives 
entières.  4)  Mens.  5)  ^uarières,  6)  ereissiétes*  7)  perrières  menuiêres 
83  emriier.   8)  esloufes. 

14* 


212  COMBAT  D*BMENIDUS  ET  PS  SA  MNT. 

cescuns  doute  la  mort,  jà  n'i  ara  si  fier; 
là  s'en  laisent  plusior  en  Faighe  trébucier;  * 

caus  flst  pendre*  Baies  et  tous  ris  escorcier, 
et  à  eeraus  deronpre  et  les  menbres  sacier,  « 
u  les  testes  coper  et  desor  peu»  flcier.  5 

li  rois  Foi  dolans  à  Cadres  renoncier»' 
que  Baies  fist  ses  homes  cruelme&t  justicier; 
onques  n'en  dégna  i.  retenir  prisonier, 
n'en,  vol  oir  promesse,  ne  recolvre-  louicr. 
ains  puis  n'i  ot  parler  de  retenir  destrier;'  -  10 

quar  de  rien  ne  peust  le  roi  plus  courecier.  • 

tos  fet  quillir  les  très  et  les  tentes  cargier, 
droit  vers  Tir  s'en  rêva  le  cemin  droiturier; 
mais  ne  se  puet  tenir  de  bien  manecier. 
or  se  porcast  It  dus,  car  il  n'arque  targier,  15 

et  il  si  fait  ihuH  bien^  car  ne  lest  chevalier, 
jusques  à  1'  flun  d'Eufrate  ii  sunt  li  bon  arcier, 
F.  35*   et  vers  la  rouge  mer  cj't>n  n'es  puet  csprisîer.* 
*que  ne  mant  por  savoir  et  semont  pdr  loîer 
*et  tos  ses  bonâ*  amis;qu*H  li  viegnent  aidier.  20 

*et  Daires  H  tramist -i.  décors  muH  plenier 
*  tel  c"*  amé  franc  qui  tôt  furent  guerrier. 
*cil  vinrent  Alixandre  'et  sa  gent  damagier; 
*li  dus  se  doit  mult  bien  de  tel  secors  hucier, 
*car  le  gent  que  il  a,  nus  ne  sait  esprisier.  25 

niais  se  Deu  le  roi  sauve,' qui  lé^  corage  a  fier, 
tel  i  vinrent  tout  sain,  né  saront  repairier.- 

Dolans  s'en  va  li  rois  et  U  Griu  sunt  irié, 
que  li  castiaus  est  frains  et  si^  home  exillié. 
cil  ierent  mult  valtaut  qui  i  furent  laisié;  30 

li  rois  de  -mautalent  tint  le  vis  enbroncié.  • 
l'amiral  des  Arcois  a  apriès  cevalcié; 
mult  li  poise  de  1'  roi  que  il  voit  deshaitié. 
ne  saves  chevalier  i.  seul  mius  afaîtié 
de  sens  et  dé  proeece,.  et  de  bien  ebsignié.        "  35 

le  roi  a  bielement  de  mult  pars  aresnié: 
„gentil  roi,  fait-il,  sire,  mult  vus  vpi  esmaié; 
1)  prendre,  2)  «numcter.   3)  focUUm  irêeier.  4)  Bfucier.   5)  hr. 


COMBAT  D'BNBNIDUS  ET  DB  SA  GBNT.  213 

„8e  là  aves  perdu,  ci  aves  gaegnié. 
^gardes  c'on  ne  vas  tiegne  por  trop  afoibloié, 
„ne  Belis  ne  vus  tniise  plus  mal  à  las  qu'îrié;  ^ 
„mai5  faites  que  votre  home  soient  mult  bien  vengié; 
„si  qu'en  aies  le  doel  de  l'orgueP  esclairié,  5 

,,que  vus  ont  fait  à  tir  U  fol  outrecuidié.  ^^ 

„mar  i  furent  li  notre  pendu  et  escoroié. 
,»8e  Dex  me  done  vie,  de  cou  sunt  engignié; 
„as  espées  d'acier  lor  sera  repaie. 
„nous  vus  aiderons  bien,  que  l'avons  fiancié.  10 

„Ie  prince  de  Valmur  en  ait  trové  haitié, 
„celui  de  Buiselet  joious  et  envoisié; 
„par  lor  armes  seront  cil  de  Tir  enpirié. 
„por  vous  ai  si  le  cuer  de  bien  faire  haitié, 
„mius  voel  avoir  le  cors  as  lances  trespercié,  15 

„et  le  cief  sour  le  bu  d'espée  rouegnié, 
„et  verai*  mon  lignage  à  armes  detrancié, 
„que  ne  voie  cel  doel  à  joie  repairié, 
„et  lor  joie  à  doloiP;  ja  n'erent  si  gaitié." 
—  amis,  ce  dist  li  rois,  Dex  doinst  que  soions  lie;      20 
„dc  seul  cesle  parole  aves  si  esploitié,      -. 
„hier  veismcs  le  jor  que  fustes  acointié." 
et  responl  Famiral:  „c.  mercis  en  aies." 
„rois,  dist  li  amiral,  ne  sores  esfraés; 
.,bien  connois  d'Orient  toutes  les  poésies,  25 

„le6  princes  et  les  dus  et  les  rois  coronnés, 
„et  contes  et  barons,  domaines  et  casés,* 
„et  tous  les  chevaliers  par  armes  esprovés,* 
„ne  de  poi,  ne  de  grant  de  noient  aloses. 
„ce  vus  di-jou  de  voir,  se  vus  plest,  se  1'  crées,         30 
„que  as  fières  conpagnes  et  as  gens  que  aves, 
„pories  desconflr  et  ronpre  les  armés 
„que  il  puisent  avoir  ne  semons^  ne  mandés, 
„ne  por  avoir  promis,  ne  por  avoir  donnés^ 
„tros  qu'à  1'  daerain  liu  Hercules  a  bosnés.'  35 

„ne  vus  esmaies  mie,  s'il  ont  armes  ases; 
O  fw  mil  homb  umnié.    2)  ro  ciwril^  Umnfb.    3)  ©atr.    4)  /iw«#. 
5)  rmmiê.    6)  ilmtarf  Itmè:    7)  çw  rttuUr  feres. 


214  COMBAT  IKBNBNIDUB  BT  DB  SA  GBNT. 

,;quar  nu  sunt  et  despris;  onques  n'es  redoutes, 
yydesconfis  les  aves,  se  soufrir  le  yoles. 
„nous  TUS  aiderons  bien,  o  les  brans  aeèrés 
„que  avons  en  estor  maintes  foies  portés; 
„quar  vôtres  larges  .cuers  et  vôtres  larges  *  penses,         5 
„nos  a  à  votre  amor  de  1'  tout  si  atonies, 
„He  vus  faurons  jamais  por  home  qui  soit  nés. 
„bien  le  saves'  nierir,  se  le  bien  i  troves; 
,4à  lu  vus  en  faura,  ne  soit  jnais  ounorés.** 
et  li  rois  les  en  a  doucement  merciés,  10 

et  lor  dist:  „nus  de  vus  n'est  de  cou  enganés; 
F.  35*  „de  cuer  vus  amoral  por  ke  vus  moi  âmes.** 

Mult  par' a  tos  li  rois  ses  conpagnes  menées,' 
qu'en  ii.  jors  et  demie  les  mena  iii.*  jomées, 
tout  selon  le  marine,  esoive*  les  valées,  15 

et  les  tiere  ki  sunH  auques  adolousées. 
quant  ont- de  Caifas  les  destrecces  passées,* 
adont  coisirent  Tir  par  les  vaus  desconbrées, 
et  trovèrent  le  mer  qui  cler  fait  sans  nuées; 
virent  le  riee  mur  qui  cters  est  estelées,'  20 

de  blanc  marbre  et  de  bis  menuement  listées» 
les  rices  barbacanes  par  mestrie  fondées, 
à  grans  bovions*  de  fer  et  à  plonc  saielées, 
et  bien  parfondement  de  mer  avironnées. 
primes  les  a'  maudites  et  après  desûées;  25 

quant  li  rois  en  vint  près,  à  mains  de  ii.  Uuees, 
vit  par  de  fors  les  lices,  sor  perces  encruées, 
les  testes  denses  homes,  lés  à  lés  empalées.*® 
lors  a  li  gentius  hom  groses  larmes  plorées. 
e  Dex!  com  francemeni  il  les  a  regretées.  30 

„por  moi  aves  reçut  dolerouses  saudées. 
„ces  testes  que  d  vois,  desor  ces  peus  levées, 
„vosise  mius  avoir  à  fin  or  raohatées. 
„mais  se  Deu  plest,  encor  seront  oier  conparée, 
„si  qu'à  XX.  en  seront  ^-^  les  c.  guerredonées.  35 

1)  voê  rieeê.  2)  tarée.  3)  drméeê.  4)  v.  5)  eseivmit.  6)  terres 
ireêfMêéêê,  7)  ei  Uê  iorê  erekUe;  8)  goffions.  9)  omt.  10)  quiià  fitrtni 
cvmfieê,    11)  XXI»'  en  êrent 


COMBAT  DBMfiNIDUS  ET  DJB  SA  QENT.  215 

,,por  ]e  vengier  seront  mes  grans  forces  mostrées; 

^jamais  n'eui  partirons,  s'erent  ^  ces  tors  gastées.'' 

es  places  devant  Tir,  qui  sunt  longes  et  lées, 

là  est  venus  li  rois,  o  sa  grant  gent  années; 

les  très  ont  retendus  et  faites  ler  ramées.  5 

Li  rois  de  Macidone  est  revenus-  à  Tyr, 
vit  son  castiel  foixdu  et  en  la  mec  j^sir, 
et  ensi  com  li  fisent  le  pié  desous  toiir, 
et  ses  hommes  noier  et  en  la  mer  périr. 
Alixandres  les  plaint  et  jeta  maint  souspir;  10 

si  lor  a  dit:  „signor,  mult  me  deves  hair. 
,Je  vus  fis  en  cest  règne  ensamble  moi  venir; 
„or  quant  je  vus  deuse  vos  services  merir,. 
„si  vus  ont  fait  laiens  à  grant  glave  morir. 
„mais  jà  Dex  ne  me  lest  de  mes  membres  jpir;  15 

„se  jou  puis  le  duc  prendre,  ne  à  mes  mains  tenir, 
„se  ne  1'  fae  escorcier  u  sour  carbons  rostir. 
„or  ferai  la  cité  de  tous  sens  si  ourdir 
„que  par  mer  ne  par  tiere  ne  pora  nus  iscir.'' 

Mult  a  li  rois  grant  doel  de  sa  gent  qu'est  périe;      20 
a  à  soi  apielé  Lincanor  et  Elye: 
„ciercies,  dist-il,  les  pors  de  trestoute  Surie; 
„gardes,  n'i  laisies  nef,  ne  barge,  ne  galie.'' 
cil  ont  fait  son  •plaisir  qui  ne  le  hçent  mie, 
et  si  mainent  o  eus  des  Gr^ois  grant  partie.  25 

ases  en  petit  terme,  coi  que  nus  vous  en  die, 
lor  veiscîes  à  Tyr  amener  grant  navie. 
as  murs  devers  la  mer  lor  font  une  establie, 
que  jamais  cil  dedens  n'en  istront  à  lor  vie, 
ne  souscors  n'i  aront  qu'à  Ix.  nochie.'  30 

li  dus  voit  Alixandre  et  sa  grant  baronnie, 
que  li  a  sa  cité  de  tous  sens  si  ourdie, 
que  par  mer,  ne  par  tiere  de  l'iscue  n'a  mie, 
et  mult  a  peu  de  gent  u  il  petit  s'en  fie, 
ne  mais  de  nule  part  n' aront  socors,  n'aie.  35 

Icel  jour  séjornërent  les  conpagnes  le  roi; 
F.  35'  dusqu'à  1*  matin,  à  l'aube,  reposent  et  sunt  coi. 
1)  t'aroM.    2)  t'il  vient  e*on  ne  Vochie, 


216  COMBAT  D'BMBNIDVS  ET  DB  SA  OBNT. 

Alixandres  a  fait  sa  proière  en  droit  soi; 
il  a  dit  à  ses  hommes;  „baron,  entendes  moi. 
,,ceste  vile  est  mult  forte,  très  bien  le  sai  et  yoi; 
, Jamais  ne  sera  prise,  se  n'en  prendons  conroi. 
'  „mais  faisomes  perières  et  engiens  et  caroi,  ô 

„de  cest  part,  sor  nés,  lor  faisons  i.  berfroi; 
„quant  la  mers  sera  grose,  se  Tmenront  li  ondoi 
„rengien  tout  droit  au  mur,  ensi  le  loc  par  toi;  ^ 
*„en  celui  n'ara  home  ne  chevalier,  fors  moi, 
„très  bien  serai  armés'  dVmes  et  de  conroi.  10 

—  sire,  dist  Tholomes;  ne  1'  dites,  je  vus  proi. 
„et  que  poriens-nous  faire  s'il  mésavient  de  toi?'* 
et  respont  Alixandres:  „n'Mi  ferai'  par  ma  foi; 
,gou  ne  Y  lairoie  mie  por  quent  que  aç  ious  voi. 
„par  cà,  devers  la  mer,  en  seront  drecié  iîL  15 

„nous  assurons  la  vile  bêlement,  en^recoi,  ' 
„et  metons  caus  laiens  en  si  pesant  esfroi; 
nd'aus  tous  et  de  la  vile  abatrons  le  bufoi.** 

Au  matin,  par  son  Taube,  quant  li  solaus  resdaire, 
li  rois  fist  ses  engiens  et  ses  perières  faire;  20 

et  quant  furent  drecié,  s' es  fait  à  mer*  atraire; 
et  li  Griu  sunt  armé,  qui  ne  se  targent  gaire 
d'asalir  la  cité  por  caus  qu'en  voelent  traire., 
là  veiscies  sacier  mainte  pelice  vaire. 
li  rois  les  voit  armer,  tous  li  cuers  li  esctaire,  25 

et  monte  en  i.  engien  qui  fu  des  autres  maire; 
il  fu  fors  et  pleniers  et  forment  li  pot  plaire^, 
si  est  desus  montés,  por  commencier  l'afaire. 
quant  la  mers  est  enflée,  souvent  à  Y  mur  repaire; 
Tengien  oisies  croistre  et  si  durement  braire,  30 

que  cil  cuident  qui  Toent,  que  il  doie  desfaire, 
li  dus  voit  Alixandre  ù  il  est,  en  bel  aire; 
mult  le  het  en  son  cner,  car  en  camp  Tôt  fait  taire; 
ancois  que  il  descende,  li  mouvra  tel  contraire, 
se  U  puet,  que  jamais  ne  vera  son  repaire.  35 

Li  dus  voit  Alixandre,  si  Ta  reconneu,' 

1)  tanê  nul  autre  eanroù   2)  garnis.   3)  non  feroê,  je  t'en  f  rot.   4)  •>«• 
ert,   5)  à  r  mur,    6)  •  l'  befrai  n  ii  aire. 


COMBAT  D'BHENIDUS  BT  BS  SA  GBNT.  217 

tout  seul  le  voit  monté  8or  le  berfroi  tendu; 
s*or  se  pooit  yengier,  bien  li  aroit  rendu 
le  boute  qu'il  li  fist,  quant  en  camp  Tôt  vencu. 
encontre  lui  s'estut  et  tint  le  branc^  molu. 
lors  li  lanoe  le  du8>  se  1'  fiert  de  grant  vertu  5 

*que  l'escu  de  son  col  11  a  frait  et  fendu, 
mais  n'a  mie  le  cors  en  la  car  conseu. 
,»par  foi,  dist  Alixandres,  bien  m'aves  asentu; 
,,s'un  autre  cop  me  dones,  bien  m'aras  deceu.'' 
lors  li  lance,  Alixandres  i.  dart  trancant,  agu,  10 

que  la  targe  a  percié  et  le  hauberc  ronpu, 
et  très  par  mi  le  pis  a  l'acier  enbatu, 
arrière,  entre  sa  gent,  a  le  duc  abatu, 
les  ii.  jambes  a  fraite  et  pecoié  le  bu, 
et  la  tieste  fendue,  le  cierviel  espandu.  15 

li  rois  le  voit  laiens,  entre  sa  jent  ceu, 
bien  set  se  il  est  mors,  li  autre  sunt  venou.  • 
oies  com  se  porpense  li  rois  de  grant  vertu, 
jà  fera  hardement,  qui  ert'  ramenteu, 
dont  après  parleront  li  jouene  et  li  cenu.  20 

de  son  castiel  li  poise,  quant  11  est  sovenu; 
mult  a  bien  Alixandres  le  dar  d'acier  seu, 
quar  de  1'  befroi  ù  est,  de  si  haut  com  il  fu, 
est  salis  en  la  vile,  en  son  col  son  escu, 
de  deseure  les  murs,  si  que  tout  l'ont  veu;  25 

F.  36*   et  cil  de  la  chité  en  sunt  tout  espierdu. 
par  icele  aventure  furent  et  cot^et  mu 
que  plus  d'une  liuee  ont  issi  esteu; 
onques  h'i  ot  à  lui  ne  lancié,  ne  féru. 
Ir  rois  saut  en  la  vile,  onques  tel  ber  ne  fu.  30 

quant  cil  de  Tyr  le  voient  seul  entr'aus  enbatu, 
tost  le  cuident  avoir,  u  ocis,  u  venehu. 
mais  en  mi  la  chité  ot  i.  arbre  foUu; 
Alixandres  se  traist  desous  i.  arc  volu; 
iluecques'  se  desfènt  de  1'  branc  d'acier  molu;  35 

et  cil  de  Tyr  li  sunt  de  toutes  pars  venu, 
1)  f.   rfffrr.     2)   à   t09  j^r«.     3)  #*«#!  mdaêêië  m  tm  mrkf  foiUu 


218  COMBAT  D'EMBMIDVS  ET  DE  SA  MUT. 

son  elme  detrancièrent  et. codent  «m  esca. 

se  par  tans  n'a  sousconrs,  mal  U  eri  «rmiii, 

et  li  Grta  se  rescrient  tout  ensamble  à  L  ha. 

„or  apriès,  chevalier,  le  roi  ayons  pierda/' 

sour  les  murs  de  la  yUe  sont  U  beV  enbatu,  5 

li  mur  et  les  batalles  sunt  des  Gryois  restu; 

cil  qui  dedens  salirent,  suut  as  portes  couru 

et  cil  qui  defors  furent,  isunt  mult  tos  venu. 

tout  le  primerain  home  que  li  rois  a  veu, 

qui  Tint  por  lai  rescorre,  c'est  Ariste  son  dru;  10 

U  dist  entre  ses  dens,  ne  l'a  nus  entendu: 

„li  primerains  fievés  de>  ma  gent  seras  tu.^' 

s'il  le  dist,  il  le  tint  et  bien  li  a  paru; 

quar  par  celé  aventure,  li  est  si  avenu, 

que  puis  li  donna  toute  le  tiere'  au  roi  Fomi.  15 

ilueques  veiscies  L  estour  maintenu; 

cil  ki  sunt  pria  à  force,  sunt  as  forces*  pendu, 

et  cil  orent  merci,  ki  vif  se  sunt  rendu. 

Li  rois  prist  le  cité  par  itel  vaselage, 
qu'il  sali  sor  le  mur  de  1'  berfroi,  par  grant  rage;        20 
aine  nus  ne  l'esgarda,  ne  1'  tenist  à  outrage,* 
quar"  nus  hom  ne  pooit  atemprer  son  corage;  • 
quar  de  tous  les  félons  vot  abatre  l'outrage; 
enviers  la  soie  gent  ot  le  cuer  doue  et  sage. 
li  rois  ama  mult  Tir  qui  sist  sor  le  rivage;  25 

Antipater  le  done  et  mist  en  son  estage. 
il  en  ot  en  la  fin  si  dolerous  damage, 
que  il  l'enpuisona  à  tort  et  à  outrage, 
au  quint  jor  mut  li  rois  et  conduist  son  outrage;^ 
tout  droitement  vers  Oadres  aquelM  son  voiage.  30 

or  sace  bien  Betis,  n'i  metra  autre  gage, 
se  li  rois  le  puet  prendre,  fors  la  tieste  en  ostage; 
quar  por  Sanson  le  preu  durement  le  manace. 

Quant  li  rois  mut  de  Tyr,  bêle  conpagne  maine, 
et  trespasse' Surie,  une  tiere  soutaine.'  35 

Alixandres  regarde  vers  une  roce  autaine, 

1)  fOiU,    2)  li  dimê  «tftils  Me  qui  fm    3)  si  êuni  are  et.    4)  fohge. 
5)  nmê,    6)  bamage.    7)  iontaine. 


OOHBAT  D'MBMIHte  ITl»  SA  €»DiT.  2t9 

en  le  conbe  d'an  val,  et  a  yeue^  Araine» 
une  cité  mvlt  rioe  et  plentiveoae  et  saine, 
qui  estoit  de  grant  gent  et  de  riiLecce  plaine, 
environ  le  cité  aroit  mainte  fontaine; 
dedens  n'avoit  aignor,  fora  le  gent  citeaine.  5 

Alixandres  apiela  Calnns  de  Mdddaine: 
,,Tees  en  quel  pais  ayenture  nos  maine. 
„sire  en  sera  clamés,  ains  que  past  la  quinsaine; 
,»et  abatrai  cel  mur  de  mortier  et.d'araine.'' 
cU  respont  .tele  par<rfe  qui  ne  fu  pas  yilaine:  10 

«  ,,mult  me  seroit  plus  bel  c'on  le  nos  rendist  saine/' 
Alixandres  asist  la  chité  environ; 
*è  r  pré  desor  la  vile  tendent  lor  pavillon, 
et  mist  à  une  part'  Tholomé  et  Clincon; 
F.  36^  Lincanor  et  Pilote,  Perdicas  et  Calnm,'  15 

a  mis  as  autres  ii.,  o  eus  maint  conpagnon. 
Alixandres  meisme  apiele  Antigonnn. 
„ales-ent  or  en  droit,  à  tout  i.  conpagnon. 
„dites  ceus  de  la  vile  que  nous  les  assurons, 
,,8'esraument  ne  se  rendent,  à.  forée  les  prendrons.       20 
,4à  n'en  porai  i.  prendre,*  qui  viegne  à  raencon.'' 
et  cil  U  respondi:  „yotre  plaisir  feron.'^ 
Antigonus  s'entome,  s'enmaine  Antiocmi, 
et  vinrent  en  la  vile,  brocant  à  esporon; 
as  cîteains  parolent  et  misent  à  raison  :  25 

„ Alixandres  vus  mande  et  nous  le  vus  dison, 
„rendes  lui  ceste  vile  le^  mur  et  le  dognon 
„*8i  qu'à  r  plus  hait  étage  mete  son  confanon, 
„et  se  ne  V  voles  faire,  volentiers,  sans  teneon, 
,Jà  ne  s'entemera  et  nous  (n')  en  partiron,  30 

„desi  qu'il  l'ara  mise' à  fu  et  à  carbon*'* 
et  cil  li  respondirent:  „yus  parles  en  pmdon; 
„nou8  ne  somes  si^home,  ne  de  lui  ne  Y  tenon;' 
„ne  jA  n'ara  de  1'  nostre  vallant  i.  .esporon. 
„se  U  rois  nos  menace  et  nous  nos  desfendron,  35 

„et  se  il  nous  asaut  et  nous  le  desfion. 

1)  jfardeêOê  9it,    2)  forU,    3)  CmOon.    4)  hmlUrtd  t.    b)  à»  M  n9H 
U0  têtum. 


220  COMBAT  D'EMENIDÙS  ET  DE  SA  OBNT. 

„se  ensi  nous  demaine,  dont  somes  nous  bricon/' 
1i  mes  s'en  suni  torné,  qaant  oent  le  raison; 
dusque  au  tré  Alixandre  n'i  oi  arestison. 

En  la  tente  Alixandre.  en  sunt  li  mes  entré, 
et  content  tout  i'afaire  que  cil  li  ont  mandé,  5 

que  de  la  vile  rendre  ne  sunt  pas  porpensé; 
quar  ancois  en  seront  m.  escu  estroé, 
et  xles  nos  et  des  lors  maint  plaie  et  navré. 
AKxandres  demande  se  il  sunt  desfié. 
respont  Antigonus:  ,»par  mal  somes  sevré/'  10 

lors^  commande  li  rois  qtie  tout  soient  armé, 
d'asalir'et  de  Y  prendre^  garni  et  apresté, 

Alixandres  meisme  a  son  cors  <;onraé; 
son  ceval  li  amainent  Caunus  et  Aristé. 
*  Alixandres  i  monte 'par  son  estrier  doré;  15 

*lors  yeisciea  les  Griex  par  devant  la  eité; 
*d'assalir  et  de  prendre  erent  tôt  apensé, 
jà  avoient  poiprise  le  deuve  de  1'  fosé; 
tost  fust  prise  la  vile  et  li  mur  esfondré, 
quant  cil  de  là  dedens  suni  à  consel  aie.      ^  20 

à  une  part  se  traient  li  prince  et  li  casé,' 
et  dist  li  un  à  l'autre:  „mal  somes  engané.- 
„cil  Griu  MiDi  de  lataBe  hardi  et  aduré; 
„n'es  puet  eontretenir  ne  castiaus,  ne  cité. 
„s' Alixandres  nos  prent,  mal  avomes  erré;  25 

„n'en  prendra  raencon,  car  il  nos.  a  mandé, 
„et  car  faisomes  pais  à  notre  sauveté, 
„si  que  nous  ne  aoions  honi  ne  vergondé/' 
as  batalles  de  1'  mur  sunt  celé  part  aie,' 
et  dient  Alixandre  qu'il  s'en  aille  à  sen  tré,  30 

et  se  gent  traient  arrière,  caf  0  l'ont  devisé, 
qu'il  iront  à  la*  tente  faire  sa  volonté, 
et  se  li  porteront  les  clés  de  la  chité. 
et  respont  Alixandres:  „tout  cou  me  vient  à  gré; 
„mius  le  voel  avoir  saine  que  dl  soient  gasté.'*  35 

Li  rois  voit  la  cité  qui  envers  lui  s'aplie,* 

1)  et  tFasaiir  ia  viié.    2)'  êené.    3)  m  timl  irêêi^ui  M.    4)  ««. 

5)  #'tMMlM. 


COIWAT  IKRMUfl^Ufl  BT  M  SA  OINT.  221 

et  c'aBGois  li  rendront  qu'ele  0ott  agtsUe; 
droit  à  8on  tré  s'entome  o  sa  grant  baronnie, 
mult  a  environ  lui  bêle  ceyalerie. 
Alixandres  les  voit,  ne  puet  muer  n'en  rie; 
L  cbevaliers  prisons/  de  1'  règne  de  Nubie,  5 

devant  lui  s*iqenelle  et  doucement  U  prie: 
F.  36*  ^sires  rois  Alixandres,  ù  tous  li  mons  souplie, 
^chevaliers  sui  prisons  por  aslongier'  ma  rie^. 
„et  sui  venus  A  toi  ^  car  mestier  ai*  d'ide, 
^que  tu  me  .doises  donc'  selon  ta  signorie,  10 

9,et  de  ta  granfr  largecce  ma  povretés  remplie." 
li  rois  fu  eneonbrés  de  sa  brogne  sartie, 
sa  teste  li  désarment,  por  cou  ne  respont  mie, 
mais  la  raison  de  lui  a  bien  de  cuer  oie. 
es  vus  les  pers  d'Araiae,  par  mi  la  praerie,  15 

et  cevauce  cescuns  i.  mulet  de  Surie, 
*à  r  tré  le  roi  descendent  ù  U  dragons  flambie, 
devant  lui  s'ajenellent^  desor  Ferbe  Jlorie^ 
les  clés  li  ont  rendues  et  la  tiere^  en  baiUie. 
Alixandies  les  prent,  mais  son-  prison  n'oublie;  20 

d*autre  part  est  tomes,,  si  apîela  Elye: 
„b  est  li  chevaliers  ki  mequeroit  aie?" 
cil  est  venus  avant,  mult  forment  sumelie. 
„amis,  dist  Alixandres,  bonement,  sans  boisdie, 
„tien,  je  te  doins  Araine  et  la  tiere  en  bailUe;  25 

,4i  n'en,  perdras  {riain  pié,  en  trestoute  ta  vie^" 
—  va  avant,  chevaliers,  dist  Dans  Clins,  se  1'  mercie." 
et  cil  li  respondi:  „par  foi,  je  n'en  quier  mie." 

„Cevalier,  dist  li  rrâ,  vien  avant,  si  auras- 
„ceste  boine.cité  et  de  moi  le  tenras;  30 

„et  se  nus  t'en  fait  tort,  A  knoi  t'en  clameras. 
,gà  tant  comme  je  vive,  plain*  pié  ti'en  perderas.. 
et  cil  li  respondi  qui  mult  ot  le  euer  bas: 
„dounes-moi  autre  cose,  or,  u  argent,  u  dras. 
„la  cités  ne  me  plest,  ne  je  ne  le  quiers  pas;  35 

„ne  jà  por  lui  desfendre,  ne  serai  i.  jor  his. 
li  rois  li  respondi:  „puet  si  estre,  droit. en  as. 
1)  Perttmê.    2)  aUpêr.    3)  ioifHM  don.    4)  viiê. 


222  COMBAT  D'KHIENIDUS  BT  DB  SA  MNT. 

y^e  ne  sal.que  tu  ies,  ne  le  cuer  que  ta  «s. 

„*mfii8  itel  sunt  B  don  à  V  roi  Macidonas. 

^malyais  ne  seroit  boins  qui  li  donroit  Damas."  ^ 

Alixandres  «'en  rist»  apiela'  Philotas;  - 

*si  ifu  Lincanor,  Dana  Clins  et  Perdicas;   v  5 

sour  i.  pale  de  soie  sunt  asis  de'  Damas. 

de  r  ehetalier  se  rient  et  denudnent  lor  gas, 

qui  n'a  euer  d'ases  perdre,  mius  aime  don  etcars. 

la  cité  fist  garnir  et  mist  en  Satoraas.* 

à  r  prison  commanda  à  donner  y**  mars;  10 

cou  Al  li  menres  dons  au  roi  Macidonas. 

Quant  cil  orent  le  tere  AKxandre  rendflê, 
li  rois  le  flst  garnir  et  les  gardes  remue; 
au  tierc  jour  est  meus  et  son  siège  remue;' 
tout  droitement  vers  Gadres^  a  «a  Toie  aqaeUoe.  15 

or  sace  bien  Betis,  peine  li  est  creue, 
qde  jamais  à  nul  jor  ne  li  sera  tolne. 
li  dus  Betis  a  bien  ceste  cose  seue 
et  mande  par  sa  tiere  et  souscors  et  aiiie^- 
et  tramet  en  Aufrike  por  mie  geni  crenue;*  20 

la  gens  Persans  et  Mc^me  est  aroec  lui  renne» 
et  envoie  en  Bretagne  por  une*  gent  Bocue.  ' 
dens  ont  grans  et  pies  lés/gran»  est  et  percreue, 
et  porte  cesomîs  haee  trencant  et  esmoolue; 
cui  i.  d'aus  fiert  à  cop,  mervelle  est  s'il  ne  1'  tue.       25 
tant  cevaucent  à  force  que  la  vfle  ont  ve«e; 
qui  ot  tente  ne  tré,  ë  1'  plain  l'a  estendne. 

Li  Griu  asisent  Cadres  et  devant  et  deriëre; 
li  rois  as  mestres  portes  mist  de  sa  gent  plus  fière, 
et  les  autres  barons  asiet  à  lor  manière,  •  30 

si  corn  cascuns  est  miudres*  et  sa  gens  plus  entière. 
Lincanor  et  Pilote  a  mis*  en  la  première,    - 
F.  36'  Tbolomé  et  Clincon  mist  en  la  pins  eorsière 
por  cou  que  lor  bataille  est  adies  costumière 

1)  Jà  motvaU  hom  n*eêt  rien  qui  H  donroit  Bouda*.  2)  «'e#f  li  roi 
mcoudé  Joote  iui,  3)  qui  fu  foio  à.  4)  en#  Saturpaê.  .5)  #«  gent  akoo- 
lue.  6)  kelue.  7)  de  Betuine  H  eel  muU  griUiê  geM  -uereué.  6)  momdres. 
9)  «'mi>I. 


COMBAT  D'BMBNIDVft  BT  DB  SA  OBMT.  233 

et  li  dus  respondi,  peosis  et  iraseus: 

„dehait  til  se  Deu  plesl,  Tir  sera  recreus. 

,,iiiiu8  aim  mins  estre  mors  que  en  soie  rendus. ^^  ^ 

—  Dans  Tbolomes  Tons  mande  qu'il  n'esl  mie  esperdus. 

„de  tornoier  as  tentes  seres  bien  atendus."  5 

et  U  dus  respondî:  „bien  nos  est  conaeus/' 

toute  nnit  se  gaitièrent,'  tant  que  jors  fn  paras; 

sonent  cors  et  buîsines  et  ces  grailes  menus. 

main  montent  cil  de  Gadres  por  prendre  lor  escns. 

as  tentes  Tholomé  fii  li.tornois  tenus.  10 

Cil  de  Gadres  s'armèrent  et  montent  par  matin; 
Ij  dus  s'en  est  iscus  par  le  porte  Ludin' 
et  ot  en  sa  conpagne  maint  conte  palasin. 
Luges  ^  li  preus  i  fu,  Sabos  et  Castéin, 
et  Mades  Torgillous  et  Bruians'^  de  Lérin,  15 

et  ont  en  lor  conpagne  maint  jouvenciel  mescki) 
por  commencier  l'afare^  fort  et  fier  et  enclin, 
et  li  Grin  les  -encontrent,  orgHlous  de  lor  lin; 
contre  IcTert  reluisent  cil  confaoon  porprin. 
lor  jostèrent  as  Grius  la  jent  de  maini  latin,  20 

esctfs  el  hauberes  rompent,  froisent  Ir  fust  fraisnin;' 
li  bardi  désarmé  furent  tout  à  lor  fin 
F.  37*  de  eeus  qui  sont  à  tiere,  veiacies  tel  train.  ' 

Cil  de  Gadres  s'en  iscent  et  rengié  et  sieré," 
et  H  Gria  les  eacaucentj  orglUons  et  armé;  25 

et  quant  Tbolomes  voit'  le  vaûret  abrievé 
dont  li  preus  Gadifier^^  l'abati  ens  è  F  pré, 
mult  durement  l'enpoise,  car  maint  jor  l'a  gardé. 
*grans  cols*  se  vont  doner  li  dus  et  Tolomé; 
desour  les  boucles  d'or  sunt  li  escu  troé,  30 

•  tes  lances  sunt  brisiés,  quant ^^  li  fier  sunt  outré, 
et  li  bauberc  se  tienent  qui  fort  sunt  et  sieré. 
si  forment  s'entre-burtent  que  tout  sunt  estonné 
et  par  desor  les  crupes  des  ceraus  ènversé. 
à  t'  redrecier  d'ans  ii.  i  ot  maint  cop  doné,  35 

i)  mix  voêl  êêlrê  mort  frit  que  vit  toie  teneut.  2)  t'ap&rêiiit, 
3)  Lmiin.  4)  Bigne,  5)  Carait.  6)  ètlor.  7)  ffrànt  taîin,  8)  eouneauê 
ei  iré.    9)  9t  voit  U  eut  Jhiiê,     10)  etmpmn  Dmt  &in.    11)  mtê. 


224  COMBAT  iySH8Nl»Ud  ET  SB  SA  QBNT. 

de  soafrir  grignor  fais,  et  en  estor  preiniire} 

et  li  Grijois  porprendent  le  plain  et  la  rivière, 

et  prendent  la  yitaille  par  la  tiere  plenière; 

quant  il  forent  garni,  ai  s'en  refont  arrière; 

jà  tant  com  il  i  soient,  ne  sera  mais  Tos  cière.*  5 

Li  dus  Betls  de  Cadres  ot  mult  le  cuer  dotant, 
quant  voit  sa  tiere  ardoir  et  livrée  à  tonnant, 
et  espandre  par  Fost  le  vin  et  le  formant, 
ensi  com  li  fourier  Tonmainent  malemenU  j 
au  roi  en  a  tramis  i.  mesage  briement,  10 

qu'il  isce  de  sa  tiere,  il  li  fera  présent, 
XXX.  soumiers  cargiés  entre  or  fin  et  argent; 
et  se  cit  pies  ne  vient  Alixandre  à  talent, 
si  mande  tel  parole  Tholomé  coiement, 
dont  il  seront  encor  maint  chevalier  dolanU  15 

li  mes  ist  de  la  vile,  au  tref  le  roi  descent 
et  conte  sa  parole-  bel  et  cortoisement: 
„li  dus  Betis  vus  mande  pais  et.acordement. 
„is8ies  fors  de  sa  tiere,  il  vus  fera  présent; 
„tant  vus  donra  avoir  que  tout  seres  manant.^'  20 

Alixandres  respont:  ,Jou  n'en  ferai  noient.  - 
„j'ai  ceste  vile  asise,  si  serai  longement 
„ancois  que  ne  le  pregne,  se  on  ne  le.  me  rent. 
„*je  m'en  suisjA  vantés^  oiant  toute  ma  gent; 
„n'est  pas  rms  qui  se  Cause  et  sa  raison  desmenf       25 
et  li  rois'  prent  oengié,  vers  Tbolomé  se  prent: 
„à  r  ikiatinet  vus  mande  li  dus  tomoiement;* 
„devers  le  mestre  (porte)  s'en  istra  bêlement." 
et  respont  Tholomé:  ,4e  1'  loc  bien  et  créant; 
„tous  soie-jou  hounis,  se  je  ne  U  atent  30 

,,mult  ert.fors  ses  baubers,  se  ma  lance  ne  Y  fent.'< 
li  mes  se  part  de  l'ost,  s'est  à  Gadres  v^nus; 
à  l'^uc  Betis  énonce  de  cui  U  est  meus, 
et  dist:  „lirois  vus  mande  quil  n'est  mie  vos  drus. 
,Jà  por  tomer  de  1'  siège  n'ert  ses  .très  destendus,       35 
„tant  c'ara  pris  la  vile  et  les  murs  abatus, 
„se  ne  li  est  rendue'  et  li  pales  fondus.'' 
1)  mmiire.    2)  Mi#.    3)  si  iêê^kmrs  jctm^nté*. 


COMBAT  NElIBNIDro  BT  DE  SA  GBNT.  22^ 

et  Dans  Clina  ses  conpains  a  Dinas  encontre, 
i.  princes  fu  de  1*  règne  de  la  tiere  Biné, 
que  de  ceyans  se  sunt  à  la  tiere  porté.* 

Dans  Clins  tu  à  la  tiere,  entre  lui  et  Dinas 
li  fins  Cadlut  se  drece,  mes  cil  ne  resort'  pas;  3 

car  mult  fu  estonnés  et  des  armes  tous  las, 
*et  très  par  mi  les- tentes  s'enfuit  ses  cevax  cras. 
Dans  Clins  sace  l'espée  qui  jà  fu  Enéas; 
à  r  siège  devant  Troie  le  conquist  Atanas. 
si  le  fiert  en  son  elma  que  trestout  le  fait  quas;  10 

•  jà  Teust  mort  u  pris,  ne  T  tenes  mie  à  gas, 
quant  la  batalle  à  V  duc  vint  armée  le  pas. 
cil  voit  sa  délivrance,  se  fiert  ens  à  V  tas, 
puis  lor  fist  grant  damage  d'un  neveu  Perdicas. 

La  noise  est  relevée  et  li  mort  suni  confus;  15 

lors  vint  par  mi  le  camp  poignant  Antiochus, 
et  sist  sor  L  ceval  ki  fu  le  roi  Artus; 
jà  por  X.  liues  cône,  n'ert  estrais  pe  confus, 
è  r  renc  des  estormaus  '  vait  joster  à  Calnus  ;  * 
toute  plaines  lor  lances  s'en  vont  à  tere  jus.  20 

li  Persans  ^^t  en  pies,  mes  li  Grius  fu  cens,* 
se  r  flert  par  mi  son  elme,  que  il  le  rabat  jus. 
jà  euist  pris  la  teste,  se  ne  poinsist  li  dus, 
et  fu  en  sa  batalle  Abulamidalus.  * 

Li  renc  sunt  espessîé  et  la  noise  '  estormie,  25 

et  li  Griu  sunt  armé  quant  la  noise  ont  oie; 
es  vus  le  gent  Biekue,^  fèlenesce  et  hardie, 
par  une  autre  posterne  lor  ont  faite  salie, 
et  porte  cascuns  hace  u  grant  fust  qui  ne  plie; 
cui  i.  d*au8  fiert  à  cop,  malement  le  castie.  30 

cil  ont  si  le  batalle  Tholomé  envaie, 
que  jusqu'as  pavillons  est  arrière  sortie, 
jà  tornascent  les  Grius  laidement  à  folie, 
quant  Emenidus  point,  qui  se  conpagne  guie; 
entr'aus  et  la  cité  Fa  enclose  et  ourdie.  35 

cil  se  vont  regardant  et  li  dus  lor  escrie. 

\)  êikim  i^ênirpfMrênt,  à  Ur$  sunt  M,    2)  rtmêêt    3)  îomoiMê. 
4)  à  Oefuê.    6)  aine  #u#.    6}  AhiUt  de  Leeuê.    7)  genê.    8)  Bêcue, 


226  COMBAT  D*EMEMDUS  ET  DE  SA  GBNT. 

là  veiscies  sacier  tante  espée  forbie; 

de  ii.  pars  les  encloent,  es  les  vus  esbaiidie, 

et  li  Griu  les  férirent  qu'il  n'es  espargnent  mie, 

en  fuiant  en  ont  mort  une  grande  partie; 

par  mi  le  mestre  porte  est  en  Gadres  flatie;  5 

cil  ne  feront  bui  maïs  as  Grijois  asaiie. 

Li  Griu  ont  desconfite  la  pute  gens  Biekue;^ 
par  mi  le  mestre  porte  est  en  Gadres  férue; 
forment  l'ont  à  Y  férir  laidement  desgreue.' 
mais  Dînas  Forgillous  qui  siet  sor  noire  mule,  10 

i.  destrier  de  grant  pris  que  li  douna  sa  drue, 
souvent  cierke  les  rens  et  tint  Tespée  nue; 
à  i.  baron  de  Grese  a  la  teste  tolue. 
F.  37^   Dans  Clins  point  Boniface  qui  mult  tos  se  remue , 

*muU  li  poise  de  Y  Griu  que  le  teste  est  tolae;  15 

jà  sera  d'ambes  deus  la  bataille  veue. 

andui  se  laisent  corre  par  une  voie  herbue; 

si  grans  cos  s'entredonent,  sans  nule  retenue. 

qu'il  n'i  a  si  fort  targe,  ne  soit  frainte  et  ronpue. 

les  lances  sunt  brisiés,  mes  point'  ne  se  remue.  20 

Dans  Clins  se  trait  Yers  lui  et  tint  l'çspée  nue; 

se  r  flert  par  mi  son  elme  qui  fii  fais  à  Nalue/ 

que  les  estriers  li  toit  et  la  sele  yolsue; 

li  agus  de  son  elme  fiect  en  Terbe  menue. 

Dans  Clins  prent  le  ceral  qui  de  corre  s'argue;  25 

es  vus  le  grant  batalle  fors  de  Gadres  iscue, 

et  la  gens  Tholomé  est  encontre  venue. 

Matin  leva  li  rois  et  ot  fait  s'orison, 
et  entendf  le  noise  à  le  porte  Clincon; 
mult  durement  li  poise  et  tint  le  cief  enbron,  30 

c'onques  as  premerains  jousta»  se  ses  cors  non; 
ses  armes  fist  mander  dedens  son  pavillon, 
tant  durement  se  haste,  qu'il  fist  grant  mesprison; 
n'ot  escu  ne  espée,  lance,  ne  confanon; 
si  saut  en  Bueifal  qu'en  croisent  li  arcon;  35 

tout  droit  en  le  batalle  s'en  vint  à  esporon. 
Dex  garisse  Alixandrc  de  mort  et  de  prison. 
O  Betuê.    2)  devenue.    3)  nuê,    4)  Vatuê. 


COMBAT  D'BMfiNIDUe  iBT  M}  SA  OjBNT.  227 

*  qu'il  recer/a  tel-xop  par  le  coiitê  Pinçon, 

*,dont  en  l'o^t  des  Grijois  ploreront  li  baron. 

autresi  corn  la  grue  fuit  devant  le  faucon , 

renporfe  Bucifaus  par  Testor  à  bandon. 

devant  te  maistre  ^porte  vait  joster  à  Poron;  *  5 

è  r  cors  li  miat  le  fier  à. tout  le  confanon, 

toute  plaine  sa  lance  l'abat  mort  de  Farcon. 

cil  connurent  le  roi  à  Tescu  au  lion, 

tout  epsamble  se  traient  vers  la  porte  Mahon, 

et  jurent  que  hui  mais  ne  feront  se  mal  non.  10 

Cil  de  Gadres  se  traient  ver»  le  porte'  Mabrin; 
à  tant  es  vus  le  conte  qui  sîst  sor  Séraphin,' 
i.  destrier  de  Castiele,  corant  d'outre  marin, 
et  connut  Alixandre  qui  des  lors  fet  train; 
en  sa  main  tint  i.  dart  dont  Tanste  est  de  sapin;  15 

de  grant  vertu  11  lance  par  les  las  à  or  fin, 
que,  très  par  mi  les  pans  de  l'auberc  doublentin, 
li  enbat  en  le  cuise  tout  le  fier  acèrin; 
li  dars  fiert  en  la  siele  couverte  de  porprin, 
quant  li  rois  le  senti,  si  tint  le  cief  enclin;        *  20 

de  r  sanc  qui  ist  de  1'  roi  i  ot  plain  i.  bacin. 
li  Griu  voient  le  plaie  à  1'  bon  roi  palasin; 
entor  lui  s'asamblèrent  li  viel  et  li  mescin. 
là  ot  mené  grant  dol  et  desronpu  maint  crin, 
et  quident  d'Alixandre  que  il  vaut  à  sa  fin.*  25 

Li  Griu  sunt  en  grant  ire  por  le  roi  lor  signor, 
durement  le  dolousent  li  grant  et  li  menor, 
mais  li  rois  les  conforte  com  hom  de  grant  vigor 
et  dist  qu'il  garra  bien,  ne  soient  en  error. 
Alixandres  ot  mires,  aine  ne  furent  millor;  30 

des  ongemens  i  misent  qui  fu  de  grant  valor 
et  garisent  se  plaie  et  traient  le  dolour. 
ains  ne  laisa  ses  armes  porter  à  icel  jor, 
or  sace  bien  li  princes,  s'ui  mais  vient  en  l'estour 
et  de  r  roi  s'escremist,  mult  saura  de  1'  trestor.  35 

Cil  de  Gadres  sunt  lie  de  la  plaie  le  roi; 

mult  en  mainent  grant* joie,  si  ne  sevent  por  coi.* 

1)  Pineon.    2)  Latin.    3)  Malapnn,    4)  voit  à  dêclin.    5)  êêronlfoê. 

15« 


228  COMBAT  D'BMENIDUS  ET  DB  SA  GBNT. 

*Dans  Clins  et  Tholomes  ne  farent  mie  coi, 
à  yii.  chevaliers  s'armèrent  à  desroi. 
Emenidus  d'Arcade  i  Tint  poignant  por  soi, 
F.  37®   à  le  soie  bataille  maintenir  le  tomoi. 

à  tant  es  vus  le  prince  qui  sist  sor  Serafoi,  5 

i.  destrier  de  Castiele  qui  ert  de  grant  desroi; 

mult  par  ot  rices  armes  et  arenant  conroi. 

Alixandres  le  voit  et  point  par  le  caumoi, 

la  lance  sor  le  feutre,  le  confanon  desploi. 

jà  conperFE  la  plaie  li  i.  des  ii.  par  foi.  10 


JOIITE  DB  DISAS  ET  D'AIIIAIIDRE. 

Cl  éimi  0l  Mm  DUim  U  «rslU^iui  J«iuiM  au. roi  AU- 
idre  mt  Allximdres  le  tim. 


îi  princes  fu  mult  fiers,  de  petite  persone; 
là  ù  Toit^  Alixandre,  durement  s'abandonne, 
et  li  rois  quant  le  voit,  yistement  esporone. 
se  r  fiert  c'arme  n'i  vaut  une  paille  d'avaine;' 
è  r  cors  li  mist  le  fier  et  le  fust  de  Calogne  ;  '  5 

tant  durement  Vabat  que  la  tiere  en  resogne. 
Alixandres  repoint  qui  si  grant  cop  li  donne, 
tant  durement  l'abat  que  la  tiere*  en  resone. 

Li  princes  jut  à  tiere,  en  mi  le  camp  pasmés; 
l'arme  s'en  est  alée,  apes  tos  est  fines.  10 

li  Griu  prisent  le  cors,  ne  lor  fu  mie  ases, 
qu'à  si  poi  de  venjance  en  est  li  rois  lornés. 
à  fors  roncis  ont  bien  *  tous  les  membres  noés , 
et  devant  caus  de  Gadres  fu  ses  cors  traînés, 
si  que  il  pot  bien  estre  reus  et  esgardés.  *  15 

cil  des  murs  les  esgardent  de  cui  il  eri  amés; 
là  ot  paumes  batues  et  ceriaus  detirés; 
cis  pies  a  cens  de  Gadres  durement  esfreés. 

Mult  ot  li  dus  grant. dol  de  la  mort  de  Pinçon; 
en  la  tiere  de  Gadres  n'en  ot  millor  baron;  20 

de  soi-meisme  atent  autre  tel  gueredon, 
s'Alixandre  le  tient,  jà  n'aura  raencon 
qu'il  n'en  prende  le  cief,  qui  qu'en  poist  ne  qui  non; 
qu'il  li  conbleroit  d'or  et  d'argent  i.  dognon, 

1)  ferii    2)  U  nuUiê  à'utiê  fme.    3)  i^»eaUmê.   4)  to«  U  mr.  5)  H 
0mi*    6)  t09î  H  or$nt  Uê  memhrtê  forM  êê  V  eorM  desevri. 


230  JOUTE  DE  DINAS  ET  D*ALIXANDRE. 

ne  l'ameroît  ses  cuers,  ne  por  si  ne  por  non. 
tant  durement  le  het  por  la  mort  de  Sanson, 
et  voit  la  soie  gent  morir  à  raencon;* 
entor  lui  les  oeient,  n'a  mais  bon  conpagnon. 
lors  voit  bien  et  connoist  la  grant  destruison  5 

qui  sour  lui  est  tornée  et  la  confusion, 
et  mandist  les  Grijois  et'  ior  acointison; 
quar  encontre  Ior  brans  ne  puet  garir  nus  hon. 
vers  le  porte  se  traient,  baisiés  le  confanon; 
après  lui  s'aroutèrent  chéyalier  et  baron  '  îCf 

et  li  Gria  les  cncaucent  à  coite  d'esporom- 
par  mi  le  mestre  port  se  metent  à  bandon; 
en  le  vile  avoec  aus,  qui  qu'en  poist  ne  qui  non. 
à  rentrer  des  Grijois  i  ot  mult'  grant  fuis'on; 
F.  37'   d'une  Hue  et  demie  en  oist-on  le  son.  15 

Ensamble  cens  de  Cadres  se  sont  U  Grijoîs  mis. 
en  le  vile,  par  forcé,  et  ont  le  bore  espris. 
mult  ot  U  dus  grant  dol  quant  se  vît  entrepris, 
quar  il  set  qu'Âlixandres  est  tant  ses  anemis 
«  por  le  mort  de  Sanson  qui  tant  ert  ses  amis;  20 

mult  foFment  se  desfendent'  desor  son  escu  bis; 
mius  vint  morir  à  glave  quç  devant  lui  est*  vis. 
ains  que  vint  Alixandres,  l'orent  li  Grin  ocis; 
muH  et  li  rois  grant  joie  quant  le  règne  ot  conquis 
et  a  mises  ses  gardres  en  la  frété  BeUs.  25 

Quant  li  rois  ot  pris  Gadres  et  saisis  les  destrois, 
por  la  tiere  garder  i  ot  mis  des  Griois. 
des  bacelers  de  1'  règne,  des  chevaliers  cortois, 
qui  ferront  avoec  lui  en  estor  de   manois 
et  ont  les  bones  armes  et  les  rices  conrois,  30 

enmena  Alixandres  plus  de  il"*  ou  iii.;^ 
tant  par  l'ont  enamé  por  cou  que  est  cortois, 
et*  les  pales  Ior  done  et  l'or  Arrabiois. 
iiii.  jors  séjomèrent  et  à  1'  quint  mut  li  rois; 
dès  or  sace  bien-Daires  et  Porus  li  Indois,  35 

tel  afaire  Ior  sort  qui  n'est  pas  de  gabois. 

1)  f  «r  eofiMneoM.   2)  êimtêntréUê  OtHoiê  àmuii.   3)  dêêfemi,    4)  #oif. 
5)  kêmoiê.   ^)  fuê. 


JOUTB  m  DINAS  ET  D'ALIXANDRB.  231 

A  r  quint'  jor  mut  li  rois,  il  et  si  cevalier; 
é  1'  premier  cief  deyant  sunt  li  confanonnier, 
tout  droit  à  Escalonne  prisent  à  ceTaucier, 
la  vile  velra  prendre  et  le  vile*  exillier; 
mais  encontre  lui  vienent  li  conte  et  li  princier;  5 

si  devienent  si  houme,  si  prince'  et  si  terrier, 
et  li.  rois  les  reçut  de  bon  corage  fier, 
cel  jor  i  ot  donné  maint  drap  de  soie  cier; 
lendemain  mut  li  rois,  n'i  yot  plus  atargier. 
par  le  tiere  s'espandent  ilii"**  fourier,  10 

qu'il  ne  taisent  castiel,  ne  mur  à  pecoier. 
Alixandres  trespase  le  règne  de  Surie, 
droit  à  Jherusalem  a  sa  Toie  aquellie; 
il  voit  la  cité  prendre  et  ayoir  en  bailUe. 
bien  tost  Teust  destruite  et  la  Uere  agastie,  15 

mais  la  gens  citeains  envers  lui  s'umelie; 
contre  lui  est  venue  mult  grande  conpagnie; 
de  dras  religions  fu  toute  revestie, 
le  loi  li  aportèrent  dès  1^  tans  Ysaie.' 
DeXy  li  sire  de  V  mont  qui  tout  a  en  baillie,  20 

le  donna  Moyset,  è  Y  mont  de  Synaie, 
et  vot  que  ele  fust  par  son  peule  establie. 
Alixandres^  Touneure  et  encline  et  souplie 
et  voit  humle  le  peule,  sans  orguel,  sans  boisdie, 
et  que  sor  eus  li  monstrent  ounor  et  signorie.  25 

si  grant  pitiés  le  prist  que  tous  jors  lor  afie, 
et  pais  et  qnitée  lor  promet  en  sa  vie. 
lors  fu  la  gens  mult  lie,  durement  l'en  mercie; 
grant  présent  li  portèrent,  mais  li  roi»  ne  1'  prist  mie. 
outre  s'en  est  passés  et  s'amour  lor  afie,  30 

et  s'autres  gens  lor  griève,  il  lor  fera  aie. 
Alixandres  cevauce  qui  onques  ne  fina, 
dttsques  en  la  tiere  Daire  onques  ne  s'aresta; 
mais  la  gent  felenese  confundi  et  gasta. 
cens  qui  vers  lui  se  tornent,  quitement  les  laisa,  35 

et  qui  Dairon  aide,  malement  li  esta, 
cns  en  la  tiere  Daire  li  rois  se  herbrega, 
1)  terre.    2)  ii$ê.    3)  Si.  haie. 


232  JOUTE  DB  DINAS  ET  D'ALIXANDRE. 


ses  tentes  fist  ficier  et  sa  gens  se 
F.  38*  jamais  n'ara  grant  joie,  tant  corn  vif  le  sara. 
quant  Daires  Toi  dire,  durement  Ten  pesa; 
lors  demande  consel,  comment  le  destruira. 
i.  présent  li  envoie  li  rois  dont  s'apensa,  5 

par  tant  li  est  avis  qu'U  Tespoentera. 

D'une  cose  fist  Daire  trop  bien  et  que  cortois; 
il  prist  graine  menue,  no  vêle  de  manois, 
blance,  douce  à  mangier,  autresi  comme  pois,    * 
'  plus  que  ne  portaat  mie  i.  mules  Espagnois;  10 

si  renvoie  Alixandre,  le  roi  Macidonois, 
et  commande  à  sa  gent  et  conjure  lor  lois 
qu'il  diént  Alixandre,  fièrement,  sans  gabois, 
que  Daires  a  plus  hommes  que  Persans,  que  Ind^s, 
qu'il  n'a  Grius  en  la  carge,  à  cascun  ii.  u  trois;  15 

s'il  vienent  à  l'estor,  que  tout  feront  manois, 
en  bataille  noméeles  trouveront  tos  frois.^ 
mais  Paires  ne  set  mie  qu'Alixandres  li  rois 
mousterra  tel  parole  as.  mesages  ancois, 
qui  tomeront  son  songe,  cou  de  devant  detrois.  20 

Li  mes  s'en  est  tomes  qui  le  présent  enmaine; 
tant  cevauce  et  esploite,  ains  que  past  la  semaine 
si  le  trueve  séant,  ens  en  sen  tré  domaine,' 
et  ot  environ  lui  maint  fil  de  castelaine, 
maint  gentil  vavasor,  maint  prince,  maint  cataine.  25 

li  mes  le  salua  et  dist  raison  certaine: 
„à  toi  m'envoie  Daires  et  .tramet  oeste  graine. 
„entrés  ies  en  sa  tiere  qui  de  rikecce  est  plaine, 
„o  la  gent  qu'as  conduite  de  Grese  Macidaine. 
„or  t'en  retome  arrière,  si  te  jeté  de  paine,  30 

„quar  Daires  a  plus  hommes,  n'est  mie  cose  vaine, 
„n'est  grains  en  ceste  carge,  qui  sunt  de  menue  graine; 
„tous  les  auras  mandés  en  une  quarentaine. 
„autresi  corn  l'aloe'  englotist  la  balaine, 
„vus  conquerra  .en  camp,  vostre  mors  est  procainç;      35 
„la  tiere  dont  venistes  vus  samblera  lontaine,'' 
1)  eëpoiê.    2)  vint  à  AHxanire  tôt  en  diemaine.    3)  ruioêê. 


JOVTB  DE  D1NA8  ET  lyALCUNDRE.  233,' 

quant  Teotent  AUxandres,  de  V  responAre*  se  paine» 
et  d  dit  tel  parole  dont  forment  V  asoutaine. 

Alixandres  8'oi  devant  soi  manechier 
et  voit  le  présent  Daire  que  n'avoit  gaires  cier» 
qui  yiut  lui  et  ses  homes  por  itant  esmaier.  5 

li  rois  prist  de  le  graine  le  pesant  d'un  denier, 
si  le  mist  en  sa  bouce  qu'il  le  vot  essaier; 
mult  douce  le  trouva  et  bone  por  mangier. 
lors  parole  li  rois  et  dist  au  mesagier: 
„ceste  graine  est  mult  douoe,  ases  fait  à  prisier.  10 

,,e8t  Daires  isi  dous.et  humle  si  guerrier ?<' 
—  oily  ce  dist  li  mes,  et  tout  si  cheyalier.'* 
lors  respont  Alixandres,  à  loi  de  bon  guerrier: 
ydont  sunt-il  en  bataille  à  destruire  légier. 
„à  cou  que  li  Griu  sunt  en  estor  dur  et  fier,  15 

,4à  ne  poront  garir  encontre  lor  acier. 
„se  nous  avons  poi  gent,  il  sunt  bon  costunûer 
„de  grant  estor  soufrir  et  destruire  et  cacier.'' 
li  rois  fist  apieler  son  mestre  boutiller, 
tout  plain  de^  gant  de  poivre  li  fist  aparillen  20 

Li  rois  fist  aporter  tôt  plain  i.  gant  de  poivre. 
„oies,  fet*il  à  V  mes,  que  vus  voel  amentoivre. 
„si  com  cil  poivres  est  ases  plus  fors  à  boivce 
„de  votre  graine  douce,  bien  le  poes  percoivre, 
F.  38^  „est  ma  jens  dure  et  fors  por  grant  estor  recoivre;      25 
„la  votre  gens  menue  est  legiere  et  decoivre.' 
„ausi  com  li  lions  prent  et  oisiel  et  toivre» 
„qui  est  grans  et  creus  comme  tains  de  genoivre, 
„vos  conquerrons  en  camp  et  votre  gens  atoivre; 
„quant  partirons  de  vus,  des  testes  seres  soivre.'^         30 

Quant  orent  li  mesage  lor  besogne  furnle 
et  voient  qu' Alixandres  ne  s'entornera  mie, 
mais  li  rececce  Daire  et  sa  grans  signope 
et  sa  tiere  et  sa  gent  viut  avoir  en  baiUie, 
lors  demande  congié,  si  s'en  va  en  Persie»  35 

et  racontèrent  Daire,  sans  mal  et  sans  foUe, 
la  parole  trestoute,  si  com  il  l'ont  oie; 
1)  tiM«    2)  aifwre. 


234  JOOTB  DE  DINAS  ET  D'ALIXAinmB. 

et  li  dient  de  Y  présent  tout  cou  que  senefie 

de  le  graine  et  de  Y  poivre,  ne  li  celèrent  mie 

isi  com  Alixandres  ot  appris  le  mestrie. 

mult  prisent  Alixandre  et  sa  grant  conpagnie; 

dient  qu'il  n'a  è  Y  mont  tele  chevalerie  5 

qu'il  ne  vaincuist  à  farce,  à  l'espée  forbie, 

et  li  rois  est  si  preus  et  de  tel  baronie 

qu'il  vorra  tout  avoir  de  1'  mont  la  signorie 

quant  Daires  l'entend! ,  tous  11  sans  li  formie; 

lors  fist  faire  ses  lettre»  et  ses  mesajes  prie  10 

qu'il  semognent  le  roi,  qu'il  envers  lui^  souplie, 

et  tout  viegnent  par  force  à  Daire,  à  ost  banie; 

et  cens  qui  n'i  venront,  de  sa  mort'  les  défie, 

et  dist  que  n'I  perdra  fors  seulraient  le  vie. 

Daires  a  fait  semonre  les  règnes  entor  soi,  15 

et  qui  or  ne  venra  à  Daire,  ment  sa  foi, 
et  gart  que  nas^  n'i  viegne,  n'ait  armes  et  conroL 
quant  furent  asamblé  par  le  plaisir  le  roi, 
si  furent  bien  par  nonbre  m.  et  vii**  et  troi. 
iluec  ne  veiscies  plain,  ne  pré,  ne  caumoi  20 

il  il  n'eust  cors  d'omme,  ceval  u  palefroi, 
u  bamas  d'autre  guise,  là  n'erent  mie  coi. 
cel  jof  i  veiscies  maint  confanon  desploi; 
d'aler  contre  Alixandre  erent  en  grant  esfroi. 

Quant  Daires  ot  veue  les  gens  de  ses  règnes,  25 

à  plus  devii*-  homes  les  ont  le  jor  esmés; 
et  Alixandres  fu  d'autre  part  herbregiés 
sor  ràighe  de  Gangis  dont  parfont  sunt  li  gués, 
les  os  furent  si  près  que  très  bien  veiscies 
de  l'un  pavillon  l'autre,  à  tant  les  ont  laisiés.*  30 

li  Griu  salent  as  armes,  lor  les  veiscies  lies,^ 
lA  peuiscies  veoir  confanons  desploiés; 
mais  dusqv'à  lendemain  Ai  l'cstors  respitiés. 

Parmi  les  prés  de  Pale  s*est  Daires  ostelés, 
et  Alixandres  r'eut  devant  tendus  ses  très  35 

sor  l'aigbe  de  Gangis  dont  parfonsfu  U  gués, 
por  cou  fu  icel  prés  de  Pales  apielés, 
1)  piiewerêlui,  2)  ê'amor.  '3) êoniaiMrociéê,  4) miê ne êH êêî Uirpéê. 


J0I7TB  DC  DINAS  ET  D*ALDrANBIIB.  23& 

quant  DaireB  fist  estendre  ses  pales  ^  en  es  prés  - 
cendaus  et  osterins  et  pales  d'or  fresés, 
or  et  argent  et  pieres  et  autres  ricetés 
et  dist  qu'il  est  è  V  mont  li  plus  rices  clamés. 
Alixandres  fu  bien  d'autre  part  porpensés;  5 

eel  jor  li  mostra  tant  de  chevaliers  armés, 
atomes  dé  lor  armes  et  es  cevaus  montés , 
si  que  Daires  l'eust  le  jor  por  fol  clamés, 
et  dist  qu'ayoirs  n'est  preus  qui  trop  près  est'  gardés; 
F.  38*  mais  béneois  soit  cil  dont  on  est  aloSés,  10 

boine  eheyalerie  est  mult  grant  ricetés; 
pis  Tant  rices  mauvais  que  povres  ounorés. 

Celé  nuit  séjomèrent  les  os  sans  asambler, - 
car  les  conpagnes  fisent  de  ii.  pars  adouter  - 
et  Daires  li  Persans  &st  ses  barons  mander.,  15 

dus  et  barons  et  princes  en  sa  tiere  asambler  : 
»,baron,  ce  dist  li  rois,  je  vus  ai  fait  mander 
„por  cou  que  je  vus  voel  i.  bon  conseil  donner.* 
„le  roi  de  Macidone  voi  en  ma  tiere  entrer,   . 
„et  mes  gens  eiillier  et  mes^  tieres*  gaster,  20 

„qui  mes  hom  deust  estre,  quitemeiit  sans  fauser; 
„ses  pères,  ses  ancestres  ne  l'osèrent  penser; 
„mais  l'orguel  que  il  maine  le  fait  outrequîder. 
„or  se  vint  de  mon  règne  faire  signer  clamer, 
„mais  jou  ne  ce  doi'  mie  de  Y  tout  à  moi  penser/     25 
„li  sages  bon  doit  estre  por  le  fol  à  garder, 
„et  li  fols  se  repainent  d'as  proudomes  ttieUer.' 
,J'ai  une  bêle  fille  qui  mult  a  le  vis  cler;     , 
„à  mouiller  li  donrai,  se  Y  voles  tout  loer,* 
„et  voirai  le  moitié  de  mon  règne  donner,         >  30 

„et  le  tiere  conquise  toute  quite  clamer; 
„par  tans  porra  li  guerre^  tout  en  pais  demorer/* 
et  cil  li  respondirent  :  „ne  vus  devons  blasmer,    • 
„quar  vus  ne  le  pores  è  Y  mont  mius  marier. 
„mult  est  boins  cls  consaus,  qui  1'  volroit  aciever.'^      35 

Daires  a  pris  mesages  des  miilors  de  sa  gent, 

1)  ta  rieoise,  2)  eêt  bien.    3)  i.  eonseil  demander.   4)  viUi,  5)  redoi, 
S)  à  mai  garder,    7)  grever.    8)  graer.    9)  rèpUê, 


236  JfOUTB  DB  BUiASi  BT  D'ALIXANDRB. 

des  barons  de  sa  tiere  atomes  ricement; 

s'es  envoie  Alixandre,  ens  en  Tigornement. 

à  le  tente  le  roi  vienent  isnielement; 

à  rentrée  des  cordes  cescuns  à  pié  descente 

et  ont  troyé  le  roi  à  oui  proece  apent,  5 

il  faisoit  atacier  d'un  cier  drap  d'Orient 

une  ensegne  en  sa  lance,  à  claus  qui  snnt  d'àrjent; 

li  fus  en  est  mult  rois,  li  fiers  trance  forment; 

qui  bien  en  ert  férus,  de  mort  n'ara  garant. 

li  mes  l'ont  salué  biel  et  cortoisement;  10 

de  par  Daire  de  Perse  noncent  l'acordement. 

Devant  le  roi  esturent  li  Persant  en  estage; 
de  par  lor  signor  lige  contèrent  lor  mesage: 
„Alixandre,  fait  l'uns,  mult  as  divers  corage. 
„ses  que  te  mande  Daires,  li  sires  de^  parage;  15 

„tes  père  et  tes  ancestres  fisent  à  1'  sien  omage, 
„mai8  Dai[es  est  «i  bumles  et  a  le  cuer  tant  gage' 
„qu'il  ne  vint  esg'arder  de  l'orguel  mal  outrage. 
„une  fille  a  mult  biele  qui  a  cler  le  visage; 
'  „au  mouller  le  te  done,  au  los  de  son  barnage;  20 

„quar  ne  vint  mais  qu'a  tort  li  pais  adamqe. 
„si  seront  avancié  tôt  cil  de  ton  lignage." 

Li  rois  ot  le  mes  Daire  et  entent  lor  raison; 
i.  respit  lor  demande  qui  ne  fu  mie  Ion, 
tant  que  il  en  aura  parlé  à  ses  barons.  25 

en  i.  tré  se  toma  qui  fu  fais  à  gierons. 
„saves,  fait^l  as  siens,  que  Daires  m'a  semons. 
„douner  me  viut  sa  fille  qui  a  cler*  le  façon, 
„et  demie  sa  tiere  o  le  dame  prendron, 
„par  icel  convenent,  com  vous  deviseron,  30 

„que  jamais  de  la  guerre  n'ert  estroés  blasons, 
„ne  haubers  endosés,  ne  cauciés  esporons; 
,-,ain8  irons  en  rivière  et  porterons  faucons 
F.  38'   „et  si  ferons  voler  nos  jens  esmérillons. 

„par  le  consel  de  vouis  en  ert  fais  li  respons.''  35 

premerains  respondirent  Tholomes  et  Clincons: 
„sire,  rois  Alixandre,  desour  vous  le  metons.'' 
1)  4«  r.    2)  êage.    3)  geniê. 


JOUTE  DB  DINAS  BT  D'ALIXiUlDRB.  237 

„*8e  yoles,  si  le  faites,  se  yoles  guerribnsj 

*—  sire,  dist  Perdicas,  mult  par  est  biaux  li  dons; 

„mius  vaut  demie  Perse  la  cité/  le  sarons, 

„qae  le  ne  face  tonte  à  guerre  et  à  tencons/' 

qnant  l'entent  Alixandres,  si  fù  mus  et  enbrons;  5 

après  li  respondi,  iriés  comme  lions; 

^Perdicas,  dist  li  rois,  cis  consaus  n'est  pas  bons. 

,Jà  ore  à  ceste  fois  yotre  los  ne  ferons; 

„ains  sera  en  mains  cors  bailliës  mes  confanns, 

„et  je  serai  è  1'  sanc  desi  que  as  talons,  10 

„quar  je'  nul  parcounier,  ne  partis  soit  mes  nous." 

Li  rois  a  la  parole  des  ii.  barons  de, 
et  entent  la  parole  dont  Perdicas  li  prie, 
tant  forment  le  regarde  que  cil  tous  en  fbrmie. 
Alizandres  l'apiele,  forment  le  contralie:  15 

„se  fnsces' Perdicas,  ne  Y  lairai  ne  vus  die, 
,Ôà  euise  otroié  mult  tos  ceste  partie; 
„mais  je  sui  Alixandres,'  si  n'en  feraie  mie. 
„në  per,  ne  conpagnon  n'aurai  jà  en  ma  yie." 
puis  a  dit  as  me8ige8:^„ceste  pais  est  falie»  20 

„r'ales-yus  ent  arrière*  à  Daire  de  Piersie; 
„face  sa  gent  armer,  car  mes  cors  le  desfie; 
„Ia  mote  sera  tost  conraée  et  garnie. 
„ne  yoel  ayoir  sa  fille,  ne  sa  tiere  demie; 
„u  toute  sera  moie,  u  je  n'en  aurai  mie.     *  25 

,Jà  naurai  conpagne,  soit  savoirs  u  folie, 
„et*  sera  tote  moie  de  1'  mont  la  signorie.'' 

Li  mesage  de  Perse  revinrent  à  Dairon, 
la  parole  Alixandre  li  dient  dusqu'en  son: 
„ vôtres  resnes*  ert  siens  trestousà  abandon,  30 

„*u  il  n'en  tenra  jà  valiant  L  esporon; 
,4à  en  toute  sa  vie  n'amera  conpagnon. 
„8ires  de  1'  mont  vint  estre,  jà  n'ara^partison.'' 
et  quant  Daires  Tentent;  si  fronce  le  grenon; 
lors  furent  à  consel  mandé  tout  li  baron.  35 

li  rois  estoit  en  pies,  devant  son  pavillon, 
1)  à  foiê  la  Ur$.    2)  fue  i'ai>.    3)  0nH.    4)  •i  Hiêê.   6)  mm.   6)  u 


238  JOUTB  DE  DINAS  ET  D'ALIXANDRB. 

et  a  dit  à  ses  homes:  ,,yaBal  quel  le  feron? 

,,inillt  par  truis  Alixandre  orgillous  et  félon 

„n'i  puis  amour  troyer  ne  que  aigniaus  è  V  lion. 

„par  mi  ceste  bataille  nous  entrepaiseron; 

,,se  li'Deu  nos  aient,  voirement  le  yaiacron/'  5 

et  cil  li  respondirent:  „votre  plaisir  feron." 

A  r  matin  quant  il  dirent  le  solel  esclairîery 
Daires  li  rois  de  Perse  monta  en  i.  destrier , 
et  lurent  avoec  lui  si  mestre  consiller. 
lors  font  crier  par  Tost  et  tracent  li  bainier  10 

que  tout  soient  armé,  serjant  et  chevalier, 
quant  furent  tout  armé  et  nés  li  peeunier,  ' 
si  furent  bien  ensamble  plus  de  vii^-  millier, 
Tor  font  crier  par  l'ost  et  hucent  li  ponbier, 
devant  les  Grius  qui  suot  et  noble  et  bon  guerrier        15 
et  en  toute  batalle  sunt  de  (cou)  coustumier, 
et  autres  ne  garist  devant  le  lor  acier, 
ne  vot  mie  ses  jens  jouster  i  V  caploiar, 
quar  durement  redoute  ses  homes  à  V  capler.' 
lors  fiiit  ses  cuirions  prendre  et  bien  aparilUer,  20 

les  chevaliers  dedens  armer  et  haubreger, 
et  porter  faus  trencans  por  les"  Grius  enpirier. 
les  olifans  qu'  il  mainent  ne  set  nus  hom  prisîer; 
F.  39*  è  r  camp  de  la  bataille  les  a  fait  arengier 

en  le  place  ù  Testors  se  devra  comme&cier.  25 

après  lor  commença  mult  bien  à  ensignier 

qu'à  quant  il  se  devoit  o  les  Grijois  loier, 

peignent  de  iiii.  pars  par  mi  l'ester  plenier 

et  fièrent  b  les  faus  por  les  Grius  damagier. 

par  là  ù  il  iront  feront  le  camp  widier,  30 

qu'encontre  lor  estor  n'aront  esfors  mesUer; 

par  itant  les  poront  desconfire  et  cacier. 

Alixandres  le  sot  par  i.  sien  escuier 

qui  en  l'ost  se  fu  mis  à  guise  d'escuier,^ 

puis  se  revint  à  1'  roi^or  l'afaire  noncier.  35 

Quant  li  rois  vit  Daire  ses  armes'  deviser» 
et  les  chevaliers  ens  haubergier  et  armer 
1)  empirier.    2)  de  palmier.    3)  euree. 


jeCTB  0B  01NAS  BT  B'ALIXAmBE.  239 

et  qu'il  commande  à  tous  faus  trancans  i  porter 
*    et  à  aea  oUJEems-fet  ses  cuiries  mener  > 
se  U  aToit  oi  durement  deviser, 
que  quant  il  se  deyroit  o  les  Grijois  meller, 
qu*il  fesisent  les  cuirs  de  iiii.  pars  aler  5 

por  la  gent  Alixandre  dépécier  et  branler. 
Alizandres  commence  courecous  à  penser; 
les  xiL  pers  de  Grese  fet  devant  lui  mander, 
puis  si  lor  commanda  xii.  escieles  guier. 
si  fait  Emenidus  celi  devant  guier,  10 

por  cou  qu'il  est  premiers  as  cols  donner; 
puis  si  lor  commença  sagement  à  conter, 
quant  il  veront  vers  eus  les  olifans  torner; 
caus  qui  doivent  les  curres  maintenir  et  garder, 
qu'il  se  partent  entr'aus,  si  les  laisent  alër,  15 

si  bien  que  i.  tout  seul  n'en  puisent  escaper;* 
et  quant  il  les  veront  par  mi  les  rens  outrer, 
lors  se  metent  après  et  pensent  de  1'  haster 
si  qu'il  facent  les  cures  contre  tiere  versier, 
puis  s'airent  sour  sus  et  pensent  de  capler,  20 

si  que  i.  treslous  sens  n'en  i  puist  relever. 
„par  tans  les  pores-vus  desconfire  et  mater.*' 

Quant  Alixandres  ot  ordenés  en  tel  guise 
ses  batailles  à  poindre,  en  après  se  devise, 
quant,  les  conpagnes  Daire  que  es  cures  ot  mise,  23 

poindra  par  mi  le  camp  si  com  cose  est  enprise.' 
gart  que  si  bien  se  tiegnent  que  tost  l'aient  en  prise,' 
et  se  ceste  puet  estre  detranclé  et  ocise, 
puis  reviegnent  errant  o  l'autre  qu'est  asise, 
et  se  tant  pueent  faire  qu'en  fuite  l'aient  mise,  30 

as  espées  trancans  soit  fièrement  requise, 
autresi  com  la  noise  com  per  cans  est  asise,* 
hui  ert  la  force  Daire  par  4a  notre  conquise  ; 
hui  feront  li  Grijois  des  pires*  grant  justice. 

La  bataille  est  joustée  des  Grijois  et  des  lour;  35 

isi  com  Daires  ot  devisé  icel  jour, 

1)  êneonirer.    2)  êêt  oeiêe  ei  priêB.    3)  êorfriée.    4)  la  noi9  par  U 
cmui  eêt  remiê€.    5)  PêVMWM. 


n 


'240  JOUTE  DB  DINAS  BT  D'ALDCANDIIB. 

sont  les  cures  mené  et  ceurent  par  Testeur; 

li  olifant  qu'il  mainent  sunt  de  si  grant  fiérour 

que  nés  un  que  contrascent  n'aist  contre  aus  yîgor; 

mais  li  Griu  s'en  partirent  sajement,  sans  foiour, 

que  gaires  n'i  perdirent  li  grant  ne  li  menor;  5 

et  quaïit  il  furent  outre,  n'i  ot  tant  de  kûsor 

c'  onques-  en  la  bataille  ne  prisent  nui  retor» 

quar  li  Griu  o  les  ars  ne  sunt  mie  à  séjour; 

en  courant  les  ocient  o  les  brans  de  couleur, 

d'olifans  et  de  gueres^  lor  ont  fait  tel  atour.  10 

F.  39^   cis  palais  tome  à  joie  au  roi  Macidonor, 
et  Daires  li  Persans  en  ot  doel  et  irour. 

Quant  Daires  vit  ses  cures  cair  à  tel  martire 
et  les  cevaleries  ens  es  cures  ochire. 
mult  en  a  grant  dolor,  lors  taint  et  esprent  d'ire;         15 
tant  redoute  les  Grius  que  .forment  les  remire, 
les  règnes  au  cerd  à  ambes  ii.  mains  tire, 
vers  senestre  s'entorne,  sor  son  escu  hermine,' 
lors  regarde  ses  homes,  piteusement -sospire. 

'  xlii.  batailles  ordenées  par  ire  20 

à  ses  millors  barops  les  conunande  à  conduire, 
que  or  ert  cheyaliers,  de  s'amor  sera  sire, 
quar  mult  a  grant  paor  de  perdre  son  enpire. 

Mult  fu  lies  Allzandre  de*  sa  gent  plus  haitiés 
quant  il  orent  des  cures  les  batalles  widiés.  23 

à  ceus  qui  furent  ens  ont  tous  les  cies  trandés, 
voit  les  batailles  Daire  mult  bien  apariUiés 
et  Tienent  petit  pas  vers  aus  lances  dreciés. 
li  rois  a  xii,  escieles  joustées  et  rengiés, 
as  xii.  pers  de  Grese  les  a  par  non  bailliés.  30 

Tune  en  yait  ayant  l'autre,  bien  duite  et  afaitiés, 
si  corn  li  maines  rois  les  ayoit  ensigniés; 
les  ensegnes  au  yent^nt  li  Griu  desploiés, 
onques  dùsqu!au  férir  n'i  ot  règnes  saciés. 
lA  ot  mult  grant  mescief  ;  mes  lor  gens  sunt  parties      35 
quant  as  xl.  escieles -sunt  les  xii,  apoiés; 
1)  euru.    2)  et  vire,    3J  et. 


JOUT£  0fi  DINAS  BT  D'ALIXINDRB.  241 

mais  s'Alixandres  puet,  ancui  seront  péries 
les  conpagnies  Daire,  mortes  et  dépécîés. 

En  la  première  esciele  Emenidas  d'Arcade, 
Tint  li  rois  tous  armés,  espris  de  vasalaje. 
è  r  cief  de  la  bataille  rit  le  roi  de  Cartage  5 

qui  Tensegne  Dairon  portoit  par  vaselage;^  - 
Aliiandres  le  fiert  o  le  hardi  corage, 
le  haoberc  li  fausa,  car  son  cop  n'a  souage; 
tonte  plaine  sa  lance  Tabat  mort  en  Terbage; 
puis  a  traite  Tèspée  par  droite  fière  rage,  10 

au  partir  de  sa  jouste  fiert  Balot  de  Valage 
que  la  teste  li  trance  par  desous  le  visage 
et  li  Griu  les  férirent  qui  sunt  hardi  et  sage, 
là  yeiscies  morir  la  gent  Daire  è  1*  rivage; 
autresi  les  ocient  comme  bestes  sauvage.  15 

de  la  première  esciele  lor  ont  fait  grant  damaje, 
cccc.  en  ont  mort  qui  que  V  tort  afolage. 

L- esciele  Tholomé  vint  apriès  la  première, 
à  une  autre  bataille  Daire  grant  et  plenière; 
Percael'  les  conduist  qui  ert  de  le  Yalmiere;  20 

cil  portoit  en  sa  lance  ToriDambe  banière. 
les  il.  batalles  hurtent  par  si  fière  manière, 
ce  n'est  mie  mencogne  que  cescuns  bien  n'i  fiere. 
mais  la  gens  Tholomé  est  mult  hardie  et  fière 
et  li  Persant  batut  comme  ciers  en  bruière;  25 

et  li  Griu  bien  led  fièrent  comme  gens  costumière, 
cou  fu  une  aventure  que  Daires  n'ot  pas  cière; 
desronpue  les  mainent  sor  l'autre  gent  arière. 

Apriès  le  Tholomé  vient  l'esphiele  Clincon 

à  une  autre  bataille  mervillouse  Mabon,  30  ' 

I 

et  tant  i  avoit  d'armes  que  jou  ne  sai  le  non. 
onques  dusqu'au  férir  n'i  ot  arestison; 
por  i.  poi  ne  s'entoment,  fuiant  à  esporon. 
Lincanors  et  Pilote,  Aristes  et  Caulon 
F.  39*   à'  lor  quarte  bataille  qu'il  mainent  à  bandon  35 

se  joustent  â  iiii.  autres  des  escieles  Dairon; 
hauberc  ronpirent  et*  fausent  li  blason; 
i)  Signorage.    2)  Pereevax.    3)  et.    4)  ronfeni  et  percent  el. 
U  E9UUW  rAliiMlrt.  16 


242  JOUTE  DE  DINAS  ET  D'ALIXANDM. 

des  elmes,  des  espées  oisies  grant  tencon. 

là  veiscies  jesir  maint  vasal  è  Y  sablon; 

les  batalles  de  Perse  ni  font  se  perdre  non, 

toutes  desbaretées  les  maînent  sor  Dairon; 

lors  jostèrent  les  os,  si  hurtent  11  dragon,  5 

n'i  aura  mais  parlé,  se  de  bien  faire  non. 

Les  ii.  os  sunt  joustées,  11  Persant  et  U  Gri; 
quant  les  lances  sunt  traites,  si  sunt  baisié  li  crL 
11  rois  point  Bucifal  et  a  mort  Salatri; 
mist  Tescu  devant  soi  et  tint  le  branc  forbi,  10 

quar  sa  lance  ot  perdue  è  V  cors  d'un  Arabi 
et  consiut  Percael  sor  son  elme  bruni; 
Tespée  fu  trencans  et  11  rois  l'en  féri 
que  desi  ens  es  dens  le  trenca  et  fendl. 
Ëmenidus  d'Arcade  i  fu  preus,  je  Y  ions  di»  15 

mult  grant  pris  enporta  Tholomé  et  Dans  Clins; 
Perdicas  le  cortois  i  tienent  à  hardi, 
as  compagnons  se  mellent  et  H  renc  sunt  frémi; 
li  xii.  pers  de  Grese  ne  sunt  mis  en  oubli; 
as  esporon^  trancans  lor  ont  L  ju  parti  20 

de  coi  li  désarmé  se  tienent  pour  trai. 
en  la  mellée  furent  11  couart  estordi  ; 
teus  Tii**  en  i  ot  qui  ont  le  camp  guerpi. 

Parmi  les  prés  de  Pale  fu  fière  la  batalle; 
là  ù  les  os  s'encontrent,  n'ont  parlé  de  gastalle,^         25 
ains  s'entreflèrent  bien  sans  autre  deyinalle; 
li  couart  se  desoivrent  com  li  grains  de  la  palle. 
Filardos  sist  armés  sor  ferrant  de  Navalle; 
n'ot  plus  fier  chevalier  de  si  en  Cornuaille. 
devant  en  mi  le  front,  par  devant'  la  ventalle»  30 

avoit  plain  pié  de  lé,  par  de  devant  l'entaille, 
des  Grius  ot  fait  damage,  ne  1'  tenes  mie  à  Me, 
quar  autresi  le  fuient  comme  l'ostoir  fait  qualle; 
cui  il  consiut  à  cop,  ne  li  vaut  une  maille; 
si  l'ocist  à  i.  cop  que  gaires  ne  1'  travalle.  35 

Alixandres  le  fiert  de  l'espée  ki  taille, 
tout  le  cors  li  fendi  de  si  en  la  coraUe; 
1)  ffobttlU.    2)  dêêor. 


MITTB  DE  BINA8  BT  lyALQCANORB.  243 

jamais  à  L  estor  ne  quic  que  gairea  vaille, 
la  mors  de  KUrdot  la  lor-gent  anoalle. 

Li  rois  s'en  passa  outre  quant  ol  mort  Filardos, 
et  Sert  SUacien*  qui  sire  ert  des  Esclos 
une  gent  orgillouse,  felenesce,  despos;  5 

cil  ert  de  le  lignie  (de)  Cîos  et  de  Magos» 
que  Tespaule  li  tranee,  puis  li  a  dit  iii.  mos: 
„nous  connistrons  mull  bien  hui  mais  les  vos  gaios.'' 
Emenidus  d'Arcade  r*a  ocis  Quinragos' 
et  lui  et  son  ceral  abatî  en  i.  flos;  10 

les  conpagne^  se  mellent  et  fremîsent  les  os. 
or  se  gart  bien  cascuns  c'a  1'  partir  ne  soit  sos, 
ne  remanra  sans  perte  et  dolor  et  desnos.' 

La  batalle  fu  ftère,  ce  n'est  mie  de  gas; 
li  xiL  pers  de  Grese  ne  s'aseurent  pas,  15 

as  espées  trancans  yont  départir  le*  tas. 
Tholomes  Sert  Baudin  et  Dans  Clins,  Baudias  ; 
Lincanors,  CMide;  Lipnes,  Gluinas; 
Perdicas^  Bosiien  et  FUote,  Pilas; 
Aristes,  Passion  et  Calnus,  Serpentas.*  20 

F.  39'  Antiocus  refiert  et  Gaudin  et  Drivas, 
Emenidus  d'Arcade  jousta  à  Corbatas; 
à  tiere  sunt  ceu  des  cevaus  qui  sunt  cras. 
là  ot  escus  tranciés,  elmes  fendus  et  quas; 
des  armes  et  des  bras  i  oisies  grans  glas.  25 

Durement  se  conbatent  li  Turc  et  li  Persant; 
Alixandres  estoit  è  1'  premier  cief  devant, 
à  l'espée  d'acier  vait  la  route  faisant. 
Dans  Clins  et  Tholomes  en  vont  après  poignant, 
n'encontrent  chevalier  qu'il  n'aillent  abatant.  30 

Emenidus  d'Arcade  r'a  ocis  Pagonant, 
Tholomes  fiert  L  roi  qui  sire  ert  de  grant  gent; 
xxz.  cités  tenoit  devers  solel  luisant;* 
le  coralle  li  perce  à  l'espée  trencant, 
mort  l'abat  à  la  tiere,  là  ot  i.  doel  pesant  35 

desor  lui  s'arçstërent  li  petit  et  li  grant; 

i)  Luei$n.    2)  Bfurffaloê.    S)  «I  dêê  lor  «I  dêê  noê.    4)  lu.    5)  fir«- 
irmfm».    6)  IwonU 

16* 


244  JOUTB  DE  DINAS  ET  D'ALIXANDRB. 

Arides  d'Etiope  le  regrete  en  plorant; 

frère  estoient  germain  et  d'un  règne  tenant. 
Arides  d'Etiope  a  son  frère  esgardé 

qu'il  vit  mort  à  la  tiere,  sor  son  escu  bendé; 

durement  le  regrete  et  mult  l'en  a  pesé.  5 

se  vengier  le  pooit,  mult  11  venroit  à  gré. 

il  cuida  de  Dans  Clins  que  cou  fust  Tholomes, 

por  cou  que  d*unes  armes  estoient  atorné; 

li  elme  sunt'd'un  cuig  et  li  escu  doré. 

devers  sa  lance  à  destre  a  Clincon  encontre,  10 

si  grand  cop  li  douna  que  tout  Ta  estoné; 

li  cevaus  li  canciele,  car  mult  Tavoit  lasé. 

Clincon  et  son  ceval  abat  en  mi  le  pré; 

plus  de  vii.  chevalier  sunt  sor  lui  aresté. 

là  li  furent  de  Y*  branc  ne  sai  quan  cop  doné,  15 

.  mais  Dans  Clins  se  redrece,  si  a  Tescu  levé 

et  a  par  iiii.  fois  Macidone  escrié. 

es  vous  à  la  rescouse  Calnu  et  Ariaté, 

Emenidus  li  duc  d'Arcade'  et^ Pilote  apresié; 

mult  l'ont  bien  soscouru  et  par  force  montiâ.  20 

à  iceste  parole'  ont  féru  et  jousté 

et  à  tiere  abatu  maint  chevalier  armé; 

Arides  d'Etiope  i  ot  le  pug  copé 

et  maint  bon  chevalier  par  mi  le  cors  navré. 
La  bataille  a  duré  tant  que  vespres  fu  tart;  25 

Daires  vait  tous  armés  par  l'estonr  sor  liaijl; 

iiii.  rois  l'enmenèrent  devant  son  estandart, 

plus  de  m.  chevaliers  ot  de  cescune  part. 

Alixandres  l'esgarde  qui  cuer  ot  de  lupart, 

plus  tos  en  vint  armés  que  ostoirs  vers  mdlart;  30 

si  Sert  le  roi  de  Perse  desor  son  toenarti 

par  mi  toutes  ses  armes  li  a  fausé*  le  lart; 

quant  Daires  voit  son  sanc,  il  n'a  oel  dont  Tesgart; 
«de  paor  s'en  fremist,  s'apiele  Saturât/ 

à^  iii.  rois  de  Persie  et  d'Egipte  le  quart,  35 

à  la  fuie  s'est  mis  tous  les  vaus  de  Pinart. 

1)  des,    2)  EmmHdus  i^Areaiê.    3)  rese^uêse.    4)  ^rêneié,    5)  8m^ 
tunutrt,    6)  et. 


JOUTB  DE  DIKAS  KT  D'ALIXANDRB.  245 

la  gens  Daire  s'enfuient,  trestout  k  une  part, 
et  li  Griu  les  encaucent  qui  ne  sunt  pas  coart; 
autres!  les  abatent  corn  vilains  son  essart. 
Daires  fu  si  narrés  que  trestous  en  canciele» 
li  sans  Termaus  en  raie  sor  l'arcon  de  la  siele,  5 

fuiant  s'en  est  tornés  sor  liart  de  Castiele; 
toute  sa  gens  s'enfuit  sous  les  yaus  de  Piniele. 
sa  mère  i  a  perdue  et  sa  famé  la  hiele, 
F.  40*   et  sa  fille  au  vis  cler  qui  est  gente  puciele/ 

Alixandres  les  prist  qu'es  enmaine  et  eaieie;  10 

à  sa  tente  les  maine,  s^es  joinst  et  cieriele;^ 
gentement  les  apiele'  et  mult  bel  les  apele. 
Daires  en  ot  tel  dol  quant  il  ot  la  novele; 
l'aighe  li  eort  des  ious  et  mouUe  la  masiele. 

Mult  est  biele  aventure  Alixandre  avenue,        '  15 

quant  Dairon  ot  vencu  et  sa  gent  deronpue, 
par  esfors  d'armes  en  bataflle  vencue. 
ains  n'ot  Daires  tel  doel  de  perte  c'ot  eue, 
com  il  ot  de  sa  mère  que  è  1'  camp  ot  perdue, 
et  sa  fille  et  sa  famé  que  maint  jor  ot  tenue.  20 

mult  redoute  Alixandre,  qu'il  n'en  face  sa  drue; 
por  cou  mande  sa  gent  le  grant  et  le  menue, 
de  par  toute  sa  tiere  ù  point  d'erbe  a  creue; 
il  en  jure,  ses  Dex  et  sa  tieste  kenue , 
s'il  en  i  remaint  nus  qui  ne  soit  en  s'aiue,  25 

les  talons  aura  cuis  et  les  plantes  fendues; 
ne  r  laisera,  cou  dist,  par  la  loi  qu'a  creue, 
c'or  ne  soit  Alixandre  ceste  joste  vendue.' 

Dolans  fu*  Alixandres  et  ses  pris  moût  montés, 
quant  il  ot  les  Piersans  de  bataille  tournés,  30 

et  Daire  desconftt  qui  è  1'  cors  fu  navrés, 
li  avoirs  qu'il  en  prist  ne  pot  iestre  nonbrés, 
li  ors  ne  li  argens,  ne  l'autre  ricetés 
que  Daires  i  pierdi  et  ses  autres  bamés, 
et  sa  femme  et  sa  fille  qui  moût  orent  bontés,*  35 

et  sa  mère  meisme  dont  il  ert  mult  irés.* 

i)  Im  fêêHne  êi  JoieU.    2)  honoré.   3)  honte  rendue.    4)  muli  fu  lieo. 
6)  hiéUiéê.    6) 


246         JOUTB  DB  DINAS  BT  D'AUXANDMB. 

Alixandres  les  prist  k'es  tieet  en  grant  diiertéfl; 
d'une  riens  fist  mont  bien  et  ke  courtois  proufés, 
que  la  dame  commande  à  ii.  de  ses  casés; 
et  cascuns  d'aus  Ten  est  et  pleris  et  jurés 
que  jà  nus  hora  en  tiere  n'en  sera  lor  privés,  5 

que  Daires  soit  par  ans  bonis  ne  vergondés. 
ne  demora  puis  gaires  de  cou  que  tus  oes, 
que  la  dame  fti  mortes  et  ses  éors  déviés, 
la  femme  an  roi  Daire  dont  par-  forcbe*  est  sevrés; 
Alixandres  meisme  en  fu  dolans  ases,  10 

et  quant  Daires  le  sot  s'en  fu  si  adolés, 
il  a  ses  puins  detors  et  ses  cheviaus  tbirés 
et  a  maudite  l'eure  que  il  onques  fu  nés. 
il  a  dit  à  ses  boumes:  ^signour  ne  1'  mescrees, 
„ne  peut  soufrir  la  dame  les  dious  ne  les  fiertés'        15 
„que  il  li  voloit  faire  et  de  boute  ases; 
„pour  c'est  morte  la  dame  et  ses  cors  a  fines; 
„mais  par  tout  le  roiaume  dont  sui  sires  clamés, 
„se  ne  venge  cest  honte,  ne  sui  roi  coroonés.^ 
1)  foret.    2)  y^Uéê. 


MESSAGE  A  DARIUS. 

Ci  dtot  «I  eom  1.  meMise«  aporta  iioirele«  k  Dalrou 
qiU9  «a  f)»iiie  fte  morte* 

F.  40^       Uaires  fu  por  sa  femme  courecous  et  pensis; 
estes  TOUS  L  prison  fci  Ai  de  l'ost  des  Gris, 
▼enôit  de  la  batalie  ù  aroit  estet  pris. 
Toiant  toute  sa  gent  -a  Daire  à  raison  mis  : 
,,escapés  èuis  de  V  roi,  à  laron  et  fùitis;  5 

^vôtres  DQolliers  est  morie,  c'est  il  grains  et  (* maris); 
„muU  le  tint  à  ounor  tant  que  ses  cors  fu  vis  ; 
,,onques  par  nesun  home  ne  li  fu  hontes  quis. 
»,mai8  Totre  fille  est  biele  et  si  a  cler  le  vis, 
„se  r  Tiut,  il  le  prendra  au  los  de  ses  amis,  10 

„et  se  il  ne  le  prent,  ne  l'en  fera  jà  pis; 
„donra  lui  à  signor,  roi,  u  duc,  u  marcis.'' 
et  quant  Daires  l'entent,  si  en  a  fait  i.  ris. 
„Alixandre8,  fait-il,  mult  en  ares  grant  pris; 
„mult  les  humeles  Grijois*  à  crueus  anemis;  15 

„de  l'onor  qu'en  as  fait,  m'en  a  si  bien  conquis, 
„se  pais  ToUes  Taire,  par  foi  le  te  plevis, 
„plus  t'ameroit  mes  cuers  que  home  qui  soit  ris; 
„et  durefnent  me  poise  que  de  moi  les  escis.'* 
en  icele  contrée  sor  l'aighe  de  Gangis,  20 

là  ù  fu  la  bataille  des  Persans  et  des  Gris, 
aroit  une  cité  que  on  apiele  Sis; 
les  tors  en  erent  hautes,  li  murs  de  marbre  bis. 
li  rois  le  prist  par  force,  ains  n'i  ot  gaires  sis; 
dedens  s'en  est  entrés  o  l'eskiet  c'ot  conquis.  25 

1)  et  iouê. 


248  HBSSAGB  A  DABIU8. 

tant  a  entor  la  Tile  des  mors  qu'il  a  ocis, 
qa'à  meirillouse  paine  i  dure  nus  hom  yis. 
Griu  et  Macidonois  sunt  en  la  Tile  entré; 
por  cou  que  le  jor  furent  traTillié  et  pené» 
si  ont  mult  yoleûtiers  iiii.  jors  sejomé.  5 

à  la  mère  au  roi  Daire  Tinrent  doi  sien  priTé; 
se  li  ont  bêlement  consillié,  à  celé 
que  là  hors  de  la  Tile  sunt  iii.  baron  troTé 
qui  erent  mult  haut  home  et  de  son  parenté, 
et  forent  en  Testour  ocis  et  décopé:  10 

,,si  requerre  Alixandre  par  grant  humilité, 
,,que  requerre^  congiet  que  il  soient  entière.*' 
et  li  dame  respont  qui  le  cuer  a  séné: 
„li  maines  rois  de  V  mont  fait  tant  ma  Tolenté, 
„que  ne  li  os  requerre  riens  fors  sa  Tolenté."  15 

mais  cil  li  ont  tant  dit  et  proie  et  mostré, 
qu'ele  en  a  Alixandre  le  congiet  demandé; 
et  li  rois  li  respont  boinement  et  de  gré: 
„por  la  Totre  amor,  dame,  ne  tus  ert  dcTeé. 
„faites  prendre  les  mors  que  m'aTes  demandé,'  20 

F.  40*  „et  tant  com  il  tus  plest  de  caus  qu'aTes  troTés. 
„si  soient  par  tos  homes  hautement  entière/' 
puis  li  a  quitement  rendue  la  chité 
si,  c'onques  ne  retint  ne  tor  ne  fremeté.  ' 

Mult  par  fist  Alixandres  que  frans  rois  deboinaire,     25 
quant  il  ot  la  bataille  Tencue  es  prés  de  Paile, 
qu'il  rendi  la  cité  à  la  mère  au  roi  Daire; 
mais  sa  fille  estoit  bêle,  si  ot  cler  le  Tiaire, 
sa  coulors  sanle  clere  com  rose'  qui  esclaire; 
aToec  lui  l'en  mena,  qu'en  deuist-il  à  faire.  30 

de  l'aler  après  Daire  ne  s'atargèrent  gaire; 
ne  li  Tolra  laisier  ne  castiel,  ne  repaire, 
au  quint  jor  est  meus,  s'a  fait  son  ator*  faire. 
Quant  li  rois  ot  conquise  Sulie  et  les  cités, 
et  Daire  desconfit  et  ses  homes  matés,  35 

por  aler  après  lui  est  au  quint  jor  montés; 
jamais  ne  finera,  s'ert  l'uns  désiretés. 
1)  i7  a  doinêt    2)  d$viêé.    3)  rose  eom  êoUil.    4)  atrait. 


HB88A«B  A  DARIUS.  249 

jusqu'en  la  tiere  Daire  ne  s'est  mie  aresiés; 

*  jamais  ne  trovera  miz  garnie  à  los  lés 

*de  grandes  praeries,  de  vignes  et  de  prés, 

il  a  dit  à  ses  homes:  ,,signor,  or  esgardes, 

„c'uns  règnes  si  garnis  nous  est  adestinés.  5 

„la  tiere  sous  la  nue  toute  est  notre  iretés; 

»,mais  durement^  me  poisë  dont  me  sui  porpensés, 

,»qu'en  si  estroite  roce  est  li  mondes  formés. 

jj)ei  a  fait  peu  de  tiere  à  i.  proudome  ases/' 

dé  ceste  cose  risent  Clincon^  et  Aristes;  10 

n'a  homme  en  sa  conpagne  tant  en  soit  esfreés. 

les  xii.  pers  de  Grese  a  li  rois  apielés: 

„sottr  l'aighe  de  Gangis,  faites  tendre  mes  très 

,,et  j'irai  en  rivièFe  o  mes  faucons  mués." 

cil  li  ont  respondu:  „si  com  vus  eommandes/'   •  15 

quant  li  solaus  torna»  miedis  fu  passés, 

à  XY.  conpagnons  s'en  est  li  rois  tomes, 

Aristote  ses  mestres  en  est  o  lui  aies. 

Ci  nos  di  d'Alixandre,  qui  de  Berri'  fu  nés, 

et  de  Paris  refu  ses  somons  apielés,  20 

que  li  fueres  de  Gadres  est  à  cest  vier  fines. 

quant  li  solaus  torna,  miedis  fu  pasés, 

en  sa  tente  de  pale  est  li  rois  retomés. 

*0r  entendes,  signer,  que  cis  estore  dist, 
*de  Daire  le  Persant  k'Alixandres  conquîst,  25 

*de  Porrus  le  roi  d'Inde  qu'il  kaca  et  ocist, 
*et  de  la  grant  vermine  qu'es  désers  desconfist, 
*et  des  autres  mervelles  qu'il  cerka  et  conquist, 
*de  Got  et  de  Margot  qu'il  ensera  et  prist; 
*jamès  n'en  istra  un  dusc'à  1'  tans  Ande-Çrist.  30 

*issi  com  Apeles  s'image  contrefist, 
*de  r  duc  de  Palatine  qu'il  ocist  et  conquist, 
*de  roine  Candace  que  en  sa  cambre  mist 
*et  de  la  vois  des  arbres  qui  se  mort  li  descrist, 
*issi  com  Aristotes  l'entroduist  et  aprist.  35* 

*la  verte  de  i'estore  si  com  li  rois  le  fist 
1)  JFuHê  rien,    2)  Aiixmidres  noi  dUf  qui  de  BerUtin^, 


250  MB88A«B  A  0ARIU0. 

*an  clen  de  Ca«teldun,  Lambers  li  Tors  l'esêrist 
*qui  de  Y  latin  le  traist  et  en  roman  le  mist. 
Quant  Alixandres  r'est  repairiés  des  iSincons, 
o  son  mestre  Arfstote  et  o  ses  conpagnons; 
ses  mestres  li  a  lues  commencîé  i.  sermon.  5 

,,signor,  gardes  qu'il  n'ait  caiens  malvais  laron; 
„les  boins  retiegne  o  soi* et  hee.  les. félons; 
,,ne  ne  croie  nului^  d'acuser  ses  barons, 
„les  povres  chevaliers  retiegne^  par  biaus  dons, 
„et  envoies  les'  famés  les  hennins  pelicoAs;  '  10 

,,qaar  se  besoins  en  ert*  grànt  estra  li  renons.* 
,,ctt  souferront  por  Ini  et  ires  et  tencons 
,,et  de  gaster  grant  tiere  et  d'abatre  dognons.* 
„Daires  a  fait  en  Perse  mainte  porciessions;'     . 
„mult  en  a  avoir  pris  et  eut  raencons,*  15 

„0T  est  tans  de  vengier;  cauce  ses  esporons, 
„quar  le  heent  ée  mort  toutes  ses  régions, 
„por  cou  qu'il  a  sour  ans  mis  seijans  si  félons, 
„des  nouviaus*  de  sa  tiere,  des  ftus  à  ses**  garcbns. 
„cil  n'ont  cure  de  Deu,  ne  de  ses  orisons;  20 

„li  avoirs  de  sa  tiere  esloit  à  lor  barons;** 
„li  pules  prie  Dieu  et  seé  saintismes  nous 
„que  il  soient  vengié  de  1'  roi  et  des  gloutons." 
—  mestres,  dist  Alixandres,  bien  otroi*'  vos  sermops. 
f.AV  ^mes  homes  ferai  rices  d'or  quit  et  de  mangotts;  25 

„cou  que  Daûres  a  fait  n'aura  mie  parnons;*' 
„se  ilavoit  une  eue,  j'aroie  ii.  paons.** 
„por  aler  après  lui  sunt  mi  home  semons 
„*et  cil  qui  remanront  seront  quit  es  talons, 
„ne  r  puet  garir**  castiaus,  ne  cités,  ne  dognons.''     30 
sor  l'aighe  de  Gangis  tendent  lor  pavillons. 

Aristote  se  gist  adens  sour  i.  tapis; 
si  doctrine  Alixandre  com  sll  fust**  aprentis; 

1)  seê  êers.  2)  sêcorre,  3)  Mivate  è  lor.  4)  H  nutî.  5)  srf  li 
piêrreUnê.  6)  lor  itère  et  mrioir  lor  munoem.  7)  ferséeuHono.  8)  «r- 
genl  frU  et  or  et.  9)  jnorf.  10)  fiere  osêes.  Il)  htmdono,  12)  entent. 
13)  «H  perdone.  14)  a  UM  oelle^  fen  arm  i.  fnouton.  15)  tCee  fora 
foronièr.    16)  eomme  eon. 


«BSBAGH  A  l^AElirB.  251 

dist  Ini:  '^gà  fastes  yi»  si  ricement  Boris, 
,g'à  curera  losengiere  ne  soit  par  Toas  ois; 
„se  tu  erois  biett  tes  homes  ^"^  jà  ne  seras  konis, 
„et  se  tu  crois  tes  siers  tu  seras  mal  ballis. 
„jà  sera  ne  fera  bien  ki  souvent  est'  aflis;  5 

„au  tierc  jour  u  au  quart  eat  ses  avoirs  faUs. 
„Ii  sages  Salemons  le  dist  en-  ses  escris  : 
„à  paine  a^n  bon  arbre  de  mauvaise  rais?' 
„rien8  n'est  de  tant  malvaise/com  de  aérs  enricis; 
„quant  a  de  son  signor  tous  les  avoire  saisis,  10 

„por  cens  à  entierer  et  dès  of  enfouir; 
,,ravoira,  se*  li  sers  muert  et  cU  qu'en  est  saisis, 
,^k  n'en  aura  ses  sire  vallant  i.  parisîs. 
„par  ses  mauvais  serjans  est  princes  mal  balHs,' 
„qui  tolent  les  avoira  as  grans  et  as  petis;  15 

„par  coi  li  sires  est  d'aus  et  de  Deu  bonis.* 
„li  péciés  li  remaint  et  cil  est  «nricis, 
„et  s'il  vint  de  l'avoir,  bien  en  ert  éscondis. 
„aseB  voit^on  de  ceus  qui  lor  signors  ont  irais, 
„ocia,  enpuîsonés  u  à  coutiaus  mourdris.  20 

„en  son  consel  ne  croi,  ne  en  lui  ne  t'afls/' 
et  respont  Alixandres,  com  hom  de  sens  garnis: 
„or  m'en  dirai, *  biaus  mestres,  de  vos  sermons  Boris, 
„se  jà  L  en  tresgas,  dont  soie-jou  hounis, 
„le  jour  soie-jou  pires  que  sers  racateis;  25 

,Jà  ne  n'iert  i.  par  moi  alevés  ne  francis, 
„ne  por  losenge  Daire,^  s'il  estoit  si  hardis, 
„s'il  venoit  devant  moi,  jlous  en  serôit  maris.' 
„li  xii.  conpagnon  que  vus  m'aves  eslis, 
„ont  ja  men  tret  tendu,  sor  l'aighe  de  Gangis;    ^         30 
„des  maus  qu'a  fait  en  Grese  n'est  pas  Daireê  garnis  ;^° 
„s'a  pris  cà  en  arrière  vallant  une^*  brebis, 
'  „or  nous  en  vengerons  à  nos  espius  forbis; 

„ne  r  puet  garir  castiaus,  tant  soit  clos  de  palis, 
„fossés,  ne  mura  entor,  dognons,  ne  plaseis.  35 

1)  ne  erecê  vos  «er«.  2)  n'en.  3)  raeU.  4)  de.  5)  wuiine  frtme 
hom  truie.  6)  if  eont  de  Deu  et  du  fuie  htde.  7)  irm.  8)  Jtire.  ^)  irait 
muOiê.    10)  $orie.    11)  us  voee  ne. 


252  MESSAGE  A  DARIUS. 

,Jà  ne  remanra  mais  li  noise  ne  li  bris/ 
,Jusques  l'uns  en  sera  detranciés  et  ocis/' 
atant  demande  l'aighe,  si  est  en  pies  salis. 

Li  mangiers  fu  tous  près  que  li  Griu  ont  hasté, 
puis  sunt  li  siège  fait  et  li  tapi  gieté  ;  5 

li  cheralier  s'asient,  quant  il  orent  laré 
et  on  lor  délivra  hanas  d'or  à  plenté.' 
li  senescal,  li  keu,  li  rallet  de  1'  règne 
les  servirent  des  mais  tout  à  lor  volenté; 
quant  U  orent  mangié  et  il  s'en  sunt  tome,*  10 

Aristotes  a  dont  Alixandre  apielé: 
„biaus  sire»  damisiaus,  ce  me  vient  mult  à  gré 
„tel  cose  vus  voel  dire  que  jou  ai  enpensé." 
Alixandres  respont:  ,,jou  l'ai  mult  désiré/' 
es  le  vous  en  gisant  de  lés  lui,  à  costé.  15 

„ Alixandre,  fait-il,  dire  te  voel  noviete; 
„quant  tu  Taras  oie,  ne  te  sera  pas  biele. 
F.  41*  „Daires  li  rois  de  Perse  de  servage  t'apiele, 

„u  tes  pères  est  sers,  u  ta  mère  est  s'anciek; 

„quant  le  tréu  demande,  malement  se  reviele.  20 

„je  vie  ier  les  bries  lire  pardevant  la  capiele, 

„tu  n'i  as  que  targier;  ain  fet  mettre  ta  siele. 

Alixandres  s'aceute,*  sa  main  à  sa  masciele; 

de  mautalent  et  d'ire  rougist  coda  estincele. 

„mestres,  dist  Alixandres,  je  ne  sui  pas  puciele;  25 

,Je  n'ai  soig  s'il  fait  caut,  u  il  pluet  u  rosele.* 

„or  le  voel  revisder,  car  forment  il  reviele; 

„se  r  puis  en  camp  trouver,  la  venjance  en  ert  bêle; 

„ne  li  vaura  haubers  une  tenneue  gonniele.* 

„mon  espiel  li  métrai  pardesous  la  mamele;  30 

„à  mon  bon  branc  d'acier  dont  trance  Talemiele, 

„li  trancerai  la  tieste,  s'espandra  la  cerviele; 

„autre  fois  en  ai-jou  oie  la  noviele." 

Ce  fu  è  r  mois  de  mai,  i.  poi  devant  l'issue, 
li  herbe  reverdist  et  ele  point  menue,  35 

que  li  rois  Alixandres  a  sa  gent  esmeue 

t)  eri>.    2)  a  U  vin  en  kmuiê  mfmrté.    3)  furmt  Uvé.    4)  a*$HmiM. 
5)  il  $tlê,    6)  tahUe  ^onêle. 


MIB8SAGB  A  SAMUd.  253 

por  aier  desoor  Dafare  A  la  barbe  kenue. 
8or  l'aigbe  de  Gangis  la  rivière  ont  tenue, 
portent  girfans,  faucons,  oisiaus  de  mainte  mue; 
n'i  remest  sor  rivière  cisnes,  faucons,  ne^  grue 
que  ne  soit  as  fjBtucons  portée'' et  retenue.  5 

Il  rois  est  A  séjor  avoec  sa  gent  menue, 
il  ne  r  Tot  travellier,  car  tos  l'aroit  perdue, 
tant  les  maine  souef  qu'en  l'ost  est  enbatue, 
en  la  tiere  roi  Daire  por  oui  ele  est  mené; 
et  puis  qu'eleufu  en  la  tiere  enbatue.  10 

ceurent  par  la  contrée  k'il  trouvèrent  vestue, 
pecoient  bors  et  viles,  castiaus  et  les  grans  rues, 
ii.  cités  i  ont  arses  et  la  tiere  fondue; 
prendent  vin  et  forment  et  ferine  molue, 
et  pain  et  car  salée,  et  de  le  quite  et  crue,  15 

or  et  argens  et  dras  et  mounoie  batue; 
riens  qu'il  voellent  avoir  ne  lor  est  desfendue. 
Daires  sot  la  noviele;  quant  il  Ta  entendue 
fremist  et  devint  noirs;  car  li  sans  li  remue, 
de  mautalent  et  d'ire;  la  parole  a  perdue  20 

que  il  ne  pot  parler  nient  plus  que  beste  mue; 
ains  vougiét,'  tous  li  sans  li  remue, 
et  quant  l'ardors  li  fu  i.  petit  escourue, 
si  mande  à  Alixandre  que  folement  s'argue, 
quar  se  tant  les  atent*  que  sa  gens  soit  venue,  25 

savoir  puet  à  fiance,  sans  faille,  sans  trelue,*^ 
que  rois  Daires  li  mande  que  de  rien  ne  1'  salue;  v 
que  ancois  ne  s'enfuit  u  il  ne  se  remue, 
bataille  puet  avoir,  ains  tous  ne  fu  veue. 
tous  caus  va  regretant  de  la  desconfiture'  30 

que  li  a  fait  è  1'  camp;  mult  li  ert  cier  vendue. 
Daires  tramist  ses  mes'  an  fort  roi  Alixandre 
et  cil  i  sunt  aie  por  la  tiere  desfendre, 
au  roi  en  sunt  aie  por  i,  jour  de  devenres, 
noncent  lui  le  bataille,  se  il  l'ose  atendre;  35 

d'iluec  en  xi.  jors  lor  penst*  de  soi  desfendre, 

Dnebane.   Z)€ifriêê.   Z)  art  é^ire  êl  eêfrmU.  A)  i'ow  miêMér:  b)9mê 
netune  arêêm.  6)  M  é»$i  éfta^êrm  iê  U  éêêtfwmme.  7)  «m  Am.  8)  f «m • 


254  «SSSAGE  A  DAUUS. 

qaar  Daire9  a  juré  que  8e  il  le  puet  prendre, 
qu'il  li  fera  le  col  à  me  harl  esteadre, 
et  à  UDca  grans^  foriiea  par  mi  sa  geule  pendre; 
et  aanace  sa  gent  que  cier  lor  cuide  rendre 
sa  tiere  qà'A  li  ga^e  et  tel  mérite  rendre,  5 

F.  4t^   que  n'estordra  de  Tost  li  graîndre  ne  M  nwndre. 
Par  bries  et  par  mesages  que  roi  Daires  ot  pris 
qu'Alixandres  estoit  de  la  guerre  entremis» 
par  toutes  ses  contrées  eaToie  ses  escris^' 
et  mande  à  tous  ses  hommes,  kien  en  soit  cescuns  fis:  10 
qui  ne  Tenra  à  lui  de  si  à  x¥.  dis, 
qu'il  perdera  les  menbres,  ne  H  fera  jà  pis; 
li  rois  Oteviiens  ne  11  sera  amis.' 
et  quant  furent  venues  les  gens  de  derers  Tirs,* 
si  ot  xxz..  tans  homes  qu'Aliiandres  n'ot  Cris;  15 

mais  par  cou  fu  vencus  et  ses  règnes  conquis 
qu'as  fins  de  ses  garçons  estoit  ses  consaus  pris, 
qu'ayoit  fait  de  sa  tiere  senescàus  et  haillis,'^ 
de  veves  gentius  Cames  et  les  onors  saisis.* 
cil  li  ont  tous  ses  homes  afdés  et  malrais,'  20 

les  vilains  confondus''  et*  les  boijois  ocis; 
les  povres  cheyaliers,  cens  ont  tenus  tous  vis* 
qu'ases  sunt  plus  dolant  que  s'il  fuscent  ocis; 
honte  *^  et  contraire  ont  tant  fait  as  gentis 
qu'il  n'a  homme  en  sa  tieiie  qui  ne  li  soit  escis^  25 

*  quant  vint  à  1'  grant  besong,  sor  l'aighe  de  Gangis 
et  dist  li  i.  à  l'autre:  jà  n'Mt-il  paradis, 
que  pour  mauvais  signer  se  fait  navrer  ë  I'  vis, 
ne  n'en  aura  celée  desor  son  escu  bis. 
„conbatent  soi  li  serf  que  il  a  enrichis»  30 

»,que  nos  avoirs  nos  tolent  et  font  clamer  cailis, 
,,jà  cil  n'aura  la  tiere  qui  nos  en  face  pis."   . 
lors  s'en  tome  cascuns  arrière  en  son  pais; 
Daires  remest  tous  sens  com  li  hon  sans  amis» 
vit  ent  aler  ses  homes  qui  s'entoment  fuitis,  35 

1)  hautêê.  2)  eariii.  3)  Jà  n'en  sêra  fîaiHê  H  on  né  H  arjpcM 
fVS  ai  SmnirmnU.  4)  dêvêrê  Tipiê.  5)  irUierê  et  wmrcîê.  6}  Vm  ohoti 
Mêiê.    7)  êûn  râMmê  eênfmiu.  8)  dêfêiUéê.    9)  H  piU.    10)  si  homlu. 


HBSSAQB  A  PAEIW.  25& 

puis  a  dit  i  ses  sers:  „cou  m'aves-yus  aquis)* 
„n'a  baron  en  ma  tiere  ne  soit  mes  anemis; 
„tani  lor  aves-Tus  fait  et  de  sor  ans  aqnis.' 
„mu]t  sovent  se  clamoieiit,  ains  droit  ne  lor  on  is; 
,,de  TUS  m'en  venjerai»  s'en  puis  estordre  ▼is.''  5 

por  cott  l'ont  en  la  fin  li  serf  meisme  ocis. 
Dèsque  Daires  sot  bien  que  ce  fii  Tentés 
qu^Alixandres  s'estoit  de  la  guerre  mellés,^ 
et  la  noise  et  U  cria  en  est  partout  aies, 
Porru  manda  en  Inde  par  un  de  ses  privés:  10 

Alixandres  ses  bom  est  vers  lui  roTelés» 
que  il  li  Tiegne  aider  à  tous  xx«*  armés, 
le  treu  li  rendra,  jà  n'en  soit  i  irés, 
cccc**  mars  de  fin  or  esmerés.* 

,,les  armes  Aluandre  qui  est  outre  cuidés  25 

,,Ii  donroi-JQu  ancoîs  que  cis  mois  soit  pasés, 
„et  Bocibl  meisme  qui  par  est  si  doutés/' 
faounis  est  U  cuvers  qui  rers  hn  est  mellés, 
ne  r  garra  bots  ne  yile,  ne  castiaus,  ne  citée, 
qu'il  ne  le  siue  tant  qu'il  ert^  désiretés.  20 

li  mes  11  dist  de  bouce  qui  li  bries  fù  donnés,* 
que  se  il  i  aloit,  il  seroit  afolés; 
quar  tant  est  Alixandres  orgillous  et  doutés' 
que  tantos  qu'U  sera  de  Daire  trestoroés, 
sempres  yenra  sor  lui,  jà  n'en  ert  arestiés.  25 

Porrns  ot  la  novele,  si  en  fu  est^eés 
qu'il  n'alast  en  l'aide  ù  il  estoit  mandés, 
que  li  donast  tout  l'or  de  iiii**  cbités. 
en  la  fin  de  sa  tiere  a  ses  homes  mandés 
que  ne  soit  par  les  Grius  malmis  ne  afolés;  30 

F.  41'  tous  jors  est  de  bataille  garnis  et  aprestés;. 
au  mesage  respont:  „arriëre  tost  aies, 
„et  dites  au  roi  Daire  que  trop  sui  enconbrés. 
„à  garder  ai  ma  tiere  et  trop  sui  enblaes;* 
„ne  feroie  por  lui  iL  deniers  mounaés.''  35 

1)  u  wml  avêê-vuê  pds.  2)  forquiê.  3)  outré  Oangis  foêêéê. 
4)  «ww  iTe  ieirf«r#  «mi^.  5)  «oif.  6)  o%  ffrUê.  7)  ^«r#  s«  ^smcm- 
r«#.    S)  H  tA  à  ftdre  ate#. 


256  MESSAGE  A  DARIUS. 

Quant  Daires  li  Persans  ki  si  se  desmentoit 
oi  de  r  roi  Porru  que  Tenir  n'i  osoit, 
de  par  toute  sa  tiere  tous  ses  barons  mandoit; 
mais  il  ert  tant  hais  que  poi  en  i  venoit, 
por  les  félons  serjans  que  sour  eus  aleroit.  5 

ains  n'i  vint  se  cil  non  qui  remanoir  n'osoît. 
et  quant  il  ot  mandé  cou  qu'il  aroir  pooit, 
por  tant  si  ot  tant  gent  de  caus  qu'il  asamble  avoit 
et  ot  xxz.  tans  d'oumes  que  des  Grius  n'i  avdit, 
et  vint  Ters  Alixandre  com  ains  pot  a  esploit.  10 

et  quant  Tint  au  besoig,  Tuns  l'autre  regardoit; 
ce  dist  li  i.  à  l'autre:  ,,couart  somes  et  soit/ 
,,que  celui  sons  aidant  qui  nous  desiretoit, 
'  ,,et  tant  nos  tenoit  vins '-et  si  nos  abaisoit 
„que  ses  mauvais  serjans  de  sor  nous  en  penoit.*        15 
„et  quant  nus  de  ses  sers  à  nous  se  courecoit, 
^apriès  nos  batoit  bien  et  puis  nos  laidengoît. 
,,cil  qui  estôit  hounis,  à  Daire  le  moustroit 
,,mais  }à  nus  n'eust  droit  qui  des  sers  se  clamoit." 
cescuns  brise  sa  lance,  en  son  pais  tomoit.      -  20 

Daires  vit  qu'il  s'en  Tont,  à  poi  qu'il  ne  mar  ^oit^ 
et  a  dit  à  ses  sers:  „ce  m'aves  vus  toloit. 
»,mi  home  me  guerpisent  et  si  en  ont  grant  droit/' 
i.  soudoiers  li  dist  qui  o  lui  s'en  aloit: 
,,qui  de  près  s'esleecce  el  de  lonc  se  porvoit;*  25 

9',ïl  n'a  point  droit  en  tiere  >  ne  il  point  ne  Tavoit* 
y,qui  sor  ses  gentius  homes  ses  envers  alevoit. 
,jà  ne  veres  nul  home  qui  à  le  fin  en  joit, 
,,pire  est  orgius  de  serf  que  venins  de  erapoit.^' 
Daires  son  cief  jura  et  ses  Dex  ù  il  croit  30 

que  il  s'en  venjera,  se  d'iluec  escapoit. 
cou  que  Daires  ot  dit,  i.  de  ses  çers  l'ooit, 
et  Baians  ses  conpains  qui  lés  lui  cevaucoit. 
ambedoi  li  glouton  estoient  d'un  conploit; 
en  la  fin  tuent  Daire  pour  cou  qu'il  maneceit,  35 

l'uns  le  tert  d'un  coutiel,  li  autres  d^un  espoit. 

1)  à  àrak.  2)  vUs.    3)  alêpoit.   4)  n'êêrm^ok.  5)  fwt  iê  Imie  tê^mréûit. 
0)  mê  nuié  bien  n'avoii. 


HB88AQB  A  DAUU8.  257 

Quant*  Daires  Toit  iceas  qui  à  mort  Font  navré,' 
Alixandre  manda  par  i.  de  ses  prirés, 
qu'il  le  yiegne  veoir  ains  qu'il  soit  déviés. 
11  rois  fist  que  cortois,  quant  il  i  est  aies. 
.,sire,  cou  dist  roi  Daires,  v«-  '  mercis  et  grés,  5 

„quant  vus  plot  cà  venir  et  pitié  en  aves; 
„à  morir  devant  vus  est  grans  confors  asses. 
„une  flUe  ai  mult  bêle;  se  prendre  le  voles, 
„vus  en  seres  de  V  mont  tout  li  mîus  mariés. 
„por  li  vus  servira  trestous  ses*  parentés;  10 

„ma  tiere  et  tons  mes  i*ègnes  vus  ert  àbandonés. 
„avant  ier  le  presistes  è  V  oamp  h  fui  matés» 
„et  se  cest  mariage  otroier  ne  voles 
,Je  vus  proi  par  amors  que  mari  li  donnes. 
„que  selonc  son  parage  soit  ses  cors  mariés.  15 

„mult  en  peseroit  m'arme,  ses  cors  ert  vergondés. 
„ne  vus  crées  en  serf,  ne  ne  vus  i  fies; 
„se  clamors  vus  en  vient ,  tous  les  desiretes, 
„que  mult  vus  cieriront,  mais  ne  vos  i  fies. 
F.  41'  „en  cens  que  j'ai  noris,  essauciés  et  levés  20 

„à  dolor  me  font  vivre,  si  com  veir  poes/ 
„cil  qui  d'ans  se  clamoit  n'estoit  point  ascotés, 
„ne  jà  n'en  r'eust  droit  qui  s'en  refust  clamés; 
„et  li  maus  et  li  damages  en  est  sor  moi  tomes. 
„en  traison  m'ont  mori,  Dex  lor  en  sace  grés;  25 

„si  feront  vus  li  votre,  se  vus  ne  vos  garde».'* 

„âire,  ce  li  £st  Daires,^  ne  vus  en  quier  mentir; 
„si  sui  navrés  à  mort,  noiens  est  de  l'  garir. 
„grant  confort  me -donnes  de  devant  vus  morir.' 
,',ma  fille  qui  est  bielé  et  bien  faite  à  cierir,  30 

„nus  bom  ne  puet  plus  bêle  en  tout  le  mont  coisir; 
„à  moullier  le  prendes,  se  vus  vient  à  plaisir. 
„de  trestoute  ma  tiere  vus  voel  ici  saisir; 
„ne  deves  pas  par  force  ne*  reuber ,  ne  tolir 
„cou  que  poes  par  droit  avoir  et  retenir.  35 

„*ne  vos  caut  vos  quivers  essàucÎQr  et  cierir; 

1)  4iê  fuê,  -2)  eau  fu'il  êêt  tumréë.    3)  cinq  c.    4)  mêê.   5).i«m  com 
90ê  Vêêi.    ^)  m  àU  H  âuê.    7)  &à  moi  deptes  vêmr. 

Li  RdvaMM  eAùxÊMÊn,  ^7 


258  MESSAGE  A  DARIUS. 

,Jà  de  rien  ne  jores  qu'il  vus  puisent  tolir; 

„ains  vus  voiront  tous  jors  agaitier  et  trair. 

,,li  mien  qui  me  doivent  honorer  et  siervir, 

„me  font  à  doulour  vivre  et  ma  vie  finir, 

,,por  la  doulour  (*des  plaies)  que  il  m'estuet  sentir.       5 

„n'en  poc  onques  i.  seul  ne  trover  ne  coisir; 

,,quant  il  m'orent  navré  si  prisent  à  tuït* 

„ie  si  grant  felonnie  ne  laist  jà  Dex  joir/' 

por  la  mort  qui  Y  destraint,  commence  à  sousgloutir; 

l'arme  s'en  est  alée,  si  commence  à  noircir.  10 

Alixandres  le  plaint,  iluec  fist  maint  souspir;     ' 

mult  ricement  a  fait  Dairon  ensevelir 

et  fait  faire  service,  ricement  enfouir. 

,,Signor,  dist  Alixandres,  avenus  m'est  grans  cols. 
„cil  qui  Daire  ont  ocis  m'ont  mis  en  grant  repos  15 

„et  ont  crute'  m'ounor  et  ensaucié  mon  los. 
„s'il  me  loient^  jesir,  j'es  metroie  en  repos 
„que  jà  des  parens  Daire  n'i  averoit  si  os, 
„se  riens  lor  forfaisoit  n'en  Uiasce  les  oor8.\ 
„ès  bras  auront  ornicles,*  et  cordieles^  as  cols.  20 

,4'es  lèverai  en  haut,  ipii  qu'en  ait  le  cuer  gros; 
„la  mervelle  en  venra  as  sages  et  as  sôs.'' 

Quant  li  serf  ont  oie  le  parole  le  roi, 
devant  lui  sunt  venu,  dient  lui  en  recoi: 
„sire,  nous  l'avons  mort,  se  1'  plevisbns^  par  foi,         25 
„et  volons  que  le  saces  que  l'avons  tsii  pour  toi." 
—  signer,  dist  Alixandres,  or  entendes  à  moi. 
„quant  votre  signor  Daire  ^  aves  ocis  por  moi, 
„8elon  votre  service  le  gueredon  vus  doi. 
„de  rien  que  promis  aie,  ne  frainderai  ma  loi;  30 

„et  cordes  et  ornicles^  aures,  si  com  je  croi, 
„de  vus  lever  en  haut  prenderai  bon  conroi.'' 

Li  rois  en  apiela  Tholomé  et  Clincon; 
o  ces  il.  sunt  venu  li  autre  conpagnon. 
„signor,  dist  Alixandres,  entendes  ma  raison.  35 

„ambe8  ii.  ces  cuvers*  me  metes  en  prison. 

1)  tN*ofior  merêue,    2)  foêe.    3)  ne  /*  iorwHmimêé  à  €io0,    4>  anm7le«. 
5)  torkes.     6)   t'mfonê.     7)   iiffe.     8)   torkeê   êi   &nmUêê.     9)   ^ver». 


MB8BAGB  A  DAEIUS.  259 

,,baiFe  lor  signor  lige  ont  mort  en  iFBison; 
„por  cou  qae  tait  i'ayoient  en  mortel  traison/ 
,9le  yoloient  celer  11  traitor  glouton; 
„quant  jou  por  le  yengier  lor  promis'  guerredon. 
^cordelea  -et  omicles  en  auront  à  bandon;  5 

,,8*08  lèverai  en  haut,  qui  qu'en  poist  ne  que  non, 
„*que  plus  seroient  haut  que  trestot  mi  baron. 
,,s'es  penderai  plus  haut  que  juger  n'oseroit  on. 
F.  42*  »,pour  cou  qu'en  ma  parole,  n'et  nule  mesprison, 

„les  bras  en  liu  d'onûcle  ambes  ii.  loieron;'  10 

„ès  cols  en  liu  de  cors,  de  bars  nous  penderon.'' 
La  il  Daires  fu  mors,  très  de  devant  les  portes, 
les  fist  li  rois  mener  ens  es  cols  les  réotes;* 
les  mains  en  lius  d'omicles  les  fait  loier  de  cordes; 
des!  en  son  les  fources'  les  misent  en  reotes.  15 

sour  Taighe  de  Oangis  dont  les  rives  sunt  tortes,      \ 
sont  les  cars  enfouies  des  glotons  ki  sunt  mortes. 

Quant  li  rois  ot  ensi  destruis  les  traiteurs 
et  tormenlés  à  force  ^  et  fait  honte  et  dolours, 
de  toutes  les  contrées  a  nundé  les  signours  20 

et  les  dus  et  les  princes  et  tous  les  vavasours. 
„8ignor,  dist  Alixandres,  c'or  me  rendes  vos  tours, 
„les  eastiaus  et  les  viles,  -les  cités  et  les  bours, 
„par  couvent  que  croistrai  trestoutes  vos  ounours.'' 
cil  le  font  volontiers  qui  orent  grant  paours;  25 

li  rois  les  a  rendues  à  cescun  par  amours.. 
Quant  or  furent  destruit  ambedoi  li  félon 
et  selonc  lor  déserte  orent  le  guerredon 
et  Alixandres  ot  Perse  en  sa  subjection, 
ses  prouves  i  a  mis,  tous  com  li  vint  à  bon.  30 

puis  s'en  torne  li  rois  et  il  et  si  baron 
en  i.  désert  en  entre  ù  dt  mult  grant  arson. 
il  n'i  avoit  point  d'erbe,  ne  de  bosc  i.  bouton;' 
la  tiere  est  toute  secce  et  agu  li  saucon,' 
quar  il  n*i  avoit  de  gent  nule  abitasion;  35 

ains  i  conversent*  tigre  et  lupart  et  lyon, 

1)  murdrê  et  à  im-an.    2)  #jfW.    3)  ^m-miUe,  de  eoréêë  lor  ioU-on. 
4)  rtaries.    5)  «#  forpiêê.    6)  Mêêon.    7)  férrom.    8)  î  aHtmU. 

17» 


260  MBSBAfiB  A  DARIUS. 

saytaire*  cornnt  et  li.escorpion, 

et  votoir  et  galifre'  et  enpenet  grifoD, 

et  bestes  et  oisiel  de  diverse  façon; 

outre  s'en  yait  li  rois  «t  sa  gens  à  bandon. 

quant  fu  fors  de  V  désert,  si  a  mandé y-Clincon  5 

et  cil  i  vint  poignant  o  lui  i.  '  conpagnon. 

„baroD,  dist'  Alixandres,  entendes  ma  raison. 

„mainte  liere  ai  conquise  et  mainte  région; 

^Roumain  sunt  mien  par  force  tout  en  ma  question, 

„puis  mis  PuUe  et  Calabre  en  ma  subj^cliop,  10 

„et  conquis  tout  Aufrike  à  coite  d'esporon, 

„Hermins  et  Suliens,  u  vosisent  u  non; 

„maint  prince,  maint  domaine  ai  mis  en  ma  prison. 

„asses  i  ot  de  cens  dont  nus  n'ot  raencon.^' 

„Signour,  dist  Alixandres,  jou  ai  mult  conquesté.       15 
„çil  de  Jhérusalem  furent  boneuré;* 
„caus  de  Tir  conquis-jou  par  lor  grant  cruauté; 
„maint  castiel  ai  conquis  et  mainte,  fremeté; 
„Daire  le  roi  de  Perse  ai-jou  à  cief^  mené 
„que  si  home  meism^'ont  mort  et  afolé.  20 

„or,  vus  voel  acointier  que  jou  ai  en  pensé: 
„asses  ai  par  la  tiere  et  venu  et  aie,* 
„de  cens  de  la  mer  voel  savoir  la  vérité. 
, Jamais  ne  finerai,  si  l'aurai  esprové.'' 
si  home  li  ont  dit  k'il  a  le  sens  dervé:  25 

„cou  que  nus  penser  n'ose,  icou  vus  vient  à  gré, 
,,8'il  nos  mesciet  de  vus,  tôt  some»  afolé; 
y^k  ne  veromes  mais  là  ù  nos  funles  né.'' 
—  por  nient,  dist  li  rois,  en  aves  tant  parlé, 
„quar  por  tout  l'or  de  V  mont  ne  seroit  trestomé.''      30 
quant  il  virent  le  roi  isi  entalenté, 
tout  cou  que  boin  li  est  li  ont  acreanté. 
F.  42^       Tout  ont  acreanté  si  com  il  plot  au  roi, 

mult  boin  ouvrier  de  voirre  avoit  ensamble  soi, 

qui  savoient  ouvrer  le  voirre  à  itel  loi,  35 

qu'il  ne  pooit  fauser,  ains  le  metent  en  ploi. 

1)  H  emiiêir€.     2)  Itoemtriê.     3)  H.     4)  (iêênt  lor  voimUê.    5)  ee. 
6)  pwU  mtrvtlie  irové. 


MBSSAQifi  A  DARIUS.  261 

li  rois  les  a  mandés  et  si  lor  dist  por  coi:* 
„signour  mestre,  dist-il,  or  entendes  à  moi. 
„faite8-moi  i.  yasiel  de  yoire,  je  vous  proi, 
,,si  grant  que  largement  bien  i  puisent-il  troi. 
„se  TUS  bien  le  me  faites,  grant  louier  vus  en  doi,        5 
„et  je  tus  donrai  boin  par  les  ious  dont  je  yoi.<' 
ce  dist  il  i.  des  ipestres:  „sire,  très  bien  l'otrol 
,,se  TUS  bien  me  troTes  cou  que  mestiers  seroit,' 
,,tel  yassiel  tus  fecai,  par  Deu  en  cui  je  croi, 
„bien  i  poront  doi  home  et  yns  estre»  ce  croi.'  10 

„se  ensi  ne  V  tous  fac,  ma  tieste  tus  otroi/' 
Li  mestre*  li  ont  fait  i  mult  rice  tonniel;^ 
tous  fn  de  Toirre  blanc,  ains  bom  ne  Tit  plus  bel. 
de  meismes  font  lampes  enTiron  le  toum'el, 
qui  là  dedens  ardoient  à  joie  et  à  rcTiel,  15 

que  jà  n'aura  en  mer  si  petit  poisconciel 
que  li  rois  bien  ne  Toie  et  agait  et  cembiel. 
quant  il  fu  entrés  ens  et  li  doi  damoisiel, 
tout  ensi  fu  sierés  com  est  toui;^  de  castiel. 
li  notonnier  Tenportent  en  mer  à  lor^  baUel,  20 

que  il  ne  puîst  hurter  à  roce  n'a  castiel.' 
ens  ë  r  fron\  de  deTant  ot  fondu  i.  aniel; 
iluec  tint  la  caine  dont  d'or^  sunt  11  elaTiel. 

1)  en  reeoi,    2)  fu'f'l  êêtnêt  à  V  eamrai.    3)  ensanie  entrer  lï.  Aom« 
M  fr#t.    4)  wrier,    5)  t.  m%ermihê  vaiêiel,    6)  ^n  i.     7)  ^umrei.    8)  forî. 


DESCENTE  AU  FOND  D£  LA  MER. 


€1  dl0t  «i  «•m  AlIxAnilrM  ta  mis  «m  mmr  mm  I. 
tMUilel  «e  T^le. 


Li  touniaus  fa  en  l'aige  à  i.  batîeï  portés, 
et  fu  de  toutes  pars  à  p]oDC  bien  saielés, 
Alixandres  li  rois  i  est  dedens  entrés 
et  fu  as  notoniers  en  haute  mer  menés, 
et  commande  à  ses  homes  qu'en  mer  soft  aralés.^  5 

et  quant  li  touniaus  fu'  là  dedens  avalés/ 
des  lampes  qui  ardoient  fu  mult  grans  H  clartés, 
asses  fu  li  touniaus  des  poissons  esgardés; 
aine  n'i  ot  si  hardi,  ne  fust  espoantés 
pôr  la  grant  resplendor  dont  est  enluminés.  10 

Alixandres  li  rois  les  a  bien  avisés 
*et  vit  les  grans  pissons  et  les  petis  mellés; 
quant  li  petis  est  pris  sempres  est  dévorés.  * 
quant  ce  voit  Alixandres,  sempres'  est  porpensés 
que  tous  li  siècles  esC  et  péris  et  dampnés.'  15 

Alixandres  li  rois  ne  fu  mie  esbahis; 
bien  a  tous  les  poiscons  et  veus  et  coisis, 
mais  aine  n'en  est  i.  ki  fust  isi  hardis, 
vers  le  tonniel  de  voirre  osast  t orner  son  vis. 
il  vit  le  plus  petit  des  grignors  asalis;  20 

F.  42*   quant  prendoit  l'autre,  lues  estoit  engloutis 

et  quant  tant  pooit  faire  qu'il  en  estoit  partis, 

lors  li  estoit*  autres  agais  bastis, 

tant  que  pris  iert^  et  par  engiens  trais. 

-     1)  ftie  U  êoit  enê  Jetée.     2)  aioni.    3)  fêiiê  éi  éiviêéê,    4)  md&ni  li 
iêi^i  tutê.     6)  fmr  forcé  est  ftiê. 


aBSCSNTB  AU  POND  DB  LA  MBR.  263 

Equant  ce  vit  AUzandres  mult  en  fù  esjois; 

à  caus  qoe  o  lui  erent  en  Vint  tous  esbahis 

et  dist  que:  „là  sus  voel  à  ma  gent  revertir;^ 

, Jamais  n'iere  de  Grese  engigniés  ne  aflis. 

,Je  vois  ces  nions,  ce  raus,  ces  filains  et  ces'  lafris.     5 

„des  grans  poiscons  de  mer  estoient  bien  garnis;' 

„qui  bien  se  puet  desfendre  des  autres  est  garis." 

Alixandres  li  rois  ot  les  ii.  cevaliers 
ens  è  r  fons  de  la  mer  dont  grans*  est  11  graviers; 
ens  è  r  vaisiel  de  voire  qui  boins  est  et  entiers,  10 

ardent  les  lampes,  car  il  en  est  mestiers. 
onques  poison  n'i  ot  tant  fnst  gros  et  entiers, 
qui  l'osast  aproisiper,  car  n'en  ert  costumiers. 
Alixandres  esgarde  les  grans  et  les  pleniers 
qui  les  petis  manjuent;  iteus  est  lor  mestiers.'*  15 

autres!  com  au  siècle  est  tous  jors  justiciers, 
tout  ausi  ont-tl  là  et  prouves  et  voiriers. 
sour  les  petis  estoit  tous  tans  li  enconbriers. 
quant  cou  vK  Alixandres,  si  en  rist  volontiers, 
et  dist  as  damoisiaus:  „pour  i.  m.®  de  deniers  20 

„ne  par  toute  la  tiere  josqu'as  puis  de  Riviers,' 
„ne  vosise-jou  mie  que  cis  miens  désiriers 
„fust  remes,  ne^  targiés,  por  besans  iL  somiers.'' 

Li  rois  est  en  la  mer  è  V  vaU  è  1'  plus  parfont; 
les  poiscons  vit  aler  et  à  val  et  à  mont  25 

por  les  lampes  qui  ardent ,  en  si  grant  paor  sunt, 
n'osent  aproismer,  mais  arrière  s'en  revont 
li  grant,  li  plus  hardit,  cil  vont  è  1'  plus  parfont;^ 
quant  prendent  les  petis  sempres  englouti  sunt,' 
et  se  il  lor  escape  sempres  s'en  vait  adont^^  30 

ii  plus  fort  prent  le  foible,  si  l'ocit  et  confont; 
quant  li  petit  escapent,  à  val  Taighe  s'en  vont 
tout  cou  vit  Alixandres  qui  le  poil  avoit  blont, 
et  puis  a  fait  Tensegne  à  caùs  ki  o  lui^*  sunt, 

1)  ê€  là  9Uê  êêt  à  9€ê  jfMê  reveriU.  2)  en  etêU  wmt  plûinê  ei  vmx 
et  d)  éê  mèimê  foiêêonê  dioBrê  des  grmu  êi  dès  peHê.  A)  kimtê.  5)  ioê 
vie  6f  lo«  enHerê  6)  mut.  7)  pU  êêî  âuê^^i  PoUUrê.  8)  i  i'  frêÊUêr 
frma,    9)  rom.     10)  à  val  le  wur  en  vont.    11)  Id  9U9. 


264  DB6CBNTE  AU  FOND  DE  LA  MBR. 

que  il  lievent  le  caine,  si  le  traient  à  mont, 
cil  l'entendirent  tost  qui  mult  très  lie  en  sunt; 
en  paine  sunt  de  Y  roi»  se  vif  le  troveront. 
par  son  non  l'apielèrent  et  cil  laiens  respont 
que  il  n'est  mi6  mors,  jà  mar  en  douteront;  5 

cil  orent  mult  grant  joie  de  caus  qui  l'oi  ont, 
puis  ont  le  vaisiel  trait,  è  1'  batiel  lé  desfont; 
Alixandres  meismes  à  ses  mains  le  desront 
Alixandres  li  rois  est  de  Y  batieP  iscas; 
de  cou  qu'il  fu  en  mer  n'est-il  point  irascus;  10 

mult  est  lies  des  poiscons  K'il  a  ensi  veus. 
quant  il  fu  à  le  tiere  mult  est  bien  reconnus;' 
li  baron  li  ont  dit:  „bieu  soies  tus  venus/', 
et  il  lor  respondi  encontre  c.  salus: 
„signor  baron,  fait-il,  bien  sui  aperceus  15 

„que  totfs  cis  siècles  est  et  dampnés  et  perdus. 
„convoitise  nous  a  et  tourblés'  et  venons; 
„ciertes  par  avarice  est  li  mons  confondus. 
„le  violens*  grans  poiscons  dévorent^  les  menus; 
„au8i  as  povres  gens  est  li  avoirs  tolus."  20 

—  sire,  dist  Tholomes^  sauve  soit  ta  vertus. 
„*se  fussies  or  noies,  grans* max  nos  fust  veâus.'' 

—  Tholomé,  dist  li  rois,  grans  estors  ai  vencus. 
„par  la  foi  que  vous  doi,  que  mult  estes®  mes  drus, 

F.  42'   , Jamais  ne  finerai,  si  serai  conbatus*  25 

„à  Porru  le  roi  d'Inde  ki  jà  s'est  aparus 
„ens  è  r  mius  de  sa  tiere,  à  tout  c*"*  escus.'' 

Sire,  dist  Tholomés,  ne  lairai  ne  vus  die: 
„n'ai  soig  de  celui  roi^  qui  n'a  soig  de  sa  vie; 
„ne  vus  calle  de  l'uevre  qu'ele  vos  soit  falie.*  30 

„quant  vus  en  mer  entrastes,  ce  fu  grans  derverie; 
„se  vus  fuselés  noies,  poi  prisasse  ma  vie.'* 

—  Tholomé,  dist  li  rois,  se  Dex  vos  béneie; 
„ce  sacies  por  tout  Tor  qui  soit  dusc'à  Pavie, 

remes  n'i  vosise  estre,  ne  vus  cèlerai  mie;  35 

1)  têtuL  Z)  fu  hêl  reeeuê.  3)  êOêfrU.  4)  je  vi  Uê.'  5)  dévorer, 
6)  ita»  ëm  qu'esteê.  7)  ahaiuê.  S)  ne  êoi-noieni  de  roi.  9)  emui  do  psêl 
^ri  «le  vos  ooii  feme. 


DK8CBNTE  AU  POND  DE  LA  MER.  265 

»,quar  mnlt  ai  bien  apris  sens  de  eevalerie. 

„€omment  (*  guerre)  doit  estre  en  bataille  establie, 

„et  que  ont  fait  par  force  li  autre  par  clergie; 

,,quar  force  vaut  mult  peu,  Vengiens  ne  li  aie. 

„ne  sai  noient  de  coi/  puisqu'il  fait  eouardie;  5 

^ains  soit  larges  et  preus,  face  cière  hardie. 

^Tholojné;  cou  conylent,  la  lettre  le  tous  crie; 

,Jà  parole  de  roi  ne  doit  estre  faille. 

„*8acies  que  mainte  tere  est  soyent  apoyrie 

^par  mauyais  avoé'  qu'il  l'a  ensci  baUie.  10 

„de  Poru  le  roi  d'Inde  ai  la  noyele  oie 

,,que  è  r  cief  de  sa  tiere  a  sa  gent  establie.' 

»,le  matin  i  mourrai  o  gente  conpagnie.** 

,,Sire,  ce  dist  Dans  Clins,  mult  fait  à  merviller; 
„quant  en  l'aighe  de  mer  tus  alastes  plongier,  15 

,,s'il  vus  mesavenist  por  votre  cors  neier, 
^trestout  fusciemes  mort,  n'i  eust  recouvrier; 
„quar  il  n'i  a  cemin,  ne  toie,  ne  sentier 
opar  coi  en  nos  pais  puissiemes  repairier. 
„quar  maintes  gens  nos  béent  des  testes  è  trancier.'*   20 
—  Dans  Clins,  cpu  dist  li  rois,  bien  faites  à  otrier; 
„mais  cil  rois  est  mult  fos  et  mult*  fet  à  prisier 
,yque  toutes  ses  besognes  fera  sans^  consillier. 
^puisqu'il  a  tant  de  sens  qu'il  se  set  consillier® 
„et  à  autrui  s'atent,  bien  fait  à  reprocier;^  25 

„quar  il  m'est  mie  rois,  ne  ne  vaut  i.  denier. 
„ains  est  espoentés  quant  siut  en  camp  drecier, 
„quant  li  espoenteus  doit  oisiaus  esmaier»^ 
„il  ne  set,  ue  ne  puet  ne  traire,  ne  lancier; 
„baron,  de  ma  proecce  ne  me  sai  respitier;  30 

,ge  vie  à  lui  laiens*  qui  là  vint  envoier 
„et  là  cités  sunt  cien  qui  ne  l'ose*®  aproismer. 
„laisons  ester  à  tant;  donnes  nous  à  mangier' 
„et  après  si  m'irai  reposer  et  couder* 

1)  rot.  2)  air.  3)  aeoiUiê,  4)  ^i.  d)  par.  6)  êmce  aidier.  7)  mmii 
kien  Voê  mfUitr.  8)  aii#t  àê  lui  sans  dU  de  meneogniêr  eam  li  m- 
fomtml  &9H  fmi  è  V  emnp  drêcier  f «««I  li  vilminê  en  fuet  /«#  oièimux 
wumeeiw,    9)  me  êui  pas  #t  vilmn.    10)  pri  là  kuê  4nm  eiên  u  il  «'m». 


266  DB8CBNTB  AD  FOND  DB  LA  MBR. 

„par  matin  mouverai,  car  jou  yoel  ostoier. 

„de  Porru  le  roi  d'Inde  m'on*  dit  mi  mesagier, 

„en  la  fin  de  sa  Uere  est  yenus  dès  raotrier; 

„et  sunt  bien  aroec  lui  c.  mile  chevalier 

„qui  bien  se  sereot  d'armes  en  i.  estour  aidier;  5 

,,*de  légier  ne  seroient  nombre  li  peounier, 

„mai8  d'aus'  ne  vus  cant  nule  rien  esmaier; 

„ne  sevenl  point  de  guerre»  oar  n'en  sunt  costumier. 

„s'or  estoient  «nsamble  de  sa  gent  x"s 

„et  seulement  ne  fuscent  d0s  Gr^ois  m.  arcier,  tO 

„8i  lor  feroient-il  mult  tos  le  camp  widier. 

„.s'estoie  sor  Bucifal,  armés  sor  mon  destrier, 

„et  Tholomes  ausi,  -cis  miens  confanôniers, 

„les  xii.  pers  yeries  les  batailles  widier. 

,Jou  n'ai  soig  de  soujor,  sor  au»  yoel  cevancier  15 

„*tote  le  terre  d*Inde  volroie  calengier, 

„qui  me  contradiroit  et  feroit  cevaucier/^ 

yyBaron,  dist  Alixandres,  on  me  dit  è  venue 
F.  43*   „qtie  Porrus  a  mandé  mult  grant  gent  en  s'aiue. 

,,n'a  gaires  chevaliers,  mais  mult  a  gent  menue;  20 

,>mauvaisement  armée,  à  la  mort  est  venue.    . 

„teus  X"-  en  i  a,  n'est  pas  de  dras  vestue, 

„et  porte  tous  li  miudres  cascuns  une  macue; 

„ne  sevent  de  bataille,  plus  sevent  de  kierue.' 

„en  la  fin  de  sa  HÊr^  et  deçà  vers  l'issue,  25 

„dient  que  as  Griiôis  sera  bien  desfendue. 

„se  je  r  puis  esploitier,  chier  lor  sera  vendue-/ 

,jà  par  tel  gent  n'en  iert  b)aitaille  ai  férue.'' 

à  tant  laisent  ester;  Alixandres  manjue. 

lendemain,  par  matin  li  grans  os  est  meue  30 

et  passe  une  montagne -d'erbe  et  trestoute  nue.^ 

après  s'en  sunt  aie  à  une  crois  agu6; 

et  icel  jour  fu  mult  lassée  et  confundue. 

Ce  fu  è  r  moi»  de  Mai  qu'il  se  sunt  conbatu, 
que  li  rois  Alixandres  ot  Daire  en  camp  vencu,  35 

et  trestout  son  pais  en  demaine  tenu,' 

1)  MU.    2)  por  eau.    3)  m  rtMi#  fars  de  ewue.    4)  êUê  lor  êêrm 
l#lliM.    '5)  ki  ^erkê  eêi  îoiê  mie. 


PmCBNTB  AU  FOND  DB  LA  MBR.  267 

les  princes  ordenés/  si  com  plaisirs  li  fîi, 

que  par  toutes  les  tieres  r^quellent  le  treu. 

Tîi.  jours  Qunt  retdrné,^  à  Tuime  sunt  meu; 

si  com  issi  Yviers,'  en  Inde  sunt  Tenu. 

Pomis  en  estoit  rois,  i.  hom  de  grant  vertu,  5 

*tel  ost  a  assanlée,  oncques  si  grans  ne  fù. 

et  o  soi  commanda*  tous  caus  de"  Galeru; 

et  desi  en  Egypte  n'a  homme  jamansn. 

Garisnasce*  i  vinrent  qui  par  le  camp  sunt  mu;' 

jà  ne  remanra  mais  que  il  n'i  ait  féru.  10 

Porrus  ot  une  fille  que  il  ot  mont  amée; 
por  cou  Faroit  plus  eière,  qu'ele  n'ot  point  de  mère,* 
que  sa  mère  fu  morte  le  jor  qu'ele  fu  née. 
vit  la  gent  de.  sa  tiere  pour  la  guerre  esfrée, 
ne  set  comment  le  garde,  crient  ne  li  soit  enUée.        15 
toute  perdroit  s'ounor,  s'ele  i  estoit^  trouvée; 
dèsque  li  Griu  Tauroient,  vilment  seroit  menée; 
jamais  signer  n'aroit'^  tant  seroit  avilée. 
Gandîse^*  la  roine  qui  mult  ert  sa  privée, 
mande  que  viegtie  à  lui,  par  lettres  saielée;  20 

et  cele  i  est  venue,. garnie  et  conraée, 
*o  V**  chevaliers  des  mius  de  sa  contrée. 
Porrus  prent  la  mescine,  por  coi  l'avoit  mandée; 
o  mervillous  avoir  sempres  li  a  dounée. 
lors  se  part  de  sa  fille  par  tele  destinée;  25 

onques  puis  ne  le  vit*'  que  ele  en  fu  menée.*' 
la  roine  l'enmaine,  ses  fins  Ta  espousée. 
n'a  crieme  de  sa  fille  puis  k'ele  en  fu  menée; 
ens  è  r  cief  de  sa  tiere  est  li  guerre  mellée, 
jamais  sans  grant  damage  ne  la  veroit  finée.  30 

Mult  par  fu  grans  la  gens  que  Porrus  amenoit; 
à  grant  esplolt  i  vint  que  nesun  point  l'amoiL 
'    estre  le  dessemons  et  ceus  que  il  mandoit, 
m"'  et  xl.,  ce  m'est  vis  en  avoit** 

1)  êêê  fravoê  i  m  mis.  2)  ont  êéjomé.  3)  Jugnêi,  4)  il  ai  à  soi 
5)  Kemeru.  6)  Sm-ametang.  7)  cotH  muêU  nu.  8)  mm  quêi  dêê- 
Hnéê.  H)  •#  #•«  fêrioiî  êaUrê  el  «le  t  fu.  10)  ••'«roi*  honor.  11)  Kmn^ 
âmeê,     12)  ieêU  êure.    13)  «W«.     14)  wc.  l.  m.  pmr  MMèri  m  i  mvM. 


268  MBSCBNTB  AU  POND  DR  LA  «8R. 

X.  olifans  i  furent  ke  il  i  amenoit, 

et  sor  y.  et  soar  iiii  i.  fort  castiel  fremoit.* 

quant  mou  voient  les  béates,  i.  de  ceus  ne  pooit/ 

*cou  qu'encontre  li  faus,  arant  le  detrancoit 

Dieu  aToit  à  garant  qui  de  les  escapoit.  5 

De  ceus  qui  à  pié  sunt,  n'est  nus  qui  tous  en  die; 
de  ceyaliers  d'Espagne'  et  de^  ceus  de  Surie' 
c"*  en  ot  et  plus  de  teus*  en  sa  baîUie, 
qui  là  erent  venu  faire  ceyalerie;   ^ 
qu'il  n'i  a  chevalier  qui  n'ait  targe  florie,  tO 

et  bon  ceval  corant  et  brogne  à  or  sartie. 
F.  43^   Alixandres  le  voit,  tout  cou  tient  à  folie, 

puis  a  dit  à  ses  homes:  ^ne  vous  esmaies  mie 

„cele  gens  que  vees  n'est  mie*  amanevie, 

,,ne  se  desfendent  gaires,  se  bien  est  enyaie.  15 

„de  l'or  et  de  l'argent  qui  par  ces  vans  formie*^ 

^serons  rice  et  manant  à  toute  notre  vie, 

„8e  bien  les  requérons^  à  l'espée  fourbie» 

„le  matin  moverons,  quant  l'aube  ert  esclairie." 

quant  Tot^Emenidus^  ne  puel  muer  n'en  rie.  20 

A  l'aube  aparissant  de  il  para  sunt  monté 
et  furent  de  bataille  garai  et  conraé. 
xUiii.  escieles  a  li  rois  ordené; 
toute  le  premeraine  commande  à  Aristé, 
le  seconde  fllote,  le  tierce  Tolomé,  25 

.*et  le  quart  Lincanor  qui  fut  de  grant  fierté, 
à  cascune  des  autres  a  bon  conduit  livré. 
Dan  Clincon  et  Pilote^  a  li  rois  commandé- 
que  quant  Porrus  ert  hors  à  trestout  son  baraé, 
que  cil  a  pié  se  traient  contr'ftus  en  la  cbité.  30 

devant  le  dionicle  sunt*  m.  chevalier  armé 
que  n'en  toraent  arrière  Persant  et  Piloté.** 
mult  par  fu  gpent  la  presse  là  ù  il  sunt  jousté; 
maumis  i  sunt  li  or  et  H  vernir**  quasé, 
les  vignes  deronpues  et  craventé  li  blé. 

1)  pti'lêê  eurêê  wunaiem,  2)  de  Bmêtré.  3)  iViièfé.  4)  o4  M. 
5)  êêi  mult.  6)  dotU  toê  Cêâ  aux  fimnkiê,  7)  eattqueronê.  8)  Perdicmê 
et  LfMM.    9)  ffêUê  êoiêmt.     10)  FiUêé.     11)  #rf  et  H  vergiêr. 


DmCBNTB  AD  FOND  DE  LA  MBR.  269 

là  peaisies  veoir  tant  escn  estroé, 

tant  aubère  deronpu,  et  tant  elme  quasé/ 

et  tant  pié  et  tant  puig  à  le  tiere  copé. 

Garisnasce'  s'esmaient,  car  trop  furent  grevé, 

por  cou  qu'il  furent  ne,'  s'en  sunt  fuiant  torné.  5 

La  bataille  fu  grans  et  la  gens  fù  grifagne; 
des  vignes  et  des  blés  perdirent  la  gaagne. 
cil  de  Perse  s'enfuient  tôt  droit  vers  le  montagne; 
li  maines  rois  les  suit  o  sa  rice  conpagne. 
là  veiscies  jesir  tant  modrt  par  la  canpagne;  10 

Porrus  voit  le  damage  et  le  mal  qui  engragne; 
ne. fuir  ne  s'en  viut,  .ne  laisier  sa  conpagne. 
sa  chité  a  perdue,  sans  nule  demoragne, 
maudist  le  roi  de  Grese  qui  sa*  gent  li  mabagne, 
apriès  a  dist:  „n'ert  mes  jors  ne  s'en^  plegne."  15 

Arides  fn  mult  preus,  qui  fu  nés  de  Yaleste^ 
il  sist  è  r  ceval  rous  que  on  claime  Upireste;^ 
n'ot  i.  si  bon  ceval  desi  que  en  Posteme. 
Alixandres  tramist  i.  prince  de  Salieme, 
0  l'eschiele  des  Grius  qu'il  conduist  et  eaiele.^  20 

è  r  cief  de  la  bataille  encontra  Olifleme, 
rois  est  de  la  montagne  entre  Bisce  et  Caleme.* 
Aristes  le  féri  qui  de  riens  ne  Tespargne; 
ne  li  vaut  ses  escus  le  fons  d'une  lanterne, 
tout  son  hauberc  li  ront  qui  fu  fais  à  Biteme;  25 

par  mi  le  cors  li  met  Tensegne  de  Palieme, 
si  que  mort  le  trebuce  lés  une  vies  posteme. 

Quant  Sicaus  d'Alenie*  vit  Olifeme  mort, 
il  broce  le  destrier,  le  confanon  destort, 
sor  l'escu  de  quartier  vait  férir  Lincanort  30 

si  que  li  lance  pecoie/^  qui,  fu  de  saigre  mort. 
Pilotes  qui  traverse  le  r'a  féru  si  fort 
que  jambes  enversées  l'a  abatu  tôt  mort; 
li  cevaus  fu  braidis,  qu'arière  s'en  resort. . 
Ponis  vint  à  1'  rescoure  qui  li  fist  tel  confort,^'  35 

1)0Mà«r0.  2)  Sûratnalan.  3)  $unê  nu,  4)  que  ié  lui  me  êû,  5)  Preuê 
fui  Emiêmêuê  U  êire  dé  Vaiierue,  a)  apeie  Pi$mê.  7)  swemê,  8)  Biêê 
ei  Omierm.   9)  Li  roiê  de  Vëie$nbon.    10)  ia  Imàeê  voie  m  yiiee.    1 1  )  eotmport. 


270  M8CBNTB  AU  FOND  DB  LA  UUL 

ne  r  laise  por  les  Grius  que  mnlt  bien  ne  V  confort 
et  fu  ensamble  o  lui  Ambnins  de  Gramort. 
F.  43'       Assis  fu  Aristes  desons^  i.  ceral  rous, 
n'encontre  chevalier,  ne  V  face  courecous. 
Porrus  le  va  férir  quant  le  cop  ot  rescous,  5 

enpoint'  de  yiertu,  de  V  ceral  le  fait  blous. 
de  r'  marois  ù  il  ciet  est  ses  cevans  tierous. 
de  meisme  la  pointe  fiert  Mahan*  l'orgiUous, 
et  Mahans  refiert  lui  qui  mult  ert  airous, 
que  les  hanstes  pecoîent,  à  mont  volent  li  trous,  10 

desous  volent  li  hiaume  et  volent  en^  herbous. 
li  cevaus  Mahan  fu  et  félons  et  hontous, 
ses  règnes  traînant  s'en  fuit  tous  airous.* 
lors  resalent  en  pies,  iriés  et  vergondous, 
o  les  brans  acèrins  se  fièrent  plain  d'irous.  13 

sempres  vint'  acourant  au  destrier  vigherous 
Aubuins  de  Granmont  qu'es  départ  ambésdoos, 
Porus  prent  son  ceval  qu'en  estoit  convoitons, 
arrière  s'en  retome;  Aubuins*  remest  sous. 

Beap,^-  i.  rois  d'Aufrile  sist  sor  une  barelle  20 

qui  plus  de  randon  cort  que  ne  vole  arondele, 
vait  férir  Tholomé  ki  les  autres  caiele, 
enpain  le  de  vertu  que  tout  le  desassiele. 
Dans  Clins  point  celé  part  le  destrier  de  Castiele 
et  vait  férif  Baap  en  l'escn  à  roiele  ;  25 

desous  la  boucle  à  or  li  fralnt  et  esquartiele 
que  la  brogne  li  trence  par  desous  la  fourciele, 
que  de  l'espée*  le  cuer  li  esquartiele.  | 

Dans  Clins  enpoint  Baap  qu'il  l'abat  ^^  de  la  sele; 
cil  cai  mors  à  tens  desor  li  erbe  novele.  30 

Baap*^  ot  i.  neveu  de  novel  adoubé; 
onques  en  nule  tiere  n'en  ot  plus  bel  armé. 
Aminadap  l'apelent  Persant  et  Piloté/' 
et  fu  dus  de  Causpois^^  d'une  grant  ducée,'* 
une  tiere  garnie  de  toute  le  bien  Dé.  «  35 

1)  Dêmêl  fu  mêêiê  ##r.  2)  îl.  3)  ^un.  4)  Jo«è.  •  5)  et  pmkn  rtvêrêés 
ê'abatêmi  en  t'.  91)  eaurêcauê.  7)9tJoak.  8)  JCmfewt.  9)  à  P  irmmemmt  ië  im 
immco,    \0)  MotA,  êê  l'  livê.    U)  Jomk.    iZilMiêU.    id)Cafaiê,    U)  rieêié. 


DBSeBNTK  AU  POND  DB  LA  NBR.  271 

quant  U  vit  mort  son  oncle,  Baart  le  fil  Quafé, 
ne  fu  mie  meirelle  s'il  ot  le  cuer  enflé, 
il  sist  sor  un  ceval  qui  lu  -de  fier  coumé  ^ 
qui  plus  cort  de  randon  quant  on  l'a  esprouTé 
que  fans  ne  suie  aloe  quant  il  a  jeune;  5 

si  lorain  et  ses  armes  valent  une  cité, 
la  siele  fu.  d'ivore,  li  frains  d'or  esmeré; 
ses  baubers  fu  légiers  et  de  mult  grant  bonté, 
ne  crient  cop  de  sajete,  de  quariel  enpené. 
It  aumes  de  son  cief  giete  mult  grant  clarté;  10 

en  son  a  L  topase  à  esmal  saielé. 
il  point  entre  ii.  rens  le  baucant  afilé, 
à  sa  vois  qu'il  ot  clere,  commença  à  crier, 
à  i.  amiral  jouste,  tant  l'avoit  désiré; 
quant  Tholomes  Tentent,  si  l'en  a  regardé;  •  15 

de  r  bon  ceval  ferrant  ]i  a  le  cief  trainé, 
.et  li  dus  point  à  lui,  ne  Ta  pas  redouté, 
as  fiers  de  lor  espies  se  sunt  entre-contré, 
toutes  plaines  lor  lances  se  sunt  entre-versé; 
puis  poignent  au  rescorre,  si  a  son  duc  monté  20 

et  Thelomes  saut  sus  quant  se  sent  atieré; 
ains  que  Porrus  s'entorne  li  a  tel  cop  doné 
por  i.  seul  petitet  qu'il  ne  Ta  afolé; 
sor  le  col  de  V  destrier  l'a  trestout  acliné, 
Alixandres  le  voit,  forment  l'en  a  loé,  25 

par  les  renges  li  maine  le  destrier  abrievé, 
et  Tholomé  i  monte  par  son  estrier  doré. 
t  F.  43'       Ne  sai  que  vous  alasce  toute  jor  acontant; 
0  aus  joinst  Alixandres  à  l'aube  aparissant. 
Sardes  i.  roi  de  Perse,  sor  i.  ceval  ferrant  30 

aloit  par  la  bataille,  s*ensagne  desploiant, 
et  le  roi  Alixandre  vait  toute  jor  querrant. 
quant  Alixan'dres  Tôt,  si  tainst  de  mautalent, 
il  broce  le  ceval  et  met  l'escu  avant; 
de  l'espée  k'il  tint  li  donc  i.  cop  mult  grant,  35 

là  au  plus  haut  le  voit  sor  son  elme  luisant; 
par  l'escu  de  son  col  ne  pot  avoir  garant. 
1)  kione  et  désire  eomé. 


272  DB8CBNTB  AU  FOND  DB  LA  MBR. 

li  haubers  c*ot  vestu  ne  li  yalu  i.  gant 

que  desi  es  arçons  ]e  vaît  tout  porfendant, 

li  rois  ;0rie  s'ensegne,  .sa  gent  vet  raliant; 

o  xx*"'  de  ses  homes  s'en  vait  Pomis  fuiant 

tout  droit  es  desers  dinde  qui  sunt  vers  Oriant;  5 

i.  gaaing  i  ont  fait,  nus  hom  ne  Tit  si  grant, 

quar  retenu  i  furent  cccc.  olifant 

qui  portoient  as  costés  li  bon  acèrin  brant 

SadoSy  sire  d'Egvpte,  fu  rois  de  Salemande, 
retorne  celé  part,  des  Grius  ne  face  estandre*    '^  10 

por  Sardet  qu'il  vit  mort  jesir  sor  Salemandre. 
sour  son  escu  à  or  vait  ferir  Alixandre,  ' 
Tanste  yola  en  pièces  ki  fu  de  Corecande.  * 
Alixandres  s'entorne  qui  bien  se  cuide  vendre; 
il  le  fiert  d'une  espée  que  plus  ne  vot  atendre,  15 

le  sanc  et  la.cerviele  fait  à  ses  pies  espandre. 

Sidras  de  Babilone  sist  sor  son  auferrant; 
à  Tolomé  vait  joindre  à  esporon  brocant. 
Dans  Clins,  li  fins  Calduit,  le  fiert  en  trespasant 
si  que  Telme  li  trance  et  la  cierviele  espant;  20 

puis  saisit  par  le  règne  le  bon  destrier  cottrant, 
si  l'a  rendu  Joap  qui  nen  a  mestier'  grant; 
sor  son  elme  s'en  vet  à  Tolomé  riant. 
Porrus  voit  sa  conpagne  qui  vait  amenuisant 
et  li  Grijois  s'aficent  qui  les  vont  ociant;  25 

tout  droit  es  desers  d'Inde  s'en  sunt  tome  fuiant 

Atrasces  de  Nubie  voit  que  Porrus  s'en  vait; 
de  tomer  à  la  voie'  nesun  sanlant  ne  fait, 
il  escrie  s'ensegne,  à  une  part  se  trait; 
onques  de  tous  ses  homes  ne  pot  avoir  que  vii.  30 

à  i.  baron  de  Grese  vet  douer  tel  garait* 
que  l'escu  de  son  col  li  a  percié  et  frait 
très  en  mi  le  poitrine  le  gonfanon  li  mait, 
il  n'a  nul  conpagnon  qui  autre  tel  ne  fait 
Tholomes  le  regarde  de  là  ù  il  estoit,  35 

or  se  tient  por  houni  se  il  aler  l'en  lait, 
1)  CoritmdB.    2)  mesH$r  en  a,    3)  vife,    4)  en  vint  foi§nmt  à  hmit. 


raSCBNTB  AU  FOND  DB  LA  MER.  273 

à  esporon  le  suit,  le  branc  a  tôt  nu  trait 
Astaros  de  Nubie  voit  que  Porrus  s'en  yait. 

Astaros  de  Nubie  ne  fine^  ne  ne  cese; 
xiiii.  chevaliers  nous^  a  mors  en  la  prese; 
de  ses  vii.  conpagnons  nés  i.  tout  seul  n'i  laise.  5 

Tholomes  yint  encontre,  yers  Astarot  s'eslaise, 
de  r  bon  branc  acèrin  li  doue  tel  confiese 
dont  il  fust  asolus,  ne  fust  Dans  Clins  d'Areste. 

Dans  Clins  yoit  Tholomé  qui  est  en  tel  esfroi, 
ne  que  ii.  conpagnons.  n'avoit  ensamble  soi,  10 

por  Tholomé  rescoure  i  couru  à  desroi, 
et  vait  joindre  à  ces  vii.,  mes^  ne  furent  que  iii. 
des  bons  brans  acèrins  les  metent  en  esfroi; 
quant  en  ot  abatu  l'orguel  et  le  bufoi, 
n'i  a  nul  qui  de  M  sacé  prendre  conroi.  15 

F.  44*       Astaros  voit  ses  bornes  jesir  ens  è  1'  sablon, 
et  voit  que  jà  par  aus  n'en  ara  raencon.' 
il  fu  forment  navrés  è  Y  pis  sous  le  menton, 
et  de  r  senestre  brac  ot  trancié  i.  braon. 
ce  n*est  mie  mervelle  se  il  cuist*  garison,  20 

il  ne  puet  mais.^tandre,  fuisent  à  espôron. 
li  cevaus  de  Nubie  l'enporte  à  Tandon 
et  Tholomée  TencaOèe,  il  et  .si  conpagnon; 
tant  fort  s'en  vait  poignant  devant,  por  garison, 
c'uns  arbalestriers  fors  n'i  traisîst  'd'nin  bovion.  25 

Tholomes  dist  as  siens:  „c'or  nous  en  retornons; 
„trop  se  sunt  eslongié;  jamais  n'es  ataindrons." 
quant  il  vinrent  au  roi  tout  k  petit  troton, 
si  fu  li  cans"^  venons  et  livras  à  bandon, 
que  puis  n'i  ot  féru  d'aune'  ne  dé  baston.  30 

Quant  voit  li  maînes  rois  que  li  cans  fu  vencus, 
tout  drois  es  desers  d'Inde  s'en  'vait  fuiant  Porrus  ; 
0  XX"-  de  ses  hommes  s'en  vait  esconbatus; 
mult  par  cevaucent  tost,  jà  n'esteront  confus, 
li  rois  retome  arrière,  ens  è  Y  camp  est  venus  35 

et  a  saisi  l'avoir,  ains  teus  n'i  fu  veus, 

1)  lor.  2)  dl  vont  JoHêr  à  rtï.  qui,  3)  n'ttnt  rê9C0U9%9Qn.  4)  ^iert, 
5)  é^urmê. 

U  ftovauni  «^jUisutlrt.  18 


274  HKBCBNTK  AU  FOND  DB  LA  MES. 

et  mais  et  oliCans  qae  Pomis  ot  perdus. 

li  bons  rois  Alixandres  d'Qoeqaes  est  meus; 

la  cité  prist  par  force,  s'est  è  1*  palais  Tenus; 

les  portes  sont  d'ivore,  onqoes  n'I  tonca  fiis; 

par  toutes  les  parois  est  li  bons  ors  batus.  5 

li  rois  en  entra  ens  o  zr.  de  ses  drus; 

desi  xxz.  pilers  a  de  fin  or  Teos, 

qui  por  bien  afiner  est  iiiL  fois  fondus. 

yJDezl  dist  li  maines  rois,  ù  fn  aconseus 

9,cis  ors  qui  tant  est  bons  cpi'ici  est  espandus;  10 

,,qaar  de  Y  fin  or  d'Arabe  qui  caiens  est  batus 

„poroit-on  masis  faire  Ix"-  escus. 

„qui  ore  en  Tiut  aroir,  por  coi  seroit-il  mus? 

,Jou  en  donrai  jà  tant  as  grans  et  as  menus.'' 

quant  l'entendent  si  home*  dîent  que  sa  vertus  15 

et  sa  grande  proecce  les  a  toQs  maintenus. 

Aliiandres  a  pris  .le  palais  principal; 
por  parler  à  ses  homes  s'aresta  è  Y  portai, 
par  i.  cheralier  mande  son  mestre  senescal; 
l'esciet  de  la  batalle  départe  par  mitigal/  20 

et  caus  qui  sunt  à  pié  face  mettjpa  à  ceyal; 
et  envoit  à  cescuq.  liyrison  et  ostsJ.' 
là  dedens  est  entrés,  derant^ui'  Bucifal; 
à  i.  piler  Tatace  de  K  mestre  dois  roîal, 
puis  troeyent  urib  table  qu*est  d'or  et  de  métal,  25 

et  demandèrent  Taigbe,  s'asient  au  dïsnal. 
au  clef  de  celé  table  ot  ntfe  canAre  ital, 
tous  tans  i  sunt  temj^é  a  baig  empëriaL 
de  r  baume  qui  ^cort  ^ar  mi'i.  entenal* 
qui  rent  itel  flairour  d'odour  espirital  30 

c'onques  Dex  ne'fist  home  en  cest  siMe  camal 
qui  tant  soit  en^it)usté8  d'onfremeté  morta^ 
s'il  i  puet  séjorner  i.  seul  jor  à  journal, 
qui  là  tous  tans  ne  soit  en  meismes^  lestai; 
mais  jà  jour  de  sa  yie  ne  èentira  nul  mal.  35 

li  caclit  qui  ne  sunt  pas  de  métal, 

i)  inêgtU.    2)  faee  HvriêQn  à  eeêcun  i  Voêiai,    3)  wL    4)  fmr  ea»- 
Mî  de  eriêUa.    6)  ne  fuit  êoim  ne  haitiéê  en  tneieme. 


DESCENTE  AU  POND  DE  LA  MER.  275 

mais  d'or  fin  esmeré,  eotallié  à  cristal, 
sor  cescun  des  pamiaus  ot  assis  i.  esmal 
qui  rendent  plus  clarté»  ne  facent  estaval. 
F.  44*       E  r  cief  de  celé  cambré  avoit  i.  sousterin 

qu'es  maine  en  une  yolte^  entallîé  à  or  fin.  5 

Eutiope  le  fist,  i.  fevres'  Barbarin, 

si  corn  lor  ensignièrent  iiii.  clerc  en  Latin.' 

d'ebenus  sunt  li  tref,  li  cemin  palesin; 

une  yignete  i  ot  mise  par  grant  engin; 

les  fuelies  sunt  d'argent,  ce  tmis  en  parcemin,  10 

de  jagonce  li  fust,  de  crestal  le  roisin. 

ce  samble  qui  l'esgarde  qu'il  soient  plain  de  vin. 

Quant  ot  asses  la  croûte**  esgardée  et  joie, 
▼ait  entour  le*  palais  par  une  erbeserie;* 
par  le  pan  de  l'auberc'  lés  lut  Lincanor  guie,  15 

quant  ne  voit  nule  vile  qui  mius  soit®  establie, 
ù'  Dex  tte  fist  cel  arbre  qui  entailliés  n'i  sie, 
ne  mafiiëre  d'oisiaus,  ne  soit  à  or  sartie. 
par  i.  huis  est  entrés  en  la  boutelerie; 
de  m.  et  v*-  coupes  le  truevent  raenplie.  20 

portrait  i  ot  d'argent,  toute  Tuevre  polie;*® 
bien  a  m.  ans  passés  c'une  n'en  fu  emplie. 
*  d'iluec  en  est  aies  en  la  Mabomerîe  ; 
de  l'ymage  au  ber**  i  ot  grant  establle, 
ne  n'i  a  une  seule  ne  soit  grant  et  furnie.  25 

i.  vaissiel  ot  cescuns  ù  on  le*^  sacrefie. 
„Dex  !  dist  li  maines  rois ,  comme  fière  manandie  ; 
„com  iert  poiscans  li  rois  qui  ceste  ot  à  baillie, 
„quar  trestoute  la  tiere  que  j'ai  en  ma  saisie 
„si  com  la  mers  l'enclôt,  si  com  li  mons  tornie,  30 

„de  l'or  ki  est  caiens  puist  estre  raenplie." 

Celé  nuit  jut  li  rois  et  trestous  ses  bamés; 
de  lui  ne  fu  à  dire  nesune  ricetés. 
à  l'aube  aparissant  est  premerains  montés  ;  *  ' 

1)  treie.  2)  d'EHope  U  fUent  orfèvre,  ^)  Sarrasin,  4)  ie  frète. 
5)  en  Verhe.  6)  eerHUerie,  7)  du  hHoHt.  8)  car  veir  veut  de  Vmrvro 
eam  el  est,  9)  a{ne.  10)  pot  en  i  ot  d^argent,  d^or  eet  Vuevre  fiimie. 
11)  M  De».    12)  i,  rain  d'or  Uni  eeeeme  qtumi  on  t.    13)  ievée, 

18* 


276  DESCENTE  AU  FOND  DE  LA  MER. 

X"»'  somiers  a  pris  d*or  et  d'argent  torses, 

tant  en  done  ses  homes  qu'il  en  orent  ases. 

ains  qu'il  fuscent  tout  hors,  est  li  solaus  levés; 

tant  ont  or  en  lor  armes,  jàmes  plus  ne  yeres, 

qui  reluist  es  escus  de  fin  or  adoubés.  5 

de  la  joie  si  est  Alixandre  ariestés;* 

si  fait  souner  i.  gresle,  es  les  vus  aunes. 

quant  les  voit  tous  ensamble,  si  les  a  merdes:  . 

„signor,  franc  chevalier,  trop  vus  ara  penés,' 

„crien  ne  vus  en  anuit,  tant  vus  aurai  penés.  10 

„faites  m'aves  batalles  et  conquis  mains  règnes; 

„bien  le  me  dist  mes  cuers  et  bien  sai  qu'est  vertes; 

„s'un  petit  de  traval  por  moi  soufrir  poeà,' 

„Porut  poriemes  prendre,  s'un  petit  atendes."  * 

cou  respondent  Si  honune:  „si  com  vus  conunandes.     15 

„ne  r  garira  désers  ne  autres  fremetés; 

„les  esclos  le  sivrons,  se  bon  bon  conseLaves; 

„anceis  que  cis  mois  past,  sera  désiretés.'' 

Quant  Alixandres  voit  sa  gent  destalentée' 
de  sa  volenté  faire  que  il  a  en  pensée,  20 

au  plus  tos  que  il  pot,  l'a  si  Porus®  menée; 
en  bone  tiere  vinrent  à  la  quarte'  jomée. 
à  soi  mande  les  princes  de  toute  la  contrée; 
les  sains  fait  aporter,  féauté  ont  jurée, 
puis  lor  a  demandé  quele  est  avant  l'entrée.  *  25 

cil  11  ont  respondu:  „tiere  désiretée,^ 
„quar  l'ardors  de  1'  solel  l'a  issi  escaufée, 
,,n'i  a  se  serpens  non,  dont  ele  est  abitée.^* 
tout  cou  tient  Alixandres  à  mencogne  provée, 
cuide  riceté  i  ait  qui  li  doie  estre  emblée,  30 

F.  44*   et  que  pour  cou  li  aient  le  vérité  celée, 
jà  soit  cou  que  li  voie  li  soit  destalentée, 
et  dite^^  le  mervelle  dont  Inde  est  sorondée^^ 
et  que  trestout  si  homme  li  aient  deisloée; 
il  en  jure  sa  tieste  qui  d'or  est  coronnée,  35 

1)  apreêtéê.  2)  ai  en  armée  je  erien  que  mal  vue  face  pteimU  pua 
ai  menée.  3)  volea.  4)  voe  haetea.  ta)  eulaleniée.  6)  iv.Jera.  7)  pdma. 
8)  ouire  Veetrée.    9)  que  ui  deeertée.    10)  et  dite.    11)  vergimdéê. 


DBâCENTE  AU  FOND  DB  LA  MER.  277 

ancois  seroit  tous  jors  que  ne  caindroit  espée,  . 

que  n'eust^  la  meryelle  dont  Inde  est  abitée. 

et  quant  ot  li  solaus  sa  calor  degastée, 

c'est  entre  jor  et  nuit,  c'on  dist  à  la  vesprée, 

ains  que  li  rois  eust  sa  raison  definée,  5 

por  seoir  au  souper  fu  Faige  demandée. 

par  tous  les  pavillons  est  la  novele  alée 

qu'à  l'aube  aparissant  soit  toute  l'os  montée, 

por  entrer  es  desers  garnie  et  aprestée. 

.La  nuit  jut  Alixandres,  tant  que  fu  clers  li  dis;        10 
cl.  doutours'  a  par  le  tiere  quis, 
iteus  com  li  eslisent  li  baron  dou  pais, 
qui  le  conduiront  là  dont  Porrus  est  marcis, 
por  cou  que  de  tous  caus  yot  estre  li  rois  fis 
et  que  nus  ne  se  face  de  bien  mener  eschis;  15 

por  sauf  conduit  lor  a  mult  grant  avoir  promis, 
de  meisme  le  jor  si  com  il  ot'  apris, 
Aous  estoit  entrés  quant  es  desers  s'est  mis; 
mais  cil  se  tienent  plus  devers  lor  anemis, 
par  les  desiers  les  mainent  qui  furent  plus  çaudis;       20 
jà  n'en  buvra  cil  hom  qui  n'en  perde  le  ris. 
mius  aiment  estre  mort  que  i.  en  aille  vis, 
que  ne  soient  trestout  confondu  et  ocis. 

Quant  Alixandres  mut,  des  cors  fu  grans  li  glas, 
et  monta  en  i.  tertre  qu'on  claime  l'Olifas,  25 

por  esgarder  le  gaut*  dont  tout  li  val  sunt  cas, 
entre  mus  et  cameus  et  dromadares  cras 
qui  portent  pavillons,  candélabres  et  dras; 
plus  ot  or  en  lor  frains,  qui  plus  vaut  de  m.  mars, 
de  l'autre  garison  ot  bien  x"**  cars,  30 

.  et  plus  de  m.  carettes  qui  menoienl  les  dras; 
de  bestes  por  ocire  ne  mainent  mie  escars. 
grans  iiii.  liues  durent  quant  vienent  à  espars;^ 
de  r  caut  et  de  la  voie  sunt  tout  li  homme  las, 
à  cou  qu'il  sunt  cargié  des  armes  et  de  dras.     ••  35 

li  félon  qui  les  guient  sunt  plain  de  Satanas, 
1)  ne  voie.    2)  duUore.    3)  je  fat.    4)  eee  homee.    5)  (repae. 


278  DBSCBNTB  AU  FOND  VE  LA  MER. 

qu'es  mainent  les  desers  que  de  caut  sunt  toi  ars; 
n'ont  cure  que  de  Tost  retort  ne  haut  ne  bas. 

Mult  fu  Tos  icel  jor  confondue  et  matée, 
de  1'  soif  et  de  V  grant  caut,  por  poi  ne  fu  dervée. 
cescuns  si  com  il  pot  a  le  soif  endurée;  5 

cil  ki  pot  avoir  iave  a  se  bouce  atemprée,^ 
et  cil  ki  point  n'en  ot  a  se  brogne  endossée.' 
*par  le  froidor  de  V  fer  a  le  soif  déboutée, 
mult  par  fu  Tos  le  jor  confondue  et  matée, 
mainte  bêle  jovente*i  ot  le  jor  pasmée,  .  tO 

et  ains  que  la  calor  eusent  trespassée, 
en  i  ot  mort  en  Tost  plus  d'une  grant  carée; 
quar  ne  pot  remanoir  de  celé  ost  ajostée 
que  il  n'i  ait  asses  de  la  grant  enfremée. 
mult  en  i  a  estaint  la  calors  desrée.  15 

de  r  ciel  cai  une  aighe  plaine  i.  banepée; 
en  une  haute'  roce  Sefirus  Ta  trovée, 
talent  a  grant  de  boire,  mes  ne  Fa  adesée; 
ains  le  haut^  en  son  elme,  le  roi  Fa  présentée. 
Alixandres  le  voit,  forment  li  désagrée;  20 

F.  44'  porpense  s'il  le  boit,  jà  ert  sa  gens  denrée 

quar  se  cescuns  le  voit,^  jà  ert  sa  soif  doublée. 

si  Fa,  voiant  lor  ious,.à  la  tiere  jetée; 

et  quant  si  home  voient  qu'il  a  Fiave  ruée, 

ausi  com  cescuns  d'aus  a  le  soif  endurée,  25 

la  volenté  de  boire  lor  est  à  tous  a!ée. 

une  coupe  .d'or  fin  a  li  rois  demandée; 

d'une  galisiene^  fu  par  tans  noelée, 

mervelles^  i  eust,  s'ele  fust  monnée; 

et  quant  ot  son  service  et  s'amor  mult  loée,  30 

por  gueredon  de  Fiave  Sefirus  Fa  dounée. 

et  si  homme  et^  les  bestes  lie  sunt  de  la  vesprée 

por  la  froidor  de  Fair  qui  ciet  en  la  rousée; 

n'i  a  cel  qui  de  soif  n'ait  la  bouce  crevée;® 

mal  ait  le  garison  qui  le  nuit  fut  goalée.  35 

i)  en  a  lavée.    2)  engolée,   3)  eave,   4)  keui.   5)  n*en  a,    6)  ^œuvrê 
Oaiacienne,    7)  mil  livrée»    8)  troée. 


DBSCBNTB  AU  FONO  DB  LA  MBIL         279 

cescuns  devant  son  tref  se  gist  geule  baée 
et  recoH  le  sierain  qui  ciet  en  la  rosée. 

A  l'aube  aparissant  est  toute  l'os  meue; 
li  solaus  fu  levés,  li  caus  mult  les  argue. 
Alixandres  regarde  lés  une  roce  ague;  5 

ne  gaires  lonc  de  li  a  une  iave  veue. 
de  r  pui  ù  Fos^  estoit  est  à  val  descendue; 
qui  ot  tente  y  ne  tref  si  l'a  è  1'  plflin  tendue, 
de  mentres  que  cescuns  de  berbregier  s'argue , 
Alixandres  descent  de  le  mule  crenue;  XO 

il  s'est  igenelliés  desor  li  erbe  menue 
por  restraindre  le  soif  que  il  ot  grant  eue. 
plus  fu  amère  l'iave  que  li  rois  ot  beue 
que  siue»  ne  santeme,  n'alogne,'  ne  ceue. 
tele  angouse  a  li  rois,  tous  li  cors  li  tressue,  15 

et  set  que  sans  abam  n'en  buvra  beste  mue. 
si  l'a  à  toute  l'ost  vée  et  desfendue, 
puis  fait  quellir  ses  tentes ,  s'a  sa  voie  tenue  ; 
lés  le  rive  de  l'iave. une  sente. ont  veue 
dusc'à  une  frété  qui  lor  est  aparue  20 

en  unp  ille  de  ros,  plus  que  i.'  ars  ne  rue. 
li  gent  qui  manoit  ens  estoit  demie*  nue; 
de  loig  esgardent  l'ost  qui  est  aperceu; 
toutes  toment  en  fuies,  ne  l'ont  pas  atendue. 
ains  puis  n'en  paru  nus,  qu'il  orent  l'ost  veue;  25 

cescuns  au  mius  qu'il  pot  de  reponre  s'aiue; 
cil  de  l'ost  s'esmervellent  que  si  tos  est  perdue. 

Li  rois  vint  à  le  rive,  o  son  rice  barné, 
il  esgarde  par  l'iave,  s'a  veu  le  fierté, 
n'i  trouva  pont,  né  planée,  ne  pasage,  ne  gué|  30 

et  li  camp  de  defors  sunt  tout  ars  et  brûlé 
de  l'ardor  de  1'  solel  menuement  ouvré.' 
puis  que  premièrement  ot  Dex  le  mont  formé, 
de  trestoutes  ahanas'  n'i  ot  plain  pot'  semé, 
li  rois  cline  vers  tier&,  si  a  i.  poi  pensé,  35 

et  quant  il  se  redrece,  s'apela  Tolomé. 

i)êiê.    2)«toi#ii«.    3)  toJic  fn»  t.    4)fre#fale.    b)  crevé.    6)^ 
7)  fuig. 


280  DHBCENTB  AU  FOND  DE  LA 

sor  le  senestre  espalle  H  a  le  brac  jeté, 
puis  li  dist  en  riant:  „vei8  mais*  tel  fierté? 
,,Ie  gent  qui  laiens  est  sunt  mult  bon  euré 
,,qui  n'erent,  ne  ne  sèment,  ne  ne  recoellent  blé, 
„ne  iscent  de  castiel,  ne  ivier,  ne  esté.  5 

„hom  ne  set  lor  convine,  ne  dont  il  sunt  planté,' 
„se  il  n'i  vient'  de  vent  u  de  la  grase*  Dé. 
„s'à  force  ne  T  puis  prendre,  poi  prise  mon  bamé; 
,Je  ne  pris  ma  valor  L  denier  mounaé. 
F.  45»  „cccc.  cevaliers  bielement,  à  celé  10 

„lor  trametrai  à  nuit,^  quant  il  ert  à  respré. 
„s'à  plain^  les  poons  prendre,  mort  sunt  et  afolé. 
„tout  en  ferai  fors  traire  quant  que  j'arai  trové, 
„jà  n'i  remanra  bom  tant  soit  de  grant  aé. 
„*^cist  sevent  les  désers  qui  partout  ont  aie;  15 

„se  bien  ne  nos  conduit  et  à  grant  sauveté 
„*et  voies  ne  nos  mostrent,  ars  seront  et  venté/* 
Grans  fu  Tiave  et  parfunde  et  li  mares  fa  mos;' 
d'ambes  ii.  pars  la  rive  fu  parcreus  li  ros. 
XXX.  pies  ot  de  haut  et  iii.®  toises  de  gros,  20 

et  fu  haus  et  espes  que  tout  tint  à  i.  dos; 
il  n'a  frété  en  Inde,  ne  castiel  n*en  soit  clos, 
cccc.  chevaliers,  dou  mius  et  des  plus  fors^ 
et  qui  en  sa  conpagne  avoient  millor  los, 
i  fist  li  rois  entrer,  lor  escus  à  lor  cos;^^  25 

mais  n'i  enterra  nus  que  ne  face  que  fos, 
quar  unes  bestes  ont  es  aligos^^  repos; 
li  paisant  reclaiment^'  les  Ipotatesmos.*' 
quant  les  sentent  noer,  si  lor  salent  au  dos 
et  manjuent  les  cars  et  froisent  tous  lor  os;  30 

n*es  puet  garir  haubers,  tant  soit  sierés  u  clos 
ne  fors  escus  bouclés,  tant  soit  de  iii.  cuirs  nos, 
c'autresi  n'es  translacent**  comme  fnelle  de  bos. 
„signor,  dist  Alixandres,'  cis- damages  est  gros; 
„qui  ci  ;demoreroit,  il  feroit  mult  que  sos.''  35 

1)  veitmes,  2)  ne  ^u'il  ont  en  pensé,  3)  vivent  4)  glore,  5)  ii«. 
d)  «#  yiainê.  7)  mole.  8)  sev.  9)  o#..  10)  cois.  îl)  ot  entrée  em  lor. 
12}  tes  elaiment,    13)  Ipotimeoe.    14)  englotent. 


J^BSCBNTE  AU  FOND  DB  LA  MER.  281 

Quant  Toii  li  maines  rois  isi  sa  gent  morir/ 
il  en  ot  si  grant  dael  que  mias  yosist  finir;' 
por  aidier  à  ses  bornes  cort  ses  armes  saisir, 
courant  va  à  le  rive  et  yoloit  ens  salir. 
Dans  Clins  et  Tolomes  le  corent  retenir  5 

et  erraument  li  dient:  „rois,  por  coi  ras  morir? 
„quar  te  membre  de  V  saut  que  tu  fesis  à  Tir. 
„8e  muers  en  ceste  tiere,  quel  part  porons  fuir? 
„n'a  borne  en  ta  conpagne  qui  te  doie  sieryir;* 
,»ancoi8  que  i.  en  puist  en  sa  tiere  yenir,  10 

„ne.  soit  tous  aseur  de  la  tieste  tolir.'' 
li  rois  cline  sa  teste,  si-  gieta  un  souspir; 
les  traitors  qu'es  guie*  fait  deyant  lui  yenir, 
il  jure  Dame  F  Deu»  mal  les  aront  trair; 
ancbis  que  il  de  lui  se  doiyent  départir  15 

les  fera-il  trestous  si  malement  baiUir 
que  jà  puis  nus  firans  bom  n'ara  soig  de  servir.^ 

Cil  sunt  c.  et  1.  qui  les  doiyent  guier; 
les  c.  fait  li  rois  pendre  et  jeter  en  la  mer.* 
*Ipotameos  salent  quant  les  sentent  noer;  20 

tant  en  iscent  ensamble  c'on  ne  les  pot  esmer. 
ausi  c'a  l'autre  fois  quident  proie  trouyer, 
si  que  tout  cil  de  l'ost  les  ceurent  esgarder. 
plus  tos  les  ont  mangiés  que  je  ne  sai  nomer.' 
cil  de  l'ost  quant  ce  yoient  commencent  à  trader;       25 
onques  icele  nuit  n'osèrent  reposer, 
por  les  biestes  de  l'aigbe  qu'es  yoelent  afoler. 
mult  fu  lies  Alixandres  quant  il  yoit  ajomer; 
à  ses  conpagnons  dist:  „ci  fait  mal  séjorner. 
„que  nos  porftteroit  ici  à  demorer,  30 

„et  berbregier  sor  aus  dont  ne  poons®  gouster? 
„trop  est  fors  le  cités  ù  on  ne  puet  passer.'' 
puis  fait  quellir  ses  tentes,  si  prist  à  retomer; 
i.  poi  deyers  senestre  se  prist  à  regarder, 
en  mi  le  fons  de  l'iaye  yoit  ii.  bommes  jeter;*  35 

1)  périr.  2)  mix  amoil  morir,  3)  «tutr.  4)  guieni.  5)  nfaronî 
#ot>  i(0  homr.  ^y  prendre  ei  m  la  mer  ruer,  7)  eot^er.  8)  ûige  fatmê 
pareit.    9)  fil  de  Nave  virent  t.  hfiute  ester. 


{282  DESCENTE  AU  FOND  DE  LA  H^R. 

en  i.  calant  de  ros  c.  homes  pot  porter, 
en  Indiien  langage  les  a  fait  saluer, 
F.  45*   aighe  douce  por  boire  lor  a  fait  demander, 

et  s'il  voelent  avoir,  viegïient  Tiave*  moustrer, 

pour  or  et  pour  argent,  se  1'  voelent  demander,  5 

iiii.  tans  l'en  donra  que  ne  poroit'  porter. 

Cil  li  ont  respondu:  „nous  n'avons  d'avoir  cure, 
„car  c'est  mauvais  marciés'  de  nule  créature, 
„ensement  conune  bestes  ont  commune  pasture, 
„prent  l'uns  avoir  à  l'autre,  sans  conte  et  sans  mesures.  10 
„mais  por  cou  qu'estes  fais  en  le  notre  figure, 
„et  veons  que  de  soif  avons*  si  grant  ardure,    . 
„vus  ensignons  une  lave  en  ombre*  et  en  froidure, 
„tout  en  mi  les  désers  à  une  grant  crosture*;* 
„*i.  estanc  d'aige  douce  sort  illuec  par  nature',  15 

„il  n'en  a  plus  en  Inde,  ce  conte  Tescriture. 
„vees  vus  là  cel  tertre,  à  celé  creneure;* 
„tout  droit  iluec  desous,  à  une  desjointure, 
„iluec  a  i.  sentier  qui  dusc'à  Testant  dure. 
„se  peciés  ne  1'  vus  tôt  u  grans  mésaventure,  20 

„ains  nonne  i  poes  iestre  le  petite  aleure.'* 

„Saves,  font  11  signor,  que  vos  volons  mentoivre 
„por  cou  que  de  noient  ne  tus  volons  decoivre. 
„quant  venres  à  l'estant,  vus  trouvres  grant  aboivre;* 
„pins  i  a  et  loriers  dont  vus  quellies  genoivre,  25 

„dont  nos  quellons  le  grune  por  meller  o  le  poivre; 
„mult  sunt  grant  li  herbage  que  paisent  li  asoivre, 
„gardes  ne  detruisies  noient  de  notre  atoivre, 
„qu'il  n'a  mervelle  en  l'Inde  qu'iluec  ne  viegne  boivre; 
„se  serpent*  nos  i  truevent,  des  armes  seront*^  8oivre.''30 

Or  s'en  tome  li  rois,  s'oriflanbe  levée,, 
tout  droit  à  le  crevace  que  cil  li  ont  mostrée, 
et  quant  il  furent  outre,  contre ^^  une  arbalestrée, 
si  ont  à  main  senestre  une  voie  trovée, 
qui  d'ors  et  de  lions  fu  frescement  alée.''  35 

1)  ta  H.  2)  eom  ii  forant.  3)  mareiê  né  foUont.  4)  ovm.  5)crir« 
à  onie.  6)  eutturg.  7)  erwêurê.  8)  atoivre.  4)  voo.  10)  doa  vioê 
nreo.    11)  tôt.    12)  eot  à  too  joro  antéo. 


DESCENTE  AU  FOND  0B  LA  MEIL         283 

li  traitor  qu'es  quient  la  lor  ont  irestornée 
et  ont  à  enlient  la  voie  trestournée.  * 
onques  ne  fina  Vos  dusqu'en  une  valée 
et  tnievent  une  piere  qui  estoit  co^Vetée;' 
desous  gisoit  une  orse  de  novel  saouKe;'  5 

quant  ele  yi  la  noise ,  s'a  la  teste  levée, 
ses  faons  quidoit  perdre,  si  est  toute  denrée, 
et  quant  Fos  aproca,  si  saut.geule  baée 
et  a  en  mi  sa  yoie  une  mule  trorée, 
qui  estoit  de  leiine  et  de  froment  torsée.  10 

de  k  senestre  pade  li  douna  tel  colée 
que  il  li  a  l'espaule  toute  de  Y  bu  sevrée, 
li  mule  oiet  à  tiere,  li  ferine  est  versée; 
tout  droit  à  ses  faons  s'en  est  li  orse  alée. 
i.  Grius  vint  à  poignant,  o  sa  lance  levée,  15 

si  le  fiert  par  les  flans  que  il  l'a  mort  jetée. 
L  tel  brait  jeta  Torse  quant  se  sent  esgenée 
c'on  le  peust  oir  de  demie  liuée; 
il  n'a  beste  è  1'  convers  qui  ne  soit  esfirée, 
cescune  fait  tel  Brait  et  jeté  tel  geulée*  20 

que  oir  le  puet-on  d'une  grande  liuée. 
*là  entor  n'en  a  beste  qui  n'i  soit  année; 
li  rois  le  voit  venir,  s'a  sa  gent  ordenée; 
le  batalle  commence,  de  jouste  relevée, 
n'i  a  Griu  qui  n'i  fière  u  de  lance  u  d'espée;  25 

là  ù  li  lion  hurtent,  fu  l'os  desbaretée, 
n'es  pot  garir  haubers,  ne  fors  targe  roée, 
que  ne  boivent  le  sanc  et  traient  le  corée. 
li  batalle  fu  fors  et  dure  li  mellée; 
F.  45*  mult  par  fu  bien  férue  desi  à  la  vesprée;  30 

se  il  cuisent  de  V  jor  encor  une  liuée, 
toute  s'en  àlast  l'os  confondue  et  matée; 
mais  por  le  nuit  qui  vient  se  départ  la  mellée. 

Quant  les  bestes  départent,  au  roi  va  Lincanors: 
,*sire,  de  herbregier  que  nos  dist  votre  cors?'**  35 

et  respont  Alixandres:  ,Jà  n'en  ert  pris  confors.'* 
ses  navrés  mist  en  bière®  et  fist  ardoir  ses  mors. 
1)  miêwrée.    2)  eovêrelie.    3)  faotUê.    i)  eriéé.  5)  9orê.   d)  à  i9M» 


284  DESCENTE  AU  FOND  DE  LA  MER. 

encontre  le  prison*  s'en  est  tornés  li  os, 

et  quant  il  retornèrent,  si  fist  ardoir  ses'  cors. 

tant  i  ot  de  buisines  que  li  sons  fu  si  fors, 

de  par  toutes  les  tieres  les  oit-on  dusc'às  ^ors  ; 

ne  remest  es  desiers  culuevre  ne  erapos,  5 

por  la  frescor  de  1'  sanc  n'en  isce  à'  esclos. 

cil  qui  ist  hors  de  roce/  muli  par  i  fist  que  fos; 

de  c.  pars  est  férus  en  trayicrs  à  estors.' 

Tholomes  va  avant,  li  preus  et  li  membres,  • 
tout  i.  autre*  sentier  et  rengiés  et  serés;  10 

cil  qui  ist  hors  de  rote  est  tos  à  fin  aies, 
quar  les  bestes  Fasalent,  environ  de  tous  lés, 
ours,  lions  et  lupart,  et  grifons  enpenés; 
sor  les  cevaus  les  prendent,  les  enportent  armés; 
n'es  pot  garir  haubers,  ne  fors  escus  listés,  *  15 

que  ne  trancent  les  cars  et  ronpent  les  costés. 

Avant  va  Tholomes  ki  toute  l'ost  conduit; 
ne  mangièrent  la  nuit  ne  pain,  ne  car,  ne  fruit, 
mais  cascuns  en  alant  i.  poi  de  forment  quit. 
Tarière  garde  fait  Dans  Clins,  li  fins  Calduit;  20 

n'a  homme  en  sa  conpagne  que  mult  forment  n'anuit 
li  vermine  les  pince,  qui  derrière  les  suit, 
mult  démenèrent  et  grant  noise'  et  grant  bruit; , 
tel  paor  ot  cescuns  ke  pour  poi  ne  s'enfuit. 
„8igQor,  ce  dist  Dans  Clins,  arestes  vus  trestuit;  25 

„ne  vus  mervillies  mie,  se  cà^  vermine  bruit; 
„niai8  cascuns  chevaliers  pour  son  espiel  s'apuit. 
„yus  estes  tout  baron  et  de  guère  bien  duit; 
„bien  sai  que  fain  aves  et  estes  auques  wit; 
„mais  se  Tarière  garde  poons  bien  faire  à  nuit.  30 

„bon  gré  vus  en  sera  Alixandres,  ce  quif 
si  conpagnon  respondent  que  de  bien  sunt  estruit: 
„ains  en  arons  mains  mors  que  vencu  soions  luit" 

Cil  de  Tarière  garde  sunt  chevalier  ouneste;. 
trestout  tornent.ensamble  là  ù  Dans  Clins  areste.  35 

1)  011  àrùii  le  premier  êome.  2)  ionèrent  lor.  3)  ne  #tct0  lor, 
4)  rmae.  5)  êtùêU  et  traînée  en  eroe.  6)  «mit.  7)  démènent  grani 
frimUê  apriê  eae.    &)  la. 


DB8CBNTB  AU  FOKD  DB  LA  MBR.  285 

cescuRS  des  conpagnons  de  bien  faire  moneste; 

li  branc  et  li  esptel  i  orent  grant  molieste/ 

quar  lea  serpens  detrancent  les  cors  par  mi  le  teste  . 

et  tout  de  lonc  en  lonc  le  fent  parmi  se  feste. 

il  trouyèrent  le  grant ,'  se  li  copent  la  tieste,  5 

et  li  ^Termine  fait'  corn  se  ce  fust  tempeste. 

autre  tel*  com  lor  fisent,  lor  i  ont  fet  moleste; 

quant  se  sunt  délivré,  si  maudient  lor  geste; 

quar  il  lor  ont  fait  traire  celé  nuit  maie  feste. 

9,Signor,  ce  dist  Dans  Clins ,  sayes  par  quel  mesure  10 
,,no8  dut  à  nuit  yenir  ceste  mésaventure. 
,,quant  le  veroune  vint  qui  nos  fit  celé  ordure» 
„se  fuscies^  loig  de  Fost,  tant  com  i.  arpent  dure; 
„par  coi  Tos  i  trovast  ne  perdist^  s'aleure, 
„li  fuie^  nos  tomas  à  mull  grant  portraiture.^  15 

,,se  n'eust^  Alixandres  ceste  desconfiture; 
Jamais  jor  de  sa  vie  n'eust-il  de  nous  cure; 
F.  45'  „tous  jors  mais  nos  baist  plus  c*autre  créature. 
,,or  soit  Dex  aourés  et  de  ceste  aventure, 
„quar  li  sei|)ent  enportent  mult  pesme  bateure.  20 

,,mius  lor  venist  aler  querre  millor  pasture.'' 

Atant  es  une  beste  parmi  le  gastinois, 
Indiien  les  apelent  le  Cocatrigenois.*^ 
il  ont  les  costes  blances  et  les  ious  ont  tous  noirs» 
et  se  fièrent  en  Fost  par  deviers  Içs  Tiois.  25 

li  sire  qui  les  maine  ot  à  non  Aciglois/* 
et  sist  sor  i.  destrier  ki  est  plus  blans  que  nois» 
et  porte  Toriflambe  le  roi  Macidonois. 
quant  il  huent*'  ensamble,  mult  sunt  grant  li  arbois, 
que  par  mi  les  narines  lor  saut  li  fus  Griois;  30 

toutes  ardent  les  cuises  des  destriers  Orlenois. 
des  Grius  i  ont  ocis  pius  de  xl.  et  iu., 
quant  en  mi  aus  s'escrie  li  marcis  Macidois: 
„garde8  que  nus  n'enfuie,  que  ne  Y  sace  li  rois. 
,gamais  n'iroit  à  cort,  ne  ne  seroit  aidois.''  *'  35 

i)rêpteêU,  2)  ie  gent  3)  kruiK  A)autreitor.  5) /Wttîen.  6)  ^«r- 
fiêt.  7)  litêQiê.  8)  forfaiture.  9)  9$uêt,  10)  Sicoqalorecii.  11)  Ar- 
figaioiê.    12)  hurt$nt    13)  à  doi0. 


286         BBSCBNTB  AU  FOND  DE  LA  HBIL 

lors  Tont  contre  les  bestes  o  lor  brans  Yienois*/ 
eccc.  en  ont  mors  et  caciés  le  caumois; 
muU  fu  grans  li  estours»  quant  se  fièrent  nianois. 
poignant  i  est  Tenus  Alixandres  li  rois.* 

Alixandres  li  rois  i  est  venus  poignant  5 

et  sist  sor  L  destrier  pumelé  et  ferrant, 
de  coi  il  ot  ocis  Sabilot  le  tirant, 
quant  il  voit  mort  ses  homcs,  mult  ot  le  cuer  dolant, 
une  liue  et  demie  les  ya  après  siuant>' 
tant  qu'en  mi  lès  désiers  les  vint  aconsiuant;  10 

xiiii.  en  a  ocis  à  son  espiel  trancant. 
tant  i  féri  de  Y  fier  qu'il  ya  par  mi'  brisant; 
li  bestes  li  trestoment,  devant  ses  ious  volant; 
au  fu  que  eles  jetent  ont  mort  son  auf errant; 
quant  li  rois  fu  à  pié,  pesance  en  ot  mult  grant  15 

Tescu  prent  as  enarmes,  si  le  met  au  devant, 
et  a  traite  l'espée  et  fiert  par  mautalant; 
le  beste  que  eonsiut,  11  n'a  de  mort  garant 
quant  li  ber  Agigles  i  est  venus  poignant, 
au  destrier  descent  jus,  si  fait  cose  avenant  20 

son  signor  Alixandre  et  fait  monter  errant. 
*et  quant  il  fu  montés,  se  li  dist  en  riant: 
„onques  mais  ne  fu  princes  de  votre  maltalant; 
„ne  prisies  votre  vie,  ne  ne  l'ames  i.  gant.*' 
Alixandres  retome,  si  les  lait  à  itant.  25 

*  Montés  est  Alixandres,  si  s'en  est  retomés; 
mult  par  a  le  cuer  noir  de  caus  que  voit  pasmés, 
et  a  dit  à  ses  bomes:  „ensamble  vus  tenes.*' 
è  r  premier  cîef  devant  voist  Clins  et  Tbolomes, 
et  en  celui  après  Agigles  et  Lasses  :  30 

„ne  vus  esmaies  mie,  li  estans  ert  tomes ^ 
„et  se  Dex  nous  aie,  par  mi  les'  parjurés, 
,,j*en  ferai  le  justice  tele  com  vous  vorres." 

Devant  le  mie  nuit  ains  que  cantent  li  gai, 
'  issi  Tos  d'une  conbe,  si  se  fieri^  en  i.  val.  35 

li  caon  et  les  mutes*  qui  iscent  dou  costal. 

1)  OlênoU,    2)  êuii  êêporonanl.    3)  kai  en,   4)  irovés.    5)  éê9  irm^ 
iorê  ferai  eamms  des.    6)  eàoM  «f  ^t  mufre. 


DESCENTE  AU  FQND  DE  LA  MER.  287 

lor  ont  fait  celé  nuit  traval  et  paine  et  mal; 
quar  en  trestoate  Yos  n'a  home  si  yasal, 
tant  soit  bons  cheyaliers,  si  li  torne  à  estai, 
que  li  caons  n'enporte  et  lui  et^  son  ceval; 
tel  paor  en  ont  tout  que  n'i  ot  ju,  ne  bal,  5 

Alixandres  aptele  sen  mestre  senescal, 
dist  li  c'en  li  aport  L  grant  pale  roial; 
por  paour  des  caons  fet  couvrir  Bucifal. 
F.  46*      Li  caon  des  désers  sunt  grignor  de  yoltours; 

sou  ciel  n'a  cel  oisiel»  cil  ne  soit  des  grignors;  10 

grande  ot  l'une  des  eles  que  n'est  i.  couyertors. 

quant  il  volent  sor  Tost  en  l'air  douent  tel  cors 

et  cuident  cil  de  l'ost  que  ce  soient  tabours. 

cil  qui  ist  fors  de  rote,  mult  par  i  fait  que  fous;' 

s'uns  de  caons  le  trueve,  vers  lui  n'est-il  pas  fors.'      15 

tel  cop  li  fiert  de  l'ele,  très  par  mi  le  cors,* 

de  lui  u  de  1'  ceval,  ne  fait-il  mie  blous.* 

dusc'à  l'aube  aparant  lor  dura  cis  tabors;* 

mult  en  furent  tôt  lie  quant  voient  que  fu  jors, 

quar  onques  mais  ne  porent  avoir  si  grans  paors;         20 

se  cou  lor  durast  auques,  n'i  durast  mus  ne -sors. 

A  l'aube  aparissant  viennent  cauwes-soris  ; 
meneurs  sunt  de  cornelles  et  grignors  de  pietris.' 
il  n'i  a  chevaliers  tant  soit  d'armes  garnis,® 
se  près  de  li  li  vole,  ne  soit  tous  esbahis;  25 

de  r  soumecon  de  Tele  si  le  fiert,  ce  m'est  vis 
que  Fautre  ne  11  doinse  tel  cop  eus  è  1'  ciervis, 
de  grans  iiiî.  liues  en  revient  estordis; 
le  mius  qu'il  onques  porent,  en  ont  lor  cors  garis.* 
Alixandres  li  rois  en  est  mult  esfreis;  30 

il  n'en  cuide  escaper,  si  est  tous  desconfis, 
tant  lor  dura  cis  maus,  ains  que  fust  départis, 
que  li  jors  fu  tous  clers  et  solaus  esbhudis. 
n'en  i  a  i.  en  l'ost  qui  n'en  soit  esmaris, 
et  dist  11  i.  à  l'autre:  „rendons  à  Deu  mercis.  35 

1}  tt  M  u.  2)  rouie  ce  iiiênt  li  auiorê.  3)  ne  poi  moit  êeeors. 
4)  n'en  eri  Jammiê  reeotê.  b)  u  M  u  êon  eevai  emportèrent  U  eors» 
6)  esiourê,    7)  perfris.    8)  «a  l*  feri  en  m»  le  v##.    9)  garnie. 


288  DESCENTE  AU  FOND  DE  LA  MER. 

„se  nous  en  escapons,  ce  sera  à  envis, 

„quar  maintes  grans  tormentes  nos  ont  hui  asalis." 

Mult  sunt  lie  cil  de  Tost  de  V  sentier  c'ont  yen; 
toute  le  matinée  se  sunt  si  tost  meu, 
por  esploitier  lor  voie  ont  lor  eire^  tenu,  5 

(^que)  par  derant  miedi  sunt  à  Testanc  Tenu. 
•  qui  a  tente,  ne  tré,  si  Ta  è  V  pré  tendu; 
puis  ont  derrier  lor  dos  mult  de  los  abatu, 
il  metent  le  fu  ens,  si  art  à  grant  yertu;  * 
par  icou  se  sunt  auques  de  serpens  desfendu,  10 

quar  se  cou  ne  parfust,  tous  fuscent  confondu. 

Si  com  li  jors'  se  prist  o  le  yespre  meller, 
ii<"-  lampes  d'or  fait  li  rois  alumer; 
puis  fait  soner  i.  gresle  por  Tiaye  demander, 
si  que  par  toute  Fos  sunt  asis  au  souper;  15 

et  quant  furent  assis,  si  les  estut  leyer. 
onques  de  garison  ni  osèrent  gouster, 
quar  icil  les  escrient  qu'es  dévoient  garder, 
qu'il  voient  les  mervelles  des  désers  asambler. 
cil  qui  ancois  le  sorent'  le  vont  au  roi  conter,  20 

et  quant  li  rois  Toi  si  commence  à  penser.* 
il  lievent  de  Y  manger,  si  font  trestot  oster; 
par  l'ost  sonent  buisines  et  font  ces  cors  haster; 
dolans  est  que  sa  gens  fist  es  desers  entrer, 
mais  ne  vaut  home  croire  qui  li  seust  blasmer.  25 

or  est  forment  dolans  que  n'en  cuide  i.  mener; 
mult  longuement  peasa,  mais  ne  pot  amender, 
et  quant  il  se  redrece,  si  fait  sa  gent  armer; 
par  Tost  se  hâtent  tout,  n'i  osent  demorer. 

Trestout  premièrent  lor  vienent  blanc  lion;    ^  30 

le  fu  voient  ardant',  si  ceurent  environ, 
por  cou  qu'il  ont  de  soif  si  grant  destruction, 
par  mi  le  fû  ardant  se  metent  à  bandon, 
F.  46^  mais  li  home  Alixandre  ne  sunt  mie  garçon. 

cescuns  tient  son  espiel  devant  son  pavillon;  35 

gui  bien  ne  se  desfent  de  mort  n'a  garison, 
as  espées  trancans  fièrent  conune  garçon;* 
1)  airre.    2)  te  nmê.    3)  voimiI.    4)  pîorer.    5)  hmran. 


DESCENTE  AU  FOND  DE  LA  MER.  289 

des  bestes  i  ont  fait  mult  grant  ocision, 

non  por  quant  vont  en  Teve  u  il  voellent  u  non. 

icil  qui  lor  escapent  tornent  à  garison 

par  mi  ces  grans  désers,  en  lor  convertion. 

après  yienent  Créandes*  et  puis  escorpion;  5 

cescuns  drece  se  ceue  et  trait  son  aguillon. 

phis  sunt  poignant  asses  c'alesne,  ne  poncon. 

qui  bien  ne  se  desfent,  bien  saniblera  bricon; 

mais  U  bome  Alixandre  sunt  hardi  com  lion, 

cescuns  prent  i.  espiel,  gavelot  u  baston;  10 

des  herbeges  les  getent  et  font  grant  tuison. 

nequedent  boivent  l'aigb»,  ^i  qu'en  poist  ne  qui  non; 

se  il  sunt  travaillé,  jà  ne  s'en  mervaut-on. 

onques  mais  n*orent  gens  tel  persécution. 

Des  crues  de  la  montagne  de  la  voisinité,  15 

de  devers  les  herbeges  se  sunt  contrevalé; 
de  devant  le  priome'  vont  grant  serpent  cresté; 
plus  sunt  grant  que  coulombes  laidement'  figuré, 
de  ii.  cors  u  de  iii.  sunt  bien  lor  front  armé; 
de  Tune  part  sunt  inde  et  de  Tautre  doré;  20 

de  vermel  et  de  blanc  sunt  menu  vairelé. 
li  oel  lor  resplendisent ,  tant  sunt  envenimé; 
biel  erent  à  veoir,  tant  sunt  de  grant  biauté, 
se  bones  coses  fuscent;  mais  ce  sunt  vif  maufé; 
por  cou  sunt  si  hisdeus  et  issi  redouté.  25 

par  mi  le  fu  se  metent,  si  Tout  plus  embrasé; 
quant  cil  de  l'ost  le  sevent,  si  ont  le  hu  levé, 
as  espées  trancans  lor  sunt  encontre  aie, 
et  portent  li  auquant  gisame  u  pic  fleré. 
à  le  rive  de  Tiave  se  sunt  à  aus  josté;  30 

tant  se  sunt  conbatu  que  tout  sunt  tressué. 
mais  li  serpent  sunt  grant,  parcreu  et  cresté; 
par  aus  ne  porent  estre  ne  vaincu  ne  tué. 
quant  ont  beu  de  Tiave,  si  s'en  sunt  retoiné. 
que  vus  diroie-jou,  que  xxx.  en  sunt  dampné;  35 

de  caus  que  li  fus  art,*  sunt  li  autre"  navré. 

1)  terastre.  ,  2)  /a  mié  mmt.     3)  euluevreêj  si  êont  lait,    4)   n'arf. 
5)  fluiêor, 

Li  Honmau  4'AUzftB4r«.  t9 


290  DBSCBNTE  AU  FOND  DB  LA  MBR. 

cil  de  l'ost  s'entornèreni,  si  l'ont  au  roi  conté 

que  tout  sunt  li  serpent  ochis  et  dévoré. 

,»Signor,  dist  Alizandres,  ains  mes  ne  fu  troyé 

,,autant  de  grans  diables'  com  a  en  cest  règne; 

»Je  ne  tus  puis  vengier,  ne  n'en  ai  poesté.'*  5 

Ne  demora  puis.gaires,  Indienes  sons 
es  herbeges  se  metent,  grignor  sunt  de  houpis, 
ne  mordent  riens,  fors  hommes,  sempres  ne  soit  ocis; 
mais  li  home  en  sunt  tost  et  sané  et  garis. 
des  somiers  et  des  bestes  lor  ont  mult  desgarnis,  10 

quar  por  les  grans  morsures  en  i  ot  mult  péris, 
et  il  en  i  a  tant  coni%ce  fuscent  formis; 
s'auques  i  fuscent  trestout  fuscent  aflis, 
mais  è  V  fu  les  jetèrent,  ce  conte  li  escris. 

Contre  le  mie  nuit  la  merrelle  est  venue;  15 

onques  en  nule  tiere  ne  fu  si  grant  veue, 
de  r  caut  et  de  grant  soif  lassée  et  confundue. 
par  mi  le  fu  se  metent  por  le  caut  qui'  Targue; 
li  grans  passe  bien  outre,  li  fus  art  le  menue, 
mais  li  gens  Alixandre  dont  li  rire  est  yestue,  20 

F. 46*   quan  que  de  1*  fu  escape,  cescuns  ocist  et  tue; 
ne  mais  le  grant  vermine  qui  si  est  parcreue 
qui  ert  et  grose  et  longe  et  lée  et  parcreue,'  | 

que  par  nul  ne  pot  estre  tuée  ne  vaincue; 
celé  s'en  retoma  quant  on*  l'iave  beue.  25 

1)  diakiie,    2)  «ot/  çv'6«.    3)  confondue.    4)  oL 


MERVEILLES  DU  DESERT. 

€1  Mmt  mï  mmwn  Alixandres  et  mm  sens  estoleitt  en 
féreet  devaitt  l.'fti  et  llU.  Tirant  payèrent  devant  ans 
qui  les  Torent  déTorer. 

EiDcontre^  iiii.  liues»  devant  Taube  aparant, 
estes-vus  unes  bestes  que  on  claime  Tirant; 
bien  ont  le  front  armé  de  iii.  cors  de  devant, 
quant  el  voient  le  fu,  si  muèrent  maintenant, 
les  pavillons  esgardent,  si  vont  avironant,  5 

droit  es  loges  se  metent  par  mi  le  fu  ardant; 
mais  li  home  Alixandre  lor  sunt  venu  devant, 
si  les  ûerent  d'espée  u  de  lance  trancant. 
trestot  quanques  il  sunt'  n'es  prisent-il  i.  gant; 
XIV.  chevaliers  lor  a  mors  en  boutant,  10 

et  meismes  i  furent  Iii.  serjant; 
ens  en  l'iave  se  met  par  force  lor  voiant 
Alixandres  a  dit  que  le  laisent  à  tant. 
„signor,  dist  Alixandres    n'en  adeses  vus'  mie; 
,,besoins  et  mautalens  fet  toute  jent  hardie.  15 

„laisies  li  ases  boire,  tant  qu'ele  soit  empie, 
,»et  quant  ara  beu,  si  ert  acouardie; 
»Jà  ne  se  desfendra,  mais  bien  soit*  envaie. 
,Jou  le  requerrai  primes,  o  m'espées  forbie; 
,Jou  voel  avoir  le  pris,  se  Dex  me  béneie.  20 

„tel  manière  de  beste  ne  fu  ains  mes  oie 
„que  en  oroit  canter,"  il  ne  le  creroit  mie. 

1)  JBfi  outr^,    2)  font    3)  ne  Uê  adêêês.    4)  s'oie  eet  Hen.   5)  et  pd 
Vorroit  parler, 

19* 


292  MERVEILLES  DU  DÉSERT. 

„mult  est  hisdeuse  et  grans;  mes  cors  tous  en  formie; 
„por  m.  mars  ne  voiroie  qu'ele  enportast  la  vie; 
„roais  or  nous  atornons  trestout  à  establie/' 
ce  respondent  si  home  :  „cou  «st  grans  diablie , 
„s*ele  nos  passe  tous  et  ele  nos  flavie."  5 

dont*  le  laisent  ester, ^  quant  li  rois  le  castie. 

Li  gens  qui  est  en  Fost,  de  toutes  pars  s'areste 
et  gaitopt  le  rivage  que  n'en  isce  la  beste. 
de  Tune  part  escrient,  se  li  ont  paor  faite;, 
vers  caus  qui  mot  ne  dienl,  s'est  à  le  rive  traite,         10 
qui  s'en  cuide  r'aler  par  force  et^  par^poeste. 
li  rois  qui  est  avoec  de  1'  bien  faire  les  haite, 
à  maus  et  à  cuignies  li  pecoient  sa  teste, 
que  trestout  en  resonent  et  li  val  ,et  li  tertre, 
au  roi  et  à  ses  homes  «a  mult  grant  paor  faite.  15 

E4-V0US  caus  d*Etiope  sor»le  rive  arest^s,^ 
que  d'Euriant*  n'en  iscent,  bien  gaitoient  les  gués; 
cofant  vint  à  le  rive,  si  est  espoentés 
et  eommenca  à  boire;  tant  par  est  abrievés 
F.  46*^   que  trestous  li  solaus  en  est  vers  lui  tornés.  20 

qui  preus  fu  et  hardis,  jlremerains  est  armés; 
adonques  l'asalirent  environ,  de  tous  lés 
as  espées  trancans  et  as  dars  achèré§; 
*  à  max  et  à  guignées  fu  entor  aus  tués 
et  puis  l'ont  escorcié;  si  fu  li  cuirs  lavés,  25 

et  voelent  c'a  mervelles  soit  li  cuirs'  csgardés, 
•qui  le  poil  a  si  bel  qu'il  sanle  estre  dorés, 
li  cuirs  0  te  car  blance  fu  le  roi  présentés; 
devant  le  tref  l'estendent  sor  l'erbe  vert  es  près, 
c.  chevalier  i  gisent,  tant  par  est  li  cuirs  lés,^  30 

et  se  jnent  as  tables,  as  escés  et  as  dés. 
mais  onques  de  lor  cors  ne  fu  mie  adésés; 
mius  en  vaut  l'aisemente^  de  xiiii.  chités. 
Dex  ne  fist  chevalier,  s'il  est  è  1'  cors  navrés, 
se  il  en  a  beu,  ne  soit  tantos  sanés;  35 

1)  lors,  2)  faêser,  3)  êor  la  rive  de  l'aige  est  H  roiê  ttresté»  et 
trestot  eil  de  Voêt  et  rengié  et  eerèir,  4)  ta  keste,  5)  par  lui,  6)  fu 
graiu  et.    7)  Voiesemonte. 


MBRVEILLBS  DU  DBSfiRT.  293 

ne  jà  puis  en  tout  Fan  n'aroit  mal  en  ses  lés/ 
de  cou  fu  Alixandres  mult  malement  menés 
que  les  os  de  la  beste  ont  en  Teve  jetés. 

A  l'aube  aparissant  vienent  Niticorasse; 
bleu  sont  et  pies  ont  vert  et  bies  comme  bécasse,         5 
et  creste  comme  cols  et  ceue  paoïgiajSB'» 
et  luisent  autresi  comme  glacqns  sor'  g^ace; 
porprendent  de  Testant  la  rivière  et  le  place.: 
en  Tost  ont  tel  paor,  cescuns  ne  set  que  face 
*que  uns  ne  dit  i.'mot,  ne  hue,  ne  manace,  10 

ains  dist  li  i.  à  l'autre  que  s'acoise  e^  se  taise, 
de  r  poisoji  ^e  J'estanc  font  li  oisiet  damage, 
ne  lor  fu  pas  avis  qae  fust  corbe,  ne  glace; 
et  quant  furent  saoul,  si  s'enfuient^  le  trace, 
quant  cil  de  Tost  les  voient,  n'i  a  nul  que  ne  plaise,   15 
quar  plus  les  redotoient  que  nul  oisiel  sauvage. 

Des  poinçons  de  Testanc  ont  asses  dévoré; 
n'i  ot  onques  poiscon,  n'et*  dami  pié  de  lé 
de  iii.  pies  et  de  iiii.  u  de  lonc  et  de  lé,*^ 
que  li  oisiel  ne  l'aient  autresi  dévoré,  20 

com  la  géline  fait  i.  petit  grain  de  blé. 
huches  font  de  lor  cors,  car  trop  ont  jeune; 
quant  ont  ases  mangié,  arrière  sunt  torné. 
bien  entendent  lor  cans^  menuement  è  I'  gué; 
n'estuet  jà  pescier  home  qui  de  mère  soit  nés,  25 

tout  ausi  com  il  vinrent,  s'en  sunt  tout  retorné; 
et  li  homme  Alixandre  qui  cou  ont  esgardé, 
ains  ne  furent  si  lie  que  quant  sunt  escapé; 
quar  plus  le  redotoient  que  serpens,  ne  malfé. 
maint  tempest  ont  eu  es  désers  et  trové;  30 

aine  n'en  doutèrent  nul  tant  com  caus  ont  doté, 
je  croi,  se  li  oisiel  fuscent  vers  aus  torné, 
que  tout  cil  de  l'ost  fuscent  boni  et  vergondé; 
quar  des  maus  c'ont  eu  sunt  vencu  et  lassé, 
li  oisiel  ierent  grant,  hisdeus  et  séjorné  35 

et  erent  mult  orible  et  mult  desfiguré. 

1)  meUéê.    2)  bh  te  mer  fait.    3)  rwonî  à.     4)  atl.    5)  9mU  de  tone 
mesuré,    6)  lês  eoiê. 


294  MERVEILLES  DU  DESERT. 

Ains  que  les  os  se  fuscent  de  Testanc  remuées, 
lor  vint  mult  grans  conpagnes  de  coulombes  bendées; 
viaires  ont  de  famés  »  mult  sunt  grant  figurées, 
sor  les  espaules  gisent  les  grans  crines  dorées; 
cescune  d'une  piere  sunt  toutes  estelées/  5 

en  mi  le  front  lor  siuent,'  mult  i  sunt  bien  posées; 
mais  plus  grant  clarté  jeté  que  candelles  cirées, 
nus  bom  n'est  tant  navrés  de  lances  ne  d'espées, 
se  ii.  de  celés  pieres  i  fyscent  adésées, 
tantos  ne  fu  tous  sans  et  les  plaies  sanées.  10 

à  lor  brans  ^icèrins  en  ont  m.  decoppées. 
F.  47*   mais  ce  tint  Alixandres  à  mervelles  prounées. 
là  ù  les  pieres  gisent,  si  se  sunt  ranoées 
et  par  mi  les  désers  sunt  en  fuies  tomées. 
li  rois  ne  yausist  mie  por  d*or  v^-  carées  15 

que  aucunes  des  pieres  n'eusent'  recouyrées. 

Quant  le  jor  ont  veu  li  oisiel*  esclairier, 
à  Testant  ont  digne  serjant  et  cheyalier; 
membre  lor  de  1'^  conduit  qui  les  a^  engigniés 
dont  Ji  rois  fist  les  c.  en  Teve  trébucier,  20 

par  devant  la  frété  et  as  bestes  mangier. 
les  1.  commande  li  rois  à  ostoier;' 
par  le  mien  entiant  il  s'en  voira  vengier. 
il  les  a  commandés  tos  nus  à  despouUier; 
par  derière  lor  dos  lor  fait  les  mains  lier,  25 

puis  a  fait  à  cescun  ses  cuises  depecier. 
si  lor  a  dit  i.  mot  qui  samble  reprovier: 
„yus  remanres  ici  por  garder  ce  vivier; 
,,selonc  votre  service  avères  vo  louier." 
atant  s'en  est  tomes,  s'es  commande  à  laier.  30 

Quant  Alixandres  mut  et  les  herbeges  wident, 
tant  fet  soner  de  cors,  tôt  li  désert  en  bruient 
li  serpent  des  désers  por  le  paor^  s'enfuient; 
es  crues  et  es  crevices®  se  mucent  et  enduient. 
mult  se  vont  desmetant  cil  que  d'aler  anuient;  35 

1)  fort  eniuminéeê.  2)  t  êuni.  3)  tï.  de  ces  piere»  fuêseni.  4)  virent 
iê  êoUit  et  te  jour.  5)  des,  6)  veut.  7)  eseoreier.  8)  ta  noite,  9)  io 
erev0eeê. 


MERVEILLES  DU  DÉSERT.  295 

i.  yal  ont  avalé  et  i.  grant  tertre  puient, 

et  quant  il  sunt  en  son,  sor  lor  lance  s'apuient, 

voient  les  prés  de  Batre^  et  les  iayes  ki  braient, 

et  lés  gaegneries  et  les  dras  qui  essiuent, 

les  pastoriaus  qui  vont  et  les  bestes  qui  méfient.  5 

Ce  jor,  por  Alixandre  i  fist  Dex  grans  vertus; 
grans  pièces  ains  miedi  est  des  désers  iscus. 
encor  n'estoit  Porrus  d'ilueques  remeus; 
de  jouste  les  désers  séjornoit  o  ses  dras, 
las  asses  de  bataille  dont  il  estoit  vencus;  10 

garda  vers  les  montagnes,  s'a  Grius  aperceus, 
bien  connut  as  ensegnes  des  bons  espius  moins 
que  cou  ert  Alixandres  qui  pas  n'ert  recreus. 
à  mervelle  li  vient  comment  il  est  venus, 
comment  et  par  quel  voie  il  les  a  conseus.    «  15 

mult  ert  grans  li  herbege  sor  l'aighe  de  Caulus;' 
là  vint  li  maines  rois,  à  pié  est  descendus, 
sor  le  rive  de  l'iave  ont  tous  lor  très  tendus 
et  par  le  praerie  ses  pavillons  menus. 

Porras  a  esgardé  contre  solel  levant,         •  20 

voit  les  grans  os  des  Grius  qui  se  vait  herbejant 
et  o  les  pavillons  vont  les  prés  porpendant; 
donques  ot  si  grant  ire,  onques  mais  n'ot  si  grant. 
par  iiii.  chevab'ers  et  par  son  drugemant 
manda  à  Alixandre:  trop  le  va  encaucant;  25 

por  poi  ne  Ta  souspris,  car  trop  le  va  siuant;' 
XX.  jors  li  doins*  de  tiere,  s'en  ara  pris  mult  grant, 
tant  que  il  ait  mandé  sa  gent  vers  Oriant 
dont  ara  le  bataille,  mar  le  querra  avant, 
quant  Alixandres  l'ot,  si  respont  en  riant.  30 

,Je  li  donrai  les  trêves  par  itel  convenant, 
„qu'à  ses  homes  de  Bautre  face  faire  et  commant, 
„que  marcié  nos  aporient,  se  1'  doinsent  avenant.*' 
les  trive  sunt  données  et  fait  lor  convenant. 

Dounées  sunt  les  trêves  et  fait  li  sairement.  35 

F.  47^  là  ù  li  rois  séjorne  et  le  bataille  atent , 

fu  li  marciés  criés  communs  à  toute  gent, 
1)  Bmêtre.     2)  Gaituê.     3)  roUani.     4)  doinst 


296  MBRVBILLBS  DU  DÉSBRT. 

de  toute  créature*  qui  à  vitalle'  apent; 

que  vaura,  si  Tacat  u  prest  u  doinst  u  vent. 

Porrus  est  à  la  porte  ù  noveles  aprent; 

à  caus  qui  de  Tost  vîenent  enquiert  premièrement' 

le  cotiTine  Alixandre  et  son  contenement;  5 

cil  li  dient  trestout  qu'il  n'en  sevent  nient 

i.  Grius  le  conte  au  roi  qui  volentiers  Tentent; 

quant  Alixandres  l'ot,  saut  sus  deliyrement; 

por  aler  au  marcié  saut  sor  une  jument. 

Montés  est  Alixandres,  au  marcié  Tot  aler  10 

desor  une  jjiment,  nus  hom  ne  vit  se  per 
ele  n'ert  mie*  blance,  ne  vus  sai  deviser 
de  quel  poil  est  li  beste;  "onques  ne  sot  ambler. 
quant  li  rois  fu  desor  et  il  le  vot  torner, 
ele  n'alast  avant,  ains  prist  à  reculer;  15 

des  esporons  le  fiert  li  rois  qui  tant  fu  ber 
et  li  jument  commence  tant  fort  à  regiber, 
en  travers  à  salir  et  des  pies  à  gieter. 
^comment,  fait  Alixandres,  dont  ne  veut*ele  aler.'' 
ce  li  dient  si  homme:  „mais  ele  vint  juer.''  20 

i.  bouciel  en  i.  sac  a  fait  derier  tor^r, 
à  i.  serjant  le  fait  une  pièce  mener. 
Alixandres  s'entorne,  ains  ne  fina  d'aler 
de  si  là  i\  Porrus  se  faisoit  séjorner, 
en  la  cité  de  Bautre  qui  tant  fet  à  loer.  25 

Porrus  le  voit  venir,  à  li  le  fait  tomer; 
Alixandres  respont:  „ne  m'i  loist  arester; 
„cambrelens  sui  le  roi,  si  voel  cire  acater 
„dont  nous  li  ferons  cirges  anque  nuit,  au  souper, 
„et  cavestres*  et  vin,  se  point  en  puis  trouver."  30 

et  quant  Porus  Toi,  si  vot  à  lui  parler: 
„amis,  descent  i.  poi,  je  voel  à  toi  parler. 
„tout  cou  que  tu  vas  querre,  aras  sans  riens  coster 
„et  te  ferai  encore  de  mon  avoir  donner, 
„se  tu  oses  mes  lettres  Alixandre  porter;  35 

„et  je  li  ferai  faire  closes,®  li  voel  mander." 

1)  fiti/e  rien,     2)  à  corê  d*ome.     3)  ftrivéemeni.    4)  n*e*îoU  noire  ne, 
5)  Cûêtaffnêê.     6)  eoêee. 


1IBRVBILLB8  DU  DÉ8BRT.  297 

et  respont  Alùandres:  ,,se  voles  escouter, 
,,dirai  vus  quels  il  est,  jâ  Tores  deviser/' 

i,De  vos  lettres  porter,  itant  vus  di^  Porru 
„que  bien  le  sarai  faire,  se  jou  i  sai'  men  preu; 
„se  sacies  vus  por  voir,  je  vus  afi  et  veu  5 

„qu'il  n'a  si  privé  homme,  ne  cambrelenc.,  ne  keu. 
„asses  quant  je  me  voel,  à  li  me  gabe  et  jeu, 
„de  son  privé  conseil,  itant  vus  en  di-jeu.' 
„tous  jors  se  muert  de  froit,  jà  n'ert  en  si  caut  liu; 
„quant  je  tornai  de  li,  desor  i.  pale  bra  10 

„estoit  assis  li  rois  entre  li  et  Caulu; 
„c'est  i.  des  xii.  pers  en  estour  conneu. 
„ii.  mantiaus  afublés  se  caufoient  au  fu.'' 

„Diva,  ce  dist  Pomis,  et  jà  est-il  estes, 
r^et  fait  isi  grant  caut  que  vus  veoir  poes.  15 

„quant  il  ore  se  caufe,  mult  est  fers  et  aies." 
—  voire,  dist  Alixandres,  maint  jor  a  que  fu  nés; 
„por  cou  si  est  ses  cors  si  frois  et  engielés, 
„et  auques  est  maumis  et  tous  est  condampnés.* 
„s'a  trop  perdu  de  sanc,  tant  a  esté  navrés;  20 

„ne  vivera  mais  gaires,  vins  est  et  radotes/' 
F.  47*   de  com  fu  mult  Porrus  et  aligres  et  clers 
qu' Alixandres  est  vins  et  il  est  bacelers. 
il  fait  ses  lettres  faire  en  langage  de  Grès, 
mult  laidenge  Alizandre  et  blastenge  ses  Dés;  25 

mult  a  esté  frarins,  à  tous  jors  ert-il  tes. 
por  coi  ne  se  repose,  car  vins  est  et  remes; 
mar  vit  se  convoitise  et  cou  qu'il  est  avers, 
et  se  je  le  puis  prendre,  tos  sera  de  cief  rés, 
n'en  portera  la  teste  Dans  Clins  et  Tholomes;  30 

jà  ne  veront  mes  Grese,  nés  i.  des  xii.  pers. 

Alixandres  estoit  jouste  i.  piler  marbrin; 
asses  s'oi  clamer  et  aver  et  frarin. 
quant  Porrus  le  manace,  si  tient  le  cief  enclin 
et  a  prises  les  lettres  o  le  seel  d'or  fin,  35 

puis  monta  è  l'  jument  c'amena  por  ronci; 
i)  Je  i>u9  dirai,    2)  fae.     3)  vo*  en  demeu.    4)  mult  demeeurèê. 


298  MERVEILLES  DU  DESERT. 

ases  enporte  cire  et  cavestres*  et  vin; 
onques  ne  li  costèrent  vallant  i.  angevin, 
de  le  porte  est  iscus,  si  entre  en  son  cemin; 
des  marceans  de  Tost  a  siui  le  train, 
si  homme  li  demandent:  ,,dont  venes  vus  issin?''  5 

Alixandres  respont:  „cà  aloie  hui  matin; 
„por  Porru  escamir,  me  sui  mis  à  tapin." 
^Alixandres  repaire  o  son  bouciel  toursé, 
d'une  malvaise  siele  se  jument  ensielé; 
li  estrier  furent  tout  et  rout  et  renoé;  10 

d'un  frain  vil  et  mauvais  se  jument  a  frené; 
*bien*resanloit  mendi,  si  drap  furent  mué. 
quant  il  vint  près  de  Tost,  si  sunt  encontre  aie 
*plu8  de  mil  chevalier  qui  tout  li  ont  crié: 
„8ire,  bien  vignies-vus  et  c'aves  acaté?  15 

édites  de  vos  noveles,  comment  aves  erré?'' 
Alixandres  respont:  „mult  ai  bien  escouté. 
,,Porrus'm'a  mult  laidi,  avillié  et  blâmé, 
„et  caitif  et  frarin  m'a,  oiant  moi,  clamé. 
„d'Alixandre  demande,  quels  et  de  quel  aé?  20 

„je  li  di  qu'est  si  vins,  bien  a  c.  ans  passé; 
„onques  ne  fait  si  caut,  ne  ivier,  ne  esté, 
„que  il  n'ait  tous  jors  froit  tant  n'ara  afalé. 
„les  ious  a  cbaciueus,  tout  sunt  esbendelé. 
„tout  le  mont  viut  avoir  desous  sa  poesté.  25 

„et  il  me  respondi:  cortois  est  par  verte, 
„quant  tu  de  tout  son  estre  ne  m'as  noient  celé, 
„et  de  con  le  tieng-jou  por  sot  et  radoté, 
„que  il  cuide  conquerre  si  vilment  mon  règne. 
„mais  ancois  ne  vera  i.  entier  an  passé  30 

„que  il  ara  le  cief  desous  le  bu  copé. 
„quant  il  a  ases  dit  et  jou  oi  escouté, 
„si  pris  congié  à  loi  et  si  l'ai  encline. 
„am!s,  fait-il  au  roi,  prens  cest  brief  saielé, 
„si  le  porte  Ab'xandre  le  viel  et  le  barbé.  35 

„et  je  li  respondi  volentiers  et  de  gré. 
„ves  ci  le  seel  d'or  que  jou  ai  aporté, 
1)  eoêtegtuê. 


MERVEILLES  DU  DÉSERT.  299 

nCavestre  cire  et  vin  que  il  m'a  acaté." 
quant  si  homme  l'oirent,  grans  gas  en  ont  mené; 
de  Pomi  Tont  gabant  dedens  lor  mestre  tré. 
iluec  descent  li  rois,  an  pié  li  est^  aie 
et  roi  et  duc  et  conte,  tout  li  plus  ounoré.    -  5 

le  jument  a  fait  rendre  à  cui  Tôt  emprunté; 
à  Foume  qui  ele  est,  a  bon  louier  douné. 
le  Yin,  les  canestiaus  ont  premiers  destorsé; 
nus  hom  ne  nt  torsel  tant  fort  desbareté, 
Tun  sace,  l'autre  boute,  li  sac  ont  desciré;  IQ 

F. 47'    asses  se  sunt  iluec  detrait  et  desciré.' 

mult  estoit  Alixandres  tenus  en  grant  cierté^ 

au  départir  le  cire  ot  maint  home  encerté,' 

les  canestiaus  manjuent,  tantos  furent  gasté.* 

„signor,  dist  Aliiandres,  mult  ai  bien  marcée;  15 

„mauyais  est  mes  gaaîns  que  tout  m'aves  robe. 

„laisies  moi  viaus"  le  Tin  que  jou  ai  aporté; 

„si  le  buvrons  ensamble,  car  il  n'a  rien  costé, 

„et  mangies  ayoec  moi  trestout  par  amisté." 

et  dient  si  baron:  „il  a  mult  bien  parlé."  20 

li  vins  revint  avant  c'on  avoit  destorné; 

par  rens  se  sunt  assis,  si  ont  iluec  digne. 

ilueques  ont  beu  maint  vin  et  maint  claré, 

et  cel  qui  l'aporta  n'ont-il  pas  oublié; 

quar  ancois  ont  beu  c'on  ait  l'autre  gosté.  25 

Mult  se  rist  Alixandres  ains  que  le  brief  desplit; 
quant  il  Tôt  desploié  et  l'escriture  vit, 
donques  s'en  gabe  plus  et  iiii.  tans  s'en  rit, 
et  a  dit  a  ses  homes:  „entendes  i.  petit. 
„Porrus  mult 'me  manace  et  me  tient  en  despit;  30 

„mes  orelles  oiant  m'en  aves  ases  dit.^ 
„or  sai  bien  son  corrage,  par  bonce  et  par  escrit, 
„que  s'il  me  peust  prendre  et'  m'eust  desconfit, 
„il  me  torroit  la  teste,  jà  n'aroie  respit." 
—  sire,  dient  si  home,  n'est  drois  que  vus  aflit,         35 

1)  «ttttl.    2)  4êHré,    3)  ewcerêé.    4)  «#««#  tn  ot  ûfié,    5)  mê  viëx. 
6)  m'a  Mm  oêëes  Imdk,    7)  i7. 


300  MBRVEILLBS  DU  DBSBRT. 

„quar  desor  celé  liere  que  Taulre*  vus  guerpit, 
„\i  aves  vus  tolu  grant  joie  et  grant  délit.'' 

Porus  de  la  batalle  n'a  talent  que  s'enfragne.' 
ne  pot  le  roi  amer  por  trestout  Tor  d'Espagne; 
il  envoie  ses  mes  par  Bautre  le  souvragne,  5 

n'i  remest  à  seinonre,  plain,  ne  val,  ne  montagne; 
ne  es  li  margenier'  qui  la  tiere  gaagne, 
si  qu'à  r  trossime  jor,  sans  nule  demoragne, 
si  qu'en  Inde,  es*  desers,  soient  tout  en  le  plegne. 
il  en  jure  ses  Dex  et  son  clef  et  s'ensegne:^  10 

mar  i  remanra  nus  en  le  tiere  grifagne; 
et  s'il  fait  tel  folie  que  par  orguel  rémagne 
ja  n'iert  si  rices  hom,  ne  de  si  grant  conpagne 
que  ne  le  face  pendre  u  ses  os  ne  li  fregne. 

Or  a  semons  en  Bautre  tous  ses  hommes  Pomis      15 
et  tous  caus  d'Oriant  que  n'i  remagne  nus. 
cil  des  desers  i  furent  dusc'à  bones  Arcus  ^ 
Gos  et  Margos  i  vienent  de  la  tiere  des  Turs 
et  cccc">-  hommes  amenèrent  u  plus, 
il  en  jurent  la  mer  que  pour  sire  a  Netnus^  20 

et  le  porté  d'inûer  que  garde  Celebrus, 
que  l'orguel  Alixandre  tomeront  à  reus.' 
por  cou  les  enclôt  puis  es  estres^  desus, 
dusc'à  r  tans  Ante-Crist  n'en  istera  mais  nus; 
et  sunt  xxxvii.  roi  o  tout  1.  dus,  25 

cescuns  o  tel  esfort  com  il  pot  avoir  plus, 
quant  furent  tout  ensamble  c"*-  furent  et  plus; 
1.  olifans  prendent,  i.  caatiel  ont  fait  sus; 
0  sa  jent  1  entra  li  rois  de  Joustarus. 

Quanque  Porrus  a  fait  a  li  rois  esgardé  30 

et  voit  bien  le  castiel  que  si  homme  ont  levé; 
si  vienent  vers  ses  hommes,  mult  tos  seront  tué. 
entor  les  olifans  a  fait  faire  un  fossé; 
c.  pies  ot  de  parfont  et  iii.  toises  de  lé, 
que  sunt  11  olifans  si  pris  et  ensieré  35 

1)  treiliê  ptê  timirUr.  2)  «e  fapiê.  3)  moiuwrter.  4)  «itre  Inàé 
et  les,  5)  ê'êHiragne,  6)  /e  eief  dom  être  têf  Nepiumu.  7)  rtcius, 
8)  tens. 


MBRVBILLBS  DU  DtiSBRT.  301 

F.  48*  que  jamais  n'en  istront,  se  il  n'en  snnt  gieté. 
lors  a  veu  Pomis  corn  il  Ta  malmené; 
de  son  castiel  li  a  de  V  tout  si  ensieré, 
ses  batalles  conroie  desous  ens  en  i.  pré; 
sire,  contes  et  dus  et  rois  c'ot  ajousté,  5 

et  des  barons  de  pris  qui  là  sunt  asamblé, 
furent  par  y:  foies  l*-  armé. 

Alixandres  regarde  le  fons  et  le^  Valée, 
voit  le  grant  gent  Porru  armé  en  mi  le  prée 
jont  a  li  maines  rois  se  grant  ost  devisée;  10 

se^batalles ^conroie,  ie  gent  a  ofdenée, 
et  ses  escieles  fait,  s'a  cescune  ordenée.' 
dont  vesti  une  brogne  d<Hit  li  malle  est  siérée; 
après  laça  i.  elme,  Josta'  de  Val  senée 
et  a  mis  à  sen  col  une  targe  roée  ;  15 

monta  sor  Bucifal*  à  la  crupe  triuTée. 
celé  part  ù  il  cort  ne  ya  mie  à  celée; 
tous  tans  i  a  c.  grelles  qui  sonent  la  menée., 
quant  il  vient  en  bataille  et  sa  gens  est  kssée, 
dont  s'en  repaire  as  cors,  ne  va  mie  esgarée;  20 

puis  monta  en  i.  tertre,  sa  gent  a  esgardée: 
„abil  france  mesnie  et  jente  et  ounorée, 
„com  estes  par  m'amor  de  tous  biens  porpensée. 
„en  tante  estrange  tiere,  tante  paine  endurée 
„et  tant  fain  et  tant  soif  en  aves  trespassée.  25 

„se  Dex  me  lest  tant  vivre  que  soie^  en  ma  contrée, 
„ramor  c'aves  vers  moi  vus  ert  gueredonée, 
„et  toute  me  rikecce  vus  ert  abandonée.*' 
ancois  qae  il  euist  sa  parole  finée, 
Astaros  de  Nubie  a  l'angarde  montée  30 

et  sist  è  r  ceval  vair  que  li  dona  la  fée; 
cou  ert  une  puciele  que  il  avoit  amée, 
por  quel  amor  passa  i.  brac  de  mer  salée, 
une  raison  commence  qui  bien  fîi  ascotée: 
„AUxandre,  fait-il,  trop  as  ta  gent  menée;  35 

„hul  est  venus  li  jors  que  ert  desbaretée. 
1)  4*11110.    2)  eekune  a  commandée.    3)  JusHn.    4)  f.  eêvai,    5)  vienne. 


302  MERVEILLES  DU  DESERT. 

nCeste  première  joste  m*a  Porrus  otriée; 

^envoie  cui  tu  vius  por  recoivre  colée;  • 

„se  il  n'a  Tescu  fraint  u  le  brogne  fausée, 

„quan  que  jou  tieg  de  Uere  en  le  moie  contrée, 

,,otroi-jou  mon  signor,  n'en  quer  avoir  denrée."  5 

quant  Dans  Clins  Tôt  oi,  s'a  la  teste  levée, 

oi  a  le  nouviele  qui  pas  ne  li  agrée, 

et  saisit  Alixandre  au  règne  de  s'espée. 

„rois,  done  moi  le  joste  que  ois  a  demandée; 

„je  tie  ferai  mes  autre,  se  ceste  m'est  vée."  10 

„Rois,  doune  moi  la  jouste,  ce  li  jà  dit  Dans  Clins, 
„près  su!  que  me  combate  por  toi  et  por  les  Gris. 
„jou  ferai  la  batalle,  vers  lui  m'en  aatis; 
„se  tu  ne  me  le  dones,  tôt  ton  fief  te  guerpis.'' 
Alixandres  l'esgarde,  si  en  a  fait  i.  ris;  15 

des  xii.  pers.  apiele  11  rois  jusques  à  vi. 
„signor,  dire  vus  voel  icou  que  m'est  avis, 
„Ast|iros  de  Nubie  nous  a  mult  près  requis; 
„Dans  Clins  fera  le  jouste,  car  en  li  le  devis. 
„garde8  que  il  n'i  soit  ne  retenus  ne  pris/'  20 

li  xii.  per  respondent:  „jà  n'ait-il  paradis, 
„qui  vus  faut,  ne  Dant  Clin,  por  tant  que  il  soit  vis.'' 
quant  Dans  Clins  ot  oi  que  de  le  joste  est  fis, 
il  va  prendre  ses  armes  com  hom  volonteis, 
F.  48^   et  monta  è  1'  destrier  que  il  avoit  conquis  25 

à  le  desconfiture  ù  Daire  fu  ocis. 
Astaros  de  Nubie  li  vint  en  mi  le  vis.^ 

Astaros  de  Nubie  fu  mnlt  bons  chevaliers; 
lies  fu  de  la  batalle,  si  a  parlé  premiers: 
„dites-moi,  biaus  amis,  estes-vus  soudoiers  30 

„u  i.  des  xii.  pers  c'Alixandres  a  fiers?" 
—  vasal,  ce  dist  Dans  Clins,  trop  par  estes  legiers. 
,Je  sui  drus  Alixandre  et  ses  confanoniers; 
„si  m'a  ci  envoie,  jou  i  ving  volentiers. 
,J'ai  non  Dans  Clins  de  Grese,^  s'est  iteus  mes  mestiers,35 
,Jà  en  liu  ù  je  soie  n'amerai  losengiers. 
„ta  aras  le  bataille  puis  que  tu  le  requiers; 

1)  pis.     2)  d'ÂrêêU, 


MERVEILLES  DU  DESERT.  303 

^faisons  que  devons  faire,  si  laisons  les  plaidiers." 
et  respont  Astaros:  »,vus  dites  que  mult  fiers." 
lor  se  sunt  desflé,  si  brôcent  les  destriers. 

Or  se  sunt  desfié  et  si  entre-feru 
que  les  lances  pecoient  et  fendent  li  escu;  5 

onques  poitraus,  ne  caingles  n'en  a  i.  retenu; 
tant  corn  anstes  lor  durent  se  sunt  entr'  abatu. 
quant  il  furent  à  tiere,  n'i  ont  gaires  jeu, 
ains  resalent  en  pies  com  hom  de  grant  vertu. 
Dans  Clins  sot  d'escremie,  si  a  premiers  féru;  10 

s'espée  li  descent  entre  coP  et  escu, 
le  brac  à  tout  le  puig  li  a  sevré  de  V  bu; 
à  Tautre  cop  Teust  u  mort  u  retenu, 
quant  cil  d'Inde  et  de  Bautre,  de  la  tiere  Porru, 
i  vienent  tout  ensamble;  si  ont  levé  i.  hu.  15 

Alixandres  le  voit,  s'ot  paor  de  sen  dru 
et  dist  as  xii.  pers:  ,jà  arons  Clin  perdu.'' 
li  xii.  per  ont  dit  quant  il  l'ont  entendu: 
„Ii  damages  est  nôtres,  li  vasaus  a  perdu.'' 
or  peignent  tout  ensamble,  n'i  ont  plus  atendu;  20 

o  les  espées  nues  li  ont  bien  secouru, 
meismes  AlixandreéT  li  a  baucant  rendu, 
puis  li  dist  en  riant  de  soie  part:  „salu 
„de  m'amor  a  Y  franc  don,  que  tout  avons  veu, 
„que  navré  vus  l'aves  et  son  cors  retenu."  2S 

Quant  furent  ambes  ii.  jostées  les  batalles, 
des  lances  s'entrefièrent  très  par  mi  les  coralles. 
dont  traient  les  espées  quant  les  lances  font  falles, 
tous  les  elmes  dépècent  et  des  haubers  les  malles 
dqu  fier  et  de  l'acier  par  devant  les  ventalles,  30 

et  volent  plus  espés  que  par  vent  ne  font  pailles; 
li  i.  fièrent  les  autres,  sans  nule  repoalles. 

Quant  Alixandres  voit  le  batalle  en  la  prée, 
il  sist  sor  Bucifal  à  le  longe  alenée. 
mult  par  fn  grans  la  prese,  quant  l'os  fii  ajostée  35 

et  voit  de  1'  duc  de  Bautre  qui  ot  traite  s'espée; 
d'un  Griu  que  il  ot  mort  fli  toute  ensanglentée. 
1)  eoTê, 


304  MERVEILLES  DU  DESERT. 

Alixandres  le  voit,  s'a  la  couleur  muée 
et  broce  Bucifal  tôt  une  randonée, 
et  va  férir  le  duc  en  la  targe  roée, 
que  trestoute  li  a  et  percié  et  fausée, 
et  très  par  mi  le  pis  a  le  brogne  esfondrée  ;  5 

entre  les  ii.  espaules  a  Tescine  copée. 
tant  com  anste  li  dure,  l'abat  mort  en  la  prée. 
li  gent  à  icel  duc  s'enfuit  tote  esfrée, 
que  jamais  par  nul  hom*  ne  sera  rasanlée. 
Bos  li  rois  de  Cartage  a  se  gent  amenée,'  10 

F.  48®    et  furent  bien  xx™   de  noire  gent  barbée; 
il  sist  sor  le  ceval  que  li  tramist  la  fée, 
une  ensegne  de  pale  en  se  hanste  ot  fremée. 
il  broce  le  destrier  ki  cort  de  randonnée 
et  va  ferir  i.  Griu  tout -une  randonée,^  15 

que,  Yoiant  Alixandres,  en  a  Tame  sevrée. 
Alixandres  le  voit,  s'a  sa  gent  escriée; 
il  broce  le  ceval  tout  une  randonée 
et  va  férir  le  roi  sor  la  targe  listée, 
tel  cop  li  a  donné  de  Tespée  dorée  20 

que'  le  tieste  à  tout  l'elme  li  a  de  l'  bu  sevrée, 
cil  de  Bautre  s'enfuient,  si  départ  la  melléé; 
mult  a  bien  Alixandres  se  gent  reconfortée. 

Li  rois  retint  son  règne,  à  ii.  estriers  s'apuie; 
de  V  dart*  qui  est  d'acier  trait  de  V  sanc  et  essuie,     25 
et  quant  il  fu  bien  tiers, '^  ens  è  V  fuere  l'estiue,^ 
et  conunande  Ariste  que  se  gent  li  conduie; 
puis  a  pris  i.  espiel  por  cou  que  joindre  en'  quide. 
Porron  quiert  par  le  camp,  paor  a  que  ne  l'  troise, 
por  cou  c'a  l'autre  fois  toma  si  tos  en  fuie.  30 

quant  il  ne  Y  pot  trouver,  durement  H  anuie, 
n'encontre  chevalier  que  le  siele  ne*  wide; 
de- le  noise  de  l'  cors  et  de  le  gent  ki  huie, 
ne  tome  celé  part  que  tous  li  renç  ne  bniie, 
il  n'encontre  conpagne  que  forment  ne  destruie;  35 

11  dart  que  li  Griu  lancent  vont  plus  espes  que  pluie. 

1)  à  nul  jor.   2)  aunéé.    3)  en  »é  iarge  dorée,    4)  U  brtme.    5)  Ursé. 
6)  le  ^in'e.     7)  joêter. 


MERVEILLES  DU  DtiSERT.  305 

Li  quens  Arides  maine  le  coDpagne  roial 
qne  Porras  aime  plus  que  nul  home  caraal; 
il  Tavoit  adoubé  à  une  feste  anual. 
d'un  Griu  c'ot  abatu  enmenoit  le  ceval, 
s'il  ne  le  puet  aidier  ne  se  tient  à  loial;  5 

l'ensegne  que  il  porte  commande  au  senescal, 
encontre  Roboan  broce  tout  i.  ingal, 
de  Tespée  qu'il  tient  tel  li  donne  è  V  nasal, 
le  boucle  et  le  nasaP  en  abat  contre  val, 
le  destrier  ù  il  sist  trance  dusqu'è  1'  poitral;  10 

et  celi  qu'il  enmaine  a  pris  son  mentonal,' 
se  le  rendi  au  Griu  à  guise  de  rasai. 
Alixandres  le  Toit,  pour  cou  le  tient  à  mal 
qu'il  guerpi  l'oriflanbe  por  nul  homme  carnal. 
nSire,  dist  Aristes,  onques  mais  n'oi  tal,  15 

„ne  Yoel  qu'il  aif  de  1'  Totre,  nés  i.  esperonnal.'' 

Es  TUS  Emenidus  sor  i.  destrier  liart. 
n'encontre  cheyalier  qui  de  mort  n'ait  sa  part, 
et  voit  i.  Grius  de  Bautre  qui  des  Grius  fet  escart;' 
il  broce  le  ceval,  venus  est  celé  part;  20 

li  dus  ne  Tatent  mie  à  guise  de  couart, 
tel  li  done  en  l'escu  ù  paint  ot  i.  lupart 
que  plain  pié  et  demi  li  mist  è  1'  cors  d'un  dart; 
quant  il  se  sent  navrés,  de  mal  talent  tos*  art; 
s'or  ne  se  puet  vengier,  mult  se  tient  à  couart.  25 

li  dus  s'en  est  tomes,  mais  trop  est  meus  tart, 
Emenidus  le  flert  en  Telme  d'un  fausart, 
desi  que  es  arçons  l'escine  li  départ; 
le  cop  voit  Aliiandres  qui  fu  en  son  esgart. 

Or  va  Emenidus  navrés^  par  la  bataille,  30 

or"  voit  i.  duc  de  Bautre,  ne  laira  ne  l'asaille; 
tel  cop  li  a  doné  è  1'  pis  sor  la  ventalle, 
le  fier  de  son  espiel  li  met  en  la  coralle; 
tant  souef  l'abat  mort  que  de  riens  ne  tfavalle. 
F.  48'  ce  cop  voit  Alixandres,  ne  puet  muer  n'i  aille;  35 

quant  il  le  voit  navrés,  dolans  en  est  sans  faille 

1)  U  boues  et  le  menton,     2)  eoue  •'.  tonai.     3)  eoêori.     4)  tous. 
5)  armée.    6)  et. 

U  KoMwuau  rAUauuiire.  20 


306  MERVEILLES  DU  DÉSERT. 

et  dist  Emenidus  pour  coi  se  c'on  trayaille,^ 

ne  set  nul  cheyaiier  qui,  pour  son  cors  le  vaille. 

se  plaies  li  estoupe  por  le  sanc  qui  n'en  saille; 

d'un  bendel  li  estraint  par  de  delès  Ventralle, 

puis  apela  i.  mire  pour  tos  garir  la  plaie.  5 

Licomas  sist  armés  desor  i.  ceral  noir 
que  li  rois  Alixandres  li  donna  l'autre  soir. 
Bos'  li  rois  d'Outremons  vit  sor  le  brun  seoir; 
ensamble  yolrent  joindVe,  ne  lor  pooit  caloir, 
•car  il  s'entre  fièrent  par  issi  grant  pooir  10 

c'onques  escus  ne  elmes  ne  lor  pot  riens  yeoir.' 
par  mi  le  cors  se  font  les  bons  espius  paroir; 
cou^  fu  li  plus  bleciés,  si  se  laisa  cheoir. 
si  homme  l'emportèrent,  de  cou  fisent  savoir; 
et  Licomas  se  pasme,  ne  se  pot  astenoir.  15 

Alixandres  l'ot  dire,  ne  s'en  pot*remanoir; 
quant  il  li  vit  le  sanc  desor  le  pis  caoir, 
de  jouste  Emenidus  le  fait  aler  seoir; 
puis  li^  a  dit  au  mire,  que  tout  a  son  voloir, 
mais  que  bien  le  ganse,  donra  li  grant  avoir.  20 

et  li  mires  respont:  ,Je  vus  afi  pour  voir 
„queporont  porter  armes  tel  di  com  fu  er  soir.'' 

Pilotes  est"  armés  è  1'  ceval  Espagnols 
et  ot  en  son  se  lance  i.  confanon  Turcois; 
il  n'ot  en  toute  l'ost  chevalier  plus  cortois.  25 

eus  en  mi  le  batalle  vit  i.  duc  et  ii.  rois 
qui  le  grignor  damage  faisoient  des  Grijois; 
il  broce  le  destrier,  si  va  joindre  à  aus  iii. 
cil  le  férirent  bien,  mais  ne  lor  vaut  i.  pois 
que  ne  les  abatist  entresi  qu'à  i.  mois.  30 

les  ii.  en  abat  mors  et^  le  tierc  de  manois, 
si  le  rent  Alixandre  par  les  boutons  d'or  frois. 
Marges,  li  conpains  Got,  sist  è  1'  ceval  Morois; 
à  le  loi  de  sa  tiere  est  armés  comme  rois, 
là  ù  il  s'entre-contrent,  se  fièrent  de  manois;  35 

Margos  le  féri  bas  sor  l'escu  Vienois, 

1)  four  voir  «mi#  nule  faUie.    2)  Qos.    3)  vmhir,    4)  Ooê*    5)  «t* 
6)  êiêt.    7)  friêL 


mRVEILLBS  DU  DÉSERT.  307 

au  costé  li  a  joint  le  hanste  de  quartois, 

et  Pilotes  fiert  lui  com  ceyaliers  cortois; 

tout  li  trance  Tescu  et  le  jupe  d'or  frois, 

par  mi  le  destre  espaule  li  met  le  fer  Gr^ois; 

de  r  confanon  pert  outre»  ne  sai  ii.  pies  ou  iii.  5 

Desor  L  ceval  noir  est  Perdicas  armés 
et  vit  i.  duc  de  Bautre  qui  de  Tost  fu  sevrés, 
le  oeyal  enmenoit  d*un  Griu  qui  ert  navrés; 
se  ne  le  puet  rescourre,  jà  sera  forsenés. 
à  tant  point  le  ceval,  celé  part  est  aies,  10 

li  dus  le  vit  venir,  se  li  est  retornés; 
mervillous  cop  se  douent  es  escus  painturés; 
desous  les  boucles  d'or  les  ont  frais  et  quasés. 
n'i  a  cel.  ki  caist,  car  cescuns  est  provés , 
de  grant  cevalerie  est  cescuns  renomés.  15 

li  dus  le  sent^  hardi,  fuiant  s'en  est  tomes, 
par  i.  sol  petitet  ne  li  est  escapés, 

Perdicas  li  escrie:  „vasal,  cà  revenes. 

„mult  est  bons  li  cevaus,  se  ensi  le  menés." 

il  broce  le  ceval,  si  est  avant  aies  20 

et  fu  plus  tos  à  lui  que  i.  faucons  volés. 

de  l'espée  qu'il  tint  le  féri  es  costés, 

dusques  en  le  cervele  li  est  li  brans  coulés; 

F.  49*  ne  li  valu  ses  elmes  ii.  deniers  monnaés. 

li  haubers  c'ot  vestu  li  est  rous  et  fausés,  25 

l'escine  li  fendi  par  entre  ii.  costés, 

sor  l'arcon  de  la  sele  est  ii  cols  avalés; 

l'une  moitiés  de  1'  cors  est  à  tiere  versés, 

l'autre  moitiés  cai  à  la  tiere  de  lés, 

et  dient  cil  de  Bautre  :  „cil  Grijois  est  dervés.  30 

„as  diables  soit  hui  ses  convens'  commandés." 

il  a  pris  le  ceval,  arrière  est  retornés; 

Alixandre  le  baille  par  le  frain  qu'est  dorés. 

Porrus  va  par  le  camp  et  se  gent  mult  enorte; 

là  ù  il  voit  besoig,  si  aiue  et  conforte,  35 

sovent  crie  s'ensegne  que  se  gens  ne  reorte,' 

et  voit  Salatiel  i.  fort  roi  de  Marote 

J)  ê9uL    2)  «jfort.    3)  reêorU. 

20* 


308  MBRVBILLBS  DU  DÉSBRT. 

qui  tant  s'est  conbatus,  toute  s'espée  est  torte. 

une  esciele  des  Grius  Teumenoit  à  reorte, 

il  broce  le  destrier,  brandist  Fespiel  qu'il  porte, 

va  souscorre  le  roi  qui  mestier*  en  a  forte. 

si  bien  i  fiert  cescuns  de  l'espée  k'il  porte  5 

*que  le  rois  ont  rescous  et  l'autre  *gent  ont  morte. 

Or  a  Porrus  rescous  le  roi  Salatiel; 
il  broce  le  ceval,  tint  i'escu  en  cantiel, 
encontre  Lincanor  qui  seoit  sor  mortel 
que  jambes  enversées  l'abati  de  1'  poutriel;'  10 

si  le  ffert  de  l'espée  dont  d'or  sunt  li  clartel. 
de  meisme  le  pointe  va  férir  Samuel; 
tout  li  trance  Tescu  ki  fu  à  lionciel, 
le  hauberc  li  desront,  desmalle  le  caviel,' 
si  qu'è  r  ventre  li  brise  ambedoi  li  coutiel.  15 

quant  il  le  trait  à  li,  si  kient  li  boriel; 
puis  regarde  sor  destre  et  voit  i.  jouvenciel 
qui  fu  dru  Alixandres,  adoubés  de  novel. 
i.  sien  baron  voit  mort,  ne  li  fu  mie  bel; 
il  a  point  le  destrier  qui  mult  li  cort  isniel,  20 

tel  cop  li  a  doné  de  l'espée  à  noiel 
que  mort  l'a  abatu,  ains  n'i  ot  contr'  apel. 
après  por  li  garder  vont  poignant  damoisiel; 
des  vavasors  d'Egite*  ont  mort  à  lor  revel.* 
teus  1.  en  i  ot,  n'i  a  nul  n'et  castiel.  25 

Porrus  jure  sen  Deu  c'on  claime  Lucabel:^ 
se  il  trueve  Alixandre,  le  viellart,  le  mesiel, 
ne  li  vauront  ses  armes  le  monte  d'un  capel, 
que  le  cief  à  tout  l'elme  li  cai  è  l'  putiel.^ 

Lincanors  saut  en  pies,  com  bon  de  grant  vertu,     30 
puis  Fenporte®  outre  au  roi  qui  Tavoit  abatu; 
poise  li  de  morel  que  il  avoit  perdu; 
quant  ne  se  pot  vengier,  iriés  et  dolans  fu. 
i.  duc  qui  ert  de  Bautre  a  devant  soi  veu; 
tel  cop  li  a  doné  de  1'  branc  d'acier  moulu  35 

que  le  clef  o  tout  l'elme  li  a  sevré  de  1'  bu, 

1)  kêêoignê.     2)  è  f  fraêl,     3)  ctovel.     4)  iê  Grew,     5)  cêmM. 
6)  Jufitêi.    7)  iolra  ê  V  fraiel.    8)  t'en  ptuêé. 


MERVEILLES  DU  DESERT.  309 

puis  saisi  par  le  règne  le  destrier  ki  bons  fu, 

et  monta  è  1'  ceral  et  met  derant  l'escu. 

le  mautalent  k'il  ot  lor  a  mult  cier  vendu; 

y.  chevaliers  a  mort  et  i.  duc  retenu. 

tant  a  quis  Alixandre  que  il  li  a  rendu.  5 

Es  TUS  Aminadap  qui  fu  rois  d'Elenie; 
por  cou  que  sa  gens  est  conbatans  et  hardie, 
Tavoit  Pomis  mandé  et  semons  par  banie. 
0  Ix*-  homes  ert  venus  en  s'aie; 

devant  toute  sa  gent  requiert  cevalerie  10 

et  porte  en  son  brac  destre  une  mance  samie. 
F.  49^  por  sa  gent  ralier  à  hautes  vois  s'escrie, 
s'il  encontre  Alixandre,  ne  laira  ne  Tocie. 
Antigonus  Toi,  si  li  torne  à  folie; 
hurtent  des  esporons  le  sor*  de  Tabarie;  15 

grant  cop  li  a  doné  en  le  large  florie. 
jà  soit  cou  cose  que  sa  lance  ert'  croisie, 
por  quant  se  V  met  à  tiere,  voiant  sa  barotiie; 
dou  ceval  ù  il  sist  a  le  règne  saisie, 
oui'  qu'en  poist  ne  qui  non,  de  le  prese  Tenguie;         20 
por  chevalier  estrange  n'en  perdera  mais  mie. 
Alixandres  le  voit,  ne  puet  muer  n'en  rie. 

Aminadap  saut  sus,  au  plus  tos  que  il  pot; 
por  cou  qu'il  est  caus,  mult  grant  vergogne  en  ot. 
de  son  ceval  li  poise  que  li  Grius  enmenot;  25 

voit  i.  baron  de  Grese  qui  devant  li  passot, 
tel  cop  li  a  doné  de  1'  branc  que  il  portot 
que  l'elme  li  fendi  et  le  ciercle  trancot; 
desi  que  ens  es  dens  li  acers  en  coulot; 
si  l'a  mort  abatu  que  onques  ne  dist  mot.  30 

por  cou  li  fu  mult  bel  que  Porrus  veu  l'ot. 
le  cop  que  il  ot  fait,  ains  teus  hom  ne  le  sot, 
que  de  cevalerie  forment  le'  prit  et  l'ot. 

Porrus  va  par  le  camp,   des  Grius  fait  grant  damage;* 
quant  Dans  Clins  l'ot  veu,  si  broce  Boniface  35 

et  a  traite  l'espée,  le  fort  escu  enbrace. 

1)  voir.    2)  que  la  lance  li  eoil  toute.    3)  ne  V.    4)  eoetre  le  camp 
des  mors  par  mi  la  place. 


310  MERVEILLES  DU  DÉSERT. 

Porrus  le  voit  venir,  si  le  fiert  d'une  mace 

que  son  escu  li  fent  com  se  il  fust  de  glache/ 

que  li  et  sen  ceval  abat  en  mi  le  place. 

Dans  Clins  resaut  en  pies,  qui  de  mort  le  manace; 

en  mi  le  pis  le  fiert  que  Tauberc  li  deslace.  5 

par  grant  vertu  Tenpaint,  à  la  tiere  le  quase; 

li  cevaus  siet  sous  li  en  mi  une  crevace. 

Dans  Clins  sali  en  pies  quant  à  tiere  se  sent; 
ains  que  Porrus  se  liet,  par  le  nasel  le  prent; 
et  Porrus  crie  s'ensegne  pour  ralier  sa  gent,  10 

et  il  i  sunt  venu  mult  esforciement. 
à  le  rescouse  furent  iiii™-  et  vii®*; 
mais  li  home  Alixandre  ne  resont  mie  lent 
de  ii.  pars  i  coururent  mult  esforciement; 
cescuns  au  mius  qu'il  pot  de  retenir  content.  15 

Porrus  sace  l'espée  qui  au  costé  li  peut 
et  fiert  Dans  Clins  sor  l'elme,  que  trestot  le  porfent, 
de  r  Cop  fu  estordis,  à  le  tiere  s'estent; 
jà  s'en  alast  Porrus  quant  Tolomes  descent; 
ne  s'en  ira  hui  mais,  se  estor  ne  li  rent.         *  20 

o  les  brans  acerins  se  fièrent  si  forment, 
tous  les  escus  porfendent  qui  sunt  à  or  piument. 
Porrus  cal  à  tiere ,  si  en  ot  grant  torment 

Porrus  resaut  en  pies,  quant  se  sent  abatus; 
il  escrie  s'ensegne  por  raloier  ses  drus,  25 

et  il  i  sunt  venu  o  lor  espius  moulus; 
et  li  Griu  se  ralient,  mult  est  grans  lor  vertus, 
reclaiment  Alixandre  o  les  grailes  menus. 
Alixandres  les  ot,  celé  part  est  venus, 
dont  refu  11  estors  fièrement  maintenus.  30 

là  ot  des  anstes  fraintes  et  perciés  des  escus; 
cccc.  chevaliers  i  ont  les  cies  perdus, 
sor  tous  les  autres  est  Alixandres  cremus; 
il  trait  le  bone  espée  à  ii.  espius  molus, 
trance  lor'  elihes  et  lor  cies  et  lor  lius.  35 

F.  49*  fièrent  li  Griu'  qui  mult  sont  irascus 

et  départent  la  prese  as  brans  qu'il  ont  tous  nus, 
1)  glaee,    2)  i7  lor  trancé  Uê.    3)  et  li  Grijoiê  i  fierml. 


MBRVfiILLES  DU  DÉSERT.  3  (  f 

XV.  dus  et  IX.  princes  et  vii.  rois  retenus.* 

Aminadap  fu  pris  et  Liones  perdus;' 

li  batalle  aclarie,  quar  li  cans  est  perdus; 

cil  de  Bautre  s'enfuient  vers  Fiare  de  Gaulas. 

Pomis  est  entre  Grius  ù  il  est  conbatus;  5 

asses  lor  a  malmis  et  lances  et  escus; 

o  le  branc  acerin  s'est  si  H'aus  desfendus 

que  ni  a  si  hardi  de  prendre  ne  soit  mus; 

quar  aine  que  il  fust  pris,  se  fust  mult  cier  rendus. 

là  ù  voit  Alixandre,  si  est  à  lui  rendus;  10 

bien  le  connut  as  armes  ù  li  ors  fu  batus, 

et  o  le  grant  conpagne  dont  li  cans  est  vestus. 

quant  Toit  par  le  ventalle  les  blons  careus  cenus» 

bien  sot  c'on  l'a  gabé,  si  s'est  aperceus. 

Porrus  voit  qu'il  est  pris,  si  l'estut  sospirer,  15 

et  voit  ses  homes  mors  que  n'i  ot  recouvrer; 
quant  autre  ne  pot  estre,  ne  se  vot  esmaier. 
là  ù  voit  Alixandre,  rent  lui  son  branc  d'acier 
et  dist  en  son  latin'  que  il  l'avoit  rault  cier. 
Alixandres  Tentent  sans  autre  latinier,  20 

quar  de  tous  les  langages  s'estoit  fait  doctrinier; 
et  quant  il  prist  l'espée  se  Y  prent  à  manecier 
por  cou  que  l'ot  tant  fait  pener  et  travailler; 
l'auberc  li  fait  fors  traire  et  l'elme  bon  d'acier.* 
Porrus  voit  Alixandre  armé  sor  son  destrier,  25 

envers  lui  s'umelie  et  li  prist  à  proier 
que  ne  le  face  ocire  et  son  cors  damagier; 
quar  saus^  de  bone  garde,  en  pot  avoir  d'or  mier, 
plus  que  ne  porteroient  iiii"*  soumier. 
prist  le  par  mi  l'estrier,  le  pié  li  va  baisier;  30 

pité  ot  Alixandres,  si  le  fist  redrecier; 
rent  li  toute  sa  tiere  et  commande  à  bailiier. 
ses  prisons  li  amainent,  s'es  a  fait  desliier, 
et  quant  Porrus  le  voit  prist  soi  à  mervillier 
et  dist  que  il  ne  viut^  i.  seul  fil  de  mollier  35 

qui  osast  itel  cose'  faire  ne  commencier. 

1)  an>.  roiê  i  om  prié  et  xx.  dus.    2)  de  lors  sers  pendue.    3)  Im- 
gage,    4)  deelaeier.    5)  eol.    6)  vU  mmie,     7)  don. 


312  MERVEILLES  DU  DÉSERT. 

Alixandres  li  fait  conduit  aparillier; 
es  desers  viut  entrer  et  mult  les  vint  cerkier; 
quar  veoir  vint  les  bones,  se  il  n'a  enconbrier, 
que  Arcus*  ayoit  faif  en  Oriant  drecier. 

Quant  Porrus  fu  rendus,  6ot  et  Margot'  s'en  vont;    5 
ne  fu  si  crueus  gens  tant  que  Dex  fist  le  mont, 
jà  n'aront  bien,  ne  joie,  le  jor  que  mal  ne  font; 
manacent  Alixandre  que  dolant  le  feront. 
Alixandres  l'ot  dire,  à  poi  d'ire  ne  font, 
tout  droit  as  murs  de  Tir  ù  li  val  sunt  parfont  10 

et  li  tertre  sunt  droit,  envers  le  ciel  à  mont, 
iluec  les  enclora  que  jamais  n'en  istront, 
tant  c'Ante-Cris  i  yiegne  contre  le  gent  de  1'  mont. 

Gos  et  Marges  s'en  vont;  perdu  ont  de  lor  gent; 
X"*-  en  furent  mort  et  navré  iiii°-  15 

porter  les  font  en  bière,  et  si  se  font  dolent, 
maudient  Alixandre  et  quanqu'à  lui  apent; 
fil  à  putain  le  claiment  et  plain  d' 'encantement 
Alixandres  Tôt  dire,  por  poi  d'ire  ne  fent;* 
il  jure  Dame  1'  Deu  et  cou  qu'à  lui  apent,  20 

que  deçà  le  montagne,  les  ardra,  s'il  les  prent. 
à  esporon  le  siuent  mult  esforciement. 
F.  49'       Tout  droit  as  mons  de  Tus  s'en  va  Gos  et  Margos, 
et  li  rois  Alixandres  est  mis  en  lor  esclos. 
ains  les  mons,  est  à  aus  si  joins  et  si  apos  25 

que  ses  cevaus  en  fu  en  sanc  dusc'as  argos, 
*li  autre  passent  outre,  escapé  sunt  à  nos; 
et  li  rois  fet  cierkier  ces  pietruis  et  ces  cros 
que  nus  de  caus  n'i  soit  ne  caiis,  ne  repos. 

Li  pui  de  Tus  sunt  haut  envers  le  ciel  tout  droit;    30 
n'i  a  de  tous  pasages  fors  seulement  que  iii. 
par  iluec  s'en  va  droit  li  gens  qui  Deu  ne  croit; 
mult  en  poise  Alixandres,  quant  escaper  les  voit, 
voit  le  tiere  porfendre^  et  les  pietruis  crenoit;* 
jà  se  mesist  après  quant  Tholomes  disoit  35 

que  se  il  passoit  outre,  grant  folie  feroit. 
1)  k*Breuieê,   2)  Magoê,    3)  ne  par,   4)  fent    5)  por  fonde.    6)  éêtroiL 


MBRVBILLBS  DU  DÉSERT.  313 

desvoiabletés  sunt,  jà  n'en  escaperoit» 

qiiar  jamais  n'en  istront,  dusc'à  la  fin  seroit. 

Arestés  est  li  rois  et  fait  Je  ciment  faire 
de  cauc  et  de  mortier,  ains  n4  fu  veu  maire; 
droit  as  pietris  de  1'  mont  l'a  fait  li  rois  atraire;  5 

tant  par  fu  bien  sierés  que  riens  ne  1'  pot  desfaire, 
d'iluec  s'entome  au  jor,  quant  li  aube  resclaire, 
et  les  gens  Alixandre  enr  Inde  s'en  repaire, 
et  Porrus  avoec  lui  qui  ot  fier  le  viaire; 
tous  les  trésors  qu'il  a  li  fet  mostrer  et  traire.  10 

„Sire,  ce  dist  Porrus,  primes  te  Toel  semonre 
„que  voies  mes  trésors  de  coi  ne  sai  le  nonbre, 
„*que  mes  ancissor  firent  de  sous  tere  repondre. 
„tant  en  prent  aroec  toi  que  nus  n'es  sace  espondre, 
„et  por^  bien  aflner  iiii.  fois  le  fet'  fondre;  15 

„tant  en  donc  à  tes  homes. que  nus  n'en  sace  gondre, 
„et  facent  vassiaus  d'or,  bellins  comme  coulombe. 
„le  don  que  m'as  doné,  qui  est  que  puise'  espondre? 
„à  ton  service  faire  nule  riens  ne  m'enconbre; 
„mius  aim-jou  ten  service  que  par  la  calor  ombre."     20 

Dont  respont  Alixandres,  com  hom  de  grant  savoir: 
„lai  ester  les  trésors,  ne  t'en  caut  de  movoir; 
„car  jou  et  tôt  mi  homme  n'en  ont  cure  d'avoir. 
„se8  que  dist  Salemons,  è  1'  livre  de  savoir: 
„bons  rois  adrece  tiere  et  le  fai  bien  seoir;  25 

„li  avoirs  le  destrui  et  fait  gaste  manoir. 
„*qui  rien  ne  volt  doner,  ami  ne  volt  avoir; 
„cil  ù  il  mius  se  fie,  le  met  enoncaloir. 
„se  je  t'ai  nient  doné,  or  le  me  fai  savoir;* 
„conduis-moi  es  desers,  se  riens  m'i  pues  valoir.         30 
„baille  moi  de  tes  hommes,  de  1'  mius  de  4en  pooir 
„à  cascun  fai  porter  tant  de  son  estavoir 
i^que  jà  nul  de  mes  homes  n'estuece.  remanoir.'^ 
—  sire,  ce  dist  Porru9,  ce  t'afl-jou  por  voir 
mius  te  voel  obéir  et  faire  ton  voloir  35 

que  à  mes  maluves  Dex  qui  m'ont  laisié  caoir. 
1)  M  r  faU,     2)  tt  bien  iv.  foie.     3)  né  poroit  nii#.     4)  paroir. 


314  MERVEILLES  DU  DÉSERT. 

„Sire,  ce  dist  Porrus,  en  ce  oi  grant  damaje. 
„quant  Daires  fu  ocis  sor  Gangis,  è  1'  rivage, 
,,ases  me  fu  mandé,  par  bries  et  par  mesage, 
„que  si  te  demenoit  fort  avarise  et  rage. 
„onques  si  nobles  hom  ne  fu  en  ton  parage.  5 

„se  seuise  ta  vie  si  bien  et  ten  corage, 
„en  pais,  sans  contredit,  t'euse  fait  oumage. 
„tu  vas  querrant  proecce,  signorie  et  bamage; 
„qui  le  te  contredie,  ne  le  tieng  mie  à  sage. 
„ne  r  pot  tenir  castiaus,  ne  fors  cités  marage,  10 

„que  ne  le  siues  tant  que  li  faciès  outrage. 
„tu  m'as  hui  plus  doné  et  moi  et  mon, bamage 
„que  ne  raiemberoit^  l'amiral  de  Cartage/V 
F.  50*       „Porru,  dist  Alixandres,  tous  jors  t'a-on  conté 

„que  me  vois  conbatant  tous  jors  par  avorté.  15 

„avers  om  ne  puet  mie  conquerre  autre  règne, 

„ain8  pert  mult  de  sa  tiere,  car  si  voelent  li  Dé. 

„ses  com  m'aiment  mi  homme,  par  ma  grant  largeté; 

„de  ma  volonté  faire  se  sunt  tous  jours  pené, 

„et  jou  ai  à  cascun  se  volonté  donné.  20 

„tant  m'aiment  en  lor  cuers  et  si  sunt  aduré 

„que  mius  volroit  cescuns  avoir  le  cief  copé, 

„qu*envers  mon  anemi  euissent  destorné.' 

„quant  il  sunt  devant  moi  sor  les  cevaus  monté, 

„quan  que  je  vois  as  ions,  si  m'est  abandoné;  25 

„quar  se  tout  cil  de  l'  mont  estoient  asanlé, 

„ne  me  torroient'  mie  ne  castiel  ne  cité.'' 

„Porru,  dist  Alixandres,  savoir  dois  et  enquerre 
„en  quel  sens  avers  hom  destruit  et  conquiert  terre. 
„defors  l'ardent  et  reubent  tôt  cil  qui  li  font  guerre;    30 
„il  taille  caus  dedens  (*encuse),  et  fait  enquerre, 
„à  celui  tôt  l'avoir  qu'il  a  et  si  l'ensiere. 
,jà  pour  crier  merci  ne  pora  riens  conquerre; 
„quant  il  pot  escaper,  son  doel  et  s'ire  maire, 
„son  enfant  à  son  col  et  si  va  sen  pain*  querre.''        35 

„Porru,  dist  Alixandres,  ce  n'est  mie  mervelle;^ 

1)  n*a  mié  voilant.    2)  ioê  iomé.    3)  centré- tettroiêni.    4)  Ven/Wf 
por  êon  pain.    5)  devinalle» 


MBRVSILLB8  DU  DÉSBRT.  315 

„ayer8  hom  crient  tous  jors  que  ses  avoirs  ne  falle. 

„quan  que  il  puet  avoir,  met-il  en  repostaUe 

„et  puis  qu'il  l'a  repus  et  mis  sor  le  moraille, 

,Jà  puis  ne  donra  nient  que  i.  sol  denier  vaille. 

„de  ses  hommes  confondre^  crient  bien  le  convoitaille;  5 

,ià  tout  le  plus  félon  sa  tiere  donne  et  baille; 

„cescuns  li  amenuise  et  confont  et  travaille 

„et  manjue  le  gent  desi  en  la  coralle. 

„c'il  aporte  u  acroit,  jà  n'en  paiera  malle; 

„les  i.  semont  de  droit  et  as  autres  fet  taille;  10 

„]a  povre  gent  s'enfuit  et  la  tiere  anivaiUe. 

„quant  li  sires  l'ot  dire',  se  1'  tient  à  cootrovaOle, 

„por  cou  qu'U  ne  Tencaut,  fet  samblant  qu'il  l'encaille,' 

„tres  que  11  siers  ne  prent  qui  vaille  i.  oef  de  quaille. 

„lors  devient-il  si  fel,  quel  part  que  il  (*s'en)  aille      15 

„que  ne  troeve  provoire,  ne  monne  qui  l'asaille.'*  ' 

„Pomi,  ce  sevent  bien  li  povre  homme  et  li  haut, 
„c'avers  hom  est  plus  sos  que  espriviers^  en  gaut; 
„très  qu'il  n'a  bien  ses  homes,  tos  est  en  autre  saut; 
„n'a  voisin  qui  sa  tiere  ne  retolle  et  recaut,  20 

„et  s'il  piert  son  avoir,  dehait  ait  qui  en  caut; 
„quar  mult  sunt  fol  li  homme  ki  d'avoir  se  font  haut; 
„maint  homme  en  sunt  honni  et  par  froit  et  par  caut/' 

„Porrus,  dist  Alixandres,  mon  conduit  aparelle. 
„aler  voel  es  desers  ù  a  mainte  mervelle;  25 

„puis  revenras  en  Tille  ù  tu  fesis  te  trelle. 
„tes  Dex  qui  sunt  muisi,  fourbi  et  aparelle. 
,je  conquerrai  Egipte  dusc'à  la  mer  vermelle 
„et  prendrai  Babilone,  se  ma  gens  le  conseille, 
„que  avoir  voel  la  tor  qui  vers  le  ciel  torelle;  30 

„s'odrai  le  serpent  c'on  dist,  qui  tous  jors  velle.*' 

„Sire,  ce  dist  Porrus,  je  fac  aparillier; 
,Jes  bestes  totes  vives  i  menrons  por  mangier 
„et  l'autre  garison  porteront  li  soumier. 
„n'aura  en  toute  l'ost  seijant,  ne  chevalier,  35 

„s'è8  desers  se  veut  rere^  u  tondre  u  bagnier, 

1)  ftMfil  /•   tire  roi  dire.    2)  ne  H.    3)  ^'i7  n'uêaiile.    4)  hêrwtitêê. 
5)  faire. 


316  MERVEILLES  DU  DÉSERT. 

„que  De  puist  de  fin  or  vaissiaus  aparillier; 
F.  50*   „ne  por  la  grant  calor  ne  Testeura  laisier, 
„yentouser  ne  se  face»  u  de  vaine  sainier; 
„cescuns  à  son  talent  se  face  apparillier.*' 
—  Porrus,  dist  Alixandres,  mult  te  doi  avoir  chier,        5 
„quar  par  ten  bel  service  me  vins  eslosengier.*** 

A  tant  sunt  cil  de  Bautre  semons  et  bani  tuit, 
qu'il  soient  es  desers  dusc'à  à  mardi,  à  nuit 
et  portent  vin  et  iave  et  ferine  et  pain  cuit, 
pois,  fèves  et  vitaille,'  poivre,  commin  et  fruit,  10 

et  menront  Alixandre  et  Porru  qui  Y  conduit 
Porrus  jure  le  ciel,  Teve  et  le  vent  ki  bruit, 
que  cil  qui  remanront  seront  mort  et  destruit, 
qui  ne  poront  garir  ne  par  jor,  ne  par  nuit. 

Or  murent  cil  de  Tost  à  joie  et  à  baudor;  15 

cil  de  Bautre  se  juent^  par  si  très  grant  amor,  g 

ne  fuscent  li  serpent  dont  il  ont  grant  paor; 
jà  DUS  d'aus  en  sa  tiere  ne  fust  à  tel  ounor. 
Porrus  sert  Alixandre  que  il  tient  à  signor; 
il  ne  trêve  (es)  désert  erbe,  ne  bone  odour  20 

qu'il  ne  face  quellir  et  aporter  la  flour; 
le  tref  le  roi  en  jonke  que  il  sente  l'odour. 
les  maus  pas  lor  escive,  k'il  n*aillent  à  dolor; 
très  par  mi  les  grans  tieres  aquellirent  lor  tour, 
si  c'as  bornes  Arcu  vinrent  à  V  sepme  jor.  25 

Quant  li  rois  voit  les  bones,  mult  fu  joians  et  lies; 
ii.  images  d'or  vit,  dont  est  mult  mervilliés. 
„sire«  ce  dist  Porrus,  de  coi  vus  esmaies? 
„ne  pases  ces  ymages,  que  ce  seroit  peciés. 
„desvoiabletés  sunt,  tos  en  séries  iriés.  30 

„la  mers  qui  tiere  clôt,  a  les  mons  si  plaies* 
„et  l'ardors  de  Y  solel  a  si  les  clos  perciés,^ 
„mult  i  a  de  teus  lius  ù  vous  trebuceries, 
„lè8  la  rive  de  l'iave,  ù  parfont  sunt  li  bies, 
„et  se  vus  entries  ens,  mult  tos  séries  noies.  35 

„et  de  r  péril  de  Tiave  se  vus  en  escapies, 

1)  vtntras  eslongier,    2)  lentille,    3)  /e#  yuitnL    4)  floiés,    5)  e««rtf 
Mêciéê. 


MERVBILLB8  DU  D^SBRT.  3 1 7 

„et  si  cà  freme  tiere  l'autre*  reveiscies, 
,,li  périus  est  si  grans  que  jà  n'en  revenriies. 
„on  ne  set  qui  il  est,  jà  tos  sera'  mangiés/V 

„Quant  Libis  et  Arcus  Tinrent  en  Oriant 
„et  orent  tant  aie  que  ne  porent  avant,  5 

.,,ii.  imagenes  d'or  firent»  qui  furent  de  lor  grant; 
„en  tel  liu  le  posèrent,  qui  bien  fu'  aparant 
„et  que  mais  à  tous  jors  i  fuscent  demostrant.* 
„onques  antres  ymages  n'i  ot  home  vivant. 
„rois,  fai  le  sacrefixe,  que  n'aient  maltalant;  10 

„que  tout  s'en  voisent  lie  li  petit  et  li  grant, 
„si  com  firent  icil  qui  furent  Deu  poiscant.'' 
quant  Alixandres  l'ot,  si  respont  en  riant: 
„li  gent  de  ceste  tiere  sunt  trestout  mescréant, 
„*qui  croient  ces  jrmages  et  les  vont  aorant,  15 

„qui  n'oent,  ne  ne  voient,  ne  ne  font  nul  samblant^ 
„qui  les  gieteroit  ore  ens  en  i.  fu  ardant, 
„il  n'ont  tant  de  vertu  que  s'en  fuscent  iscant/' 

Le  nuit  jurent  iluec;  au  matin  sunt  levé; 
grant  pièce  fu  de  1'  jor  ains  que  il  aient  torse  20 

et  sunt  venu  à  l'iave  dont  parfont  sunt  li  gué, 
et  il  ont  cloies  faites,  ros  et  raime  giété,^ 
à  mervillouse  paine  sunt  tout  outre-passé; 
de  devant  les  ymages  sunt  en  mi  liu  entré, 
quant  Alixandres  voit  se  gent  à  sauveté,  25 

de  le  joie  qu'il  ot,  a  Porru  apielé, 
F.  50*   et  Pomis  vint  à  lui,  s'amena  Tho^pmé. 

sor  le  senestre  espaule  li  a  son  brac  jeté; 

si  li  dist  en  riant:  „car  nos  fuscons  digne, 

„devant  nos  gardons  bien,  car  derier  sunt  li  Dé.  30 

„ne  se  fièrent  gaires  en  lor  grant  dignité, 

„quant  por  i.  seul  mal  pas  furent  espoenté, 

„que  ne  repasèrent  outre,  ains  se  sunt  retorné; 

„ne  nous  n'avons  ronci  qui  ne  Tait  traversé.'' 

Tholomes  saut  en  pies  por  le  mangier  haster;  35 

quant  fu  aparilliés,  s'unt  l'iave  demandé,' 

1)  là  ouirê.    2)  êeries.     3)  encore  Ml.     4)  dewwrant.    6)  vont  nui 
f  «riant,    6)  el  iani  4e  hoê  rué,     7)  «•  fait  Viave  crier. 


318  MBRVBILLBS  DU  DÉSERT. 

et  sunt  par  toute  l'ost  tout  assis  au  cligner. 

quant  il  furent  asis,  si  les  estut  lever; 

c'onques  de  garison  il  ne  lor  lut  gouster, 

que  cil  les  escrièrent  qu'es  dévoient  garder, 

que  virent  les  mervelles  des  désers  asambler.  5 

et  dient  Alixandre:  „rois,  fai  te  gent  armer; 

,,tant  veons  d'olifans  que  ne  poons  esmer. 

,jà  seront  mal  bailli  s'il  nos  pueent  trover.'' 

cil  que  premiers  les  vit,  Tala  au  roi  conter; 

li  rois  cline  vers  tiere,  si  commence  à  penser  10 

et  quant  fu  redreciés,  si  commence  à  penser.^ 

Alixandres  commande  ses  chevaliers  monter 

et  caus  qui  sunt  à  pié  les  herbeges  garder, 

et  fait  par  toute  Tost  ses  buisines  soner 

et  commande  as  cevaus  les  voies  è  moustrer,  15 

tant  que  les  olifans  font  en  fuies  torner. 

quant  voit  quil  s'eslonjent  et  esforcent  d'aler, 

as  chevaliers  les  fait  o  les  lances  bouter; 

viii^-  et  xxvii.  en  a  fait  envierser. 

les  dens  en  a  fait  traire  et  tous  les  ious'  oster;  20 

mius  valu  li  ivores  que  il  fist  aporter 

que  trestous  li  avoirs  de  Palerne  sor  mer. 

„Sire,  ce  dist  Porrus,  ceste  tiere'  est  mult  fière, 
„mult  est  désabitée,  ne  sai  qu'en  puise  diere. 
„se  nos  passons  encore  une  autretel  rivière,  25 

„noient  sera  jamais  de  retomer  arrière. 
„tant  que  notre* mesnie  est  haliegre  et  entière, 
„se  nous  en  retornons  tout  une  notre  carière; 
„li  palus  est  si  mole  et  desous  si  plenière, 
„quar  ki  estoit  plain  pié  de  le  voie  corsière  30 

„ne  seroit  mes  veus  en  nesune  manière." 
—  Porrus,  dist  Alixandres,  je  fac  por  ta  proièrc." 

Duec  se  herbregièrent  de  jouste  le  marois; 
i.  poi  de  fossé  firent  devant  aus  por  defois. 
le  nuit  se  herbregièrent,  lendemain  furent  trois.  35 

arrière  se  retoment  cil  d'Inde  et  li  Grijois. 
par  devant  les  ymages  est  arestés  li  rois, 
1)  êa  gent  fis*  eonresr.    2)  oê,    3)  voie. 


MBRVBILLBB  DU  DÉSBRT.  31 9 

por  cou  que  ce  jor  fu  le  Calende  d'un  mois. 

Porrus  et  Alixandres  sacrefient  manois; 

et  ot  au  sacrefixe  vaces  1.  et  trois. 

le  los  d'un  sacrefixe^  cantteent  en  Indois, 

que  orent  reyestu  i.'  capelain  cortoîs.  5 

Quant  ont  de  la  Calende  célébrée  la  feste; 
de  diverse  manière  lor  sali  une  beste: 
le  poil  ot  gros  et  dur  et  poignant  com  areste. 
quant  cil  de  l'ost  le  huèrent,  tôt  maintenant  areste; 
à  i.  trestout  seul  tor  lor  a  fait  grant  moleste;  10 

*xiy.  chcTalier  lor  ocist  et  tempeste. 
li  Griu  corent  entor  qui  mult  heent  se  geste; 
à  maus  et  à  cuignies  li  pecoient  sa  teste. 

Quant  il  furent  tout  outre,  soirs  est  bas,  vespres  fu; 
F.  5(H   la  nuit  se  herbregièrent  de  jouste  le  palu.  15 

li  solaus  fu  couciés  quant  li  tref  sunt  tendu; 
auques  seurement  se  sunt  le  nuit  geu. 
au  matinet,  au  jor  ains  que  fuscent  meu, 
li  Otifal  i  sunt  de  devant  aus  venu, 
jamais  autretel  homme,  je  quic,  n'orent  veu;  20 

xii.  pies  ot  de  haut,  grant  sunt  et  parcreu. 
jà  n'aront-il  de  drap  afulé  ne  vestu; 
quel  tans  que  il  i  face,  il  sunt  tout  jors  tôt  nu, 
et  sunt  par  mi  le  cors  comme  beste  velu.' 
bien  sunt  i.  mois  sor  iave  et  usent  poiscon  cru,  25 

et  quant  resunt  à  tiere,  si  se  sunt  de  1'^  peu; 
quar  il  vivent  d'encens  et  usent  le  palu.^ 
cil  légier  baceler  (*por)  traire  i  sunt  coru; 
quant  voient  les  sajaites,  fui  sunt  et  perdu, 
mult  en  poise  Alixandre  que  il  ne  sunt  seu,  30 

que  mult  en  amast  i.  se  il  fust  retenu, 
que  c.  sommiers  cargiés  d'or  et  d'argent  moin; 
que  plus  prendent  poiscon,  quant  il  sunt  esmeu, 
que  oiselor  ne  font  petis  oisiaus  à  glu; 
et  fust  par  tout  le  mont  à  mervelles  tenu  35 

comment  il  poront  estre  ne  pris,  ne  retenu. 

1)  eëHê  de  r  êuerefie:    2)  tt.    3)  fWti.    4)  9%  m  rtêUÊki.    5)  et  de 
ho»  bmUêww, 


320  MBRVBILLBS  DU  DBSSRT. 

Ce  fu  après  esté,  si  com  iviers  entra, 
que  li  rois  Alixandres  icele  gent  troava, 
et  fu  à  i.  matin  si  com  il  ajoma. 
li  jors  fu  biaus  et  clers  et  li  solaus  leva; 
de  r  ardor  de  V  solel  toute  Tos  en  cauca^  5 

et  quant  fu  après  tierce,  li  jors  en  herica, 
et  mult  devint  oscurs  et  li  airs  en  trobla; 
mult  i  fist  grant  froidure,  mult  i  plut  et  neja, 
quant  vint  au  miedi,  li  jors  se  resclaira; 
requellirent  lor  tentes,  puis  monté  si  s'en  va,  10 

quant  li  rois  vit  d'autone,  et  de  V  tans  qui  canja. 
puis  a  monté  i.  tertre  et  i.  vaP  avala; 
li  rivière  fu  gente  et  l'erbe  verdoia, 
*la  montagne  fu  haute  qui  le  val  soronda. 
onques  hom  en  nul  tans  si  bêle  n'esgarda,'  15 

qui  aine  peust  savoir  par  ù  il  en  entra, 
à  esploit  cevaucèrent,  aine  nus  n'i  aresta; 
toute  jor  vont  entor,  onques  Tos  ne  fina 
dusc'à  Teure  de  nonne  que  li  solaus  toma; 
dont  revienent  lor  voie,  si  com  l'os  en  ala.  20 

Alixandres  meisme  forment  s'esmervilla 
que  tant  à  hui  aie  et  nient  ne  s'esploita; 
de  mautalent  sospire  et  de  Y  cuer  sospira. 
son  pavillon  fait  tendre  et  l'os  se  herbreja; 
Clincon  et  Tholomé  et  Calnu  apiela;  25 

li  i.  raconte  l'autre  le  mervelle  k'il  a. 

,,Signor,  dist  Alixandres,  mal  nos  est  avenu; 
„par  le  mien  entient  tôt  somes  confundu. 
„vees  ici  Içs  traces^  que  nous  avons  tenu,*^ 
„ensi  com  li  os  a  trestout  ce  plait  meu,®  30 

„dès  l'eure  que  nos  fumes  en  cel  val  descendu. 
„ci  n'a  mestier  proecce  de  lance,  ne  d'escu; 
„il  n'a  en  toute  l'ost  si  bon  ceval  crenu 
'„qui  peust  plus  aler  d'un  ceval  recreu.' 
„les  montagnes  sunt  hautes  et  li  pui  sunt  agu,  35 

„et  le  tiere  fu^  basse  que  tout  somes  perdu. 

1)  êteaufti,    2)  ptit.    3)  ii'î  ot  H  êagt  quant  un  point  reieva     4)  eé- 
tnin,    5)  perdu.    6)  plein  êeu,    7)  si. 


MERVEILLES  OU  DÉSERT.  321 

„par  le  mien  entiant,  si  com  jou  ai  veu, 
„ne  s'en  isteroit  nus,  tant  eust  de  vertu. 
„perdu  avons  le  trace  par  ù  somes  venu; 
F.  51*  „li  Deu  nos  voelent  mal,  tout  sommes  deceu. 

„de  ci  n'isterons  mais,  ne  jouene,  ne  cenu.^'  5 

dont  ot  par  toute  l'ost  L  si  grant  dol  creu 
que  en  sunt  à  la  tiere  tel  vii"'*  chau, 
qui  ronpent  lor  ceviaus  et  cou  qu'il  ont  vestu. 
Signor,  là  veiscies  grant  dol  et  grant  dolor. 
aine  le  soir  n'i  mangièrent  li  grant  ne  li  menor;  10 

le  nuit  jurent  è  1'  val,  tant  k'il  furent  meu.^ 
à  Alixandre  vienent  li  prince  et  li  contour 
et  demandent  conseil:  „que  devenront  le  jur?"' 
et  il  lor  respondi  bêlement,  par  amour, 
et  dist  comme  bons  rois:  „or  entendes,  signour,  15 

,Je  cerkerai  le  val  bêlement,  sans  fréor. 
„savoir  se  trouveroie,  ne  voie,  ne  destor 
„par  ù  nous  iscons'  de  ce  val  ténèbror.'* 
il  monte  en  Bucifal  son  destrier  coureor, 
c'onques  en  nule  tiere  n'ot  nul  ceval  millor;  20 

tant  a  cierkié  le  val  Alixandres  entour 
qu'il  trouva  une  piere  de  1'  tans  anci^or 
ù  il  avoit  escrit  grant  dol  et  grant  tristor; 
jà  ne  r  vera  mais  hom  qui  n'ait  de  mort  paor. 

Quant  li  rois  vit  les  lettres,  n'i  ot  ne  ju  ne  ris;       25 
ce  conte  l'escriture  qui  est  de^  marbre  bis: 
que  se  tout  cil  de  1'  mont  estoient  è  1'  val  mis, 
por  trestout  Tor  de  1'  mont^  n'en  isteroit  i.  vis, 
*se  i.  bons  de  son  gré  n'i  remaint  à  tous  dis. 
Equant  li  rois  l'entciodi,  si  enbroncba  le  vis,  30 

de  mautalent  et  ificeest  sor  le  marbre  asis; 
lors  plora  Alîxi^ndres  por  duel  de  ses  amis, 
gries^  est  de^-B^bitone  que  li  mur  ne  sunt  pris; 
Dame  1'  l)eu  réclama,  le  roi  de  paradis, 
que  le  giet  de  torment  dont  il  est  entrepris.  35 

abi  !  rois'  Alixandres ,  com  or  estes  conquis, 
ici  mprrons  de  fain,  jà  n'en  ira  i,  vis. 
\)  virent  le  Jor.  2)  Hier.  Z)iêeirpmeêone,  i)él\  b)duêièele.  6)  grains, 
U  lUaaiaM  4'AlizaB«r«.  21 


322  ■BBVEuxes  m:  Msorr. 

Dolans  fo  Aloandres  de  cou  qa'û  a  troTé; 
de  mautaleot  et  d'ire,  de  doel  a  sospîié. 
derers  destre  partie  a  k)d  cief  retorné, 
à  DDe  part  de  1'  marbre  a  li  rois  eseardé; 
ce  coDte  rescritare  de  V  tans  antiquité,  5 

qnar'  se  tout  eil    de  F    mont  erent  è  1*  Tal  entré, 
dès  le  premerain  borne  que  Dex  ot  figoré 
n'en  isteroient-il'  en  trestot  lor  aé, 
se  L  n'i  remanoit  bonement,  de  sen  gré, 
et  toot  par  i.  seul  homme  i  seront  déli?ré.  10 

quant  cou  oi  li  rois,  n'i  a  plus  demoré; 
il  monte  en  Bucifal  par  son  estrier  doré, 
de  si  à  l'ost  de  Grese  ni  a  estai  doimé. 
si  homme  li  demandent  n  il  a  tant  esté, 
et  li  rois  lor  a  dit  tonte  le  Térité,  Id 

ensi  comme  les  lettres  li  aToient  mostré. 
Alixandres  lor  monstre  le  persécution; 
si  com  il  a  cierkié  le  Tal  tôt  environ; 
„n'i  a  voie,  ne  sente  par  ù  nous  alison.' 
„si  com  dient  les  lettres  que  trouyai  è  Y  perron  2U 

„qui  ains  furent  escrites  qu'en  mer  eust  poiscon, 
,4amais  n'istrons  de  V  Tal,  par  nule  entention; 
„ains  i  serons  tous  jors,  se  n'i  remaint  i.  hom, 
„et  par  i.  tout  seul  homme  arons  tout  garison.  , 

„maus  est  se  par  i.  homme  i  muèrent  tant  baron/'       25  ! 

lors  Teiscies  en  l'ost  si  grant  estormison, 
ensi  comme  cescuns  se  desfent  par  tencon 
et  dist,  ne  remanra  tous  seus  en  tel  prison, 
F.  51^   que  il  ne  puise  aypir  à  nul  jor  raenchon. 

„signor,  dist  Alixandres,  entendes  ma  raison.  30 

„or  TUS  en  aies  tout,  par  tel  dérision, 
„que  jà  de  moi  n'ares  ne  blasme  ne  tencon; 
,,et  jou  remanrai  ci  tous  seus,  sans  conpagnon. 
„TU8  ayes  mis  to  cors  trestout  en  abandon, 
„8e  ne  tus  en  puis  faire  plus  rice  garison^  35 

„miu8  est  que  seus  i  muire  que  trestout  i  moron; 
^ne  TOUS  Toel  engien  faire,  ne  mal,  ne  traison/' 
1)  fti#.    2)  Jmmriê.    3)  $n  iêêcn.    4)  ffUêrréAon, 


MBRVB1LLB8  DU  DB8BRT.  323 

li  zii.  per  s'escrient  et  s"*-  à  i.  toh: 

„8ire,  se  ta  nos  fans,  caitif,  que  derenron? 

,,rois,  maine  ta  meanie,  car  autrui  i.  lairon/' 

Alixandres  s'escrie  et  baise  le  menton; 

puis  a  juré  son  cief  et  met^  sa  main  en  son  5 

que  jà  n'i  remanra  nus  de  mère  s'il  non.' 

lors  plore  Tholomé  et  fent  son  siglaton, 

et  tel  xiiii"'*  se  pasment  è  Y  sablon; 

n'i  a  nul  ne  desronpe  son  hermin  pelicon. 

Emenidus  vot  ire'  et  le  grant  destorbier  10 

qui  lor  est  avenus,  ne  s'en  sevent  gaitier; 
dolans  en  fu  li  ber/  n'i  ot  que  courecier. 
des  larmes  lor  convint  lor^  visages  moUier; 
en  plorant  vint  au  roi,  se  T  prent  à  aresnier: 
„gentius  sire,  fait-il,  qui  tant  m'eustes  cier;  15 

„sour  totes  riens  aves  amé  bon  chevalier, 
„ne  onques  à  nul  jor  ne  convint  à  proier^ 
„i.  povre  homme  le  ciere  por  envers  vus  aidier, 
„quar  à  cescun  donastes  ce  qu'il  avoit  mestier. 
„que  nos  porfiteroit  sans  vus  li  repairier;  20 

„quar  tout  ne  vauriens  le  monte  d'un  denier. 
„se  vus  ci  remanres,  jou  l'os  bien  afiier, 
„nous  somes  tôt  proudomme,'  n'i  a  nul  recouvrier.'' 

„Gentiu8  rois,  fait  li  dus,  n'en  pot  nus  retomer, 
„que  au  jor  mouveront  viellari  et®  baceler;  25 

„c'e8t  dolors  des  auquans  qu'il  voelent*  amender; 
„*et  de  vi)s  le  plus  grande  c'en  sace  raconter. 
„mais  ciertes  de  iii.  coses  vus  poes  bien  vanter, 
„c'onques  plus  hardis  hom  ne  pot  armes  porter, 
„ne  signor  de  tel  foi  ne  poroit  nus  trouver.  30 

„vos  hardemens  parut  à  Tir  desor  la  mer, 
„quant  de  1'  berfroi  salistes  è  1'  mur,  sor  i.  piler, 
„que  nus  hom  tieriiens,  fors  vus,  n'osast  penser; 
„et  à  bestes  en  l'iave  ù  vosistes  entrer, 
„quant  por  vo  gent  aidier  vos  corustes  armer;  35 

„por  quant  je  ne  vi  onques  homme  aubregier  noer. 

1)  mt#.    2)  tmifês  MilnoH.    Z)  voit  l'ire.    A)  dus.    5)  «on.    e)apoieràf 
povre  homme  le  rice.   7)  perdu,   8)  à  lor  jor  ne  muirent  serjant  ne,   9)  peuêt 

21* 


324  hbrvbillbs  du  désert. 

„et  saves  plus  done  c'on  ne  peust  rouver, 
„ei  tieres  et  ounors  et  cou  sans  demorer. 
„li  votre  bone  fois  ne  se  fait  pas  celer; 
„quant  l'ardure  vus  fist  celé  bouce  crever, 
„et  Zefirus  vus  fist  le  hiaume  présenter  5 

„d'iave  qu'il  ot  trouvée  et  si  n'en  vot  gouster; 
„ains  le  vos  présenta  et  si  fist  muit  que  ber. 
„por  quant  s'ert-il  .seurs  de  bon  guerredouner. 
„sire,  vus  l'esgardastes,  n'en  vausistes  goster, 
„voiant  tous  l'espandistes  por  ans  mius  atemprer,  10 

,,et  que  cescuns  pensast  o  vus  de  l'endurer. 
„ci  voles  sens  remaindre  por  nous  trestous  sauver; 
„mult  sera  grans  mervelle  se  l'  poons  esgarder.  ^ 
„o  vus  voel-jou  remaindre  et  voel  o  vus  finer,' 
„que  bien  doivent  ensamble  si  bon  ami  finer/'  15 

—  amis,  be*  dist  li  rois,  de  1*  vus  convient  penser;' 
F.  5P   „ains  ne  m'oistes  mot  de  le  bouce  souner, 
„fust  envis*  u  à  certes,  ne  1*  fcsise  avérer. 
„de  cesti,  se  Deu  plest,  ne  me  veres  fauser. 
„por  Deu  de  ceste  jent  vus  voel  merci  crier;  20 

„vus  saves  bien  qu'entr'aus  ont  envie  li  per, 
„et  puis  que  ne  m'aront,  c'aus  soloie  acorder, 
„s'es  veres  par  envie  tencier  et  ranprosner, 
„se  par  vus  ne  le  font^  que  tant  doivent  doter; 
„je  ne  quic  que  voies  ^  iiii.  jours  sans  meller.  25 

„por  Deu  jusqu'en  lor  tiere  les  en  faciès^  mener; 
,Jamais  ne  vus  quic  riens  proier,  ne  commander.'* 
lors  ot  li  dus  tel  dbl,  sor  pies  ne  pot  ester; 
li  cuers  li  esvanit,  si  le^convint  pasmer. 
tel  xxiiii"-  que  jou  ne  j^ai  noumer,  30 

ensamble  plorent,  crient,  prendent  à  sospirer; 
et  lor  gentil  signer  forment  à^regireter. 
„ahi!  gens  desconfite,  quel  part  porons  aler?'' 

Signer,  mult  ot  grant^.doL  .quant  vint  au  desevrer; 
mult  plorent  et  regretent  le  Voi  li  xii.  per.  35 

„ahil  gens  desconfite,  quel  part  porons  aler 

1)  aeerUr.    2)  dêmorer.    3)  pasêêr,    4)  à  gaê.    6)  retmmnL    6)  qu'M 
voie*.     7)  veuiUem, 


MBRVBILIiBS  IKJ  DÉSBRT.  325 

„que  laisons  li  signor  qui  tant  fait  à  douter?'' 
—  signor,  dist  Aliiandres,  car  nos  laisons  ester; 
„pi8  me  fait  la  dolors  que  tus  voi  démener, 
„que  le  mort  que  j'atenc,  que  ne  puis  trespasser. 
„à  celui  que  j'aour  tus  doi-jou  commander,  5 

„que  il  TOUS  doinst  ounor  et  tel  signor  troTer 
„et  boinement  tenir  et  tiere  conquester/' 
à  cest  mot  sunt  pasmé  trestout  li  xii.  per; 
si  grant  dolor  demaine,  à  aus  ne  pot  parler, 
à  une  part  de  V  Tal  s'est  aies  destorner,  tO 

et  conunence  ses  hommes  forment  à  regreter, 
et  des  ious  de  sen  cief  durement  à  plorer; 
prent  se  mance  de  pale  por  sen  Tis  essuer, 
quar  ne  pot  de  pité  ses  hommes  regarder, 
tel  dol  mainent  si  homme,  quant  il  durent  monter        15 
que  li  Taus  périllous  commença  à  trambler; 
parmi  une  montagne  commencent  à  errer, 
tout  furent  hors  de  Y  Tal  quant  il  dot  aTesprer. 
en  une  large  plaine,  les  i.  regot  de  mer, 
tendent  lor  paTillons  trestout  por  asanler;^  20 

mais  onques  point  de  joie  ne  Tolrent  démener. 
Quant  li  rois  fu  remes  et  11  os  s'en  repaire, 
maintenant  après  cou  que  ne  demora  gaire. 
si  commence  à  tonner  et  foudroie  et  esclaire; 
li  mons  prist  à  croler  et  li  Taus  prist  à  braire,  25 

et  jeté  une  puor  dont  li  rois  sent  le  flaire, 
à  caus  ki  s'en  retornent,  ne  Tint-il  nul  contraire; 
fors  de  lor  bon  signor  qui  remaint  à  mal  traire; 
por  celui  font  tel  dol,  jamais  ne  feront  maire, 
ce  jour  i  ot  ronpu  mainte  pelice  Taire.  30 

desous  i.  marbre  bis  dont  estoit  plaine  l'aire, 
se  gist  tous  jors  li  rois  qu'est  de  bon  exemplaire, 
li  puors  qui  1'  desfruit,'  li  taint  tout  le  Tiaire, 
quar  qui  de  mort  se  doute,  bien  est  drois  qu'il  i  paire; 
tous  en  est  enpalis,  quar  il  ne  set  que  faire.  35 

Quant  li  rois  Toit  la  tiere  en  plusiors  lius  ardoir, 
les  montagnes  croler  et  les  roces  ardoir,' 
1)  04te4er,    2)  paor  que  V  deêtrairut.    3)  movoir. 


326  MERVBILLKS  DU  DÉSBRT. 

et  souvent  eclistrer  et  eefondre*  caoir, 
le  pueur'  ne  doit  nus  h  gas  ramentevoir. 
ses  conpagnons  regrete  par  menrillous  savoir, 
F.  51'  Emenidus  sor  tous  en  cui  ot  son  espoir. 

„ha!  gentius  chevaliers,  de  nobile  pooir,  5 

„sages,  preus  et  cortois  et  humles  tôt  por  voir; 

„quar  onques  à  nul  jor  ne  me  poc  percevoir 

„que  orgius  vus  creust  por  rikecce  d'avoir, 

„ne  soufraite  meist  no'  cuer  enoncaloir. 

,je  ne  poi  par  mon  cors^  plus  d'un  homme  valoir,       10 

„mais  vôtres  grans  barnages  se^  fait  tous  jors  paroir, 

„et  moi  signer  de  tiere  et  largement  tenoir® 

„et  jou  refis  mult  bien  tous  jors^  votre  voloir. 

„la  sevrance  de  vus  me  fait  le  cuer  doloir. 

„ahil  franc  compagnon,  dolant  par  estavoir,  15 

„com  vous  est  grans  dolors  venue  puis  er  soir. 

„ier  fustes-vus  en  joie  et  hui  de  1'  blanc  en  noir; 

„sans  signer  repairies,  ci  m'estuet  remanoir 

„dolant  et  esgaré,  près  de  mort  recevoir." 

Quant  li  rois  fu  remes,  tous  seurs  de  morir,  20 

maintenant  coumencha  li  jours  à  oscurchir, 
li  solaus  à  changier  et  11  chius  à  noirchier, 
forment  à  esclistrer  et  souvent  espartir, 
dont  ot  paor  li  rois,  ne  vus  en  quier  mentir; 
non  por  quant  si  ot-il  bon  talent  de  fuir,  25 

quant  il  voit  les  mervelles  que  il  vit  avenir; 
adont  se  porpensa  ù  il  pora  guencir. 
d  autre  part  se  regarde,  si  a  veu  venir 
une  grande  nuée,  toute  prist  à  noircir, 
si  prist  à  plouvinir  durement,  sans  mentir,  30 

li  trosnes  s'entrouvri,  dont  ot  peur  de  morir, 
quar  il  vit  les  valées  toutes  de  l'aighe  enplir. 
li  mons  prist  à  croler  et  11  vaus  à  frémir 
et  jeté  unes  ténèbres  et  flairer  de  puir, 
Bucifal  ne  se  pot  en  estant  retenir,  35 

ne  li  rois  en  séant,  ains  le  convint  jesir. 

i)  iê  foudre.   2)  «a  paor,    3)  vo  euer  en  non  ehaioir,     ne  pereoee  feUt 
votre  oeuvre  remanoir,    4)  eore  à  eore.    ô)  me.    6)  manoir.    7)  tôt  à. 


MBRVE1LLB8  DU  DÉSBRT.  327 

aing  Dez  ne  fist  mervelle  dont  li  puist  sourenir, 

fière,  laide,  hisdeuse  dont  li  puist  souvenir/ 

dont  ne  yole  entour  lui  grans  bataille  tenir, 

les  dragons'  fu  gietans,  qui  Terbe  font  bniir 

et  grans  dragons'  volans  qui  font  l'air  tout  quesir,^        5 

et  maufes  recanans^  qui  Y  voelent  asalir, 

et  font  as  cros  de  fier  samblant  de  lui  saisir. 

lors  n'ose  Bucifaus  ne  grater  ne  hanir; 

sous  le  mantiel  le  roi  met  son  cief  por  couvrir 

qu'il  n'es  ose  veir,  ne  ne  les  quiert  sentir,  10 

et  non  por  quant  li  rois  s'apreste  de  fuir/ 

onques  de  te  déduit  ne  li  volrent  falir, 

dusques  au  bien  matin  que  vit  l'aube  esclarcir; 

en  tant  d'eure  c'on  pot  i.  oel  clore  et  ouvrir 

ne  sot-il  que  devinrent,  ne  n'en  pot  i.  coisir.  15 

ne  por  quant  fu  mult  lies  quant  le  volrent  guerpir; 

quar  de  lor  conpagnie  ne  porent-il^  joir. 

mult  par  sera  grans  joie,  sen  cort  se  puet  garir. 

Au  matin  commença  solaus  à  esclairier, 
lors  saut  sor  Bucifal  Alixandres  d'Aljer,  20 

et  conunence  li  rois  le  val  à  recierkier. 
jouste  une  grant  montagne  commence  à  cevaucier 
F.  52*   et  voit  une  cisteme  qui  resanle  celier. 

el  n'estoit  pas  ouvrée  de  cauc  ne  de  mortier, 

mais  11  Deu  l'orent  faite  en  la  roce. entailler;  25 

laiens  sor  cele^  pière  avoit  i.  avresier 

félon  qui  cuidoit  faire  tout  le  mont  périller, 

li  rois  i  est  entrés  qu'il  le  voira  cierkier, 

qui  vaut  toutes  les  coses  prover  et  essaier; 

n'i  volt*  home  ne  famé  à  cui  puist  acointier,  30  ' 

icele  maie  cose  se*®  prist  à  aresnier; 

sous  le  piere  ù  estoit  commença  à  hucier; 

„sire,  rois  Alixandre,  car  me  venes  aidier, 

„et  jou  t'ensignerai  or  en  droit  le  sentier 

„comment  poras  iscir  de  cest  val  de  légier^  35 

„8i  que  jà  n'en  perdras  vallisant  i.  denier/'  | 

\)  que  l'an  doit  eremir.    2)   carboné,    3)   êerpenê,     4)  êseroiêHr,  j 

5)  rêêpdgnmu.    6)  férir.    7)  poroit-U.    8)  sous  une,    9)  vit    10)  aeaier.  j 


326  HBRVBILLBS  DU  DB8BET. 

li  rois  entent  le  rois,  prist  soi  à  meniller; 
paor  ot  de  le  mort,  mult  se  crient  d'engignier. 

Li  rois  ot  grant  paor  quant  le  vois  oi  dire;* 
de  toutes  pars  esgarde,  iceli  ne  Yit  mie. 
li  vois  de  Tayresier  le  resomont  et  prie:  5 

„se  tu  ies  Alixandre  que  tout  le  mont  souplie, 
„lome-moi  ceste  piere  qui  tout  le  cors  me  brie, 
„qui  m'a  en  tel  destroit  et  en  si  grant  baillie' 
„que  n'en  puis  escaper  à  nul  jor  de  ma  vie, 
„et  jou  t'ensignerai  loiaument  sans  boisdie  10 

„com  istras  de  ce  rai  ù  ies  sans  conpagnie, 
„si  que  jâ  n'i  perdras  le  monte  d'une  allie." 
et  respont  Alixandres  que  de  riens  ne  s'oublie: 
„ensi  c^m  je  sui  rois,  li  miens  cors  le  t'afie; 
„ensagne  moi  la  Toie  tous  sens,  sans  conpagnie;'         15 
„à  la  piere  tomer  te  ferai  puis  aie. 
„ —  oevre  celé  posteme,  veras  le  praerie; 
„puis  trouveras  le  voie  qui  est  toute  enbermie.'' 

Alixandres  i  va  qui  pas  ne  s'i  detrie; 
le  faus  sentier  quant  voit,  bien  sot  qu'est  tricerie,        20 
puis  a  dit  au  diable:  „fols  est  qu'en  toi  se  fie. 
„asses  en  ppi  de  terme  as  or  ta  foi  mentie." 
quant  l'of  Ir  diables,*  ne  pot  muer  n'en  rie. 
„Alixandre,  fait-fl,  mult  es  plains  de  voisdie, 
„ne  te  pot  engignier  ne  savoirs  ne  folie,  25 

„et  que  faire  le  vint  se  pense  félounie. 
„vois  tu  là  celé  porte -qui  fait  est  et  bastie;*^ 
„bien  connistras  les  lettres,  car  tu  ses  de  clergie.'' 
Alixandres  jura  qui  les  félons  chastie 
et  a  desour  la  porte  l'escriture  coisie.  30 

Quant  li  rois  voit  les  lettres,  mult  en  est  esjois; 
par  loisir  les  regarde  com  -faom  de  sens  garnis, 
et  recorde  les  lettres  que  ne  soit  escamis; 
puis  a  cierkié  le  val  dont  mains  hom  est  péris 
et  trueve  le  sentier,  è  1'  coste  d'un  lairis,  35 

qui  r  menra  hors  de  l'  val,  si  com  dist  li  escris. 
quant  le  voie  a  aprise  et  il  en  est  bien  fis, 
i)ia  voie  ot  oie,  2)kaêM.  3)  droite  êonêfiionie.  4)mmi/'M.  6)përmêêtrie. 


MBEVBILLBS  OU  ÔÉSERT.  329 

■  au  diable  reyint,  ne  s'est  mie  desdis 
et  souslera  le  piere  il  il  estoit  fouis; 
li  diable  saut  sus,  si  a  gieté  ii.  cris; 
è  r  siècle  n'a  cel  homme,  s'il  les  eust  ois, 
ne  cuîdast  à  celé  eure  estre  mors  et  honnis.  5 

Alixandres  meisme  en  est  mult  esbahis; 
por  un  seul  petitet  ne  s'est  dou  cuer*  maris; 
mais  il  se  raseure  com  cheyaliers  hardis, 
et  monta  ë  1'  ceval  dont  il  estoit'  partis. 
Pi 52^  entrés  est  ë  1'  sentier,  de  rien  n'est  esbahis,'  10 

qui  r  menra  hors  de  1'  yal,  ains  que  jors  soit  finis. 

Li  rois  Ist  de  le  porie  et  si  point  le  ceval 
et  n'ot  en  sa  conpagnc  ne  mais  que  Bucifal, 
quant  auques  ot  aie,  si  regarda  è  1'  val. 
„ahil  vans  périllous,  plains  de  dolor  mortal,  15 

„la  votre  c-onpagnie  me  dut  tomer  a  mal, 
„qui  aine  ne  pot  bone  estre  à  nul  homme  morial. 
Alixandres  cevauce  et  monta  ë  1'  ceval  ^ 
et  regarde  sor  destre  et  coisi  i.  costal,* 
plus  de  m.  pavillons  à  or  et  à  cristal,  20 

ens  en  miliu  des  autres  vit  le  sien  à  esmal. 
les  cordes  sunt  de  soie,  li  paîson  de  coral, 
desor  i.  escarboucle  luisant  com'  estaval,  s 
et  samble  de  clarté  l'estoile  marinai, 
dedens  sunt  li  baron  qui  mainent  tel  jomal'  25 

et  plaignent  Alixandre  lor  signer  natural. 
li  rois  va  celé  part,  ë  1'  pré  a  pris  estai; 
si  homme  vont  encontre,  ensamble  communal 
plus  de  liiii.  prince  qui  furent  tout  tasal; 
l'uns  le  prent  par  le  main  et  li  autres  par  al,  30 

tout  li  ont  deronpu  son  bliaut  de  cendal; 
jamais  por  nesun  prince  ne  veres  joie  tal. 
la  nuit  ot  Alixandres  asses  millor  ostal, 
que  s'il  fust  en  le  roce  au  périllous  portai. 

Au  matin  par  son  l'aube,  monteront  li  baron;  35 

li  conduis  lor  ensagne  droit  en  Océanon. 

i)  de  V  #efi#.    2)  a  tant  #'m  est.    3)  nH  a  ftdi.    4)  fma  U  eostai. 
5)  en  VmgëL    6)  Miotfol.    7)  wuU. 


330  MERVEILLES  DU  DÉSERT. 

une  merrelle  virent,  tele  corn  vus  diron; 

sor  la  rive  de  l'iave,  è  V  ros  et  è  V  sablon, 

lors  acoururent^  femmes  d'une  convertion. 

mult  se  sunt  merrillié  dont  vienent  et  dont  non; 

quar  dedens  vii.  jornées  enlor  et  environ,  5 

ne  peust-on  trover  ne  bordel,  ne  maison, 

ne  castiel,  ne  cité,  ne  habitation, 

en  Tiave  conversoient,  ausi  comme  piscon; 

et  sunt  trestoutes  nues  et  lor  pert  à  bandon 

quan  que  nature  fist  en  tresi'  au  talon.  tO 

li  cevel  lor  reluisent  com  pennes  de  paon; 

ce  sunt  lor  vesteures,  n'ont  autre  couvrison. 

por  coi  vus  en  feroie  grignor  anoncion; 

tant  par  estoient  bêles  et  de  gente  façon, 

que  de  la  biauté  d'eles  ne  sai  dire  raison.  15 

Quant  virent  cil  de  Fost  que  si  bêles  estoient, 
ne  por  paor  des  hommes  pas  ne  se  reponnoient, 
quant  trop  en  i  aloit,  en  Tiave  se  metoient; 
quant  poi  en  i  aloit  mult  bien  les  atendoient, 
quant  en  ierent  alées,  volontiers  i  gisoient  20 

*cil  les  covoitent  tant,  à  paines  s'en  partoient, 
*et  quant  erent  si  las,  que  faire  n'en*  pooient 
volontiers  en  alaisent,  mes  celés  ne  faisoient;^ 
celés  levoient*^  sus,  en  Viave  les  traioient, 
*tant  les  tienent^  sor  eles  qu'eles  les  estignoient.         25 

Quatre  en  escapërent  qui  au  soir^  sunt  venu; 
le  convive  des  femmes  content  qu'il  ont  veu, 
et  de  lor  conpagnons  com  il  sunt  retenti: 
ne  repairoient^  mie,  noie  sunt  et  perdu, 
quant  cil  oent  le  conte  que  li  iiit  ont  rendu,  30 

por  le  biauté  des  femmes  se  sunt  bien  esmeu; 
volontiers  i  alaisent,  se  ne  fu^cent  tenu, 
quant  Alixandres  jure  quan  qu'est  et  quan  ke  fu 
que  jà  cil  n'i  ira*  si  sunt  aperceu, 
jà  tant  n'es  amera  que  ne  soient  pendu;  35 

ains  puis  n'i  ala  nus  que  il  l'ot  desfendu. 

i)aparuriU.  2)entreêH,  3)piuêiln*eH,  4)  Imiê^oiênt  b)ainsieglwai€ni, 
fi)êougeUeêquenoierUêfaiêoieni.  7)  au  roi.  8)  ne  raf  er^rojif.  9)  n'irani  fluê. 


FONTAINE  DE  JODYENGE. 

€1   éUst  «1  eom  AUundre*  et  sa  m^nm  estolent  en 

RATlIloiuif   si   virent  devimt  «lis  paser  ilU.   sr*>i* 

TieUmwm  tôt  noir  et  velu* 

F.  52*       Iles  tioareles  se  vont  li  baron  menrillant, 
des  puceles  de  Viaye  com  lor  est  convenant; 
ne  demora  puis  gaires  que  il  virent  plus  grant. 
en  la  tiere^  loée  après  l'aube  aparant, 
este  vus  devant  l'ost  iiii.  viellars  courant,  5 

et  tous  li  menres  ot  xiiii.  pies  de  grant. 
venu'  sunt  conune  ours  et  velu'  et  poignant; 
cornes  ont  com  cerf  en  mi  le  front  devant, 
et  sunt  noir  comme  meure  et  lor  oil  sunt  luisant 
en  l'ost  n'ot*  destriers,  fors  Bucifal  l'ambiant,  10 

qui  en  puist  i.  atendre,*  rouit  tos  s'en  vont  fuiant. 
li  rois  poinst  après  aus,  s'en  va  i.  atagnant; 
par  les  ceveus  le  prist,  se  li  dist  en  riant: 
„estes  ici,  biaus  mestres,  hui  mais  n'ires  avant. 
„ancois  me  conteres  com  vus  est  convenant;  15 

„qui  estes,  dont  venes  et  que  aies  querrant?*' 
quant  cil  ne  senti  pris,  forment  va  glaiisant 
et  li  iii.  se  regardent,  au  roi  vient  à  poignant.^ 
cescuns  ot  à  sen  col  une  roce'  pesant; 
grans  cos  li  vont  donner  sor  son  escu  devant,  20 

tout  li  ont  defroisié,  mort  l'eusent  à  tant, 
quant  Pilotes  i  vient  sor  son  destrier  corant; 
Sert  l'un  par  mi  le  cors  de  son  espiel  trancant, 
et  li  vins®  prent  le  hanste  et  le  va  brandisant. 

1)  iiêreê.    2)  veiu.    3)  Mrteié,    4)  avait    5)  aiaindrê.    6)  vtmt  en 
eorant    7)  une  hache.    8)  imm. 


332  FONTAINE  DE  JOUVENCE. 

le  destrier  prist  au  fraîn  en  mi  le  frain*  devant, 

li  donna  i.  tel  cop  de  V  pug  destre  poignant; 

sor  le  hanste'  Tasiet  à  tiere  maintenant. 

Philote  saut  en  pies,  si  a  trait  le  nu  brant; 

estes-YOUS  Lincanor  après  lui  à  poignant;  5 

Tolomes  et  Dans  Clins  i  Tont  esporonnant 

cescuns  coisist  le  sien,  bien  les  vont  jostoiant, 

les  mains  d^rier  le  dos  de  coroies  liant, 

ii.  et  ii.  comme  ciens  par  le  col  acouplant; 

vers  le  tref  Alixandre  vont  grant  joie  faisant,  10 

et  à  lor  pavillons  s'en  revoilt  li  auquant. 

Li  viellart  furent  pris  et  li  rois  s'en  repaire; 
à  son  tref  descend!,  en  tout  l'ost  ne  fu  maire, 
quant  fu  tans  de  digner^  si  firent  le  fu  faire, 
quant  il  orent  mangié  et  ont  dut  napes  traire,  15 

ses  cevaus'  commanda  que  facent  sa  gent  traire.^ 
les  viellars  apela  et  jura  son  viaire 
que  jà  li  conteront  de  trestout  lor  afaire, 
dont  sunt,  ù  vont,  dont  vienent,  quel  mesUer  sevent  faire? 
se  il  voir  ne  li  dient,  il  lor  fera  contraire;  20 

se  mencogne  li  dient,  il  les  fera  desfaire,    • 
u  ardoir,  u  rostir,  u  à  cevaus  detraire. 
F.  52'       Quant  li  viellart  oirent  de  1'  roi  son  sacrement, 
en  estant. se  drecièrent  et  li  dient  brièment. 
li  plus  anciens  a  parlé  (tôt)  premièrement:  25 

„sire  rois  Alixandre,  i.  petit  nous  entent. 
„nous  somes  iiii.  frère  et  somes  d'Orient; 
„par  les  désers  alons  isi  priveement 
„cè  en  arrière  fumes  à  une  feste  aiglent, 
„et  de  plusiors  contrées  i  furent  li  jouent.  30 

„i.  astronomiiens  nos  dist  privéement 
„que  en  ceste  contrée  fontaines  avoit  c. 
„le8  iii.  en  sunt  faées,  je  1'  sai  à  entient 
„*  l'une  en  fu  compassée  par  grant  enchantement 
„hom  qui  a  vi"-  ans,  de  noient  ne  vus  ment,  35 

„8e  une  fois  se  bagne  et  en  l'iave  descent, 
„en  l'âge  de  xxx.  ans  revient  hastivemenf 
1)  franî.    2)  kaneeê,    3)  sergmuf.    4)  taire. 


FONTAINB  DB  JOUVKNOB.  333 

„Sire  rois  Alixandre,  s'il  ¥08  yient  à  plaisir, 
„le  seconde  fontaine  deres  très  bien  oir. 
„li  Dia  le  fisent  sordre  et  de  terre  venir; 
„qm  en  celé  se  bagne»  il  ne  puet  pis  morir, 
„ne  le  pnet-on  en  Tan  que  nne  fois  coisir.  5 

,,bon  conseil  te  donrons,  se  le  Tins  consentir; 
„por  cou  que  de  noient  ne  te  volons  mentir» 
,,te  mesnie  feras  en  plnsiors  lins  partir, 
,,8'aucuns  par  aventure  i  pooit  avenir.^^ 
—  e  Dexl  dist  Alixandres,  se  1'  voles  consentir,  10 

„que  bagner  m'i  peuise,  que  riens  tant  ne  désir, 
„8acrefixe  ferai  tout  à  votre  plaisir/' 

„Rois,  le  tierce  fontaine  refait  mult  à  loer. 
„qui  voit  mort  son  ami,  ne  fait  mie  à  doter; 
„s'il  le  puet  à  celé  iave  et  conduire  et  mener  15 

„et  entour  le  fontaine  iiii.  jors  séjomer, 
„et  i.  petit  de  Hâve  dedens  son  cors  jeter, 
„au  quint  jor  le  fera  de  mort  resusciter." 
quant  Alixandres  Tôt,  si  coumence  à  parler: 
„se  tu  ices  noveles  me  fais  en  voir  ester,  20 

„plu8  te  donrai  cevaus,  argent  fin  et  or  cler 
„qu'entre  toi  et  tes  frères  ne  sares  demander/' 
li  viellart  salent  sus,  se  li  vont  afler. 

Ce  fu  è  r  mois  de  Mai  que  li  tans  renovele 
que  li  viellart  ont  dit  au  roi  ceste  novele.  25 

Alixandres  Toi,  joians  li  fu  et  biele; 
mult  tos  fist  napes  traire  et  fet  mettre  sa  sele, 
li  rois  et  tout  li  autre  eevaucent  la  praiele, 
lés  lui  sunt  li  viellart,  doucement  les  apele; 
le  nuit  se  berbregièrent  lès  une  fonteniele  30 

dont  li  ruisiaus  fu  clers  et  blanke  li  gravele; 
*là  descend!  li  rois  qui  tout  le  mont  querele 
d'une  part  fu  ses  très  et  d'autre  la  capele. 

Quant  il  dut  avesprer,  s'asisent  au  mangier; 
le  mangier^  ont  hasté,  car  il  durent  coucier.  35 

matin  doivent  lever  por  lor  voie  esploitier;  . 
gens  qui  ont  tant  à  faire  ne  se  doivent  targier. 
1)  li  ^uêu  l'oreni. 


334  FONTAINB  DB  JOUVBNCB. 

U  poiscon  furent  cuit  et  mis  por  refroidier. 
ains  ne  sot  mot  li  keus,  se  yienent  ii.  lever; 
as  poiscons  atoucèrent,  si  les  font  trébucier 
ens  en  la  fonteniele,  par  dalès  le  gravier.  . 

Quant  li  poiscon  sentirent  l'aighe  à  ans  habiter,  5 

mult  tos  yienent  en  vie,  si  prisent  à  noer, 
et  par  le  fonteniele  Tuns  à  l'autre  bouter, 
quant  li  keus  l'aperçut ,  au  roi  le  va  conter; 
li  rois  et  tout  li  autre  i  courent  esgarder. 
„6ignor»  dist  Alixandres,  se  me  voles  loer,  10 

F.  53*  „ci  ferai  une  tor  bone  et  haute  fermer, 

„se  mestiers  nous  en  est  que  puisons  rasener.'* 

li  baron  dient  tout:  „bien  fait  à  creanter." 

le  nuit  jurent  seur  desi  à  l'ajomer. 

par  ces  tentes  se  lievent  viellart  et  baceler;  15 

en  l'ost  n'ot  jentil  homme  ne  voist  pieres  porter. 

par  de  desor  le  firent  d'un  yvore  vauter/ 

et  misent  une  roe  qui  li  vens  fet  venter.' 

le  fontenele  fisent  sus  en  la  tor  mener; 

*la  cuve  ù  ele  ciet,  fisent  entor  plomer;  20 

por  cou  l'ont  fait  issi  por  lonjement  durer. 

quant  li  rois  ot  ensi  le  tor  fait  afiner, 

lendemain  par  matin  commence  à  ceminer; 

de  la  fontene  part,  n*i  vot  plus  séjorner. 

A  l'aube  aparissant  fu  toute  l'os  montée;  25 

à  esploit  cevaucèrent  toute  le  matinée; 
li  rois  et  tout  li  autre  cevalcent  par  la  prée; 
droit  à  l'eure  de  tierce  ont  une  iave  passée, 
une  fontaine  truevent  à  la  tierce  jornée; 
aîns  puis  que  vinrent  là  ne  s'est  pas'  remuée,  30 

por  cou  que  ele  estoit  travilliée  et  penée; 
et  fu  l'eure  de  nonne  et  trait  à  la  vesprée. 
environ  le  fontaine  est  lor  gens  ostelée, 
desi  qu'à  lendemain  que  l'aube  fu  creuée, 
que  li  solaus  Inist  cler  par  toute  la  contrée.  35 

Alizandres  li  rois  a  se  gent  apelée, 
à  V**  de  ses  hommes  la  parole  mostrée;* 
1)  à  eiMrê  voiiêr,    2)  tomer,    3)  i*09»    4)  dé  muusnie  privée. 


TONTAINB  DE  JOUVENCE.  335 

dist  lor  que  il  alaisent,  sans  nule  demorée, 

querre  l'antre  fontaine,  tant  qu'il  l'aient  trovée; 

et  qui  le  troyera,  sa  teste  en  a  jurée, 

que  se  il  jà  se  bagne, -ains  que  li  ait  mostrée, 

jà  ne  mora  de  mort  si  l'ara*  conparée.  5 

Li  rois  remest  iluec,  li  eslut'  vont  avant 
et  vont  par  les  désers  le  fontaine  querrant; 
par  vaus  et  par  montagnes  se  vont  mult  demetant. 
Enoc  i.  rices  hom  en  est  aies  avant, 
le  fontaine  trova  ains  miedi  pasant;  10 

i.  hom  le  raconta  que  il  trova  baguant, 
que  c'estoit  li  fontaine  que  il  alloit  querrant; 
à  ce  jour  estoit  l'eure  que  s'aloit  demostrant, 

Enoc  descent  à  pié,  en  Tiave  se  bagna; 
mais  de  cou  fist  folie  que  son  cief  i  bouta..  15 

encor  vera-il  l'eure  qu'il  s'en  repentira, 
quant  il  se  fu  bagniés  veçti  soi  et  caucha, 
sor  son  destrier  corant  isnelement  monta, 
dusc'à  r  tref  Aliiandre  esporonnant  ala, 
dist  li  de  le  fontaine,  comment  il  le  trova  20 

et  que,  devant  i.  an,  nus  mais  ne  le  vera, 
nus  que  l'iave  querée,"^  trouver  ne  le  pora. 
quant  Alixandres  l'ot,  durement  sospira, 
por  cou  que  la  fontaine  mais  ne  recouvera, 
sa  teste  voit  mouUié,  près  de  li  l'apela,  25 

en  le  fose  de  1'  col,  .à  se  main  le  tasta; 
de  cou  qu'il  fu  bagniés  tout  mollié  le  trova, 
demanda  lui  por  coi  tant  longes  demora; 
puis  li  dist  que  ce  baig  mult  cier  acatera. 

„Enoc,  dist  Alixandres,  ne  te  puis  tormenter.  30 

„*  occire  ne  te  puis,  ardoir,  ne  affoler. 
„à  dolour  te  ferai  toute  ta  vie  user." 
ses  maçons  apiela  et  fait  faire  i.  piler 
et  dedens  le  piler  fait  Enoc  saieler. 
tant  que  li  siècles  dure,  ne  l'en  pot  nus- jeter.  35 

F.  53^  puis  acoUlent  lor  tentes,  avant  voelent  aler; 
le  pui  de  Phaligot  commencent  à  monter. 
1)  UnU  fti'jl  l'mii.    2)  vieiiart.    3)  Né  hom  qui  U  voH  quêrré. 


336  FONTAINB  DB  JOUVBNCB. 

Alixandres  ceyaace  le  pui  de  Faligot; 
roides  fu  à  monter,  ne  porent  aler  tost. 
à  grant  paine  soufrirent  le  calor  et  le  rost, 
il  ne  truevent  tant  hombreù  i.  sens  hom  s'acost. 
quant  Tinrent  au  pietruis  qu'Ercules,  Liber  clost,  5 

H  Otifal  i  salent  des  désers  de  Rimot; 
tiestes  orent  de  cien,  malt  sont  let  et  repost* 
li  arcier  i  vont  traire,  qui  furent  armé  tost; 
quant  voient  les  sajaites,  fui  sunt  et  repost 
li  arcier  s'en  retornent  c'Alixandres  n'es  clost.  10 

Le  jor  montent  le  tertre  qui  tous  les  autres  yaint, 
et  les  mons  d'Etiope  qui  tous  les  autres  yaint' 
iluec  voient  la  mer  qui  tout  le  mont  acaint 
et  toute  la  contrée  si  com  ele  l'ataint. 
por  poi  que  toute  Tost  d'angosce  ne  remaint,  15 

quar  li  (*caus)  les  argue  et  11  fais'  les  destraint 
ce  li  dient  si  honmie,  d'aler  en  avant  n'es  paint, 
n'est  qui  la  voie  sace  ne  qui  la  voie*  ensaint, 
et  l'ardors  est  si  grans,  jà  serions*  estaint; 
quar  en  xxx.  jomées,  c'est  en  l'estore  paint,  20 

n'a  tant  d'umelité  dont  nule  riens  n'enpraint 

Alixandres  fist  bien  quant  caus  d'Inde  a  creus; 
toute  le  matinée  en  est  li  rois  meus, 
por  retomer  arrière  là  dont  il  est  iscus. 
et  è  1'  val  et  en  Inde  dont  il  estoit  venus.  23 

jà  estoit  li  fus^  grans  et  li  rois  descendus 
*à  un  estanc  qu'il  trovent,  entre  un  tertiel  agu, 
*qui  tos  estoit  plains  d'aige,  mais  il  fu  tos  beus 
des  cevans  et  des  bestes  qu'il  orent  recreus; 
li  calors  de  1'  solel  estoit  si  grans  cens;  30 

d'autre  part  lès  la  rive  ot  hommes  perceus.' 
cescuns  est  par  le  cors  d'un  grant^  nonbril  fendus 
des  Grius  s'esmervillièrent  quant  les  orent  veus; 
mult  par  les  veiscies  dolans  et  irascus, 
quant  veu  ont  tel  gent  que  n't)nt  pas  conneus;  35 

vers  aus  vienent  corant,  mult  fu  grans  lor  vertus. 

1)  êi  apo9t.   2)  foi  le  vau%  aeaint,   3)  9oU.   4)  lor.   5)  ioêi  êerwent, 
6)  eauê,    7)  parereus.    6)  duêà'mt. 


FONTAINE  DB  JOUVBNCB.  337 

ains  De  vestirent  drap  qui  fust  tains  ne  tiscus; 

cescuDS  est  par  le  cors  comme  beste  pelus. 

tout  ensamble  lor  lancent  pieres  et  pius  agus; 

plus  de  V**  serjans  lor  ont  mors  abatus. 

cil  de  Tost  s'estormisent,  jà  eussent  seus^  5 

quant  i.  estorbillons  lor  est  devant  creus, 

que  tentes  et  herbeges  lor  ont  tout  abatus, 

lor  soumiers  abatus  et  de  tisons  férus. 

entrues  que  envers  aus^  hurtent  de  lor  escus,  . 

lor  est  autres  damages  aprociés  et  creus.  10 

ensement  comme  nois  est  fors'  de  V  ciel  pleus; 

trestout  art  la  contrée  ensement  comme  fus. 

or  dient  tout  par  l'ost:  „Liber^  est  irascus; 

„u  il,  u  Hercules  font  ore  ces  vertus, 

„par  le  consente  as  Dex  nos  est  cis  maus  venus.''        15 

Quant  li  vens  fu  cens  et  li  estorbillons, 
voient  venir  les  rains*  ardans  comme  tisons; 
cil  de  l'ost  s'estormisent,  qui  criement  les  carbons;* 
de  lor  escus  se  cuevrent,  ce  fu  lor  garisons, 
et  cil  qui  nul  n'en  orent,  se  tienent  por  bricons;  20 

hurées  ont  les  testes  et  testes^  et  grenons. 
quant  de  V  ciel  fu  caue  li  ardors  et  Tarsons, 
à  negier  commença  de  l'air  qui  fu  enbrons; 
ne  demora  puis  gaires  si  en  vint  grans  fuisons, 
F.  53*   et  les  tofes^  caioient  si  grans  comme  toisons.  25 

*la  nois  est  sor  le  tertre  haute  comme  un  dognons. 
Alixandres  oommande  à  trestous  se»  barons 
que  ne  remegne  en  l'ost  escuiers,  ne  garçons, 
que  en  mainent  les  bestes  par  tous  les  pavQlons, 
et  abatent  le  noif  à  peus  et  à  l^astons.  30 

por  le  calor  des  bestes  fu  grans  remetions; 
li  nois  qui  est  remise;  cauca®  comme  sablons, 
après  lor  vint  de  pluue*  si  grans  confusions 
que  toute  enporte  aval  le  hoif  et  les  glaçons, 
li  estans  enpli  d'eve,  qui  ert  et  grans  et  Ions.  35 

Quatre  jors  fu  li  rois  que  d'iluec  ne  se  mut 

1)  que  iréë  envers  le  eiel,    2)  fue.    3)  LibU,    4)  raie.    5)  virent 
ies  krandone,    6)  harbee,    7)  floeeL    8)  querra,    9)  piuie, 
Li  BoviUBt  d*Alizudr«.  22 


338  PONTAINB  DB  JOUVENCE. 

et  fist  mult  grant  froidure,  asses  neja  et  plut; 

ains  les  pesse*  de  Tair,  por  coa  ne  se  descrut. 

Alixandres  commande  à  caus  d'Inde  qae  dut, 

qu'apriès  si  grant  calor,  si  grant  froidure  mut, 

mais  oqques  por  le  dire  nus  d'aus  ne  8*apamt.  5 

Deus  viellars  Indiens  ont  es  désers  trovés 
qui  ont  lonjes  les  barbes  dusc'à  1'  neu  de  Y  baudriers. 
li  rois  lor  a  enquis,  dont  estes,  ù  aies? 
cil  li  ont  respondu:  „ci  est  notre  règnes. 
„des  désers  de  Rimort  teus  est  notre  iretés.  10 

,Ji  quels  est  Alixandre  et  car  le  nos  mostres, 
„quar  veoir  le  volons  plus  que  riens  qui  soit  nés, 
„por  cou  que  sor  tous  homes  est  cremus  et  doutés." 
li  chevalier  li  dient:  „toute  Tost  esgardes: 
„à  cel  que  mius  vus  samble  signer,  si  vus  tenes.*'        15 
cil  esgardent  le  roi  ki  fu  grans'  et  quarés, 
autresi  le  connurent  com  s'il  lor  fust  mostrés. 
„sire,  font  li  viellart,  se  en  nos  vus  fies 
„as  arbres  vus  menrons  que  vous  tant  désires, 
„qui  vous  diront  noveles  de  le  mort  c'atendes."  20 

quant  Alixandres  Tôt,  s' es  en  a  merciés. 

„Signor,  fait  Alixandres,  je  vus  conunanc  et  reu, 
,,remuons  nos  herbeges  et  querrons  autre  leu; 
„car  je  voi  mult  le  ciel  et  pale  et  inde  et  bleu. 
„il  ne  nos  promet  mie  ne  seurté,  ne  geu.  25 

„ains  sunt  irié  li  Deu  qui  nos  ont  mis  en  freu;^ 
„tel  cose  i  ont  hui  fet  dont  ai  au  ciier  grant  veu, 
„quar  vii«-  chevriier  ki  niult  estoient  preu, 
„i  avons  hui  perdus  de  le  noif  et  de  V  feu. 
„ensevlisons  les  ipors  et  lor  faisomes  veu.  30 

„por  le  mangier  haster  voisent  avant  li  keu.'' 

Les  mors  ont  sevelis,  GHjois  s'en  sunt  torné; 
li  Griu^  s'en  vont  avant,  s'unt  le  mangier  hasté, 
d'un  grant  tertre  ù  il  érent  en  i.  val  avalé 
et  voient  as  herbeges  le  mangier  aprester.  35 

à  pié  se  vont  déduire  quant  il  orent  digne. 

1)  iM  poiêê.    2)  gro9.    3)  ei  je  eroi  kien  de  voir  ptô  irié*  #ONf   ii 
Dieu,     4)  ktu. 


PONTAINB  0B  JOUVBNCB.  339 

« 
desous  une  grant  roce  truevent  i.  liu  cave 

ù  Hercul  et  Liber  avoient  conversé, 

et  orent  icel  liu  benéi  et  sacré,  ^ 

que  puis  n'i  entra  nus,  qu'il  en  fùrei^t  tome, 

con  n'eust  cà  de  fors  à  tous  jors  mort  jeté.'  5 

Alixandres  mescroit  c'en  n'i  ait  ens  frété' 

de  serpent  u  d'oisieP  ki  Tait  envenimé.   • 

ains  ne  Y  crei  li  rois  dusque  Tôt  esprové; 

entrer  i  fist  iiii.  honunes  qui  bien  furent  armé. 

au  tierc  jor  furent  hors  tout  iiii.  mort  rué/  10 

à  travers,  l'un  sor  l'autre,  à  tiere  mort  jeté.' 

Alixandres  les  voit,  lonjement  a  pensé 

por  cou  qu'il  n'i  voit  cop,  ne  il  ne  sunt  navré; 

F.  53'   ne  pot  onques  savoir  le  fine  vérité, 

comment  il  erent  mort  et  iluec  aporté.  15 

li  viellart  Indien  qui  de  1'  pais  sunt  né, 

et  avoient  grant  pièce  è  V  pais®  séjomé, 

a  fait  li  rois  venir,  si  lor  a  demandé; 

l'un  d'eus  avant  de'  l'autre  a  forment  conjuré 

que  de  celé  mervelle  qui  si  l'a  esfrée  20 

l'en  dient  ambedoi  toute  la  vérité: 

s'en  le  cave  a  fontaine®  u  serpent  u  fceté* 

qui  si  soutainement  ait  cest  air*^  déserté. 

li  doi  viellart  respondent,  qu'erent  de  jgrant  aé, 

que  Hercul  et  Libis  par  lor  grant  deité  25 

entoscièrent  le  liu  et  l'ont  enfantosmé. 

li  rois  et^'  li  vieillart  qui  cou  11  ont  conté; 

por  le  pais  qu'il  sevent  a  mult  grant  volenté 

li  rois  d'aus  retenir,  car  partout  ont  aie  ; 

et  dist  que  désormais  erent  tout  si  privé,  30 

et  mult  seront  par  lui  servi  et  ounouré. 

li  viellart  l'en  mercient  et  li  ont  afié 

que  partout  le  menront,  à  mult  grant  seurté. 

Quant  li  vens  fut  cans  et  li  nois  fu  fondue, 

et  li  estans  fu  plains  de  l'iave  qu'est  creue,  35 

1)  au  maiin  mori  irové,  2)  enfermé.  3)  u  eerpent,  u  cuiaevre. 
4)  irovi.  b)  à  im  Hère  enoereé.  6)  régnée.  7)  dee  deus  wmU.  8)  fan- 
tome.    9)  enferié,     iO)  iiu.     \\)  ot, 

22* 


340  FONTAINE  DE  JOUVENCE. 

et  de  la  grant  mervelle  qui  dou  ciel  fu  pleue, 

et  par  icel  converse  est  issi  espandue, 

et  de  tresy)utes  pars  par  Testairc  acourue, 

il.  pies  plui|  haut  la  rive  de  celé  qu'est  beue; 

jà  qui  ne  le  veist  par  aus  ne  fust  creue.*  5 

li  jors  fu  biaus  et  clers  et  fist  ombre  sor  nue, 

et  Alixandres  monte,  toute  jor'  se  remue; 

et  montèrent  i.  tertre  dont  li  roce  est  ague, 

onques  mais  ni  ot  sente,  ne  carière  batue; 

li  viellart  vont  avant  qui  le  tiere  ont  seue  ^  10 

et  ont  è  r  gué  de  V  val  une  forcst  veue 

qui  bien  estoit  dedens  et  garnie  et  vestue 

de  toute  icele  riens  qui  à  cors  d'orne  aiue. 

Lors  descendent  de  Y  tertre,  si  entrent  en  i.  val. 
mult  furent  travillié  li  homme  et  li  vasal;'  15 

li  calors  de  Y  solel  lor  fist  le  jor  maint  mal. 
Alixandres  les  guie  qui  sist  sor  Bucifal, 
et  en  l'arière  garde  a  mis  son  senescal. 
li  armé  vont  devant  qui  guient  le  costal; 
de  r  cief  de  la  montagne  salent  li  Otifal;  20 

mult  sunt  grant  et  hisdeus,  onques  hom  ne  vit  tal. 
cescuns  a  en  son  puig  une  piere  poignal. 
devers  le  haut^  de  Y  tiertre  lor  ont  livré  estai 
et  li  arcier  i  traient  ensamble  communal, 
et  cil  a  pié  les  huent  qui  font  grant  batistal;  25 

mult  menèrent  grant  joie  quant  furent  en  Tingal 

Li  fories  sist  mult  bien  de  lès  une  rivière; 
verdoians  fu  et  gente  et  reonde  et  entière, 
arbres  i  ot  plantés  de  diverse  manière, 
ains  ne  fu  f.  tranciés  ne  devant  ne  derière,  30 

ne  i  a  hom  si  hardi  qifi  i.  seul  cop  i  ftere. 
en  AvEîl  u  en  Mai  qiïant  li  clers  tans  remiere, 
li  mandeglore  i  est,  c'a  trover  est  legièr«; 
de  croistre  en  la  forest  siut  estre  costumière, 
nus  hom  n'est  si  hardis  qui  le  meust,  ne  querre,  35 

ne  Testuece  morir  d'une  mort  isi  fière; 
jà  ne  pora  aler  ne  avant  ne  arière. 
1  )  por  Hênê  ne  (u9t  ereuêy  êe  il  aperlemeni  ne  i'euêêent  veue.  2)  Poe.  3)  eevmi. 


FONTAINE  DE  JOUVmCB.  341 

En  la  gaudine  avoit  forest^  d'antiquité; 
F.  54*   poires  i  ot  et  pûmes  et  de  fruit  grant  plenté» 
et  dades  et  amandes  en  ivier  et  esté, 
il  yienent  par  nature,  c'ainc  ne  furent  planté, 
et  entre  les  devises  de  1'  vregier  ot  it  pré;  5 

de  toutes  bones  herbes  i  ot  à  grant  plenté. 
nus  hom  ne  demande  herbe  qui  li  viegne  en  pensé, 
de  coi  il  ne  troyast  tout  à  sa  yolenté. 
il  n'a  è  1'  mont  cel  homme,  tant  enferm,  ne  navré, 
ne  le  cuer  entoscié,  ne  tant  envenimé,  10 

se  il  pooit  tant  faire  que  il  en  eust  gosté, 
et  le  col  en  eust  i.  seul  petit  passé, 
que  il  ne  s'en  alast  tous  lies  en  sa  santé, 
de  la  flairor  de  l'arbre  et  de  la  savitée;' 
ne  n'a  sou  siel  dansiel,  tant  ait  ris  et  jué,  15 

se  ele  a  son  grant'  cors  son  ami  présenté, 
entre  ses  bras  tenu,  baisié  et  acolé, 
se  une  seule  nuit  i  avoit  séjorné 
et  ses  pies*  trestous  nus  sor  les  herbes  posé, 
au  main  ne  fust  pucele,  eust  sa  castée,  20 

de  l'odour  des  espices  et  de  la  douceté. 

Mult  fu  biaus  li  vregiers  et  gente  la  praiele; 
mult  souef  1  lairoient  radise  et  canele, 
garingaus  et  encens,  chitouaus*  de  Tudele. 
ens  en  mi  liu  de  1'  pré  ot  une  fontainiele;  25 

li  ruisiaus  estoit  clers  et  blanque  li  gravele, 
à  rouge  or  espagnols  passast-on  la  praiele;^ 
de  fin  or  tresjeté  i  ot  une  ymagtle,' 
sor  ii.  pies  de  crestal,  qui  ne  ciet  ne  cancele, 
qui  reçoit  le  conduit  qui  vient  par  ^  praiele.^  30 

è  r  vregier  lor  avint  une  mervfille  biele, 
que  desous  cescun  arbre  avoit  une  pucele; 
il  n'en  i  avoit  nule  sergante,  ne  ancele, 
mais  toutes  d'un  parage,  cescune  ert  damoisiele. 
le  cors  orent  bien  fait,  petite  lor  mamele,  35 

les  ious  vairs  et  rians  et  la  color  novele. 

i)  vergier,    2)  vanité,    3)  gènt     4)  cors,     5)  eiioai,    6)  ptêmêt'-Vén 
im  fmrêUU.    7)  margêle.    8)  rueiê. 


342  FONTAINE  DE  JOUVENCE. 

plus  ert  espris  d'amor  U  yoit  la  damoisiele 

*que  s'fl  eust  le  cuer  brni*  d'une  estincele. 

à  Alixandre  ont  dit  H  viellart  le  novèle; 

quant  li  rois  Ta  oie,  joians  li  fu  et  bêle. 

quanques  il  a  aie  ne  prise  une  cinele,  5 

s'il  ne  les  voit  de  près,  les  yiellars  en  apele: 

„conduisies  moi  cest  ost  de  lès  celé  yaucele, 

„que  dusqu'en  la  forest  n'ert  ostée,  ma  siele." 

Alixandres  commande  l'ost  amener  ayant, 
quar  ë  1'  bos  as  pucieles  vint  aler  déduisant.  10 

son  senescal  apele  Tholomé,  en  riant, 
se  li  dist  le  raison  que  cil  li  yont  contant, 
et  les  pucieles  iscent  de  la  forest  samblant,' 
yestues  corne  dames,  mult  bel  et  ayenant. 
quant  yoient  caus  de  l'ost,  encontre  yont  juant  15 

*tant  com  li  ombres  durent,  ne  porent  en  ayant, 
jà  si  poi  ne  parlascent  que  mortes  taisant, 
mais  plus  aiment  les  homes  que  nule  riens  yiyant, 
por  cou  qu'en  cuide  ayoir  cescune  son  talant. 
cil  de  Tost  les  aprocent,  si  en  yont  deyisant;  20 

quar  de  si  bêles  famés  ne  rirent  onques  tant. 

Alixandres  dcscent,  iluec  est  arestés; 
ses  conpagnons  apele,  si  est  è  1'  bos  entrés, 
quant  il  yoit  les  pu  celés,  mult  en  est  esfreés' 
et  de  la  biauté  d'eles  est  issi  trespensés  25 

qu'il  en  jure  son  cief  qui  est  rois  coronnés, 
F.  54^   ne  se  mouyera  mais,  s'eri  li  quars  jor  passés. 

„je  commanc,  biau  signor;  por  Deu,  or  esgardes. 
„yeistes  mais  iceles  en  trestous  yos  aés. 
„boucettes  oq^  bien  faites,  jamais  teus  ne  yeres^  30 

„à  baisier  n'a  sentir,  en  teus  pais  n'ires, 
„et  ont  les  dens  plus  blans  que  yyores  planés 
„ne  que  la  flor  de  lis  c'amaine  li  estes. 
„bien  sunt  faites  de  cors,  grailes  ont  les  costés. 
„mameles  ont  petites  et  les  flans  bien  molles.  35 

„les  unes  sunt  yestues  dé  ciers  pales  roés, 
„les  plusiors  d'osterins  et  les  mains  de  cendés. 
1)  kroié.    2)  juani,     3)  #t  €êi  avant  aie. 


FONTAINE  DB  JOUVENOIB.  343 

^toutes  ont  dras  de  soie,  tout  à  lor  volentés. 
,,iiule  riens  ne  lor  faut,  ains  ont  de  tout  asses 
,,for8  conpagnie  d'oume  et  s'en  est  grant  plentés. 
„*or  séjornons  o  eles,  mult  nous  ont  désirés/' 

Par  devant  le  forest  ot  i.  pont  torneis,  5 

sor  l'aighe  de  Charie^  qui  Tient  de  Yalbrunis. 
les  estanpes'  de  Y  pont  sunt  de  marbre  polis, 
les  plansques  sunt  de  croie'  asl>ons  esmaus  trellis. 
de  l'autre  part  de  1'  pont  ot  i.  tresgeteis, 
ii.  enfans,  de  fin  or,  fais  en  molle  fondis.  10 

li  i.  fu  Ions  et  grailes,  l'autres  gros  et  petis;* 
menbres  orent  bien  fais,  vis  formés  et  Iraitis, 
si  corn  l'os  aproca  et  il  oent  les  cris, 
cescuns  saisit  i.  mail,  s'est  li  pas  contredis, 
par  desous  ot  i.  brief  que  i.  clers  ot  escris,  15 

qu'est^  fait  par  ingremance  desfendre  à  V  plaseis. 
Alixandres  descent,  qui  de  sens  est  garnis 
et  monta  sor  le  pont  et  est  outre  salis;® 
quant  il  voit  les  enfans  qui  ont  les  maus  saisis, 
il  se  retrait  arrière,  si  s'est  outre  esquellis.^  20 

Quant  li  rois  Yoit  les  ii.  qui  se  vont  devisant,^ 
ses  conpagnons  apele,  si  lor  dist  en  riant: 
,Je  voi  outre  ce  pont  une  mervelle  grant, 
„à  l'entrée  de  là,  u.  enfans  en  estant 
„et  de  ii.  maus  d'acier  se  vont  escremissant.  25 

„n'i  cuic  jamais  passer  en  trestout  mon  vivant.'* 
quant  li  baron  l'oirent  qu'iluec  sunt  entendant,* 
il  montent  sor  le  pont,  qui  plus  tos  vont  corant 
et  voient  le  mervelle  que  li  rois  va  contant, 
adont  i  sunt  venu  li  doi  viellart  Pensant  30 

qui  par  tous  les  désers  vont  le  roi  conduisant, 
et  toutes  les  mervelles  de  le  tiere  mostrant. 
Alixandres  a^^  dit:  „signor  venes  avant, 
„dites  par  quel  manière  sunt  ici  cil  enfant.'' 
li  ainnés  li  a  dit  que  por  lui  fera  tant,  35 

que  cou  fera  remaindre  dont  se  vont  mervillant. 

1)  Clarenee  qui  vimt  devers  Tipi*.  2)  eifnta.  3)  itivore.  i}fùrm9.  5)  qu*eê. 
6)  9%  s'eêi  eêeoeUis.  T)qwUn'isoitfén9.  S)de9fendani.  9)atendani.  10) /or. 


344  FONTAINE  Dfi  JOUVENCE. 

Li  viellars  lor  a  dit  qu*il  lor  fera  laisier 
les  maus  et  les  cuigniés'dont  il  sunt  costumier. 
Alixandres  11  prie  que  pense  d'esploitier; 
plus  li  donra  fin  or  que  n*en  voira  bailler. 
,,sire,  dist  li  viellars,-  ne  vus  caut  d'acoiniier.  •   3 

„laisies  moi  bêlement  mon  cors  aparillier; 
,Jà  vus  en  ferai  i.  en  Tiave  trébucier» 
„que  vo  oel  le  veront  à  i.  poiscoii  mangier 
„el  l'autre  enporteront  diable  et  avresier." 

Près  de  Tencantement  est  cil  ajenelliés  10 

et  saut  de  V  pont  en  Tiave  et  puis  est  redreciés. 
ses  mains  tendi  en  haut  et  revint  sor  ses  pies, 
puis  se  rabaise  en  i'iave,  ii.  fois  i  est  plonciés. 
F.  54®   à  la  tierce  fois  quant  il  fu  essechiés,' 

voiant  tous  caus,  en  Tiave  li  enfes  bronciés  15 

par  tel  air  en  Fiave  que  tous  est  dépeciés; 

voiant  les  ious  le  roi,  est  des  poisons  mangiés. 

puis  que  li  i.  d'aus  fu  en  l'iave  périlliés, 

ne  pot  durer  li  autres  que  ne  soit  dépeciés. 

i.  diables  Tenporte  ki  fu  aparilliés,  20 

les  jambes  li  pecoient,  les  bras  li  a  brisiés. 

„e  Dex!  dist  Alixandres,  par  les  toies  pitiés, 

„de  quanque  me  dones,  soies  vus  merciés 

„*cil  qui  fist  ces  enfans  fu  mult  outrequidiés, 

„le  maus  que  cil  avoient,  ont-il,  je  quic,  laiés.^'  25 

Alixandres  i  cort  et  si  s'est  eslaissiés; 

il  n'en  meust  i.  seul  por  estre  détranciés. 

Après 'le  roi  coururent  tôt  li  per  eslaisier;' 
de  folie  se  voelent  pener  et  travillier, 
le  menor  ne  pensent  xv.  bon  chevalier.*  30 

atant  s'en  passent  oufre  serjant  et  escuier, 
damoisiel  et  mescin  et  mult  de  bon  arcier* 
qui  estoient  venu  en  l'ost  por  gaegnier; 
après  vienent  les  bestes  c'on  maine  por  mangier. 

En  le  forest  est  Tos  celé  nuit  ostelée,  35 

il  n'ont  autres  osteus  fors  cascuns  le  ramée, 
les  pucieles  n'i  font  plus  longe  demorée, 
1  )  retcremté.    2)  es^aiét,    3)  ttsaier.   4)  hoeuf  eariier,    5)  $éiHan  eL 


FONTAINE  DB  JOUVBNCB.  345 

cescuDS  a  pris  le  sien  sans  antre  recelée; 

qui  saVolenté  yoU,  aine  ne  li  fut  celée.* 

ains  lor  fù  biep  par  eles  souvent  amonestée 

cil  iégier  baceler  ki  tant  l'ont  désirée, 

qui  de  piecà  sunt  fors  trestout  de  lor  contrée.  5 

cescuns  i'  a  sa  famé  u  s' amie  menée; 

toute  icele  nuit  ont  mult  grant  joie  menée, 

tant  que  biaus  fu  li  jors,  clere  la  matinée. 

quant  il  yolrent  mangier»  le  vitalle  ont  troYée, 

bien  à  iiii"*«  ^  homes  le  trueyent  conraée;  10 

il  demandèrent  l'iave,  on  lor  a  aportée, 

il  vont  à  la  masiele*  ki  d'or  fu  trèsjetée, 

qui  reçoit  le  conduit  qui  vient  par  le  baée, 

puis  estendent  les  napes  sor  Terbe  arosée.* 

il  n'a  sou  siel  deuise,  là  ne  soit  présenté;  15 

cescuns  à  son  talent  le  trueve  à  savourée. 

après  mangier  s'en  vont  déduire  par  la  prée; 

en  le  forest  est  l'os  iiii.  jors  séjornée 

tros  que  ce  vint  au  quint  qu'ele  s'en  est  tomée. 

Alixandres  regarde  desous  une  cepée  20 

d'un  vermel  cerubin  qui  ot  le  fuelle  lée 

et  est  aourles  d'or  menuement  ouvrée; 

une  puciele  i  vint  qui  ert  encolorée; 

onques  plus  bêle  femme  ne  fu  de  mère  née. 

le  car  ot  bêle  et  blance  comme  nois  sor  giclée;  25 

Te  biauté  de  sen  vis  durement  li  agrée, 

quar  li  vermaus  li  est  avoec  le  blanc  mellée. 

quant  ii  rois  l'ot  coisie  et  très  bien  devisée, 

et  a  dit  à  ses  homes:  „une  cose  ai  pensée. 

„quPceste  feme  aroit  de  cest  convers  gietée,  30 

„et  en  la  soi  tiere  et  conduite  et  menée, 

„on  en  devrait  bien  faire  roine  coronée.*' 

Dans  Clins,  li  fins  Cauduit,  l'a  sor  i.  mont^  montée, 
ensi  com  au  roi  plot;  jà  l'en  euist  menée; 
celé  s'en  voit  porter,  mult  fu  espoentée  35 

et  regarde  Alixandre,  merci  li  a  criée: 
„gentiu8  rois,  ne  m'ocis,  franco  cose  ounorée; 
1)  vie.    2)  N'f.    3)  à  tiïi«.  m.    4)  margeU.    5)  à  ia  roêéê.    6)  mui. 


346  FONTAINE  DB  JOUVBNCE. 

F.  54^   „quar  s'estoie  plain  pié  de  la  forest  jetée 
„que  euise  des  ombres  une  seule  passée, 
étantes  seroie  morte,  tele  est  ma  destinée." 
Alixandres  le  voit  plus  bêle  d'une*  fée, 
por  cou  que  ele  pleure  le  color  a  muée;  5 

mervillouse  pitiés  li  est  è  V  cors  entrée, 
à  tiere  le  fait  mettre,  à  Dieu  l'a  commandée, 
celé  s'ajenella,  h  tiere  est  enclinée, 
mult  demaine  grant  joie  quant  ele  est  escapée; 
en  le  forest  arrière  en  est  mult  tos  alée.  10 

puis  ont  une  parole  entr'elles  porparlée, 
que  l'ost  convoieroit  coiement,  à  celée, 
tant  com  l'ombre  de  l'  bos  pora  avoir  durée. 
cil  de  l'ost  s'esmervellent,  qui  les  ,ont  esgardée, 
torner  yolrent  arrier  au  roi;  quant  fu  contée  15 

novele  que  sa  gent  est  au  bos  retomée, 
et  quant  il  l'a  oie,  se  teste  en  a  jurée 
que  se  nus  i  remaint  plus  d'une  arbalestrée, 
qu'il  le  fera  ardoir  en  fornaise  enbrasée. 

Alixandres  apiele  les  yieUars,  s'es  conjure  20 

par  ce  Deu  ki  forma  trestoute  créature; 
si  lor  a  demandé:  „par  com  faite  aventure 
„sont  en  cél  bos  ces  femmes?  est-cou  lois  ou  droiture? 
„dont  vienent  et  coi  vestent?  qui  lor  trueve  peuture? 
„quant  à  trestoute  m'ost  ont  trové  fors  nature,*  25 

„en  font  eles  as  Dex  nesune  soufraiture  ?  ' 
„u  ont  eles  trouvé  jouvent  qui  tant  lor  dure 
„quant  jou  n'i  ai  veu  tonbe,  ne  sepouture?" 
cil  li  ont  respondu,  ki  soreut  lor  nature: 
„à  l'entrée  d'ivier,  encontre  le  froidure,         •  30 

„entrent  toutes  en  tiere  et  muent  lor  faiture. 
„et  quant  estes  revient  et  li  clars  tans  s'apure, 
„à  guise  des  flors  blanques  muent  à  lor  nature. 
„celes  qui  dedens  nessent  sunt  de  1'  cors'  la  figure 
„et  la  flor  qu'est  dedens,*  si  est  lor  vesteure;  35 

„et  sunt  si  bien  talliés,  toutes  à  lor  mesure, 

1)  fomê9iure,    2)  offeriure.     3)  ii  boioM  qu*e9i  en  mi  faii  eu  cors, 
4)  par  dêforê. 


FONTAINfi  DB  JOUVENCE.  347 

^que  jà  ni  ara  force,  ne  cisel,  ne  cousture, 

„et  cascuns  vestemens  jusc'à  la  tiere  dure. 

„et  si  corn  a  devises  de  cest  bos*  vient  à  cure; 

,Jà  ne  vonront  au  main  icele  créature 

„qu'ele8  n'aient  le  jor'  ains  que  soit  nuis  oscure.'*         5 

et  respont  Alixandres:  ,,boine  est  lor  aventure; 

,,onques  à  nule  gent  n'avint  tel.  trouveure." 

Li  rois  issi  don  bos  et  si  homme  ensement; 
les  pucieles  les  guie  tant  corn  li  ombres  tenfk  ' 
quant  ne  pueent  avoir,'  si  sospirent  forment,  10 

à  tiere  s'ajeneiient^  volant  toute  la  gent, 
enclinent  Alixandre  de  V  cief,  parfitement,* 
à  Deu  le  commandèrent  qu'il  le  maint  sauvement. 
li  il.  viellart  les  guient  à  lor^  adrecement; 
entre  iiii.  montagnes  par  i.  val  fielment.  15 

cescun  an  par  nature  i  nessent  vi.  serpent      ^ 
qui  gietent  fu  et  flame;  le  tiere  art  et  esprent. 
en  icele  valée  se  conbatent  li  vent, 
et  tous  tans  i  fet  froit  et  giele  mult  forment; 
onques  solaus  n'i  luist,  se  Testore  ne  ment.  20 

iluec  ot  malves  siècle  qui  ot  mal  vestiment;^ 
une  pians  i  vausist  vii"'*  mars  d'argent, 
quar  tous  li  mius  vestus  i  tranle  dent  à  dent. 
*puis  troevent  la  mervelle  des  désers  d'Orient 
*  culuevres  et  serpens  qui  mordent  asprement.  25 

qui  là  ot  bones  armes,  ne  V  donna  son  parent, 
F.  55*   ains  les  tint  près  de  li  et  son  cors  en  desfent; 
n'i  vosist  cescuns  estre  por  l'or  de  Bocident,^ 
quar  li  tiere  sous  aus  croie  sor  aus®  et  fent, 
et  li  ceval  i  entrent  dusc'à  l'enfeutrement  ;  30 

tout  li  millor  ceval  i  devenoient  lent, 
iluec  fait  grant  folie,  qui  a  pié  i  descent; 
quar  la  tiere  lor  fent  et  crieve  durement, 
le  jour  i  a  remes,  ce  m'est  vis,  plus  de  c. 
par  mi  une  montegne  coisirent  i.  torment,  35 

iiii.  nues  mervelles  de  devers  Occident, 

1)  M  fUCéUê,    2)  à  V  veêpre,'    3)  avani,    4)  parpmdemêni.   5)  pmr  i. 
6)  froid  gamêmeni,    7)  Bonivmt,    8)  péeoie. 


348  FONTAINB  DE  JOUVBNCB. 

et  menoient  entr'elles  un  tel  tornoiement, 

tel  noise  et  tel  tormente  et  tel  conbatement, 

et  il  plouToit  sanc  cler  isi  espessement 

que  les  goûtes  menrelles  caoient  sor  la  gent; 

n'a  homme  en  toute  Tost  qui  ne  s'en  espoent.  5 

Alixandres  apiele  Tholomé  son  parent, 

Clincon  le  fil  Caldui  et  Perdicas  le  gent: 

„signor,  fait  Alixandres,  par  le  mien  entient, 

„cis  signes  senefie  mult  grant  destruiement. 

„li  Diu  nos  Toelent  mal,  trop  alons  folement/'  10 

li  doi  viellart  qu'es  guient,  li  ont  dit  bêlement 

que  face  Tost  remaindre,  se  voist  privéement; 

por  Teoir  les  ii.  arbres  s'en  aille  isnelement 

*  à  la  tierce  fontaine  et  l'aige  de  joyent 

qui  fait  rajou venir  toute  le  vielle  jent  15 

en  l'âge  de  xxz.  ans;  de  riens  ne  vus  en  ment, 

qui  iiii.  fois  se  bagne  et  contient  salvement.* 

mais  gart  bien  puis  de  plus'  et  de  mal  ensement, 

que  ensi  ne  le  fait  ne  gaegne  noient. 

mult  s'en  est  mervilliés  li  rois  quant  il  l'entent.  20 

Alixandres  en  jure  son  Deu  ù  il  atent, 

ne  laira  por  mal  pas,  ne  por  autre  torment, 

ne  voise  à  la  fontaine,  se  Dex  le  me'  consent. 

Quant  li  rois  part  de  l'ost,  si  plorent  li  plusior; 
car  forment  se  dotoient  de  perdre  loc  signor.  25 

Alixandres  cevauce  qui  aine  n'ama  soujor, 
et  ot  en  sa  compagne  maint  fil  de  vavasor, 
de  caus  ù  plus  se  fie  et  ot  grignor  amor. 
li  doi  viellart  qu'es  guient,  sunt  en  mult  grant  fréor 
que  li  rois  ne  lor  face  et  honte  et  désounour.  30 

entrent  en  une  tiere  qui  iii.  fois  art  le  jor; 
qui  ne  set  le  costume,  tôt  en  a  le  pior.* 
à  euré  de  midi  fet  li  solaus  son  tor; 
adont  sentirent  tout  une  si  grant  calor, 
quar  lor  ceval'  brûlèrent  de  destrece  et  d'ar<lor.  35 

ains  n'i  ot  si  hardi  qui  n'eust  grant  paor; 

1)  #t  H  vm  bêi  €t  gent    2)  êoi  de  plui  foiré.    3)  mudê  fu»  Dex  U. 
4)  en  mreit  ymor.    5)  f  tie  ii  ehweux. 


FONTAINE  DE  JOUVENCE.  34g 

mais  li  solaus  se  baise  devers  tiere^  major. 

lors  ont  par  Tost  sentie  atenprée  froidor, 

iscent  de  celé  tiere,  si  entrent  en  millor 

et  vienent  en  une  autre  qui  est  de  grant  valor, 

ù  jà  li  Sors  novele  n'i  perdra  sa  coûter;  5 

Toient  les  praeries  dont  Terbe  est  en  verdor 

et  le  tierce  fontaine  et  Tiave  de  doucor 

qui  le  gent  rajouenist  iiii.  fois  cascun  jor. 

de  mult  ciers  arbrisiaus  est  close  tote  entor; 

là  estoient  les  herbes  qui  gietent  grant  flairor.  1 0 

sou  siel  n*a  homme  en  tiere,  tant  espris  de  dolor, 

qu'à  r  partir  ne  s*en  voist  tous  sains  et  en  vigour. 

Signor,  de  la  fontaine  vus  dirai  mon  pensé; 
close  estoit  de  ciers  arbres  de  rouit  grant  deité. 
à  l'issue  d'ivier,  à  l'entrée  d'esté,  15 

F.  55^   quant  li  flors  renoyele  de  droite  Tolenté, 

tel  odors  ist  de  Y  bos,  je  vus  dis  par  vreté, 
plus  suef  i  out  d'encens  quant  on  Ta  enbrasé. 
par  devant  la  fontaine  ot  i.  lion  jeté , 
qui  trestont  estoit  fais'  de  fin  or  esmeré.  20 

icel  lion  gardoient  iiii.  lions'  cresté, 
et  ii.  dragon  volant  de  si  maie  fierté 
qui  le  pais  avoient- entor  si  aquité, 
que  jà  nus  hom  n'osast  entrer  en  cel  règne, 
bagnier  à  la  fontaine,  ne  atoucier*  au  pré;  25 

por  i.  fil  de  Deuesse  c'orent  envenimé, 
furent  trestout  ensanle  d'une  funde'^  tué. 
en  icel  lion  d'or  qui  iert  d'antiquité, 
dedens  i  ot  conduit  sajement  seelé, 
ensi  com  l'orent  fait  encanteor  trouvé,®  30 

dontli  regot^  des  arbres  dont  je  vus  ai  conté, 
descBndent  de  1*  conduit  à  1'  lion  d'or  formé 
qui  ert  en  la  fontaine,  de  si  grant  riceté, 
et  hors  par  mi  le  bouce  li  iscoit  à  plenté, 
si  que  fu  par  estude  sagement  conpassé.  35 

onques  Dex  ne  fist  home,  se  là  avoit  esté, 
de  venin  ne  de  porre  tant  fort  enpuisoné, 
i)Ynde.  2)fmê.  Z)iidragonê.  4)mdiê€r.  b)  foudre.  6)|»rov0.  7)dêgouê. 


350  FONTAINE  DB  JOUVBNCB. 

s'un  petit  i  avoit  dormi  et  reposé 

*et  eust  de  celé  aige  i.  petitet  gosté, 

ne  s'en  alast  haligres  et  trestous  en  santé. 

Li  fontaine  seoit  en  mi  le  praerie; 
clos  est  de  rices  arbres  de  piere  de  rubie;  5 

Todor  en  sentisies  d'une  liue  et  demie; 
jamais  de  tel  fontaine  n'en  ert  novele  oie. 
Alixandres  descent  sor  l'erbe  ki  vredie 
et  tout  environ  lui  estoit  sa  baronnie. 
li  conduis  vint  avant,  mult  doucement  li  prie  10 

que  nus  en  la  fontaine  ne  face  roberie; 
quar  qui  riens  i  prendroit,  mult  tos  perdroit  la  vie. 
quant  Alixandres  l'ot,  ses  homes  en  castie. 
Antigonus  i  entre  qui  le  teste  ot  florie, 
quar  tant  avoit  vescu  que  tous  li  cors  li  plie.  13 

Li  fontaine  sordait  de  1'  flun  de  paradis, 
de  Taighe  de  Deufrate  qui  départ  de  Tigris. 
trestous  li  pavillons  est'  à  cristal  assis, 
alistes  de  fin  or  i  sunt  à  fin  or  mis, 
et  li  piler  sunt  tout  de  blanc  marbre  et  de  bis:  20 

et  desor  les  pilers  ot  i.  piler'  assis 
qui  plus  jeté  clarté  que  fus  qui  est  espris. 
en  le  fontaine  entrèrent  li  Griu,   ce  m'est  avis; 
ensamble  en  i  baguèrent  plus  de  Ivi. 
quant  il  iscent  de  Tiave,  par  foi  le  vous  plevis,  25 

que  bien  sambloient  tout  haut  chevalier  de  pris; 
en  l'âge  de  xxx.  ans  ont  tôt  mué  lor  vis. 

Li  viellart  qui  le  roi  aloient  conduisant 
et  totes  les  mervelles  de  la  tiere  mostrant, 
venu  sunt  devant  et  li  dient  itant:  30 

„rois,  bone  est  la  fontaine  que  t'alions  loant; 
„bagnié  s'i  sunt  li  homme  et  mué  li  auquant. 
„vois  tu  com  somes  vies  et  que  cescuns  ferrant, 
,Jà  nos  veras  muer  tôt  en  autre  samblant'^ 
en  la  fontaine  entrèrent*,  .ambedoi  soi'  véant;  35 

iiii.  fois  se  baguèrent  par  le  "droit  convenant, 
quant  il  iscent  de  Viave,  par  le  pré  vont  juant  ; 
1)  pavemenê  fu.    2)  earboeU.     3)  U. 


FONTAINE  DB  JOUVENCE.  351 

devant  droit  la  fontaine  sunt  Venu^  en  estant, 
à  paines  les  connut  tant  erent  avenant. 
F.  55®  li  rois  en  apela  Tholomé  en  riant, 

et  en  apriès  Clincon  le  chevalier  vaillant. 

„8ignor,  ce  dist  li  rois,  por  voir,  vus  di  itant  5 

„que  durement  me  vois  des  viellars  mervillant, 

„que  si  sunt  devenu  haut  et  lie  et  joiant.'' 

il  les  a  fait  vestir  d'un  pale  escarimant. 

iiii.  jors  sejomèrent  par  le  pré  verdoiant, 

tout  por  le  fontainiele  ù  s'aloient'  juant.  10 

Au  quint  jor  mut  li  rois,  n'i  vot  plus  demorer; 
en  Infar  et  en  Ynde  se  voloit  séjomer, 
quant  vit  par  les  désers  ii.  paisans  aler. 
maintenant  les  a  fais  devant  lui  apieler: 
„signor,  fait  Alixandres,  je  vus  voel  demander  15 

„se  des  mervelles  d'Inde  me  saves  riens  conter/^ 
cil  li  ont  respondu:  „se  tu  vins  escouter,    « 
,jà  te  dirons  mervelles,  s'es  poras  esprover. 
„là  sus  en  ces  désers,  pues  ii.  arbres  trover 
„qui  c.  pies  ont  de  haut  et  de  grossor  sunt  per.  20 

„li  solaus  et  la  lune  les  ont  fait  si  serer 
„que  sevent  tous  langages  et  entendre  et  parler, 
„et  tout  dientà  homme  qUanques  il  vint  penser, 
„et  c'avenir  li  est  et  qu'il  a  à  passer.'' 

—  par  Deu,  dit  Alixandres,  là  nos  convient  aler.  25 
„se  vus  me  conduisies,  plus  vus  ferai  donner 

„d'or  bon  molu  d'Arrabe  que  ne  pores  porter." 

—  sire,  dient  li  viel,  ce  nos  fait  esmaier 
„que  menés  si  grant  gent,  ne  pores  esploitier. 

„se  tos  voles  aler  et  par  tans  repairier,  30 

,Jà  mar  iront  o  vous  que  sol  c.  chevalier." 
Alixandres  Toi,  prist  soi  à  courechier, 
cuida  que  le  vQsisent  autresi  engigner 
que  li  autres  conduis  qui  le  trai  Tautrier, 
qui  le  devoit  en  Bautres  et  conduire  et  cierkier,  35 

dont  les  c.  fist  li  rois  en  Tiave  trébucier, 
de  devant  la  frété,  as  bestes  por  mangier. 
i)  U  roi  en  vinrent  ambedui.    2}  baignant. 


352  FONTAINE  DE  JOUVENCE. 

tous  les  vii.  a  fait  prendre  et  commande  à  Hier; 
demain  les  fera  pendre  u  en  aighe  noier. 

Paor  ont  li  viellart,  tous  li  cors  lor  frémit 
por  le  roi  Alixandre  que  il  avoient  desdit. 
or  sunt  prest  qu'il  le  jurent  et  que  cascun  l'aftt,  5 

qu'ils  ne  le  dirent  onques  por  mal  ne  por  despit; 
et  se  ne  V  trueve  isi  com  il  li  aront  dit, 
ardoir  les  face  u  pendre,  jà  n'i  aront  respit. 
cccc.  chevaliers  qui  bien  soient  eslit 
U  conduiront-il  bien  à  joie  et  à  délit.  10 

l'autre  gens  s'en  retort  et  Porrus  les  enguit 
,,par  Deu  dist  Alixandres,  or  aves  vus  bien  dit  '' 
or  a  cou  que  demande  et  de  joie  sosrit; 
à  Tholomé  commande  qu'es  gart  et  qu'es  délit. 

Alixandres  apiele  Porru  ki  estoit  rois,  15 

dist  11  qu'il  li  conduie  le  grant  ost  des  Grijois, 
cameus  et  olifans*  et  tout  l'autre  hamois, 
et  si  l'atende  en  Inde  u  en  tîere  Canpois; 
quar  si  que  li  ont  dit  li  doi  viellart.  Indois: 
entre  aler  et  venir  n'i  metera  c'un  mois,  20 

ne  laira  por  mal  pas  ne  por  autre  defois, 
ne  voist  veir  les  arbres  c'on  claime  d'Ibronois' 

Au  quart'  jor  mut  li  rois,  li  viellart  vont  avant 
et  cevauce  cascuns  i.  bon  mulet  ambiant    ' 
F.  55'  por  cou  que  vont  souef  et  tout  à  lor  talent  25 

plus  aiment  Alixandre  que  nule  riens  vivant 
de  lui  mal  engigner  ne  font  mie  sanlant; 
ancois  prient  au  roi  que  ses  homes  conunant 
que  il  facent  grant  joie  et  si  voisent  courant;* 
si  ira  le  vermine  des  desers  enfuiant.  30 

li  serpent  sunt  orible  et  si  sunt  malfaisant; 
mervelles  en  i  ot,  si  estoient  mult  grant. 
en  Yndien  langage  les  aloient  nomant 
li  gent  de  celé  tiere  qui  pas  ne  sunt  sacant. 
simple  erent  tôt  ensanle,  n'erent  pa9  castiant;  35 

vestu  erent  de  piaus  de  tigre,  d'olifant; 
quant  nus  hom  lor  demande  com  lot  est  convenant 
1)  ehêvaliêr*  et  êtrjtmÊ.    2)  ié  BtmoU.    3)  fiitiif.     4)  eommni. 


FONTAINE  DE  JOUVENCE.  353 

et  cil  11  respondirent  mult  tos,  de  maintenant: 

„d'Inde  somes  tout  né,  et  femmes  et  enfant" 

le  dolor  des  espées*  aloient  tout  flairant. 

Alixandre  ont  conté  li  yiellart  en  riant: 

„ne  vivent  d'autre  cose  li  petit,  ne  li  grant."  5 

Alixandres  cevauce,  mult  se  va  esploitant, 

li  viellart  qu'es  menoient,  les  vont  bien  conduisant, 

le  mal  pas  lor  ensegnent  que  nus  d'aus  n'i  ahant, 

parmi  les  grans  montagnes  les  vont  si  adrecant 

que  au  tresime  jor  avalent  i.  pendant,  10 

et  se  sunt  herbregié  tout  de  solel  luisant.' 

le  mangier  aparellent  li  keu  et  li  serjant; 

assient  au  souper,  ne  vont  plus  demorant. 

*mult  par  est  lies  li  rois  et  si  home  joiant; 

entr'aus  et  les  ii.  arbres  n'a  de  terre  i.  arpent  15 

Quant  li  rois  ot  soupe  à  grant  joie  et  à  glas,' 
il  vint  à  l'un  des  arbres  qui  fu  fais  à  coupas, 
et  ot  en  sa  conpagne  ccc.  Macidonas. 
il  estoit  près  de  1'  vespre  et  li  solaus  fu  bas; 
vienent  au  mur  de  1'  bos  qui  n'estoit  mie  quas;  20 

li  rois  fu  à  la  porte,  mes  il  n'i  entra  pas. 
i.  prostrés  se  teva  ki  n'estoit  mie  quars,* 
et  ot  bien  de  hàutecce  grans  xii.  pies  escars,* 
et  ot  dens'  comme  ciens  et  noirs  com  carbons  ars. 
le  provoire  apieloient  la  gent,  Chenobulas.  25 

Alixandres  le  voit,  cuida  fust  Sathanas, 
por  le  paor  qu'il  ot,  s'areste  isnel  le  pas; 
li  prostrés  l'araisone  bêlement  et  en  bas, 
puis  li  a  dit  tel  cose  qui  ne  fu  mie  à  gas. 
il  li  a  demandé:  „ki  ies  et  ù  iras?^  30 

„se  tu  viens  chi  enquerre  iquels  hom  tu  seras , 
„et  combien  en  ces!  siècle  tu  vivre  i  poras, 
„il  te  convient  plevir  c'a  femme  geu  n'as; 
„puis  iras  tant  avant  c'as  arbres  touceras. 
„et  se  tu  n'ies  caastes,  cà  de  fors  n'esteras,^  35 

„tu  et  ti  conpagnon  c'avoec  toi  amenas. 

1)   Bêfieti,    2)  lettmU    3)  gaê,    4)  craê,   6)  «n  fM.    6>  eiéf.   7)  fu 
ra#.    8)  rmKk&nraê, 

U  Boimas  i*Alizaalr«.  23 


354  FONTAINES  DB  JOUViCNOB. 

,»cou  que  tu  vius  enquerre»  avoec  toi*  penseras 
„et  de  tout  ton  pensé  le  vérité  oras, 
„et  que  jà  de  ta  bouce  i.  seul  mot  ne  diras.** 
puis  Ta  fait  descaucier  et  descaucier'  ses  dras, 
lors  H  a  dit  li  prestres:  „amis,  or  en  venras,  3 

,,x.  de  tes  conpagnons  avoec  toi  amenras, 
„  de  caus  que  tu  mius  aimes,  ii  plus  te  fieras. 
„quant  venras  as  ii.  arbres,  si  les  aourreras 
^et  demanderas  lor  icou  que  tu  vauras; 
y,\e  glorious  respons  ilueques  atendras."  M> 

li  rois  fu*  sor  les  arbres  Philippe*  et  Perdicas. 
F.  56"   le  vois  qui  ist  des  arbres  dist  au  roi:  „que  feras? 
,,onques  ne  fus  vencus,  ne  jà  ne  le  seras; 
,,et  doutes  morir  d'armes,  jà  mar  ne  le  seras. 
„à  i.  an  et  v.  mois"  Babilone  prendras  »  \f) 

^parfais  sera  li  mois  quant  tu  i  parvenras; 
„ne  jà  après  le  mois  i.  seul  jor  né  veras. 
„sires  sera  de  1'  mont  et  de  venin  moras.*' 
li  rois  ot  le  parole  et  ot  le  cief  en  bas, 
ne  pot  sor  pies  ester,  si  fu  de  paor  las.  20 

si  conpagnon  font  duel  et  descirent  lor  dras; 
n'i  vausist  cescuns  estre  pour  Toumr  de  Baudas. 
1)  ton  etter.    2)  despoiler,     3)  vif.     4)  Fiiote.    5)  8  jors. 


PROPHÉTIES  DES  ARBRES. 

CV  Mmt  mi  coiiiiiieiit  Allxandres  et  x.  de  ses  lioiiiiiies 

et  I  prestree  estaient  deiraitt  il.  arbres  qal  lor  d«ia- 

a«Ieat  repon». 

La  nuit  yilla  li  rois,  si  fu  grans  la  froidors; 
au  matin  par  son  Faube  commença  la  calours. 
quant  de  1'  rai  dou  solel  féri  es  bains*  Tardours, 
le  vois  ki  vint  à  l'arbre  a  dit  au  roi:  „aucours;' 
,4a  mère  fist  ton  père  hontes  et  désounors,  5 

„de  laide  mort  morra,  de  li  n'ert  dious  ne  plors; 
„et  toute  escievelée  sera'  es  quarefours. 
„ensi  ne  sera  mie  à  tes  bêles  serours; 
^ains  seront  bones  famés  et  prenderont*  signors. 
„Aristotes,  tes  mestres,  qui  des  sages  est  flours  tO 

„ara  tous  jors  grans  les,  comme  mestres  doutors. 
„de  r'aler  en  ta  tiere  sera'  mult  grans  tenrors; 
„tu  n'i  entreras  mais,  c'est  astive  dolours,^ 
,,ne  ne  veras  jamais'  le  palais  ne  les  tors, 
^morras  en  Babilone,  cou  ert  mult  grans  dolors/'         15 

Quant  li  roi  ot  oi  le  respons  de  1'  matin, 
paor  a  de  la  mort  et  a  le  cief  enclin, 
le  Tois  qui  ist  des  arbres  li  a  dist  en  latin  : 
„onques  ne  fus  yencus,  jà  ne  perdras  ton  brin, 
„et  doutes  morir  d'armes,  tout  aies  è  Y  devin,  20 

„à  i.  an  et  i.  mois  ert  termes  de  ta  fin. 
„cil  dont  tu  mius  regardes,  t'ocira  en  la  fin.^ 

1)  raina.  2)  meourê,  3)  toU  desêêvelée  girrm,  4)  trameront  ior, 
5)  te  preni.  6)  eo  est  voire  éoueorf,  7)  verras  d^  Orèee,  8)  mutims  te 
smites,  Voeiront  i  venin, 

23» 


356  PROPHETIES  DES  ARBRES. 

,jou  ne  t'en  dirai  plus,  or  ya  en  ton  cemin; 
„quar  se  je  te  disoie  de  la  mort  ton  train, 
„tu  feroies  ocire  o  i.  tien  barbarin, 
„et  mal  gré  m'en  saroient  notre  Deu  ApoUin/'  * 

Li  rois  en  va  plorant  et  ses  ceyiaus  detire,  5 

frémit  et  devint  noirs  et  remet  comme  cire, 
de  la  paor  k'il  a  pai'fondement  sonspire; 
n'a  homme  en  sa  conpagne  qui  ait  talent  de  rire. 
si  baron  le  confortent  et  li  dient:  „biaus  sire, 
„on  ne  gaegne  riens  en  courouc,  ne  en  ire.  10 

„mangies  i.  petitet,  ne  vus  caut  à  deflire; 
;,quar  vus  saves  mult  bien  et  aves  oi  dire, 
„que  de  la  mort  n'escape  li  miudre,'  ne  li  pire. 
F.  56^  „mors  est  Adans  meismes  que  Dex  fit  à  sa  tire. 

,,se  vus  saves  le  terme,  ne  le  deves  desdire;  15 

„quar  or  deviseres  com  ert  de  votre  enpirè.'' 
et  a  dit  Alizandres  :  „dit  m'aves  grant  remire  ; 
„votre  consel  crerai,  ne  le  voel  contredire.'' 

Li  rois  voit  ses  barons  environ  lui  plorer; 
por  sa  gent  esbaudir,  s'est  pris  à  conforter,  20 

et  a  dit  à  ses  homes:  „laies  ce  doel  ester. 
„li  mors  n'est  pas  tel  cose  que  on  doit  esciver; 
„ains  le  convient  à  tous  soufrir  et  endurer. 
„ancois  que  li  jors  viegne  que  j'ai  oi  noumer, 
„seront  mort  x"^-  homme  qui  or  sunt  baceler.  25 

„asses  i  a  grant  terme  por  grant  los  acater; 
„jà  ne  finerai  mais  de  terre  conquester, 
„du8ques  de  tout  le  mont  m'orai  signor  clamer; 
„ne  por  paor  de  mort  ne  lairai  à  aler, 
„ne  prenge  Babilone  que  tant  oi  loer,  30 

„que  avoir  voel  la  tor  qui  au  ciel  dut  fermer. 
„s'ocirai  le  serpent  qui  le  cuide  garder.'' 

Meus  est  Alixandres,  en  Inde  s'en  retorne, 
là  ù  Porrus  l'atent  et  toute  l'os  séjorne. 
de  grant  doel  fet  samblant  et  de  rien  ne  s'aome;  35 

por  cou  qu'il  fu  pensis,  à'  sa  compagne  morne, 
s'aperçoit  bien  Porrus  que  ot  le  teste  arbrone,* 
1)  infemm.    2)  menire.    3)  et    4)  amkrone» 


PROPHtiTIBS  DBS  ARBRB8.  357 

qu*U  ot  oi  tel  cose  qui  à  nul*  preu  ne  torne. 

Pomis  vit  Alixandre  des  ii.  arbres  venir; 

à  rencontre  li  vient  et  li  dist  son  plaisir  : 

„8ire,  fait-il  à  lui,  de  vus  volons  oir; 

„dites-nos,  s'il  vus  plest,  que  vos  doit  avenir/'  5 

Alixandres  respont  :  „ne  vus  en  quier  mentir. 
,,sires  serai  de  1'  mont,  trestot  à  mon  plaisir." 
quasement'  li  respont,  ne  pot  son  dol  tenir. 
Porrus  se  porpensa  quant  le  vit  amolir;* 
voit  les  pers  consillier  et  vMn  à  main  tenir,  10 

de  caus  qui  se  ralient  oi  les  fois  plevir; 
le  jor  pensa  li  rois/  le  nuit  ne  pot  dormir, 
por  cou  que  n'es*  veoit  juer  ne  esbaudir, 
sot  bien  en  son  corage  que  très  bien  sot  couvrir, 
qu' Alixandres  pensoit  à  cou  que  dut  morir.  15 

fors  li  n'a  sou  siel  homme  qui  Tosast  envair, 
ne  qui  riens  nule  osast  contre  lui  retenir, 
por  cou  que  il  l'ot  fait  de  bataille  fuir, 
s'en  quide  bien  vengier,  se  il  en  a  loisir, 
et  que  li  rois  ne  1'  sace  qu'il  le  doive  trair,  20 

por  le  roi  courecier  commence  à  messervir 
et  manace  ses  hommes  et  fait  as  siens  laidir; 
cil  s'alèrent  clamer,  ne  porent  plus  soufrir. 
„Porrus,  dist  Alixandres,  vius-me  tu  dont  guerpir? 
„le  don  que  t'ai  doné,  n'ai  soig  de  toi  tolir;  25 

„se  tu  te  vius  de  moi  sevrer  et  départir, 
„ne  te  voel  de  parole  ne  blasmer,  ne  laidir. 
„va4'en  en  ta  contrée,  fet  tes  cistes  bastir,® 
„et  se  tu  teus  estoies  qu'en  vosises  iscir, 
„ne  vers  moi,  cors  à  cors,  de  bataille  aatir,  30 

„m'espée  qui  bien  trance,  te  quic  faire  sentir. 
„roais  tant  que  es  o  moi,  ne  te  quier  desmentir.'' 
—  sire,  ce  dist  Porrus,  ce  voel-jou  or  oir; 
„encor  vus  en  poes  tout  à  tans  repentir, 
„quar  je  sai  bien  de  lance  et  d'espée  férir."  35 

dont  respont  Alixandres ,  com  hom  de  grant  air  : 

1)  Vaeeier.    2)  baêêemeni.    3)  amormr,    4)  Porrw.     5)  fu'tf  né  i'. 
6)  eûêtimus  ganUr^ 


358  PE0PHÉTIB8  DBS  ARBRES. 

F.  56®  „se  vus  ne  sayes  bien  le  caple  maintenir 

,,et  d'espée  et  de  lance,  je  vas  di  sans  mentir, 
„que  seurs  poes  esfre  de  le  teste  tolir/' 

„Porn]s,  dist  Alixandres,  qu'est  tes  sens  devenus  ? 
„or  ne  te  membre  mie  de  l'iave  de  Caulus.  5 

„quant  jou  i  ving  poignant  et  li  cans  fu  yeneus, 
„moi  fu  tes  brans  d'acier  présentés  et  rendus; 
„tu  cuidas  estre  mors  u  as  forces  pendus, 
„et  le  pié  me  baisas,  se  jou  fusce  creus.  tO 

„por  coru  que  tu  fus  htRnles  et  de  sorparler  mus, 
„jou  oi  de  toi  pitié  que  jou  fis  tes  vertus, 
„que  tos  fui  de  fa  tiere  et  saisis  et  vestus. 
„si  eus  tes  prisons  desloiés  et  rendus, 
„que  ne  rendise  autrui  por  m.  mars  d'or  moins. 
„tu  iras*  à  tes  homes,  par  tes  Dex  mescreus,  15 

„onques  si  larges  om  ne  fu  è  1'  mont  veus 
„com  est  roi  Alixandres  qui  sor  tous  est  creraus. 
„les  dons  que  t'ai  doné,  ai  malement  perdus; 
„va-t'ent  en  ta  contrée,  ronpus  est  li  festus. 
„je  ne  t'aimerai  mais,  ne  ne  seras  mes  drus;  20 

„s'en  camp  te  puis  trouver,  mors  es  et  confundus, 
„ne  te  puet  garandir  ne  haubers,  ne  escus, 
„que  dusques  es  arçons  ne  soies  porfendus/' 

Lors  s'entoma  Porus;  mal  est  partis  de  1'  roi. 
somont  toute  sa  tiere  et  met  en  grant  esfroi,  25 

il  en  jure  son  cief,  et  ses  Dex  et  sa  loi 
que  tant  que  Ynde  durt,  n'en  i  remanront  iii. 
qui  puisent  porter  armes  ne  aler  en  tomoi; 
et  s'uns  sens  i  remainst,  il  en  plevist  sa  foi 
que  il  ert  graellis,  u  rostis  en  espoi.  30 

Porrus  soumont  ses  hommes  isi  esfrement 
qu'il  en  jure  ses  Dex  et  quanqu'ii  i  apent. 
n'a  si  lontain  ami,  ne  si  procain  parent, 
se  il  ne  vient  à  lui  à  grant  enforcement, 
que  il  ne  face  pendre  et  présenter  au  vent.  35 

li  arbalestrier  furent  plus  de  m.  et  vii«-  ; 
onques  Dex  ne  fist  honune  qui  nonbrast  l'autre  jenU 
1)  jurûê. 


PROPHÉTIBS  DES  ARBRB8.  35g 

xl.  chevaliers  des  barons  d'Inde  prent, 

et  vient  à  Alixandre;  sa  tiere  li  desfent, 

que  il  n'i  entre  mais,  ne  n'en  prenge  nient; 

quar  se  il  ens  le  traeve,  il  le  fera  dolent. 

jamais  n'isteroit  fors,  se  Taroit  fait  dolent.  5 

Alixandres  Toi  parler  si  fièrement, 

à  mauvais  se  tenra,  se  il  ne  s'en  repent. 

„Pom]s,  dist  Alixandres,  or  va*  en  ta  contrée. 
„asses  m'as  manecié  et  ta  tiere  vée; 
„orguel  et  grant  folie  as  faite  et  enpensée.  10 

„vois-tu  cà  ma  conpagne,  qui  tant  est  redoutée, 
„toute  li  gent  de  1'  mont  n'aroit  à  li  durée; 
„tu  l'as  ja  par  ii.  fois  en  bataille  esprovée. 
„cil  ki  riens  n'ont  mesfait,  por  coi  aront  colée? 
„conbatons-nous  andoi,  cors  à  cors,  en  la  pré,  15 

„et  se  tu  me  pues  vaincre  et  conquerre  d'espée, 
,,jou  te  donrai  la  fin  et  ert  aseurée. 
„mi  homme  s'en  iront  tout  quite  en  lor  contrée, 
„n'enporteront  dou  tien  vallant  une  denrée. 
„et  se  je  te  puis  vaincre,  j'ai  ta  tiere  donnée."  20 

—  par  foi,  ce  dist  Porrus,  ains  sera  conparée, 
„ceste  fins  que  me  dites,  se  m'est'  aseurée; 
,Jamais  ceste  batalle  ne  sera  trestornée." 
F.  56'       De  le  bataille  avoir  l'aseure  li  rois; 

ambedoi  le  plevisent  et  jurèrent  lor  lois^  25 

Porrus  est  adoubés,  voiant  tons  les  Grigoi^; 

il  vesti  une  brogne  serée  de  grant  pois^ 

li  pan  et  li  ventalle  en  sunt  d'or  Espagnols; 

è  r  ciercle  de  son  elme  sunt  paint  li  xii.  mois, 

et  ses  escus  fu  fais  d'un  grant  poisson  marois.  30 

quant  se  fu  eslaisiés,  de  cou  fist  que  cortois, 

que  s'ensegne  escria  iiii.  fois  en  Indois. 

Alixandres  s'arma  à  guise  de  vasal; 
il  vesti  une  brogne,  onques  hom  ne  vit  tal, 
que  jà  hom  qui  le  port  ne  pooit  avoir  mal.  35 

è  r  ciercle  de  son  elme  sunt  mult  cler  li  esmal; 
son  escu  à  son  col  sali  sor  Bucifal 
1)  €ê.    2)  n'est  jà.     3)  fois,    4)  piois. 


360  PROPHtiTIBS  DBS  ARBRB8. 

et  a  pris  i.  espiel  o  le  hanste  poignal. 

là  ù  il  voit  Porrun,  si  s'eslaise  en  ingal; 

Porras  le  voit  venir,  si  l'atent  à  estai, 

si  le  fiert  en  Tescu,  è  Y  senestre  costal 

que  se  glave  pecoie  très  par  mi  le  poignal.  5 

li  rois  le  voit  férir  à  le  guise  mortal, 

que  le  brogne  li  trance  lès  le  vaine  orghenal; 

ronpent  ses  estrivières  et  caingles  et  poitral; 

tant  corn  anste  li  dure,  Tabatî  dou  ceval; 

tous  joins  se  passa  entre  et  fait  le  tor  roial.  10 

Ancois  que  li  rois  fust  arrière  repairiés, 
se  fu  Pomis  levés  et  en  estant  dreciés. 
de  riens  n'est  Alixandres  desjoins,  ne  desliiés;^ 
là  ù  il  voit  Porrun,  vers  lui  est  adreciés. 
quant  cil  le  voit  venir,  forment  est  esmaiés;  15 

sot  que  li  rois  fu  fors  et  trancans  ses  espées, 
se  le  fiert  contre  tiere,  mors  est  et  escaciés.' 
à  une  part  se  trait,  car  è  1'  cors  ert  plaies. 
Alixandres  li  dist:  „por  nient  guencissies; 
„onques  ne  fu  par  moi  jeldons'  frus  ne  tociés.^1  20 

quant  Pomis  l'a  oi,  de  lui  est  aprociés, 
il  trait  le  branc  d'acier  qui  n'estoit  pas  osciés, 
si  a  à  Bucifal  les  ii.  giérés*  tranciés. 
Bucifaus  ciet  à  tiere  et  li  rois  saut  sor  pies; 
de  ce  cop  fu  li  rois  courecous  et  iriés.  25 

1}  dewoiés.    2)  esquaisiéê.    3)  encore  gueldouê.    4)  gans. 


COMBAT  D'ALIXANDRE  ET  DE  PORRIS. 


Ci  «tot  0l  Mm  P«mui  et  U  r^is  AUximAres  m  mu- 
batfarent  euimiile* 

Li  rois  fa  à  la  tiere,  ses  cevans  Ai  perclus; 
mais  por  cou  ne  fu  mie  recreans,  ne  vencus. 
là  ù  il  voit  Porrus,  seure  li  est  courus; 
li  cols  de  Bucifal  11  ert  jà  cier  vendus. 
0  les  brans  acerins  detrancent  lors  escus;  5 

ains  que  se  fust  de  lui  partis,  ne  deronpus, 
le  navra  en  iii.  lius  de  V  branc  qui  fu  moins; 
F.  57*  Alixandres  cerauce  qui  mult  fu  irascus, 

iii.  plaies  li  a  faites,  bien  fu  en  car  férus; 

de  r  sanc  qui  ist  de  1'  cief  fu  mult  grans  11  palus.       10 

les  coifes  de  1'  hauberc  dont  les  las  a  ronpus, 

li  mist  8or  les  épaules  et  li  cies  remest  nus. 

jà  caist  à  la  tiere  pasmés  et  estendus, 

quant  il  fu  par  le  roi  soupuiés  et  tenus; 

s'espée  li  volt  rendre  et  son  elme  ronpus.  15 

„Porrus,  dist  Aliiandres,  mult  te  fais^  mes  privés; 
„tes  cors  et  tes  avoirs  me  fu  abandonés; 
„et  se  tu  ne  te  fusces  de  m'amor  désevrés, 
„li  dons  de  Babilone  te  fust  abandonés. 
„quant  vaincus  te  clamas  et  à  moi  fies  livrés,  20 

„ne  seras  mais  par  moi  touciés  ne  adesés; 
„ains  te  donrai  tant  trêves  que  tu  ères  sanés; 
„por  cou  que  li  jors  soit  par  ostages  donnés , 
„quant  seras  de  tes  plaies  garis  et  respasés, 
„que  tu  venras  è  Y  canp  garnis  et  aprestés.''  25 

t)  fuê  Jà. 


362  COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  P0RRU8. 

—  sire ,  ce  disl  Pomis ,  malement  sui  narrés  ; 
„par  le  votre  merci  à  mes  homes  aies. 
„de  caus  que  vus  plaira  xxz.  m'en  amenés." 
Alixandres  meismes  mult  tos  i  est  aies; 
quant  fu  de  ses  ostages  mult  bien  aseurés,  5 

Alixandres  remest  et  cil  en  est  portés.^ 

Li  rois  ist  de  ses  armes,'  iluec  se  herbreja; 
son  ceval  Toit  morir,  durement  l'en  pesa, 
ains  vilains  de  la  tiere  mie  ne  Tescorca, 
au  trancant  de  s'espée  trestout  le  detranca,  10 

ne  onques  de  la  car  nés  i.  ciens  ne  gosta; 
une  fosse  fet  faire,  mult  parfont  l'entiera; 
une  cité  i  fist,  de  haut  mur  la  forma.' 
les  honmies  de  la  tiere  trestous  i  amena; 
dusque  puplée  Tôt,  onques  ne  s'en  torna;  15 

mist  li  non  Alixandres  apud  BucifaaL* 
ce  fu  une  cités  que  li  rois  mult  ama; 
por  l'amour  son  ceval  que  jà  n'oubliera, 
maintes  fois  por  s'amor  de  ses  ii.  ious  plora. 
biel  don  li  a  donné  et  bien  francié  li  a,  20 

jà  n'ert  hom  si  hardis^  dusques  là  parvenra, 
que  jà  i  ait  regart,  tant  com  il  i  sera. 
Ariste,  oiant  tous,  li  rois  en  apela; 
voiant  tout  son  bamage  le  cité  li  donna. 

Porrus  se  fait  porter  à  son  millor  repaire;  25 

mirre  ot  à  son  talent,  cortois  et  deboinaire 
qui  tel  puison  li  done  que  tout  son  cuer  esclaire. 
•nques  point  n'i  remest  de  venin  ne  de  glaire; 
en  X.  jors  fu  plus  sains  que  faus  qui  guerpist  haire, 
et  voit  de  la  batalle  que  ne  s'en  pot  retraire,  30 

il  en  est  plus  dolans,  asses  plus  que  ne  paire; 
por  cou  qu'il  fu  ases  plus  d'Alixandre  maire, 
li  quide-il  ancois  faire  honte  °  et  contraire. 
*^en  son  espée  trancant  fait  une  hanste  faire 
*une  toise  plus  grant  que  la  soie  n'en  aire;  35 

*por  cou  le  cuide  abatre  et  l'ame  du  cors  traire, 

i)  i  est  alé9.    2)  9'ut  désarmée.    3)  fonda.    4)  é'oi  nom  Bueifala, 
5)  faidi9.    6)  et 


COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  PORRU».  363 

que  puise  à  lui  entendre,*  ne  mal  li  fesist'  faire; 
quar  autre  tans  se  pense,  ne  li  pot-il  mal  faire." 
quanque  Porrus  essaie,  tout  cou  ne  monte  gaire; 
quar  ains  ne  Y  pot  lever,  ne  de  Tarcon  fors  traire. 

Porrus  fu  sains  de  plaies;  mire  ot  à  son  talant.  5 

quant  le  cors  ot  gari  et  sain  et  conbatant, 
por  cou  que  Alixandres  Tavoit  fait  recréant, 
vergogne  a  vers  ses  homes;  en  va  mult  escivant. 
par  i.  sien  cheralier  et  par  i.  drugemant 
F.  57^  a  mandé  Alixandre,  selonc  le  convenant:  10 

près  est  de  la  batalle,  mais  que  le  jor  li  mant. 
li  message  montèrent,  si  sunt  aie  avant 
et  truevent  Alixandre,  le  hardi  conbatanL 
li  message  s'arestent  devant  lui  en  estant. 
„sire,  Porrus  te  mande,  près  est  de  T*  convenant.        15 
„se  tu  vins*  la  batalle,  di  nos  le  jor  devant, 
„et  si  t'atorne  bien,  car  il  venra  avant.''" 
quant  Alixandres  i'ot,  tous  tainst  de  maltalant; 
Ariste  apiela  par  mult  fier  hardemant, 
douna  li  trestoute  Inde  de  si  en  Oriant,  20 

le  palais  et  le  trelle  trestot  à  son  commant, 
et  la  tiere  de  Bastres  que  il  pot  amer  tant; 
puis  revint  as  messages ,  si  lor  dist  en  riant  : 
„or  me  dites  Porru,  trestout  à  son  vivant, 
„ai  donnée  sa  tiere  Aristé  et^  mon  gant.  25 

„Bucifal  voel  vengier  dont  ai  le  cuer  dolant. 
„se  le  matin  n'est  ci,  à  l'aube  aparissant, 
„tos  sera  paijurés,  ferai  lui  connissant; 
„perdu  ara  sa  tiere,  son  or  et  son  argent; 
„si  ostage   n'aront  jamais  par  lui  garant.  30 

„*tant  com  je  1'  sarai  vif,  n'arai  le  cuer  joiant. 
„vengier  voel  Bucifal  à  m'espée  trancant.'' 

Li  message  retournent,  arrière  sunt  venu; 
li  latiniers  parole  et  a  dit  à  Porru: 
„Alixandre8  te  mande  et  jure  quan  que  fu,  35 

„se  demain  ne  l'atens  sor  moriel  le  grenu, 

1)  ancoiê  fu^ii  Fataque,  2)  puisse,    3)  forfaire.   4)  seUm  le,    5)  frie 
est  de,    6)  ^tt'fl  ^ênra  maintenani,    7)  par. 


364  COMBAT  IVALIXANDRB  BT  DB  PORRUS. 

„perdu  aras  ta  tiere,  si  aras  cônaeu 

„que  trestout  tî  otage  seront  mort  abatu. 

,41  a  jà  de  ta  tiere  Ariste  ravestu, 

„si  que  nous  l'avons  tout  et  oi  et  veu. 

„Bucifal  yiat  vengier  dont  a  le  sens  perdu.  5 

„hui  matin  se  vanta  à  Tolomé  son  dru 

,,que  demain  perderas'  le  cief  à  tout  le  bu." 

—  n'est  mie  de  mervelle,  ce  respondi  Porni, 

,,8'il  me  tient  por  mauvais  et  por  esconbatu. 

„cacié  m'a  de  batalle  et  cors  à  cors  vaincu.  10 

„se  mi  dru  me  garisent  mon  cors  et  ma  vertu, 

„ain8  arai  mon  hauberc  et  trancié  et  ronpu^ 

,,que  il  ait  men  pais  que  tos  tans  ai  tenu/' 

Le  nuit  se  jut  Porrus  et  fu  en  grant  fréor, 
por  cou  que  Alixandres  avoit  doné  s'onor:  13 

ne  li  caut  de  sa  vie,  de  sa  mort  n'a  paor. 
au  matin  crient  targer,  por  cou  fu  en  fréor; 
quant  voit  l'aube  aparoir  et  dou  solel  l'ardor, 
il  a  Vnses  ses  armes  et  saut  è  1'  roissaudor; 
vint  au  tref  Alixandre,  le  roi  Macidonor;  20 

por  cou  que  fu  corciés  et  plains  de  grant  iror 
et  dist  au  roi  tel  cose  qui  torna  à  folour. 
„Alixandre,  fait-il,  escoute  me  clamor. 
„ès  désers  te  gardai  à  joie  et  à  baudor 
„dusc'à  bones  Artu;  ains  n'i  sentis  dolor;  25 

„et  jou  soufri  por  toi  au  vent  et  à  l'ardor 
„le  noif  et  le  gelée  et  le  ruiste  froidor, 
„et  te  servoie  bien  et  tenoie  à  signer, 
„quant  tu  venis  des  arbres  ù  alas  0  cremor. 
„or  m'ont  si  encusé  ti  serf  losengeor,  30 

,gà  ne  m'entomerai^  à  loi  de  traitor; 
„*ancois  te  defftai  de  moi  et  de  m'amor. 
„geu  as  en  ma  tiere  et  esté  à  séjor; 
„onques  tant  ne  prisas  ne  moi,  ne  ma  valor, 
„que  ne  l'aie  donnée  à  i.  tien  vavasor.  35 

F. 57*  „de  tous  les  plus  mauvais  me  tiens  à  lor  valor, 
„et  jou  si  sui  por  voir,  je  me  tieg  à  piour, 
1)  te  tolra.    2)  m>entomai  wUe, 


COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DB  P0RRU8.  365 

,»qaant  joii  dagne  servir  i.  fil  d'encanteor. 
„mi  hostage  sunt  quite,  jou  sui  près  de  l'eslor. 
^anqui  veront  cil  dinde  et  Griu,  sans  foleor, 
„à  nos  brans  acèrins  qui  aura  le  millor." 

Laidement  a  Porrus  le  roi  araisoné,  5 

quant  fil  d'encanteor  Ta  devant  lui  clamé. 
Alizandres  l'esgarde,  se  V  tient  por  forsené, 
ne  11  degna  respondre,  n'en  a  i.  mot  soné. 
de  mult  très  bones  armes  a  son  cors  conraé, 
le  sele  li  ont  mise  sor  le  noir*  Tholomé;  10 

cou  estoit  i.  cevaus  mervelles  alosé. 
il  n'a  en  toute  Tost  destrier  plus  abrievé; 
il  ot  noire  le  crupe,  blanc  furent  li  costé; 
ansdens  plaines  les  cuises;  si  pié  furent  coupé. 
Alizandres  i  monte  par  son  estrier  doré  15 

et  pendi  à  son  col  i.  fort  escu  listé 
et  ot  à  son  puig  destre  i.  espiel  noelé. 
là  ù  il  voit  Pomin,  si  Ta  araisonné: 
^Porrus ,  dist  Alizandres ,  je  te  tieg  por  dervé. 
„rautrier  te  conbatis  à  moi  en  mi'  cel  pré.  20 

„quant  jou  toi  «bâti  et  eus  è  1'  cors  navré , 
»»tu  me  crias  merci,  je  Tavoie  enpensé. 
„se  tu  te  conneusses'  à  loi  d'oume  séné, 
„et  mon  ceval  n'euses  ocis  et  afolé, 
„m'ire  et  mon  mautalent  t'euses  pardoné;  25 

jfàe  quan  que  m'as  mesfait  ne  fust  jà  mot  soné. 
„or  me  r'as  dit  folie,  ses  qui  as  eonquesté: 
„ne  te  lairoie  vivre  tant  que  fust  avespré 
„por  fout  l'or  de  cest  mont,  tant  t'ai  queUi  en  hé.'* 
—  sire,  ce  dist  Porrus,  jâ  est  tout  cou  aie,  30 

„vus  en  repentires,  à  tort  m'aves  blasmé. 
„mi  ostage  sunt  quite,  qui  vus  furent  livré. 
„vees  moi  de  batalle  garni  et  apresté." 
li  i.  broce  vers  l'autre,  si  se  sunt  desfié. 
Porrus  ot  longe  hanste,  si  l'ot  ains*  enversé  35 

que  puist  à  li  ataindre,  ne  qu'il  l'ait  adesé, 
cil  de  Bastres  cuidièrent  que  l'eust  atieré; 
1)  refV.    2)  eors  à  eorê  en.    3)  maéniêniêêê.    4)  Juê, 


366  COMBAT  D'ALIXANDRE  BT  DB  P0RRU8. 

tout  hortèrent  ensanle  et  ont  i.  cri  levé, 
de  joie  c'ot  Pomis,  s'eslaise  en  mi  le  pré; 
Alixandres  saut  sus,  n'i  a  pas  demoré; 
jà  comparra  Porru  se  il  Ta  encontre. 

11  brocent  les  cevaus,  cescuns  est  aires  3 

grans  ces  se  vont  doner  es  escus  painturés; 
desous  les  boucles  d'or  les  ont  frains  et  quasés. 
Tuns  ne  Tautres  ne  ciet,  si  est  cescuns  provés; 
este  les  vus  au  caple  o  les  brans  acérés. 
Porrus  a  trait  l'espée  dont  li  puns  est  dorés,  tO 

va  férir  Alixandre  sor  l'elme  qu'est  iesmés, 
*que  les  flors  u  les  pieres  en  a  à  val  rasés, 
de  l'escu  i.  quartier  qui  à  or  fu  listés, 
itant  com  il  consiut  de  l'auberc  qu'est  safrés, 
et  le  cauce  de  fier  et  l'esporon  de  lés.  15 

Dame  1'  Dex  le  gari,  qu'en  car  n'est  adesés. 
*por  quant  si  est  li  rois  malement  estonés; 
por  poi  ne  cai  jus  de  1'  ceval,  tous  armés, 
cil  d*Inde  et  cil  de  Bastre  en  ont  les  cris  levés: 
„yasal,  rendes-vus  tos  que  ne  soies  tués.*'  20 

et  la  gens  Alixandre  s'escrie  de  dalés. 
„que  fais-tu?   tien-te  bien,  jentius  rois  coronnés. 
„onques  mais  por  cop  d'oume  ne  fù  si  atierés, 
F. 57'  „nous  sonmies  trestout  mort,  se  tu  les  afolés." 

et  cil  de  l'autre  part  ont  si  grans  cris  levés  23 

que  n'i  pot  oir  goûte  nus  hom  de  mère  nés, 
vis  est  que  se  conbatent  et  qu'en  soit  mort  ases. 
Porrus  oi  le  noise  et  le  hu  qu'est  levés, 
pensa  que  de  ses  hommes  i  fust  aucuns  mellés; 
devers  l'ost  est  tomes,  si  les  a  regardés.  30 

il  a  fait  graht  folie,  tost  en  ert  afolés. 
Alixandres  li  rois  por  cni  sunt  irascu 
a  entendu  le  noise  et  le  cri  et  le  hu. 
a  cou  que  tous  l'esgardent,  a  bien  aperceu 
■*  que  la  dolor  qu'il  ot  por  sa  bêle  gent  fa.  35 

il  esgarde  sor  destre,  si  a  coisi  Porru; 
de  Bucifal  li  poise  que  il  avoit  perdu 
et  dist  au  pavillon  :  „flus  d'encanteor  fu." 


COMBAT  D'AUXANDRE  BT  DE  PORRUS.        367 

se  fl  ne  s'en  venge»  tient  soi  à  confondu 
et  a  traite  l'espée  qui  le  branc  ot  moln. 
dementres  que  Porrus  a  de  là  entendu, 
à  mont  desor  son  elme  li  a  grant  cop  féru; 
ne  li  vaut  ses  aubers  le  monte  d'un  festn,  5 

ne  li  trance  la  teste  et  le  vis'  et  le  bu, 
et  la  siele  d'ivoire  et  le  ceval  crenu; 
iiii.  pièces  en  fist  devant  soi  en  l'erbu. 
*cil  d'Inde  et  cil  de  Bastre  i  sunt  poignant  coru, 
et  dist  li  i.  à  l'autre:  „mervelles  ai  veue/'  10 

Alixandre  est  fiers  et  de  mult  grant  vertu, 
sour  lui,  à  grant  esfort,  sunt  tout  acoreu, 
et  li  gent  Alixandre  restent  tout  esmeu. 
à  force  i  acorurent  li  grant  et  li  menu, 
et  li  bomme  Porrus  sunt  forment  irascu.  15 

jà  l'euscent  ocis,  u  mort,'  u  retenu, 
quant  vers  aus  tent  ses  mains,  si  lor  a  respondu. 
„Signor,  fist  Alixandres,  laisies  me  à  vus  parler, 
„se  vus  voles  bataille,  ne  estor  commencier, 
„ce  sera  grans  folie,  mult  me  troveres  fier.  20 

„vus  n'aves  qui  vos  gart  et  sace  rallier; 
„votre  sires  est  mors,  ne  vus  poes  aidier; 
„et  je  vus  di  por  voir  que  à  l'ester  premier 
„seres  tout  desconfi,  jà  n'en  ires  entier. 
„mais  rendes  vus  à  mi  et  casé  et  princier,  25 

„quar  tant  com  je  vivrai,  arai  caseun  mult  fier/' 
à  lui  se  rendent  tout,  serjant  et  escuier, 
*  conte,  duc  et  demaine  et  li  rice  princier. 

Porrus  gist  à  la  tiere,  en  ii.  moitiés  copés. 
tôt  cil  d'Inde  plorèrent,  que  mult  esloit  amés,  30 

qu'il  lor  soloit  douner  or  et  argent  asses, 
cevaus  et  palefroi  et  mule  séjornés. 
de  meisme  Alixandre  est-il  mult  regretés, 
et  de  cbevalerie  mult  prisiés  et  loés. 
li  bamages  de  Tost  est  iluec  asamblés,  35 

qui  le  plegnent  et  crient:  ,Jentius  rois  coronnés, 
„que  vus  nos  laies  hui  dolans  et  esgarés. 
1)  |»î#.     2)  prié.     3)  baron. 


368  COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DB  P0RRU6. 

»Ôentius  hom»  prens  et  larges,  de  tons  bien  apensés» 

„li  avoir  de  nos'  tieres  est  tous  à  nient  aies. 

,,li  déduis»  Il  depors  est  à  noient  tomes. 

„mult  par  est  grans  dolors  qu'encore  ne  vives; 

,,quar  de  nos  anemis  esties  mult  redotés.  3 

,,qui  maintenra  vos  tieres,  ù  sera-il  trovés? 

„et  nous  tout  que  ferons?  sire,  car  respondes. 

„après  toi  morons  tout,  cis  dons  nos  est  donés,'<  ' 

Si  grant  dol  fet  cescnns  que  nus  ne  Y  pot  veir; 
qui  les  voit  ne  se  puet  de  plorer  astenir;  10 

que  par  tant  se  desmentent  que  nus  n'es  puet  oir. 
F.  58*  li  rois  jouste  le  cors  ne  le  viut  déguerpir; 
d'un  pale  d'oriant  l'a  fait  ensevelir; 
por  cou  que  en  sa  vie  le  fist  si  bien  servir 
et  que  fu  nobles  hom  et  de  mult  grant  air;  15 

li  fist  tel  séputure  et  fonder  et  bastir 
dont  il  sera  parlé  dusc'à  1'  siècle  fenir. 
une  cité  fist  faire  et  de  haut  mur  garnir 
en  l'ounor  Bucifal,  quant  l'ot  fait  enfouir; 
dusqu'e^e  fu  puplée,  ne  s'en  vot  départir  20 

et  a  fait  par  le  tiere  et  crier  et  banir 
que  Alixandre  ot  non,  si  le  vot  establir. 

Porrus  ^ist  à  la  tiere ,  aine  li  rois  ne  1'  guerpi  ; 
ains  prie  Dame  1'  Deu  qu'il  ait  de  lui  merci, 
au  cors  sunt  asamblé  cil  de  Bastre  et  li  Gris;  25 

li.  xii.  per  ploroient  qui  l'ont  enseveli, 
quar  maint  don  lor  dona  et  maint  jor  les  servi, 
i.  mult  rice  sépucre  li  ot  li  rois  basti, 
dusqu'en  la  fin  de  1'  siècle  n'en  ert  nus  en  oubli, 
une  cité  i  fist ,  de  haut  mur  le  garni ,  30 

dusque  il  l'ot  peuplée  onques  ne  s'en  parti. 
Alixandres  l'apiele  desor  le  nom  Porri. 

Cil  dinde  et  cil  de  Bastre  et  li  baron  casé, 
tout  sunt  prest  que  il  facent  fiance  et  seurté. 
li  rois  a  fait  venir  devant  lui  Ariste,  35 

et  dist  lor  que  il  facent  à  celui  seurté  ;  * 
devant  lui  l'ont  iluec  et  plevi  et  juré , 
1)  ro#.    2)  puisque  êêteê  fnéê,    3)  féuié. 


COMBAT  D'ALIXANDRE  BT  DE  P0RRU8.  369 

et  quant  il  orent  fait  cescuns  le  seurté, 

Alixandres  lor  prie  qn'il  soient  si  privé 

et  servent  par  amour  lor  signor  Ariste; 

et  cil  ont  respondu  et  bien  acreanté 

que  il  rameront  plus  c'omme  de  mère  né.  5 

,,8'il  nos  aime  et  fait  bien,  nous  Ten  sarons  bon  gré 

„et  serons  de  servir  garni  et  apresté/' 

à  Ariste  en  vienent,  congié  ont  demandé, 

qtiar  cescuns  en  voloit  aler  en  son  règne; 

et  il  Jl'a  à  cescun  otroié  et  graé.  10 

U  rois  les  aime  mult  et  tient  en  grant  cierté, 

por  cou  que  il  ont  fait  toute  sa  volonté; 

de  son  avoir  lor  a  mult  laijement  doné. 

à  li  prendent  congié,  si  s'en  sunt  retomé, 

de  lor  signox  départent  par  grant  humilité;  15 

cascuns  d'aus  en  ala  droit  à  lor^  fermeté 

et  le  menue  gent  là  ù  ont  conversé. 

mult  se  fait  cescuns  lies  de  1'  signor  c'ont  trové. 

Alixandres  repaire  des  ii.  arbres  de  Bone 
qui  ont  dit  qu'il  morra  à  venin  de  Sidone.  20 

ses  lettres,  ses  seaus  tramet  par  toute  monne' 
à  Divinuspater  qui  fu  nés  de  Siboune,' 
lui  et  Antipater  le  fil  au  viel  Antone, 
que  ne  laisent  por  nient,  ne  por  nesun  esonne* 
qu'à  i.  an  et  i.  jor  soient  en  Babilone.  25 

se  veront  le  rikecce  qu'il  maine  par  le  trône; 
quar  n'a  en  sa  conpagne  tant  petite  persone, 
n'ait  à  fin  or  batu  tous  les  pans  de  sa  brogne, 
tant  i  a  esmeraudes  et  pieres  de  Sardone 
qui  valent  le  trésor  le  roi  de  Casidone;"  30 

lor  escu  sunt  ourlé  ^e  piere  de  Midone. 

Quant  Divinuspater  ot  veu  le  seel, 
de  r  mautalent  qu'il  a,  descire  son  mantiel, 
ne  remest  à  desronpre  atace,  ne  noieL 
F.  58^   Antipater  apele,  se  li  dist  le  brieciel,  35 

quant  cil  oi  les  lettres,  ne  li  fu  mie  biel; 
si  estraint  son  puig  destre  que  brisa  son  aniel. 
1)  se,    2)  teêtimoine,    3)  Sidoine.    4)  Mtoitu.    5)  Maeidone, 
U  BovBAiu  d*Alijnui4re.  24 


370  COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DB  PORRUS. 

or  pleurent  ambedoi  comme  petit  dansiel, 

et  dient:  „quant  nos  fumes  mescin  et  damoisiel/ 

„nous  estiens  à  repos,  cescuns  en  son  castiel, 

„et  or  sommes  tout  viel,  si  devenons  hapiel. 

„d'aler  par  le  pais  commencerons  cenbiel;  5 

„de  r  caut  et  dou  sole!  arons  noire  la  piel. 

„s'Alixandres  yit  longes,  tout  seromes  mesiel; 

^jamais,  tant  come  il  vive,  n'arons  joie'  de  bel. 

„nous  faisomes  que  sage,  faisons  lui  i.  caudiel,"^ 

„que  plus  somes  or  vil  que  putains  de  bourdiel/'         tO 

Dist  Divinuspater  :  „cis  rois  nos  tient  por  sos, 
„qui  mande  par  ses  lettres  qu'escrites  sunt  de  ros,' 
„c'alons  en  Babilonne  dont  jà  fumes  minos, 
„por  veoir  le^rikecce  dont  si  homme  sunt  nos; 
„quant  traviller  nos  vint,  mult  nos  puet  ester  gros,       15 
„quar  ains  c'aions  passé  les  puis  de  Libanos 
„*de  nos  armes  porter  arons  brisié  le  dos. 
„à  venin  Tocirons,  si  abatrons  son  los; 
„de  tout  ses  mandemens  serons  par  tout  asos.'* 
et  dist  Antipater:  „por  i.  poi  ne  m'acos,  20 

„qui  nos  i  gieteroit*  qui  nos  seroit  tant  os. 
„en  a-il  tout  le  mont  dedeus  son  puig  enclos 
„et  ù  seroit  cil  hom  si  hardis,  ne  si  os. 
„s'en  alommes  à  lui,  trancera  nous  les  os; 
„cevaucier  nos  convient,  jamais  n'arons  repos.''  25 

Quant  oent  li  cuvert  qu'en  Babilone  iront, 
u  il  voelent,  u  non,  que  il  n'i  remanront, 
au  fort  roi  Alixandre  qui  est  sires  de  V  mont; 
il  les  mande  por  bien,  mais  mal  li  mériront. 
oies  quel  félounie  et  quel  mal  li  feronh  30 

le  venin  aparellent  à  coi  il  l'ogiront; 
n'i  remest  à  cerkier  ne  bos,  ne  val,  ne  mont, 
por  querre  les  serpens  qui  plus  mortel  i  sunt; 
quar  de  V  plus  fort  venin  abuvrer  le  voiront 
qui  soit  en  la  contrée,  ne  que  il  troveront.  35 

bien  le  sevent^  entr'aus,  mais  plusior  le  saront. 

1  )  Joveneel.    2)  Jor.    3)  dont  li  t$iax  est  rot,    4)  reeeleroii,     5)  t'f 
la  eoileni. 


COMBAT  D'ALIX  ANDRE  BT  DB  PORRUS.  37 1 

enconbrier  lor  doinst  Dex,  car*  il  TabuTeroDl; 

si  grant  damage  firent  et  grant  doel  par  le  mont, 

jamais  en  lor  vivant  si  boin  signer  n*aront. 

mult  grant  pais  avoit  fait,  mais  or  le  conperont. 

li  rois  ne  savoit  mie  de  cou  que  il  li  font,  5 

ains  ert  en  joie  en  Inde,  car  pendu  en  fuscont. 

par  matin  sunt  monté,  en  Babilone  vont. 

Alixandres  ert  en  Ynde,  si  n'a  voit  nul  dehait; 
à  la  cité  c'ot  faite  séjornoit  entre  fait, 
quant  ele  fu  fondée,  tours  i  ot  c.  et  vii.;  10 

ne  crient  asaut,  ne  siège,  ne  tomoi,  ne  agait 
mult  fu  la  cités  bêle  et  sist  en  i.  désert; 
il  n'a  si  aaisié,  bien  en  savons  à  test, 
enfresi  à  Baudare  ii  fu  nés  Dagonbert 
Alixandres  li  rois  par  grant  joie  i  alait;  15 

tout  donne  à  Ariste  et  guerpist  entre  fait. 

Par  trestout  Orient  est  li  noviele  alée 
que  li  rois  Alixandres  a  si  fort  destinée, 
que  sou  siel  n'a  cité,  de  sor  haut  mur  fondée.' 
que  H  puise  durer  plus  d'une  matinée.  20 

il  est  teus  de  son  cors,  c'est  vérités  provée, 
i.'  chevalier  armé  cope  tout  de  s'espée. 
F.  58*  Candasse  la  roine  oi  le  renomée; 

tant  l'ama  en  son  cuer,  por  poi  n'est  forsenée. 

ne  sot  prendre  consel  comment  soit  sa  privée,  25 

et  se  ele  li  mande,  crient  que  n'en  soit  blasmée, 

et  se  il  vient  à  lui,  ce  samblera  posnée; 

mius  volroit  estre  morte  que  l'eust  refusée. 

non  por  quant  si  s*est  tant  vers  li  abandonée, 

et  d'or  moulu  dIArrabe  li  envoie  carée  30 

et  cargié  i.  mulet  de  porpre  à  or  frisé, 

et  Ix.  destriers  dbu  mius  de  sa  contrée. 

cil  ki  le  présent  portent,  l'ont  au  roi  tant  loée 

que  li  rois  l'aime  tant  qu'il  l'a  aseurée 

qu'il  en  jure  sa  teste  qui  d'or  est  coronnée  35 

que  ipais  cremira  homme  qui  de  mère  soit  née.  * 

1)  qumi,   2)  freméê,   3)  e'un,    4)  fu'eie  ne  eriemê  homme  imU  piê  ii 
eaigne  eêpée* 

24* 


372  COiMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DB  PORRUS. 

Il  mesage  revienent,  le  novele  ont   contée 

que  li  rois  Aliyandres  Ta  forment  enamée, 

plus  que  nesune  famé  qui  soit  de  mère  née. 

„e  Dex!  dist  la  roine,  corn  sui  bone  eurée. 

,,or  puis-jou  bien  savoir,  li  Deu  m'ont  regardée/'  5 

Lie  fu  la  roine  et  maine  grant  baudor; 
des  plus  ciers  dras  de  soie  d'Inde  supérior 
et  de  ciaus  de  Nubie  cargie  i.  missaudor; 
une  ensegne  de  pale  et  paroles  d'amor 
envoie  Alixandre  le  roi  Macidonour,  10 

et  avoec  apela  i.  sien  painteour, 
que  desor  les  paintors  enporte  cil  la  flor. 
onques  De\  ne  Hst  cose,  sç  se  met  en  la  flor* 
que  il  ne  contreface  autre  si'  genteour». 
le  façon  et  le  forme  jamais  querres  millor.  15 

li  roine  li  prie  en  consel  celeour 
que  de  Y  roi  Alixandre  li  escrise  le  tour.' 
*tant  jour  com  Apelles  fu  illoec  à  séjor, 
une  ymage  i  a  fait  de  grose  et  de  longor; 
biele  fu  et  bien  faite,  si  ot  mainte  coulor»  20 

ausi  com  Alixandres  de  gros  et  de  longour. 
cil  qui  vera  l'image,  jà  n'en  ert  en  errer 
de  connoistre  Alixandre  sans  autre  mestreor. 
quant  ot  torné^  l'image,  torne  s'ent  à  peor;' 
crient  que  li  rois  ne  Y  sace,  que"  cou  fîi  en  cremor   25 
et  vient  à  la  roine  qui  ert  de  grant  valor; 
ele  reçoit  l'image  et  tient  en  grant  valor  ;^ 
quant  li  dame  le  voit,  si  maine  grant  baudor: 
forment  l'a  esgardé  et  loe  le  faitqr, 
à  celui  qui  l'ot  fait,  donna  por  son  labor  30 

Ix.  lib.  d'or  et  destrier  coureour, 
et  regrete  Alixandre  et  lui  et  sa  vigour; 
tel  traval  a  li  dame,  ne  pot  avoir  .grignor. 

Li  gens  de  celé  tiere  d'Ynde  la  désertine, 
à  l'issue  de  Mai  avint  en  i.  termine  35 

que  il  asamblent  tout  au  cief  â'iwe  gaodine, 

1)  M  Mor.    2)auient.    ^)  defoip^  Totair.    4)^affe.    5)  fMr.    6)  de, 
7)  Konor, 


COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  PORRUS.  373 

por  faire  sacrefixe  cescuns  à  se  conirine, 
a  une  lor  Deuise^  qu'on  apele  Baine.' 
quant  Deolus'.i  vint  qui  fu  flus  la  roine 
et  se  femme  avoec  lui  qui  fu  jouene  mescine 
et  XXX.  chevaliers  ki  sunt  tout  de  s'orine,  5 

trestous  li  plus  lontains  est  Aus  de  sa  cousine; 
en  mi  sa  voie  encontre  le  duc  de  Baletine;* 
iiii"-  chevaliers  ot  de  gent  Barbarine. 
quant  voit  la  dame  bele^  si  le  tôt  et  ravine 
*ou  ele  veut  ou  non,  par  force  l'entraine,  10 

si  que  tout^li  desront  son  pelicon  hermine, 
et  quant  ele  s'estort,  si  la  hert  par  le  orine. 
F.  58'   quant  Deolus  le  voit,  vers  le  tiere'  s'encline; 
mist  la  main  à  Tespée  ki  fu  d'outre °  latine, 
jà  en  ferist  le  duc  très  par  roi  le  poitrine  15 

se  ne  se  fust  repos  désous  une  aubespine,^ 
iluec  se  lait  cair  li  fel  de  pute  orine  ,^ 
*le  ceval  ù  il  sist  trenca  par  mi  l'esquine. 
se  de  sen  cors^  garir  ne  puet  avoir  mecine, 
jà  en  sera  pendus  au  cief®  d'une  sapine;  20 

à  esporon  s'enfuit  très  par  mi  le  gastine, 
dusc'au  tref  Alixandre  ne  cesse,  ne  ne  fine, 
cil  retornent  arrièr  tout  une  vies  sentine, 
si  enmainent  la  dame  dolante  et  orfenine; 
il  en  aront  encore  destorbier  et  haine.  25 

Devant  le  tref  le  roi  une  ancube  ot  tendue 
qui  estoit  de  porpre  inde,  lacié  bien  menue; 
l'entrée  de  devant  fu  toute  à  or  batue. 
Tholomé  se  siet  eus  et  tint  l'espée  nue; 
li  place  d'entor  lui  fu  des  barons  vestue  30 

cuida  quen  Deolus  por  le  gent  c'ot  veue 
que  ce  fust  Alixandres,  comme  roi  le  salue. 
Tholomes,  comme  rois,  li  a  raison  rendue: 
„amis,  ù  vas,  dont  viens  et  quels  besoins  t'argue^?'' 
Candeolus  respont  parole  aperceue:  35 

„sire,  dist  li  vasaus,  mult  grans  besoins  m'argue' 

1)  Dieueêêe,  2)  Beline,    3).  Ctmdtolw.   4)  PalaHpe.    5)  de  vergogne, 
6)  œuvre.    7)  gueneiê  fer  ieièe  une  eepine.    8)  doê.     9)  rain. 


374  COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DB  PORRUS. 

„li  dus  de  Palatine  m'a  ma  femme  tolue. 

„se  tu  ne  le  {ne  rens,  à  estrous  Tai  perdue. 

,Je  suis  fius  la  roine  que  tu  tiens  por  ta  drue." 

et  Tholomes  respont:  „grans  paine  t*est  creue. 

,Jou  en  prendrai  consel  de  toi  bien  faire  aiue.''  5 

mandé  a  Alixandre,  son  droit  ne  li*  remue; 

Antionun'  Tapiele  à  le  tieste  cenue. 

„Antionus,  fet-il,  vien  cà  isnelment. 
„ves  ici  i.  yasal  qui  de  longes  m'atent; 
„il  est  fius  le  roine  qui  me  fist  le  présent  10 

„li  dus  de  Baletine'  Ta  balli  malement, 
„que  sa  mouUier  U  toit  et  mie  ne  li  rent; 
„\{  s'en  couplaint  à  moi,  mult  dolerousement. 
„se  jou  li  laise  perdre,  ne  sera  pas  mnlt  gent.'' 
Alixandres  respont  mult  afaitiement:  |5 

„cil  qui  merci  te  crie,  le  te  di  bonement, 
„mult  aras  le  cuer  dur,  se  pités  ne  t'en  prent; 
„et  por  l'amor  se  mère,  se  il  merci  ne^  sent, 
„ce  ne  sera  pas  bien,  par  le  mien  entient.'* 
et  Tholomes  respont:  „or  sai  bien  ù  cou  pent.  20 

„por  cou  que  tu  conselles  et  ies  en  loement» 
„or  i  va-tu  meismes  et  mené  de  ta  gent, 
„et  par  force  le  prent,  se  li  Dex  le  consent,* 
„que  jamais  ne  te  voie  par  nul  asalement 
„dusque  il  ait  sa  femme  et  cou  qui  H  apent.*'  25 

Antionus  respont  tout  son  commandement. 

Antionus  s'entorne  devers  Canteolon: 
„Candeole,  fait41,  va  t'eut  à  ta  maison; 
„o  toi  les  amenras  se  tu  as  nul  baron. 
„le  matin  en  droit  prime,  si  m'envoie  i.  guion,  30 

„que  desous  Palatine  me  conduie  è  1'  sablon. 
„à  mus  et  à  somiers^  nos  engiens  porteron; 
„et  cloies  et  eschieles,  berfrois  i  menra-on, 
^,,*n'i  a  si  haute  tor  ù  ne  bien  n'atagnon; 
„et  0  le  fu  Grijois  caus  de  le  vile  ardron."  35 

Candeolus  respont:  „à  Deu  béneicon.'* 

1)   non  H.     2)  AnUgontiê.     3)    Palatine»     4)  mix  ne  «'en.     5)  éuê 
le  deêfent    6)  à  earê  et  à  eareteê. 


COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DE  PORRUS.  375 

il  saut  sor  le  destrier,  onques  n'i  quist  archon, 
tout  droit  à  la  roine  est  venus  au  perron. 
F.  39^       Li  roioe  est  as  estres  *  et  ne  furent  que  iii., 

et  voit  Candeolun  venir  à  grant  esfroi. 

à  val  est  descendue,  si  le  pren  par  son  doi.  5 

„biaus  fins,  dont  venes  vus?  —  dame,  je  vien  de  V  roi 

„qui  por  le  votre  amor  m'aidera,  com  je  croi. 

,,Antionu8  me  cargo,  se  lî  a  dist'  por  coi. 

„dou  chevalier  qui  gist,  faites  prendre  conroi; 

„le  matin  voist  o  lui  et  ses  armes  o  soi.  10 

„desous  roce  pendant  les  conduit  è  V  sabloi, 

„à  Ix"-  homes  sera  iluec  o  moi. 

„dès  que  il  ert  montés,  plevi  en  a  sa  foi, 

„jamais  ne  guerpira  Teslrier  dou  palefroi, 

„dusques  sous  Palatine  descendra  de  Y  sabloi."  15 

La  roine  fu  lie  "tet  maine  joie  grant; 

i.  chevalier  a  pris  cortois  et  avenant; 

por  ses  armes  porter  vont  o  lui  ii.  enfant. 

connissances  ont  vaires  et  i.  ceval  ferrant; 

droit  à  Tost  Alixandre  en  est  venu  poignant.  20 

li  rois  et  Tholomes  s'aloient  devisant, 
et  voient  le  mesage  qui  les  aloit  querrant. 
Alixandres  Vapiele,  se  li  dist  en  riant: 
„amis,  parole  à  moi,  dis  ù  tu  vas  errant?" 
et  cil  a  respondu:  „Antionun  le  grant.  25 

„je  vien  por  lui  conduire  trestout  à  son  talent. 
„*trop  criens  avoir  targé,  por  ce  me  vois  hastant." 
—  amis,  dist  Alixandres,  or  aies  pais  à  tant 
„ase8  es  tos  venus,  selonc  le  convenant. 
,je  suis  Antionus,  jà  mar  iras  avant."  '  30 

li  rois  et  li  conduis  r^mesent  à  itant, 
et  Tholomes  s'entorne  sor  i.  mulet  anblant 
et  va  par  les  barnages*  les  barons  semonant. 
et  Ix"*  homes  hardis  et  combatant 

s'en  iscirent  des  trees,  tout  de  solel  coucant.  35 

li  conduis  les  enguie  dusc'as  roces  pendant; 
de  jouste  une  caucié,  lès  une  iave  bruiant, 
1)  îreê.     2)  êivM  dirai.    3)  quêvuêaUê  fturrant.    4)  hêrk^seê. 


376  COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DB  PORRUS. 

truevenï  Candeolon  qui  les  va  atendaat. 

quant  il  les  voit  venir,  inult  ot  le  cuer  joiant, 

par  desous  une  lande  les  va  sour  atendapt;  ^ 

à  Palatine  vienent,  ancois  Taube  aparant, 

à  le  porte  descent,  si  se  vont  herbrejant.  5 

Alixandres  descent  jouste  Tiave,  è  V  rivage, 
envoie  por  le  duc  et  livre  guiounage. 
quant  li  dus  Tentendi,  se  li  dist  son  corage: 
„ce  te  mande  Alixandres,  de  moi  a  fait  mesage 
„qu'à  ce  fil  de  roine  ki  est  cortoise  et  sage,  10 

„rendes  li  sa  moUier  et  fai  droit  de  Y  hontage. 
„se  tu  autrui  mollier  vins  tenir  en  putage, 
„ce  sera  grans  mervelle  et  fors  orgius  et  rage. 
„comment  le  tenras4u  et  feras  tel  outrage; 
„tel  cose  ne  doit  faire  nus  hom  de  ton  parage,  ^  15 

„saces,  si  ne  li  rens,  tu  feras^ton  damage. 
„li  rois  de  Macidone  m'a  semons  p^r  hommage 
„que  la  cité  li  rende  et  fonde  son  estage, 
„et  te  pent^  à  la  porte,  voiant  tout  ton^  barnage.'' 
—  por  Deu,  ce  dist  le  dus,  or  oi-jou  grant  folage.        20 
„je  ne  tiens  d'Alixaodre  le  monte  d'un  froumage. 
„ce  dist  com  roi  li  rende  que  le  cuer  m'asouage, 
„de  hait  qui  jà  pour  lui  enploiera  son  gage/' 

„ Alixandres,  li  dist,  ce  te  mande  mes  sire; 
„à  tort,  autrui  mollier  maines  en  adultire.  25 

„tu  n'ies  mie  loiaus,  il  le  me  rova  dire; 
F.  59^   „quant  je  tornai  de  lui  il  fit  ses  bries  escrire. 
«yOt  Ix"*-  homes,  de  Y  mius  de  son  enpire, 
„ancois  que  midis  past,  te  quide  si  aflir 
„que  tes  grans  tprs  de  marbre  ardera  comme  cire."     30 
li  dus  ot  le  manace,  de  mautalent  sospire; 
il  conperra  ancui  cou  que  dira  par  ire. 
„par  Deu,  ce  dist  li  dus,  ases  te  tieg  parjure; 
„te  sire  me  manflce  et  laidenge  et  despire, 
„à  le  loi  anciien  ki  des  autres  est  pires,  35 

„quant  il  trueve  mastin  qui  vers  lui  se  herise, 
„met  le  ceue  entre  gambes,  si  crient  quant  on*  le  huise. 
i)Hadreeant,    2)  jtende,    3)  son,    4)  e'on  ne. 


COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DB  P0RRU8.  377 

„ma  cités  n'est  pas  close  de  verge,  ne  d'éclise; 

„ams  est  de  haut  mur  faite,  à  piere  entalleise, 

„je  ne  tien  d'Alixandre  vallant  une  falise/ 

„ne  lui,  ne  sa  manace  ne  pris  i.  fil  de  lise.' 

„ce  dist  com  rois,  li  rende  qui  au  cuer  me  devise;      5 

„dehait  ait  qui  por  lui  enterra  en  justise/' 

Or  s'en  rêva  li  dus  dolans  et  irascus, 
mais  encor  n'est-il  mie  è  Y  palais  revenus 
quant  de  derière  soi  a  les  Gr^ois  veus. 
voit  les  engiens  dreciés  et  les  berfrois  tendus,  10 

lors  dist  à  soi  meisme:  „mors  sui  et  confundus.'' 
tout  droit  à  Alixandre  est  arrière  venus; 
le  femme  li  présente  dont  li  maus  est  venus, 
et  vint  donner  ostages  que  li  drois  ert  sens. 
„par  Deu,  dist  Alixandres,  trop  tart  estes  meus.  15 

,Ôames  droit  n'en  ert  pris,  n'ostages  receus 
„quant  ta  cités  ert  arse  et  tes  palais  fondus, 
„]a  reube  toute  prise  et  li  avoirs  perdus, 
„doné8  et  départis,  gastés  et  despendus. 
„se  Candealis  vins,'  si  seras-tu  pendus."  20 

li  dus  fu  esbahis  et  de  paor  fu  mus. 
Alixandres  s'entome,  cil  remest  irascus. 

Quant  la  cités  fu  arse,  esprise  et  enbrasée 
et  li  avoir   tolus,  toute  la  gens  robée, 
Alixandres  fu  fors  et  tint  nue  s'espée,  25 

et  fu  sor  i.  destrier  à  la  crupe  triulée; 
à  i.  des  esteles*  dont  la  porte  ert  fermée 
a  fait  pendre  le  duc  qui  la  dame  ot  praée. 
Candeolun  apele,  se  li  rent  s'esposée; 
les  prisons  et  le  proie  li  a  toute  donnée  30 

et  (restout  l'autre  avoir,  aine  ne  retint  denrée. 
„amis,  maine  ta  femme  que  jou  t'ai  aquitée.'' 
cil  li  a  respondu:  „autre  cose  ai  pensée. 
„mi  home  l'enmenront;  ma  dame  ert  commandée, 
„quant  l'ounors  ne  pot  estre  par  moi  guerredonée,        35 
„si  l'en  mercierai,  car  ne  1'  tien  à  cornée.*''^ 
Alixandres  respont:  „ce  me  plest  et  agrée.*' 
1)  êoueise,    2)  une  eeriêe.    3)  vient.    4)  eetalons,    5)  eorée. 


378  COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DB  PORRUS. 

Or  font  quellir  lor  tentes,  tôt  doi  s*en  sttnt  tonié. 
AJixandres  a  pris  i.  mesager  privé, 
droit  à  Tost  l'envoia  por  querre  Tholomé. 
Tbolomes  vint  encontre  sor  i.  yair  pumelé; 
AJixandres  H  monstre  semblant  d'umelité,  5 

descendus  est  à  pié  et  puis  l'a  encline, 
et  Tholomes  areste,  comme  rois  a  parlé, 
orgillousement  dist:  „cà  vien,  Antigone. 
„que  quert  Candeolus?  por  coi  l'as  amené? 
„s'il  n'a  droite  justice  de  1'  roi*  qui  l'a  reubé  10 

„et  s'il  n'a  sa  moUier,  malement  as  ouvré." 

Alixandres  respont:  „de  toute  sa  chité  • 
F.  59"   „sont  les  tors  pecoiés  et  li  mur  craventé. 
„cesti  rendi  sa  tiere,^  tout  à  sa  volenté, 
„les  prisons  et  la  proie  et  cou  que  oi  troré.  15 

„ains  n'en  rétine  demie,'  ains  li  ai  tout  donné.'' 

„Amis,  dist  Tholomes,  quant  te  femme  as  eue, 
„va-t-ent  à  le  roine,  de  ma  part  le  salue; 
„di  lui  que  une  fois  le  voel  avoir  veue.'' 
Candeolus  a  dit  parole  aperceue:  20 

„6e  tu  i  vins  aler  mult  aras  bone  aiue, 
„quar  jou  t'i  conduirai  les  plains  de  Yal  Grenues. 
„n'i  troveras  mal  pas,  ne  grant  iave  cremue; 
„de  ii.  pales  fresés  la  cambre  est  portendue. 
„ramour  que  m'aves  fait  vos  en  sera  rendue."  25 

et  Tholomes  respont:  „ne  l'ai  pas  conneue. 
„amours  de  rice  dame  mult  tos  se  canje  et  mue. 
„teus  quide  qu'ele  l'aint,  ne  1'  prise  une  laitue. 
„se  primes  en  estoit  garnie  et  apercheue 
„que  jou  alasce  à  lui,  tos  seroit  irascue;  30 

„por  moi  retraire  arrière  diroit  une  treslue. 
„lors  avaroie  honte  et  me  paine  perdue." 

„Amis,  dist  Tholomes,  savoir  et  dois^  entendre, 
„rice  dame  n'a  cure  c'on  le  doie  sousprendre; 
„qui  parler  vint  à  li,  primes  en  doit  jor  prendre.  30 

„qui  folement  i  va  grant  honte  li  engendre. 
„mon  mes  i  trametrai,  que  ne  le  voel  offendre; 
0  due,    2)  feme,    3)  denrée.    4)  doie  et. 


COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DE  PORRUS.  379 

„si  parlerai  à  li  samedi  u  devenre. 

,,1'ainor  que  j'ai  à  li  n'en  ert  jà  por  cou  mendre/' 

„Amis,  dist  Tholomes,  cui  porai  envoiier? 
„se  jou  i  enroioie  i.  autre  messagier, 
„il  en  seroit  estranges  et  maus  à  acointier.  5 

„Antigonus  ira,  qui  aToec  moi^  fu  ier, 
„que  te  fist  droit  de  1'  duc  et  rendi  ta  moUier. 
„por  cou  qu'il  t'a  servi,  si  l'en  aras  plus  cier, 
„si  le  raconduiras,  se  il  en  a  mestier.*' 
ce  dist  Antigonus:  „nos  n'avons  que  targier  10 

et  respont  Alixandres:  ,,vois  m'ent  aparillier/' 

Alixandres  s'en  torne,  si  monte  è  1'  palefroi; 
li  loraîns  et  le  sele  fu  Salemon  le  roi. 
XXXV.  chevaliers  mena  ensamble  soi. 
Candeolus  le  guie  les  plains  de  Val  Grenoi;  15 

à  une  part  le  trait  et  11  dist  en  recoi:* 
„bielement  cevaucies,  n'eres  mie  en  effroi;' 
„n'i  a  cel  qui  ne  tiegne  de  ma  mère  u  de  moi. 
,Jou  m'en  irai  arrière'  por  faire  le  conroi.*' 
Alixandres  respont  :  „bien  est  et  jou  l'otroi."  20 

Candeolus  s'entorne  et  de  1'  roi  est  partis; 
va  s'ent  grant  aleure,  les  grans  galos  traitis, 
de  devant  la  roine  descent  sor  ii.  tapis. 
„biaus  fins,  dist  la  roine,  mult  venes  escaris. 
„ que  fait  li  miudres  rois  qui  onques  fust  escris.''  25 

—  en  le  moie  foi,  dame,  il  est  preus  et  hardis; 
„tramet  vus  i.  mesage,  quant  li  jors  sera  dis, 
„qui  parlera  à  nous,*  jà  n'en  iert  pris  respis. 
„Antigonus  a  non;  li  plus  amanevis 
„c'onques  veist  nus  hom  Persans,  ne  Arabis.  30 

„ne  mesprisies  vus  pas  por  cou,  s'il  est  petis; 
„espaule$  a  bien  faites  et  bien  furni  le  pis. 
„lx.  cevaliers  en  le  Val  de  Grenis 
„tant  soient  garni  d'armes  et  de  haubers  treUis, 
„se  il  estoit  armés  et  i.  poi  fust  maris,  35 

F.58'    „ne  seroit  hui  por  aus  ne  navrés,  ne  malmis. 
„il  me  fist  droit  dou  duc  et  pendi  au  postis 
1)  lot.     2)  n*al€ê  mie  en  i€9roi.     3)  want.    4)  vouê» 


380  COMBAT  D*ALIXANDRE  ET  DE  PORRUS. 

„et  destniit  Palatines  dusques  ens  è  V  lairis, 
„et  me  rendis  ma  famé  dont  j'ere  mal  ballis.'' 
--  bîaus  fins,  dist  la  roine,  mult  sera  bien  serris; 
„jà  de  rien  que  il  voelle  ne  sera  escondis." 

Quant  la  roine  voit  c'Anligonus  venoit,  5 

ele  li  va  encontre;  tant  tos  qu'ele  le  voit, 
menbra  li  de  Tymage,  lores  sot  bien  et  croit 
que  cou  est  Alixandres,   mais  dire  ne  Tosoit; 
puis  que  coile  son  non,  mult  tos  li  peseroit. 
Antigonun  Tapele,  par  le  main  le  tenoit,  10 

puis  le  maine  en  la  canbre  qui  painturée  estoit 
et  par  devant  Timage  en  son  lit  le  metoit. 
quant  voit  li  et  s'image,  mult  bien  s'apercevoit 
que  cou  est  Alixandres  qui  avoec  li  gisoit; 
dont  l'a  mis  à  raison;  doucement  H   disoit:  15 

„Sire,  dist  la  roine,  ne  t'esmervelle  mie 
„de  ceste  gentil  dame  que  t'amors  a  saisie. 
„voi8-tu  là  celé  ymage  qui  por  toi  fu  bastie; 
„jà  hom  ne  le  verra  qui  ne  tesmoinst  et  die 
„que  ce^  soit  Alixandres  qui  tout  le  mont  souplie.        20 
„se  tu  vers  moi  te  coile,  cou  ert  grans  vilonnie/' 
quant  Alixandres  l'ot,  dont  n'a  talent  qu'il  ne 
et  dist  une  parole  qui  mult  bien  fu  oie: 
„quant  jou  laisai  m'espée,  mult  par  fis  grant  folie; 
„se  jou  le  tenisse  ore,  n'en  portissies  la  vie.''  25 

quant  la  dame  Toi,  si  fu  mult  esmarie, 
à  la  tiere  se  couce ,  merci  demande  et  prie  : 
„cou  c'amors  me  fait  dire,  ne  tien  à  vilonnie.'' 

„Sire,  dist  la  roine,  tu  ies  et  rois  et  dus; 
„se  tu  finis  sans  oir,  dex  est  et  mar  i  fus.  30 

„nule  riens  ne  nos  voit;  ci  sommes  en  rendus. 
„proisié  sqi  roine,  mais  d'une  riens  m'encus, 
„que  n'a  si  bêle  famé  dusc'as  bones  Artus. 
„âe  ta  volonté  faire  nule  riens  ne  refus; 
,98e  jou  te'  puis  avoir,  par  le  roi  de  là  sus,  35 

„de  le  joie  de  1'  mont  je  ne  voel  avoir  plus. 
„tu  as  non  Alixandre,  mais  de  cou  ne'  set  nus; 
1)  fil  es.    2)  #'fif»  oir  eu.    3)  fors  mai  ne  U, 


COMBAT  D'ALIXANDRB  BT  DE  PORRUS.  381 

,,inai8  à  trestous  ces  autres  soies  Antigonus.- 

„i]U8  De  set  qui  tu  ies,  de  cou  mult  bien  m'eucus; 

„ains  cuident  que  tu  soies  quens  u  palais^  u  dus/' 

Uns  des  fius  la  roine,  se  meure  porteure, 
est  entrés  en  la  cambre  et  trestous  ses  Dex  jure  5 

que  cou  est  Alixandres  li  roi  d'Estraveure  : 
„il  ocist  mon  aioel  par  grant  mésaventure , 
„et  le  père  ma  femme  dont  ai  au  cuer  ardure; 
„douné  a  son  roiaume  et  moi  tôt  ma  droiture, 
^puisque  nous  l'ayons  or  sor  notre  clayerue.*'  10 

„*dame,  car  l'ocion,  ce  seroit  bien  mesure, 
la  roine  li  dist:  ,,tais,  foie  créature; 
„ce  n'est  pas  Alixandres,  j'en  suis  toute  seure, 
„8e  Candeolus  Tôt  fait,'  as  ta  noreture, 
„se  ne  pooit  trover  ne  mais  que  sa  cainture,  15 

„*si  te  penderoit-il  à  ceste  treveeure. 
„cis  fu  aToec  ton  frère  à  la  desconfiture; 
„ Antigonus  a  non,  nés  est  de  tiere  dure. 

—  dame,  c'est  Alixandres  si  com  dist  le  painture. 

.    „Tengier  yoel  moi  et  li  de  le  grant  forfaiture;  20 

„tolue  m'a  la  tiere  qui  a  non  Segeure.' 
„je  li  métrai  ce  dart  très  par  mi  le  cainture." 
li  roine  respont:  „tais  mais,  gars  et  friture;* 
F.  60*  ,Jà  n'aras  point  de  sens,  sos  seras  par  nature. 

„por  cou  que  le  resamble  à  Sa  caveleure,  25 

„«uides  que  ce  soit-il  de  cors  et  de  faiture.^ 
„ains  SOS  le  monde  Dieu  n'avint  tele  aventure, 
„que  Dex  à  itel  homme  donast  de  1'  mont  le  cure." 

„Ne  m'en  caut,  fait  li  enfes,  se  chou  est-il  u  non, 
„quar  tout  ai  en  talent  que  cestui  ochiron.  30 

„yengons-nous  de  cestui,  quant  nous  chelui  n'avon; 
„si  sara  bien  li  rois  que  noient  ne  l'amon, 
„quar  il  a  envers  nous  faite  tel  mesprison 
„c'on  le  devroit  ardoir  «n  fu  u  en  carbon.  "  » 

—  ne  vous  caut,  dist  la  dame,  pour  Dieu  ki  fist  le  mont;  35 
„itel  venjance  faire  ne  vaut  mie  i.  bouton." 

1)  pHneeê,    2)  te  êaii.    3)  denê  ai  à  /'  euer  raneure,    4)  foie  créa- 
hwe,    5)  eetature. 


382  COMBAT  D*ALIXANDRB  BT  DE  MRRU8. 

et  li  enfes  respoat:  „par  le  cors  Saint  Simon, 
„ne  par  icel  apostele  con  quert  en  Pré  noiron, 
„8e  il  n'estoît  por  vous,  je  li  feroi  son  bon; 
„qne  mar  i  est  venus,  se  n'en  prenc  yengison/' 
il  a  dit  à  sa  mère:  „fait  aves  mesprison,  3 

„que  le  faites  venir  en  ma  subjection/' 
—  voire,  fait  soi  la  dame,  à  Dieu  maléichon. 
„li  rois  li  a  tramis,  si  ferai  traison: 
„fui,  garçons,  de  sor  moi;  si  feras  bien  mon  bon; 
„les  dens  te  pecoiase,  se  euse  baston/'  10 

de  se  paume  11  done  par  desous  le  menton 
ensus  de  soi  le  boute,  se  Thurte  à  l'estelon. 
plorant  ist  de  la  cambre  et  ist  de*  la  maison. 
Pensive  est  la  roine  et  est  en  grant  freor 
dou  roi  qui  s'esmarist  de  son  fil  le  menor;  15 

mult  doucement  li  prie  o  souspir  et  o  plour, 
de  r  vallet  c'a  oi  11  pardoinst  le  folor; 
quar  se  il  ne  le  fet,  il  en  ert  en  iror. 
quant  li  rois  voit  les  larmes,  si  en  ot  grant  tenror 
et  dist  à  la  roine  qui  ert  de  grant  vallor:  20 

„se  il  m'avoit  pis  dit  et  fait  bonté  grignor 
„se  r  souferroie-jou,  dame,  por  votre  amor." 
desour  i.  lit  paré  gisent  demi  i.  jor, 
puis  iscent  de  la  cambre,  sus  è  1'  palais  au  cour,* 
que  on  ne  s'aperçoive;  la  li  fait  double  ounor;  25 

quan  que  puent  porter  xix.  mul  anbleor 
11  donne  d'or  moulu  com  à  empereour; 
c.  pales  de  Bisterne,  trestous  d'une  color 
li  a  fait  aporter  à  i.  sien  vavasor. 

„Antigone,  fait-ele,  ce  donras  ton  signor        «  30 

„et  tu  qui  es  mesages  aras  por  soie  amor 
„i.  mantiel  sebelin  d'un  pale  paint  à  flor; 
^,et  tant  ti  conpagnon  seront  por  toi  millor, 
„cescun8  ara  ii.  pales  d'Inde  supérior. 
„*di  moi  à  ton  signor,  je  li  manc  par  amor:  35 

„de  ce  venir  à  moi  ne  se  mete  en  labor; 
„n'i  poroie  parler,  car  au  cief  ai  dolour." 
1)  jrî  vint  d.    2)  è  Ptour, 


COMBAT  D'ALKANDRB  BT  DE  PORRUS.        383 

Alixandres  respont  dit  de  losengeour; 
,,86  me  sire  Alixandres  vos  tenoit  à  laisor/ 
ninius  aroit  esploitié  que  tout  si  ancissor.'* 
lors  a  pris  le  congié,  si  se  met  au  retor. 
Candeolus  le  guie  les  plains  dou  Val  Grignor.  5 

sire,  dist  Tholomes  au  rice'  poigneor» 
que  il  tenoit  encore  au  roi  Macidonor.  4 

F.  60^   or  s'en  retome  arrière  à  joie  et  à  baudor» 

Alixandres  li  rois  est  au  tref  descendus; 
départi  sunt  li  pales  et  li  bons  ors  moins  10 

c'on  li  aroit  donnés,  qu'il  ne  fust  conneus. 
or  aproisme  li  termes  et  li  tans  est  venus 
que  il  sera  destruis  et  ses  grans  los  caus, 
que  Babilone  ert  prise  et  li  palais  rendus, 
consel  de  nés  i.  homme  ne  pot  estre  creus.  1 5 

par  nul  de  ses  barons  ne  pot  estre  créus.' 
por  aler  à  sa  mort  est  par  matin  meus. 

Ains  que  li  rois  meust,  a  faite  s'orison 
dedens  son  tref  demaine  dont  d'or  sunt  li  frenon. 
li  rois  en  apela  Tholomée  et  Clincon;  20 

0  ces  ii.  sunt  venus  li  xii.  conpagnon 
Alixandres  lor  dist  et  conte  lor*  raison: 
„priyé  estes  de  moi  et  bien  de  ma  maison. 
„onques  de  yo  consel  ne  me  vint,  se  bien  non, 
„et  par  vous  tien-jou  quites  tieres  et  garison;  25 

„le  signorie  en  ai  dusqu'en  Cafamaon 
„et  tant  com  tiere  dure  et  mers  clôt  environ, 
„fors  seule  Babilone ,  ne  sai  se  jâ  Taron. 
„Deu  merci  et  le  votre,  ne  sai  se  jà  l'aron.*^ 
„or  venes  vus  avant,  si  vus  ferai  gent  don  30 

„cascuns  i.  roine  ,  sans  ire  et*  sans  tencon; 
„et  si  ares  les  tentes^  quant  nos  i  torneron. 
„*alons  en  Babilone;  de  matin  moveron; 
,Je  vus  coronerai  à  la  loi  que  tenon, 
„le  trésor  Tamirant  vus  métrai  ft  bandon;  33 

1)  roiM.  euêi  à  oisêor,  2)  jrj  F  rendUi  Tholamé  te  riee.  3)  n'ert 
James  retenus.  4)  sa.  5)  n*ai  eegnour  se  vouê  non.  6)  à  easeun  t. 
roiaume  donrai  tôt.    7)  rentes. 


3S4  COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  PORRW. 

„ne  mais  le  povre  gent  et  les  borjois  gardon, 

,,que  jà  par  nous  n'i  perdent  vallant  i.  esporon. 

„se  li  cités  est  notre,  por  coi  le  destruiron? 

„des  fores  qui  sunt  longes  arons  le  yenîson, 

„une  pièce  de  1*  tans  nos  i  séjorneron/'  5 

— por  Dieu,  dient  si  home,  sire,  c'or  i  alon.  •   ^ 

„faites  votre  plaisir  et  nous  tout  Totrion." 

Par  les  herbeges  mainent  grant  joie  et  grant  déduit, 
quant  oent  les  noveles  et  par  Tost  dient  tuit 
qu'iront  en  Babilonne,  après  icele  nuit.  10 

Tescorgaite  conunande  Dans  Clins,  le  fil  Calduit; 
V*-  chevaliers  furent,  n'en  falirent  que  viii., 
après  souper  se  juent  et  manjuent  le  fruit, 
cil  jougleor  vicient  et  demainent  tel  bruit, 
de  plus  de  iiii.  liues  les  oist-on,  je  cuit  15 

dusc'à  l'aube  aparant  que  li  solaus  reluit. 

Au  matin,  par  son  l'aube,  quant  l'aloette  crie, 
est  toute  l'os  montée,  des  cors  fu  grans  l'oie 
que  olifant  iscoient^  qui  font  grant  estormie; 
de  vii.  liues  et  plus  oist-on  l'estormie.'  20 

li  gens  à  pié  s'aroute ,  s'est  ensamble  salie 
et  li  rois  ist  après  à  mult  grant  baronie. 
là  peust-on  veir  mainte  ensagne  cargie;' 
li  solaus  Sert  es  elmes  qui  mult  tost  reflambie. 
quant  li  rois  le  regarde,  devant  lui  une  lie:*  25 

„biau8  sire  Dex,  fait  il,  que  toute  gens  deprie, 
„tu  soies  aourés  de  si  grant  signorie 
„que  tu  m'as  otroié  en  ceste  mortel  vie, 
„c*onque6  mais  n'asamblai^  tante  targe  florie, 
„com  jou  fac  hui,  biaus  sire,  et  par  le  votre  aie.         30 
„quar  ci  n*a  nule  jent  qui  tant  soit  esbaudie, 
„tant  que  li  solaus  clôt,  qui  le  tiere  a  ourdie, 
„que  ne  me  doie  oumage  et  vers  moi  ne  souplie, 
F.  60*    „fors  seule  Babilonne  que  n'ai  mie  envaie, 

„et  je  ne  sai  encore  s'ele  ert  en  ma  baillie."  35 

Alixandres  cevauce  dont  est  grans  renomée  ; 

1)  eeni  oHfmU  i  êoneni,  2)  U  iondie,  3)  #ar(te.   4)  #*iim0ll«.    5)  rûiê 
n'tiêawikla. 


COMBAT  D'ALIXANDRB  ET  DE  PORRUS.  385 

il  ne  Toit  grant  cité  qui  tant  soit  haut  murée 

dont  il  n'ait  le  renon,  n'i  convient  traire  espée; 

trespase  le  pais,  aine  n'i  ot  contrestée, 

et  est  Tenus  en  Sixte,  une  estrange  contrée. 

salvage  est  mult  la  tiere,  orible  et  desfaée;  5 

tant  i  a  ruistes  mons  que  ne  sai  densée. 

n'i  a  celé  montagne,  ne  soit  dure  et  sierée 

et  est  à  mont  si  ruiste  que  s'ele  fust  dolée, 

et  samble  que  cascune  soit  au  ciel  ajostée. 

mult  petitet  i  croist  de  bien  en  la  Talée;  10 

li  gent  qui  là  abitent  est  mult  maie  eurée, 

quar  la  tiere  est  déserte  et  de  grant  estoée. 

En  icele  contrée  dont  je  fac  mention, 
couTersent  i.  oisiel  c'en  apiele  Grifon. 
d' orible  forme  8unt,  hisdeus  comme  dragon,  13 

manjuent  à  1'  mangier  cescuns  i.  grant  moton.  , 

Tolentiers  les  regarde  li  rois  et  li  baron, 
chcTalier  et  serjant,  escuier  et  garchcn; 
plusiors  en  a  en  l'ost  qu'en  ont  grant  marison. 
li  rois  est  mult  pensis  que  fera,  ne  que  non;  20 

Ters  le  ciel  Tint  monter,  s'on  le  tient  à  raison, 
et  de  desor  les  nues  se  metra  à  bandon; 
et  s'il  i  fait  trop  caut,  sentir  en  Tint  l'arson. 
piecà  c'a  ce  corage  et  ceste  entention; 
bien  pora  aemplir  son  talent  et  son  bon,  25 

s'il  en  puet  xx.  aToir  o  lui,  en  sa  prison, 
que  porter  le  peuisent  au  ciel,  sans  doutison. 
li  rois  en  a  0  soi  grant  ire  et  grant  tencon, 
ne  laira  ne  l'essait  por  dit,  ne  por  sermon, 
ne  por  trestout  l'aToir  de  1'  temple  Salemon.  30 

Li  rois  en  a  pensé  o  sol  mult  lonjement, 
puis  dist  à  ses  barons:  „dirai  tus  mon  talent. 
,je  Toel  monter  au  ciel  Tcoir  le  firmament, 
„Teoir  Toel  les*  montagnes,  en  haut  le  conblement, 
„le  ciel  et  les  planètes  et  tout  Testellement  35 

„et  tous  les  xt.  signes  ù  li  solaus  descent, 
„et  comment  par  le  mont  corent  11  iiii.  Tent, 

U  Bowam  A*AlUMBira.  ^^ 


386  COMBAT  D'ALIXANDRE  ET  DE  PORRUS. 

„el  veoir  voel  le  ciel  si  com  li  dus  porprent." 

si  homme  li  ont  dit:  ^ares-vus  mariment? 

„n'est  hom  ki  i  montast  por  tout  Tor  d'Orient. 

„que  monter  i  vauroit,  sacies  à  encient, 

„ains  seroient  passé  iiii"-  an  u  c.  5 

,,comment  i  monteres?  dites  Tengignement." 

li  rois  en  a  sousris,  respont  par  mautalent:^ 

„yées  vus  ces  oisiaus  qui  sunt  fort  et  pesant; 

„il  me  porteront  bien,  foi  que  doi  toute  gent. 

„de  moi  et  de  mon  fait  et  de  mon  hardement  10 

„voel-jou  que  s'esmervellent  à  tous  jors  mais  la  gent. 

„1a  mer  ai  asaié  desi  au  fondement, 

„el  comment  lor  poiscon  font  lor  tornoiement 

„et  lor  agait  bastisent  et  li  i.  l'autre  prent; 

„par  aus  en  al  apris,  car  aine  n'en  soi  nient.'^  15 

si  homme  li  ont  dit:  „nos  en  somes  dolent; 

„por  nous  ne  laires  mie  votre  commandement" 

De  cou  qu'a  enpensé  a  li  rois  en  argu; 
carpentiers  a  mandé  et  U  i  sunt  venu. 
„signor  mestre,  fait-il,  si  vus  estes  mi  dru,  20 

F.  60*   „faites  moi  une  cambre  tout  à  votre  seu  ; 

„jamais  ne  soit  si  bone,  n'onques  tele  ne  fu. 

„de  cuir  envolepé,  noviel  soient  et  cru; 

„à  claus  et'  atacies  et  englues  à  glu; 

„et  fenestres  i  faites  quel  part  que  me  remu;  25 

„que  s'a  besoig  me  vient,  por  cou  n'aie  perdu. 

„entendes  no,'  signor."  cil  li  ont  respondu: 

—  si  que  le  nos  devise,  Ta-on*  bien  entendu; 
„nous  le  ferons  légier,  fort  et  de  grant  vertu. 

„mais  mult  somes  dolent  de  cou  et  esperdu,  30 

„que  s'il  te  mésavient,  que  ne  soiens  pendu." 

—  taisies,  ce  dist  li  rois,  ne  soies  esmeu; 
,Jà  mar  ares  paor,  ne  soies  irascu." 

cil  l'ont  si  carpenté  et  le  cuir  estendu 
que  tous  en  fu  loés  et  à  son  talent  fu.  35 

li  rois  le  fist  porter  loig  de  l'ost,  en  i'erbu; 
tost  furent  li  oisiel  et  pris  et  retenu; 
1)  #1  reêponi  sagement.    2)  let.    3)  vuf.   4)  f avons. 


COMBAT  D'ALIXANDRE  ET  DE  PORRUS.  387 

à  Tengien  les  atakent  li  baron  irascu; 

lor  signor  natural  ont  ë  Y  camp  porseu; 

malt  sunt  por  la  mervelle  tout  trespensé  et  mu. 

Liement  est  li  rois  dedens  Tengien  entrés, 
une  lance  avoec  lui  et  fresce  car  ases,  5 

et  dist  à  ses  barons:  „ne  vus  desconfortes; 
„mais  or  me  laisies  seul  et  de  loing  m'esgardes/' 
or  s'entornent  si  homme ,  mult  les  a  abosmés, 
quar  se  li  rois  i  muert,  cou  est  la  vérités, 
*tous  ses  homes  aroit  et  mors  et  afolés;  10 

*car  tant  gent  le  heent  por  cou  qu'es  a  matés, 
estes  vus  des  oisiaus  iluec  ventt  asses, 
sus  et  jus  sunt  asis  et  d'encoste  et  en  lés. 
les  cuirs  qui  cru  estoient  ont  durement  grevés; 
tou  dis  com  il  estoient  fu  li  rois  aprestés;  15 

i.  gans  ot  en  sa  main  que  il  ne  fust  mostrés, 
et  après  les  loiens  loj  a  es  pies  botes, 
à  mont  è  1'  gros  des  cuises  et  à  bons  las  fermés; 
ne  sai  u  vii.  u  viii.  en  i  a  acouplés. 
quant  cascuns  d'aus  se  sent  issi  afincelés,  20 

il  sacent  durement,  li  engiens  est  torblés;^ 
il  en  rist  coiement,  si  sunt'  en  pies  levés. 
1)  versés,    2)  esL 


26  • 


BATAILLE  DE  BABILOM 


€1  dlflt  si  eom  AlIxandrM  se  llst  liaaHer  à  m^at 

TCM  le  elel  en  luie^  eorbllle  et  teiuilt  en  sa  mata 

ane  iMtee  et  ear  eator* 

Li  rois  estoit  sor  pies/  li  canbrete  est  versée; 
il  a  prise  la  lance,  le  car  i  a  boutée, 
fors  de  Tengien  le  met  et  en  haut  Ta  levée, 
li  oisiisl  famjllous  ont  la  car  esgardée, 
lors  tendent  contre  mont,  tout  à  une  volée;  5 

la  canbrete  est  mult  tos  là  sus  en  haut  portée, 
il  vont  le  car  cacant,  cescuns  geule  baée; 
à  ce  point  que  il  montent,  si  est  la  cars  montée; 
tous  tans  le  cuident  prendre,  mais  folie  ont  trovée. 
F. 61*  le  roi  portent  à  mont,  à  mult  fière  toisée;  10 

le  premier  air  trespasse,  de  pluie  le  nuée, 
et  plus  l'ont  haut  portée,  c'est  vérités  provée, 
que  L  cevaus  n'eust  demie  liue  alée. 
les  iiii.  vens  trespasse  à  icele  alenée; 
vienent  à  la  calour  qui  dou  fu  est  mellée;  15 

&  poi  vait  Alixandres,  tant  fort  Ta  apressée; 
li  cuirs  de  la  canbrete  crespist  à  la  brullée. 
lî  rois  a  porpensé;  s'il  prendent'  lor  volée, 
il  kerra  à  la  tiere,  si  ert  s'ame  finée, 
et  se  gens  estera  dolante  et  esgarée;  20 

quar  toute  gens  le  heent,  cui  tiere  il  a  gastée. 
il  rebaisent'  sa  lance,  vers  tiere  Ta  esmée; 
li  oisiel  famillous  resiuent  la  volée, 
1)  êoli  en.    2)  perdent    3)  rdkmêit. 


BATAILLE  DB  BABILONB.  339 

jus  asient  à  tiere  en  mi  liu  de  la  prée.       ^ 
li  rois  est  là  dedens;  faite  a  bone  jornée; 
si  homme  i  smit  yenu,  grant  joie  i  a  menée. 

Quant  li  rois  s'aperçut  qu'à  tiere  est  asegiés, 
à  iiii.  des  oisiaus  a  les  las  detranciés.  5 

cescuns  s'enfuit  mult  tos,  quant  se  sent  desliiés. 
este-Tous  caus  de  l'ost  iluec  tous  eslaisiés, 
asalent  les  oisiaus  à  le  tiere  ^  ataciés; 
mais  forment  se  desfendent,  mult  les  ont  damagiés, 
iiii.  ceyaus  ont  mors  que  as  biés  que  as  pies.  10  i 

cescuns  bien  se  desfent,  mes  il  ert  anuiés 

de  le  laste  et  dou  yol  ki  les  ont  travilliés.  | 

li  asaus  fu  mult  fors,  ne  pot  estre  liiés; 
li  rois  trance  les  cordes,  adont  les  veiscies 
corre  sor  les  barons;  tant  les  ont  angousciés,  15 

li  i.  s'en  est  fuis,  tout  iii.  sunt  detranciés.  | 

de  l'angousce  et  de  1'  caut  est  li  rois  des  haitiés. 

Le  roi  mainent  à  l'ost. li  prince  et  li  casé; 
quant  il  le  voient  sain,  grant  joie  en  ont  mené. 
„signor  baron,  fait-il,  dire  tus  Toel  vreté.  20 

„bui  ai  yeus  as  ious  cou  que  ai  désiré;  1 

„quar  tout  ai  essaie  et  tout  ai  mesuré  1 

„le  mont,  si  com  il  est,  et  de  lonc  et  de  lé; 
„si  com  jou  l'ai  yen,  l'ai-jou  tout  conquesté, 
„fors  seule  Babilonne  ù  a  grant  fremeté.  25 

„se  jou  celi  n'en  ai,  petit  pris  mon  barné.*' 
et  respondent  si  homme:  „cou  ert  tost  affiné; 
„quant  yus  ayes  les  nues  et  les  yens  sormonté, 
„dont  poes  bien  par  force  porprendre  une  cité. 
„le  matin  par  son  l'aube,  nos  yeres  apresté;  30 

„sous  Babilone  irons,  car  bien  ai'  derisé 
„jà  ne  n'ert  tant  fremée  de  mur,  ne  de  fossé 
„que  nous  ne  (la)  prengions  en  i.  seul  jour  d'esté.'' 
Alixandres  respont:  „bien  yous  ai  escouté. 
„cou  que  yous  ayes  dit,  bien  ert  acréanté;  35 

„1b  matin  mouyerons,  jà  n'en  iert  trestomé.'' 

Quant  U  solaus  leya  et  li  jours  esclairci,  1 

1)  emiàre,    2)  Vwem.  1 


390  BATAILLE  DE  BABILONE.     * 

et  li  rqis  Alixandres  se  cauca  et  vesti; 
quant  fu  aparilliés,  De  Y  mist  pas  en  oubli, 
s'orison  fait  as  Dex  qu'il  li  facent  merci, 
par  Tost  cacans  somiers,  s'il  se  sunt  bien  garni;* 
quar  il  en  ont  en  l'ost  autre  fois  escami,  5 

quant  il  furent  à  Bastres  en  la  tiere  Porri. 
en  Babilone  en  vont  et  muevent  au  terc  di.' 
quant  il  furent  monté  et  des  loges  parti, 
li  escuier  de  l'ost  ont  tout  ars  et  l>rui; 
F.  61^   à  grant  joie  cevaucent  les  plains  de  Y  Val  Greni.  10 

Quant  Alixandres  mut,  mult  ot  lice  conpagne; 
Lincanor  et  Pilote  a  commandé  s'ensegne; 
li  xii.  per  cevalcent  rengié  par  la  canpagne, 
tout  droit  vers  Babilonne  costoient  le  montagne; 
tant  a  or  en  lor  elmes  et  d'Arrabe  et  d'Espagne,  15 

desi  à  iiii.  Hues  en  reluist  la  canpagne. 
qui  à  tel  gent  le  done,  s'onor  bien  le  gaagne, 
il  ne  trueve  castiel,  ne  cité  qu'il  ne  fregne, 
ne  nul  homme  tant  fort  que  par  force  ne  pregne; 
à  honte  fait  morir  qui  senrir  ne  le  degne.  20 

Si  com  il  ajomoit,  l'aube  fu  esclairie; 
tout  droit  à  Tamirant  est  venue  une  espie 
qui  li  dist  que  l'os  est  à  jomée  et  demie. 
„comment,  fait  l'amiral,  ne  me  mentir  tu  mie? 
„di  moi  le  vérité,  se  l'os  est  bien  garnie.^'  23 

—  oil,  dist  li  mesages,  de  tous  biens  a  enplie, 
„quar  de  V  notre  meisme  prendent  lor  manandie. 
„ Alixandres  cevauce  devant  sa  conpagnie, 
„Lincanor8  et  Pilote  ont  s'ensegne  en  baillic, 

„Dans  Clins  et  Tholomes  si  les  caiele  et  guie;  30 

„cou  sunt  iiii.  baron  ù  li  rois  moût  se  fie.'^ 

—  par  foi,  fait  l'amiral,  ce  tieng  à  grant  folie. 
„de  coi  cuident-il  vivre  celé  gens  esbahie? 
„se  li  Deu  me  garisent  ma  grant  cevalerie, 

„jà  ne  vivrai  iii.  jors  que  l'os  iert  asalie.  35 

,Je  lor  ferai  as  très  une  tele  envaie, 
„que  n'i  voiroient  iestre  por  tout  l'or  de  Pavie.'' 
1)  eei  Hamas  ont  eargiéf  #î  tunt  garni,    2)  à  V  tier. 


^  BATAILLE  DE  BABILONB.  391 

Alixandres  cevauce,  que  point  ne  s'i  oublie 
et  maine  si  grant  ost  et  sierée  et  rengie. 

Alixandres  cevauce  par  fière  contenance; 
li  xii.  per  0  lui,  en  cui  a  grant  fiance, 
et  sist  sor  i.  destrier  de  diverse  samblance.  5 

le  teste  ot  plus  vermelle  que  n'est  tains  de  iivarance, 
le  col  et  les  costés  ot  blans  par  demoustrance  ; 
onques  plus  hardis  rois  de  lui  ne  porta  lance, 
mult  sot  d'astronomie  et  plus  sot  d'ingremance , 
ases  sot  de  fusike,  apris  l'ot  en  s'enfance.  10 

Tholomes  fait  l'angarde  par  itel  contenance. 

Alixandres  cevauce  le  pendant  d'un  désert; 
devers  le  destre  part  furent  de  mons  couvert. 
Tholomes  va  avant,  ki  volentiers  le  siert 
et  qui  pas  ne  se  plaint  quant  il  por  lui  riens  pert;       15 
quar  tout  cil  ki  le  servent,,  de  gueredon  sunt  cert, 
Alixandres  disoit  trestout  à  descouviert: 
„li  sire  est  mult  traitres  quant  il  voit  l'ome  à  pert, 
„et  qui  por  son  service  le  traval  a  soufiert, 
„se  ne  11  gueredpne  selon  cou  qu'il  désert.''  20 

Alixandres  cevauce  à  force  et  à  vertu 
et  maine  si  grant  ost  que  mervillouse  fu. 
droit  à  eure  de  tierce  ont  un  flueve  veu; 
quant  il  l'orent  passé  eure  de  nonne  fu. 
es  prés  sor  le  rivière^  sunt  iluec  descendu,  25 

mult  estoit  près  de  vespre  quant  li  tref  sunt  tendu. 
Alixandres  commande  à  Tholomé  son  dru, 
qu'as  vilains  de  la  tiere  ne  lor  soit  riens  tolu; 
teus  le  poroit  tolir,  tos  l'aroient  pendu. 

Li  vilain  des  montagne,  li  rice  Béduin  30 

sorent  que  il  avoient  Alixandre  à  voisin, 
et  l'evé  de  Cobar  passa  dès  ier  matin; 
F.  61*  portent  en  Babilone  et  le  pain  et  le  vin 
et  le  fain  et  l'avaine  et  la  laine  et  le  lin; 
tant  i  vienent  espes,  tout  sunt  plain  li  train;  35 

de  cars  et  de  caretes  sunt  tout  plain  li  cemin, 
Alixandres  commande  Tholomé  et  Dant  Clinr 
1)  de  l'aiUre  fart. 


392  BATAILLE  DE  BABILONE. 

que  mar  lor  tolra-on  vallant  i.  angevin, 

et  cil  ki  lor  tolra,  morra  de  maie  fin; 

il  le  pendra  à  forkes,  jà  n'ert  de  si  haut  lin. 

L'amiraus  oi  dire  c*Alixandres  venoit; 
il  a  mandé  ses  homes  ii  que  nul  en  avoit;  5 

de  si  qu'à  la  mer  rouge  qui  son  règne  clooit 
n'i  remest  i.  tous  seûs  qui  desfensables  soit, 
jà  tant  n'en  i  yenra,  l'amiral  ne  conroit 
et  qu'il  ne  les  ounort  isi  com  faire  doit, 
li  fossé  sunt  parfont  et  li  mur  sunt  tout  droit,  10 

*  devant  le  carbacane  sunt  li  passage  estroit. 
Babilone  est  si  fors  que  nus  hom  ne  creroit, 
que  ne  jurt  quanque  fu  et  le  Deu  ù  il  croit, 
que  se  toute  li  gent  de  1'  monde  l'aseoit, 
sans  soufraite  dé  soif  et  fains  n'es  destragnoit,  15 

dusc'à  le  fin  de  Y  siècle,  nus  hom  ne  le  prendroit. 

Babilone  fu  fors  et  l'amiral  fu  fier^ 
et  hardis  et  cortois  et  mult  bons  chevaliers;  ^ 
de  largement  donner  estoit  mult  costumiers, 
s'avoit  en  sa  conpagne  xx"«  chevaliers;^  20 

jà  en  cort  ù  il  fust  n'alast  i.  soudoiers.' 
i.  senescal  avoit  qui  n'ert  pas  fantoniers,' 
*Nabusardias  ot  non,  si  estoit  preu  et  fiers; 
cil  aime  gentil  home  et  ouneure  et  tient  ciers. 
Babilone  fu  plaine  desi  ens  es  celiers;  25 

li  rice  home  herbegent  es  tours  et  es  solers 
et  la  cités  est  close  et  li  murs  est  deriers,* 
et  si  est  bien  garnie  de  vignes,  de  vregiers; 
grant  plenté  ont  de  miel  et  d'oie  d'oliviers; 
de  pain,  de  vin,  de  cars  fu  li  pais  pleniers;  30 

avaine  orent  asses  et  cevaus  et  somiers. 
des  murs  de  Babilone  est  si  durs  li  mortiers 
que  n'en  pot  point  avoir  fers  agus,  ne  aciers, 
onques  Dex  ne  fist  home  qu'en  prisent  ii.  deniers, 
ne  mais  que  Alixandres  ki  est  tous  costumiers,  35 

que  ne  vient  à  cité  que  n'asàlle  premiers. 

Babilone  fu  plaine  de  vin  et  de  forment 
1)  soudoierê.   2)  lotengiers.   3)  pautoniert,   4)  de  muré  et  de  vitierê. 


BATAILLE  DE  BABILONB.  393 

et  de  tonte  vitalle  qui  à  cors  d*ome  apent; 

qui  ne  l'a,  si  le  prent  par  tout  communalment. 

l'amiral  le  fait  faire  par  son  commandement; 

il  en  a  apielé  le  roi  de  Bonivent/ 

à  une  part  le  trait,  se  li  dist  bonement:  5 

„biaus  sire,  car  me  dites  le  votre  esgardement; 

,,bon  est  que  je  me  tiegne  à  rostre  loement/' 

quant  li  rois  l'ot  oi,  se  li  dist  son  talent: 

„quant  conseil  me  querres,  jà  Tares  bon  et  jent; 

„on  ne  gaegne  gaires  à  son  fol  errement.  10  < 

„cis  rois  vus  cuide  prendre  par  son  esforcement,  | 

,,mais  il  n'a  pas  o  soi  amenée  le  gent.'  ' 

„ceste  vile  convient  esgarder'  sagement, 

„et  metes  bones  gardes,  de  1'  mius  de  votre  gent.'*  * 

l'amiraus  respondi:  „ei  a  conseil  mult  gent,  15 

„ensi  sera-il  fait,*jà  n*ira  autrement." 

li  jors  est  trespassés  et  li  nuis  lor®  sousprent; 

les  gaites  sunt  asises  par  mult  grant  mirement; 

*à  cascune  des  portes  en  issent  plus  de  c. 

qui  environ  les  murs  crient  mult  hautement,  20 

sonent  cors  et  bnisines  et  frenel  plus  de  c," 
F.  61'   que  ne  soient  souspris  des  Grius  trop  folement. 

en  la  cité  se  dorment  auques  seurement, 

enfresi  qu'à  1'  matin  que  li  jors  les  souprent.'^ 

Enfresi  c'a  1'  matin  que  perçoivent  le  jor,  25 

se  dormi  l'amiraus,  il  et  si  vavasor. 

par  matin  est  levés,  car  il  fu  en  fréour; 

avoec  lui  sunt  levé  de  ses  hommes®  plusiour, 

dient  lui  c'Alixandres  cevauce  par  fierour 

et  l'amiral  a  dit:  ,jà  mar  aront  paour."  30 

son  neveu  apiela,  le  iil  de  sa  serour, 

de  l'orguel  Alixandre  a  fait  à  lui  clamor, 

et  cil  a  respondu  bêlement,  par  douceur: 

,jà  tant  que  il  nos  hee,  n'arons  à  lui  amor/' 

vestu  l'a  et  caucié  à  loi  d'empereour;  35 

1)  ».  Hen  roi  d^Orieni.  2)  110  le  fera  mie  issi  iégiérêmsnt.  3)  garder 
muU.  4)  que  li  Oriu  ne  se  meteni  eaiens  céléemeHi.  5)  le.  6)  frélia» 
eaiêmmi.    7)  lor  reeplent.    8)  baronê. 


394  BATAILLE  DE  BABILONB. 

il  a  pris  iiii.  rois  et  i.  rice  contour;^ 

par  mi  i.  huis  de  piere  en  monta  en  la  ter, 

esgarde  contre  val  les  plains  de  Val  Couler, 

voit  venir  Alixandre  le  roi  Macidonour, 

de  le  cevalerie  de  Grese  vit  la  flor;  5 

il  apiele  ses  homes,  si  lor  a  dit:  „signory 

„est-cou  dont  Alixandres  qui  plains  est  de  folour; 

„ma  cité  cuide  prendre  et  moi  tolir  Tounor. 

„se  mi  Deu  megarisent  ma  force  et  ma  vigor, 

,Jou  asaurai  Gr^jois,  ains  que  voient  quint  jor.  10 

„des  vignes  et  des  blés  voi  gaster  le  labor, 

„mais  contre  ce  damage  li  cuit  faire  grignor. 

„et  si  vus  di  por  voir,  jou  arai  grant  ounour; 

„redouté  en  seront  trestout  mi  ancissour/' ' 

si  homme  li  ont  dit:  „par  Deu  le  créatour,  15 

„nous  irons  tout  à  Tost  o  vus,  sans  nul  retour;' 

„faite8  armer  vos  homme,  ne  soies  en  fréor;* 

„si  en  alons  encontre  à  force  et  à  vigoun^' 

L'amiraus  fu  as  estres  de  son  plus  haut  estage 
et  voit  Tost  herbregier  devant  soi,  è  V  rivage  20 

et  voit  ses  chevaliers  qui  demainent  grant  rage, 
î.  drugeman  apele,  se  li  dist  son  corage: 
„amis,  tu  et  ti  iii.  porteres  mon  mesage, 
„et  me  di  Alixandre  qui  set  de  maint  langage, 
„qu'en  ma  tiere  est  entrés  par  force  et  par  outrage.''  25 

„Sire,  dist  li  mesages,  s'il  te  plest,  jou  irai; 
,Jou  voi  venir  les  ii.  qui  iront  avoec  mai 
„et  jou  serai  li  tiers  c' Alixandre  dirai 
„tout  cou  que  tu  li  mandes,  jà  ne  li  cèlerai. 
„se  truis  amor  vers  lui,  .amour  je  li  dirai  30 

„et  s'il  me  dist  orguel,  orguel  responderai; 
„et  se  tu  le  commandes,  je  le  desfierai.'' 
—  par  foi,  dist  l'amiral,  autre  cose  ne  sai; 
„quar  rien  ne  tien  de  lui,  ne  jà  riens  n'en  tenral. 
„s'il  vint  de  men  avoir,  par  amors  l'en  donrai  35 

„et  s'il  me  le  vint  prendre,  jou  m'en  consierrai; 
„et  si  pora  bien  estre  c'a  son  tref  Tasaurai. 
1)  aumacor.  2)  tôt  mi  oir  à  maint  jour.  3)  triêtour,  4)  n't  ait  point  de  a^our. 


BATAIU^B  DB  BABILONE.  395 

„par  conseil  de  ma  gent  vers  lui  me  conbatrai, 
,Jà  î.  seul  de  aus  tous  raiembrer  ne  lairai.'^ 

„Sire,  dist  li  mesages,  je  prenc  congié  à  toi; 
„je  Toi  venir  les  ii.  que  menrai  avoec  moi." 
—  signor,  dist  Tamiral,  aies  à  Deu  tout  troi,  5 

,,1e  duc  de  Pincernie  et  le  prince  d'Ausoi; 
„desor  vus  voel  proier  que  vous  penses  de  moi. 
„Alixandre  me  dites,  trop  maine  grant  bufoi, 
„qui  ma  tiere  me  gaste  et  met  en  grant  esfroi. 
F.  62*   „me  cuide-il  dont  prendre  com  oiselet  au  broi.  10 

,3abilone  est  si  fors,  ne  crient  prinche  ne  roi, 
„ne  mais  le  Diu  de  Y  ciel  qui  tout  a  desous  soi." 

Nabusardans  a  dit  au  mesage  en  secroi: 
„portes  Dans  Tholomé  salus  que  li  çnvoi, 
„que  de  matin  ara  contre  moi  le  tornoi."  15 

li  mesagers  a  dit:  „volentiers,  par  ma  foi." 
li  portiers  lor  desferme  le  porte  de  Grenoi. 

Mult  par  sunt  tout  cortois  tout  li  iii.  messagier; 
l'amiraus  n'i  pooit  nul  millor  envoier. 
à  l'issir  des  herbeges  truevent  i.  Latinier;  20 

le  tref  le  roi  demandent  Alixandre  d'Alier. 
„signor,  bien  le  vus  sai,  fet  cil,  à  ensignier; 
„ves  le  là,  cel  plus  haut,  à  cel  ^gle  d'or  mier. 
„là  trouvères  le  roi,  o  lui  maint  chevalier. 
,je  li  vi  or  monter  sor  vairon,  son  destrier;  25 

„par  le  mien  entiant,  va  soi  esbanoier. 
„se  parler  i  voles,  n'i  aves  que  targier." 
li  mesage  s'entornent,  pensent  de  cevaucier 
et  encontrent  le  roi  sous  l'ombre  d'un  lorier. 
oes  com  fait  salut  li  ont  dit  au  premier:  30 

„cil  Dex  qui  forma  tiere  et  Adan  le  premier, 
„et  de  le  coste  Adam  fit  Evain  sa  mouiller, 
„garisse  l'amiral  et  se  doinst  enconbrier 
„à  tous  caus  qui  à  tort  le  voelent  guerroier. 
„Dans  rois,  il  le  vus  mande,  ne  vus  doit  anoier;  35 

„por  issir  de  sa  tiere  vus  donra  plus  orraier 
„que  ne  poront  porter  Ixvii.  soumier. 
„et  se  ne  V  voles  prendre,  jà  celer  ne  vus  quier, 


396  BATAILLE  DB  BABILONB. 

„rainiral  tus  desfie  et  tout  si  che?alier. 
^Nabusardans  vus  mande,  se  yoles  torniier, 
^envoies  Tholomé  as  joutes  commencier. 
„il  viut  à  lui  jousier,  mult  Ta  oi  prisier." 

Tholomes  respondi:  ,,mult  le  doi  avoir  cier;  5 

,,mon  cors,  ne  mon  escu  ne  li  quier  jà  noiier.^' 
—  signor,  dist  Alixandres,  n'ai  soig  de  raanecier; 
,Jà  ne  quier  as  mesages  ranproner  ne  tencien 
„ramiral  me  dires,  consirrer  ne  m'enquier, 
,Jà  n'en  prendrai  avoir  por  la  teste  ^  laisier.  10 

„tant  est  fors  Babilone  que  m'i  voel  essaier; 
„se  prendre  ne  le  puis,  ne  me  pris  i.  denier. 
„en  son  plus  haut  palais  me  quier  faire  sainier, 
„de  ses  millors  viandes  me  quier  faire  aaisier, 
„dèsque  soient  venu  d'Egype  -mi  consillier.  15 

„tant  sunt  hardi  et  preu  ne  voelent  nul  dangier; 
„plus  lor  donrai  avoir  que  n'en  voiront  bailler, 
„lor  escus  et  lor  elmes  ferai  faire  d'or  mier. 
„au  consel  de  ces  ii.  me  voirai  consillier, 
„cil  feront  la  cité  asalir  u  laisier.^  20 

Li  mesage  s'entornent  et  li  rois  a  parlé: 
„signor,  dist  Alixandres,  vus  m'aves  desfié 
„de  par  votre  amiral  qui  1'  vous  a  commandé; 
„et  jou  redesfi  lui,  jà  ne  li  ert  celé. 
„bien  li  deves-vus  dire,  tant  estes-  si  privé."  25 

Alixandres  apiele  Clincon  et  Tholomé: 
„signor,  franc  chevalier,  qui  tant  m'aves  amé 
„por  prendre  Babilonne,  demain  ains  la  vespré. 
„^par  matinet  i  soient  votre  escuier  armé." 
cil  U  ont  respondu:  „tout  à  vos  volenté."  30 

li  mesagier  s'en  vont,  s'unt  congié  demandé; 
li  rois  donc  à  cescun  i.  esprivier  mué 
F. 62*  et  cil  prendent  congié,  si  s'en  sunt  retourné, 
et  vienent  à  la  vile,  n'i  ont  plus  demoré; 
11  porte  fu  ouverte  et  il  sunt  ens  entré.  35 

l'amiraus  va  encontre,  si  lor  a  demandé: 
„que  res^iont  Alixandres?  laira-il  ma  chité, 
1)  cité. 


BATAULE  DE  BABILONE.  397 

,,11  asaura  la  Tile?  sares  yua  son  pensé.'' 

—  en  la  moie  foi,  sire,  ses  Dex  en  a  juré, 

,Jà  ne  s'en  tomera,  si  Tara  conquesté/' 

Nabusardans  demande  de  Y  hardi  Tbolomé: 

„fera  à  moi  la  jouste  que  jou  li  ai  mandé?''  5 

li  mesages  a  dit:  „mult  tus  en  sai  J)on  gré." 

li  nuis  Tient,  li  jors  faut,  si' se  sont  deseyré; 

gaites  et  escorgaites  sunt  sor  le  mur  monté, 

toute  nuit  ont  gaitié  desi  à  Tajorné. 

à  l'aube  aparissant,  sunt  cil  de  Tost  monté;  tO 

les  vignes  sunt  gastées  et  li  soile  et  li  blé. 

La  cités  fu  asise  par  i.  mardi ^  matin; 
pris  sunt  dusc'à  la  porte  li  ort  et  li  gardin. 
le  tref  le  roi  tendirent  plus  de  xx.  Sarrasin; 
les  cordes  sunt  de  soie  et  li  paison  d'or  fin.  15 

par  l'ost  crient  à  vendre  et  pain  et  car  et  vin; 
en  l'ost  a  teP  rikecce  c'en  ne  pot  dire  fin. 

L'amiral  fu  as  estres  des  plus  baus  fenestris, 
et  voit  tant  pavillon  venir  indes  et  bis; 
este-vus  une  espie  qui  vint  de  vers  les  Gris  20 

et  dist  que  Alixandres  est  en  gibier  r^mis. 
de  cà  gardent  les  tentes  Dans  Clins  et  Tbolomes, 
et  de  l'autre  part  a  iiii.  des  xii.  pers 
Lincanor  et  Filote,  Perdicas,  Filippes. 
li  amiraus  jura  tous  ses  Dex  et  son  nés,  26 

ains  que  li  rois  reviegne,  les  asaura  as  très, 
et  ronpera  les  cordes  et  sakera  les  pes 
et  metera  par  tiere  et  festes  et  autes. 

Tout  droit  à  l'amiral  vienent  li  doi'  baron, 
se  li  ont  demandé:  „sire,  quel  le  feron?  30 

„dusques  à  notre  porte  vienent  lor  pavillon; 
,,faites-les  nous  ouvrir  et  si  nous  isterons." 
l'amiraus  lor  a  dit:  „par  mon  cief,  non  feron. 
„vee8  ici  devant  Tbolomé  et  Clincon, 
„et  sunt  ensamble  0  ans  li  xii.  conpagnon;  35 

„8e  croiste^  me  voles,  par  deçà*  isteron. 
1)  émuu^ê.    2)imUi  a  gramt    3)  #'<«  viênêmt  U.    4)  erah^    fi)  M 


398  BATAILLE  DB  BABILONiS. 

„8e  nous  ouvrons  la  porte,  jamais  ne  le  cloron 
„et  seriemes  tout  pris  par  mauvaise  ocoison." 

L'amîraus  est  iscus  o  mervillouse  gent 
et  la  gelde  de  pié  itant  deléemenl, 
que  nus  qui  fust  en  Tost  n'en  sot  onquès  nient,  5 

*se  ne  fust  Filotes  à  qui  proece  apent. 
le  jor  firent  as  tentes  tel  envaisement 
que  ne  fust  amendés  por  v*»  mars  d'argent,  * 

se  ne  fust  Philipes  à  oui  li  rois  s'atent; 
c'est  i.  des  xii.  pers  ii  li  oies  de  l'ost  peut*  10 

premiers  en  est  iscus  par  esbaniement 
et  voit  les  confanons  desploiés  vers  le  vent; 
arrière  s'en  torna  tost  et  isnelement, 
et  a  dit  à  ses  hommes  mult  afaitiement: 
„signor,  adoubes-vus  tos  et  isnelement,'  15 

„quar  l'amîraus  cevauce  sor  nous  iréement; 
„il  nos  vient  asalir,  par  le  mien  encient 
„ra8aut  qu*il  cuide  faire  et  cou  qu'il  i  entent 
F.  62^   „ne  li  vaura  jà  gaires,"  se  Dex  le  me  consent. 

„se  nous  le  poons  prendre  en  cest  tomoiement,  20 

„nous  li  vendrons  mult  cier  cet  envaisement." 

Si  tost  que  de  ii.  pars  se  sunt  entreveu, 
Grijeis  lievent  le  cri  et  l'amiraus  le  hu. 
Dans  Clins  et  Tholomes  sunt  tous  premiers  iscu; 
Tholomes  ist'  premiers,  s'unt  le  ceval  veu.*  25 

Nabusardans  le  voit,*  si  Ta  aperceu; 
tant  com  li  doi  ceval  lor  ont  es  plains  salu,* 
toutes  plaides  lor  lances  se  sunt  entr'abatu. 
quant  il  furent  k  tiere,  onques  n'i  ont  geu, 
puis  salirent  en  pies  comme  home  de  vertu.  30 

Tholomes  fu  mult  preus,  s'ot  le  cuer  irascu 
et  mult  s'ot  d'escremie,  si  l'a  premiers  féru, 
l'espée  (li)  descendi  entre  col  et  escu; 
se  ne  brisast  l'espée,^  tout  l'eust  porfendu; 
de  r  retor®  que  il  fist,'  l'a  è  1*  vis  conseu,*®  35 

i.  petitet  le  navre  et  le  grenon  tondu. 

1)  toi  roê  9peni,  2)  et  ne  soye«pas  lent,  3)p0îfi|.  4)  desor  le  vair  grenu, 
h)  rencontre.  6)d'eéiaiêcouru»  7)lebrtms.  6)traneon.  9)  tint.  iO)ensiV  vis  féru. 


BATAILLE  DE  BABILONB.  39g 

Nabufiardftns  s'esmaie  de  Y  cop  c*a  receu, 
Tolentiers .  s'enfuist,  se  li  fust  consentn  ; 
mais  Tbolomes  le  prent,  qai  l'a  reconneu 
ne  fust  Pales'  d'Egipte,  tout  Teust  retenu. 

Fhales  fu  nés  d'Egipte,  fius  le  roi  Faraon;  5 

quant  ot  Nabusàrdan  gari  de  la  prison, 
pas  ne  se  mescoisirent  entre  lui  et  Clineon. 
tant  com  li  doi  ceval  portèrent  de  randon, 
se  fièrent  es  escus  painturés  à  lion; 
ambedoi  s'entr'abatent  devant  i.  pavillon  19 

et  resalent  sor  pies  ambedoi  li  baron; 
0  les  espées  nues  commencent'  le  tencon. 
Dans  Clins  le  féri  bien  à  loi  de  campion 
que  Tauberc  li  tranca,  desi  qu'en  Tauqueton, 
de  la  senestre  cuise  tôt  le  mestre  braon;  15 

ne  pot  ester  sor  pies,  ains  cai  è  1'  sablon. 
Fhales  crie  merci  et  demande  pardon, 
dist  qu'enporter  le  face  et  mettre  en  sa  prison; 
quar  mult  est  nobles  hom,  mult  ara  raencon 
et  Dans  Clins  demanda:  „amis,  com  as-tu  non?''  20 

—  j'ai  non  Fhales  d'Egipte,  ensi  m'apele-on; 
„tout  le  trésor  mon  père  vus  métrai  à  bandon/' 

—  amis,  ce  dist  Dans  Clins,   mult  me  promes  gent  don, 
„tu  n'i  moras  hui  mes,  se  par  mes  copes  non.'' 

De  celé  part  de  l'ost  ù  l'amiraus  tornoie,  25 

Anulas  d'Amilac'  de  joster  se  desroie 
et  fiert  si  Lincànor  que  l'escu  li  pecoie. 
Lincanors  refiert  lui  que  de  mort  le  guerroie, 
par  mi  le  cors  li  met  le  confanon  de  soie; 
tant  com  anste  li  dure,  l'abat  mort  en  la  voie.  30 

i.  damoisiaus  le  voit,  de  poindre  se  desroie, 
le  ceval  Anulac  saisi  par  le  coroie, 
avoec^  Dant  Clin  le  conté*  Lincanors  li  otroie. 

Li  damoisiaus  s'entome  quant  a  le  ceval  pris, 
droit  à  Dant  Clin*  le  conte  que  Fhales'  ot  conquis.     35 
Dans  Clins  prent  le  prison,  se  Y  commande  à  iiL  Gris 

1)  Fwrèê.    2)  remoêvent.    3)  Amilas  âe  Loserre.    4)  à.    5)  fruwtê. 
6)  FmnU    7)  Banê  Clins. 


400  BATAILLB  DE  BABILOMH. 

qui  le  mainent  as  très,  que  se  il  n'estoit  yis 
les  testes  lor  tauroit,  jâ  ne  lor  feroit  pis. 
li  damoisiaus  Tesgarde,  si  li  a  fait  i.  ris, 
le  ceval  li  présente  qui  fu  vairs  Arabis. 
„cel  ceyal  li^  envoie  Lincanor  le  marcis.*'  5 

et  Dans  Clins  li  respont:  „mult  est  biaus,  ce  m'est  vis/' 
F.  62'   puis  sali  es  arçons,  ains  n'i  fu  estriers  pris, 

le  lance  sor  le  feutre  s'est  es  grans  galos  mis; 

là  ù  voit  Lincanor,  se  li  dist:  „biaus  amis, 

„ales  seurement,  bien  pores  estre  pris.  10 

, Jamais  n'amerai  honmie  qui  de  vus  soit  escis." 

et  i.  drus  Famiral  li  saut  en  mi  le  vis, 

grant  cop  li  a  doné  desor  son  escu  bis, 

trestout  Tescu  li  fent  et  l'auberc  a  malmis, 

tant  com  anste  dure  Teslonge  des  estris.  15 

L'amiraus  aresta  et  dit  à  i.  sien  dm: 
„en  ma  foi,  biaus  amis,  bien'  nos  est  avenu. 
„maldis  soit  cil  tornois  quant  il  commencié»  fu, 
„quar  noient  n'i  gaaig,  ains  i  ai  jà  perdu. 
„mais  se  mi  Deu  me  laisent  me  force  et  ma  verlu,     20 
„ancois  que  je  m'en  aille,  m'aront-il  conneu.'' 
et  cil  de  Babilone  sunt  entour  lui  venu, 
et  Tamiraus  s'eslaise  par  mi  L  pré  herbu, 
va  ferir  Tholomé  devant,  en  son  escu 
que  li  et  son  ceval  a  à  tiere  abatu.  25 

L'amiraus  abati  et  lui  et  son  destrier; 
à  icele  rescouse  veiscies  conunenchier 
i.  ester  mervillous  et  périlleus  et  fier, 
et  l'amiraus  s'escrie:  „or  i  pert  qui  m'a  chier. 
„8e  cestui  ne  puis  prendre,  ne  me  pris  i.  denier.'*       30 
pris  i  fust  Tholomes  quant  vii**  cevalier 
lor  vienent  des  herbeges  et  iiii'"*  arcier 
qui  traient  tous  ensamble,  si  les  font  esmaier; 
u  il  voellent  u  non,  si  lor  estut  laisier. 
Dans  Clins,  li  fins  Caldiu,  li  rendi  son  destrier;  35 

„8ire,  fait-il,  montes,  fins  de  franc  chevalier; 
„que  desise-jou  ore  AUxandre  d'Aller, 
1)  mi#.    2)  mal. 


BATAILLE  DE  BANLONB*  401 

,,mon  signor  natoral  qui  tus  aime  et  tient  cier? 
„8e  mener  tous  en  puis,  n'i  ruis^  plus  gaignier. 

Une  jouste  i  ot  faite  dont  mult  orent  enTie; 
Emenidus  d'Arcade  le  flst  par  eoTaie» 
par  son  cors  seulement  au  roi  de  Elenie;  5 

dcTant  les  ii.  pers  requiert  ccTalerie» 
et  porte  en  son  brac  destre  une  mance  s'amie; 
de  fin  or  et  de  pieres  ert  enTiron  heudie.' 
il  s'entrefiërent  bien  quant  Tuns  l'autre  desfie, 
li  escu  ne  lor  Talent  une  pume  porie;  10 

ambedoi  sunt  à  tiere  en  mi  le  praerie. 
quant  il  furent  a  tiere,  ne  s'aseurent  mie, 
ains  sacent  les  espées,  nus  d'aus  ne  s'i  oublie. 
Emenidus  le  fiert,  ki  fu  duis  d'escremie, 
Tespée  li  descent  par  le  destre  partie,  15 

le  puig  li  fait  Toler  en  mi  le  praerie; 
li  rois  se  sent  blecié,  por  Deu,  merci  li  crie. 
„merci,  frans  choTaliers,  pardon  quier,  ne  m'orne. 
„plus  te  donrai  or  fin  et  autre  manandie 
„que  ne  poroit  porter  par  mer  une  galie.'*  20 

Emenidus  respont,  quant  li  rois  s'umelie: 
„Tus  n'i  mores  hui  mais,  se  Dex  me  béneie.'' 
quant  l'amiral  Toi,  s'ensegne  a  esbaudie, 
il  fait  sonner  ses  grailes,  si  loing  en  Ta  l'oie 
qu'Alixandres  l'oit  d'une  Une  et  demie,  25 

qui  estoit  en  gibier  o  ii.  fans  de  Rosie 
et  a  dit  à  ses  homes:  „ne  mescrées-ms  mie. 
„par  le  mien  entient,  ma  gens  est  asalie. 
„poignes,  franc  chcTalier,  car  j'ai  cachié  folie.'^' 
F.  63*      Far  le  tomoiement  Ta  férir  Radoans,  30 

frères  fu  l'amiral,  nés  fu  de  Yal  dormans. 
li  ccTaus  ù  il  sist  fu  pumelés  ferrans, 
et  Aristes  ceTauce  le  Tair*  ki  fu  mouTans. 
grans  cos  s'entredonèrent  sor  les  escus  luisans 
que  il  s'entr'abatirent  des  bons  destriers  corans;  35 

et  quant  il  sunt  à  tiere,  si  ont  saciés  lor  brans. 
Ladoans  ert  lassés  et  ot  armes  pesans 
1)  fuUr.    2)  oriU.    3)  me#ft«r#  ont  iaie.    4)  choMé. 


402  BATAILLE  DE  BABILONB. 

et  à  Ariste  acrut  i.  poi  ses  mantalans  ; 

jà  en  presist  le  cief,  se  ne  fust  Estbrgans,  ^ 

que  par  mi  le  brac  destre  le  féri  ii.  cols  grans  ; 

si  navrés  com  il  fu ,  le  saisi  as  pendans 

là  ù  li  elmes'  lace  et  Faubers  jaserans;  5 

à  estrous  Tenmenast,  se  ne  fust  Tamirans. 

Por  son  frère  rescoure  ?int  poignant  Nabogore 
et  siet  sour  i.  ceval  qui  fu  d'entre  les  pors. 
*mais  Tolomé  rencontre,  qui  Tint  tos  les  esdos; 
tel  cop  fiert  en  Tescn  qui  fu  pains  à  Melors,  10 

contre  mont  vont  les  jambes,  car  U  espius  fu  fors; 
puis  a  sacié  le  branc  qui  de  férir  ert  tors, 
là  il  l'amiral  ciet,  fu  douteuse  U  sors, 
quar  se  Grijois  le  prendent,  malves  ert  ses^epos.^ 
mais  cils  de  Babilpne  sonent    grailes  et  cors;  15 

d'espées  et  de  lances  i  fu  grans  U  apors, 
dusc'as  XX.  chevaliers  de  ses  cols  i  a  mors; 
gmns  i  fu  la  pouriëre  des  cevaus  et  des  mors. 

L'amiraus  fu  de  mort  et  de  prison  garis; 
de  r  tornoi  maudist  Tore  que  il  fu  establis,  20 

tant  a  de  sanc  perdu  que  tous  est  afoiblis, 
vii.  arciers  maine  o  soi,  si  s'en  est  départis; 

*  en  la  cité  se  met,  ne  Y  fist  mie  à  envis 

*  et  fait  clore  les  portes  et  serer  les  postis. 

^  li  rois  vint  de  gibier  ù  ot  oi  les  cris;  25 

*  des  mors  et  des  navrés  vit  le  defouleis. 
por  cou  que  il  ne  fu  à  cel  caploteis, 

de  mautalent  et  d'ire  est  tous  enpaleis; 
à  son  tref  est  aies,  descent  sour  ii.  tapis. 

Tolomes  oi  dire  que  li  rois  est  iriés;  30 

entre  lui  et  Clincon  li  sunt  venu  as  pies,* 
content  lui  de  1'  tomoi  comme  il  fu  conmienciés 
et  comment  l'amiraus  les  avoit  engigniés, 
et  com  Phales  d'Egypte  fu  pris  et  mehagniés. 
les  prisonniers  amainent,  si  les  ont  desliiés;  35 

Alixandres  le  voit,  si  est  levés  en  pies, 
ne  li  caut  de  sa  perte,  tant  est  des  prisons  liés. 
1)  #ïl  ne  fmi  eêtarimu.    2)  U  tôifê.    3)  iêfetê.  i)  kêu  më  piêê. 


BATAILLE  DE  BABILONB.  403 

*  la  nuit  Tint,  li  jors  vait,  li  tornois  est  laisiés, 
et  Tamiral  s'entorne  courecous  et  iriés; 

de  sen  frère  11  poise  qni  est  menés  liiés 

et  dist  entre  ses  dents:  jamais  ne  seras  lies, 

dusques  à  icele  oore  qu'il  estera  yengiés.  5 

lendemain  par  matin,  quant  jors  fu  esclairiés, 

est  levés  Alixandres  et  yestus  et  cauciés. 

Far  main  liere  Alixandres  et  a  fait  s'orlsons 
et  quant  il  ot  ouré,  si  digna  ses  faucons; 
et  l'amiral  li  mande  par  vii.  de  ses  barons,  10 

qu'il  11  donra  c.  pales ,  trestous  pains  à  lions 
et  c.  soumiers  cargiés  d'or  cuit  et  de  mangons, 

*  se  li  rende  son  frère  et  ses  autres  barons. 
Alixandres  en  jure  Deu  et  trestous  ses  nous 

que  jà  tant  que  il  puist  caucier  ses  esporons,  13 

des  prisons  que  il  a,  jà  n'ert  pris  raencons; 
il  les  feroit  ancois  tuer  à  ii.  gagnons.* 

Li  mes  s'en  sunt  torné,  si  ont  dit  l'amiral 
que  quan  que  il  demande,  ne  prise  il  i.  al; 
il  les  fera  ancois  tous  tuer  à  u  mai ,  20 

que  de  lor  délivrance  se  meist  en  trfival. 
l'amiraus  li  respont:  „dou  tenir  ne  li  fal. 
F.  63^  „Dame  1'  Dex  me  confunde ,  si  jou  ancois  n'i  al.*' 

Par  main  lieve  Alixandres,  si  corn  li  aube  esclaire, 
desous  i.  olivier  flori  ki  souef  flaire,  23 

est  asis  Alixandres  et  fait  ses  engiens  faire, 
escieles  planeices'  jusc'à  1.  paires 
le  cité  quide  prendra  et  l'amiral  fors  traire, 
sans  engien  le  prendra,  ne  l'atarjera  gaire 
et  porra  séjomer  ens  è  1'  nûUor  repaire.  30 

*  Quant  il  dut  avesprer,  s'assient  au  mengier 
^et  quant  orent  mengié,  si  murent  li  fourrier. 
*li  geudon  furent  bien  jusques  à  v.  millier; 
^por  la  geude  garder  i  vont  m.  chevalier. 
^Lincanors  et  Pilotes  furent  gonfanonier;  33 

*Dans  Clins  et  Tholomes  i  vont  esbanoier, 

*  qu'es  destraignent  et  gardent,  s'es  voient  foloier. 

1)  pn^dré  eaumé  lurwM.     2)  yloieiesê, 

26* 


404  BATAILLE  DE  BABILONE. 

Tout  le  val  Daniel  ont  pris  et  exillié, 
de  proie  et  de  reubes  sunt  venu  tôt  cargié, 
et  cil  de  Babilone  ont  l'amiral  noncié, 
dont  s'en  iscent  trestons  à  ceval  et  à  pié. 
cil  ki  l'amiral  guient  l'ont  si  bien  adrecié  5 

que  ancois  que  Grijois  fuscent  aparillié, 
orent  pris  de  lor  gelde  tote  l'une  moitié. 
Dans  Clins  et  Tholomes  en  sunt  mult  esmaié, 
regretent  Aliiandre  dont  sunt  desconsillié 
que  il  ont  dès  er  soir  as  herbeges  laisié.  10 

,,Signor,  dist  Tholomes,  je  Yoi  une  maison; 
„close  est  toute  de  marbre,  de  cauc  et  de  sablon. 
„une  grant  liue  dure  li  yregies  environ, 
„entrons  nos  là  dedens  et  si  nos  desfendons. 
„i.  des  nos,*por  souscors,  Alixandre  envoion;  15 

„die  que  nos  secorre,  car  mestier  en  avon/' 
trestout  premièrement  a  apielé  Clincon: 
„quar  i  aies,  fait-il,  gentius  fins  à  baron, 
„et  dites  Alixandre  ke  nous  nos  conbaton.'^ 
et  Dans  Clins  li  a  dit:  „or  oi  sens  de'  bricon.  20 

„que  dites  que  jou  aile  por  querre  garison; 
„debait  ait  qui  vint  estre  aillors,  se  ici  non. 
„quant  jou  serai  navrés  è  1'  pis,  sor  le  menton 
„et  mes  escus  ert  frais  et  troés  environ 
„et  le  sans  de  ma  teste  me  corra  au  talon,  25 

„ne  samblerai  pas  hom  qui  viegne  d'orison, 
„n'arai  au  col  pendu  escerpe  ne  bordon; 
„dont  irai  au  souscors,  se  ancois  ne  l'avon.^' 

Tholomes  voit  Dant  Clin  qui  d'aler  n'est  en  grais; 
il  apiela  Pilote,  il  i  vint  à  eslais.  30 

U  a  dit  à  Phiiote:  „biaus  amis,  c'or  i  vais.' 
„li  rois  nos  aidera,  quant  il  sara  le  fais.'* 
Pilotes  li  a  dit:  „or  sui-jou  trop  mal  vais , 
„que  dites  que  jou  aille  et  ilueques  vous  lais? 
„tous  jors  vus  en  haroie,  se  le  disies  mais.  35 

„ne  lairoie  à  férir,  puis  que  jou  su!  si  près, 

1)  eaurlin.  2)  moi  ieneê^u*  à.  3)  Hrê,  di*t  Thohmêêf  f^rDieu^  &t 
iàkê. 


BATAILLE  DE  BABILONB.  405 

,,qiii  me  donroit  tout  l'or  qui  fu  au  roi  Sessers/'  ' 

Thôlomes  a  veu  de  ces  ii.  le  boufoi, 
il  apiele  Ariste,  se  11  dist  en  recoi: 
yyAuriste,  doua  amis,  car  i  aies  au  roi." 
et  il  a  respondu;  ,,non  ferai ,  par  ma  foi.  5 

,,se  de  r  fil  votre  mère  voiles  prendre  soi,^ 
,,vus  ires  è  1*  secors,  qui  estes  en  esfroi." 

Thôlomes  voit  c'a  iii.  ne  pot  riens  esploitier; 
Lincanor  apiela,  faire  en  vot  mesagier. 
„Lincanors,  biaus  amis,  ses  que  te  voel  prier,  10 

„que  tu  ailles  au  roi  por  cel  besoig  noncier. 
,,quant  il  ora  por  coi,  qu'il  nos  venra  aidier.'' 
et  Lincanors  a  dit:  „trop  me  sentes  lanier, 
„por  cou  que  sui  mauvais,  m'i  voles  envoler. 
„se  le  fil  votre  mère  en  voles  consillier,  15 

„vus  meismes  ires  desor  votre  destrier/' 
F.  63*      Thôlomes  voit  des  pers  que  nus  ne  se  remue; 
Antiocun  apele  à  le  teste  cenue; 
soudoiers  fu  au  roi,  néa  fu  de  Val  Grenue. 
„Antiocun,  fait-il,  car  aies  en  l'aiue.''  20 

orgtllouse  parole  U  a  cis  respondue: 
„ahi!  Dans  Tholomé,  quele  m'aves  rendue.' 
„aucune  mauvesté  aves  en  moi  veue, 
„que  dites  que  jou  aille,  corne ^  le  recreue. 
,>ancois  fust  tiere  et  mers  desous  mes  pies  fendue,      25 
„que  jà  ceste  novele  fdst  de  ma  bouce  iscues. 
„quant  mes  escus  ert  frains  et  ma  brogne  vestue,* 
„se  jou  m'en  vois  navrés,  è  V  pug  m'espée  nue, 
„ne  tenra  pas  U  rois  ma  parole  à  falue, 
„quant  jou  li  conterai  que  perte  avons  eue.''  30 

„Signor,  fait  Thôlomes,  or  ne  vus  sai  que  dire; 
„ne  pui  prendre  conroi  que  le  sace  mes  sire. 
„li  amiral  a  ci  amené  son  enpire; 
„por  nos  geldes  c'a  pris,  nos  quide  desconfire. 
„mais  ancois  que  soions  tout  livré  à  martire,  35 

„conbateron  à  lui  et  venderons  notre  ire. 
„as  espées  trancans  les  poons  si  aflire, 
1)  Serêiê.  2)  CMrol.  3)  fUêrêh  m'ooM  mêue.  4)  omm^.  6)  nmfuê* 


406  BATAILLE  DE  BABILONE. 

„quant  istera  de  Y  canp,  n'ara  talent  k'il  rire/' 

„Sire,  ce  dist  Philotes,  ^  or  aves  bien  parlé. 
„ce8te  maisons'  me  vient  à  talent  et  à  gré; 
„por  Tamor  no  signer  qui  tant  nos  a  amé 
,,et  tant  nous  a  à  tous  et  valu  et  douné  5 

„conbaton3  nous  à  aus,  eus, en  sa  féauté/' 
quan  que  dient  entr'aus  a  i.  gars  escoté; 
*  boni  estoit  Tamiral,  se  li  a  tôt  conté; 
Equant  l'amiral  l'entent,  i.  riz  en  a  geté; 
à  une  part  apiele  le  mius  de  son  bamé,  10 

ci  dist  à  soi  meisme:  „cist  Griu  sunt  tout  denré.*' 

„Signor,  dist  l'amiraus»  li  Grijois  sunt  mult  fier; 
„par  le  mien  enciant,  mult  sunt  bon  cheyalier; 
„run  d'ans  ne  pot  pas  l'autre  è  1'  souscors  envoier. 
„se  vif  se  laisent  prendre,  j'en  ferai  eseorcier,*  15 

,,jà  ne  lor  yera^on^  ne  boire,  ne  mangier. 
„se  par  ceste  mesure  les  pooie  engignier, 
,Je  n'en  querroie  plus  à  ce!  jor  gaegnier.'^ 
si  home  11  respondent:  ,>faites  li  euToier, 
^quanque  de  Y  lor  avons,  couperons  nous  mult  cier/'  20 

L'amiraus  i  envoie  Savari  de  Losenge 
qui  de  la  soie  part  U  dist  et  fait  entendre 
que  les  manaidera,  se  vi  se  laisent  prendre; 
et  se  les  prent  par  force,  il  les  fera  tous  pendre* 
^comment,  dist  Tholomes,  me  vient-il  dont  atendre;    25 
„se  par  tans  ne  s'enfuit,  de  nos  l'estuet  desfendre. 
„quanque  de  1'  notre  a  pris,  je  11  euîc  cl  cler  vendre 
„que  U  avoirs  en  ert  au  partir  fors  à  rendre, 
„quant  istera  de  1*  camp  et  il  verra  descendre. 
„mult  plus  que  il  ne  culde,  iert  notre  tiere*  niendre."30 

Li  mes  resunt  monté,  qui*  l'amiral  ont  dit 
que  je  ne  se  rendront,  si  seront  desconfit, 
quant  l'amiraus  l'oi,  k  ses  bomes  en  rit 
et  jure  tous  ses  Dex,  c'onques  tel  gent  ne  vit, 
qui  conbatre  se  voelent  et  si  sunt-ils  petit;  35 

vil.  tans  sunt-ils'  de  gent  qui  trestout  sunt  eslit 

1)  Dtmê  dinê.    2)  rêiOM.    3)  manatdiêr.  4)  veerai.   5)  perte,   6)  «. 
7) 


BATAILLE  DB  BABILONB.  407 

,,Signor/ dist  ramirau8,  ceste  bataille  Yoel; 
„desconfire  me  quident  Grijois  par  lor  orguel 
^aucuns  n'en  estordra,  se  dedens  ne  vus  cuel.  ' 
,,Te8  Lincanor  laiens  qui  s'arme  sour  le  suel; 
,,devant  moi  prist  men  frère,  que  le  virent  mi  oel,        5 
F.  63'  „et  me  donna  tel  cop  que  encore  m'en  dueL 
,Je  ne  puise  passer  de  mon  palais  le  suel, 
„8e  jou  sen  cors  puis  prendre,  l'encauderai  ne  I'  buel.''  ' 

„Signor,  taxi  l'amiraus,  je  vus  prie  et  recort 
„que  de  ceste  batalle  me  dones  tout  confort.  10 

„de  ce  vregier  laiens  voi  iscir  Lincanort, 
„desor  son  ceval  noir,  son  confanon  destort; 
„devant  moi  prist  mon  frère  et  me  dut  avoir  mort, 
„maudient  moi  mi  Deu,  et  men  cief  et  mon  sort, 
„se  jà  de  cest  marcié  envers  II  m'en  acort.  15 

„gardes  qui  1'  "pora  prendre,  que  le  cief  en  aport.'< 

Grijois  se  sont  armé  tos  et  isnelement, 
n'orent.  que  vii.  escieles  qui  mult  furent  polgent, 
et  cil  de  Babilone  s'armèrent  ensement; 
lor  bataille  devisent  et  furent  plus  de  c.  20 

„signor,  dist  Tholomes,  d'une  riens  m'espoent, 
„c'Alixandre8  ne  Y  set,  qui  as  très  nos  atent. 
,Jà  nos  done-il  tout  quan  que  gaagne  et  prent: 
„nos  armes  sont  couvertes  et  d'or  fin  et  d'argent. 
„  et  l'amiraus  nos  mande,  mort  somes  s'il  nos  prent; 25 
„*  or  fera  vilonie  cascuns,  s'il  ne  s'i  venf 

Tholomes  est  armés  è  1'  vair  de  Calidone, 
que  le  teste  t>t  plus  noire  que  n'est  i.  grains  de  poivre, 
se  il  trouvast  à  tans  tous  caus  de  vers  Licome,' 
mult  se  cuidast  cier  vendre,  de  cà  bon  testimone;       30 
mais  ne  furent  que  m.  de  caus  de  Macidone, 
et  bien  Ix"^  de  caus  de  Babilone. 
de  joster  à  mescief  i  ot  mnlt  grant^  essone. 

Quant  li  Ix"^  sunt  o  les  m.  jousté, 
n'i  a  gaires  nul  d'aus,  n'ait  le  sien  enversé.  35 

cui  caut?  car  trop  sunt  poi,  n'i  ont  gaires  duré. 

1)  kim  s  ÈMmêi^oei.    2)  ^§n  emMèrt  m  T  hoéW  3)#'«ifl«il  fiunni,  I 

am  cU  de  la  gulê  ffriyhùuiê.    4)  ne  iinrmU  nui.  , 


408  BATAILLE  DES  DADILONB. 

de  le  noise,  des  cors  et  de  pouvre  leyé» 
et  de  r*  fu  des  cevaus  qui  erent  Iressué' 
este-Yous  l'air  de  Y  ciel  espessi  et  mué. 
à  paines  se  connoissent,  quant  se  sunt  esgardé; 
o  tout  cou  que  il  sunt  de  laste'  mult  grevé.  5 

l'amiraus  i  a  fait  auques  sa  volenté; 
de  caus  qui  pris  n'i  furent,  sunt  liplusior  navré, 
d'une  part  se  sunt  trait  Dans  Clîns  et  Tholomes; 
quant  Tholomes  voit  cou  >qu'il  Font  de  1'  camp  jeté, 
de  le  honte  qu'il  a,  a  si  le  sanc  mué  '  10 

que  è  r  cor»  li  flajele,  dont  a  i.  poi  ploré. 
le  lance  sor  le  feutre,  a  le  vair  galopé; 
è  r  cief  de  la  bataille  a  le  roi  encontre, 
grant  cop  li  a  doné  sur  son  escu  bendé 
que  tout  li  a  fendu  et  l'auberc  dessafré,  15 

.  et  voiant  l'amiral  a  celui  mort  jeté  ; 
iii.  chevalier  s'eslaisent,  dont  li  ii.  sunt  navré, 
*sur  Tholomé  férirent,  mes  ne  l'ont  remué. 

£  r  camp  ù  li  Grîjois  sunt  navré  et  vaincu, 
*  se  desfent  Tolomes  com  hom  de  grant  vertu.  20 

entre  lui  et  Dant  Clin  ont  l'estor  maintenu;   . 
ceP  chevalier  s'eslaisent,  s'ont  Tholomé  féru, 
son  ceval  li  ocient  et  li  ont  abatu. 
à  tiere  ciet  pasmés,  couvera  de  son  escu; 
Dans  Clins  béneist  l'ame  qui  dedans  son  cors  fu,         25 
cuida  >que  il  fust  mors  quant  il  le  voit  ceu , 
ne  puet  mes  endurer,  que  trop  i  a  perdu. 

Dans  Clins  crie  s'ensegne,  ne  pot  avoir  solas; 
se  il  fust  il  et  autres,  u  lui  tiers,  u  lui  quars, 
de  l'aler  en  l'aide  ne  fesist  hui  porcas.*^  30 

il  fut  très  bîen  navrés  en  le  teste  et  es  bras; 
li  escus  de  son  col  resanbloit  d'Alenas,* 
F.  64*    de  son  elme  li  pendent  li  quartier  et  li  las. 
U  amiraus  escrie:  ,Jà  esteries  couars; 
„n'en  sara  hui  par  vous  noveles  li  bastars.'^  35 

et  Dans  Clins  li  respont:  „vu8  mentes,  aire  gars; 

i)  des  eors.    Z)mw€rêé.   3)  ie  êoi.  4)  troi.     5)  pt$Hêi  km  sot^oi. 
6)  êâHlê  i.  viêê  iàUvoê, 


BATAILLE  DB  BADILONB.  400 

,,miilt  sui  ore  dolans  '  quant  doloir'  ne  vus  fas/* 

d'un  tronçon  d'une  lance  lui  a  donné  tel  fias, 

que  iil.  dens  li  dépèce»  dont  Ai  fors  li  esclars. 

l'amiraus  fu  bleciés,  à  tiere  cai  plas;' 

si  home  11  redrecent,  mais  dolans  fu  et  mas.  5 

Dans  Clins  point  le  ceval  qui  plus  va  que  le  pas;^ 

de  r  camp  s'en  est  partis  par  dalés  i.  marcas. 

Dans  Clins  se  part  de  1'  camp,  dolans  et  irascus. 
dusc'au  tref  Alixandre  n'en  est  ses  frains  tenu  ; 
là  s'areste  li  quens,  &  pié  est  descendus.  10 

Alixandres  le  voit,  contre  li  est  venus, 
puis  li  a  demandé:  „ii  fu  li  votre  escus?*' 
et  il  a  respondu  com  hom  aperceus: 
„de  ce  val  Daniel  sui,  n'a  gaires,  iscus. 
„là  s'est  li  amiral  as  fouriers  conbatus.  15 

„tre8tou8  caus  qui  là  erent  aves^  fors  moi,  perdus, 
„quar  l'amiraus  les  a  et*  pris  et  retenus; 
„et  Tholomes  i  fu  laidement  abatus, 
„et  très  par  mi  le  cors  de  il.  espius  férus." 
quant  Alixandres  l'ot,  mult  en  fii  esperdus,  20 

puis  jura  Dame  1'  Deu  et  toutes  ses  vertus, 
se  Tholomes  est  mors  l'amiraus  ert  pendus. 

„Sire,  ce  dist  Dans  Clins,  por  coi  vus  demores?* 
„car  secoures  vos  homes  et  vos  armes  prendes, 
„et  jou  vus  conduirai,  se  croire  me  voles.  25 

„ancois  que  l'amiraus  se  soit  de  1'  camp  tomes, 
„vous  jousteres  à  lui,  se  petit  vus  hastes. 
„grant  ounor  i  ares,  se  vaincre  le  poes." 

—  Dans  Clins,  fait  Alixandres,  ici  vus  demores; 

„ne  venres  pas  en  l'ost,  car  trop  estes  navrés."  30 

—  sire,  CQ  dist  Dans  Clins,  por  noient  en  parles. 
„mi  conpagnon  sunt  pris  et  je  m'en  sui  enblés, 
„et  se  jou  n'i  aloie,  j'ou  seroie  dervés." 

Alixandres  est  armés  et  paf  l'ost  montent  tuit. 
tos  premerains  cevauce  Dans  Clins,  li  fins  Calduit,        35 
*  si  navrés  com  il  est  ens  è  1'  camp  les  conduit. 

1)  mclvet.  2)  Mën,    3)  bai.    4)  o  le  riee  hamoê.    6)  iouê.    6}  de- 
mîêniéê. 


410  BATAILLE  DB  BABILONB. 

par  le  vergier  s'onbroient  et  manjuent^  le  fruit 

et  demainent  entr'aus  grant  joie  et  grant  déduit. 

iluec  Yoelent  atendre  le  froidor  de  le  nuit; 

à  tant  es  vus  le  roi  et  Dans  Clins  qu'es  conduit 

tant  i  sonnent  de  cors  que  tous  li  yaus  en  bruit;  5 

de  caus  de  Babilone  n'i  ot  i.  seul»  je  cuit, 

qui  por  son  cors  garir»  sor  son  ceval  ne  puit. 

et  l'amiral  en  jure   n'i  a  nul,  s'il  s'enfuit, 

qui  à  tout  son  vivant  Babilone  ne  wit, 

*et  cens  de  son  lignage  seront  mort  et  destruit  10 

Quant  Alixandres  vint,  qui  dont  veist  les  Gris, 
onques  Dei  ne  ibt  homme,  tant  soit  poesteis, 
s'il  les  ataint  a  cop  que  ne  soit  mors  u  pris, 
li  rois  vint  tous  premiers,  de  mautalent  esprîs, 
et  l'amiral  guencist  com  hom  amanevis;  15 

mervUlous  cop  li  done  desor  son  escu  bis 
que  li  trous  de  la  lance  le  fiert  en  mi  le  pis; 
il  l'enpaint  par  vertu,  si  li  toit  les  estris. 
l'amiraus  ciet  à  tiere,  cil'  a  le  ceval  pris. 

Dans  Gins  prent  le  ceval  com  hom  aperceus;  20 

quant  le  tint  par  les  règnes,  ne  se  contint  pas  mus 
et  dist  à  l'amiral:  „or  iestes  vous  cens, 
F.  64^  „Alixandre8  li  rois  vous  monstre  ses  vertus; 

„mius  vus  venist  encore  que  n'i  fuscies  venus. 

„o  le  ceval  m'en  vois  dont  estes  abatus/'  25 

Nabusardans  Toi,  mult  en  fu  irascus; 

il  broce  le  ceval  des  esporons  agus, 

l'amiral  fet  monter  è  1'  bai  qui  fu  kenus' 

et  cil  de  Babilone  ont  si  lor  sens  perdus 

que  onques  d'ans  desfendre  ne  fu  nus  pies  tenus;       30 

tout  droit  vers  Babilone  vont  lor  cemins  batus. 

quant  l'amiraus  les  voit»  tient  soi  à  confundus; 

de  toutes  pars  esgarde  et  voit  fuir  ses  drus. 

bien  set  se  il  demeure,  pris  est  et  retenus; 

à  le  fuie  s'est  mis,  car  li  cans  est  vencus.  35 

Or  s'en  va  l'amiraus  tout  iluec*  son  bamois; 

1)  MMiil  êi  demtnênt  §rmU  kndi      ei  ^esbanoieni  là  ei-  mm^ni, 
2)  CUm.    3)  grenue,     4)  i  M#l. 


BATAILLB  DB  BABILONB.  411 

de  caofl  de  Babilone.  s'en  Tont  li  plus  eortois» 

et  Grqois  les  encaucent  à  ceyaus  qui  sunt  frois. 

de  lor  espées  nues  les  fièrent  de  manois; 

onques  n'est  ^  pot  tenir  ne  bare,  ne  defois» 

à  rentrer  de'  la  vile  dont  li  murs  sunt  espois,  5 

les  amainent  ferant  et  bâtant  iii.  et  iii.; 

les  portes  de  la  yile  coulèrent'  li  boijois; 

mult  en  est  eoreciés  Alixandres  li  rois; 

fait  sonner  le  retrait ,  si  s'en  toment  manois. 

Alixandres  s'entorne .  quant  il  voit  aresprer;  10 

en. son  tref  descendis  si  se  fait  d,ésarmer. 
des  barons  c'ot  perdu  se  prist  à  desmenter, 
li  cuers  li  atenrie,  si  commence  à  plorer. 
Dans  Clins,  li  fins  Caldui»  l'est  aies  conforter. 
»,sire,  ce  dist  Dans  Clins,  ce  duel  laisies  ester.  15 

„onques  en  grant  duel  faire,  ne  Yi  riens  conquester  ; 
^faites  querre  les  mors,  s'es  ferons  entierer, 
„et  les  navrés  feres  à  yos  mires  saner. 
,,à  prendre  Babilono  poes  bien  recouvrer/^ 
—  Dant  Clin,  fait  Alixandres,  mult  saves  bien  parler.  20 
„de  cou  que  .vus  me  dites,  me  convient  à  penser; 
,4ou  ferai  votre  los;  n'i  voel  plus  demorer.'^ 

„Sire,  cou  dist  Dans  Clins,  cou  est  mult  grant  confors 
„que  Aristes  est  vis.  Pilote  et  Lincanors. 
„et  cil  qui  iront  querre,  aient  aighes  en  lor  cors,       25 
„que  ne  soient  estaint  por  le  caut  qui  est  fors.'' 
„et  erent  o*  Tholomé  i.  petit  bors*  des  mors; 
^envers  estoit  ceus,  sor  l'escu  de  marmors,* 
„de  caus  de  Babilone  i  laisa  tant  de  mors 
„que  ses  cevaus  estoit  è  1*  sanc  duse'as  argors.  30 

Li  rois  i  envola  et  le  camp  (ait  cierkier; 
les  mors  et  les  navrés  truevent  par  le  vergier. 
grant  pièce  loing  des  autres,  le  trait  à  i.  arder, 
ont  trouvé  Tholomé  sous  l'ombre  d'un  lorier; 
couvert  de  son  escu,  ne  se  pooit  aidier;  35 

à  boire  li  douèrent  por  le  calour  laisier, 

1)  m'tê.     Z)  mUrui  t^a.     3)  ont  eloêês.     4)  tvierêtU,     5)   Urne. 
6)  Mmroê, 


412  BATAILLE  DE  BABILONB. 

*  à  ii.  cheyaus  li  font  i.  lit  aparillier; 
droit  au  tref  Alixandre  portent  le  chevalier. 
Alixandres  le  voit,  n'i  ot  que  courecier, 
puis  a  dit  à  i.  mirre:  „pense  de  l'esploitier; 
,,plu8  te  donrai  trésor  que  n'oseras  baillier."  5 

et  cil  a  respondu  :-  „ne  vus  estuet  plaidier, 
„tout  san  le. vus  rendrai,  ancois  i.  mois  entier/' 
Par  devant  Babilone,  à  mont  par  devers  bise, 
sor  l'aige  de  Cobar  qui  le  tiere  devise, 
iii.  liues  environ  ont  le  vile*  porprise.  10 

tous  li  mons  le  siuoit  par  sa  très  grant  francise; 
F.  64*  li  i.  por  sa  largesse,  Tautre  por  sa  justice, 
larges  est  Alixandres,  sans  nule  convoitise; 
por  cou  a  tout  le  mont  et  le  gent  si  aquise 
que  nus  ne  vint  partir  de  lui  en  nule  guise.  15 

li  rois  ist  de  son  tref,  vestus  d'une  cemise 
et  par  desous  avoit  une  pelice  grise; 
esgarde  se  mesnie  bêlement,  sans  cointise 
et  a  dist  Ariste:  „nule  autre  manandise 
„qu'il  ait  en  tôt  le  mont,  n'ain-jou  tant,  ne  ne  prise    20 
„que  par  aus  sui  doutés  et  tous  mes  voisins  brise. '^ 

„Ariste,  fait  li  rois,  mult  par  ai  grant  leecce, 
„quant  jou  vois  me  mesnie  plaine  de  grant  vivece,' 
„onques  riens  ne  perdi,  certes  por  lor  proecce;  ' 
„cis  amiraus  est  faus  quant  il  vers  moi  se  drece.  25 

,Je  li  tenrai  si  cort  si  comme  ce  val  on  crece, 
„ne  li  lairai  de  tiere  vallant  i.  grain  de  vecce.*' 

—  sire,  fait  Aristes,*  est  ains  mult  grant  noblece; 
„qui  a  i.  anemi,  mult  volentiers  le  blece.'' 

—  Aristes,*  fait  li  rois,  dit  aves  grant  proecce;  30 
„le  roine'  d'Egipte  vus  doins  et  se  rikecce.*' 

—  par  foi,  dist  Aristes,  ci  a  mult  grant  hautecce.*^ 
au  pié  li  volt  aler,  quant  li  rois  le  redrece. 

Le  roine  d'Egypte,  le  ceptre  et  le  coronne 
et  trestoute  le  tiere  deçà  par  devers  nonne,  35 

Alixandres  11  rois  à  Tholomé  le  donne. 

1)  #*«#!  iogiiê   H  kam  rot#  fin  U  tere  ot    2)  vi9Ue:    3) 
4)  TMmêê.    5)  roUlme. 


BATAILLE  DE  BABILONB.  413 

mult  est  sages  li  rois,  les  autres  araisone. 

„malt  puet  estre  dolans,  si  com  la  lettre  sone, 

„li  hom  qui  premiers  ya^  et  en  après  catone.'^ 

après  parla  k  dus  qui  fu  nés  de  Calone:' 

„que  vaut  commencement,  se  li  fins  ni  est  bone?         3 

nsenrices  sans  eur  ne  vaut  une  escalone, 

„quar  Salemons  le  dist  en  son  livre  et  sermone.'' 

Asses  i  ont  parlé  et  derier  et  devant, 
li  plusior  de  folie,  de  savoir  li  auquant, 
„signor,  dist  Alixandres,  oes  que  jou  commanL  10 

„demain  soies  levé  à  l'aube  aparissant, 
„conraé  de  vos  armes  comme  gent  conbatant; 
„quar  ne  vauroie  mie  que  Tamiraus  se  vaut, 
„*que  je  perde  par  lui  la  monte  d'un  besanL" 
lor  parole  ont  fine,  si  Tout  laisié  à  tant.  15 

il  a  demandé  Tiave,  on  li  porte  devant; 
ses  mances  tout  por  Tiave  '  11  tienent  doi  enfant, 
quant  li  rois  ot  mangié,  s'apielaElinant; 
por  lui  esbanoier  li  commande  que  cant 
cU  commence  à  canter  issi  com  li  gaiant  20 

vaurent  monter  au  ciel,  comme  gent  mescréant. 
entre  les  Dex  en  ot  une  bataille  grant; 
se  ne  fust  Jupiter,  o  se  fundre*  bruiant 
que  tous  les  detrenca,  jà  n'eusent  garant, 
quant  Alixandres  Tôt,  si  respont  en  riant:  23 

„quant  li  sires  vaut  auques,  si  home  en  sunt  vallant.*' 

Li  rois  se  va  coucier  à  déduit  et  à  joie; 
sour  lui  ot  estendu  i.  couvertoir  de  soie, 
par  matin  est  levés  por  esploitier  sa  voie; 
ses  escieles  devise,  -toute  se  gent  conroie.  30 

Tholomes  va  avant,*  mult  doucement  li  proie 
que  Tangarde  li  donc  et  li  rois  li  otroie. 
„mais  gardes,  fait  li  rois,  que  n'i  cores  fl  proie; 
„trop  ai  or  et  argent  et  denier  et  monnoîe. 
„poi  pris  l'autre  gaag,  se  la  cités  est  mole.'*  33 

—  sire,  fait  Tholomes,  fos  est  qui  vous  guerroie.'' 
F.  64'       Li  rois  fait  cors  sonner  et  li  grans  os  s'esfroie. 

1)  eorî.    2)  ^BêCâlone.    3)  Imi  eam  Itnê.    4)  /btuTr^.    6)  if  ils. 


414  BATAILLE  DE  BABILONE. 

Alixandres  cevauce  qui  pas  ne  se  desroie, 
Lincanor  apela  ki  le  crine  ayoit  bloie, 
puis  li  dist  en  riant:  „se  Dame  1'  Dex  me  voie; 
„qiii  quert  autre  rikecce,  malement  ss  desroie/* 

Ensi  com  Alixandres  l'ot  conunandé  le  nuit,  5 

levèrent  par  matin  et  si  s'armèrent  tuit; 
es  cars  et  es  caretes  sunt  li  angien  conduit, 
et  li  autre  soumier  n'alèrent  mie  mi] 
*  ancois  portent  le  pain  et  le  Tin  et  le  fruit 
quant  l'os  dut  aprocier,  de  cors  i  ot  tef  bruit;  10 

Alixandres  s'apuie  sor  Clin  le  fil  Caldnit, 
se  11  dist  en  riant:  „or  Yoi  le  mien  déduit, 
„quant  Toi  me  gent  armée  qui  por  nului  ne  fiiît.'' 
Dans  Clins  a  respondu:  „sire,  ne  tus  anuit; 
„Tus  dites  Térité  et  jou  mult  bien  le  cuit.     '  13 

„gent  qui  ont  bon  signor,  ne  seront  jà  destruit/' 

Alixandres  monta  è  Y  destrier  Castelain; 
il  esfoit  trestous  blans,  por  cou  claiment  aubain. 
conreés  de  ses  armes,  roriflambe  en  se  main. 
dcTant  lui  fait  sonner  se  buisine  d'arain;  20 

ces  Talées  résonnent  et  li  tsI  et  li  plain, 
dusques  en  Babilone  Toirent  li  citain. 
adonques  sorent  bien  et  furent  tout  certain 
qu'il  aroient  le  siège  anque  nuit,  u  demain. 
Tbolomes  et  li  sien  qui  ne  sunt  pas  Tilain,  25 

por  faire  l'aTan-garde  ceTaucent  premerain; 
après  Tont  li  soumier  qui  portent  Tin  et  pain. 

Ce  fil  è  r  mois  de  Mai  que  florisent  gardin, 
que  cil  oiselet  cantent  souef  en  lor  latin. 
souTcnt  est  coureciés  qui  a  mauTais  Toisin,  30 

Famiraus  se  gisoit  sor  i.  perron  marbrin, 
par  deTant  le  palais,  desous  l'ombre  d'un  pin; 
quant  il  ot  le  nouTiele,  mande  par  i.  deTin; 
por  faire  sacreflxe  Tont  au  temple  Apolin. 
i.  tor  i  amenèrent  plus  de  x.  Sarrasin;  35 

quar  de  celé  bataille  Toelent  saToir  la  fin. 

Li  clers  fu  nés  d'Egypte,  bon  ne  sot  plus  de  sort 
et  es  respons  as  Dex  se  floit-il  mult  fort. 


BATAILLE  DE  BABH^ONB.  4|5 

le  sacrefixe  a  fait  lés  le  temple,  en  i.  oit; 

une  vois  Tint  de  Y  temple  qui  issi  d'un  regort 

et  dist  à  l'amiral:  y,nouYele  vus  aport. 

„yus  ares  muH  grant  droit  et  Alixandres  tort; 

,,mais  de  cou  ne  tus  caut,  Tenus  est  à  sa  mort.  5 

y^mais  comment  il  morra,  noient  ne  tus  recort«'' 

quant  l'amiraus  Toi,  si  ot  mult  grant  confort 

et  a  dit  à  Sorin,  i.  roi  de  dcTers  Nort: 

„Apolins*  m'a  mandé  que  jou  me  reconfort , 

„qu' Alixandres  ert  pris  et  tout  si  home  mort"  10 

Sorins  fu  rices  home,  rois  des  AmorsTis, 
et  ot  en  sa  conpagne  plus  de  m.  Arrabis; 
n'en  i  aTdt  i.  seul  ne  fust  preus  et  hardis. 
Sorins  parla  premiers  com  chcTaliers  gentis 
et  dist  à  l'amiral:  ,,tous  soies  tus  hounis  15 

„se  faites  malTCs  plet;  dont  n'estes  bien  garnis 
„de  pain,  de  Tin,  d'aTaine,  de  Taces,  de  brebis, 
„cheTalier8  et  serjans,  preus  et  amancTis; 
„de  trestout  cou  estes-TUS  bien  garnis, 
„*  Tenus  est  à  sa  mort,  li  Diex  n'i  ert  faillis.  20 

„car  i.  de  ses  respons  ne  fu  onques  desdis/' 

Or  a  parlé  Phales  qui  d'Egypte  fu  sire, 
et  a  dit  l'amiral  tôt  bêlement,  sans  ire: 
F.  65*  „tant  aTcs  chcTaliers  caiens  de  tos  mesnie; 

„ce  sera  gran  menrelle,  se  tus  puet  desconfire.  25 

„Tus  aTCS  tel  cité  qui  a  en  Tis  enpire; 

„mande6  i.  capelain,  faites  i.  brief  escrire, 

„et  quant  il  ert  escris  et  seelés  en  chire; 

„se  truist  ens  Alixandres,  quant  il  le  fera  lire, 

„se  n'ist  de  Tolre  tiere,  liTrés  ert  à  martire,  30 

„n'i  ara  nul  des  siens  qui  n'ait  mestier  de  mire/' 

Puis  parla  Macabrins  qui  fu  roi  de  Nubie; 
toute  le  jouene  gent  aToit  en  sa  baillie, 
Talles  ert  et  s'a  mult  pris  de  ceTalerie, 
et  dist  à  l'amiral:  „ce  ne  tus  los-je  mie,  35 

„que  on  jà  i  enToit,  car  ce  seroit  folie. 
„Alixandres  est  près,  ci  a  liue  et  demie; 
1)  MëhûmM. 


416  BATAILLE  DE  DABILONB. 

„iii.  tans  aves  de  gent  millor  et  plus  hardie. 

,,que  jà  le  requerra,  Apollins  le  maudie. 

,»alons  nous  ent  vers  lui  à  bataille  furnie; 

»,yenus  est  à  sa  mort,  sa  gens  sera  honnie. 

,,li  parole  no  Dea  ne  sera  jà  falie.  5 

„Alixandres  est  plains  de  mult  grant  fléonnie; 

,»il  n'aregne  nului,  ne  nului  ne  deafte, 

„ains  vint  de  tout  le  mont  avoir  la  signorie. 

,Jà  n'i  envoieres,  coi  que  Fales  vus  die.*' 

Lors  se  dreca  en  pies  Saligos  li  barbés;  10 

rois  estoit  de  Saba;  c.  ans  avoit  pasés. 
sages  fu  de  consel  et  par  armes  dotés, 
et  dist  à  l'amiral  :  ,,i.  petit  m'entendes. 
„Phales  a  mult  bien  dit;  i.  brief  i  trametes 
„par  ii.  de  vos  barons  ricement  atomes,  15 

„que  wide  notre  tiere  et  nôtres  iretés; 
„et  se  cou  ne  yiut  faire,  ore  le  desfies, 
^chevaliers  aves  bons,  hardis  et  adurés; 
„cou  qu'Apolins  a  dit  se  ce  est  vérités, 
„dont  sai-jou  que  U  ert  u  mors  u  afolés.  20 

„il  cuide  avoir  Persans  et  Indiiens  trovés, 
„mais  il  n'i  para  mie,  se  à  nous  ert  joustés. 
„as  brans  d'acier  forbis  ert  ses  orgius  matés.*^ 

Au  consel  Saligot  se  tienent  li  baron, 
et  l'amiraus  meisme  loe  ceste  raison.  ^  23 

il  en  a  apielé  Acarin  et  Sanson; 
cil  erent  chevalier,  andoi  de  sa  maison, 
le  brief  a  fait  escrire  sans  noise  et  sans  teneon 
et  dedens  le  seel  a  mis  le  quaregnon; 
mais  ne  li  mande  mie  point  de  delision,  30 

mais  selonc  se  déserte  li  mande  guerredon; 
et  en  après  li  mande  par  grant  aatlson: 
„Alixandre,  or  entent.  Sus  au  roi  Felippon. 
,Jou  te  manc  et  commanc,  n'i  fai  arestison; 
„va-t-ent,  hui  u  demain,  hors  de  ma  région.  35 

„et  se  tu  ne  1'  vins  faire,  je  jur  mon  Deu  Mahon, 
„venus  ies  à  ta  mort,  à  fe  conAision 
„et  te  gens  est  venue  à  grant  perdition. 


lATAiUiE  M  BABILONB.  4t7 

„ce  ne  sunt  pas  Yndois,  ne  Persant  li  félon 
„qui  lor-  signor  Daire  ocisent  en  traiaon/' 

Quant  cil  orent  oi  le  commant  l'amiral, 
il  furent  mull  sage  home  et  cortois  et  loial. 
apparillier  se  Tont  ambedoi  li  yasal,  5 

cescuns  d*aus  a  vestu  i^  bliaut  de  cendal; 
afulés  ont  mantiaus  de  pale  emperial. 
lor  palefrois  amainent  lor  escuier  loial; 
F.  65^  li  lorain  et  les  sieles,  li  bouton  de  Y  poitral 

sunt  tout  fait  à  or  fin,  de  pieres  de  cristal.  10 

bien  sunt  apparillié  ambedoi  li  yasal; 

le  congié  demandèrent,  n'i  font  plus  lonc  estai. 

montent  es  palefrois  et  iscent  dou  portai, 

et  fait  traire  cascuns  devant  soi  L  cevaL 

Alixandres  estoit  lés  le  plain,  es  costal;  15 

enyiron  lui  estoient  si  baron  natural 

et  faisoit  i.  tref  tendre,  que  li  caus  li  fait  mal. 

Li  pavillons  le  roi  sist  sor  une  fontaine 
qui  sort  dou  cief  de  Y  val,  si  est  et  douce  et  saine, 
de  Tost  fu  contre  val  la  rivière  si  plaine  20 

que  sorveoir  les  porent  li  mesage  à  grant  paine. 
Tholomes  et  «a  gent  qui  n'est  mie  vilaine, 
cil  se  .sunt  herbregié  vers  le  tiere  foraine 
et  voient  le  cité  dont  li  mur  sunt  d'araine, 
le  caroi  devers  Tiave  qui  le  vitalle  maine,  25 

le  pain,  le  vin,  le  car,  le  forment  et  l'avaine; 
le  mesnie  areste,  icele  fu  daraine. 

Tolomes  premerains  en  Tangarde  est  montés, 
ensamble  o  lui  mena  xx.  chevaliers  armés, 
les  mesages  roiaus  a  premiers  esgardés,  30 

puis  lor  a  demandé:  „dont  lestes,  ù  aies?'' 
Acarins  fu  mult  sages  et  chevaliers  membres, 
il  li  a  respondu:  „vu8  le  sarès  ases; 
„de  Babilone  somes  qui  est  mult  fors  cités, 
„messagier  l'amiral  qui  sire  en  est  clamés.  35 

„i.  brief  nos  a  cargié,  votre  roi  ert  portés; 
„or  vus  proi  par  amor,  dusc'à  li  nos  menés. 
„quant  li  bries  l'amiral  li  sera  présentés 

U  Eovwuu  ifAnxÊÊin.  ^^ 


418  BATAILLE  DE  BABILONB. 

„et  il  Tara  fait  lire,  adont  savoir  pores 

„que  l'amiral  li  mande,  se  savoir  le  voles." 

Tholomes  li  a  dit:  „bon  conduit  i  ares/' 

dusc'à  r  tref  Alixandre  les  a  tous  ii.  menés; 

cil  ont  lor  palefrois  as  escuiers  livrés.  5 

Alixandres  estoit  en  son  tref  aceutés 

et  ot  environ  lui  de  ses  millors  privés; 

Acarins  a  parlé,  ki  fu  preus  et  sénés. 

„Mabomme,  li  grans  Dex  qui  tous  nos  puet  sauver, 
„qui  fait  quaut,  quant  il  viut  et  quant  il  vint,  gieler,    10 
»,et  Apolins  li  Dex  qui  aine  ne  vot  fauser, 
„qui  les  respons  li  dist,  que  n'i  viut  demorer, 
„icelui  devons  nous  et  croire  et  aourer; 
„il  gart  notre  amiral  de  mort  et  d'afoler." 

„0r  entent,  Alixandre,  que  te  mande  mes  sire;        15 
„il  t'envoie  i.  brief,  seelés  est  en  cire; 
„par  conseil  de  ses  houmes  li  fist  faire  mes  sire. 
„fai  le  seel  brisier  et  fai  les  lettres  Jire, 
„et  se  ne  le  vins  faire,  ice  te  puis  bien  dire: 
„se  ne  màes  sa  tiere,  tu  en  seras  li  pire,  20 

„et  trestoute  ta  gent  en  recevront  martirc.** 
quant  Dans  Clins  Ta  oi,  de  mal  talent  sospire, 
et  Tholomes  meismes  en  commença  à  rire. 
Alixandres  Toi,  si  coumenca  à  dire: 
„gardes,  fait-il,  signor  n'i  ait  corons,  ne  ire."  25 


MESSAGE  DE  L'AMIRAL 

€1  dtot  si  eom  11  amlraus   de  Perse  eiiTola  à  jàll- 
^       XAudre  unes  lettres  par  Aearin  et  flauffon* 

F.  65^       Li  roîs  a  pris  les  lettres»  s'en  brisse  le  saiel; 
quant  ot  lire  les  lettres,  si  rist  sous  son  mantel 
et  a  dit  as  mesages:  „j'ai  veue  le  piel; 
„ramiraus  me  manace  de  mort  par  son  revel. 
^montes  es  palefrois,  n'i  ait  mes  autre  apiel,  5 

„et  dites  l'amiral:  Tenus  sui  de  nouviel. 
^demain  par  matinet  passerons  le  moncel, 
»,et  prendrai  le  cité  dont  li  portai  sunt  biel. 
„ne  li  lairai  après  ne  dognon,  ne  casliel; 
„tel  parole  m'a  dite  dont  il  ment  è  1'  musiel.  10 

»,se  le  tieg  en  bataille,  se  n'a  ceval  isniel, 
„de  m'espée  trancant  li  donrai  tel  eenbiei 
„dont  il  ara  sanglent,  je  quic,  le  hateriel. 
„jou  ne  m'en  irai  mie,  ne  jou,  ne  mi  dansiel, 
„desi  que  j'aie  prise  le  fort  tor  de  Babel  15 

„que  firent  li  gaiant  de  cauc  et  de  quariel.*' 

Li  mes  s'en  sunt  iscu;  pris  sunt  li  palefroi. 
Acarins  fu  mult  sages  et  cortois  de  sa  loi 
et  dist  à  Tholomé:  „biaus  sire,  entendes  moi. 
„YUs  nos  aconduisistes  bêlement,  sans  desroi;  20 

„or,  nous  raconduies."  et  cil  dist;  ,je  l'otroi.** 
plus  de  liue  et  demie  les  conduist  sans  esfroi 
et  furent  avoec  lui  chevalier  xx.  et  iii. 
Tholomes  s'en  retorne  et  cil  en  vont  leur  voi. 

27* 


420  MESSAGE  DE  L'AMIRAL. 

li  i.  dit  à  Tautre:  „ci  a  orgillous  roi; 

„8i  homme  l'aiment  mult  et  de  cuer  et  de  foi. 

„8i  com  il  nos  a  dit  et  jou  très  bien  le  croi, 

,»nou8  arons  le  matin  i.  orgillous  bufoi/^ 

Li  mes  se  sunt  venu  en  Babilone  errant;  5 

ce  fu  i.  mult  petit  devers  solel  coucant 

et  voient  l'amiral  desour  i.  pin  séant 

li  mes  sunt  descendu,  Acarins  va  avant; 

par  devant  l'amiral  descendi  en  estant. 

„sire,  nous  avons  fait  mult  bien  votre  conmiant.  10 

„orgillous  est  li  rois,  cevalerie  a  grant; 

„il  vus  mande  au  matin,  par  son  l'aube  aparant, 

^devant  votre  cité  venront  se  gent  poignant. 

„tel  parole  aves  dite  dont  il  dist  en  riant: 

„s'il  vus  trueve  en  bataille,  tel  vus  donra  d'un  branc    15 

„que  de  perdre  le  teste  n'avères  jà  garant'* 
Après  a  parlé  Sanses:  „sire,  ne  gabes  mie; 

„Alixandres  est  fiers  et  se  gens  est  hardie. 

„s'il  ne  vous  a  menti,  ne  laira  ne  vus  die:    - 

„Babilone  sera  par  matin  asalie;  20 

„il  l'ara,  se  il  puet,  par  tans  en  sa  ballie. 

„tel  parole  aves  dite  dont  il  mult  vus  desfie, 
„8e  il  vus  puet  tenir,  il  vus  torra  la  vie; 
, Jamais  ne  finera,  ne  se  cevalerie, 
F.  65'  „desi  que  de  Babiel  ara  la  tor  saisie  25 

„que  firent  li  galant  par  lor  grant  dierverie.'' 
quant  l'oi  Macabrins,  mult  hautement  s'escrie: 
„teus  rois  fait  à  loer,  se  Dex  me  béneie, 
„qui  vint  de  tout  le  mont  avoir  la  signorie." 

Li  amiraus  estoit  desous  l'ombre  d'un  pin  30 

et  entour  lui  estoient  tel  xxx.^  Sarrasin; 
n'i  avoit  nul,  n'eust  bon  peh'con  bermin. 
li  amiraus  estoit'  sour  i.  perron  marbrin 
qui  à  iii.  caines  ert  ataciés  d'or  fin. 
Macabrins  se  dreca,  mult  i  ot  bel  mescin;  35 

jouenes  ert,  si  fu  rois  de  V  règne  Outremarin, 
en  sa  conpagne  furent  xx"*  Barbarin. 
1)  X  m.    2)  ^oiiêt. 


MESSAGE  DE  L'AMIRAL.  421 

quant  il  oi  parler  Sanson  et  Acarin, 

il  sace  les  atacea  de  son  notantiel  porprin; 

parla  Sarrasinois,  ne  sot  autre  latin, 

et  dist  à  l'amiral:  „crees  bien  Apolin, 

„quar  mult  par  a  en  lui  bon  Deu  et  bon  devin.  5 

^^scons  de  la  cité  tout  armé  le  matin, 

y.alons  contre  Alixandre  tout  le  batu  cemin, 

„*combatons  nos  à  lui,  si  le  traions  à  fin. 

„qui  laira  ce  consel,  je  le  tieng  à  frarin.'* 

„Sire,  dist  Salîgos,  je  sui  de  grant  aage;  10 

„si  ai  oi  parler  et  maint  fol  et  maint  sage. 
„Macabrins  est  valles,*  si  a  légier  corage, 
„8i  Tient  en  Babilone  mostrer  son  vaselage; 
„se  vus  i  conbates,  orgius  sera  et  rage; 
„et  se  vus  i  aves  ne  perte >  ne  damage,  15 

„teus  le  pora  oir  qui  en  dira  outrage. 
„Babilonne  est  mult  forte,  si  sera  lonc  à  âge;' 
^tost  ferons  pais  à  lui  par  aucun  avantage, 
„u  nous  querrons  acort  par  aucun  mariage; 
„ta  fille  li  donras  qui  est  de  haut  parage.  20 

„s*il  s'en  estoit  aies,'  mais  k'il  eust  ostage, 
,^h  n'aront  puis  de  V  votre  le  monte  d'un  froumage; 
„ne  poroit  asambler  si  tos  son  grant  barnage, 
„ne  revenir  jamais  en  ce  pais  sauvage; 
„quar  li  destroit  sunt  grief  et  sunt  fort  li  passage.*'      25 

En  après  Saligot  en  a  Grates*  parlé; 
icis  fu  flus  de  mère*^  de  mult  grant  parenté, 
en  sa  conpagne  furent  plus  de  vii"«  armé, 
et  dist  à  Saligot:  „or  vus  ai  ascouté. 
,Jà  par  mi  ne  sera  icou  acréanté,  30 

„que  nous  laions  encore  câ  dedens  la  cité; 
„quar  il  nos  tomeroit  à  honte  et  à  viuté. 
„por  c'a  dont  l'amiral  si  grant  pule  mandé? 
„en  a  dit  ApoUins  lu  tous  tans  dist  verte, 
„que  il  en  Babilone  perdroit  sa  poesté.  35 

„venus  ert  à  sa  mort,  jà  n'en  ert  trestomé. 

1)  mwii  Jontê.     2)  fen  ione  êêtoge,     3)  voMi  aier.     4)  Cr^es, 
5)  Meke. 


422  MESSAGE  DE  L'AMIRAL. 

„au  matin,  parson  l'aube,  soions  tout  apresté 

„et  si  iseons  là  fors  tout  rengié  et  sîeré. 

„et  se  nous  en  bataille  soumes  à  aus  jousté, 

„jou  quic  que  cest  besoig  arons  tost  afiné." 

li  chevalier  se  rengent,  qui  mult  Font  désiré:  5 

„ce  consel  loons  tout  que  Crates  a  douné." 

Or  se  sunt  afié  à  conbatre  demain. 
Tamiraus  apiela  i.  sien  provost,  Soutain,* 
et  après  Torquentin,  i.  sien  cousin  germain. 
„jou  voel  que  vus  soies  au  main  roi  castelain;  10 

„de  le  cité  garder,  de  cou  soies  ciertain 
,,que  ne  nos  puist  tenir  por  fol  ne  por  vilain.*' 
F.  66^   atant  en  est  tournés  en  son  palais  autain; 
ricement  fu  servis  de  vin,  de  car,  de  pain, 
tantos  com  il  fu  jors  et  trestout  li  citain  I5 

et  Famiraus  meisme  s'en  isci  hors  au  plain; 
mais  li  rois  et  li  conte  iscirent  premerain. 

L'amiraus  voit  ses  hommes  tous  semons  de  bataille, 
primes  les  chevaliers  et  apriès  le  rigaille. 
mult  heent  Alixandre  qui  tant  fort  le  travalle,  20 

n'ont  soig  que  les  encloe,  ne  laiens  les  travaille; 
il  ne  redotent  gaires  li,  ne  sa  peounalle; 
en  Apolin  se  fient  et  en  sa  devinalle. 
il  demande  ses  armes,  i.  chevaliers  li  balle; 
il  vesfi  i.  bauberc,  si  lace  le  ventaille,  25 

puis  a  lacié  son  elme,  por  férir  ne  fist  faille. 

Un  ceval  li  amainent  en  le  place  devant, 
couvera  fu  d'une  porpre  mult  rice  et  avenant, 
frain  i  ot  ases  bon  et  biel  et  avenant; 
une  siele  ot  è  1'  dos  que  fisent  doi  gaiant.  30 

les  oevres  erent  faites  de  l'os  d'un  olifant, 
l'amiraus  i  monta  et  a  dit  en  riant: 
„Alixandre8  est  fos»  s'il  me  tient  por  enfant, 
„qui  cuide  avoir  ma  tiere  trestout  à  mon  vivant. 
„se  il  a  chevaliers  et  jou  en  ai  autant;  35 

„se  li  sien  sunt  hardi  et  li  mien  conbatant. 
,Je  ne  l'amerai  mie  demi  pié,  ne  plain  gant; 
1}  freêtrt  gorain. 


UB8SAGB  DB  L'AUIRAL.  423 

,,¥6008  est  à  sa  mort,  signor,  por  cou  me  vant. 
„ApolliDS  le  me  dist,  lui  en  trai  à  garant/' 

L'amiraus  fu  mult  preus  et  le  corage  ot  fier» 
por  cou  IlII  voit  ses  hommes  de  bataille  aflcier. 
par  son  droit  non  apele  Macabrin  le  légier,  *  5 

que  de  cevalerie  avoit  grant  désirier; 
son  hardement  voloit  prover  et  essaier: 
..prendes,  dist-il,  tos  armes,  montes  sor  yo  destrier, 
„menes  ensamble  o  vus  le  rice  duc  Gaifier»^ 
,,et  en  votre  conpagne  seront  vo  chevalier.  tO 

,,puis  prendes  celé  angarde,  là  sus  en  cel  rocier; 
„se  vees  Tost  venir,  se  Y  me  venes  noncier; 
„mes  escieles  voirai  et  sierer  et  rengier/' 
Macabrins  s'entorna  tout  le  cemin  plenier; 
après  dist  tel  parole,  bien  le  deust  laisier:  15 

„ciertes  or  me  deusent  li  roial  aprocier, 
„et  que  se  il'  nos  pueent  de  Tangarde  cacier, 
„entr'au8  se  poront  bien  et  vanter  et  prisier. 
„*jamais  à  haute  table  ne  devroie  mangier, 
„et  nos  deveroit-on  tous  à.  bouce  mangier,  20 

„8ans  table  et  sans  touaile  tout  à  val  le  fouler/' 
ce  nos  dist  Salemons,  bien  le  puis  tesmogner, 
souvent  s*esjoit  mains  hom  contre  son  enconbrier. 
Tholomes  Ten  fist  puis  le  jour  tôt  niencognier, 
quar  à  v^*  des  siens  li  fist  le  camp  widier;  25 

tel  c.  i  sunt  ceu,  ne  se  porent  aidier. 

Macabrins  s'aresta  très  en  mi  le  cemin, 
li  dus  Crates  o  lui  et  x«-  Sarrasin, 
*lor  ensegnes  escrient,  tôt  droit  dalés  i.  pin. 
Alixandres  li  rois  fu  levés  par  matin  30 

vestus  d'une  cemise  deliié  de  lin, 
et  caucés  unes  cauces  de  pale  Alixandrin.* 
Tiave  li  aportèrent  por  laver  ii.  mescin, 
et  furent  ambedoi  de  fin  or  li  bacin. 
este  vus  Tholomes  sor  i.  mul  Sarrasin  35 

et  dist  à  Alixandre:  ,gou  le  di  et  devin 

1)  $uêni€r.    2)  gentil  duc  Cratier.    3)  à  twM  fif«iM  «ïf.    4)  à  loi 
de  faiaêin. 


424  MflSSAOE  DE  L'AMIRAL. 

„que  cil  de  Babilone  nos  sunt  mult  près  voisin. 
F.  66^   ,,Ià  sus  en  son  cel  mont,  sunt  jà  II  barbarin, 
,,ausi  vont  glatissant  com  se  fuscent  mastin; 
y,mainte  ensegne  de  porpre  i  a  et  d'osterin.*' 
Alixandres  li  dist:  ^voles  savoir  la  fin  5 

^ravan-garde  est  votre,  Dans  Clin'  à  cest  matin. 
„se  jou  par  vous  i  perc  vallant  i.  angevin, 
„dusc'à  Ix.  jors  ne  buveres  de  vin." 
quant  Tholomes  Toi,  si  li  fist  i.  enclin. 

Tholomes  s^entorna,  n'i  fist  plus  lonc  séjor;  10 

montés  est  è  Y  mulet,  si  se  mist  è  1'  retor. 
venus  est  à  son  tref,  descent  de  Tambleor; 
si  homme  li  ont  dit  et  tout  si  vavasor: 
„quels  noveles  dires  de  1'  roi  Macidonor? 
et  il  lor  a  conté  com  hom  de  grant  valeur:  15 

„bones,  le  merci  Deu;  fait  m'a  mult  grant  onor; 
„quar  le  premerain  cop  avérai  de  Testor." 
pour  sa  gent  tos  armer  fait  sonner  i.  tabor, 
et  vesti  i.  hauberc,  ains  hom  ne  vit  millor, 
et  a  cainte  Tespée  qui  fu  à  Taumacor  20 

qui  tint  en  sa  ballie  le  tiere  de  Labor.    • 
i.  escu  li  aportent  de  vermelle  coulor; 
Tensegne  de  sa  lance  li  tramist  par  amor 
li  roine  d'Egypte  qui  puis  Tôt  à  signer;' 
puis  li  ont  amené  i.  ceval  coreor.  25 

Este  vus  Tholomes  fors  de  son  tref  iscu; 
ii.'  grailes  fait  sonner  et  souvent  et  menu, 
après  lui  s'en  iscirent  si  ami  et  si  dru, 
et  furent  bien  v**  quant  il  furent  venu. 
Tholomes  va  avant,  com  hom  de  grant  vertu,  30 

garda  sus  en  l'angarde,^  s'a  Macabrin  veu. 
„baron ,  dist  Tholomes ,  of  m'est  bien  avenu  ; 
,J'en  voi  là  i.  tout  seul,  à  sen  col  son  escu, 
„et  tous  sens  i  irai,  jà  ne  m'ert  desfendu. 
„se  demande  batalle,  n'i  ara  cop  féru,'  35 

,Jou  i  arai  bien  tos  gaegnié  u  perdu." 

1)  Tholomeê.    2)  qu'U  ot  puis  à  oiior.    3)  #e#.    4)  êor  le  moniafne. 
5)  perdu. 


MESSAGE  DB  L* AMIRAL.  425. 

et  Tholomes  s'entorne,  ki  preas  et  hardis  fa, 
les  galos  de  V  çeTal  par  mi  le  pré  herbu. 

Dans  Tholomes  s'en  va,  qui  l'angarde  porprent» 
et  a  dit  à  ses  hommes:  ,»ceTaucies  durement/** 
quant  fu  sus  en  l'angarde,  si  parla  hautement:  5 

„qui  estes  vus  vasal?  ne  V  me  celes  nienf 
et  a  dit  Macabrins:  ,Je  Y  dirai  yoirement» 
„8e  savoir  le  yoles,  par  itel  convenant, 
„que  après  me  dires  tout  le  votre  errements' 
Tholomes  li  a  dit:  „par  le  mien  encient,  tO 

„se  me  dites  votre  iestre  et  je  vus  ensement." 
—  par  foi,  dist  Macabruns,  i.  hom  sui  de  jovent; 
„sires  sui  de  Nubie,  de  l'ounor  ki  apent: 
„x**  chevalier  sunt  o  moi  et  bien  v*-; 
„ramiraus  me  manda  et  pria  doucement  15 

„que  U  venisse  aidier  encontre  votre  gent, 
„et  jou  i  sui  venus  prouver  mon  hardement; 
„et  se  li  aiderai  se  Dex  le  me  consent. 
,Jà  ne  me  troveres  trop  malves,  ne  trop  lent. 
„tes  sire  est  orgillous,  si  fait  mult  malement  20 

„que  vint  de  tout  le  mont  avoir  le  tenement; 
„mais  n'ira  pas  issi  de  V  tout  à  son  talent 
„t08t  li  puet  mesceoir,  se  garde  ne  s'en  prent.** 

„VasaI,  dist  Macabrins,  dit  vus  ai  vérités; 
,Je  sui  rois  de  Nubie  et  fu  mes  parentés,  25 

F.  66*  „et  ai  en  ma  compagne  x*-  hommes  armés, 
„et  sui  de  l'amiral  por  aie  mandés. 
„orgillous  est  tes  sire  et  si  est  muU  dervés, 
„qui  vint  à  tous  les  autres  tolir  ses  iretés. 
„mais  cis  pais  li  est  desfendus  et  veés;  30 

„se  garde  ne  s'i  prent,  tos  sera  afolés. 
„dites-moi  votre  nom,  gardes  ne  1'  me  celes.'' 
et  a  dit  Tholomes:  „après  main  le  sares. 
„uns  des  xii.  pers  sui,  si  ai  non  Tholomes, 
„et  sui  de  mon  signer  par  ma  proecce  âmes.  35 

„de  la  bataille  m'est  li  premiers  cos  donés; 
„mult  est  fiers  Alixandres  et  grans  sa  poestés. 


426  MESSAGE  DE  L'AMIRAU 

Jamais  ne  finera,  cis  consaus  fu  donés, 

„$'ara  de  Babilone  prises  les  iretés» 

^et  que  de  tout  le  mont  sera  sires  clamés/' 

—  vasal,  dist  Macabrins,  i.  petit  m*entendes; 

„de  cou  que  musars  pense,  remaint  à  faire  ases."  5 

„Yasal,  dist  Macabrins  qui  fu  rois^  de  Nubie, 
„et  si  nos'  a  mandés  Tamiraus  pour  aie, 
„x"-  houmes  aves  en  votre  conpagnie. 
„uus  sui  des  zii.  pers  ki  Tost  ont^  en  ballie; 
„Alixandres  est  fiers  et  se  gens  mult  hardie,  10 

„toute  celé  de  V  mont  ne  douteroit-il  mie; 
„por  cou  doit  bien  avoir  de  ï  mont*  la  signorie. 
„et  qui  le  contenra,^  mult  fera  grant  folie; 
„quar  se  nus  se  repent  et  il  merci  li  crie 
„tant  par  est  li  rois  dous,  que  mult  tos  li  otrie.  15 

„jou  sui  ses  liges  hom,  s'il  est  qui  Y  contredie, 
,Je  li  ferai  jehir  à  m'espée  fourbie/' 

—  par  foi,  dist  Macabrins,  or  dis  mult  grani  folie, 
„et  jou  vus  contredi  par  ma  cevalerie/' 

à  tant  sunt  départi,  li  i.  l'autre  desfie;  20 

oes  une  batalle  par  mult  grant  aatie. 

„vasal,  dist  Tholomes,  or  faisons  cortoisie 

„que  le  pais  de  nos  hommes  soit  jurée  et  plevie, 

„du8que  que  ia  bataille  de  nos  il  soit  finie/' 

Macabrins  apela  le  rice  duc  Cratier;  25 

le  pais  li  fait  Jurer  plevir  et  fiancer, 
et  Tholomes  le  fist  as  siens  afiancer. 
por  les  joustes  veir  font  les  rens  claroier; 
Crates  fist  apieler  o  soi  i.  escuier, 
à  Tamiral  l'envoie  por  dire  et  por  noncier  30 

que  face  ses  batalles  et  sierer  et  rengîer 
et  après  lui  les  face  souavet  cevaucier, 
li  armé  par^  devant,  derier'  li  peounier; 
que  li  rois  Alixandres  ne  se  vint  pas  targier, 
à  v^*  chevaliers  les  a  fait  aprocier.  35 

Macabrins  fu  armés  et®  ot  le  cors  légier; 

1)  éiH  Tholameëf  roiê  eitei.    2)  vu$.    3)  mi.    4)  9or  tous,    5)  eamWê 
lui  ert,    6)  cil  à  eevat.    7)  après.    8)  foinl  et  kroee  fut* 


HBSSAGB  DB  L'AMIRAL.  427 

son  hardement  voira  prover  et  essaier, 

le  ceval  esporone  des  esporons  d'or  mier, 

et  a  baisié  le  lance  dont  li  fiers  fu  d'acier. 

en  Tesca  Tholomé  féri  le  cop  premier; 

l'anste  fu  de  rosoi,  tost  le  flst  pecoier,  3 

et  Tholomes  fiert  lui  ki  fu  duis  de  V  mestier; 

li  espius  fu  trancaos  et  Tanste  de  pumier 

♦l'escu  li  fit  fauser  et  Tauberc  desmaillier; 

devant  ses  compagnons  li  fait  siele  widier. 

Macabrins  ot  grant  honte/  si  se  vout  redrecter,  10 

Tholomes  le  rabat  aux  pies  de  son  destrier. 

*au  reuser  qu'il  fit,  ne  volt  plus  delaier 

*par  li  helme  le  prent  qui  qu'en  doie  anoier. 

Tholomes  le  féri  à  guise  de  vasal 
que  tout  li  a  desrout  le  caingle  et  le  poitral,  13 

F. 66'   et  si  l'a  abatu  à  tiere  dou  ceval; 

de  Fescu  li  froisa  le  brogne  contre  val, 

Tauberc  li  desconfi  et  tranca  le  cendal, 

fe*  r  sablon  li  fica  li  elmes  de  métal; 

i.  petit  fu  navrés,  mais  n'a  gaires  de  mal.  20 

Macabrins  resaut  sus  et  fu  en  son  estai, 

et  Tholomes  se  baise  i.  petitet  à  val; 

au  redrecier  kll  fist  le  prist  par  le  nasal, 

il  l'eust  enmené  avoec  soi  iout  Tingal, 

quant  l'escrièrent  tout  si  baron  natnral,  23 

et  meismes  Grates  ne  le  fait  mie  à  tal. 

Tholomes  lor  escrie:  „tout  estes  destoial; 

„ciertes  ancui  ores  i.  dolerous  jomal." 

por  Tholomé  rescoure  i  peignent  li  roial. 

Par  le  nasal  de  l'elme  fu  Macabrins  saisis,  30 

Tholomes  Feumenoit  com  chevalier  eslis,* 
garda  derière  soi  et  vit  m.  Arabis, 
lor  lances  abaissiés,  de  bien  férir  atis. 
ne  fu  mie  mervelle  se  il  fu  esbahis; 
bien  set  que  se  le  tienent,  que  de  la  mort  est  fis.       33 
Macabrin  a  laisié,  mes  ce  fu  à  envis, 
nequedent  tel  li  donc  par  desor  le'  cervis 
1)  ire.   2)  ꀧ  moriex  anemii.   3)  parquant  il  li  done  tel  eof  ênê  é  l\ 


428  MBSSAQB  DE  L'AMIRAL. 

que  Macabrins  à  tiere  cai  tous  estourdis 

mais  tos  resali  sus  corn  chevaliers  hardis; 

venus  est  au  ceval,  si  est  desus  salis. 

et  Tholomes  escrie  s'ensegne  à  mult  haus  cris 

et  li  sien  sunt  o  lui,  o  les  aciers^  brunis.  5 

as  espées  d'acier  fu  Testors  esbaudis, 

li  v«-  ont  les  m.  si  fort*  cuvais, 

Tangarde  fu  laisié  et  li  cans  fu  guerpis. 

li  dus  Crates  le  voit,  celé  part  est  guencis; 

il  broce  le  ceval  que  on  claime  Pcrlris,*  10 

va  férir  i.  Grijois  devant,  en  mi  le  pis; 

se  Tanste  ne  brisast,  tous  fust  de  la  mort  fis. 

nequedent  de  V  ceval  l'abati  è  V  iairis, 

puis  li  dist  en  ramprosne,  corn  hom  de  sens  garnis: 

„autre  ceval  querres,  que  li  siens*  est  falis."  15 

quant  le  voit  Pindarus,  si  com  dist  li  escris, 

se  ne  le  puet  vengier,  tenra  soi  à  bonis. 

Pindarus  est  bonis  se  n'en  prent  le  venjance; 
il  broce  le  ceval  par  fière  contenance, 
por  vengier  le  Grijois  durement  s'en  avance  20 

et  va  férir  Crates,  i.  duc  de  grant  poissance. 
l'escu  li  a  percié,  trance  le  connissance,' 
l'auberc  li  desmalla,  aine  n'i  ot  arestance. 
i.  petitet  le  navre,  è  Y  blanc,  desous  le  pance,* 
et  toute  en  fu  vermelle  li  blanque  connissance.  25 

à  tiere  l'abati  sans  nule  demorance,' 
puis  li  dist  par  ramprosne:  „ce  soit  li  pénitance 
„de  cou  que  vous  aves  passé  le  convenance, 
„que  vous  à  mi  jurastes  et  fesistes  fiance. 
„fos  seroit  qui  en  vous  aroit  jamais  créance.'^  30 

puis  a  pris  le  ceval,  qui  que  tort  a  pesance; 
le  Grijois  le  donna,  se  li  fist  ounerance. 
quant  le  voit  Tholomes,  si  ot  au  cuer  pesance,® 
quar  il  l'avoit  mult  cier;  nori  l'ot  en  enfance. 

Des  m.  et  des  v^-  fu  mult  grans  li  mellée;  33 

1)  êêpix.  2)  forment,  3)  pd  n'en  mte  fainli*.  4)  car  eis  vwe. 
5)  #M#  fiii/«  iemoranee.  6)  ear  hien  tranee  Ut  lance,  7)  déhitmee. 
9i  Jaimee. 


MESSAGB  DB  L'AMIRAL.  429 

maint  cop  i  ot  fera  et  de  lance  et  d'espée. 
li  m.  sunt  trait  arrier,  l'angarde  ont  avalée. 
Tamiraus  quant  il  ot  le  noyele  escoatée, 
F.  67*   que  II  escuiers  ot  de  par  Crates  contée 

ses  batalles  conroie,  s'a  sa  gent  ordenée.  5 

li  mesnie^  Crates  est  d'une  part  tomée 

et  li  gens  Macabrins  s'est  d'ilueques  toraée.* 

à  son  signor  en  est  sus  en  l'angarde  alée, 

et  l'autre  esciele  après  fa  Fale'  commandée; 

et  cil  fu  rois  d'Egipte  et  de  grant  renomée.  10 

le  tierce  esciele  après  a  à  Moab  donée; 

Sorains*  conduist  le  quarte  ki  bien  fu  ordenée 

d'armes  et  de  ceyaus,  à  loi  de  lor  contrée. 

et  Saligos  le  quinte;  oele  fu  mnlt  dotée. 

Sanses^  et  Angelins*  ont  le  siste  menée;  15 

l'amiraus  le  setisme,  là  fu  grans  la  mellée, 

et  fu  environ  lui  se  mesnie  menée.' 

grant  joie  ot  l'amiraus  quant  îl  l'ot  esgardée. 

lors  fu  à  l'estandart  li  buisine  sonnée; 

plus  de  m.  graile  sonent  tout  contre  val  la  prée,  20 

li  montagne  tentist,  résone  la  valée; 

li  amiraus  cevauce,  s'a  grant  joie  menée. 

*Les  escieles  cevalcent  tôt  contre  val  la  voie 
tout  souavet  le  pas,  que  nus  ne  se  desroie; 
quant  le  voit  l'amiraus,  au  cuer  en  ot  grant  joie,        25 
à  tiere  s'aresta,  sor  Acarin  s'apoie. 
„ciertes,  fait  l'amiraus,  son  trésor  bien  enploie 
„qui  le  donc  à  tel  gent  qui  onques  ne  s'esfroie 
„de  son  service  faire;  iteus  gens  est  la  moie.'* 
là  dedens  la  cité  fist  remanoir  la  proie,  30 

et  li  rois  AKxandres  le  soie  gent  envoie 
quant  il  oi  nouvieles  que  Tholoroes®  tornoie; 
toute  l'os  estormist  qui  devant  estoit  coie 
*la  grant  cevalerie  durement  s'en  esfroie; 
^cascuns  des  xii.  pers  sa  bataille  conroie  35 

1)  eimpagfu.    2)  ilhee  ieêeuvrée.    3)  Fares,   4)  Soudan*.   5)  Alainê, 
6)  HorifMn    7)  frivé^,    8)  Pangarde, 


430  NB8SAGB  DE  L'AHUAL. 

*et  issirent  des  tentes;  mis  se  sont  à  la  voie, 
la  bataille  sera,  se  il  est  ki  les  croie. 

Ore  s'en  vont  armer  li  xii.  conpagnon; 
Tholomes  est  li  disme,  ce  conte  la  licon» 
que  jà  s'en  est  iscus  à  guise  de  baron,  .   5 

il  avoit  commencié  Testrif  et  le  tencon 
là  b  Macabrins  ot  ficié  son  confanon, 
0  les  m.  Arabis,  le  trait  à  i.  bovion. 
quant  il  furent  armé,  corent  à  esporon, 
trestout  à  Alixandre  por  oir  sa  raison,  10 

de  la  bataille  faire,  par  tel  devision, 
que  cescuns  se  metra  de  sou  cors  à  bandon. 
H  rois  en  apiela  premièrement  Clincon, 
de  la  première  esciele  li  otria  le  don; 
le  seconde  livra  Perdicas  le  baron;  15 

doucement  li  pria  et  par  grant  guerredon 
et  gart  que  on  n'en  cant  nule  maie  cancon. 

Le  tierce  esciele  baille  Phiiote  le  yallant; 
en  toute  Fost  n'avoit  nés  i.  mius  conbatant; 
en  sa  conpagne  avoit  chevalerie  grant  20 

este  vus  Ariste  devant  lui,  à  poignant, 
et  fu  très  bien  armés  sor  i.  destrier  corant. 
„Aristes,  fait  li  rois,  le  quarte  vus  commant." 
quant  Toi  Aristes,  si  respont  en  riant: 
„jou  m'en  irai  deçà,  par  deviers  le  pendant;  25 

„se  jou  truis  l'amiral  et  il  me  vient  devant, 
,je  li  donrai  tel  cop  de  m'espée  trancant, 
„que  le  vous  renderai  u  mort  u  recréant, 
„u  il  fera  de  moi,  se  il  puet,  autre  tant.** 

Antigonus  s'arma  de  jouste  le  rivière,  30 

car  ses  très  est  tendus  en  une  mareschière. 
vestu  ot  i.  hauberc  qui  fu  fais  à  Baiwière, 
F.  67^   et  ot  laciet  i.  elme  qui  fu  de  tel  manière , 

plus  estoit  durs  que  pierre  et  plus  clers  que  verrière, 
et  va  les  grans  galos  poignant  par  le  rivière;  35 

il  soufrist  bien  à  corre  une  jornée  entière, 
d'une  porpre  vermelle  ert  faite  sa  colière; 
après  lui  se  mesnie  mult  orgillouse  et  fière. 


nBSSAGB  DB  L'AMIRAL.  43t 

poE  paor  de  nuki,  aine  ne  torna  ardère. 
et  cil  mena  le  quinte  M  grans  est  et  plenière 
et  avoit  une  gent  à  mervillouse  chière. 

Alixandres  s'arma  par  de  devant  sa  tente; 
il  vesti  i.  aubère  qui  fu  fais  à  Otrente;  5 

il  ne  quide  de  riens  qui  arme  par  mi  sente, 
et  a  lacié  i.  elme  qui  des  autres  vaut  xxx. 
et  a  cainte  Tespée  ki  mult  li  atalente; 
montés  est  è  Y  ceval  dont  li  siele  fu  gente. 
li  jors  fu  bians  et  clers,  H  uq  pluet,  ne  ne  vent«,       10 
et  a  dit  à  ses  homes:  „gardes,  nus  n'en  repente. 
,,8e  joa  prenc  Babilone  que  mes  Dex  ne  me  mente, 
,Jà  n'i  ara  si  povre  qui  n'ait  mult  rice  rente/' 

E  r  ceyal  est  montés  Alixandres  li  rois; 
larges  fu  et  hardis  et  sages  et  cortoi»  15 

et  a  le  siue  esciele  toute  eslite  à  son  cois. 

iii.  m,  arciers  i  ot,  sor  bons  destriers  norois, 

*qui  moult  sorent  bien  traire  et  ont  ars  Turcois« 

TMomes  en  Tangarde  fu  o  v^*  Grijois, 

que  n'ont  soig  de  rivière  ne  de  déduit  de  bois;  20 

quant  il  vît  lor  escieles,  primes  iiii.  et  puis  iii., 

des  espérons  broca  le  ceval  Espagnols; 

flert  Craton  en  l'escu  dont  li  gqige  est  d'or  frois, 

et  lui  et  son  cevaL  abat  en  i.  caumois 

Li  amiraus  cevauce  à  bataille  establie,  25 

et  li  rois  Alixandrçs  o*  grant  cevalerie. 

Tholomes  et  li  sien  ont  Tangarde  saisie; 

Crates  et  Macabrins  l'ont  laisié  et  guerpie. 

Phares  i.  rois  d'Egypte,  o  le  gent  que  il  guie, 

est  venus  à  Testor,  ftst  lors^  une  asalie,  30 

va  férir  Lisiart  sor  le  large  florie; 

de  l'un  cief  dusc'à  l'autre  l'a  fendue  et  quasie. 

dou  ceval,  l'abat  jus  et  en  après  s'escrie  :    . 

„pité  ai  des  Grijois,  venu  sunt  à  folie.'' 

après  Phales  s'eslessent  cil  de  sa  conpagnie.  35 

Phales  prist  le  ceval  ki  ne  l'oublia  mie, 

puis  dist  une  parole'  par  mult  grant  félounie: 
1)  à.    2)  por  faire,    3)  ramprosne. 


432  MESSAGE  DE  L'AMIIIAL. 

„por  fiance  A  signor  est  mainte  gens  honfe/' 

quant  ce  voit  Tholomes,  le  soie  gent  ralie 

et  enbrace  Tescu,  tint  Tespée  forbie; 

tout  droit  après  Phales  a  se  règne*  guencie, 

tel  cop  li  a  doné,  sor  Telme  Tesloie.'  5 

il  en  jut  à  la  tiere  plas  de  liue  et  demie. 

quant  il  Tôt  abatu,  bêlement  le  castîe; 

„par  Deu,  dist  Tholomes,  ne  laiiai  ne  vus  die, 

,,niius  vient  A  Tourne  taire  que  parler  estotie. 

„mi  homme  aront  vers  vus  mult  bone  avoerie,  10 

„mai8  votre  gens  ara  vers  vous  malt  bone*  aïe." 

Ancois  que  cil  d'Egypte  aient  Phalet  escus,* 
d*autre  part  li  Grijois  Lisiart  li  menus,* 
fu  H  est  ors  mult  grans,  destrois  et  angouscous 
et  nequedent  par  force  les  font  monter  andous.  13 

Lisiars  est  montés  desor  i.  ceval  roQs, 
et  Phales*  remonta  qui  mult  fu  orgillous. 
de  sa  honte  vengier  fu  mult  entalentous; 
F.  67*  le  ceval  point  et  broce  par  mi  le  pré  berbons, 

va  férir  i.  Grijois  preu  et  cevalerous,  20 

que  lui  et  le  ceval  abati  à  estrons. 

Lisiars  sist  è  1'  rous  qui  por  corre  ne  lase; 
il  ot  le  teste  mag^,  le  crupe  lée  et  erase. 
il  enbrace  Tescu  et  tint  le  lance  basse, 
et  féri  i.  des  lor  que  tout  Tescu  li  quase.  23 

jA  Feust  abalu  quant  li  lance  li*  passe, 
puis  a  traite  l'espée,  autres!  les  entasse 
com  li  pecieres  fait  le  poiscon  en  se  nasse. 

Signor,  or  pores  vus  grans  mervelles  oir, 
quant  x»-  chevaliers  vont  les  v«*  férir.  30 

Tholomes  ne  les  pot  plus  longement*  sofrir, 
il  ne  pot  arester,  ne  ne  degne  fuir; 
lors  regarde  sor  destre  et  voit  Dant  Clin  venir, 
o  lui  m.  chevaliers;  ce  Ta  fait  esbaudir. 
Dans  Clins  baisa  sa  lance,  si  les  va  envair,  33 

1)  f^iffnê  à  Phales  qui  #e  re^é  a.  2)  qui  verdie.  3)  de  vous  mrm 
WMdvmêê,  4)  Pkaret  rescoue,  5)  famorouê.  6)  Fores,  7)  outre.  8)  si 
H  sisu  ne  forst^  mUe, 


MESSAGE  DE  L'AMIEAL.  433 

plus  d'une  arbalestrëe  a  fait  le  renc  frémir. 

cil  ki  ciet  en  le  route  ne  pot  onques  garir 

que  tantes  ne  fust  pris  u  li  estust  morir. 

Dans  Clins  en  féri  i.  por  mervillous  air» 

que  Tescu  li  estroe,  Tauberc  fait  désartir;  5 

à  Tabatre  li  flst  Famé  de  V  cors  iscir. 

jamais  n'en  osast  nus  ne  torner,  ne  guencir, 

quant  li  rois  de  Saba  les  a  fait  resortir. 


u  RouuM  i'AUziBJr*.  ^® 


MORT  DU  ROI  SORIN. 

€1  Mmt  mi  com  DaiM  Clins  tranea  le  tiesto  «a  rai 
Sorlii  h  V  srant  esieiir  ù  U  estaient. 

Lesciele  au  roi  Sorin  i  est  poignant  venue; 
celé  fu  bien  armée,  toute  de  fier  yestue. 
Sorins  tint  une  ensegne^  ki  fu  à  or  batue 
et  broce  le  ceval  qui  de  corre  s'argue 
devant  trestous  les  autres,  plus  que  i.'  ars  ne  rue.         5 
li  destriers  ù  il  siet  vivement  se  remue; 
i.  Grijois  va  férir,  se  lance  fu  ague, 
le  caue  de  son  col  à  caperon  fendue.' 
par  vertu  Ta  enpaint,  la  siele  ne  remue,* 
et  quant  Dans  Clins  le  voit,  de  mautaleni  tressue;         10 
se  il  puet  esploitier,  ceste  li  ert  rendue, 
puis  a  traite  Tespée  de  novel  esmolue, 
par  desour  le  ventaille  l'en  a  une  rendue; 
le  teste  li  tranca  et  la  lance '^  menue; 
a  icel  cop  li  a  le  cerviele  espandue.  15 

Perdicas  fu*  armés  sour  i.  destrier  d'Espagne; 
lors  broce  le  ceval,  ne  quic  que  mais  remagne, 
desi  mais  que  sa  lance  par  mi  escu  enpagne; 
va  férir  Sarragon  qui  fu  de  Moretagne, 
le  lance  o  le  pignon  dedens  son  cors  li  bagne,  20 

à  tiere  l'abat  mort,  ne  flst  autre  bargagne. 
F.  67'       Perdicas  et  li  sien  les  ont  si  encauciés, 
plus  d'une  arbalestrée  les  ont  outre  caciés. 

1)  lancé.    2)  lone  e'tin.    3)  que  9a  targê  H  a  et  fauseée  et  fenéue, 
4)  ia  sele  remeet  nue,    5)  cot/e.    6)  «ttf. 


MORT  DU  ROI  80RIN.  435 

teus  cai  en  la  presse,  puis  ne  fu  redreciés; 

des  escus  et  des  lances  est  tous  li  cans  jonciés. 

là  peuiscies  veoir  et  tant  pug  et  tant  pies, 

tant  ceval  estraier  et  tant  arcon  widiés. 

quant  le  voit  Macabrins,  mnlt  en  est  esmaiés  5 

et  a  dit  à  ses  hommes:  ,,à  mesure  soies. 

„Yus  perdes  toutes  eures  et  riens  ne  gaegnies; 

„or  estes-Tus  hounls,  se  vus  ne  yos  vengies.'^ 

lors  broce  le  ceval,  vers  lui  est  eslaisiés 

va  férir  i.  Grijois  kî  s'est  tart  avanciés;  10 

tel  cop  li  a  douné,  ses  escus  est  perciés, 

li  haubers  de  son  dos  desrous  et  desmalliés. 

li  Grijois  ciet  A  tiere,  durement  est  bleciés. 

quant  le  voit  Macabrins,  mult  en  devint  haitiés, 

il  tint  en  son  puig  destre  le  bfanc  qui  fu  hociés,  15 

desi  maie  manière  est  à  aus  acointiés 

que  ii.  en  a  ocis  et  iiii.  mehagniés; 

par  tant  fu  li  estors  en  grés  recommenciés , 

n'a  talent  de  juer  tous  li  plus  envoisiés.^ 

A  tant  es  vous  Philote  devers  le  destre  part,  20 

*  et  fu  mult  bien  armés  sor  i.  destrier  liart; 
*  armes  avoit  mult  bones,  n'a  de  fauser  regart 
en  toute  sa  coopagne  n'ot  chevalier  couart, 
m.  furent  es  cevaus,  à  cascun  en  fu  tart 
de  férir  en  l'estour  u  de  lance,  u  de  dart.  25 

devant  laisent  Philote  aler  jouster  soi  quart, 
entre  lor  anemis  commencent  lor  escart;^ 
ausi  bruient  lor  lances  corne  une  sèce  hart. 
Philotes  lor  ocist  au  premier  cop  Rohart, 
frère'  le  roi  d'Egypte,  féri  si  d'un  fausart         -  30 

que  l'escu  de  son  col  par  mi  le  liu*  départ. 

Macabrins  fu  bleciés  et  Phares  fu  navrés; 

li  dus  Crates  s'enfuit  sor  sor  son  ceval  armés. 

m.  s'en  vont  après  lui,  de  conbatre  ont  asses; 

de  tous  caus  ne  fu  puis  i.  tous  sens  retornés,  35 

quant  lor  vmt  au  devant  Saligos  U  barbés; 

à  X**  chevaliers  les  a  cil  encontrés. 

1)  meh^gnéë.    2)  têiort.    3)  Far$t    4)  el  Vmtktre  en  ii,  moitiéê. 

28* 


436  MORT  DU  ROI  SORIN. 

quant  il  les  voit  fuir,  si  est-il  encontrés:* 
édites  moi,  Macabrin,  aves  Grijois  trouyés; 
„aves-vu8  tout  cou  fait  dont  esties  vantés? 
„quar  asses  esloit  fors  votre  bone  cités, 
„et  ki  fu  là  dedens,  bien  fust  aseurés  5 

„que  ne  doutast  nului,  tant  que  durast  estes. 
„bien  pooit  avenir  ancois  que  fust  pasés 
„que  li  rois  s*en  alast,  ains  que  Tans  fust  pasés."' 
quant  Toi  Macabrins,  i.  poi  est  porpensés. 
„8ire,  fait-il,  jou  fui  et  vus  i  revenes."  tO 

Saligos  fu  armés  sor  i.  ceval  morel;' 

en  toute  sa  conpagne  n'i  ot  i.  si*  isniel. 

i.  aubère  ot  vestu  dont  d'or  sunt  li  tassiel,* 

et  ot  en  sa  conpagne*  i.  vermel  pignonciel, 

et  broce  le  ceval  et  o  li  m.  dansiel.  15 

sacies,  jà  lor  rendront  i.  estor  de  novel. 

Saligos  esporoné,  tint  l'escu  en  cantiei, 

va  férir  i.  Grijois,  eus  en  mi  i.  tropiel 

que  li  et  son  ceval  abat  en  i.  vauciel.' 

quant  le  voit  Tholomes,  ne  li  fu  mie  biel;  20 

i.  des  lor  va  férir  c'on  claime^  Opiniel; 

li  escus  de  son  col  ne  li  vaut  i.  mantiel, 
F.  68*  et  lui  et  son  ceval  abat  en  i.  monciel. 
Saligos*  et  li  sien  lor  ont  damage  fait; 

plus  de  ii**  en  ont  abatu  è  V  garait.  25 

quant  ce  voient  Grijois,  arrière  s'en  sunt  trait. 

Saligos  esporoné,  i.  Grijois  férir  vait, 

que  Tescu  de  son  col  a  pecoîé  et  frait; 

si  Ta  navré  è  1'  cors  qu'il  i  jeta  i.  brait. 

se'  ne  fust  Aristes  li  hardis  qui  bien  ait,  30 

ancois  que  s'en  partissent  i  euist  malves  plait. 

celé  part  est  venus,  au  partir  de  forfait, 

à  le  plaie  c'ot  faite  vaura-il  mettre  entrait. 
Aristes  est  venus  armés  desor  vairon, 

i.  escu  à  sen  col  ù  ot  paint  i.  lion.  35 

-    tout  ensamble  s'en  vont  il  et  si  conpagnon; 

1)  Mcriés.    2)  et  treêto»  ꀻ  banUê,    3)  novel.    4)  plue,    5)  eiwêl. 
6)  en  ion  êa  lanee.    7)  moncel.    8)  eUmoit  Pynoiei, 


MORT  DU  ROI  SORIN.  437 

yoit  caus  de  Babilone  qui  mult  li  sont  félon. 

Je  conpagne  des  Grius  ont  mis  en  tel  fricon, 

se  ne  tornent  en  fuies,  jà  n'aront  raencon; 

il  les  ont  jà  caciés  le  trait  à  i.  boTion, 

quant  Aristes  i  vint  qui  oi  le  tencon;  5 

il  a  baisié  le  lance  à  tout  le  confanon, 

va  férir  Saligot  par  de  jouste  Tareon, 

de  r  fier  li  met  è  V  cors  et  de  Tanste  i.  tronçon. 

Saligos  est  ceus  tous  envers  è  Y  sablon. 

Aristes  fiert  i.  autre  è  V  pis,  sor  le  menton,  10 

par  mi  le  cors  li  met  le  fier  et  le  pignon, 

dou  ceval  Tabat  mort,  par  delés  i.  buison. 

Saligofr  fu  navrés  ë  Y  cors,  mais  nequedent 
paor  ot  de  la  mort,  à  son  ceval  se  prent. 
montés  est  par  l'estrier  qui  fu  fais  à  argent,  15 

grant  paor  a  li  rois  pour  la  plaie  que  sent, 
de  Tester  est  isscus  par  mi  toute  sa  gent, 
fuisent  à  esporon  que  nului    ni  atent. 
quant  l'amiraus  le  voit  de  la  plaie  sanglent, 
contre  lui  est  levés  ^  et  li  dist  bielement:  20 

„Saligot,  biaus  amis,  par  le  mien  encient, 
„navré8  estes  à  mort,  dont  ai  le  cuer  dolent. 
„se  jou  puis  esploitier,  j'en  prendrai  venjement.'' 
lors  fait  souner  buisines  et  de  cors  plus  de  c, 
et  li  rois  Saligos  de  son  ceval  descent.  25 

L'amiraus  fait  souner  ii.  buisines  à  glas. 
„sires,  dist  Saligos,  en  le  bataiUe  iras; 
„or  pense  dou  bien  faire  o  le  droit  que  tu  as. 
„se  tu  bien  ne  t'i  gardes,  tu  t'en  repentiras, 
„que  li  homme  Alizandre  ne  furent  onques  las.  30 

„lor  ceval  sunt  isniel  et  coureor  et  cras; 
„ù  il  voient  tes  hommes,  si  les  fièrent  à  tas. 
„ancois  que  none  soit,  ne  li  solaus  en  bas 
„il  rompent  lor  aubers  autresi  comme  dras.'^ 
—  par  foi,  dist  l'amiraus,  tout  cou  me  samble  gas.     35 
„li  respons  ApoUin  ne  nus  fausera  pas. 
„tu  les  navrés  à  mort,  por  itant  t'en  iras.*' 
1)  vemuê. 


438  BIORT  DU  ROI  SORIN. 

•» 
or  s'en  vait  Tamiraus  tout  souavet  le  pas, 
et  Saligos  apiele  le  bon  mire  Ypocras; 
dist  lui:  ,Je  te  donrai  de  fin  or  x.  hanas 
„et  X"-  cevaus,  se  de  cest  mal  respas." 

Or  s'en  ya  Tamiraus  tout  droit  à  la  batalle,  5 

de  sa  gent  a  perdue,  mes  de  cou  ne  11  callé; 
en  Apollin  se  fie  et  en  se  deyinaille. 
le  ceval  point  et  broce,  ne  laira  ne  Tasaille;^ 
va  férir  à  Grijois  è  1'  pis  sor  le  coraille, 
F.  68^  et  le  fier  et  le  fust  11  met  par  mi  l'entralle;  10 

Tauberc  qu'il  ot  yestu  li  desront  et  desmalle, 
il  escrie  s'ensegne:  „Apollins  nos  1  yalle/' 

Droit  apriès  l'amiral  este  yous  Apolin;' 
mult  ayoit  grant  fiance  è  Y  respons  à  1'  farln,' 
dësque  cl  l'ont  tenu  trestout  à  bon  deyin.  15 

ses  ceyaus  fu  tous  hoirs  et  furent  blanc  II  crin; 
ses  escus  fu  yermaus,  à  i.  cantiel  hermin, 
et  ot  en  son  sa  lance  i.  confanon  porprin; 
ya  férir  i.  Grijois  en  sor  l'escu  d'or  fin, 
que  mort  l'a  abatu  par  delés  i.  sapin.  20 

estes  yous  apriès  lui  Sanson  et  Toquentin; 
11  i.  fiert  Llsiart  et  11  autres  Maurin. 
tout  desconfis  les  cacent  dusqu'à  le  roce  Arsin 
ù  11  rois  Macabrins  fist  l'angarde  bui  matin; 
l'amiraus  leA  encauce,  o  lui  m.  Sarrasin.  25 

Tbolomes  retoma  à  mont  lés  i.  chemin; 
Acarin  ya  férir  de  son  branc  acèrin, 
ne  11  yalQ  ses  elmes  une  colfe  de  lin, 
si  que  mort  le  trebuce  desous  1.  aubespm. 

Acarins  fu  ocis  par  tel  mésayenture;  30 

nequedent  l'amiraus,  tout  à  desconfiture 
encauce  les  Grijois,  tant  com  11  mons  11  dure; 
il  n'I  a  si  hardi  de  retorner  ait  cure, 
lors  yint  Antigonus  par  ml  une  couture;* 
o  lui  m.  cheyaliers  ylenent  grant  aleure.  35 

quant  Dans  Clins  l'a  yeu,  mult  en  ot  grant  ardure 
et  dlst  à  Tholomé:  „cou  est  mult  grans  laldore 
1)  t'en  aiiie.    2)  Aearinê.    3)  Apoiin,    4)  par  une  eoveriure. 


NORT  OU  ROI^  SORIN.  439 

„que  nous  issi  fuions  por  icestc  friture.* 

,»mult  a  mal  enploié  li  rois  sa  noreture; 

„se  nous  perdons  s'amor,  ce  sera  bien  droiture." 

lors  poignent,  lés  à  lés,  tout  droit  à  desmesure 

et  tint  cescuns  Tespée  par  mi  Tenheudeure,  5 

et  fiert  cescuns  le  sien  très  par  mi  le  faiture; 

des  cevaus  les  abatent  tous  ii.  à  tiere  dure. 

,,Dan8  Clin»  fait  Tholomes,  querre  lor  sépulture, 

„quar  les  armes  ont  jà  pris  en  infier  masure.*' 

A  celé  course  vint  Antigonus'  li  ber;  10 

m.  chevaliers  0  lui  ki  mult  font  à  douter, 
plus  de  m.  en  ont  fait  à  tiere  reverser; 
ensamble  0  aus  i  peignent  trestout  li  xii.  per, 
si  fort  les  encaucèrent  qu'il  les  ont  fait  verser' 
dusques  à  Testandart,  n'i  pot  nus  demorer.  15 

or  poes  grant  mervelle  oir  et  escouter; 
ains  de  si  grant  ester  n'oistes  mais  parler, 
là  peuscies  veir  et  puins  et  pies  coper, 
les  cevaus  estanciés^  par  le  canpagne  aler, 
tant  chevalier  sor  Terbe  et  cair  et  verser,  20 

tant  ruste  cop  férir,  tant  ensegne  crier, 
et  tant  dôlerous  plaint  et  tant  souspir  jeter, 
mult  fu  preus  Tamiraus  por  estour  endurer; 
or  fait  à  l'estandart  ii.  buisines  sonner 
et  si  a  fait  ses  hommes  rallier  et  sierer,  25 

que  nus  des  chevaliers  ne  puët  entr'aus  entrer, 
et  se  il  si  enbat,  que  il  n'en  puisse  aler. 

Signor,  à  l'estandart,*  là  fu  li  recouvriers; 
li  cans  fu  larges,  grans  et  vestus  de  princiers, 
l'amiraus  fu  mult  preus  et  de  cou  costumiers,  30 

avoec  lui  Macabrins  et  Sanses  et  Cratiers. 
le  va  férir  Pilote*  sor  l'escu  de  quartiers; 
F.  68^  quant  il  se  départi ,  ne  remest  mie  entiers  ; 
sanglente  en  fu  li  anste,  li  fi^rs  et  11  aciers. 
Philote  ciet  à  tiere    par  mi  les  paouniers,  35 

par  le  règne  de  pale  fu  saisis  ses  destriers. 

1)  vêomê  por  eêêie  grani  faiture.     2)  EmmUduê.     3)  foni  rêUiér. 
4)  #m#  êignor.    5)  l'amirai.    6)  Filote  r«  férir. 


440  MORT  DU  ROI  SORIN. 

l'amiraus  s'aresta  comme  bons  chevaliers, 

il  le  quida^  bien  prendre  quant  li  crut'  enconbriers. 

Lincanors  esporone  qui  ne  fa  pas  laniers, 

ancois  que  il  s'en  parte,  fera  arçons  widies;' 

ya  férir  l'amiral  qui  estoit  fors  et  fiers  5 

qu'il  est  caus  à  tiere,  entre  ii.  boutonniers;* 

puis  a  pris  le  ceval  dont  il  estoit  mestiers, 

et  le  donna  son  frère  qui  monta  Yolentiers. 

Entre  ii.  boutonniers  fu  l'amiraus  ceus; 
se  li  rois  Alixandres  i  fust  ancois  venus,  10 

li  amiraus  fu  mors  et  en  camp*  retenus, 
este  vus  à  poignant  plus  de  m.  de  ses  drus; 
le  ceval  li  rendirent  dont  il  ert  abatus. 
cil  qui  ot  gaegnié  fu  mult  tos  reperdus, 
li  amiraus  monta,  kl  s'est*  aperceus,  15 

et  broce  le  ceval  des  e&porons  agus; 
va  férir  Tholomé,  dolans  et  irascus; 
desous  le  boucle  d'or  fu  perciés  ses  escus 
à  tiere  Teust  mis,  se  ne  brisast  li  fus, 
et  Tholomes  fiert  lui  de  1'  branc  qui  fu  moins.  20 

mult  par  fu  bien  l'estors  d'ambes  ii.  pars  férus, 
de  sanc  et  de  cierviele  fu  mult  grans  li  palus  r 
grant  force  ot  l'amiral  quant  ne  s'est  remeus. 
*chi  refu  li  esters  de  ii.  pars  bien  férus, 
et  li  Grijois  les  fièrent  de  lor  acier  moins.  25 

Macabrins  esporone  le  destrier  de  Castiele, 
plus  tos  le  fait  aler  que  ne  vole  arondele; 
va  férir  i.  Grijois,  l'escu  11  escantiele^ 
et  l'auberc  li  fausa  par  desous  le  mamele. 
après  li  a  trancié  et  cemise  et  gonniele  .  30 

et  le  fier  et  le  fust  li  met  desous  le  siele , 
que  par  derier  le  dos  li  a  mis  l'alemele; 
en  paint  le  de  vertu,  jus  le  met  de  la  siele, 
puis  a  traite  l'espée  ki  luist  et  estincele, 
et  va  férir  i.  autre  ki  porte  i.  roiele.  35 

autresi  le  trancia  com  se  fust  une  astiele; 

1)  Fiiote  crut,    2)  vint.    3)  tciier  Mtriêrê.    4)  Bgtinmierê.    5)  «  loê 
friê,    6)  eom  home,    7)  espuartde. 


HOET  DU  ROI  SORIN.  441 

tout  li  a  espandu  le  sanc  et  le  cenrele. 

„par  fois,  dist  Tamiraus,  ceste  cose^  est  mult  bêle; 

„cis  doit  avoir  amor  et  déduit  de  puciele." 

Macabrins  Tholomé  par  son  droit  non  apiele, 

et  dit  c'or  li  estuet  une  bière  noyele.  5 

Quant  Tholomes  oi  que  il  fa  ranpronés, 
le  ceyal  esporonne  par  ans  ii.  les  costés» 
li  espius  qu'il  porte  fu  Macabrin  privés» 
quar  ses  escus  en  est  fendus  et  estroés , 
li  haubers  de  son  dos  ronpus  et  desfausés;  10 

le  lance  li  a  mise  par  ans  ii.  les  costés» 
en  paint  le  par  vertu,  Macabrins  est  versés; 
por  le  pl|iie  k'il  ot,  s'est  iiii.  fois  pasmés. 
quant  le  voit  Tamiraos,  à  poi  n'est  forsenés 
et  a  dit  à  ses  hommes:  „ot  sui-je  mal  menés.  15 

^Macabrins  est  ocis  u  il  est  afolés; 
^gardes  que  soit  vengiés,  par  Deu,  or  en  penses.'* 
et  cil  ont  respondu:  ,,si  com  vous  commandes.'' 
à  Tensegne  qu'il  crie  vient  ses  rices  bandés; 
ë  r  premier  cief  devant  ot  plus  de  m.  armés.  20 

signer,  li  vilains  dist  et  si  est  vérités: 
F.  68'  „teus  vient  son  doel  vengier,  sour  li  est  tos  tomes." 

Quant  l'amiraus  voit  mort  Macabrin  et  sa  gent, 
se  proecce  regrete  et  son  fier  hardement, 
et  dist  jamais  n'ert  lies,  se  n'en  a  venjement;  25 

dont  escria  s'ensegne,  si  que  sa  gens  l'entent, 
entor  lui  sunt  venu  plus  de  m.  et  vii*-, 
puis  joustent  as  Grijois  mult  aireement; 
teus  cai  en  lé  route  qui  bien,  ne  mal  ne  sent, 
les  cevaus  l'amiral  les  menus  sans  porprent,  30 

le  règne  U  lasca  et  ne  1'  fait  mie  lent; 
mult  durement  le  hurte  et  met  l'ensegne  au  vent; 
va  férir  i.  Grijois  que  tout  l'escu  li  fent, 
t<mt  com  anste  li  dure,  de  1'  ceval  li  destent.' 

Li  esters  fu  mult  grans  et  li  bataille  fière;  35 

Macabrin  ont  coucié  desous  une  litière, 
et  Grijois  enportèrent  le  lor  ki  gist  en  bière. 
1)  Jouiie.    2)  dêseent. 


442  MORT  DU  ROI  80RIN. 

Tamiraus  ot  grant  force,  se  yait  cacier  arrière, 

et  Grîjois  sont  mult  preu,  ni  a  celui  n'i  fière. 

le  mesnie  Alixandre  vient  toute  une  carière/ 

Alixandres  premiers,  ne  fu  mie  derière; 

la  lance  que  il  porte  ne  fu  pas  de  bruière;  5 

pesans  fust  à  i.  autre,  mais  lui  estoii  legière. 

desor  a  fait  lacier  de  pale  une  banière, 

va  férir  i.  des  lor  sor  le  targe  legière, 

c'onques  ne  Y  pot  tenir  poitraus,  ne  estrivière, 

que  il  ne  Tabatist  en  mi  le  sablonière.  10 

lors  s'escria  li  rois  à  le  hardie  eière: 

„signor ,  or  i  féres ,  li  bataille  est  plenière.'' 

par  là  ù  li  rois  va,  est  mult  grans  la  pounëre, 

plus  de  vii'*  i  lesse  gisant  en  le  carière. 

Li  mesnie  Alixandre  vint  le  travers  de  V  moni  15 

et  sont  plus  de  ccc.  devant  è  V  premier  front; 
li  arcier  vont  devant  qui  vivement  le  font; 
si  c' Alixandres  va,  le  grant  presse  deront. 
quant  sunt.' as  paoniers,  très  par  mi  ans  s'en  vont; 
les  fuiant  vont  férir  et  des  mors  firent  pont  20 

quan  que  li  rois  ataint,  tout  desront  et  confont. 
à  ses  hommes  parole,  dou  férir  les  somont. 
*par  devant  la  cité  avoit  i.  pont  reont 
là  s'areste  Alixandres  et  cil  ki  o  lui  sunt; 
puis  retornent  arrière  et  par  vaus  s'en  revont.'  25 

Alixandres  revient  o  s'esciele  è  l'aval, 
et  sunt  è  1'  premier  front  plus  de  c"***  roial; 
trestout  sunt  si  ami  et  home  natural. 
li  paounier  s'en  vont  ki  avoient  trop  mal. 
Alixandres  li  rois  ki  coisi  Tamiral,  30 

des  esporons  à  or  fait  corre  le  ceval, 
i.  cop  li  a  douné,  ains  m^is  ne"  reçut  «tal, 
de  Tescu  li  froisa  le  brogne  de  crestal, 
par  mi  le  cors  li  met  l'ensegne  de  cendal, 
et  tout  li  a  ronpu  le  caingle  et  le  poitral.  35 

après  roi  Alixandre  poignent  tout  si  vasal, 
1)  coêlière.    2)  vint.    3)  à  FawUrai  s^afont.    4)  r"*- 


HOET  DU  ROI  80R1N.  443 

Tamiraus  est  ceus  por  le  plaie  mortal; 
Alixandres  li  rois  pris!  sour  lui  son  estai. 
Alixandres  s'areste  et  a  traite  Tespée; 
n'avoit  encore  pas  le  ramprone  oubliée 
que  li  ot  par  le  brief  le  parole  mandée;  5 

l'amiral  en  donna  une  si  grant  colée 
que  le  teste  o  tout  l'elme  li  a  de  Y  bu  sevrée, 
à  tant  fu  se  mesnie  toute  desbaretée, 
et  cil  à  pié  s'enfuient  à  yal  une  valée. 
Alixandres  li  rois  a  se  gent  apelée,  10 

F.  69*  et  dist  une  parole  ki  bien  fu  escoutée: 

„que  n'ocient  mais  nul  de  caus  de  la  contrée, 

„se  loiautés^  m'estoit  et  plevie  et  jurée, 

„li  cités  nos  seroit  de  li  aseurée.''^ 

de  mentres  que  li  rois  se  cose  a  deyisée  15 

Tbolomes  et  li  sien  ont  l'angarde  avalée 

et  brocent  les  cevaus,  lor  voie  ont  mult  hastée. 

ancois  que  li  fuiant  veniseiit  à  l'entrée, 

ot-il  prise  le  porte  qu'il  trouva  desfremée. 

venus  est  à  l'ester,^  aine  ne  li  fu  vée,  20 

et  l'ensegne  Alixandre  a  deseure  levée. 

quant  li  rois  Alixandres  ot  icou  esgardée 

il  a  dit  en  riant:  „ce8te  m'est  destinée. 

„qui  la  tour  a  saisi,  m'amors  li  est  privée/' 

Alixandres  s'areste  de  desor,  en  la  prée,*  25 

sa  gent  est  descendue  et  après  désarmée. 

Tbolomes  a  la  tour  et  le  cité  saisie, 
et  li  cans  est  vencus,  la  bataille  finie. 
Alixandres  li  rois  fait  mult  grant  cortoisie; 
à  ses  bommes  commande  et  bautement  lor  crie:  30 

„garde8  que  i.  des  lor  i.  des  vos  n'i  ocie;* 
„quar  se  loiautés  m'est  et  jurée  et  plevie, 
„toute8  lor  irelés  aient  en  lor  baillie.*' 
li  boijois  de  la  vile  quant  il  ont  cou  oie, 
cescuns  d'aus  li  créante  bonement  et  afie.  35 

Alixandres  apiele  de  se  gent,  si  lor  prie, 

1)  feuiéê.    2)  lor  rendrm  ptitêment  délivrée.    3)  h  lor.    4)  êoê  /« 
vile  à  Feutrée.    5)  loue  eeue  n*i  perde  mie  la  vie. 


444  MOET  DU  ROI  SORIN. 

Toisent  querre  les  mors,  que  nus  ne  Y  contredie. 
il  meismes  i  va,  à  -grant  ceyalerie; 
Tamiral  a  fait  mestre  en  i.  drap  de  Rosie 
et  tous  ses  conpagnons  que  i.  n'en  i  oublie. 

Ses  hommes  fait  li  rois  ricement  entierer;  5 

puis  fait  faire  i.  carnier,  si  com  Toi  conter. 
les  autres  mors  fet  prendre  et  iluec  aporter; 
l'amiral  et  yii.  rois  a  fait  laiens  porter, 
c.  et  I.  cirges  fist  li  rois  aluroer, 

les  cors  fait  ricement  couvrir  et  enbasmer^  10 

et  l'amiral  commande  ricement  conraer; 
fit  lui  tel  sépoutoure  qui  mult  fist  à  loer. 
se  bien  le  vus  voloie  et  dire  et  deviser, 
je  ne  poroie  mie  trestout  bien  ramenbrer. 
en  tout  le  mont  n'ot  tel,  bien  le  puis  afier;  15 

fors  que  seul  Alixandres  il  n'ot  è  Y  mont  son  per, 
et  nequedent,  se  vus  me  volies  escouter, 
le  vreté  vus  dirai,  se  je  puis  assener, 
de  bon  marbre  et  d'ivore  furent  tôt  li  piler; 
le  fondement  desous  fait  ricement'  ouvrer,  20 

*et  à  fier  et, à  plonc  fait  ricement  ouvrer,' 
et  l'autre*  de  desor  si  hautement  lever, 
i.  hom  n'i  peust  mie  d'une  piere  jeter, 
desour  les  iiii.  voltes  iiii.  arbres'  fet  poser, 
par  itele  mestrie  là  dedens  saieler,  25 

se  nus  por  soi  déduire  va  iluec  ^iscoter, 

*  de  pic  u  de  martel  s'il  i  .daigna  hurter, 
adonques  ora  harpes  tant  doucement  sonner; 
se  voloit  en  son  cuer  le  raison  porpenser, 

ce  li  seroit  avis  que  il  oroit  harper;  30 

les  ii.  harpes  commencent  l'amiral  A  regreter 
Par  desor  les  iiii.  ars  iiii.  lampes  pendoient; 

*  par  art  de  ingremance  en  air  se  sostenoient. 
ce  dient  por  voir  cil  qui  les  lampes  veoient, 

qu'eles  pendoient  en  l'air,  mais  à  riens  ne  tenoient     35 

1)  ouvrir  »t  Ventralle  gefer  et  laver  de  hUme  vin  et  bien  enM^ 
seater*  2)  d'mmmit.  3)  les  fuarimtx  seidèr.  4)  la  volte.  5)  et  desêue 
hê  ^arriauê  iiii.  harpes. 


HOET  DU  ROI  SORIN.  445 

et  nuit  et  jor  les  lampes  mult  clerement  ardoient 
*si  que  nule  liceur  por  ardoir  n'i  metoient. 
F.  69^  à  iiii.  ars  par  dedens  qui  tout  cou  sostenoient, 
trestout  sexxV  l'amiral  de  colors  i  paignoient; 
et  desour  trestout  cou  les  lettres  escrisoient,  5 

les  fais  teus  com  il  erent,  trestous  les  devisoient. 
cou  est  vis  à  tous  caus  qui  bien  les  esgardoient  | 

que  fust  cose  Tirant  le  painture  que  voient. 

de  piere  u  de  martiel  quant  i.  poi  i  toucoient,  | 

les  harpes  retentisent  que  rolentiers  ooient.  10  ' 

ayoec  ceste  merrelle  i.  autre  en  i  faisoient; 
cil  ki  ne  Tont  yeue,  mult  à  envid  le  croient.' 

D'une  yerde  esmeraude  ont  fait  le  sépulture; 
ases  est  longe  et  lée,  trestoute  à  sa  mesure, 
or  vus  dirai  après  quels  est  sa  couyreture;  15 

d'eles  d'alerion  et  est  de  tel  nature^ 
cose  qu'en  est  couyerte,  ne  doute  poureture, 
et  si  furent  sor  dos  que  n'i  paradt  jointure; 
qui  se  main  i  metroit,  tos  aroit  grant  ardure. 
*puis  fisent  d'Apoliû  tresjeter  la  faiture;  20 

trestoute  est  de  fin  or;  yli.  pies  ot  de  mesure, 
li  oel  sunt  de  topasse,  si  com  dist  rescriture» 
au  cief  li  ont  assis  trestout  une  estature; 
plus  de  m.  mars  d'or  fin  en  vaut  li  vesteure. 

Rice  est  la  sépulture,  liom  ne  sot  si  yallant.  25 

l'amiral  ont  mis  en»,  onor  li  fisent  grant; 
car  Apolin  posèrent  à  son  cief  en  estant, 
de  fin  or  tresjeté,  de  mult  rice  samblant. 
en  molle  i  sunt  fondu  de  laiton'  ii.  enfant; 
sor  pies  les  ont  dreciés,  mult  furent  avenant.  30 

cescuns  ot  i.  escu  d'or  et  fort  et  pesant;* 
*à  deux  bastons  d'argent,  se  vont  grans  cols  donant; 
com  autre  campion  vont-il  esciermissant 
puis  que  cil  s'en  iscirent,  qui  fisent  tel,  encant, 
n'i  vit-on  puis  entrer  nés  une  riens  vivant  35 

por  cel  fist  Alixandres,  si  c'on  trueve  lisant, 
ne  vot  que  nus  i  outre  qui  loj  fust  forfaisant, 
1)  iauê  UêfuU.  2)  à  piieê  ne  V  erêrai^ni.  3)  eeure»  4)  fin  respiendiêêmU, 


446  MORT  DU  ROI  SORIN. 

qui  le  trésor  enport  qu'il  a?pie  gisant. 

et  quant  il  sera  mors,  ne  viut  que  nus  s'en  Tant, 

de  l'avoir  qu'il  i  mist,  ne  face  à  son  talant. 

desi  as  iiii.  tentes  yienent  li  paisant, 

de  piere  u  de  martiel  ù  fièrent  li  auquant,  5 

por  escoter  le  son  des  harpes  et  le  cant. 

n'i  a  hom  si  hardi  qui  ost  aler  ayant; 

quar  se  il  i  aloit,  de  mort  n'aroit  garoit  garant. 

Si  fu  haute  li  tors  c'on  le  peust  coisir 
de  xxxiiii.  liues»  ne  vus  en  quier  mentir.  10 

encore  en  pories-vus  autre  mervelle  oir; 
n'i  peussies  jointure  ne  veir,  ne  coisir. 
quant  il  l'orent  levée,  trestout  à  lor  plaisir, 
*d'un  tôt  seu  capital  le  font  desus  covrir, 
i.  oisiel  de  fin  or,  por  celé  oeuvre  aconplir.  15 

*font  sur  le  chapitel  par  grant  engien  tenir. 
*i.  chalemel  d'argent  li  font  du  bec  issir; 
quels  vens  que  il  i  vente,  quant  il  8*1  puet  férir, 
trestous  icaus  qui  l'orent,  fait  celé  part  venir, 
puis  le  font  par  dehors  tout  de  fin  or  brunir;  20 

quant  li  solaus  reluist,  tous  le  fait  esclarcir, 
*que  tos  cex  qui  Tesgardent  fait  les  ex  esbleuir. 

Li  batalle  fu  faite  et  prise  li  cités, 
l'amiraus  fu  ocis  et  ses  rices  bamés. 
Alixandres  li  rois  de  cou  fist  que  sénés,  25 

qui  as  boijois  douna  totes  lor.ireté8, 
por  cou  que  li  ont  fait  toutes  ses  volentés. 
en  la  tor  de  Babel  en  est  li  rois  aies: 
*que  li  gaiant  fremèrent  por  lor  grant  poestés 
„e  Dex,  dist  Alixandres,  com  or  su!  ounorés,  30 

„quar  ceste  tiere  est  mole  et  trestous  li  règnes. 
„Qr  voel  de  si  à  poi  estre  rois  coronés, 
F.  69'  »et  desour  tout  le  mont  estre  sire  clamés.'* 
dusques  à  le  quinsaine  fu  li  termes  posés; 
dont  fait  ses  bries  escrire,  ses  honunes  a  mandés         35 
de  par  toutes  les  tieres  ù  il  a  poestés. 
Sanses  i.  hom  Famural  qui  estoit  esciq[>és, 
il  n'estoit  mie  mors,  mais  i.  poi  ert  navrés; 


MORT  DU  ROI  80RIN.  447 

cil  a  dist  tel  parole  dont  mult  fu  escoutés: 

„8ire,  roU  Alixandre,  envers  moi  entendes; 

„ne  vus  Toel  pas  desdire»  por  noient  yos  yantes. 

„encor  sai-jou  tel  tiere,  de  cou  est  vérités , 

,,ains  que  Taies  conquise,  à  faire  ares  asses."  5 

et  a  dit  Alixandres  :  ,,amis,  c'or  le  nomes.'* 

—  sire,  je  Y  vus  dirai,  quant  savoir  le  voles. 
„Amasone  est  i.  règdes  des  flues  avironnés 
„et  est  tous  11  pais  de  femmes  abités, 

,,que  n'i  a  1.  seul  homme  qui  de  mère  soit  nés.*'  10 

,,Encore  jà  tout  ë  Y  mont,  n'est  hom  qui  m'en  desdie, 
„mult  est  preus  la  roine  qui  les  pucieles  guie. 
„une  fois  en  tout  Tan  ont  Dame  conpagnie, 
„et  quant  sunt  asamblées  passent  Meothedie, 
„c'est  i.  fluns  de  la.  tiere  qui  Tavirone  et  lie.  15 

„à  une  feste  en  Tan  ki  lor  est  establie, 
„li  chevalier  i  vont  cescuns  d'aus  por  s'amie. 
„là  parolent  d'amors  et  de  cevalerie 
;,et  font  lor  volentés,  trestout  par  druerie. 
„se  nule  i  est  encainte  et  li  enfes  ait  vie,  20 

„por  coi  il*  soit  vaUes,  de  riens  ne  se  detrie;' 
„son  père  le  tramet  qu'il  Tait  en  mainbrunie. 
„et  se  cou'  est  puciele,  o  sa  mère  est  norie.'' 

—  par  Dieu,  dist  Alixandres,  or  ai  merveUe  oie. 

„se  jou  icele  tiere  ne  n'ai  en  ma  baUlie  25 

„et  jou  ne  puis  sour  eus  avoir  la  signorie, 
„dont  porai-je  bien  dire:  ma  proecce  est  falie. 
„le  matin  moverai  quant  l'aube  ert*  esclairie/' 

„Alixandre,  dist  Sanses,  li  tiere  est  si  sauvage 
„*i  fluns  l'acaint  entor  dont  hait  sunt  le  rivage.  30 

„envis  i  trouvères  pont,  voie  ne  passage. 
„mult  est  preus  la  roine  qui  tient  cel  iretage 
,',et  toutes  les  pucieles  sunt  mult  de  haut  parage; 
„armes  sevent  porter  et  faire  vaselage. 
,jà  n'iert  icele  tiere  conquise  sans  damage;  35 

„ancois  que  l'aies  prise,  i  feres  lonc  estage." 
quant  l'oi  Alixandres,  si  bronca  le  visage 
0  cê  ftf't'l.    2)  là  ne  remaitUra  mie.    3)  eie. 


448  MORT  DU  ROI  SORIN. 

et  quant  se  redreca,  si  a  dit  son  corage: 

„se  ne  la  puis  conqueire,  ne  me  tieg  pas  à  sage, 

„et  s'eles  ne  me  donent  u  les  cens  u  passage. 

—  eles  n'ont  onques  cure  de  faire  mariage; 

„mais  une  fois  en  Tan  asamblent  par  lor  rage/'  5 

—  par  foi,  dist  Alixandres,  ains  i  lairai-jou  gage, 
„que  ne  lor  face  rendre  u  tohniu  u  trevage/' 

„Signor,  fait  Alixandres,  or  est  remes^  li  jours 
„de  porter  ma  coronne,  de  partir  mes  ounours/' 

—  sire,  ce  li  dist  Sanses,  mult  sunt  de  grans  valors;  10 
,,sacies  qu'en  nule  tiere  n'a  chevaliei^s  millours 

,,por  maintenir  tornoi,  ne  guerre,  ne  estors/' 

—  par  Dieu,  dist  Alixandres,  se  n'es  traitor'  à  mes  mors; 
„donques  ne  sui  pas  nés  de  gentius  ancisors 

„qui  de  r  règne  de  Grese  orent  les  mestres  tors."       15 
encor  le  dist  Lucans  qui  est  sages  aûctors 
que,  de  tous  caus  du  siècle  fu  Alixandres  flors 
des  rois  qui  sunt  en  tiere  et  des  empereors. 
F.  69'  loTs  fait  li  rois  remaindre  de  ses  hommes  plusiors 

por  resaner  lor  plaies  et  garir  lor  ounors,^  20 

et  à  m.  peouniers  fu  donés  li  séjors; 

se  il  en  a  mestiers  que  li  facent  souscors. 

lendemain  sunt  monté  es  destriers  coreors 

et  11  rois  fait  souner  ses  cors  et  ses  tabors; 

ayoec  lui  maine  Sanse  qui  est  ses  ravasors.  25 

Or  en  va  Alixandres  pour  itele  occoison 
qui  Tout  yeir*  le  tiere  ù  n'a,  se  famés  non, 
et  maine  avoeques  lui  son  veneor*  Sanson, 
Ariste  et  Philotes,  Perdicas  et  Caulon. 
Lincanor  est  remes  par  tel  devision  30 

que  Babilane  gart,  le  tor  et  le  dognon, 
et  a  en  sa  bailDe  toute  la  région. 
or  en  ya  Alixandres  par  grant  aatison, 
pain  et  yin  fait  porter  et  antre  garison; 
au  cief  de  xy.  jors,  ce  conte  la  lichon,  35 

une  jomée  près  tendi  son  payillon; 
lendemain  soujorna  il  et  tout  si  baron, 
1)  rèitif#.    2)  êê  Hê  pert,   3)  dohrs.   4)  qu'il  veut  avoir,   b)  vavaêor. 


MORT  DU  ROI  SORIN.  449 

une  espie  envoia  bêlement  à  laron 

por  cierkier  le  passage  entor  et  environ. 

et  celé  nuit  meisme,  ne  dirai  se  voir  non, 

la  dame  de  Masone  avint  à  vision.**  l 

En  sonje  raervillous  a  songié  la  roine  5  I 

k'il  avoit  une  pie,^  en  la  salle  perrine  l 

qui  avoit  paones'  que  après  soi  traine  I 

de  devers  Babilone,  trestoute  une  gastine. 

vint  i.  aigle  volant  par  mult  grant  aatine,  i 

qui  li  voloit  tolir  ses  faons  par  envie;*  10  \ 

mais  o  ses  paones  s'enfuit  en  la  quisine; 
quant  ele  i  dut  entrer,  si  cai  jus  sovine. 
lendemain  par  matin,  manda  une  devine, 
en  i.  gardin  le  maine  desous  i.  aubespine; 
ilueques  sunt  asises,  Tune  à  l'autre  s'acline.  15 

la  roine  parole  et  dist  à  la  devine:'^ 
„à  mie  nuit  sonjai,  par  desous  le  gordine, 
„i.  sonje  mult  estrange;  ne  sai  que  il  devine/' 

Le  songe  li  conta,  c'ele®  le  vint  oir, 
et  quant  ele  Toi,  si  jeta  i.  souspir;  20 

en  plorant  li  a  dit,  ne  s'en  pot  astenir: 
„dame,  trestous  les  sonjes  doit-on  bien  avertir; 
„vus  esteres  li  penne,'  n'i  poes  pas  falir. 
„i.  rois,  cou  ert  li  aigles,  ne  vus  quier  pas  mentir, 
„par  force  vous  voira  vo  roiaume  tolir.  25 

„u  vos  i®  conbatres,  ne  V  pores*  pas  soufrir; 
„u  vus  voellies  u  non,  vus  estera  soufrir.*® 
„puis  que  11  cose  est  faite,  tart  ert  de  V  repentir." 

Le  conseil  est  fini,  la  roine  le  croit, 
en  son  pales  en  vont,  si  s'est  asise  à  droit,**  30 

le  cote  de  fin  pale  qui  en  sen  lit  estoit.  *  ' 
estes  une  puciele  qui  à  poignant  venoit 
sor  i.  destrier  d'Espagne  qui  mult  tos  acoroit; 
quant  le  voit  la  roine,  gentement  li  disoit: 
„ Jupiter,  li  haus  Dex  qui  haut  siet  et  lonc  voit,  35 

1)  vU  une  aviêion,     2)  ffoe.     3)  yaonciaux,    4)  ravine.     5)  nuiteine. 
6)  k'êlê,    7)  f»o«.    8)  à  iui  vue,    9)  foriier.     10)  eonvenra  fuir,    11)  raiV, 
maintemmt  êê  eoieoil.     12)  sont  de  paie  eor  eoi  ele  gieoit. 
u  Ro«m«M  i'AlïxMnârt.  29 


450  MORT  DU  ROI  SORIN. 

„icil  saut  la  roine,  si  com  faire  le  doit; 
„Juno  li  doinst  rikecce,  et  Pallas  li  otroit: 
„yénus  li  doinst  amor  ù  ele  bien  l'enploit. 
„nouveles  li^  sai  dire,  s'ele  vint'  or  en  droit; 
„jou  ne  li  celeroie  por  nule  riens  qui  soit.  3 

„Diane,  li  dieuesse,  as  autres  Dex  en  proit, 
F.  70*    y,qfxi  sauve  le  roine  ens  en  cel  grant  destroit/' 

—  queles  sunt  les  noveles?*'  et  celé  U  disoit. 
La  roine  commande  descendre  le  puciele; 

lors  commença  à  dire  et  conter  la  novele:  10 

„de  devers  Babilonne,  ce  dist  la  damoisiele, 

,,a  i.  rois  '  Alixandres ,  se  gent  issi  Tapiele  ; 

^fortune  Ta  levé  tout  en  son  sa  roiele. 

,,maint  prince  a  afolé  et  abatu  de  siele; 

„Ii  gent  que  il  conduit  est  hardie  et  isnele.  15 

„tout  le  mont  a  conquis,  durement*  se  révèle, 

„fors  seulement  ceste  ille,  ele  li  samble  bêle, 

„et  joustera  ensanle  li  maie  o  le  fumele; 

„se  il  puet  esploitier,  de  vus  fera  s'anciele/' 

quant  li  roine  Tôt,  si  rougist  qu'estincele ,  20 

desfuie  son  mantiel,  reluist  en  sa  cotiele; 

i.  petit  s'enbronca,  sa  main  à  sa  maisiele. 

„Dites-moi,  damoisiele;  est  ce  dont  vérités. 
,Je  voel  savoir  por  voir  comment  vus  le  saves.*' 

—  dame,  je  Y  vus  dirai,  quant  savoir  le  voles.  25 
,Je  m'en  estoie  alée  hui  matin  à  ces  gués; 

„là  estoit  i.  batiaus  venus  et  arivés 
„qui  venoit  de  Masone,  isniaus  et  abrievés. 
„quant  il  fu  à  la  rive  ataciés  et  fremés, 
yj'alai  poignant  vers  aus,  s'es  ai  ar^isonés.  30 

„caus  qui  dedens  estoient  vi-je  mult  esfreés, 
„et  jou  lor  demandai:  biau  signer,  dont  venes? 
„dirent  que  Tos  venoit  qui  grande  estoit  asses  ; 
„por  le  paor  de  l'ost^guerpie  ert  li  cités.'* 
quant  la  roine  Tôt,  mult  fu  ses  cuers  irés:  35 

bien  sot  que  or  estoient  ses  songes  avérés, 
li  consaus  de  ses  dames  fu  mult  tos  asamblés; 
1)  9Uê.  2)  se  voiM,  3)  viMi  H  rais,  4)  éê  eoi  il.  5)  paaur  ^Atwmnâré. 


MORT  DU  ROI  SORIN.  45 1 

quant  fu  de  tous  ses  hommes*  venus  et  aunes: 

„dame,  fait  la  roine,  i.  petit  m'entendes. 

„i.  rois  de  Babilone,'  grans  est  sa  poestés, 

„tout  le  mont  a  conquis  par  sa  très  grans  bontés, 

„fors  seulement  celui,  cis'  li  est  lien  loés.  5 

„tant  est,  cou  oi  dire^  d'ayarise  enbrasés, 

„de  trestout  l'or  de  V  mont  ne  seroit  asasés." 

dist  une  sage  dame:  „et  vus  li  trametes 

„cargié  iiii.  ceyaus  et  v.  mus  séjornés." 

—  dame,  si  ferai-jou  quant  vous  le  me  loes/'  10 

ii.  pucieles  apele,  plaines  de  grans  bontés. 

ains  encore  li  flos  ne  fu  d'eles  pasés, 

n'ainc  encore  ne  fu  fraite  lor  caestés. 

„ales,  fait  la  roine,  ii.  grans*  cors  conrees, 

„au  fort  roi  Alixandre  mon  présent  conduires;  15 

„proies  li  doucement  que  li  prenge  pités, 

„que  ne  soit  ma  tiere  arse  et  mes  pais  gastés. 

„cescun  an  ses  commans^  li  ert  abandonnés;^ 

„*ains  qu'il  parte  dé  moi  en  ert  aseurés." 

Flore  et  sa  conpagne  montent  isnelement;  20 

cescune  estoit  vestue  bêle  et  cortoisement. 
Flore  ot^  i.  bliaut,  mult  fu  à  son  talent; 
sa  cars  pert  bêle  et  tenre  par  le  detrancement. 
ses  palefroi  est  près;  li  frains  n'ert  pas  d'argent; 
ains  estoit  de  fin  or,  ouvrés  soutiuement,  25 

et  Flore  i  est  montée,  c'a  estrier  ne  s'i  prent 
Biautes  vest  i.  bliaut,  i.  mult  cier  garniment 
*à  aigles  de  fin  or  issi  menuement 
et  fu  plus  noirs  de  meure  et  samble  airement; 
li  mantiaus  de  meisme,  se  Testore  ne  ment.  30 

li  palefrois  fu  biaus,  frain  ot  et  bel  et  gent; 
F.  70^  Biautes  i  est  montée  mult  acesmeement. 

Des  soumiers  i  ot  mors,®  mult  ricement  cargiés, 
et*  rices  dras  de  soie  et  de  pales *^  ploies, 
et  de  fin  or  d'Arrabe  qui  mult  est  convoitiés.  35 

1)  totêê  paré.  2)  ehi  eienl  roi  Aiixandrêê.  3)  eêête  ilte  fut.  4)  voê 
biax.  5)  #*$/  eommumdê,  6)  treuê  livrés,  7)  vest  8)  neuf.  9)  de. 
10)  eêtroiUmêHt. 

29* 


452  MORT  DU  ROI  80RIN. 

encor  fu  li  présens  durement  esforciés, 

XXX.  hanas  de  safre,  de  tel  teinpre  aliiés; 

jà  por  ceir  à  tiere  i.  n'en  sera  brisiés. 

Salemons  le  fist  faire,  qui  mult  fu  visiiés/ 

ains  que  veist  la  dame  par  oui  fu  engigniés.  5 

*  la  roine  parla:  ^damoisele^,  oies; 

„mon  aniel  li  portes  ayoec,  par  amistiés; 

„proies  li  doucement  que  li  prenge  pitiés, 

„que  il  n'arde  ma  tiere,  que  ce  seroit  peciés.*' 

Après  d'or  et  d'argent  iiii.  soumiers  ara;^  10 

Alixandre  le  roi  le  présent  envoia, 
après'  ses  ii.  pucieles  doucement  li  proia: 
cascun  an  si  commande,  autretant  en  ara. 
à  m.  de  ses  pucieles  la  roine  monta, 
dusc'à  Meothedie  le  présent  conyoia;  15 

sor  le  rive  s'estut,  de  mentres  que  pensa.* 
tant  que  les  pot  veir  tousjors  les  esgarda. 
Alixandres  iluec  i  seul  jor  s.éjorna 
et  li  garçons  revint  qui  le  pais  cerkia. 
lendemain  par  matin  Alixandres  monta;  20 

ne  vot  pas*^  séjorner,  toute  Tos  s'en  ala 
et  est  tant  esploitiés  que  une  ille  trova; 
en  i.  pré  descendi,  ilueques  séjorna. 
Dans  Clins  et  Aristes  desor  i.  mont  monta, 
por  l'angarde  porprendre  s'ensegne  i  ficha.  25 

Entre  Fiore  et  Biauté  cevaucent  à  baudor 
et  cevauce  cescune  i.  mulet  ambleour, 
et  devant  soi  mènent  i.  destrier  misaudor. 
cantent  une  cancon,  à  ton  de  grant  doucor, 
d'un  vallet  qui  jà  fu,  ce  content  li  auctor;  30 

onques  si  biel  ne  virent  trestout  no  ancissor. 
por  cou  que  de  biauté  avoit  si  grant  valor, 
amer  nule  puciele  ne  degna  par  amor. 
une  mésaventure  li  avint  à  i.  jor; 

vint  à  une  fontaine,  tout  las  de  son  labor,  35 

en  l'iave  voit  son  onbre,  d'amor  ot  tel  tanror 
que  plus  le  convoita  que  oiseles  le  jour. 
1)  emigniêê.    2)  earga.    3)  et  par.    4)  •'/  ffoêêa,    5)  plus. 


MORT  DU  ROI  SORIN.  453 

tant  vint  à  la  fontaine  et  mena  sa  dolor 
que  li  Dieu  le  muèrent  en  une  bêle  flour. 

Entre  Flore  et  Biauté  ce^aucent  à  bandon, 
*  traire  fait  devant  li  cascune  son  Gascon, 
amblent  lor  palefrois ,  cantant  une  cancon  :  5 

à  hautes  vois  le  dient  haut  et  à  mult  cler  ton. 
Dans  Clins  et  Aristes,  ambedoi  li^  baron 
cevaucèrent  derière,  andoi  li  conpagnon, 
quant  oirenl  le  vois,  sacies,  mult  lor  fu  bon; 
cescuns  tire  son  frain,  si  s'apuie  à  Tarcon.  10 

Aristes  premerains  commença  sa  raison: 
,,ahi,  Dex,  biaus  dous  sires,  par  ta  béneicon, 
„est-cou  vois  de  Sienne'  dont  nus  oous  le  son." 
lors  a  par  devant  soi  apielé  i.  garçon: 
,»amis,  va  moi  là  sus,  desi  à  ce!  buison.  15 

„à  aler  t'i  convient  par  tel  devision 
„que  me  saces  à  dire,  si  aras  guerredon, 
„se  cou  est  vois  de  famé  qui  cante  à  si  haut  ton.'' 
11  gars  s'en  est  tomes,  qui  convoita  le  don;' 
bien  près  d'une  lîue  a  couru  de  randon,  20 

delés  une  forest  a  pris  arestison, 
F.  70^  voit  venir  tes  pucieles  qui  ont  gente  façon. 

Quant  eles  le  coisisent,  tantos  l'ont  apeté; 
Flore  fu  mult  cortoise ,  si  l'a  araisoné  : 
„amis,  dont  estes-vus?  ne  me  soit  pas  celé.'*  23 

il  11  a  respondu:  „jà  ores  vérité. 
„se  savoir  le  voles,  je  sui  à  Aristé, 
„*un  baron  d'Aliiandre,  le  fort  roi  couronné. 
„raugarde  fait  de  l'ost  par  mult  grant  feauté; 
„Dans  Clins  le  fait  o  lui,  qui  est  plains  de  bonté.'*       30 

—  amis,  dist  la  puciele,  par  votre  loiauté, 
„por  cou  que  il  vus  soit  encor  gueredoné, 
„dites  votre  signor,  je  V  manc  par  amisté, 
„se  nos  voloit  conduire  devant  son  avoé, 

„mu]t  l'en  amenons  et  en  sarons  bon  gré.''  35 

—  volentiers,  dist  li  gars,  ja  n'en  ert*  trestorné." 

1)  wee  ex  lor  baron.   2)  Seraino.   3)  sans  nuU  arestUon.    4)  ne  #ofif. 


454  MORT  DU  ROI  SORIN. 

atant  s'en  est  tornés/  n'i  a  plus  demoré, 

et  a  premièrement  son  signor  encontre. 

*  tantôt  comme  il  le  toi,  celi  a  escoaté: 

^mervelles  vus  dirai,  ne  Tai  pas  controuvé/' 

por  icele  parole  sunt  andoi  aresté.  5 

Dans  Clins  a  respondu^  „di  que  as  enpensé. 

„gueredon  en  aras,  ains  que  soit  arespré/' 

Des  palefrois  descendent,  puis  montent  es  destriers, 
li  garçons  li  enmaine  tous  les  cemins  pleniers 
dusques  as  ii.  pucieles  qui  ont  les  cors  légiers;  10 

quant  les  pucieles  voient  ans  ii.  les  chevaliers, 
mult  tos  les  en  amèrent  et  tenîrent  mult  ciers. 
Dans  Clins  parla  avant  et  salua  premiers: 
„cil  Dex  qui  maint  en  haut,  vos  doinst  vos  désiriers." 
et  dit  à  Ariste:  „Dex  saut,  biaus  soudoiers;  15 

„conpagne  prenderoie  à  i.  d'aus  volontiers/' 

Aristes  et  Biautes  parolent  en  recoi; 
il  le  tient  par  le  règne  de  l'ambiant  palefroi. 
„puciele,  s'il  vus  plest,  dites  par  votre  foi, 
„se  estes  fille  à  conte  u  à  duc  u  à  roi.  20 

„bien  pert  à  le  biauté,  ciertes  que  en  vous  voi, 
„que  estes  gentius  femme  et  de  rice  conroi. 
„se  jou  vus  voel  amer,  autresi  âmes  moi.*' 

—  sire,  dist  la  puciele,  par  le  foi  que  vus  doi, 
„*vous  dites  votre  bon,  mais  petit  vous  en  croi."  25 

—  *bele,  dist  Aristes,  nous  somes  d'une  loi; 
„*loiaument  le  vous  jur,  par  le  foi  que  vous  doi, 
„*que  par  la  votre  amor  est  mes  cuers  en  esfroi. 
,, toute  me  druerie  et  m'amor  vus  otroi, 

„8e  jou  fail  à  le  votre ,  malement  me  foloi  ;  30 

„et  se  le  puis  avoir,  le  moie  bien  enploi.*' 
*et  dist  Biautes  à  lui:  „revien  à  bone  foi.'' 
quant  Aristes  Toi,  si  l'a  traite  vers  soi, 
par  amor  le  baisa  coiement,  sjins  desroi. 

*  Estes  les  vos  tos  quatre  deci  à  Tost  venus;  35 

*808  i.  arbre  descendent  qui  est  biax  et  follus. 
*mult  furent  esgardé  des  grans  et  des  menus, 
t)  jfariU. 


MORT  DU  ROI  SORIN.  455 

*et  ior  biautés  loées  de  princes  et  de  dus. 

^Alixandres  U  rois  est  de  son  tref  issus, 

*et  vit  les  ii.  mesages  à  tere  descendus. 

^Floures  paria  avant,  se  li  rendi  salus: 

„*sire,  rois  Alixandre,  por  vous  fait  Dix  vertus,  5 

„*car  par  tôt  le  mont  estes  et  dotés  et  cremns. 

„*de  r  règne  de  Masone  vus  vient  un  tes  treus; 

„*la  roine  vous  demande  que  vus  soies  ses  drus. 

„*le  présent  vus  envoie,  se  li  est  retenus, 

„*cascun  an  vus  sera  tos  tans  autes  rendus."  10 

*li  présens  fu  muit  biax,  por  cou  fu  receus. 

*lors  paria  Alixandres  com  hom  aperceus: 

„*si  li  pais  veut  estre  de  moie  part  tenus, 

„*  jamais  n'en  ert  froisié  ne  lance  ne  escus.<* 

„Sire,  ce  dist  Biautés,  ne  lairai  ne  vus  die;  15 

„li  roine  vus  mande  qu'ele  est  mult  votre  amie. 
„son  anel  vus  envoie  par  mult  grant  druerie, 
„ves-le  ci  en  présent,  ne  le  refuses  mie. 
„grant  treu  vus  envoie,  c'est  mult  grans  signorie 
„et  trestout  son  roiaume  met  en  votre  baillie.  20 

„de  vus  le  vint  tenir,  ce  vus  requiert  et  prie^ 
„par  itel  convenent,  de  vus  ert*  requellie. 
„se  voles  guerroier,  ce  vus  jure  et  afie, 
„que  x"*-  pucieles  menrai'  en  votre  aie. 
„cescune  est  bien  armée  de  brogne  à  or  sartie,  25 

„lacié  elme  luisant,  cainte  espéc:  forbie  ; 
^volontiers  i  irons,'  ne  Y  mescrees  vus  mie, 
„que  mius  amons*  le  pris  de  la  cevalerie 
„que  nule  riens  qui  soit  en  ceste  mortel  vie. 
„]a  tiere  sera  toute  en  votre  commandie;  30 

„mandes  por  le  roine,  voiant  le  baronie, 
„seurté  vus  fera  ele  et  sa  conpagnie." 
F.  70*      „Ciertes,  fait  Alixandres,  votre  dame  est  mult  sage 
„que  si  bêles  pucieles  envoie  en  son  mesage, 
„cortoises  et  aprises  et  de  mult  bel  aage.^  35 

„por  le  votre  biauté  et  por  le  vaselage, 
1)  ê9ii.    S)  SMiira.    3)  ferrant    4)  aiment,    5)  uêa§a. 


456  MORT  DU  ROI  SORIN. 

„par  devant  mes  barons,  prenderai  le  treuaje* 

„que  jamais  en  ma  yie  n'i  avérai  cavaje;' 

„fors  tant  que  de  i'  roiaume  arai  le  signorage. 

,, quant  le  votre  roine  ara  fait  moi  homage, 

„et  jou  Fotrierai,  oiant  tout  mon  barnage,  5 

„puis  li  rendrai  son  fief  et  tout  son  iretage.'' 

—  sire,  ce  dist  Dans  Clins,  entendes  mon  corage. 
„ciertes  jou  aim  mult  Flore,  ne  mie  par  potage; 
„à  mouiller  le  prendroie,  ne  quier  autre  avantage.'' 

—  sire,  dist  Aristes,  frans  rois  de  haut  parage  10 
„de  moi  et  d'Ariste'  faites  le  mariage/' 

Alixandres  a  dit:  „volentiers  le  feroie, 
„5e  les  pucieles  voelent  et  cescune  Totroie." 

—  sire,  ce  li  dist  Flore,  onques  n'oi  si  grant  joie. 

„te  Deuesse  d'amors  plus  ne  demanderoie  15 

„à  nul  jor  de  ma  vie,  se  jou  Dan  Clin  avoie." 

—  sire,  ce  dist  Biautés,  se  jou  jà  lie  soie, 
„fors  le  cors  mon  ami,  autre  riens  ne  querroie." 
es  vus  le  capelain  qui  de  cou  se  manoie, 

à  le  loi  que  il  ont,  ensamble  les  aloie;  20 

et  dist  li  i.  à  l'autre:  „or  avons  gente  proie 
„c*or  est  votre  Biautés,  et  Flore  si  est  moîe." 
Alixandres  li  rois  pour  le  roine  envoie 
et  vint  que  ele  viegne  et  qu'ele  parler  l'oie, 
quant  li  roine  Tôt,  ricement  se  conroie  25 

à  m.  de  ses  pucieles  qui  le  séjor  desroie. 
mult  sunt  bel  acesmées  por  cou  que  on  les  voie, 
cescune  last  defors  le  crine  qui  peut  bloie; 
capiaus  ont  sebelin  por  le  caut  qui  n'es  broie, 
li  roine  fu  cainte  d'une  large  coroie;  30 

Amabel  avoit  nom,  qui  volontiers  tornoie; 
il  n'a  si  bêle  dame  dusc'à  1'  siège  de  Troie, 
montent  es  palefrois,  si  aqueillent  lor  voie 
dusc'à  Meotedie,  l'eve  qui  n'est  pas  coie; 
à  navie  le  pasent,  au  port  sor  là  s'apoie;  35 

en  i.  pré  remontèrent  par  delés  i.  arbrôie. 
1)  fardonrai  ie  eaoïu^.     2)  n'en  arai  trevmffe,    3)  de  Bimttié, 


MORT  DU  ROI  SOMN.  457 

ii  roine  ceyauce,  qui  pas  ne  se  desroie, 
vint  au  tref  Alîxandre  qui  les  autres  aroie. 

Li  dame  de  Masone  est  de  son  tref  iscue» 
à  m.  de  ses  conpagnes  a  sa  voie  tenue, 
et  vint  à  Alixandre,  comme  roi  le  salue;  5 

por  faire  son  oumage  à  tiere  est  descendue 
et  a  parlé  en  haut,  ne  se  fist  mie  mue: 
„sire,  rois  Alixandre,  te  guerre  t'est  creue; 
„â  m.  de  mes  pucieles  sui  venue  en  t'aiue. 
,Jà  n'en  i  ara  une  ki  n'ait  brogne  vestue,  10 

„espée  cainte  au  lés,  trancant  et  esmolue; 
„de  moie  part  sera  li  guerre  maintenue. 
—  par  foi,  dist  Alixandres,  bien  soies  vus  venue. 
„or  VUS' dirai  noveles.  Flore  aves  perdue 
„et  Biauté  sa  conpagne,  car  amors  l'a  vaincue.  15 

„quar  Dans  Clins  a  Florain  à  mouUier  retenue 
„et  Aristes  Biauté  à  mouiller  retenue."  * 
quant  li  roine  l'ot,  de  mautalent  tressue; 
^otroier  li  convint,  car  li  rois  l'en  argue. 

Li  roine  demande  le  congié  por  errer.  20 

„ciertes,  dist  Alixandres;  ancois  voel  esgarder 
F.  71*  ^comment  vo  damoisieles  sevent  armes  porter.** 
et  a  dit  la  roine:  „ne  fait  à  refuser.*' 
isnelement  commande  son  ceval  amener; 
li  roine  monta,  n'i  vot  plus  demorer,  25 

desfuie  son  mantiel  por  son  gent  cors  mostrer. 
ses  pucieles  conunande  à  une  part  tomer 
et  lor  armes  à  prendre  et  es  cevaus  monter, 
qui  veist  ces  pucieles  des  armes  adouber 
et  poindre  ces  cevaus,  guencir  et  trestomer  30 

*des  millors  chevaliers  li  peust  ramembrer. 
et  quant  l'une'  voloit  les  autres  trespasser, 
et  voet  des  esporons  le  blancet  adeser, 
plus  tos  cort  li  ceviaus  c'oisiaus  ne  puist  voler; 
c'est  i.  cevaus  corans,  issi  l'oi  noumer,  35 

c'on  garde  en  une  vote,  si  com  Foi  conter. 
Alixandres  prist  mult  le  ceval  à  loer; 
\)  à  eompapiê  et  à  drue.    2)  ia  rotiM. 


458  MORT  DU  ROI  SORIN. 

quanl  le  sot  la  roine  se  li  fet  présenter 
et  li  rois  Alixandres  l'en  prist  à  mercier, 
li  dame  prent  congié,  ni  vot  plas  demorer, 
Alixandres  Tacole  et  baise  au  desevrer, 
et  en  apriès  commande  li  rois  sans  demorer 
à  trestoute  sa  gent  que  il  facent  torser» 
quar  le  matin  rolra  rers  Babilone  aler. 


FIERS  DE  UnU 

M   «oniiiieu^e   11   ftiers   de  «adres   et   mi  dlst  0I 
eoni  1.  iiies«s«*  ^^  ^^  Pi«^  Allxandre  1l1  estant 
tons  des  .... 

illixandres  cevauce  à  loi  d'empereour, 
Amasone  a  conquise,  Inde  et  tiere  Labour;* 
saisie  a  Babilone  et  de  Babiel  la  tour 
et  si  l'a  coumandée  au  hardi  Lincanor; 
celé  part  s'en  rera  et  mis  s'est  au  retour.  5 

en  l'ost  que  li  rois  maine  ot  maint  bon  poigneor; 
mais  encor  n'ot-il  mie  ceyaucié  demi  jor, 
i.  chevalier  encontre  es  plains  de  Val  Cairiour,' 
de  menbres  et  de  vis  ne  vit  nus  belisour. 
mult  ot  gent  le  corsage  et  corage  millour  10 

et  venoit  ceyaucant  i.  destrier  misodour; 
estrais  ert  et  lassés  et  cargiés  de  suour. 
'  Tost  vit  grant  et  plenière,  mes  n'ot  mie  paor. 
Alixandres  l'apiele,  dit  li  a  par  amour: 
„amis,  dites  moi  voir,  par  votre  créateur,'  15 

„dont  Yenes,  que  queres,  ki  sunt  votre  ancissor?'' 
cil  ot  sens  de  respondre  et  n'ot  mie  paor.* 
„8ire,  à  Tyr  furent  né  mi  parent  li  millor; 
„iscus  sui  de  Caldée  ù  a^  fait  lonc  séjor. 
*  „mult  est  rice  la  tiere,  si  a  mauves  signer;  20 

„Melci8  est  apielés  et  fu  fins  Balsamour 
„et  n'ama  onques  hom,  s'il  ne  1'  vit  traiter. 
„asses  l'ai  servi  d'armes  et  nient  d'autre  labor, 
F.  71^   „ains  ne  me  vot  donner  de  sa  tiere  plaindour. 

1)  et  Inde  le  m^jour,    2)  Valeouiour,    3)  eaiveor.    4)  ne  fu  puê  «m 
errer,    5)  Comité  ti  j'im. 


460  PUBR8  DE  GADRB8. 

„querre  vois  Alixandre»  le  large  douneour, 
„le  signor  des  signors,  et  des  vasaus  la  flor. 
„L  chevaliers  me  fist  entendre  l'autre  jor 
„qu'il  seroit  couronnés  sempres  à  grant  ounor.'' 

„Ami8,  dist  Alixandres,  or  volroie  savoir  5 

„ce  c'est  losengerie  que  tu  me  dis  u  voir/' 
—  sire,  dist  Gratiens,  se  Dex  me  lest  veoir 
„le  roi  de  Macidone  cui  proecce  a  fait  oir 
„de  quanque  li  cius  clôt,  ne  que  on  puet  veoir; 
„ains  pour  losenge  dire  ne  gaegnai  avoir.  10 

„mult  est  rice  Caldée  dont  isci  l'autre  soir, 
,Je  n'en  osai  dehors*  par  hontage  movoir; 
„Melci8  m'en  a  gieté,  si  en  ai  le  cuer  noir; 
„venjance  m'en  doinst  Dex  encor  à  mon  voloir. 
„vus  me  saules  haus  homs;  preus  estes,  je  l'espoir,     15 
„quar  ki  tele  ost  conduist,  il  doit  auques  valoir. 
„dites  moi  votre  nom,  sans  moi'  adecevoir." 

„Amis,  dist  Alixandres,  vous  parles  par  raison. 
„conté  m'aves  vo  estre,  dire  vus  doi  mon  non; 
„noumés  sui  Alixandres,  issi  m'apiele-on,  20 

„drois  oirs  de  Macidone,  fins  au  roi  Felipon.'* 
quant  Gratiiens  Toi,  saut  à  tiere  à  bandon, 
saisi  l'a  par  le  piet  à  tout  son'  esporon, 
jà  U  euist  baisié  quant  il  li  huca  non. 
chevaliers  ne  doit  faire  itele  mesprison.  25 

li  rois  por  cortoisie  descendi  è  1'  sablon, 
le  ceval  Gratiien  fist  prendre  à  i.  garçon; 
i.  autre  a  demandé,  donné  li  a  le  son; 
ne  peuist-on  trouver  miUor  en  i.  roion; 
et  il  est  remontés  sor  le  bai  d'Alencon.  30 

à  soi  a  apielé  Tholomé  et  Clincon: 
„oistes-vous  novelles  de  Caldée,  baron;  ' 

„conquis  que  doie*  avoir  toute  la  région 
„de  quanque  la  mers  clôt  par  deçà  environ. 
„mai8  ains  arons  oi  d'armes  rice  tencon,  35 

„mainte  lance  froisée  si  menu  sor  blason, 
„et  maint  elme  fendu  et  maint  gentil  baron. 
i)  dé  joTê.    2)  point  iêeêvair,    3)  au  êmnéêtré,    4)  cmdoit. 


FUBR8  DB  GAD1IB8.  461 

„et  sire  Emenidas  porter  mon  gonfanon; 

„vus  raves  jâ  porté  en  mainte  région. 

„aler  roel  en  Caldé.e,  sans  nule  arestison; 

„on  ne  doit  laisier  tiere  à  cuvert,  n'a  félon. 

„ames  cest  chevalier,  tenes-le  à  conpagnon,  5 

,Jl  est  cortois  et  sages  et  croi  qu'il  est  preudom.'' 

Or  a  rois  AUxandres  Gratien  retenu; 
bon  signor  aloit  querre,  bien  l'en  est  avenu, 
celé  nuit  séjomèrent,  au  matin  ^  sunt  meu; 
à  l'esmouvoir  sonèrent  v^-  graile  menu.  10 

tant  ont  erré  le  jor  par  cans  et  par  herbu 
que  au  quinsime  jor  sunt  desor  Sur  venu,' 
une  noble  cité,  ains  si  noble  ne  fu. 
à  demie  liuée  se  sunt  près  arestu; 
ne  porent  passer  Taighe  qui  plaine  ert  de  palu,  15 

rade  estoit  et  parfunde  et  si  ot  ros  creu; 
il  n'i  ont  pont,  ne  nés,  ne  passage  creu.' 
Gratiens  li  vasaus  a  i.  gué  parseu; 
à  une  voie  vies  l'a  bien  recouneu, 
quar  jadis  i  passa,  à  son  col  son  escu;  20 

mais  ne  le  vot  mostrer  à  jouene  n'a  ceuu. 
ains  c'on  le  sace  en  l'ost,  vorra  avoir  féru 
F.  7P   et  fait  cevalerie  sor  le  ceval  crenu 

que  li  donna  li  rois,  bien  l'en  est  souvenu. 

li  rois  et  li  baron  sunt  à  pié  descendu;  25 

là  veissies  maint  tré  de  soie  à  or  batu; 

par  les  prés  se  logièrent,  ne  s'i  sunt  atendu. 

Li  rois  et  li  baron  se  logent  par  le  pré, 
à  demie  liuée  procain  de  la  chité. 
Jaspars  en  fu  jâ  sires,  i.  rois  de  grant  aé;  30 

mais  il  ot  en  cel  an  son  eage  fine, 
à  ses  ii.  fins  avoit  son  pais,  assené; 
Dauris  et  Floridas  issi  furent  noumé. 
è  r  mois  que  il  moru  estoient  assené;^ 
de  viaires  et  de  membres  estoient  bel  formé  35 

et  sunt  fort  et  légier  et  si  ont  tant  biauté 
que  tout  i  ot  nature  son  pooir  esprouvé. 
1)  è  r  dêaudn,    2)  Defur  descendu,    3)  veu,    4)  adouké. 


462  FUBRS  DE  GADRES. 

proecce  leur  avoit  à  cescun  tant  douné 

c'ainc  ne  furent  en  cort  doi  enfant  tant  loé. 

lés  le  flun  en  rivière  furent  le  jor  aie; 

andoi  s'esmervillièrent  que  il  ont  esgardé:* 

„frère,  dist  Floridas,  aves-yus  bien  visé:  5 

„veistes  onques  mais  tant  pavillon  ne  tré?' 

„fors'  rois  est  ki  tel  ost  a  ensamble  ajosté/' 

Dauris  li  respondi  à  loi  d'orne  séné: 

„c*est  la  gent  d'Alixandre  le  fort  roi  coronné. 

,Jou  oi  ier  soir  dire  Florent  l'enlatimé^  10 

„qu'il  gisoit  à  vii.  Hues,  priés  de  ceste  chité. 

,,orgillous  est  et  fiers,  conquis  a  maint  règne; 

„maint  roi,  maint  duc,  maint  prince  a-il  désireté. 

„mais  une  seule  cose,  sacies  de  vérité, 

„que  li  flun  de  cest  gué  seront  désireté.'  15 

„sovent  paserons  l'aighe  sor  nos  cevaus  monté; 

„si  seront  li  lion  de  nos  escus  digne 

„de  r  sanc  à  ses  Grijois  qui  sor  nous  ont  passé. 

„or  poons  nos  pris  querre,  li  tans  en  est  entrés/' 

„Frère,  dist  Floridas,  ne  doit  estre  celée  20 

„valors  de  bacelers,  puis  qu'a  la  teste  armée; 
„vantise  ne  vaut  preu,^  s'ele  n'est  esprouvée. 
„vus  dites  que  no  tiere  est  si  au  roi  vée 
„que  jâ  deçà  le  flun  n'ert  sa  targe  mostrée, 
„et^  Flores  me  dist  ier,  s'est  vérités  provée,  25 

„que  il  n'a  homme  en  l'ost,  n'est  proecce  mostrée;* 
„ne  fu  en  i.  seul  homme  è  V  mont  mius  mariée. 
„Emenidus  l'apielent  tous  cil  de  la  contrée; 
„cuir  et  os  et  niers  trance  par  mi  brogne  doblée. 
„ne  soit  de  couardie  ma  parole  retée;  30 

„quar  jà  cevalerie  n'ert  par  moi  reculée  ; 
„mi8e  l'ai  en  ostage,  bien  sera  aquitée, 
„ne  li  sera  ma  targe  à  nul  jor  deveée; 
„ain8  li  ert,  se  je  puis,  ofBerte  et  présentée, 
y^alons  à  nos  osteus,  sans  plus  de  demorée,  35 

„dedens  nos  garnisons;  la  vile  est  bien  fermée, 

1)  ftuml  il  viretU  imt  tré.  2)  tevé,   3)  piélê.   4)  VénlmHné,   5)  6t<ii  vm. 
6)  fi'Ml  puê  d^&rm$ê.  7)  nuriê.  8)  e'ttn  homme  a  en  eeêt  oêt  pt*a  frotêCé  espousiê. 


I 
PUBRS  DB  GADRB8.  463 

I 
„n'i  perdrons  par  asaut  une  pume  parée. 

„de  matin  à  la  prime»  quant  caira  la  rosée, 

„soit  bien  la  votre*  gens  garnie  et  conraée. 

„là  fors  nos  en  irons  à  mesnie  privée 

„et  passerons  as  gués  conmnencier  la  mellée.  5 

,Jà  ne  reviegne-jou,  se  n'i  fier  de  m'espée, 

»»tant  que  de  Y  sanc  as  Grius  sera  ensanglentée/' 

atant  le  parler  laisent,  vont  s'ent  sans  demorée. 

Quant  vinrent  as  osteus»  si  fu  près  d'ensierir;  | 

F.  71'  d'armes  et  de  vitaille  font  la  cité  garnir.  10 

c.  tours  a  sor  le  mur  ki  les  garde  à  loisir; 

de  la  gent  Alixandre  ne  doutent  Tasalir. 

à  Melcis  ont  mandé  par  Flore  de  Yalmir 

qu*il  les  viegne  souscorre,  s'il  vint  de  1'  fief  joir; 

venus  est  Alixandres  pour  la  tiere  saisir;  15 

cil  mal  lor  sunt  venu  par  Gratien  de  Tyr 

que  il  a  fait  à -tort  de  la  tiere'  banir. 

cil  fist  si  le  mesage  que  mius  ne  1'  pot  fumir. 

lors  veissies  le  duc  de  1'  souscors  aatir; 

tous  caus  de  son  pais  a  fait  par  ban  venir  20 

et  furent  xxx"-  vantant  d'estor  soufrir; 

vitalle  orent  et  armes  por  lor  cors  garandir; 

desour  les  olifant  font  les  castiaus  bastir. 

as  puis  de  Maldiant'  vinrent  à  l'ensierir, 

à  viii.  petites  liues  porent  les  très  coisir  25 

de  l'ost  roi  Alixandre  et  les  aigles  veir. 

Dauris  et  Floridas  n'ont  cure  de  dormir; 

au  matin  quant  il  virent  le  solel  ^sclardr, 

esporons  lor  aportent  cil  qu'es  durent  servir 

cauces  de  fier  caucèrent  li  vasal  à  loisir/  30 

genouillières  qu'il  orent  bien  se  fisent  couvrir 

d'un  orfroi  que  il  orent,'  que  l'ors  n'en  pot  cair; 

adont  l'orent  en  us,®  ne  vus  en  quier  mentir. 

d'aubers  fors  et  légiers  fisent  lor  cors  couvrir; 

lor  espées  ont  caintes,  de  coi  doivent  férir,  35 

qu'il  feront  sor  les  elmes  résonner  et  tentir. 

1)  notre,    2)  Caniii'0.    3)  cru  jnn  de  Uêdion;    4)  hlënees  eom  /for  de 
lt>.    5)  «t  Hê9u,    6)  eoêiymê  em  eêtaii  dtmfUêê. 


464  PnBR9  DE  OADRBS. 

elmes  ont  si  à  point,  mius  ne  porent  seir; 

lor  sieles  fisent  mettre  et  lor  cevaus  couvrir, 

escus  et  espius  prisent,  lor  portes  font  ouvrir^ 

lor  pies  ont  U  enfant  esgardé  par  air, 

les  galopiaus  sor  frain  en  vont  i'ost  estormir.  5 

Floridas  o  son  frère  i'ost  soryoit  et  remire; 

il  voit*  et  aperçoit  qu'il  i  a  grant  enpire. 

li  cuer  lor  sunt  monté,  cescuns  d'orguel  sospire. 

si  biel  lor  sient  armes  c*on  ne  V  poroit  descrire; 

plus  ierent  bel  qu'angele,  se  jou  Tosoie  dire.  10 

brocant  yienent  as  gués,  nus  d'aus  son  frain  ne  tire, 

d'autre  part  sunt  passé,  n'est  qui  1'  puist  contredire. 

les  Grijois  vont  veir  cui  proecce  remire;* 

Emenidus  venoit  cevaucant  comme  sire, 

o  lui  fu  Gratiens  en  cui  valors  se  mire;  15 

i  coisi  ont  les  enfans  qui  ceyaucent  par  ire; 

ne  sunt  mie  des  lor,  ce  sevent  bien  à  dire; 

or  pueent  faire  d'armes,  car  il  en  ont  matire. 

Gratiens  premerains  de  son  çonroi  destire; 
I  quant  Dauris  l'a  veu,  d'orguel  commence  à  rire,  20 

I  il  trait  avant  l'escu,  de  biel  jouster  s'atire. 

I  Gratiens  fiert  l'enfant  sor  son  escu  par  ire, 

I  autresi  li  desront  com  s'il  fust  fait  de  cire; 

I  mais  li  aubers  fu  fors,  le  maille  riens  n'enpire. 

li  enfes  reftert  lui  que  de  rien  ne  1'  remire,  25 

I  par  mi  elme  et  escu  le  bliaut  li  descire; 

I  s'è  r  cors  tornast  li  fiers,  mestier  eust  de  mire.  ^ 

les  lances  pecoièrent,  n'en  remest  nule  entire; 

andoi  estoient  preu»  Dex  les  destort  d'ocire.^ 
Les  lances  pecoièrent  li  doi  vasal  hardi;  30 

I  Û  sacent  les  espées,  si  se  sunt  renvai; 

sor  les  escus  se  fièrent  com  mortel  auemi. 

l'espée  Gratiien  fendi  l'escu  Dauri, 
F.  72*  autresi  com  ce  fust  fuelle  d'un  rain  flori. 

li  chos  Dauri  le  preu^  vistement  descend!,  35 

que  l'escu  Gratien  a  tout  copé  par  mi; 

1)  6teii  ê€i.    2)  fouriêr  ioê  ieê  plaint  de  VMirê,    3)  n'tuêt.     4)  eoiê 
fiM  Venfêê  mut. 


FUBR8  DB  GADRB8.  465 

se  ne  fust  li  aubère,  tout  l'eust  mal  balli. 

au  ceTai  de  Castiele  H  damage  rierti; 

il  li  trenca  le  clef,  à  tlere  l'abatl, 

el  Gratiiens  li  ber  à  la  tiere  chai. 

à  r  cair  desous  lui,  li  brans  d'acier  croisi,  5 

à  iii.  doie  de  Theus  troncona  et  feudi. 

mult  fu  grans  li  mesciés,  mes  pas  ne  s'esbahî, 

i.  tronçon  vit  à  tiere,  celé  part  i  guenci, 

le  ceval  à  l'enfant  ci  è  Y  clef  en'  féri 

que  andoi  sunt  si  oel  de  la  tieste  sali;  10 

mais  fors  fu  la  testière,  que  de  1'  cop  le  gari. 

por  quant  si  a  li  cos  le  ceval  estourdi, 

que  l'enfant  recula  ii.  arpens  et  demi, 

ne  se  pot  mais  aidier,  si  l'a  acouardi. 

ce  sevent  cevalier  et  dire  l'ai  oi,  15 

mais  cevaus  est  eskius'  por  cou  c'on  Ta  laidi. 

Emenidus  ot  bien  cel  afaire  coisi, 

Gratiien  vit  è  pié,  forment  s'en  esbahi; 

le  ceval  esporonne,  si  a  l'escu  saisi. 

Floridas  l'a  veu,  de  mautalent  rougi,  20 

noblement  s'atorna,  cointement  se  couvri; 

ses  escus  fu  d'asur,  s'ot  i.  lion  en  mi; 

i.  ourle  i  ot  de  geule,  ains  si  séant  ne  vi;' 

propre  i  fist  le  lion  li  mestres  qui  V  furni. 

par  air  esporone  le  ceval  Arrabi;  25 

or  sace  Emenidus,  li  biaus,  li  preus  de  fi, 

s'il  puet  celui  conquerre,  Caldiu*  sunt  desconfi. 

Dolans  est  Gratiiens  à  la  cière  hardie; 
mors  li  est  ses  cevaus  et  s'espée  falie, 
mais  on  ne  li  doit  pas  torner  à  vilonnie  30 

se  il  ne  l'  puet  conquerre,  car  cuers  ne  li  faut  mie. 
plus  est  dolans  Dauris,  asses  coi  que  nus  die, 
qu'il  ne  l'  pot  aprocier,  car  ses  cevaus  li  nie. 
ce.  Grius  vit  venir  par  mi  la  praerie, 
et  n'i  avoit  celui  n'ait  l'enarme  saisie.  35 

il  ne  daigne  fuir  par  amor  Escavie, 

1)  entre  ii,  ex.    2)  eseiê.    3)  sanltmi  né  de  teseu  vivmH,  d^ire  en- 
•êpri.    4)  andoi. 

U  RowMiiis  ekVaaMn,  30 


466  FUBRS  DE  GADRE8. 

la  fille  au  duc  Melcis»  car  ele  fu  s'amie. 
proecce  le  soumont  de  faire  une  estoutie; 
descendus  est  à  pié  sor  l'ierbe  ki  rredie, 
son  ceyal  vit  ocis,  sor  ses  Dex  jure  et  fie 
que  il  n'ara  ceral  en  trestoute  sa  yie  5 

se  il  ne  le  conquiert  à  Tespée  forbie. 
Emenidus  ceyauce,  de  rien  ne  se  detrie, 
Floridas  esporone,  de  près*  querre  a  envie, 
Tescu  li  joint  au  brac,  le  brac  au  cors'  li  lie, 
et  se  li  a  sa  targe  et  fausée  et  croisie;'  10 

mais  fors  est  li  aubers  ki  rers  l'acier  brunie^ 
et  l'anste  fors  et  roide  qui  ne  ront,  ne  ne  plie; 
*   une  des  mestres  costes  li  a  l'enfes  froisie, 
de  cou  qu'il  ne  se  pasme,  proecce  l'en  merchîe. 
li  quens  tint^  nu  le  branc,  seurs  sans  couardie,  15 

Floridas  l'a  yeu,  n'a  talent  que  il  fuie; 
plonciés  est  en  l'escu  por  garandir  sa  rie. 
Emenidus  le  fiert,  sa  grans  aours^  l'en  prie, 
le  branc  par  mi  l'escu  à  l'ielme  li  alie;^ 
mais  tant  fu  fors  et  durs  que  ele  est  resortie.  20 

mais  si®  l'a  estoné  que  près  ne  pert  l'oie. 
F.  72^    jà  fust  endroit  l'enfant  la  bataille  finie, 
quant  de  Defur  issi  la  noble  conpagnie; 
il  passoient  as  gués,  n'est  qui  le^  contredie, 
et  li  Grijois  cevaucent  par  mult  grant  aramie.  *®  25 

premiers  broca  i.  Grius  c'on  apela  Eelie; 
Tenus  est  à  Dauri,  hautement. li  escrie: 
„vasal,  car  fiancies  que  je  ne  tous  ocie/' 
mais  Dauris  ne  1'  prisa  une  pume  pourie; 
d'autre  part  est  tomes,  se  1'  fiert  à  la  guencie,  30 

toute  11  iTla  quise  au  branc  d'acier  partie, 
li  naTrés  est  cens  qui  a  mestier  de  mie** 
et  Dauris  est  montés  que  estrier  n'i  quist  mie;*' 
il  enbrace  l'escu,  tint*'  l'espée  fourbie; 
or  soient  Griu  seur  d'aToir  une  envaie.  35 

1)  prie.  2)  emior  U  eoi.  3)  partie,  4)  êêirie.  5)  iraiL  6)  irorê. 
7)  moHe.  8)  porpumt.  9)  lor.  10)  ••He.  11)  mire.  12)  ii  n'j  qmst 
aU.     13)  irait 


FUBRS  DE  GADRE8.  467 

deTant  Emenidus  fiert  Daire  de  Nabie  ; 

tel  cop  li  a  douné,  la  siele  en  a  widie, 

si  souavet  cei  que  il  ne  cria  mie; 

de  celui  a-il  bien  la  guerre  commencie. 

li  ceraus  enfui  par  le  pré  ki  Yredie;  5 

Gratiens  l'a  reu,  de  Y  prendre  ne  s'oblie, 

montés  i  est  errant,  car  il  Ta  bien  coisie/ 

au  mal  talent  qu'il  a  jure  bien  et  afie 

que  il  fera,  s'il  puet,  à  1'  Caldius  félonnie. 

Floridas  o  son  frère  en  l'estor  se  ralie,  10 

la  noise  lieve  as  très,  li  os  est  estourmie; 

or  pueent  li  enfant  tomoier  à  folie. 

Cil  passèrent  as  gués  qui  vinrent  de  Defur; 
li  jors  fu  biau§  et  clers,  nus  hom  ne  Tit  si  pur, 
li  solaus  l'enlumine,  n'i  laise  point  d'oscur.   .  15 

Dauris  et  Floridas  sunt  en  l'estour  seur, 
des  escus  font  castiaus  et  des  espées  mur; 
à  lor  brans  i  detrancent  mainte  targe  à  asur, 
et  si  vus  puis  bien  dire  que  puis  le  tans  Asur' 
qui  primes  mist  les  bones  en  la  tiere  Defur,  20 

ne  furent  doi  si  jouene,  de  proecce  meur; 
ne  fust  Emenidus  que  il  tienent  à  dur, 
et  Gratiens  li  preus  ki  Dauri  troya  sur, 
ne  prisasent  les  autres  nés  c'un  geldon  cafur. 

A  l*estor  sunt  Tenu  Caldui  grant  aleure  25 

et  li  Grijois  cevaucent  plus  tos  que  l'ambleure; 
là  ot  maint  dur  encontre  et  mainte  joste  dure. 
Gratiens  esporone  iriés  à  desmesure; 
d'un  tronçon  que  il  ot  estindra  son  ardure. 
i.  Caldiu  va  férir,  nés  fu  de  Val  Oscure  30 

si  l'a  si  estoné  que  tout  désaseure, 
si  qu'il  ne  sest  à  dire ,  s'est  jor  u  nuis  oscure. 
li  quens  saisi  le  branc  par  mi  l'enheudeure, 
de  r  fuerre  l'a  gieté,*  n'i  vol  autre  armeure. 
en  la  prese  se  fiert,*  joiaus  de  s'aventure,  35 

il  vengera  sa  bonté,  icou  afice  et  jure.* 
des  Caldius  entor  lui  délivre  la  pasture; 

1)  êoiêi.    2)  Ariu.    3)  H  a  trmt    4)  met 

30* 


468  FUBRS  DB  QADRBS. 

d'autre  part  le  font  bien  U  enfant,  c'est  la  pure, 
vers  Emenidus  vont,  car  d'autrui  n'ont-il  cure, 
.d'un  homme  contre  ii.  n'est  mie  parteure, 
mais  cil  seus  a  proecce  sour  toute  créature, 
vasaus^  est  Floridas,  quant  il  ses  cos  endure;  5 

enfes  est,  mais  de  cuer  est  fais  à  sa  mesure. 
Floridas  Sert  le  conte  en  l'elme,  sans  jointure, 
descendus  est  li  cols  à  val  en  sa  figure, 
n'ierent  pas  dont  naseP  de  si  fière'  faiture, 
F.  72°   durement  l'a  navré,  mais  vigors  l'aseurej  10 

de  r  sanc  Emenidus  a  rougi  la  vredure, 
et  la  flors  se  cointoie  de  si  noble  tainture. 
li  Griu  l'ont  perceu,  doel  en  ont  et  rancure, 
à  poi  ne  fu  cis  cos  la  lor  desconfiUire. 

Navré  ont*  Floridas  le  cortois  chevalier;  15 

Emenidus  d'Arcade  ù  il  n'ot  qu'ensignier 
férir*  l'enfant  sor  l'elme  de  l'espée  d'acier, 
mais  il  estoit  si  durs,  ne  le  pot  enpirier. 
descendus  est  li  brans  devant  l'arcon  premier, 
mult  l'abat  de  1'  ceval,  si  l'estut  trébucier,  20 

sour  lui  est  arestés  por  faire  fianchier, 
por  cou  que  preu  le  sent,  ne  le  vot  enpirier. 
cil  de  Defur  cevaucent  por  lor  signor  aidier, 
*et  Grijois  esporonnent,  ne  n'i  voiront  torner; 
Caldiu  vont  à  rencontre,  li  Griu  au  calengier.  25 

sor  l'enfant  veiscies  i.  estor  commencier, 
tant  escu  estroer,  tante  anste  pecoier, 
et  tant  vasal  à  tiere,  tant  ceval  estraier, 
tante  brogne  fauser,  tant  cors  d'omme  plaier. 
durement  veiscies  Dauri  les  Grius  cointier;  30 

ses  conpagnons  soumonre,  restraindre  et  rehaitier. 
nus  hom  ne  vit  è  1'  mont*  si  noble  carpentier; 
tel  noise  font  as  brans  sor  les  elmes  d'acier, 
as  loges  en  oirent  li- Grijois  le  noisier; 
lors  s'adoubent  en  l'ost  plus  de  iiii"*'.  35 

quant  cil  de  Defur  virent  caus  de  l'ost  aprocier, 
adonques  refusèrent,  Griu  prirent  à  cacier, 
1)  vaillanê.    2)  visières.     3)  lotie.    4)  0f.     5)  t7  fiert.    6)  d!espée. 


FUBR8  DE  GADRIB8.  469 

ferrant  les  ont  menés  ii.  arcies  arrier; 
en  Taighe  les  enbatent,  ains  n'i  ot  maronnier;^ 
si  les  ont  entassé  corn  garbe  à  ahanier 
et  si  sunt  si  passé  kll  n*i  ont  reprovier. 
ne  furent  que  vii^-  à  Testour  commencier,  5 

et  tant  i  a  Crgois,  nus  n'es  set  esprisier; 
lor  signor  ont  laisié  è  Y  pogneis'  arrier. 
qui  dont  oist  Dauri  son  cier  frère  hucier, 
ses  proecces  conter  et  ses  bien  fais  darrier;' 
il  meismes  se  tient  à  fin  couart  lanier,  10 

quar  frères  ne  doit  autre  jusqu'à  la  mort  laiier. 
Emenidus  ala  Floridas  arainier; 
„vasal,  ce  dist  li  dus,  rendes-vus  prisonnier; 
„n'aYes  garde  de  mort,  ne  des  menbres  trancier, 
„mais  li  rois  Alixandres  vus  fera  ostagier/'  15 

Floridas  a  veu  qu'il  n'i  a  recouvrier, 
le  main  U  a  tendue,  si  le  fait  fiancer 
qu'il  n'istera  de  1'  tref  Alixandre  d'Alier, 
s'il  ne  va  par  cougié  en  i'ost  esbanoier, 
desi  qu'il  ara  fait  à  créant  ostagier.  20 

Griu  li  ont  amené  i.  anbleor  destrier; 
à  r  tref  le  roi  l'enmainent,  sans  noise  et  sans  tencier; 
il  l'ont  fait  désarmer  desor  i.  pale  cier. 
il  ot  gent  le  corage  et  le  corsage  fier, 
les  ious  vers*  et  plus  gros  d'un  faucon  montenier.        25 
li  rois  juoit  as  des  desor  i.  eskiekier, 
il  a  laisié  le  ju  por  l'enfant  acointier. 
„amis,  ce  dist  li  rois,  une  rien  vus  requier. 
„dites-moi  qui  vus  estes,  je  vus  en  voel  prier/' 
—  sire,  dist  li  valles,  à  celer  ne  1'  vus  quier;  30 

,Je  suis  nés  de  Defur,  fins  Jaspar  le  guerrier. 
„*mais  mes  père  fu  mors  ii.  jors  ot  en  Février; 
„entre  moi  et  mon  frère  somes  si  iretier. 
„por  cou  que  pris  m'aves,  ne  me  mostres  dangter, 
F.  72*   „se  en  voles  avoir,  tant  vus  donrai  d'or  mier,  35 

„n'en  porteroient  mie  la  moitié  doi  sommier. 
1)  fumionitr,    2)  fmamerê,    3)  nonder.    4)  votre. 


470  FUERS  DE  GADREd. 

„i8i  va-il  de  guerre,  oi  l'ai  tiesmognier, 
„que  on  i  paet  souvent  et  perdre  et  gaegnier/' 
„Va8al,  ce  dist  li  rois,  vo  pensée  est  legière. 
„cuidies-vus  que  je  soie  d'avoir  si  convoitière; 
„de  vus  n'arai  trésor  fors  la  cité  entière. '*  5 

et  cil  li  respondi:  „ceste  prisons  est  cière; 
„onques  tel  raencon  ne  dona  tomoière. 
^aves-vus  tout  le  mont  conquis  en  tel  manière? 
„mais  ancois  qu'aies  prise  icele^  tor  ptemière, 
„averes  eu  caut  sor  la  brogne  doublière.  10 

„en  est  Melcis  mes  sire,  li  fors  rois,  justicière; 
,Jà  ne  li  boiserai,  ne  né  serai  tercière; 
„traison  ne  ferai,  mius  volroie  estre  en  bière. 
„U  dus  a  XXX"'-  de  gent  à  sa  banière; 
„qui  bien  i  prendroit  garde,  jà  veroit  la  poucière;  15 

„si  vus  feront  demain  par  force  traire  arière. 
„Dauris  mes  frère  est  sains  et  s'espée  est  entière; 
„se  vus  l'oses  atendre,  bataille  i  ares  flère; 
„i.  tel  ester  veres  as  gués,  sor  la  rivière, 
„n'i  ara  si  sain  Griu,  n'ait  mestier  de  litière.  20 

„i.  tel  souhait  feries,  se  esties  souhaidière 
„que  fuscies  o  vos  gent  c.  jomées  arrière.*' 
Alixandres  en  rit,  si  dist  à  base  chière: 
„8e  li  cuer  ne  descorde,  bien  saules  tomoière; 
,jà  ne  sera  hardis  jouenes  hom  manecière  **  25 

„Vasal,  ce  dist  li  rois,  drois  est  à  baceler 
„que  son  hardement  sace  jusc'à  1'  besoig  celer. 
„vu8  l'aves  oi  dire,  folie  est  de  vanter: 
„quar  vanteres  ne  vaut,  s'en  ne  1'  puet  aciever. 
„moi  convenra,  ce  dites,  sos  ma  brogne  suer,  30 

y^ains  que  par  force  puise  en  celé  porte  entrer; 
„d'autrui  fait  ne  doit-on  en  grant  ounor  monter, 
„ne  pris  ne  doit  avoir  qui  ne  l'ose  acater. 
„le  los  d'armes  doit-on  à  suour  conparer, 
„et  id  faire  ne  1'  vint,  si  ne  s'en  doit  meller.  35 

„ne  r  di  pas,  ce  sacies,  por  men  cors  avanter; 
1)  forte. 


rUBRS  DB  6ADRB8.  471 

^batailles  ai-jou  faites  dont  Dea  doi  aoarer, 

„ei  tous  mes  conpagnons  sieryir  et  mercier, 

„qui  m'ont  fait  par  lor  armes  signor  de  Y  mont  clamer." 

et  Floridas  a  dit:  „ce  doit  bien  demorer;* 

„hardement  ne  doit  faire  jouene  homme  désirer.'  5 

„ire  est  de  tel  manière  c'on  ne  le  paet  tenprer; 

^froide  est  et  si  fait  homme  durement  escaufer. 

,,hardemen8  fait  la  bouce  à  son  yaloir  parler; 

,,80  jouenes  hom  parole,  ne  l'en  doit-on  blasmer; 

„ains  doit-on  s'il  est  boins,  ses  dis  à  bien  tomer.  10 

„encor  l'os-je  bien  dire,  cui  qu'en  doie  peser, 

„si  vus  l'oses  atendre,  demain  pores  trouyer 

„le  duc  prest  de  bataille  por  sa  tiere  aquiter. 

„des  hardis  cheyaliers  fera  ces  gués  barer; 

,Jà  couars  n'osera  deyant  aus  arester.*'  15 

Alixandres  en  rist,  se  V  prist  à  acoler, 

jouste  lui  l'a  asis,  l'aighe  fait  demander; 

à  r  mangier  sunt  assis,  si  laisent  le  parler. 

Au  mangier  est  assis  li  miudres  emperere 
qui  tenist  en  cest  mont  signorie  d'empere;'  20 

por  cou  fu-il  partout  si  yaillant  conquerere 
que  proecce  est  sa  suer  et  largecce  est  sa  mère. 
F.  73*   ne  sayoil  escondire,  si  ert  large»  dounere, 

il  n'estoit  à  preudonmie  estons,  ne  rampronere, 

ains  les  ounoroit  tous  com  s'il  fuscent  si  frère.*  25 

bons  yiyendiers  estoit  et  larges  despendere, 

de  l'autrui  conquerrans  et  de  1'  sien  desfendere; 

ne  quic^  de  sa  proecce,  ne  diroit-on  de  mère.* 

lés  lui  sist  Floridas  qui  la  cière  ayoit  clere; 

le  sanlant  de  1'  roi  note  com  s'il  fust  esgardere,^         30 

yit  que  sa  cors  n'étoit  vilaine  ne  ayere; 

jà  li  siet  et  li  plest,  riens  ne  li  est  amère 

le  ranprone  de  1'  roi  en  cui  prison  il  ère. 

Li  rois  après  digner  se  drece  en  son  estage; 
ses  conpagnons  apele,  vont  s'en  lés  le  rivage.  35 

1)  trop  foeê  êermoner.  2)  desréer.  3)  de  père,  4)  si  est  entr'ex  ei 
iui  eame  êiUre  fil  et  père,  5)  ie  tiere,  6)  voe  diroit  eoniere,  7)  soutix 
eeeoutere. 


472  FUBRS  DE  GADRBS. 

„baron,  dist  Alixandres,  ceste  tiere  est  saavage, 

„li  mur  de  la  cité  sunt  mult  de  grant  eage, 

,,inult  i  a  rices  tors  et  noble  hierbegage, 

„et  si  croi  c/ains  iii.  jors  me  readera  cavage.'' 

entrues  que  il  parloit,  este  vous  i.  mesage;  5 

Alixandre  apiela,  car  bien  sot  le^  langage: 

„rois,  notre  dus  Melcis  tient  sa  tiere  à  outrage 

,,que  vus  en  son  pais  demores  à  estage;' 

,,à  tort  aves  porpris  la  rivière  et  li  erbage. 

„sien  requiert  à  vous  et  à  aus  (le)  trevage;  10 

„il  ne  vus  mande  mie  hounor,  ne  signorage,' 

„mais  ire,  mautalens  désounor  et  hontage. 

„rendes  li  son  marci,  Floridas  le  très  sage, 

„le  preu  et  le  hardi  à  Taduré  corage; 

„dont  en  pores  aler  se  rendes  le  paiage.  15 

„se  vus  tos  ne  le  faites,  vus  i  ares  damage/' 

lors  parla  Floridas,  n'ot  pas  le  vis  ombrage: 

„sire,  de  ma  prison  prenderes-vous*  ostage; 

„li  dus  Melcis  cevauce,  je  voi  le  fier  bamage, 

yjTLXx^'  chevaliers  ki  mult  ont  vaselage.  20 

„cil  venront  desrainier  le  gués  et  le  pasage; 

„de  vos  Grius  i  laires  i.  si  précieus  gage, 

„ne  seroit  racatés  de  tout  l'or  de  Cartage." 

Sire,  dist  Floridas,  ne  V  tenes  à  losenge, 
„s'on  prent  homme  ^  à  tornoi;  drois  est  c'avoir  en  prenge.  25 
„metes-moi  à  raencon,  je  suis  près  que  le  renge; 
„avoir  encontre  ounor  ne  pris  une  masenge. 
„qui  pour  ounor  desfent  sa  vie,  a  sa  coustenge;* 
„faite  aves  honte  au  duc,  si  est  drois  qu'il  s'en  venge. 
„soufres  que  demain  soie  à  l'  dolerous'  caJenge  30 

„ù  li  preus  aront  pris  et  li  couart  blastenge; 
„qui  là  n'iert,  n'ara  mie,  par  droit,  de  V  tout  loenge. 
,Jouenes  sui,  prou  sai  d'armes,  si  est  drois  qu'en  aprenge; 
„mius  volroie  estre  preus  c'avoir  l'ounor  d'Orenge." 

Quant  Alixandres  ot  entendu  le  meschin  35 

qui  por  sa  raencon  ofre  à  donner  or  fin, 

1)  son.    2)  êêttê  for  voirê  rage.    3)  mMSté  ne  forûfe.    4)  im  pr«ii- 
dereê,    5)  auirt.    6)  êonwe  m  a  le,     7)  gtariem. 


FUBR8  DE  GADRBS.  473 

tant  que  n'en  porteroient  la  moitié  doi  roncin, 
Emenidus  apiele,  oiant  caus  de  sen  lin. 
,,cil  bacelers  est  preas,  n'a  pas  le  cuer  frarîn; 
„ounor  a  en  amée,  siuir  vint  son  train. 
„Yers  lai  ne  pris  avoir  une  fuelle  de  pin;  5 

,,par  raison  m'a  mostré  que  siue  son  train.* 
„s'or  l'avoie  raient'  quant  yenroit  à  I'  matin, 
„li  avoirs  qu'en  aroie  m'aroit  quis  tel  voisin 
„qu'il  querroit  mon  damage  à  son  branc  acérin; 
„por  avoir  qu'il  dounast,  n'aroie  millour  fin.  10 

„6rijois  demain  veres  tant  confanon  porprin 
F.  73^   ,»et  tant  bon  chevalier  armé  sor  l'elme  enclin  ; 
„à  demain  vus  otroie  i.  jomel  entierin: 
„se  ne  fier  à  la  porte  de  mon  branc  acèrin, 
nbien  juge,  oiant  vus  tous,  ne  doi  boire  de  vin  15 

„ne  bêle  dame  avoir  sous  couvertoir  hermin.'' 

Pris  a  rois  Alixandres  lendemain  Taatine 
k'il  ferra  à  la  porte  de  sa  lance  fraisnine. 
Emenidus  ki  d'armes  sot  toute  la  doctrine 
promet  à  son  lion  de  V  premier  cop  Testrine,  20 

se  ferrans  ne  li  ciet,  qui  li  cort  de  ravine. 
Grijois  dient  entr'aus:  „ci  a  trop  lonc  termine, 
„alons  les  asalir  ains  que  li  jors  décline." 
quant  Toi  Floridas,  le  viaire  en  soscline 
li  cuers  U  aluma  par  desous  sa  poitrine,  25 

de  hardement  languise'  ceste  proecce  fine, 
de  r  mautalent  qu'il  a  a  morir  se  destine, 
entrues  que  il  parolent,  li  dus  Melcis  cemine; 
avoec  lui  amena  une  noble  mescine, 
sa  fille  ert,  n'ot  plus  d'oirs,  cou  est  vérités  fine;  30 

en  la  chité  l'enmainent  maint  fil  de  palasine. 
jolie  estoit  et  gente,  car  amor  l'enlumine. 
*à  grans  honors  s'herbergent  en  la  salle  perrine, 
et  li  dus  est  logiés,  car  li  solaus  décline, 
maint  tré  i  ont  tendu  de  soit  outre  marine;  35 

Dauris  le  va  veir,  qui  pas  n'i  ot  haine, ^ 

1)  Hegne  son  eemm,    2)  WÊeê  se  je  l'en  eréaie.    3)  raiHse.    4)  veêiuê 
d'un  frtê  hêruUne. 


474  FUBRS  DE  GADRBS. 

et  li  dus  li  promet  qu'à  s'espée  acèrine 
li  rendera  demain  de  Floridas  saisine. 

Lés  la  cite  se  logent  Caldiu  è  Y  sablonnoi, 
taburent  et  buisinent  et  mainent  grant  esfroi; 
Tescorgaite  commandent  Clarec  de  Montesfroi  ;  '  5 

mais  sagement  le  font  la  gens  au  maine  roi. 
Aristes  et  Dans  Clins  et  Gratiens,  cist  troi 
gardent  Tost  à  m.  Grius  par  le  roial  otroi. 
li  ber  Emenidus  est  adies  en  esfroi, 
quar  sa  targe  ot  promise  des  premiers  cos  Totroi;         10 
s'il  ne  r  fait  à  proecce,  il  a  menti  sa  foi. 
si  tos  com  li  solaus  esclarcist  Tair  de  soi, 
est  montés  sor  ferrant,  armés  de  son  conroî. 
ains  c'on  le  sace  à  Tost,  passe  as  gués  en  eonroi;* 
jà  ert  levés  Dauris  désirans  de  tomoi,  15 

Tost  remiroit  de  fors  desor  fauveP  le  bloi. 
Emenidus  coisi  delés  i.  sapinoi, 
lors  dist  à  Samuel  :  le  Deu  des  armes  yoi. 
„par  son  fier  hardement  est  yenus  à  desroi; 
„c'est  cil  ki  prist  men  frère,  le  millor  de  sa  loi.  20 

„s'à  lui  ne  vois  jouster,  tiere  tenir  ne  doi,*' 
isnelement  s'arma,  mais  ne  le  sorent  doi, 
puis  a  dit:  „biaus  amis,  d'une  cose  vus  proi; 
„demores  en  la  vile,  cis  besoins  est  sor  moi. 
„se  à  i.  chevalier  cest  mien  escu  dounoi,  25 

„ne  me  doinst  mes  puciele  ne  solas,  ne  dosnoi. 
„m'espée  muert  de  faim  et  ma  lance  de  soi; 
„8e  de  r  sanc  ne  1'  saole,  de  proecce  recroL 
„ostages  vus  en  doinst  cest  anel  de  mon  doi 
„que  me  tramist  m'amie,  la  biele  en  qui  je  croi/'         30 

Dauris  monte  è  V  ceval,  couvert  d'un  drap  de  soie; 
si  s'afice  ens  estriers,  cescuns  des  flers  en  ploie, 
le  ceval  esporone,  des  esporons  l'aigroie, 
menbre  lui  de  s'amie  à  cui  de  1'  tout  s'otroie; 
li  cuers  li  est  montés  par  orguel  iiii.  doie.  35 

Emenidon  coisi  jouste  le  sapinoie, 
le  frain  lasque  à  Y  baucant,  des  esporons  l'aigroie. 
1)  Uonjfenêoi.    2)  rêcoi.    3)  #or  SamuêL 


FUBRS  DE  GADRBS.  475 

F.  73*   lors  broce  Emenidus  ferrant  qui  se  desroie; 
li  ceyaus  Dauri  vient  si  tos  le  sablonoie 
que  ausi  trance  l'erbe  comme  yilains  le  soie, 
es  escus  s'entrefierent  ù  li  ors  reflanboie; 
petit  durent  les  lances,  car  cescune  pecoie.  5 

andoi  sunt  passé  outre,  bien  i.  arpent  de  voie; 
tant  fu  bêle  la  joste  que  cascuns  s'en  cointoie. 
Clares  qui  Tescorgaite  faisoit  jouste  l'arbroie 
0  caus  de  Mongaicois  et  o  caus  de  Valcoie, 
oi  les  froiseis,  mais  pas  ne  se  desroie.  10 

à  ses  conpagnons  dist:  „or  tous  armes  à  joie. 
,»6ryois  ont  jà  passée  Taighe  qui  n'est  pas  coie: 
,41  ont  hardi  signor  qui  ichi  les  envoie. 
„or  se  puet  travillier,  cui  li  soujors  anoie; 
„poi  doi  prendre  repos  nus  prudons  qui  guerroie/'       15 

Pour  lor  cevaus  rçstraindre  sont  descendus  à  pié 
Caldiu  qui  cele  nuit  ont  lés  le  bruel  yillié. 
es  cevaus  remontèrent,  poi  i  ont  detrié; 
cevaucent  en  conroi,  sieréement  rengié. 
jà  ierent  li  vasal  à  Tester  repairié,  20 

des  espées  s'estoient  durement  enpirié; 
Emenidus  esgarde,  si  vit  le  pré  joncié 
de  caus  qui  por  conbattre  vienent  aparillié; 
si  fiert  Dauri  sor  l'elme  que  tout  Ta  enbroncié. 
quant  les  Caldius  coisi,^  si  ot  le  cuer  irié  25 

et  dist:  se  caus  n'encontre  qui  les  ont  aprocié 
peu  i  ara  cel  jor  par  armes  convoitié.' 
sor  ferrant  ademis  tint  le  branc  enpugnié, 
ftert  sor  Telme  i.  Caldiu  que  tout  l'a  enbroncié; 
ne  li  vaut  la  ventalle  plus  d'un  cansil'  délié,  30 

l'acier  trancant  li  a  dusc'à  1'  menton  glacié, 
à  l'estrodre  de  1'  branc,  l'a  è  V  pré  trébucié. 
quant  Clares  l'a  veu,  le  cuer  en  a  irié, 
le  ceval  esporône,  s'a  le  pignon  baisié, 
ftert  le  conte  en  l'escu,  tout  li  a  pecoié;  35 

ne  r  garesist  haubers  qu'il  ne  l'eust  blecié; 
de  cou  li  cai  bien  qu'en  car  ne  l'a  toucié. 
1)  h  pêêM  l'a  vea.    2)  eêfUntié,    3)  eainêêi. 


476  FUBRS  DE  GADRBS. 

à  1'  daerrain  arcon  a  son  fier  apoié 
et  si  n'a  pas  le  conte  ne  mué  ne  ploie, 
li  ber  Emenidus  ot  mult  le  cuer  irié  ; 
Dans  Clins  et  Gratiens  orent  escorgaitié, 
sor  les  cevaus  armés  orent  le  gués^  gaitié.  5 

li  airs  qui  estoit  noirs  est  i.  poi  esclairié; 
de  la  cité  regardent  le  fort  mur  batillié; 
la  mellée  coisirent  par  dalés  i.  vregier. 
Emenidon  coisirent  qui  mult  ot  caploié. 
„6ratiien,  dist  Dans  Clins  qui  mult  ot  cuer  ploie,'       10 
„ès  gués  se  sunt  féru,  n'i  ont  plus  atargié; 
„hui  perdrons  le  millor  qui  ait  escu  baillié." 
et  Caldiu  ont  le  conte  entr'aus  si  angossié' 
que  tout  l'eussent  pris  et  de  Y  cors  mehagnié 
quant  li  dru  Alixandre,  li  doi  vasal  proisié,  15 

Tinrent  a  la  rescouse,  de  bien  faire  haitié. 
cescuns  abat  le  sien,  que  n'i  ot  detrié; 
Dauris  voit  que  li  sien  sunt  forment  damagié, 
.    à  i.  des  siens  meisme  recouvra  i.  espie; 
or  va  férir  Clincon,  ne  Ta  pas  épargnié,  20 

l'escu  À  tout  le  branc  li  a  è  1*  cors  plaisié»^ 
une  grant  toise  Ta  de  1*  ceval  eslongié; 
puis  regarde  sa  main,  si  a  Taniel  baisié 
F.  73'   que  li  tramist  la  bêle  au  gent  cors  envoisié; 

sor  le  conte  s'areste,  ne  l'a  pas  refusié;  25 

pris  Ta  et  a  li  enfes  ilueques  franchie' 

qu'il  n'istera  Defur,  si  l'ara  otroiié. 

li  doi  Grijois  s'en  partent,  le  tierc  i  ont  laisié 

et  Caldeu  vont  après  des  esporons  coitié. 

Dauris  arieste  à  1'  gué,  n'i  a  pas  encaucié;  30 

Emenidon  apele  se  li  dist  cest  ditié: 

„dites  moi  de  mon  frëre,  Tarons  nous  ostagié? 

„i.  des  vôtres  avons  à  Defur  hierbregiés/' 

Emenidus  a  dit:  „n'aves  pas  mescangié; 

„tos  ares  Floridas  por  cestui  escangié.  35 

1)  ie  foêage.     2)  mal  êomeê   engignié,     3)  aprodê,     4)   iê  l'   cors 
saeié.    5)  a  ii  fuenê  fiancié. 


FUBRS  DE  GADRES.  47t 

„s'il  plest  à  Alixandre,  jou  loc  bien  cest  marchié; 
„run  renge-on  por  l'autre,  qu'il  n'i  ait  plus  plaidié/' 

Sour  cou  ont  li  baron  la  parole  laisié, 
s'il  plest  à  Alixandre  k'ele  soit  otroié. 
li  doi  Grijois  s'en  partent,  la  voie  ont  aquellie  5 

dusc'à  r  tref  Alixandre  n'i  ot  règne  sacîé. 
Emenidus  en  a  la  parole  fumie^ 
que  Dauris  à  Clincon  fait  la  siele  widie; 
s'est  prisons  à  Defur,  en  la  tor  batillié, 
Floridas  en  escange  a  prison  batillié.'  10 

il  a  si  vers  Dauri  la  parole  afaitié, 
l'un  ara-on  por  l'autre,  isi  est  otroié. 
Alixandres  a  dit:  „ceste  oevre  est  bien  traitié, 
„por  l'ounor  de  Caldée,  se  quite  m'est  jogié. 
„le  menor  ne  voroie  perdre  de  ma  mesnie,  15 

„por  Clineon  a  été  ma  proecce  essaucié; 
„n'est  drois  que  la  merice  soit  au  besoig  falie." 
XX.  chevaliers  apele  de  caus  ù  plus  se  fie: 
„à  Defur  m'en  ires,  la  cité  enforcié, 
„Floridas  conduires  à  la  ciere  hardie  20 

„et  ramenres  Clincon,  si  est  Tuevre  bastie."* 
cil  passèrent  as  gués,  n'i  ot  règne  sacié; 
la  porte  de  Defur  truevent  desvierillée. 
grant  oleure  vont  par  la  mestre  caucie, 
au  perron  descendirent  de  la  sale  voltie.  25 

Li  chevalier  descendent  qui  ne  sunt  pas  vilain; 
encontre  sunt  aie  bouijois  et  citoain. 
Dauris  démena  joie  de  sen  frère  germain, 
il  apiela  Clincon,  si  Fa  pris  par  le  main; 
dist  lui  :  „vus  estes  quite,  mais  ce  n'est  mie  en  vain  ;  30 
„ains  me  fianceres  le  tornoi  à  demain.'* 
—  non  ferai,  dist  Clincons,  mais  ancui  à  1'  sierain. 
„ier  nos  dist  Alixandres,  se  Dex  le  garde  sain, 
„qu'il  ferra  en  vo  porte,  de  cou  soies  ciertain; 
„et  il  n'en  mentiroit  por  nul  avoir  mondain.'*  35 

Dauris  li  fait  donner  i.  destrier  Castelain; 
les  mesages  convoie  demie  Une  à  plain. 
1)  navele  noneié.    2)  de  frison  fianeié.    3)  partie. 


478  FUER9  DB  GADRBS. 

li  Gria  prendeni  congié,  car  de  V  gaés  sont  procain; 
dasc'à  r  tref  Alixandre  n'i  ont  tiré  lor  firain. 
Alixandres  apiele  Clincon  tout  premerain: 
„aportes-moi  mes  armes,  li  jor  s'en  va  à  plain/' 

Les  armes  aportèrent  doi  yallet  à  Y  roi  maine;  5 

ricement  l'ont  armé  dedens  son  tré  demaine. 
caperon  ot  et  mances  d'un  cier  drap  d'Aquitaine; 
le  boin  ceval  Indois  errant  on  li  amaine, 
qui  plus  tos  ya  par  vaus  que  lièvres  par  araine. 
es  arçons  saut  li  rois  armés,  de  tiere  plaine,  10 

devant  Emenidus  ses  conpagnons  acaine. 
F.  74*   »>sire,  vus  aves  hui'  la  jouste  premeraine; 

„yotre  lions  a  pris  des  premiers  cors  l'estraine. 

„Dauris  yus  fist  sainier  ferrant  à  V  grose  vaine, 

„ne  vus  besognast  mie  qu'il  euist  corte  alaine.  t5 

„la  prisons  Floridas  n'a  mie  esté  lontaine, 

„or  tos  prendes  vos  armes  et  prince  et  castelaine,* 

„*ancui  voirai  savoir  quel  jent  a  en  cest  rêne/' 

Emenidus  ot  honte,  i.  mot  desist  à  paine, 

cuide  que  dit  li  soit  par  reproce  vilaine;  20 

mais  li  rois  ne  1'  desist  por  nul  avoir  mondaine. 

Par  l'ost  se  sunt  armé  li  Griu  hasteement; 
li  rois  les  fait  issir  des  loges  erraument; 
Emenidon  apele,  se  li  dist  bêlement: 
„biaus  sire,  n'aies  mie  envers  moi  mautalent.  25 

„coa  que  je  vous  dis  ore  fu  por  castiement; 
„hardis  est  ki  asaut  et  plus  ki  se  desfent. 
„devi8es  vos  conrois,  atomes  votre  genf 
Emenidus  a  dit:  ,Je  ferai  vo  talent'* 
X.  conrois  establi  bien  et  resnablement,  30 

et  furent  è  1'  premier  doi  millier  et  iii^* 
o  caus  vorra  jouster  li  quens  premièrement. 
Tholomes  conduist  l'autre,  Clincons  la  tierce  prent, 
la  quarte  Gratiens  qui  prendra  vengement 
de  r  duc  Melcis,  s'il  puet  et  eurs  li  consent.  35 

Perdicas  et  Liones  conduisent  sagement 
la  quinte  et  la  sisime  par  lor  enseguement; 
1)  kui  avêê  eu,    2)  li  eataimê. 


FUBRS  DB  GADRBS.  479 

Aristes  et  Filoies  par  lor  grant  hardement 

conduisent  les  ii.  antres,  sieret  seurement. 

la  nuevime  Canins  qui  avoit  le  cors  gent, 

la  disime  Alixandres  à  cni  li  mons  apent; 

en  lui  tout  seul  aroient  li  sien  recourrement.  5 

quant  li  Caldiu  les  virent  passer  si  fièrement 

si  se  sunt  tout  armé  tost  et  delivrement 

floridas  a  mandé  Melcis  isnelement 

que  Alixandres  vient  vers  lui^  iréement. 

li  dus  démena  joie  quant  la  parole  entent;  tO 

mais  joie  dont  dex  nest,  nonce*  est  de  tonnent. 

Caldieu  corent  as  armes,  li  dus  la  soie  prent; 

Clares  de  Mongensor  tos  Tangarde  porprenU 

li  doi  s'entr'aprocièrent  par  le  pré,  liement; 

ne  quic  que  il  remagne,  s'en  erent  cors  sanglent.  15 

Caldiu  furent  armé,  li'  dus  ist  de  sa  tente; 
cil  de  Defur  s'en  iscent,  n'i  fisent  longe  atente, 
et  Floridas  a  dit  qui  la  ciere  a  rouvente: 
„baron,  or  de  V  bien  faire,  ne  soit* qui  se  repente; 
„or  puet  monter  en  pris  cui  onors  atalente.  20 

„qui  rien  doit  à  proecce,  hui  li  paiie  sa  rente; 
„hui  seront  cier  li  preu,  car  venue  est  lor  vente." 
lors  cevaucent  Caldiu  et  sunt  par  m.  fois  xxx. 
Emenîdus  apiele  Saligot  de  Laurente:^ 
„estregnies  ces  conrois,  que  nus  ne  s'i  destende;  25 

„8e  cest  premier  ne  fier,  Dame  V  Dex*  me  cravenle." 

Emenîdus  apiele  Saligot  et  Guimas: 
„cevaucie8  en  conroi,  seréement  le  pas; 
„g'irai  férir  Caldius  en  cest  premerain  tas.*' 
li  quens  broce  ferrant  qui  ne  fu  mie  las  30 

et  Clares  esporone  sor  le  vair  de  Damas, 
es  escus'  enbusciés,  portent  les  lances  bas; 
ne  lor  valent  escut  nient  plus  que  lignes*  dras; 
si  se  fièrent  es  elmes  qu'en  ronpirent  les  las. 
li  vasal  furent  fier,  li  ceval  fort  et  cras;  35 

F.  74^  andoi  se  tinrent  bien,  ce  fu  joie  et  solas. 

1)  ver#  M  eevëlee.    2)  source,     3)  #a  tenie.     4)  JheêUê   Crû, 
5)  hlmêonê,    6)  linge*. 


480  PUBRS  DE  QAIUIES. 

se  li  i.   en  ceist  envers,  sovins,  ne  plas, 

plus  li  fust  mesceu  qu'à  gieter  ambes  as. 

là  ù  les  os  s'encontrent,  n'i  ot  ne  ju,  ne  bas;^ 

entre  Grijoîs  se  fièrent  Dauris  et  Floridas; 

là  ot  maint  escu  fraint  et  maint  vert  elme  quas.  5 

Mult  fu  fors  li  estors  devant  la  nonne  basse; 
Grijois  i  ont  perdu  de  chevaliers  grant  masse. 
Emenidus  d'Arcade  entre  ii.  rens  trespase, 
va  férir  Samuel  qui  tint  la  tor  de  Jasse; 
à  l'espée  trancant  tout  son  elme  li  quase;  10 

ne  li  vaut  la  ventalle  le  vies  pan  d'une  nasse, 
la  cervielle  11  bout,  mervelle  est  s'il  repasse; 
grant  vertu  a  li  quens  qui  de  férir  ne  lasse, 
les  navrés  sor  les  mors  à  1'  branc  d'acier  entasse; 
onques  nus  chevaliers  n'ot  de  férir  tel  grasse.  t5 

Li  batalle  fu  fors  devant  nonne,  è  1'  palu; 
li  conroi  de  ii.  pars  se  sunt  seule'  couru, 
là  ot  tante  anste  fraite  et  tant  blason  fendu 
et  tant  elme  enbaré  et  tant  clavain  ronpu. 
Alixandres  cevauce  à  force  et  à  viertu;  20 

à  son  conroi  tout  seul  a  l'estour  desronpu 
tout  outre  les  Caldius,  si  que  tout  l'ont  veu. 
de  cou  que  il  ot  dit  lor  est  resouvenu;' 
jà  ne  reposera,  s*i  l'ara  retenu. 

celé  part  ù  il  va,  sunt  si  home  venu;  23 

tant  com  li  vers^  Indois  pot  randonner  menu, 
va  férir  en  la  porte  de  son  espiel  agu; 
Tanste  brise  et  le  fier  a  dedens  enbalu. 
devant  la  porte  sunt  li  Grijois  sorvenu*^ 
et  cil  dedens  lor  gietent  pieres  et  Grijois  fu;  30 

n'i  perent  plus  ester,  arrière  sunt  venu. 
Dans  Clins  et  Tolomes  i  ont  grans  cos  féru; 
cescuns  d'ans  n'avoit  mie  le  tierc  de  son  escu; 
bien  ot  li  dus  Melcis  le  caple  maintenu, 
tout  là  ù  il  torna  ont  li  Grijois  perdu;  35 

ocis  ont  Saligot  et  Guimas  abatu. 
Gratiens  esporonne  à  loi  d'ome  irascu 
1)  gas.    2)  êeure.    3)  esi  le  roi  souvenu.    4)  ionê,    5)  areetu,      « 


PUBRS  DE  GADRB8.  481 

et  va  férir  le  duc  qu'il  a  recouoeu. 

ne  escus,  ne  clarains  ne  li  a  riens  valu; 

une  toise  de  Tanste  li  met  par  mi  le  bu. 

souvinant  de  Y  ceval  l'a  à  tiere  abatu; 

il  ne  pot  mot  souner,  car  à  mort  navrés  fu.  5 

bien  li  a  Gratiens  le  gueredon  rendu 

de  cou  qu'il  li  avoit  son  service  tolu. 

Caldiu  sunt  esmaiié  ki  le  virent  eau; 

bien  sevent  s'il  est  mors  que  tout*  seront  vencu. 

Mult  a  bien  Alixandres  sa  parole  tenue  lU 

k'il  féri  à  la  porte  de  sa  lance  esmolue; 
sa  gens  est  à  l'estor  après  lui  revenue. 
Perdicas  et  Liones  i  ont  grant  perde'  eue; 
il  orent  la  batalle  fièrement  maintenue. 
Aristes  et  Pilote  i  ont  grant  perte  eue;  15 

là  ù  Dauris  toma,  mult  ot  de  gent  perdue. 
Caulus  a  tant  féru  que  tous  li  cors  li  sue; 
la  force  des  Caldius  a  li  rois  desronpue, 
ausi  les  fait  fuir  comme  faucons  la  grue, 
des  mors  et  des  navrés  est  la  prée  vestue;  20 

li  dus  pasme  à  la  mort,  sanglens,  sor  l'erbe  drue; 
ne  pot  i.  mot  sonner,  ses  mains  tent  vers  la  nue. 
F.  74^   li  cors  s'en  est  tornés,^  l'arme  en  est  par  iscue. 
or  li  a  Gratiiens  sa  mérite  rendue 

de  cou  qu'il  li  avoit  sa  desierte  tolue.  25 

trop  fu  li  quens  hardis ,  cou  est  cose  seue , 
mais  si  avère  riens  ne  fu  onques  veue; 
fause  est  proecce  avère,  car  de  l'haut*  bien  est  nue. 
tos  fu  entre  Caldius  la  noviele  espandue 
que  li  dus  est  ocis,  de  lui  n'aront  aiue.  30 

ausi  sunt  esfreé  comme  beste  esperdue, 
Gratiens  les  ocit  et  Dans  Clins  les  argue; 
en  aus  n'a  nul  defois,  tous  les  ocit  et  tue. 
Clares  de  Mongensor  vit  la  desconneue,^ 
que  por  la  4nort  au  duc  est  sa  gens  confundue  ;  35 

au  conroi  de  Defur  est  droitement  venue, 
1)  to*.    2)  pmnê.     3)  «#l  estenduê.    4)  de  tos,    5)  deseonvemêe, 

Li  RoumftM  d'AIiMn4rc.  31 


482  FUBRâ  DE  GADRBS. 

Dauris  et  Floridas  ont  lor  gent  retenue;* 

une  bataille  font  de  lor  gent  conneue. 

Ters  le  baille  s*entornent  par  une  estroite  rue 

et  Giijois  après  aus  s'en  vont  sans  arestue. 

ne  quie  que  par  aus  soit  corone'  recreue.  5 

Mors  est  H  dus  Melcis  et  sa  gent  recreans; 
forment  i  a  Grijois  par  le  pré  mors  gisans, 
Alixandres  ralie  les  sains'  et  les  aidans; 
il  apiela  a  soi  les  preus  armes  portans. 
il  ont  devant  la  baille  les  frères  consiuans  10 

qui  li  ont  mors  ses  homes,  de  coi  il  est  dolans. 
„baron,  dit  Alixandres,  alons  vers  ces  enfans. 
„se  vis  les  poons  prendre,  ce  sera  joie  grans; 
„la  cité  me  rendroient,  fais  seroit  mes  talans. 
,Je  Tarai  coi  qu'il  coust,  n'en  sui  mie  doutans;  15 

„ain8  i  tenroie  siège  de  cest  jor  en  viii.  ans." 
lors  desrengent  li  Griu  sor  les  cevaus  corans; 
Dauri  son  frère  apele  Floridas  le  vallans  : 
„quar  alons  encontrer  ces  premiers  desreans." 
andoi  hurtent  ensanle  des  esporons  trancans;  20 

à  Floridas  jousta  Dans  Guimas  de  Polans.^ 
lor  lances  pecoièrent  sor  les  escus  tenans; 
sans  parel*  fu  la  j ouste,  mes  auques  fu  parans, 
et  à  Dauri  jousta  Caulus  li  conbatans 
à  cui  li  rois  donna  Yvorie  et  Melans.  25 

Tanste  Caulus  brisa,  li  Dauri  fu  tenans; 
le  conte  souvina  sor  les  flors  verdoians. 
ii  Griu  vont  à  V  rescouse,  com  lions  famillans 
qui  va  querre  sa  proie,  de  coi  est  désirans. 

Là  il  Caulus  cai  estoit  la  prée  gente,  30 

fors  tant  que  des  navrés  estoit  par  lius  rouvente; 
il  fu  si  estordis,  ne  set  s'il  pluet  u  vente, 
quant  li  Griu  l'ont  veu,  nus  d'aus  ne  s'i  alente; 
por  le  vallet  rescorre  i  ceurent  plus  de  xxx. 
Dauris  qui  l'a  veu,  de  rien  ne  s'espoente;  35 

à  l'espée  d'acier  lor  aporte  tel  rente 
dont  il  fait  entor  lui  mainte  teste  sanglente; 
1)  l'oêuvre  fêreeue.    2)  cornée,    3)  #ieii«.     4)  H  paiêêmnê.    5)  périt' 


PUBR8  DB  GADRBS.  483 

ains  si  grant  hardement  n'ot  hom  de  sa  joyente. 
et  H  ber  Floridas  maint  raste  cop  i  ente; 
mais  Griu  orent  la  force  qui  orent  bone  yente. 
Caulus  ont  remonté  sor  le  ceyal  d'Otrante; 
li  ber  a  trait  le  branc,  de  soi  yengier  n'alente,  5 

yait  férir  i.  Caldiu  que  sor  l'arcon  Tadente; 
estordi  Tabati  au  trayiers  d'une  sente, 
puis  en  abat  i.  autre  et  le  tierc  acrayente. 
fièrement  se  requerent,  l'uns  l'autre  n'a  parente;     , 
74'   de  lances  et  d'espius  l'uns  sor  l'autre  carpente.  10 

oir  i  peuiscies  tel  noise  et  tel  tormente, 
il  sanle  que  airs  torne  et  tiere  se  desmente; 
là  fi]  li  couars  yius  et  li  hardis  ot  yente. 


31* 


PRISE  DE  DEFUR. 


CI   dlst  0l  com  Daaris  et  Floridas  me  eonlM^tent 
contre  lor  anemls  et  II  en  tuent  asses* 

lHout  fu  grans  la  mellée  et  li  noise  et  li  cris 
et  deçà  et  delà  fu  fors  li  ferreis. 
Grijois  lor  corent.  sus  ki  d'armes  sunt  apris, 
ne  les  pot  plus  soufrir  la  mesnie  Melchis; 
toute  cai  lor  force  quant  li  dus  fu  ochis.  5 

cil  de  Defur  s*entornent,  s'est  li  esters  guerpis; 
Caldiu  furent  par  force  dedens  les  lices  rais. 
Floridas  guenci  primes,  de  bien  faire  aatis» 
et  Dauris  ses  vasaus*  qui  mult  est  ses  amis, 
à  espérons  s'eslaisent  en  mi  lor  anemis;  10 

Floridas  fiert  i.  Griu  et  i.  autre  Dauris, 
si  que  fors  des  arçons  les  yersent  estordis; 
et  d'une  part  et  d'autre  fièrent  des  brans  forbis. 
mais  n'i  porent  durer,  n'i  ot  c'aus  ii.  guencis; 
Grijois  les  ont  par  force  et  retenus  et  pris.  15 

Alixandres  les  rendes'  qui  en  fu  esjois, 
por  cou  qu'il  les  a  sains  et  nus  n'en  fu  malmis; 
cel  conquest  a  plus  cier  que  tout  l'autre  pais, 
lor  cies  flst  désarmer,  s'es  esgarda  è  1'  vis; 
lor  nons  lor  demanda;  quant  il  les  ot  ois  20 

il  a  dit  à  ses  homes:  ,J'ai  le  rose  et  le  lis. 
„onques  de  lor  eage  n'en  yi  ii.  si  hardis." 
Emenidus  broca  Ferrandin  l'ademis; 
entre  Caldius  se  met  à  tous  z"**  Gris, 
1)  H  vaiiian*.    2)  iivrent. 


PRISE  DE  DBPUR.  385 

è  r  palais  les  enbat  dolans  et  esbahis, 

commonalment  i  entrent,  si  les  orent  souspris, 

par  les  rues  les  cacent  dolans  et  desconfis; 

si  fi]  la  cités  prise,  ensi  com  vous  devis. 

Alizandres  apiele  Floridas  et  Dauris:  5 

„vostre  cités  est  prise,  bien  sai^  qu'en  sui  saisis/' 

—  sire,  dist  Floridas,  tant  sui-jou  plus  maris. 

„se  g'i  euse  esté,  de  cou  soies  tous  fis, 

„n'i  mesisies  le  pié,  si  fust  Tans  acomplis.'' 

Alizandres  Toi,  si  a  gieté  i.  ris  10 

et  dist  au  damoisiel  ki  d'ire  estoit  espris. 

„ciertes  tu  as  droit  non,  de  proecce  ies  floris." 

Li  Griu  fisent  grant  joie  quant  la  cités  fu  prise; 
li  ber  Emenidus,  li  vasaus  à  devise,' 
en  vint  à  Aliiandre,  si  li  monstre  et  devise  15 

F.  75*   par  quel  engien  il  a  la  fort  cité  conquise. 
„sire,  venes  avant,  si  metes  votre'  asise." 
li  bons  rois  Alizandres  a  la  destre  main  mise 
desour  Emenidus  qu'il  aime  sans  faintise; 
ses  prisons  li  carga,  cil  fit  sa  commandise,  20 

puis  vait  en  la  cité  o  gent  de  mainte  guise, 
è  r  mestre  castiel  vint  qui  seoit  sor  falise; 
sale  i  avoit  mult  grant  qui  n'ert  de  piere  bise, 
mais  de  marbre  porfis,  ouvrée  par  mestrise. 
tant  i  a  or  et  pieres  que  n*en  sai  la  devise;  25 

c.  feniestres  i  ot  qui  oevrent  devers  bise; 
tout  environ  couroit  li  orgillouse  Pisse,* 
une  aighe  fière  et  noire,  com  se  fiist  pois  remise; 
en  tout  le  mont  n'avoit  cbité  si  bien  assise. 
en  une  cambre  à  vote  qui  vaut  l'onor  de  Frise,  30 

estoit  la  fille  au  duc,  de  grant  biauté  esprise, 
Escavie  ot  à  non,  plus  bêle  c'Anfelise. 
là  le  mena  ses  père  qui  tenoit  la  justise; 
ne  voloit  que  sans  li  fust  la  cités  ^  assise, 
quant  ele  ot  que  11  rois  ot  la  cité  conquise  35 

iii.  pucieles  huca  qui  sunt  de  son  servise; 
la  plus  povre  des  iii.  fu  fille  de  marcise. 
1)  voi.   2)  que  fo#  ii  monde  priée,    3)  ro.   4)  thtmiêe.   5)  à  T  eoêtel. 


^     Ô86 


PRI8B  DB  DBPUR. 

devant  le  roi  s'en  vint,  si  s'est. à  jenous  mise. 
,,merci,  fait-ele,  roi,  que  n'i  soie  malmise.'' 
et  quant  le  vit  li  rois  ù  proecce  iert  assise,' 
à  mont  Va  relevée  et  lés  lui  Ta  assise. 

Li  bons  rois  Alixandres  ki  par  force  prist  Tyr  5 

et  Perse  et  Babilone  et  les  vaus  de  Montir, 
s'ot  la  cité  conquise  ù  il  ot  à  soufrir 
maint  mal  et  mainte  paine,  or  l'a  à  son  plaisir, 
en  la  cité  herbegent  ii  Grijois  à  loisir; 
tant  i  truevent  trésor  et  bon  dras  à  viestir  10 

que  li  plus  povres  d'aus  en  pot  bien  enrichir, 
es  plus  mestres  palais  fist  li  rois  son  plaisir. 
*mult  ot  grant  signorie  cil  qui  le  fist  bâtir; 
très  en  mi  le  palais  avoit  fait  establir 
c'  manières  de  gent  por  la  cort  esbaudir.  15 

si  ont  esous  reons  et  bâtons  por  férir; 
li  i.  regarde  l'autre,  sanlant  fist'  d'asalir; 
si  commencent  iii.  fois  le  jor  à  escremir. 
si  niistes  cos  se  vont  sor  les  escus  férir 
que  trestout  le  palais  en  convient  retentir.  20 

d'autre  part  en  a  ii.  qui  de  1'  sevent  siervir; 
l'uns  tint*  une  viele,  l'arcons  ert  de  safir, 
li  autres  i.  harpe  dont  grant  son  fait  iscir; 
lues  que  cil  escrimisent,  se  prendent  à  servir, 
mult  fu  cil  engignous  qui  cou  sot  establir.  25 

trestoutes  les  fenestres  a  fait  li  rois  ouvrir 
por  le  conbateors  que  il^  voloit  veir. 
la  puciele  apiela  qu'il  vit^  lés  lui  seir; 
la  vérité  des  gius  li  rouva  descouvrir, 
la  puciele  li  conte  tout  le  voir,  sans  mentir;  30 

li  rois  ot  grant  mervelle,  se  ce  pot  avenir; 
tôt  maintenant  commande  c'on  les  face  envair. 
li  mestres  qui  les  garde,  vot  son  bon  aconplir; 
en  petit  de  termine  font  les  escus  croisir. 
adont  les  veiscies  enbroncier  et  couvrir'  35 

rebouter  et  retraire,  reculer  et  salir;® 

1)  çtt'Ml  plaine  de  gêtUeU*»,    2)  tï.   3)  ftmt.    A)  HêmU  5)  an.    6)  e'M. 
7)  imèuêùiêr  et  courir,    8)  êmitir. 


PRIBB  DE  DBPUR.  437 

ce  sanlent  que  yif  fuscent  et  peusenl  morir. 
li  ménestrel  apriès  font  les  notes  tentir, 
F.  75^   si  que  par  le  palais  le  porent  tout  oir. 

quant  li  rois  vit  les  gius,  mult  li  Tint  à  plaisir. 

Li  rois  a  regardé  yolentiers  l'escremie,  5 

et  le  rice  pales  ki  fu  fais  par  mestrie; 
tant  i  ot  or  et  pieres  que  tout  en  reflambic. 
cil  ki  faire  le  iist  ot  perdue  la  vie 
par  sa  grant  avarise  et  par  sa  félonie, 
li  bons  rois  Alizandres  à  la  chière  hardie,  10 

demande  à  la  puciele  qu'est  de  biauté  garnie, 
qui  ele  ert  et*  ki  non  et  que  son  non  li  die. 
„sire,  ce  dist  la  bêle,  jou  ai  non  Escayie; 
„mes  pères  fu  li  dus  cui  ounor  as  saisie. 
„fait  m'aves  orfenine,  n'ai  soscors  ne  aie;  15 

„gentius  rois  deboinaire,  la  flors  de  cortoisie, 
„ne  suefre  que  ta  gens  me  facent  vilonie.'' 
—  biele,  dist  Alixandres,  soies  seure  et  fie; 
,4ou  vus  marierai,  se  Dez  me  donne  vie, 
„à  i.  des  plus  yallans  qu'est  en  ma  conpagnie;  20 

„ne  perdres  de  la  tiere  denrée  ne  demie.'' 
la  puciele  Toi,  durement  l'en  mercle,' 
à  yal  s'est  embroncié,  sa  couleurs  a  pâlie, 
à  i.  damoisiel  pense  cui  a  sa  foi  plevie, 
quar  il  ert  ses  amis  et  ele  estoit  s'amie;  25 

cuida  que  fust  ocis,  mais  isi  ne  va  mie. 
li  Griu  sunt  désarmé  par  la  cité  garnie 
et  yont  yeir  les  sales  por  la  grant  manandie; 
et  la  gentius  puciele  qui  mult  estoit  marie, 
s'ele  a  ore  paor,  par  tans  resera  lie.  30 

Si  fais  fu  li  palais,  com  yous  oi  aves, 
tant  i  ot  or  et  pieres  et  autres  ricetés 
que  par  moi  ne  seroit  li  nonbres  racontés, 
des  haut  barons  Grijois  i  ot  mult  aunes; 
les  campions  esgardent  et  les  autres  dalés  35 

qui  harpent  et  yielent  quant  l'estors  est  mellés. 
uns  enclos  de  fin  or  les  a  avironnés, 
i)  ne.     2)  en  plortmi  fu  marie. 


488  PRISE  DB  DBPUR. 

qui  bien  avoit  de  haut  iiii.  pies  mesurés; 

por  cou  c'on  n'isirast,  fu  fais  et  conpassés; 

dedens  seoit  ii  mestres  qui  en  portoit  les  clés. 

et  quant  Ëmenidus  li  ber  fu  désarmés 

si  a  devant  le  roi  ses  prisons  amenés.  5 

quant  Dauris  vit  s'amie,  si  en  fu  esfreés; 

et  quant  ele  vit  lui,  si  en  est  esfreés.' 

d*amor  et  de  doucor  ont  ii.  sospîrs  gietés; 

li  rois  s'en  aperçut  qui  mult  estoit  sénés. 

^damoisiele,  fait-il,  à  moi  en  entendes;  10 

édites  moi  une  cose,  gardes  ne  1'  me  celés." 

—  si  ferai-jou,  fail-ele,  jà  mar  en  douteres." 

—  avis  m'est  que  Dauri  de  noient  ne  haes; 

„au  sanlant  de  cescun  quic  que  vous  entr'ames.'' 

—  sire,  disl  la  puciele,  par  foi  c'est  vérités."  15 
quant  Dauris  ot  le  roi,  à  son  pié  est  clinés 

et  d'autre  part  ses  frères  est  à  jenous  posés. 
„sire,  dist  Floridas,  men  frère  me  rendes; 
„mors  est  se  la  puciele  à  autre  homme  rendes."' 

—  signor,  ce  dist  li  rois,  mi  home  devenes  20 
„el  sacies  c'ambedoi  de  moi  vus  loeres." 

lors  devinrent  si  home  par  sairemens  jurés. 
*tantost  comme  Ii  rois  fu  d'aus  aseurés, 
par  la  main  prist  la  bele  qui  seoit  à  sen  lés: 
à  Dauri  le  dona  et  les  grans  iretés,  25 

or  puet  Ii  vasaus  dire,  et  si  est  vérités, 
F.  75*   qu'il  est  à  boin  signor  venus  et  arrivés. 

Grant  joie  fait  Dauris  que  li  rois  ot  donné 
Escavie  la  biele  que  tant  jor  ot  amée; 
s'il  fait  joie,  ii.  tans  en  fait  la  bele  née.  30 

andoi  erent  espris  d'une  douce  pensée, 
désirés  ot  à  non,  et  ele  désirée. 
Floridas  Ii  vasaus  cui  hardemens  agrée, 
le  manage'  sen  père  a  au  roi  demandée 
que  Griu  orent  saisi;  li  rois  l'a  délivrée.  35 

li  frère  i  sunt  aie,  sunt  lor  cose  at ornée 
et  quant  vint  au  coucier  lor  paine  fu  doblée. 
1)  ii  êanê  H  est  muén.     2)  donéê.     3) 


PRISB  DB  DEFUR.  489 

Dauris  se  leva  sus,  quant  l'aube  fu  crevée, 

par  les  degrés  en  monte  sus  en  la  tor  quarée 

et  la  gentius  puciele  estoit  jà  acesmée. 

Alixandres,  li  rois,  Ten  a  asses  gabée: 

„damoisiele,  fait-il,  mult  estes  main  levée;  5 

„bien  voi,  ceste  bataille  n'ert  par  vous  refusée, 

„et  cou  seroit  peciés  s'ele  estoit  desevrée/' 

après  l'ont  au  moustier  et  conduite  et  menée; 

Eraenidus  Tadestre  qui  tant  ot  renomée 

et  li  ber  Floridas  à  la  cière  menbrée;  10 

cil  ont  en  adestrant  la  puciele  menée, 

de  millors  chevaliers  ne  pot  estre  adestrée.  * 

quant  espousée  fu  si  l'ont  tos  ramenée; 

li  bons  rois  Alixandres  l'a  forment  ounorée, 

de  la  tiere  son  père  l'a  ilueques'  fievée;  15 

s'on  li  euist  laisié,  au  pié  l'en  fust  alée; 

li  rois  ne  1'  vot  soufrir,  sus  l'en  a  relevée. 

de  r  barnage  des  Grius  i  fu  grans  l'asanlée; 

hautes  furent  les  noces  en  la  sale  pavée. 

cel  jor  fu  l'escremie  souvent  renouvelée,  20 

11  harpe  et  li  viele  fu  tentie  et  sonnée. 

en  une  rice  cambre,  à  or  enluminée, 

jurent  la  nuit  ensanle,  coiement  à  celée; 

à  tant  fu  la  bataille  des  ii.  amans  finée. 

Le  boin  roi  Alixandre  doit-on  bien  ramenbrer;  *         25 
ses  fais  et  ses  proecces  en  tous  biens'  raconter, 
aine  après,  ne  devant  ne  naqui  iteus  ber; 
toutes  les  boines  tecces  pot-on  en  lui  trouver, 
il  fu  biaus  et  plaisans  et  sages  pour  donner,^ 
et  hardis  en  bataille,  quant  vint  à  l'asambler;  30 

bien  savoit  î.  estour  commencier  et  finer. 
s'il  trouva  orgillous,  il  le  sot  bien  mater; 
s'il  vit  bon  chevalier,  bien  le  sot  ounorer; 
onques  orfene,*  ne  veve  ne  vot  désireter. 
se  li  rois  se  penoit  des  tieres  conquester,  35 

trestout  cou  faisoit-il  por  sa  gent  amonter. 
de  xiiii.  roiaumes  se  fist  signor  clamer; 
1)  guiée.     2)  êaUie  ei,     3)  iiuê,     4)  de  ffarier.     5)  orf: 


I 

490  ''RISB  DB  DBFDR. 

I 

^*xiiii.  rois  i  mist,  aÎDS  que  deust  ftner, 
qu'il  fist  en  Babilone  devant  lui  coroner. 
onques  ne  fu  nul  jor  anuiés  de  donner, 
ains  sayoit  î.  service  mult  bien  gueredoner. 
ce  paru  as  ii.  frères  de  coi  m'oes  conter,  5 

que  por  lor  vaselage  fist  as  siens  ajouster. 
quant  il  ot  fait  Dauri  la  puciele  espouser, 
;  les  barons  de  Caldée  fist  devant  lui  mander; 

houmage  lor  fist  faire  et  sairement  jurer, 
li  rois  fist  à  Defur  toute  Tost  séjorner  10 

plus  d'un  mois  et  demi,  por  lor  cors  resposer. 
es  grans  fories  aloient  arcoier  et  berser. 
iluec^  fist  Floridas  devant  lui  apieler: 
F.  75'   „amis,  dist  li  bons  rois,  ne  vus  caut  d'esfreer; 

,j'ai  assenet  vo  frère  et  vus  en  voel  mener.  15 

,,de  r  tiere  vus  donrai  se  i.  an  puis  durer, 
„de  coi  pores  coronne  en  votre  cief  porter." 
—  sire,  dist  Floridas,  ce  fait  à  mercier 
„et  je  vous  servirai  boinement,  sans  fauser.'* 

Ki  boine'  matère  a,  ne  li  doit  estre  amère;^  20 

de  r  bon  roi  Alizandre  doit-on  iestre  contere, 
cil  ki  tant  a  de  sens  que  per  viers  est  rimere; 
si  larges  ne  si  preus  ne  nascui  ains  de  mère, 
en  Defur  fu  11  rois  qui  pas  n'estoit  vantere. 
la  puciele  rendi  tout  cou  que  fu  sen  père;  25 

Dauris  Tôt  espousée  et  si  tint  sa  contrée;* 
avoec  les  xii.  pers  fu  Floridas  ses  frère, 
i.  mois  séjorna  Tos  dont  li  rois  est  guiere; 
au  cief  de  1*  mois  s'esmut  por  aier  sor  Almere, 
une  rice  cité  qui  siet  desous  Osere.  30 

cou  est  une  aighe  rade  qui  est  et  biele  et  clere. 
Fonides  en  fu  sires  de  toute  la  contrée:^ 
quant  sot  que  sor  lui  vint  li  hardis  conquerrere, 
sot  que  Melcis  ot  mort  qui  plus  haut  de  lui  ère, 
ses  bom  est  devenus,  voiant  tout  son  enpere.  35 

ii  li  rendi  s'ounor,  car  n'estoit  pas  reubere. 

1)  t.  Jour.    2)  vraie.     3)  mentere.    4)  tire  fu  ds  fempere.    5)  fu  de 
mul»  front  êaiere. 


PRISB  DB  DBFDR.  491 

à  Babilone  va  li  rîces  emperere, 

que  il  avoH  conquise,  or  en  estoît  dounere, 

li  frans,  li  deboinaire;  ce  fu  dius  et  misère 

quar  entosciés  i  fu,  si  reçut  mort  amère, 

si  com  ores  è  V  livre  de  coi  dî  la  matère.  5 

De  regarder^  proudoroe  est-il  joie  et  solas. 
Alixandres  sot  bien  le  mauves  mettre  en  bas, 
le  proudomme  essaucîer,  de  cou  ne  dotes  pas. 
largecce  fu  sa  mère,'  je  quic  ke  l'engenras.* 
en  Babilone  vint  li  rois  le  petit  pas,  10 

les  cités  conquerrant,  les  castiaus,  les  trespas. 
il  trespasse  Clarence  et  apriès  Bolifas; 
au  disimc  jor  est  Tos  venue  à  Garas, 
ù  l'or  but  tout  boullant  li  emperere  Gras, 
celé  cité  fonda  li  amiras  Jonas;  15 

il  n'ot  nule  si  rice  de  si  que  à  Baudas. 
ce  fu  i.  des  roiaumes  que  tenoit  Nicolas 
c' Alixandres  çonquist  et  ftst  vencu  et  mas. 
uns  rois  en  fu  ftevés  qui  ot  non  Solomas; 
si  n'ot  que  i.  fille,  plus  bêle  ne  fu  pas;  20 

Gassandre*  ert  apelée,  l'ounor  tint  en  ses  las. 
viii.  jors  i  fu  li  rois  à  joie  et  à  solas. 
Alixandres  li  rois,  qui  ne  fu  onques  las 
la  puciele  et  l'ounor  douna  à  Floridas; 
roius  vaut  la  signorie  que  Vounors  de  Damas.  25 

gentius  rois  Alixandres,  douter  ne  devons  pas; 
se  preudons  te  servi,  bien  li  guerdoneras, 
roiaume  u  ducée  u  conté  li  dounas. 
quant  tu  fesis  promesse,  onques  ne  l'oublias; 
à  ten  dit  à  emplir  trestout  à  dies  penas;  30 

de  tel  homme  servir  ne  doit  estre  nos  las. 

De  Garras  part  li  rois;  esté  i  ot  grant  masse. 
Floridas  maine  o  soi,  qui  n'ot  pas  cière -lasse. '^ 
douné  li  ot  tel  tiere  ii  ot  de  gent  grant  masse;* 
la  signorie  dure  desi  as  puis  d'Eufrat^e.  35 

li  rois  baisa  Gasandre  qui  mull  se  claime  lasse, 

1)  ramembrer.    2)  ê*amie,    3)  tu  Vtê^outaê,    4)  CmUace.    5)  à  i^amor 
eaw%pa9êe.     6)  pti  n'êtaii  mU  kuêêê. 


492  PRISB  DB  DEPUR. 

por  son  signor  c'a  mort  que  si  tos  li  escape.  ' 
F.  76*   viers  Babilone  va ,  les  contrées  trespasse  ; 

li  bons  rois  Alixandres  est  assenés  à  Tarse, 

une  boine  cité  qui  seoit  sour  Annase. 

de  Babilone  i  vient  la  navie  et  trespasse;  5 

rice  sunt  li  avoir  qu'on  i  vent  et  acate. 

li  rois  et  toute  Tos  xvi.  jors  i  respasse; 

celé  cité  tenoit  la  roine  Candasse. 

Alixandres  connut  à  mult  petit  d'espasse, 

quar  sa  figure  avoit  contrefaite  et  s'est  asse.  10 

au  quinsime  jor  mut  cil  qui  d'errer  ne  lasse. 

Au  quinsime  jor  mut  li  rois  et  si  s'en  vait; 
dolor  fait  la  roine  de  cou  que  il  le  lait, 
cil  qui  de  mauvestié  n'ot  en  soi  nul  retrait 
et  ki  toute  avarise  tient  à  honte  et  à  lait,  15 

en  l'autre'  ounor  conquerre  a  son  cuer  entresait, 
quant  il  l'a,  si  le  donne;  autre  trésor  n'en  fait. 
Candasse  à  tous  ses  hommes  dist  que  cescuns  se  gait; 
qui  conduis  n'i  sera,  mis  sera  à  fourfait. 
mius  aime  qu'il  remagne,  ce  lor  dist  entresait;  20 

de  coi  l'ire  qu'ele  a  li  aliege  et  apait. 
l'os  desvoie,  si  tome  ù  courans  aighe  vait, 
que  vii.  jornées  dure;  nus  n'i  maint,  ne  estait; 
nus  vivans  ne  repaire  par  si  que  l'aighe  asait. 
quant  l'os  vit  la  rivière,  quidies  que  joie  en  ait  25 

li  rois  se  met  es  vaus,  mais  durement  mesfait; 
entre  l'aighe  et  les  mons  loge  l'os  è  l'  garet, 
qui  fu  sure  et  amère  et  de  mauvais  atrait. 
onques  beste  ne  hom  boire  n'en  pot  i.  trait. 

Quant  li  rois  Alixandres  sot  que  l'aighe  est  si  faite  30 
que  nule  riens  n'en  boit,  durement  s'en  dehaite. 
dont  vosîst  estre  à  Tarse  en  la  cambre  portraite 
ù  la  gentius  roine  li  ot  tant  d'onor  faite. 
.    des  cevaus  auferrans  ont  par  l'ost  si  grant  fraite' 
c'on  pot  oir  le  son  d'une  jornée  entaite.  35 

mains  haus  homs  gist  à  tiere  que  la  froidors  alaite; 
celé  nuit  ont  eu  de  boire  grant  soufraHe. 
1)  ^u'êlê  otme  dont  #t  fo#  fu  esc&rêe.     2)  haut».     3)  iîei  krait: 


PRISB  DE  DBPUR.  493 

au  matÎDei,  à  Taube  quant  sona  Tescorgaite, 

se  leva  Alizandres  et  ricement  s'afaite; 

yai  s'ent  querre  aighe  douce  dont  ii  os  soit  refaite. 

es  TOUS  i.  paisant  qui  menoit  une  oraite; 

c'est  une  estragne  beste  qui  mult  est  contrefaite.  5 

quant  ii  rois  l'a  veu,  durement  se  rehaite; 

de  demander  noveles  a  mult  la  langhe  entaite. 

Li  rois  qui  des  langages  est  tous  bien  doctrines/ 
le  preudome  salue,  si  est  vers  lui  tornés. 
*à  r  roi  dist:  „quel  gent  estes,  que  ci  tus  voi  armés?  10 
„qu'ales  vus  querrant,  sire,  dist-il,'  ne  1'  me  celés 7*^ 

—  amis,  dist  Alixandres,  après  main  le  sares; 
„houme  Alixandre  somes'qui  si  est  redoutés. 
„en  cest  val  *ci ,  derière  est  par  folie  entrés  ; 

„si  querons  aighe  douce;  sire,  se  vus  saves  15 

„ù  trouver  en  puisons,  si  nos  i  asenes. 
„grant  avoir  vus  donra  li  rois,  si  vus  voles." 

—  n'a  i  song,  ce  dist,  amis,  mult'  vus  voi  esfreés; 
„mais  por  cou  c' Alixandre  est  si  preus  et  sénés 

„vus  dirai  h  douce  aighe  ici  près  troveres.  20 

„vees  vus  icel  mont,  icil*  pins  est  plantés; 
„d*autre  part  cort  li  fluns  qui  mult  doit  estre  amés. 
„ses  bontés  vus  dirai,  ancois  qu'i  parvenes. 
„convoiteus,  ne  escars,  ne  traîtres  provés 
„n'en  buvera  i.  trait,  lues  ne  soit  forsenés.'*  25 

F.  76^   et  respont  Alixandres,  li  fors  roi  couronés: 
„et  jou  irai  à  l'aighe,  s'en  buverai  asses.*' 

Quant  cil  vist  l'ost  le  roi  qui  si  fu  esfreée, 
i.  petite!  sorrist,  s*a  la  tieste  crolée. 
Alixandre  demande  por  coi  l'ost  a  restée,  .  30 

et  il  11  respondi  sans  nule  recelée: 
„à  Taighe  m'en  irai,  puis  lor  sera  contée.*' 
si  faitement  parlant  ont  l'angarde  montée, 
sor  le  pin  s'aombrèrent-  quant  la  caure  est  levée. 
Alixandres  regarde  contre  mont^  la  contrée; 
près  d'iluec  a  veu  une  grant  tor  qoarée  35 

1)  etoit  êniatinéê*    2)  gardée,    3)  fi'at  sang  dé  «on  avoir,     i)  »  ct#. 
5)  enoiroH. 


494  PRÎSE  DB  DBPUR. 

et  une  fort  cité  qui  de  mur  fu  freinée; 

viviers  et  molins  ot  sur  Taighe  qui  fu  lée. 

le  preudome  apiela  qui  la  teste  ot  meUée: 

„qui  est  icele  vile?  vretés  m'en  soit  contée; 

,,piecà  ne  vi  cité  qui  mius  fust  compassée.  5 

„ancois  que  Alixandres  parte  de  la  contrée, 

„rara  à  son  voloir  et  prise  et  conquestée." 

—  tais,  fos,  dist  li  proudons,  petit  pris  la  posnée, 

„por  la  cité  desfendre  n'ert  jà  brogne  endossée. 

„raighe  le  desfendra  qui  si  par  est  sacrée;  10 

,,s'il  i  amaine  s'ost,  tost  i  sera'  matée." 

Alixandres  Toi,  forment  li  désagrée. 

Mervelle  ot  Alixandres  et  mult  li  fait  doloir 
la  vertus  de  celé  aighe  qu'il  ot  ramentevoir. 
le  preudomme  apela,  qui  n'ot  pas  le  cuer  noir;  15 

de  r  castiel  et  de  Taighe  vorra  le  non  savoir. 
„frère,  je  V  te  dirai  et  sans  point  décevoir, 
„et  tant  di  Alixandre,  jà  ne  fera  sen  oir.' 
„li  paisant  l'apielent  le  castiel  de  6rant-0ir. 
„Sapience  a  non  Taighe  qui  enclôt  le  manoir;  20 

„ne  querront  por  conbatre  autre  desfendeoir. 
„Gimel  a  non  li  sires,  si  est  plains  de  savoir; 
„morte  ert  Tos  Alixandre,  tos  le  pores  veoir; 
„com  plus  en  i  venront,  plus  en  veron  caoir.' 
„par  devant  notre  prince  oi  conter  ier  soir;  25 

„sor  lui  vient  Alixandres  ki  trestout  vint  avoir, 
„il  n'en  fist  el  que  rire,  icou  te  di  por  voir. 
„bien  set  que  longement  n'i  pora  remanoir; 
„ses  homes,  ses  amis  fera-il  remanoir.* 
„s'il  i  gist  une  nuit,  n'i  ert  pas  l'autre  soir.  30 

'„se  cà  vient  Alixandres,  pris  iert  au  lac  corsoir." 

Li  rois  vit  la  rivière  qui  n'estoit  mie  noire, 
mais  clere  com  «rgens,  aler  i  vot  en  boire, 
quide  que  li  preudons  ne  face  pas  à  croire,^ 
tant  li  dist  des  vertus  que  tous  s'en  désespoire.  35 

à  tant  vers  le  castiel  en  vont  le  petite  oire; 

1)  ê'ên  r'tr«.    2)  y  M  ferm  hoir.    3)  iantoêt  eam  en  keuifront  «n  vorra 
wùi  eaoir.  4)  konteo  et  anuiê  Ven  fera  rewovoir.  5)  i'em  fait  au^ueo  recraira. 


PRI8B  DB  DBPUR.  495 

defors  virent  i.  clos,  de  cou  me  poes  croire, 
fremé  d'un  mult  haut  mur,  tout  ouvré  de  marmoire. 
une  maison  i  ot  c'on  clamoit  oratoire, 
de  oler  marbre  à  porfire  et  desous*  à  ciboire, 
es  masieres  entor  ot  mainte  bone  estoire  5 

et  maintes  bones  pieres  qui  ne  sunt  pas  de  voirre. 
laiens  erent  ii  Deu  ù  il  soloient  croire, 
jouste  le  temple  ot  homes  desor  sièges  d'ivoire; 
xxiiii.  en  ii.  rens,  vestus  com  à  V  tempoire. 
Alixandres  les  vit  qui  grant  sens  i  espoire,  10 

le  preudome  demande  et  il  Ii  dist  en  oire 
si  qu'il  Ii  fist  muer  son  sens  et  sa  mémoire: 
„Frëre,  dist  Ii  proudons,  dirai  toi  l'airement;' 
F.  76*   „en  cest  propre  castiel  que  ci  voi  en  présent, 

„mors  est  l'autre  an  i.  homs,  de  mult  bon  entient,       15 

„qui  à  grant  signôrie  vescui  tout  son  jovent. 

„i.  sien  fil  laissa  tout  à  son  deflnement; 

„se  Ii  pères  fu  sages,  cil  vescui  folement 

„i.  bouijois  açata  trestout  son  casement; 

„ouvriers  mist  por  fouir  à  faire  i.  mandement,'  20 

„en  tiere  bien  parfont  trovèrent  voirement 

„i.  grant  tonniel  de  ceuvre  tout  plain  d'or  et  d'argent. 

„quant  Ii  borjois  le  sot,  mander  fist  erraument 

„celui  ki  Ii  avoit  vendu  son  tenement; 

„le  tonniel  Ii  rouva  recevoir  boinement.^  25 

„cil  dist:  jà  n'en  aroit  i.  denier  vallisant, 

„tout  Ii  avoit  vendu,  s'en  fesist  son  talant. 

,»de  cel  avoir  se  misent  andoi  en  jugement; 

„iii.  fois  ont  jà  esté  à  cel  atirement. 

„li  quels  ara  l'avoir  qu'est  en  estrivement?"  30 

quant  Alixandres  l'ot,  si  en  rist  boinement, 

dist  c'ains  n'oi  parler  de  si  très  foie  gent: 

„s'ensi  montast  à  moi  com  à  1'  borjois  apent, 

„des  tonniaus  i  eust  mon  voel  jusques  à  c.'*  * 

*jà  à  cil  n'en  douasse  î.  denier  seulement,  35 

—  tais  toi,  fol  convoitous;  parlé  as  folement. 

1)  rof  CMlor.    2)  Fêrrewunt»    3)  à  êom  eomMm^demmt.    i)  fêt  9êtêr 
pd  ii  fait  nuisemétU.    5)  wUux  voei  «n  t  état  fii«lr«  mii,  voire  e. 


496  PRISE  DB  DBPUR. 

„ne  gousteras  de  i'aighe,  par  le  mien  entient."* 
H  rois  le  tint  à  fable,  ne  le  creoit  nient, 
à  l'aighe  douce  point  por  faire  esprovement; 
ancois  que  il  retort,  ara  son  cuer  dolent. 

Quant  11  rois  vint  à  l'aighe  qui  estoit  coie'  et  gente   5 
et  clere  corn  argens,  lues  devint  rouvelente. 
i.  flairs  en  ist  si  fors  que  le  cuer  li  cravente; 
bien  set  se  Tos  i  vient,  livrée  ert  à  tormente. 
à  l'angarde  retorne  et  fait  cière  dolente, 
esgarde  le  castiel,  le  cuer  si  se  desmente.  10 

„e!  castiaus  com  est  sires  qui  de  vus  a  la  rente. 
„xii.  rois  ai  conquis  par  force  en  ma  jovente; 
„mai8  de  teus  com  jou  sui  ne  douteries  vus  xxx. 
„trop  est  crueus  li  boires  qui  si  a  cière  vente; 
„allor8  m'estuet  aler,  car  ci  n'a  point  d'atenle."  15 

Li  rois  monta  l'angarde,  si  s'apoia  à  1'  pin, 
regarda  vers  les  vaus  dont  issi  à  1'  matin 
et  vit  l'ost  des  Grijois  qui  si  vait  son  train. 
„e!  boine  gent,  fait-il,  com  lestes  à  déclin. 
„boire  quidies  de  l'aighe  qu'est  entoscé  venin;'  20 

„mai8  ne  le  souferroie  por  m.  livres  d'or  fin.*' 
vers  l'ost  esporonna  le  ceval  morentin; 
quant  l'os  coisi  le  roi,  mult  i  et  grant  hustin. 
entor  lui  s'arivèrent^  li  viel  et  li  mescin; 
la  vérité  de  l'aighe  lor  dist  en  son  latin.  25 

iii.  seijant  se  départent  de  l'ost,  vont  à  1'  cemin,* 
de  r  flun  n'osent  gouster  quant  le  virent  sanguin; 
cescuns  d'aus  en  enpli  i.  bouciel  entierin, 
desi  à  Alixandre  ne  prisent  onques  fin. 
les  bouciaus  li  douèrent  qui  furent  plain.de  1'  rin,        30 
lî  rois  en  fist  enplir  i.  hanap  maserin. 
por  sa  vertu  prouver  en  fist  boire  i.  mastin; 
l'aighe  le  cuer  li  pert,  se  1'  gieta  mort  souvin. 
Alixandres  le  vit,  si  tint  le  cief  enclin. 
„sire,  dist  Tholomes,  chi  a  mauvais  voisin;  35 

„quar  retomons  arrière,  si  venrons  è  1'  cemin 

1)   ret&me  isnêiemeiU,    2)  eiere.    3)  fiit  ^nre  est  de  toêcin.    4)  #'«- 
êamléretit    5)  à  imreem. 


PRISE  DE  DEPUR.  497 

„ù  la  gentius  roine,  que  Dex  doinst  bon  destin, 
„nos  fist  si  grant  honor  en  son  palais  marbrin/' 
F.  76*   —  signor,  dist  Alixandres,  mêles  vus  à  V  ceroin; 
^faites  retorner*  l'ost,  n'i  remagne  orfenin."  * 

Tbolomes  part  de  V  roi  à  cui  proecce  acline  5 

et  portoit  une  ensegne  sor  une  anste  fraisnine; 
et  toute  la  grans  os  après  lui  s'acemine. 
toute  jor  ont  erré  par  mi  la  serpentine, 
à  Trase  sunt  venu,  quant  li  solaus  décline, 
desor  Taighe  herbegent,  qui  en  la  mer  ravine;  10 

en  la  cité  entra  Alixandres  meisme;' 
ains  n'aresta,  si  vint  en  la  sale  perrine. 
contre  lui  est  venue  Candasse  la  roine; 
Alixandre  acola,  car  pas  n'i  ot  haine, 
la  dame  Vonmena  en  sa  cambre  marbrine  f5 

ù  li  ors  esmerés  reluist  et  enlumine: 
„8ire,  dist  la  roine  qui  estoit  bone  et  fine, 
„ne  saves  jor  durer  sans  paine  et  sans  ruine; 
„ne  fait-il  cil.millor  qu'entre  le  sauvegine?'* 
—  en  Babilone  irai  que  j'ai  en  ma  saisine;  20 

„si  porterai  coronne  en  la  tor  gigantine, 
„la  mer  trespaserai,  si  ferai  ma  corine.'^* 
adonques  sospira  Candasse  la  roine; 
mult  le  fist  bien  servir  la  gentius  palasine 
et  sot. toutes  les  aises  de  dame  sor  gordine.^  25 

onques  rois  Alixandres  n*ot  si  boine  voisine; 
XV.  jors  respassa  li  os  à  cel  tiermine; 
là  prisent  aigbe  douce  et  pain  quit  et  farine; 
mult  doutent  le  mésaise  c'orent  en  la  gastine 

Li  rois  se  part  de  Trase,  qui  le  cuer  ot  vaillant;      30 
Emenidus  aloit  l'ensegne  condnÎFant. 
li  rois  avoec  sa  gent  cevauce  déduisant, 
de  s'ostesse  se  loe,  ki  li  fist  bel  sanlant; 
Tbolomes  et  Dans  Clins  l'en  aloient  gabant. 
après  eure  de  nonne  vont  i.  tertre  puiant;  35 

Alixandres  esgarda  contre  solel  luisant, 

1)  arouter.   2)  tes  êomierê,  U  earin.   3)  H  raie  par  la  gaudine,   i)  «t 
faudra  ma  querine,    5)  ftM  Fan  prent  aor  eortine. 

Li  RooBftM  i*AlixtBdr«.  32 


498  PRISB  DE  DBPUR. 

sor  une  piere  vit  Tuel  d'un  home  gisant; 
encontre  le  solel  aloit  restincelant. 
Aristotes  ses  mestres  vint  vers  lui  ceYaucant,* 
se  li  dist:  „onques  mais  ne  vi  rien  si  pesant; 
,,de  trestoute  la  tiere  c'as  conquise  à  ton  brant  5 

„ne  r  contrepeserois,  por  voir  le  te  créant." 
Alixandres  Toi  si  le  tint  à  enfant 
et  jure  que  jamais  ne  pasera  avant, 
si  avéra  seu  cou  qn*il  Ta  tesmognant.      ^ 
Aristote  descent,  n'i  Ya  plus  délaiant;  10 

unes  grandes  balances  fist  aporter  avant, 
Tuel  mist  à  une  part,  sans  nul  autre  seijant. 
d'autre  part  vont  obers  et  elmes  aportant; 
tant  en  i  entassèrent,  les  cordes  vont  ronpant; 
ains  la  balance  à  Fuel  ne  se  mut,  tant  ne  quant.  15 

mult  en  ont  grant  mervelle  li  baron  conquerrant 
'^com  si  petite  cose  pot  onques  peser  tant, 
l'uel  ouvri'  Aristotes  d'un  pale  escarimant; 
en  unes  balancettes  d'or  fin  Arabiant 
a  mis  l'uel  Aristotes,  quant  ot  fait  son  talent  20 

et  en  l'autre  bacin  estoient  doi  besant; 
l'uel  sacèrent  à  mont,  voiant  tous  li  besant.* 
quant  li  rois  a  coisi  les  fais  de  tel  sanlant,* 
ne  sot  que  ce  pust  iestre,  asses  i  va  pensant 
et  trestout  li  baron  s'en  vont  esmervillant.  25 

Li  rois  a  dit  au  mestre  k'il  li  die  et  ensegne: 
F.  77*  „que  tant  poise  et  si  pou,  c'est  une  cose  estragne.'* 
—  escoute,  si  l'oras;  autrefois  t'en  souvegne, 
„ceste  petite  cose  t'a  aporté  ensagne; 
„quant  i.  roiaume  as  pris  et  mis  en  ton  demagne,         30 
„s'un  autre  ne  conquiers,  ne  vaus  une  castegne; 
„puis  le  tierc  puis  le  quart;  iols  est  de  tele  ouvragne, 
,yquan  qu'il  voit,  tout  convoite,  n'est  cose  qui  remagne. 
„tant  com  fu  descouvers,  tant  pesa  fier  et  lagne 
„et  quant  il  fu  couvers  de  pale  d'outre  ensagne,  35 

i)  u  ie  fierê  iê  wMtnê  qui  sisi  è  i'  derubtmt  nuiisire  que  éêî  cêia 
ki  9%  va  rélttùoRl  Aristotes  respant  qui  ie  euer  a  saeant.  2}  euvri, 
3)  matii(«iMml.    4}  issi  emi^mU, 


PRISE  DE  DEFUR.  499 

„doi  besant  remportèrent,  com  fust  une  castegne.'* 
au  roi  dist  bien  se  gart,  que  il  trop  ne  bargagne^ 
il  n'i  a  nul  baron  qui  en  son  cuer  n'ategne 
Tensegnement  de  V  mestre  et  qui  ne  s'en  refragne. 
Aristotes  remonte  sor  Tauferrant  d'Espagne;  5 

^aceminé  se  sunt  tôt  à  val  le  campagne, 
celé  nuit  herbregièrent  li  Grijois  en  la  plagne; 
au  matin  mut  li  rois  cui  mal  talens  n'adegne. 

Vai  s'ent  li  mauvais'  rois  qui  cuer  ot  de  lion; 
vers  Babilone  va  à  cointe  d'esporon.  10 

*Emenidus  d'Arcade  porte  son  confanon; 
avant  fu  Tholomes  ki  cuer  a  de  lion; 
*  devant  fait  Tavangarde,  0  lui  main  compagnon, 
seur  pooient  estre,  car  il  ont  bon  guion; 
ne  pooient  trouver  fort  castiel,  ne  dognon  15 

dont  on  ne  li  aporte  les  clés  tout  environ, 
nus  n'estoit  contre  lui,  tout  prent  à  abandon, 
li  rois  a  mis  i.  jor  Gratiien  à  raison: 
„*amis,  fait-il  à  lui,  ne  soies  en  fricon, 
„que  de  ten  bel  service  n'aies  le  gueredon.  tO 

„se  je  vie  longement,  je  t'en  donrai  gent  don 
„dont  xI"*-  hommes  auras  en  livrison.'' 
li  vasaus  l'enclina  à  val  vers  Tesporon, 
aler  li  vot  au  pié,  mais  li  rois  li  dist  non; 
ses  bras  li  mist  au  col,  se  1'  reçut  sor  l'arcon.  25 

à  r  setiesme  jor  puient  le  tor  de'  Faraon; 
le  tor  de  Babilone  tout  à  plain  en  voit-on; 
li  i.  le  monstre  l'autre,   entor  et  environ, 
li  rois  demaine  joie  de  sa  dannation; 
s'il  entre  en  la  cité,  mors  est  sans  raencon,  30 

quar  tou  dis  le  porsiuent  li  encrieme  félon 
qui  pesme  mort  donront  à  1'  bon  roi,  par  puison, 
si  com  ores  è  V  conte  qui  dist  la  traison. 

Quant  li  rois  ot  monté  le  tertre  de  Fardone 
et  quant  vit  la  cité  qui  est  et  bêle  et  bone,  35 

mostrer  vaut  sa  poisance,  ne  li  caut  qui  en  grone. 

1}  far  U  l09  dé  #Ofi  oel  easîie  soi  et  ensegnê        car  pri  de  V  iot 
croit  Vœii    U  fmt  foie  bargaffHê.    2)  nobleo.    3)  tertre. 

32* 


500  PRISE  DB  DBFUR. 

Tost  commande  à  armer  que  de  V  ne  lor  sermone; 
à  Tarmer  ot  tel  noise,  ce  sanle  que  il  tonne, 
zii.  cités  ot  pris,  cescune  signor  donne. 
Emenidus  d'Arcade  premerains  s'abandonne, 
et  Tholomes  après  sor  Baiart  de  Cologne.*  5 

sous  les  pies  des  cevaus  fremist  tiere  et  résonne; 
à  r  dragon  est  li  rois  qui  le  mont  enprisone; 
en  sa  conpagne  avoît  mainte  rice  persone. 
une  aighe  trespasèrent  c'on  apeloit  Dordone;' 
en  Babilone  entrèrent  entre  vespres  et  nonne.  10 

Lincanors  en  ist  fors  qui  fièrement  randonne, 
*et  maint  bon  chevalier,  vers  le  roi  esporonne; 
li  i:  acole  l'autre  et  mult  bel  Taraisone. 
li  rois  entre  en  la  vile  ù  tous  li  biens  fuisonne, 
vait  en  la  tor  Babel,  porter  i  doit'  couronne.  15 

son  tref  commande  à  tendre,  on  le  fait  sans  essone;* 
là  descent  por  le  caure  qui  forment  le  tangonne 
et  li  autres  bamages  la  cité  avironne. 
laiens  furent  li  serf  que  envie  tangone; 
F.  7  7^  le  gentil  roi  feront  avoir  mult  grant  essone.  20 

qui  traitor  essauce,  mult  mal  li  gueredone. 

Or  cevauce  Alixandres  qui  ains  n'ama  posnée 
et  d'autre  part  sa  gent  de  Terrer  aprestée. 
il  est  aceminés,  s'a  sa  voie  hastée 

et  toute  l'os  le  suit  à  grande  randonnée.  25 

par  puis  et  par  montagnes  est  tant  aceminée 
et  par  maintes  fories  que  il  a  trespassée 
qu'il  vint  en  Babilone  à  1'  xi.  sime  jornée. 
ilueques  vora  tenir  cort  de  grant  renomée 
et  trestous  les  barons  de  toute  la  contrée;  30 

iluec  voira  avoir  la  ieste  coronée. 
de  par  toute  sa  tiere  a  sa  gent  année; 
li  prince  et  li  baron  furent  à  l'asanlée. 
Olimpias,  sa  mère,  ki  preus  fu  et  senée 
li  tramist  une  cartre  en  sire  saielée.  35 

li  mesages  cemine  qui  la  cartre  a  portée; 
desi  A  Alixandre  n'i  a  fait  arestée; 
1)  J^Eêcaione.  2)  Biêêone.   3)  vêtt.  4)  et  on  îoêt  li  foiêêWM. 


PRISE  DB  DBPUa.  501 

la  cartre  li  présente,  se  li  a  déliirée 

et  li  rois  Alixandres  l'a  prise  et  recouvrée, 

si  a  la  cartre  ouverte  li  rois  et  descirée; 

si  a  veu  la  lettre  et  si  Ta  esgardée, 

de  Tun  cief  dusc'à  l'autre  veue  et  devisée.  ô 

s'or  estoit  ma  raisons  oie  et  escoutée, 

or  en  droit  vus  secoit  la  parole  contée^ 

que  il  ot  en  la  cartre  qui  li  fu  présentée. 

Olimpias  la  dame,'  qui  mult  de  bien  savoit, 
qui  son  fil  Aliiandre  de  sen  cuer  tôt  amoit  10 

et  lettres  à  sen  fil  ttomme  mère  envoioit. 
et  tout  au  eommancier  c.  salus  li  mandoit  ; 
et  après  les  salus,  sacies  que  il  avoit: 
ens  è  r  ciel  de  la  lettre,  si  corn  ditée  estoit, 
que  Dans  Antipater  qui  Sidone  tenoit,  15 

et  toute  la  contrée  environ  justicoit. 
durement  d'Alixandre  servir  il  se  fagnoit 
et  Divinuspater  cui  Dex  grant  mal  envoil, 
que  Tyr  et  la  contrée  environ  maintenoit 
por  son  commandement  riens  faire  ne  voloit.  20 

li  i.  parloit  à  l'autre  et  souvent  consilloit; 
n'est  mie  de  sen  preu,  tout  de  fit  le  savoit. 
or  li  mande  sa  mère  par  la  foi  que  li  doit, 
que  ses  fins  Alixandres  que  tant  sa  mère  amoit, 
à  ces  ii.  Iraitors  nule  ounor  ne  laisoit;  25 

ains  le  désiretast  plus  tos  que  il  poroit 
et  cacast  de  la  tiere  que  cascuns  justicoit; 
quar  il  li  feront  mal,  se  garde  n'i  prendoit. 
en  cescune  manière  li  cuvert  maleoit, 
serf  erent  de  putaire  ;  avoec  cou  li  mandoit  30 

que  il  fuscent  mauvais,  à  aus%bien  aferoit, 
des  maus  que  il  ont  fait  prenge  venjance  et  droit, 
si  cier  qu'il  a  sa  mère,  Olimpias  amoit 
li  bons  rois  Alixandres  cui  proecce  tenoit 
et  ounor  et  largecce  sor  toute  riens  amoit,  35 

pense  en  son  courage  et  de  cou  s'avisoit 
que  il  les  traitors  par  lettres  manderoit, 
1  )  en  romane  vouê  dirai  jà  parole  membrée.    2)  êa  mère. 


502  PKIBE  DE  DBFUR. 

et  que  cescuns  venist  à  sa  cort  or  en  droit , 
si  cier  qu'il  a  sa  vie  et  soi  de  rien  amoit 
et  la  tiere  autresi  que  douné  lor  ayoit; 
et  seuisent  de  fi,  icil  ki  n'i  yenroit, 
que  tous  jors  de  sa  vie  désiretés  seroit,  5 

F.  77°  et  puis  à  i.  gibet  cescun  balanceroit. 

li  rois  manda  i.  clerC  qui  escrire  savoit; 

teus  lettres  li  devise  li  rois  que  il  voloit 

et  li  clers  fu  soutins  qui  mult  bien  Tenditoit. 

li  clers  è  V  parcemin  de  sen  encre  escrisoit  10 

et  quant  les  ot  escrites  li  clers,  si  les  clooit; 

et  li  rois  Alixandres  apriès  les  saieloit. 

puis  huca  i.  mesage  que  durement  amoit; 

les  lettres  li  donna  et  cil  les  recevoit; 

dist  lui  que  il  ces  lettres  Anlipater  donroit  15 

et  Divinuspater  qui  à  Tir  demoroit, 

et  li  mesages  dist  que  il  bien  le  feroit. 

et  que  il  le  mesage  mult  bien  lor  conteroit. 

et  li  mes  est  monté,  que  riens  ne  detrioit; 

entra  en  son  cemin  et  erra  à  esploit.  20 

Ënfresi  que  à  Tyr  n'est  li  mes  arestés; 
le  fel  Antipater  a  ilueques  trouvé, 
de  par  roi  Alixandre  11  fu  li  bries  douné 
et  li  fel  Ta  saisi,  qui  en  fu  adolés. 
à  i.  clerc  le  bailla  qui  bien  estoit  lettrés  25 

et  li  clers  les  saisi,  si  fu  dessaielés; 
si  les  lut  en  oant,  ne  s'i  est  arestés, 
tout  si  com  Alixandres  11  rois  les  a  mandés, 
li  traitor  Toirent,  es  les  vous  aires; 
à  poi  que  il  ne  crievent,  si  fu  cescuns  enflés,  30 

et  dist  li  i.  à  l'autre:  „or  somes  mal  menés. 
„est  donques  Alixandres  issi  desmesurés 
„qui  cuide  de  nos  faire  isi  ses  volontés.'' 

Li  traitor  félons,  cui  Dex  doinst  enconbrier, 
ont  oies  les  lettres  et  dire  et  retraitier  35 

que  li  rois  Alixandres  lor  a  fait  envoler, 
quant  oent  la  parole,  n'i  ot  que  courecier, 
quar  il  oent  la  lettre  et  dire  et  tesmoigner. 


PRfSB  DB  DBFDR.  503 

u  il  Yoellent  u  non,  lor  estuet  cevaucier. 

monté  8unt  H  félon,  n'î  osent  detrier: 

en  Babilone  en  yont  por  lor  droit  desrainier 

à  r  bon  roi  Alixandre  que  de  rien  n'orent  chier. 

si  com  il  cevaucoieni  andoi  le  jor  premier  5 

H  i.  des  traifors  vet  à  l'autre  acointier. 

ce  dist  Antipater:  „mult  nos  puet  anoier  ^ 

„de  faire  mauves  plest,  tant  c'on  se  puist  aidier/' 

dist  Dirinuspater:  „bien  vus  sai  consillier; 

„en  une  autre  manière  nos  en  estuet  vengier.  10 

„par  force  ne  V  pories  grever  ne  enpirier, 

„qu'il  est  sires  de  V  mont»  ce  poons  aficier. 

„maint  gentil  chevalier  a-il  fait  enconbrier 

„et  tolue  sa  tiere  et  vif  fait  ezillier 

„et  ocis  à  dolor  et  ft  grant  enconbrier;  15 

,»s'engiens  ne  nos  aide,  force  n4  a  mestier." 

Fait  Divinuspater:  ,,Antipater,  amis; 
„saces  de  vérité  que  folie  fesis, 
„quant  par  son  mandement  hors  de  Tir  en  iscis. 
„li  mur  sunt  haut  et  fort,  de  quariaus  à  pion  mis,        20 
„les  tours  hautes  de  marbre  et  de  blanc  et  de  bis; 
„d'ambes^  pars  cort  une  aighe^  dont  li  mur  sont  porpris. 
„ne  te  peust  caloir  se  il  t'eust  assis; 
„ains  i  peuist  seir  iiii.  (ans)  u  v.  u  vi. 
„qu'il  euist  riens  de  V  tien  par  sa  force  conquis."         25 
et  dist  Antipater:  tu  ies  de  sens  mendis: 
„cis  consaus  n'est  pas  bons  que  vus  contes,  amis; 
F.  77'  „en  a-il  tout  le  mont  par  sa  force  conquis 
„et  meisme  la  tiere  de  coi  je  sui  saisis 
„que  Betis  maintenoit,  qui  mult  fu  poestis,  30 

„et  dus  Baies  ausi  qui  fu  de  si  haut  pris? 
„Daires  li  rois  de  Perse,  n'est-il  par  lui  finis? 
„et  li  rois  Nicolas  qui  fu  si  ses  amis; 
„et  Pomis  li  rois  d'Inde  et  mors  et  desconfls, 
„et  l'amiral  ausi  de  Babilone  aquis  ;  35 

„et  il  en  a  les  tieres  et  les  castiaus  saisis, 
„les  hors  et  les  cités  et  les  fors  rolleis. 
i)  toiêê.    2)  Il  wurs. 


504  PIUSB  DE  DBFUR. 

„il  est  de  tout  le  mont  rois  et  poesteis; 

„ses  voloirs  est  partout  et  ses  fais  aconplis; 

„et  qui  le  contredist,  si  est  mors  et  bounis. 

„querons  procainement  comment  il  soit  ocis, 

„et  qu'il  soit  à  dolor  et  à  martire  mis.  5 

„se  croire  volies  cou  dont  je  me  suis  porcuis, 

„ancois  que  soit  ois  mois  passés  ne  aconplis , 

„li  donrons  tel  puison  dont  il  sera  bonis, 

„de  coi  il  sera  mors  et  de  mère  partis. 

„tout  seul  en  vengerons,  par  foi  le  vus  plevis,  10 

,,caus  qu'il  a  à  dolour  et  à  martire  mis.'' 

Cou  dist  Antipater:  „ci  a  mult  maie  atente; 
„quant  nos  à  son  service  avons  mis  no  entente 
„et  nous  toit  nos  ounors  et  retaUle  no  rente. 
„par  lui  a  prise  mort  mainte  bêle  jouvente;  15 

„plus  a-il  rois  destruit,  mon  enfiant,  de  xxx. 
„cil  Dez  qui  maint  en  haut  à  veir  me  consente 
„de  maus  que  il  a  fait,  qu'il  encor  s'en  repente.'' 
fait  Divinuspater:  „à  tel  marcié,  tel  vente. 
„fortune  lieve  Toume  et  après  le  cravente:  20 

„cou  est  mauvestés  d'oume  qui  tos  jors  se  desmente. 
„boin  conseil  ai  trouvé,  se  il  vous  atalente; 
„nous  li  donrons  venin,  si  que  la  mort  en  sente ^ 
„que  l'arme  aut  en  infier  qui  tôt  le  mont  tormente." 
et  dist  Antipater:  „ceste  raisons  est  gente;  25 

„la  gent  en  vengerons  que  il  a  fait  dolente. 
„puis  ne  nos  grèvera,  ne  retaillera  rente." 
Andoi  li  traiter  cui  li  cors  Deu  cravent, 
ont  itant  esploitié  par  lor  souduiement, 
que  il  ont  porcacié  le  venin  d'un  serpent  30 

qui  est  de  tel  manière,  se  Testore  ne  ment, 
que  quant  li  bom  le  boit  et  l'avale  ensement, 
dusc'ft  nonne  de  jor  ne  bien,  ne  mal  ne  sent; 
et  quant  vient  à  celé  beure,  adont  11  maus  li  prent. 
et  au  disime  jor  Tame  de  sen  cors  rent.  35 

tel  le  quident^  li  serf  por  apercoivement; 
quar  quant  il  le  buist,  s'il  fust  mors  en  présent,' 
0  fut#efil.     2)  erraument. 


PRISE  DE  DEPUR.  505 

adont  fust  connissans  à  trestoute  la  gent 
que  il  Teueisent  mort  par  tel  afaitement.  * 
de  celer  lor  afaîre  font  entr'aus  sairement. 
il  oirent  et  ceminent  h  tout  l'entosquement 
et  tant  ont  ceYaucié  li  traitor  pullent  5 

qu'il  menront  Alixandre  à  dolerous  tonnent; 
qu'en  Babilone  vinrent  à  i.  avesprement, 
ù  li  rois  séjornoit,  avoeques  lui  sa  gent, 
plus  de  ce.  milliers,  par  le  mien  entient, 
qui  tout  ierent  si  homme  et  de  son  tenement.  10 

Alixandres  li  rois  ki  tant  a  hardement, 
devoit  porter  courone  à  1*  tierc  jor  hautement. 
1)  lor  encautement. 


TESTAMENT  D'ALIXANDRE. 

Cl  Mmt  si  com  AlliKaiidres  départi  ses  tieresi   i^  ses 
pers  et  11  y Isolt  h  V  lit  de  mort* 

F.  78*      A  Tissue  de  Mai,  tout  droit  à  cel  tiermine, 
estoit  en  Babilone  nés  d'une  sarrasine 
uns  monstres  mervillous,  par  volenté  devine; 
Alixandres  Toi,  lors  manda  le  meschine. 
deseur  ert  cose  morte  desi  à  le  poitrine/  5 

et  desous  estoit  vive  là  ù  faloit  l'eskine, 
tout  environ  les  aines,  là  ù  li  ventres  fine, 
de  ses'  plus  fières  bestes  qui  vivent  de  rapine 
il  avoit  plus  de'  testes  et^  font  cière  louvine; 
mult  sont  de  maie  part  et  de  mauvaise  orine;  10 

ne  se  pueent  soufrir.  Tune  l'autre  gratine.^ 
mult  par  est  grant  mervelle  de  cou  que  Dez  destine, 
*que  la  mort  Alixandre  veut  demostrer  par  signe. 

Par  toute  Babilone  tramet  li  rois  s'espie; 
les  sages  gens  fait  querre  par  mult  grant  signorie  15 

et  les  devineors  que  nés  un  n'en  oublie, 
quant  asamblés  les  ot,  si  lor  demande  et  prie, 
dou  monstre  qui  est  nés,  ne*^  lor  celassent  mie; 
mais  dient  le  vreté,  savoir  que  senefie. 
il  i  ot  i.  sage  bomme  qui  le  teste  ot  florie;  20 

cil  li  dist  vérité,  seur  li'  prist  le  baillie: 
„rois ,  cou  que  tu  demandes  et  vins  que  jou  te  die , 
„se  tu  te  courecoies,  jà  sanbleroit  folie. ^ 

1)  bouHne.    2)  e$4,    3)  doutié.    4)  fut.    5)  esgratine,     6}  It.     7)  #1 
en.    8)  cê  seroU  grmu. 


TESTAMENT  D'ALIXANDRB.  507 

„la  cose  que  tu  vois  qui  ert  à  mort  flastrie/ 

,,cou  est  cou  que  tu  muers,  ne  le  cèlerai  mie. 

„les  bestes  que  tu  vois,  qui  mostrent  félonnie 

„et  que  l'une  vers  l'autre  porte  si  grant  envie» 

,,ce  sunt  les  xii.  per  que  as  à  conpagnie.  5 

,,si  tos  corn  seras  mors  et  fa  vie  finie, 

„li  guerre  ert  commencié  et  ta  tiere  saisie 

„fai  le  mius  que  tu  pues,  mult  est  corte  ta  vie." 

Se  li  rois  a  paour,  n'est  mie  de  mervelie; 
celui  devant  lui  voit,  qui  la  mort  li  conseille,  10 

ne  de  rien  ne  se  tarde  qu'il  la  li  apareile. 
il  a  si  faite  angousce  que  pas  des  ions  ne  celle, 
ne  nus  aspire  mens  de  li  ne  descorelle;' 
il  se  va  aceuter  sous  l'ombre  d'une  trelle. 
il  ne  fust  plus  moulliés  de  l'iave  d'une  selle  15 

qu'il  estoit  de  suour,  sous  le  porpre  vermelle. 

Une  eure  a  li  rois  froit,*  se  li  palist*  li  face; 
autre  eure  devint  noirs,  si  est  frois  comme  glace. 
Divinuspater  vient,  li  sers  de  pute  trace, 
0  lui  Antipater  qui  de  mort  le  manace.  20 

desous  i.  olivier  descendent  en  la  place 
et  ont  mandé  le  roi,  que  hierbregier  les  face, 
li  rois  ot  le  nouviele  que  li  mes  li  deslace; 
il  ala  encontre  aus ,  mult  les  acole  et  baise.  ^ 
F.  78*  le  treu  lor  dona  qui  venus  ert  de  Trache ,  25 

et  donna  à  cescun,  por  cou  que  gré  lor  face, 
i.  aniel  de  fin  or  de  l'uevre  de  Galace: 
mais  il  ne  savoit  mie  que  cescuns  li  porcace. 

Li  termes  est  venus  que  li  arbre  orent  dit, 
qu'Alizandres  li  rois  n'aroit  plus  de  respit;  30 

li  ans  et  li  vii.  mois  passe  ei^  acomplit. 
ce  fu  au  jor  tressime,  si  com  conte'  l'escrit; 
li  rois  fu  en  tel  crieme,  tous  li  cors  li  frémit 
et  a  mandé  sa  gent  par  lettres,  par  escrit, 
que  vaura  tenir  cort,  ains  boms  si  grant  ne  vit.  35 

1)  vertiê,    2)  ne  U  ist  de  V oreille,     3)  emU,    4)  rogiL     5)  embraee. 
6)  /Vircfil  tôt.     7)  il  est  eserit. 


508  TB8TAMBNT  D'ALIXANDRB. 

iluec  seront  douné  pale  et  drap  et  samit, 
vassiel  d'or  et  d'argent  de  le  tiere  d'Egit. 

Par  toute  Babilone  a  fait  li  rois  crier 
et  tous  ses  chevaliers  de  sa  tiere  mander 
que  il  viegnent  o  lui,  por  sen  cors  ounorer  5 

et  por  se  grant  ricece  veir  et  esgarder. 
il  n'i  vint  onques  nus  qui*  ne  fesist  donner 
Taissiel  d'or  u  d'argent,  u  pale  d'outremer, 
en  son  plus  mestre  dois  sist  li  rois  au  disner 
et  furent  entour  lui  cel  jor  li  xii.  per.  10 

se  li  rois  ot  paor,  ne  fait  mie  à  blasmer, 
que  venus  est  li  jors  que  il  devoit  finer; 
que  li  arbre  li  disent,  ù  il  ala  parler, 
que  cel  jor  de  sa  mort  ne  pooit  respaser.^ 
à  tous  caus  qui  servirent  fait  li  rois  commander  13 

que  facent  tous  lor  mances  de  lor  costes  oster' 
et  viegnent  à  bras  nus  le  mangier  aporter; 
quar  durement  se  crient  li  rois  d'enpuisoner. 
mult  averoil  grant  joie  se  cel  jor  pot  passer, 
mais  li  sers  de  putaire  qui  ne  le  pot  amer  20 

et  que  li  rois  pensoit  fonnent  à  ounorer, 
ot  aporté  l'entoske  por  lui  envenimer, 
elas!  por  coi  le  fisent  com  l'osèrent  penser; 
jamais  si  bon  signor  ne  poront  recouvrer. 

Mult  part  fu  grans  li  cors  c'ot  li  rois  asanblée;  25 

mainte  bêle  rikecce  i  or  le  jor  donnée, 
li  rois  sist  au  mangier  en  la  sale  pavée; 
mult  par  ot  grant  paor,  sa  gent  fu  esfrée 
por  cou  qu'à  icel  jor  fu  sa  mors  destinée, 
ensi  com  li  dot  arbre  li  orent  devisée.  30 

li  doi  serf  qui  sa  mort  avoient  aportée, 
li  i.  sist  au  mangier  de  la  table  dorée* 
et  li  autres  se  voit'  en  le  porpre  roée; 
par  devant  Alixandre  tint  le  coupe  dorée 
qui  de  pieres  estoit  ricement  aomée.  35 

por  coi  ont-il  lor  mances  à  cescun  d'ans  ostée,* 

1)  Ctti.    2)  Mcaper,    3)  dMc'as  eouies  eolpev,   4)  honorée,   5)  êorvoit 
6)  &ortM  dêo  braê  caoeuH  U  maneo. 


n 


TESTAMENT  D'ALIXANDRB.  509 

en  l'ongle  de  ses  dois^  ot  Tentoske  adesée.' 
H  rois  qui  pour  sa  mort  ot  le  teste  clinée 
*  quant  ot  talent  de  boire,  le  cope  a  demandée, 
premerains  l'a  fait  boire  une  grante  alenée; 
quant  li  rois^voit  le  vin,  se  coupe  a  demandée  5 

et  cil  fiert  ens  ses  mains,  si  l'a  envenimée, 
si  tos  com  l'a  beu,  se  11  art  la  corée; 
puit  saut  hors  de  la  table,  le  coupe  a  jus  jetée; 
por  cou  que  wamir'  vot,  une  coupe*  a  rourée. 
Antipater  li  fel  l'a  li  a  aportée;  10 

si  Tôt  sons  son  mantiel  si  coiement  botée 
et  estoit  de  yenin  ento|^iée  et  larée. 
Alixandres  le  vit,^  ne  l'a  pas  esgardée, 
en  sa  bouce  le  met  sans  plus  de  demorée. 
F.  78®  li  daerains  yenins  li  a  la  mort  donnée;  15 

tout  li  membre  li  falent,  le  poitrine  a  enflée. 
„e  Dexl  dist  Alixandres,  com  dure  destinée. 
„tout  por  voir,  sans  doutance,  or  est  me  vie  alée. 
„des  arbres  et  des  monstres  est  li  cose  avérée.'' 

Quant  li  rois  ot  beu,  se  li  frémist  li  cors;  20 

se  cars  devint  plus  noire  ^  que  n'est  folle  de  bos. 
li  doi  sers  le  regardent,  de  la  cambre  iscent  fors; 
or  ne  quiert  mes  cescuns  plus  d'iluec  jscir  fors,' 
quar  s'es  peust  gagner  Felipe®  et  Lincanors, 
n'es  garesist  li  mons,  se  devenist  fins  ors.  25 

Quant  Alixandres  voit  que  li  mors  le  justice, 
contre  tiere*  s'estent  et  detort  et  debrise. 
ens  en  la  rice  sale  qui  fu  de  marbre  bise, 
fait  mettre  i.  lit  à  or,  talent  a  qu'il  i  gise. 
li  cote  fu  de  soie  de  l'uevre  de  Rousie;*  30 

li  xii.  per  le  coucent  sor  i.  pale  de  Frise. 
„baron,  dist  Ali^candres,  tous  jors  vus  ai  promise 
„onour  et  grant  ric^ce,  se  Babilone  ert  prise. 
„nous  avons,  merci  Deu,  mainte  tiere  conquise 
„dont  les  gens  sunt  perdue,  confundue  et  malmise.        35 
„de  caus  qui  desfendoient,  faisoie  grant '^  justice; 

1)   /or  folê.    2)   botéê.    3)   vomir.    4)   piume,    5)   priêL    6)  vêrde, 
7}  #otl  têtorê.    8)  fHhU,    9)  Ceviêê,     10)  oooiw  faite. 


510  TESTAMENT  D'ALIXANDRE. 

„or  voirai  de  vus  tous  faire  rois  par  devise, 
„si  que  cascuns  ara  le  soie  tiere  assise. 
„s'eD  sera,  se  Deu  plest,  in'ame  en  paradis  mise, 
„que  ferai  xii.  rois  de*  le  tiere  c'ai  prise." 

Quant  se  sent  Alixandres  de  la  most  angoscier,  5 

en  une  cambre  à  volte  estoit  aies  coucier. 
li  Griu  estent  les  tables,  si  taisent  le  mangier 
et  pleurent  et  regretent  Alixandre  d'Alier. 
„ahi!  rois,  sor  tous  homes  faisies  à  prisier; 
„ne  vus  penies  mie  de  vo  gent  abaisier,  10 

„mais  à  votre  pooir  lever  et  essaucier, 
„et  si  les  faisies  tous  en  ri^ecce  bagnier; 
„et  nos  donnies  l'avoir,  l'argent  cler  et  l'or  mier. 
„jamais  ne  verons  prince  qui  sage  guerroier. 
„que  poront  ore  faire  si  rice  soudoier!  15 

„run  vendra  son  hauberc,  li  autres  son  destrier; 
„cil  sera  plus  amés  qui  plus  sara  proisier." 
li  rois  entent  le  cri  que  font  si  cevalier; 
tel  doel  a  de  se  gent,  vis  cuida  esragier. 
par  i.  huis  d'une  cambre  entra  en  i.  vregier;  20 

eus  è  r  floc  de  Deufrate  se  vot  aler  bagnier; 
mais  li  mors  l'angoussa  et  fait  agenollier. 
quant  ne  pot  plus  aler,  si  se  prist  à  crier; 
li  ber  Antigonus'  l'en  ala  redrecier 
et  les  ious  et  la  face  li  commence  à  baisier.  25 

„sire,  rois  Alixandre,  vius-me  tu  dont  laisier 
„et  guerpir  en  cest  règne  ta  caitive  mollier. 
„jou  sui  grose  et  encainte,  si  ne  me  puis  aidier; 
„rois  qui  or  me  deves  amer  et  consillier." 
en  i.  lit  le  porta  qui  mult  fist  à  prisier;  30 

Griu  et  Macidonois  commencent  à  hucier 
que  se  tos  ne  lor  rendent  lor  signor  droiturier, 
jà  feront  tous  les  huis  de  la  cambre  brisier. 

Li  rois  oi  le  cri  et  se  gent  dolouser, 
sa  moullier  Resones  commence  à  demander:  35 

„quel  noise  oi-jou  là  fors,  en  cel  palais  mener?" 
—  rois,  Macidonois  sunt  c'on  ne  puet  atemprer, 
1)  M.    2)  la  belie  Roêonem. 


TffiSTAMBNT  D'ALIXANDRB.  511 

„qui  voelent  ceste  canbre  abatre  et  craventer 
F.  78'   npor  cou  que  ne  vus  pueent  Teir,  ne  esgarder/' 
li  rois  se  commanda  è  1'  palais  aporter; 
lors  veiscies  ses  homes  entor  lui  asanbler, 
et  tant  cayel  tirer  et  tant  drap  descirer.  5 

„Macidonois  et  Griu,  je  tus  doi  mult  amer, 
„que  TUS  m' ares  les  tieres  aidié  à  aquiter. 
„caiens  sunt  mi  baron  et  tout  li  zii.  per; 
,,par  le  los  de  vus  tous,  yoel  ma  moullier  douner; 
,,or,  dites  que  vus  plest,  jou  sui  près  dou  livrer.''         10 
Griu  et  Macidonois  commencent  à  crier: 
„rois,  quant  nos  ne  poons  à  toi  mais  recqpvrer 
y,et  hui  nos  en  convient  partir  et  desevrer, 
„que  mais  ne  te  porons  en  bataille  mener, 
,,Perdicas  nos  otroie  qui  mult  est  preus  et  ber;  15 

,,que  ne  Y  volons  por  autre  cangier  ne  remuer.'* 
quant  Toi  Alixandres,  si  commence  à  penser 
que  il  ne  cuidoit  mie  s'a  cou  peust  tomer; 
mais  se  grant  aventure  ne  li  vot  destomer. 
adonques  recommencent  li  vasal  à  loer,  20 

le  sens  et  le  proecce  de  lui  à  ramenbrer. 
toute  Grese  li  donc  et  les  illes  de  mer; 
cil  li  couru  au  pié,  si  Ten  va  merchier; 
Griu  et  Macidonois  Ten  corent  relever. 

Alixandres  ot  duel  que  de  la  mort  fu  près;  25 

Perdicas  apiela:  „biaus  amis,  je  vus  lais 
„le  contrée  de  Grese  et  les  Macidones 
,,et  vus  donc  ma  femme  la  bêle  Raisonnes. 
„espouses  le  demain,  par  amor  vus  en  bes." 
cil  s^enclina  vers  lui,  si  Ten  baisa  iii.  fes.  30 

„ele  est  grose  et  encainte,  d'^enfant  sostient  le  fes; 
„à  grant  ounor  li  faites  son  talent  et  son  ses 
„et  le  faites  servir  en  mes  millors  pales. 
„se  li  enfes  est  malles,  après  votre  décès 
„li  otriies  le  règne,  bêlement  et  en  pais;  35 

„et  votre  ert  li  tiere  qui  fu  le  roi  Diles. 
„et  se  cou  est  mescine,  mult  grant  avoir  li  les, 


512  TESTAMENT  D'ALIX  ANDRE. 

„et  si  le  maries  et  nouines  Elisens/'  ^ 
et  cil  11  otria  boinement  et  en  pais 
et  tout  11  autre  per  Totrièrent  après. 

„Tholomes,  fait  li  rois,  je  vous  donrai  Egypte; 
„rune  des  millors  tieres  ai  à  vos  oes  eslite  5 

„qui  soit  en  tout  le  mont,  ne  par  bouce  descrite. 
,Jà  riens  que  tus  voellies  ne  sera  contredite; 
„desi  au  flos  de  Cadres  le  tenres  toute  quite. 
„li  votre  grant  proecce  ne  poroit  estre  escrite, 
„li  cop  de  votre  espée  perent  tout  ft  eslite,  10 

„par  trestoute  la  tiere  que  vous  aves  affite. 
„hui  e4  venu  li  jors  qu'en  ares  le  mérite; 
„Babilone  tenres,  dès  ore,  toute  quite 
„et  toute  celé  gent  qui  en  la  tiere  abite. 
„li  venins  me  destraint  et  celé  morte  soubite.'^  15 

Tholomes  ot  tel  doel  quant  le  parole  ot  dite, 
fous  ses  caveus  deront  et  depecce  et  esgrite; 
le  pale  c'ot  vestu  qui  fu  fais  à  Mélite 
descire  et  desfent'  que  ne  vaut  i.  capite.  ^ 

„Tholomes,  dist  li  rois,  je  vus  aim  de  corage,         20 
„et  por  Tamor  de  vous  et  de  tout  vo  lignage 
„Egypte  vus  otroi  et  quile  par  mon  gage. 
„*01ympias  ma  mère  vous  doins  en  mariage 
„mes  pères  Tespousa,  oiant  tous  son  bamage; 
„mai8  je  desfis  les  noces,  que  me  vint  à  hontage,       25 
E*  79*   „que  me  mère  i  avoit  honte ,  perte  et  damage. 
„i.  enfes  en  est  nés,  que  Dex  croise  bamage; 
„Phelippe  Aridoi  Tapelent  è  V  langage. 
„lui  doins  Esclavonie,  une  tiere  marage; 
„et  la  dame  prendes  qui  est  cortoise  et  sage.  30 

»,il  n*a  plus  bêle  dame  dusc'as  murs  de  Cartage.'* 

Li  rois  par  grant  amor  en  apela  Clincon: 
„Dans  Clin,  venes  avant,  si  vus  recaseron. 
yyOnques  miudres  de  vus  ne  cauca  esporon; 
„loufe  Perse  vus  doins,  le  roiaume  Carlon*  35 

„que  nous  avons  conquise  à  force  et  à  bandon. 
„bien  le  deves  avoir  quitement,  sans  tencon; 
1)  à  tnan  mes  Heigetu.   2)  a  9i  fort  derompu.    3)  ewrfiU»  4)  Dmnm. 


TESTAMENT  D'ALIXANDRE.  513 

„yus  vos  i  contenres^  à  guise  de  baron. 

,,au  fier  de  votre  lance  wideront  li  arcon; 

„tous  jors  vus  ont  trouvé  mi  anemi  félon; 

„or  est  venus  li  jors  qu'en  ares  guerredon. 

„d'un  des  millors  roiaumes  vus  fac  ici  le  don,  5 

„qui  soit  de  Rouménie  dusqu'en  Carfanaon. 

„vii.  rois  et  xix.  dus  a  en  la  région , 

„qui  tout  seront  votre  homme  par  tel  devision, 

,,et  iront  en  batalle  o  tout  lor'  confanon. 

„arois,  par  tel  couvent,  vus  en  fac  livrison  10 

„que  Dex  vus  en  doinst  joie  et  gart  de  traison, 

„que  votre  homme  vers  vous  ne  pensent  mesprison, 

„si  com  ont  fait  li  mien  qui  m'ont  donné  puison 

„dont  jà,  jors  de  ma  vie,  n'avérai  garison. 

„vus  me  vees  morir,  n'ai  autre  garîsop.  '  15 

cil  oi  le  parole,  si  baisa  le  menton; 

l'iave  qui  ist  des  ious  li  cort  sor  le  gieron 

si  que  les  goûtes  mollent  de  Thermin  pelicon. 

„CIins  et  vus  Tholomes,  fustes  bon  conpagnon; 

„gardes  c'après  ma  mort  n'i  ait  jà,  se  bien  non;*        20 

„que  m'ame  en  esteroit  en  maie  souspecon.'' 

et  cil  ont  respondu:  „se  Deu  plest,  non  feron; 

„nous  sommes  bon  ami,  et  tous  jors  le  seron, 

„que  jà  entre  nos  ii.  n'i  ara  mesprison." 

„Cà  venes,  dist  li  rois,  Ëmenidus  d'Arcage;  25 

„onques  miudres  de  vus  ne  fu  en  nul  langage.^ 
„de  vus  oi-jou  tous  jors  ounor  et  vaselage; 
„mon  confanon  portastes  et  par  tierè  et  par  nage; 
„Nubie  vus  otroi,  une  tiere  mult  large,* 
„que  mult  est  bien  garnie  de  prés'  et  de  boscage        30 
„et  de  mainte  cité  et  d'autre  hierbegagc; 
„iluec  puet  on  trouver  maint  autre  herbegage.® 
„x"-  castelain  vus  en  feront  houmage, 
„qui  vus  en  porteront  amour  et  signorage. 
„par  foi,  plus  bêle  tiere  ne  millor  por  estage  35 

„ne  put  onques>  veir  nus  hom  de  votre  aage;* 

1)  eonteniêUê,    2)  à  votre,    3)  êans   nule  raeneon.     4)   miêêfriêon. 
5)  Image,    6)  maraffe,    7)  Ué,    8)  hériiage.    9)  nui  langage, 
,    U  BOBBAM  d*A]ixudr».  33 


514  TBSTAMBHT  D'ALIXANDEB. 

„et  vus  le  tenres  bien»  ki  aves  bon  corage. 

,Jà  n'iert  nus  hom  si  preus  qui  vus  toile  iretage.'' 

devant  lui  s'ajenelle,  li  rois  li  tent  son  gage: 

„tenes,  fait-il,  amis,  Dex  vus  croise  bamage, 

„que  jamais  bon  consel  n'ares  de  moi,  ne  sage/*  5 

cil  oi  le  parole,  a  poi  d'ire  n'esrage; 

ains  mes  gens  ne  reçut  isi  mortel  damage. 

tel  vii"  en  i  pasment,  qui  tous  sunt  de  parage. 

„Aristes,  fait  li  rois,  je  vus  ai  donné  tiere; 
„plus  large,  ne  millor  ne  deves-vus  requerre,  10 

„toute  Ynde  le^  Porru  qui  me  fist  mainte  guerre. 
F.  79^    „li  mers  et  li  vermine  vus  enclôt  et  ensiere; 

„par  force  n'est  nus  hom  qui  le  peust  conquerre. 
„ne  sai  en  nul  pais  nés  une  millor  tiere. 

„Cà  venQs,  dist  li  rois,  amis  Antigonus;  15 

„*vus  m'aves  bien  servi,  ne  vus  puis  durer  plus. 
,Je  vus  otroi  Sulie  et  le  pais  desus, 
„très  le  règne  de  Perse  que  tint  Asierus, 
„de  l'issue  d'Egypte,  dusques  as  mons  de  Tûs, 
„à  destre  et  à  senestre,  et  dejus  et  desus.  20 

„et  de  mer  et  de  tiere  est  vôtres  li  treus; 
„de  Gos  et  de  Margos  garderes  les  pietrus. 

„Aprocies-vu8  de  moi,  biaus  amis  Pilotas; 
„por  moi  aves  eu  souvent  vo  escu  quas 
„et  enduré  d'espée  en  estor  félons  glas.  25 

,Je  vus  otroi  Cesare,  le  tiere  Nicholas, 
„et  le  roiaume  tout  dont  rices  bons  seras. 
,Jou  Focis  en  bataille,  à  mon  branc  de  Damas; 
„Tholomé  le  donnai,  mais  il  ne  le  tint'  pas, 
„quar  il  a  tout  le  règne  desi  que  à  Bandas.'  30 

„dusc'à  la  mer  de  Gresse  tout  le  pais  aras; 
„cele  tiere  est  mult  ciere  de  pales  et  de  dras. 
„là  sunt  li  hardi  hom  et  li  bon  ceval  cras; 
„por  cou  le  te  ^loins  quite,  que  si  bien  servi  m'as.*' 
Pilotas  s'qenelle  devant  le  lit  en  bas  35 

et  11  rois  l'en  ravest  devant  Macidonas. 

Alizandres  apiele  Lincanor  ù  se  fie, 
1)  Ml  dé.    2)  r«ira.    3)  Dmnt», 


TESTAMENT  D*ALiX ANDRE.  5 1 5 

i.  gentil  cheyalier  ki  a  le  car  hardie: 

„cà  yenes,  fait  li  rois,  vasal  sans  félonnie, 

„bons  chevaliers  et  sages  et  plains  de  cortoisie; 

„ains  ne  fnstes  repris  nul  jor  de  Tilonie. 

,Jà  vus  ai-jou  donné  le  moie  druerie,  5 

,,tant  par  est  conneue  votre  cevalerie, 

,,n'a  roi  en  tout  le  mont,  tant*  vus  en  port  envie. 

„vus  m'aves  bien  servi  à  Tespée  forbie, 

^guerredon  en  ares,  se  Deu  plest  à'  ma  vie, 

„Alenie  vus  doins  et  toute  Escomenie;  10 

„ii.  roiaumes  ares  en  votre  signorie. 

„d'une  part  vus  aclot  li  mers  par  signorie,' 

„les  montagnes  vus  serent  devers  l'autre  partie. 

„votre  tiere  est  mult  boine  et  ricement  garnie 

„de  toute  icele  riens  qui  à  cors  d'ome  aie.  15 

„li  pais  est  mult  nobles  et  de  gent  mult  hardie; 

„cccc"-  d'oumes  ares*  en  vo  baillie, 

„qui  vus  en  porteront  ounor  et  signorie. 

„te^  tiere  et  le  Philote  a  la  mer  départie, 

„estroite,  ne  pas  large  et  si  porte  navie;  20 

,,par  là  va  li  avoirs  et  li  marceandie. 

„frère  estes  et  ami  et  d'une  conpagnie; 

„gardes  qu'entre  vous  ii.  n'ait  guerre  ne  envie, 

„tousjors  en  sera  m'ame  plus  lie  et  plus  joie.'' 

et  cil  a  respondu:  „jà  n'i  ara  folie."  25 

—  Perdicas,  dist  li  rois,  je  ne  vus  oublie  mie; 

„quant  jou  sali  à  Tir  entre  la  gent  haie, 

„cou  fu  li  premiers  hom  de  cui  jou  oi  aie. 

„hui  est  venus  li  jors  que  vus  sera  mérie.'' 

„Perdicas,  fait  li  rois,  aprocies-vus  de  moi;  30 

„quant  jou  sali  de*  Tir,  de  V^  mur  et  de  1'  berfroi, 
„entre  le  gent  sauvage  qu'erent  de  pute  foi, 
„Perdica8,  biaus  amis,  iluec  me  portas  foi. 
„tu  salis  après  moi,  plus  le  virent  de  iii. 
„qui  tel  saut  fait  pour  home,  il  n'a  cure  de  soi;  35 

F.  79*  „quant  por  moi  le  fesis,  gueredoner  le  doi. 

1)  ne.    2)  Ml.    3)  iwêrê  Rutêiê,    4)  eee^»  ekeviierê  m/mr—,   5)  vo. 
6)  en.    7)  êor  U, 

33  ♦ 


516  TESTAMENT  D'ALIX ANDRB. 

, Jamais  miudres  de  vus  n'istera  de  toraoi; 

,Je  te  donrai  tel  tiere,  par  le  Deu  ù  je  croi» 

„donl  XX"-  chevalier  en  iront  apriès  toi. 

„Hungrie  vus  claim  quite,  que  tienent  iiiî.  roi 

„qui  vus  en  serviront  en  pais  et  sans  desroi/^  5 

Perdicas  li  a  dit:  „biaus  sire,  je  Fotroi. 

„que  ferai-jou  de  tiere,  quant  jou  morir  vus  vol?*' 

jà  se  férist  è  1'  cuer,  se  il  eust  de  coi. 

„Signor,  fait  Alixandres,  ne  vus  caut  de  plorer. 
„por  cou  faites  tel  doel,  n'i  poes  recovrer,  10 

„que  votre  conpagnie  me  convient  hui  finer.* 
,,mult  par  en  sui  dolans,  mes  ne  puis  destorner.' 
yje  vus  amoie  plus,  sor  Sains  le  puis  jurer, 
„que  nule  riens  en  tiere  que  on  seust  nomer. 
„onques  ne  vus  trouvai  nul  jor  preceus'  d'errer  15 

„tou8  jors  aves  plus  fait  que  n'oses*  commander. 
„or  voi  bien  qu'entre  vus  ne  puis  mes  séjomer; 

I  „si  m'estuet  vo  service  à  tous  gueredoner. 

„ù  estes-vus  Liones,  je  pus  doi  mult  amer; 
„vus  aves  maintes  fois  fait  vo  escu  troer  20 

„por  l'amour  Alixandre  que  bui  veres  finer. 
„aprocies-vus  de  moi,  que  je  vus  voel  donner 
„une  tiere  aaisié  que  je  vus  voel  nomer/ 
„Aufrike  VUS  otroie  et  les  illes  de  mer; 
„quant  tu  aras  besoig,  si  fai  ta  gent  mander,  25 

„c"-  cevaliers  en  pues  o  toi  mener." 
Liones  s'ajenelle,  si  l'en  va  mercier;* 
li  rois  l'en  a  saisi ,  n'i  vot  plus  demorer; 
mais  li  cerviaus  de  1'  cief  li  commence  à  meller 
et  li  face  à  noircir  et  li  face'  à  torbler.  30 

à  paines  pooit-il  de  la  bouce  parler. 
„Amis  Antigonus,^  dist  li  rois,  cà  venes, 

,  „boDS  chevaliers  et  sages,  cortois  et  alosés; 

„li  vôtres  vaselages  est  mult  bien  esprovés. 
„je  vus  otroi  Grese,  le  tiere  ù  je  fui  nés,  35 

„que  mes  pères  est  mors  et  tous  mes  parentés. 

I  i)  ieêevrer.    2)  amender.    3)  pareeeuê,    4)  ne  «at.    5)  qui  mii/t  fmt 

à  loer,    6)  H  rois  le  fait  lever.    7)  et  les  iex.    8)  AnHoeuê. 


TBSTAMBNT  D'ALIXANDRB.  517 

„j'ayoie  il.  serors,  plaines  de  grant  biaatés, 

,,bieles  daines  et  sages,  o  les  cors  onorés; 

„mortes  sunl  en  lor  tieres  et  en  lor  ricetés; 

„il  n'i  a  mes  nul  autre*  qui  ait  mes  iretés. 

„ma  mère  est  encor  vive,  à  punor  le  gardes;  5 

„de  tout  votre  pooir  faites  tob'  yolentés. 

„ne  vivra  lonjement:  bien  sai,  c'est  vérités; 

„quant  sara  de  ma  mort,  tous  ert  ses  cors'  finis. 

„por  cou  vus  doins  ma  tiere,  que  bien  servi  m'aves.'' 

cil  oi  le  parole,  au  pié  li  est  aies;  10 

„Arides,  dist  li  rois,  je  vus*  otroi  Cartage; 
„le  roine  Didone  s'i  ocist  par  folage, 
„por  Tamor  Eneas  ù  ot  mis  son  corage, 
„qui  en  icest  pais  estoit  venus  à  nage, 
„quant  escape  de  Troies  ù  il  ot  grant  damage.  15 

„la  dame  le  reçut  et  fist  grant  berbegage, 
„ains  riens  que  il  vosist  ne  fu  vers  lui  salvage, 
„que  ele  le  cuidoit  avoir  par  mariage; 
„et  quant  il  s'en  parti,  si  ot  au  cuer    tel  rage 
„que  por  l'amor  de  lui  s'ocist  par  son  outrage.  20 

«Barbarie  et  Aufrike  et  Sébile*  è  1'  rivage, 
„et  le  roiaume  tout  vus  doins  par  iretage.  * 

F.  79*  „hui  me  menbre  de  Tyr  ù*  portas  le  mesage;^ 
„le  jor  i  receus  mult  mervillous  damage, 
„quant  vus  m'en  acontastes"  par  votre  vaselage.''  25 

Arides  a'ajenelle,  li  rois  li  tenl  son  gage; 
si  l'en  a  revestu,  voiant  tout  son  barnage. 

Caulun  de  Macidone  a  li  rois  apielé: 
„amis,  venes  avant;  ne  vus  ai  oublié, 
„que  vus  aves  o  moi  en  maint  besoig  esté.  30 

„de  r  branc  de  votre  espée  aves  maint  cop  dooé, 
„bui  est  venus  li  jors  que  t'ert  gueredoné. 
„Hermenie  le  grant  vus  doins  en  ireté, 
„à  vous  et  à  vostre  oir,  tous  jors  en  ert  quitée; 
„et  je  vus  ai,  je  quic,  mult  noblement  donnée.''  35 

et  cil  li  cort  au  pié,  si  l'en  a  mercié; 
voiant  Macidonois,  l'en  a  11  rois  casé.' 
1)  otr.  2)  «M.  3)  tefi#.  4)  Suite,  b)  p»ê  mê,  6)' lu  m*en  apiUûs.  7) /levé. 


5 1 8  TESTAMENT  ^D'ALIXANDRB. 

Quant  Alixandres  oi  les  xii.  pers  casés 
et  les  règnes  par  soi  partis  et  devises  , 
les  corones  des  rois  qae  il  a  conqnestés 
fait  venir  devant  lui,  s'es  en  a  coronnés; 
puis  les  fit  arengier  autour  lui  lés  à  lés.  5 

„e  Dex!  dist  Alixandres,  hautimes  poestés, 
„s'or  fusce  li  tresimes  entr'aus  sires  clamés, 
„lors  fust  mes  cuers  en  joie  et  mi  cors  en  santés. 
„mais  je  me  morai  sempres,  cou  est  li  vérités;    . 
„jà  ne  verai  le  terme  que  cis  jors  soit  passés.'*  10 

lors  li  torblent  li  oel;  Alixandres  est  pasmés. 
estes  vus  le  grant  doel  qu'en  la  sale  est  levés; 
là  ot  paumes  batues  et  ceviaus  descirés. 

Ce  fu  i.  samedi  c' Alixandres  '  apriesse, 
que  s'en  va  Alixandres  qui  tante  tiere  iaise,  15 

n'a  homme  en  sa  compagne  que  por  lui  ne  s'iraise; 
Tholomes  fait  tel  dol  que  de  plorer  ne  ciese. 
qlus  de  Ix.  fois  vers'  ses  caviaus  s'eslesse 
et  regrete  Alixandre  qui  les  orgillous  priese:' 
„sire  rois,  11  votre  ame  soit  devant  Deu  confese;  20 

„ne  cuie  que  chevaliers  plus  vaillans  de  vus  nesce. 
„pl&res,  Macidonois,  que  votre  pris  abesse 
„*mbrs  est  li  gentius  rois  qui  aine  n'ame  promesse.'' 
de  navrés*  entor  lui  veissies  itel  presse; 
plus  de  c.  en  i  pasment,  n'i  a  ceP  qui  ne  cesse.         25 

Ki  or  oist  le  dol  démener  à  Clincon, 
com  il  plaint  et  regrete  le  nobile  baron. 
Dans  Clins  avait  vestu  i.  hermin  siglaton; 
en  plus  de  xxx.  .lius  le  ronpi  environ, 
des  bendes  ki  caoient  sunt  couvert  li  gieron,  30 

et  tenoit  sa  main  destre  desor  son  conpagnon. 
„ahil  tant  mar  i  fustes,  gentius  fins  Felipon, 
„bons  chevaliers  et  larges,  sire  quens'''  de  lion; 
„proudom  por  bien  conquerre  et  por  faire  bel  don, 
„por  preudome  onorer,  et  desthiire  Jélon;  35 

„fei  vers  ses  anemis  et  à  sa  gent  dous  hon. 
„rois,  vus  n'amastes  onques  losengier  ne  gloton. 
i)  ta  mort  U  roi.  2)  à.   3)plëêSé.  4)|WMi«r.   b)  nui,  ^)éihmréiêeomitM, 


TESTAMENT  D'ALIXANDRB.  519 

„De  couart  en  estor,  ne  hardi  en  maison. 
„que  fera  or  ?os  gens?  toute  ira  à  bandon. 
„or  departirons-nous ,  tout  xii.  conpagnoii." 
de  dolor  est  pasmés,  plus  est  tains  d'un  carbon; 
en  plorant  se  redrece  quant  vint  de  pasmison.  5 

,»Alixandre/  Alixandre,  biaus  sire,  que  feron? 
„ahi!  douce  conpagne,  com  hui  départiront" 
lors  oisies  tel  dol  et  tele  escriison 
que  de  plus  de  c.  vois  i  oisies  le  son. 
F.  80*       Ki  or  oist  le  dol  que  fait  Emenidus,  10 

nus  chevaliers  en  tiere  ne  fera  jamais  plus, 
et  regrete  Alixandre:  ,,gentius  rois,  mar  i  fus; 
„sires,  bons  conquereres,  jamais  teus  n'ert  vous. 
„le  monde  aves  conquis  dusques  bones  Artus 
„et  trestoute  le  tiere  dusqu'en  Occeanus;  15 

„mors  aves  en  bataille  rois  et  contes  et  dus, 
„princes,  empereors  et  amiraus  kenus. 
„que  fera  or  cis  peules?  tous  ira  a  refus. 
„ahil  cevalerie,  com  ires  en  reclus; 
„loute  joie  de  tiere,  hui  cest  jor  vus  refus.**  20 

de  dolor  est  pasmés  et  à  tiere  cheus; 
en  plorant  le  regrete,  quant  se  fu  levés  sus. 
por  Alixandre  pleure  Aristes  et  Calnus; 
ses  ceviaus  et  sa  barbe  desront  Antiocus. 

Lincanors  fait  tel  dol,  por  le  roi  crie  et  plore;         25 
„conquerreres  de  V  mont,  tant  mar  veimes  Tore 
„que  le  mors  nos  départ,  que  tante  gent  acore. 
„mult  est  sire  crueus  qui  à  millors  cort  sore. 
„or  Yolroie  sentir  de  mon  espiel  le  more. 
„sire,  li  rois  des  rois  que  tous  ii  mons  onore,  30 

„ait  merci  de  votre  ame,  au  besoig  le  secore.** 
lors  desront  ses  ceviaus,  et  se  fiert  et  dévore; 
plus  de  m.  chevalier  se  pasment  en  poi  d'ore; 
qui  por  autrui  fet  bien,  asses  home  labore. 

Philotes  fet  grant  dol  entre  lui  et  sen  frère  35 

et  regrete  Alixandre  ki  lor  fu  sire  et  père: 
„bons  rois  Macidonois,  que  fera  votre  mère 
i)  MI  rois. 


520  TESTAMENT  D'ALIXANDRE. 

„qui  por  le  votre  vie  estoit  joians  et  clcre? 

„por  Dell  ceste  parole  li  ert  au  cuer  amère; 

„plus  parfont  le  poindra  que  pietruis  de  tarère; 

„le  joie  de  son  cuer  esluel  jus  et  arrière. 

„ahi!  tant  mar  i  fustes,  gentius  rois,  emperere,  5 

„bons  chevaliers  et  larges  et  hardi  conbatere. 

„ahi!  mors,  por  coi  estes  vers  tel  baron  avère, 

„por  cui  mains  chevaliers  plore  et  fait  laide  cière/' 

Aristes  fet  grant  dol,  por  le  roi  fait  se  plainte: 
„conquerere  de  ï  mont  votre  joie  est  estainte.  10 

„e!  rice  conpagnie,  notre  joie  est  atainte.  * 
„mors  est  cil  qui  de  dons  nos  avoit-il  fet  mainte; 
„france  gens  ounora,  orghillouse  ravite,' 
„aves  tous  jors  ravie  et  fondue  et  aflite. 
„onques  de  votre  bouce  n'issi  parole  fainte;  15 

„sire,  vus  me  désistes  en  le  cité  de  TAinte 
„que  bons  rois  conquerere  doit  ades  porter  ainte' 
„et  pener  u  percoivre,  ù  sa  vie  soit  cainte.* 

Por  Alixandre  pleure  Caulus,  li  fins  Saberte, 
une  dame  de  Grese  qui  fu  née  en  Valerte;  20 

i.  des  xii.  pers  fu,  mainte  paine  a  souferte. 
„AIixandres  mar  fus,  france  cose  et  aperte; 
„par  vous  estoit  largecce  desserée  et  aperte 
„as  povres  chevaliers  qui  muèrent  par  déserte. 
„maint  orgillouse  gent  as  destruite  et  déserte.  25 

„sire  rois,  vus  avies  de  chevaliers  tel  herte, 
„qui  mult  tos  vus  eusent  une  tor  descouverte. 
„mainte  bêle  rikecce  as  donné  et  ofierte, 
„mains  gentius  chevaliers  querra  hui  en  povierte 
„et  sera  mainte  dame  par  poverté  couverte.  30 

«jamais  n'ert  à  nul  jor  restorée  la  perte." 

Ki  or  oist  le  duel  que  maine  Perdicas; 
F.  80^   com  il  plaint  et  regrete  le  roi  Macidonas. 
„e!  Alixandre  rois,  jamais  ne  nos  veras. 
„que  fera  or  ta  mère,  la  bêle  Olimpias?  35 

„li  mors  l'a  deceue,  de  ton  doel  Tociras. 
„au  branc  nu  de  t'espée  ocesis  Nicolas; 
1)  refrainie.  2)  dê^irmnU,  3)  ainquê    ei  penne  et  fêrek*min,  4)  pBùUe 


TESTAMENT  D'ALIX  ANDRE.  521 

„après  donnas  sa  tiere  au  hardi  Pilotas, 

„le  millor  chevalier  ki  soit  magres  ne  cras.  . 

„Clincon  donastes  Perse,  Corascane  et  Bandas; 

„et  moi  l'autre  qui  ère  chevaliers  ases  bas, 

„as  otroié  ton  règne;  Dex  se  li  mériras,  *  5 

,,conduies  le  soie  ame  près  de  V  siège  Elias.'' 

de  dolor  est  pasmés,  à  tiere  cai  quas; 

en  plus  de  xxx.  lius  a  le  visage  quas. 

Mors  fu  li  rois  en  Mai,  quant  pase  le  Calende. 
au  dol  que  fait  Lione,  n'i  a  nul  que  n'i  tende;  10 

n'a  si  cier  drap  vestu  c'a  ses  ii.  mains  ne  fende, 
environ  lui  à  tiere  en  cai  mainte  bende, 
et  regrete  Alixandre  ki  conqutst  Oriende. 
„sire,  por  votre  mort,  no  conpagne  n'amende, 
„iteus  XXX""-  hommes  tenies-vus  de  provende;  15 

.Jamais  ne  sera  rois,  si  rice  don  lor  rende. 
„teus  a  or  bon  ce  val,  or  li  estuet  qu'il  vende; 
„por  s.oufraite  d'aide  li  convient  qu'il  despende; 
„que  s'il  doit  gent  avoir,  n'ara  dont  il  le  rende. 
„U  mors  ne  laise  mie  que  tous  ne  nos  offende.  20 

„8ire,  qui  vous  a  mort,  fet  nos  a  laide  offrande. 
„frans  bom  ne  1'  doit  baillier,  que  à  ses  mains  ne  1'  pende.'* 
ne  puet  muer  Liones  c'a  tiere  ne  s'estende; 
d'iave  froide  et  de  plueue  li  ont  faite  marende. 
por  Alixandre  pleure  Minus,  le  fins  Clarende.  25 

Arides  fet  tel  dol  que  nus  ne  le  conforte, 
ne  se  pot  astenir  que  ses  ii.  mains  ne  torde, 
et  desront  ses  ceviaus  et  les  dras  que  ii  porte; 
Alixandre  regrete,  ki  tous  les  desconforte. 
„e8garée  conpagne,  quel  dolors  vus  conforte!  30 

„que  porons  devenir,  quant  proecce  est  bui  morte? 
„cortoi8ie  et  largecce,  serée  est  votre  porte; 
„jamais  ne  sera  hom  qui  le  cief  en  destorte. 
„or  poons-nos  bien  dire  que  largeces  est  morte; 
„ne  pot  mais  retorner  que  doners  ne  resorte.  35 

„mais  i.  respit  i  a  qui  les  plusiors  conforte; 
„après  lui  irons  tout,  ne  quic  que  nus  estorde." 

Antiocus  fet  dol  que  trestous  s'en  esfroe 


522  TBSTANliNT  D'ALIX ANDRB. 

et  regrete  Alixandre  que  tous  li  peules  loe: 
„sire,  mains  gentius  hom  seoit  ier  sor  la  roe, 
„quj  por  le  votre  mort  est  ceus  en  le  boe. 
„li  votre  grans  proecce  que  tous  li  mons  tresvoe, 
„e9t  plus  ficié  en  tiere  que  li  fiers  d'une  hoe.  5 

„Dex!  corn  forte  aventure  qui  sor  cest  peule  noe. 
„rautrier  l'aviens  nos  blaoque,  or  Tavons  toute  bloe; 
„verme11e  estoit  er  soir,  biaus  sire,  or  est  si  floe. 
„mult  est  li  mors  hardie,  qui  en  tel  liu  s'aroe. 
„tel  XIX"-  escu  porsiuoient  ceste  oe;  10 

„n'est  nus  hom  si  hardis,  jà  i  tendist  le  poe. 
„sire,  vus  me  déistes  sor  l'eve  de  Dimoe: 
„qui  quert  autrui  vitalle,  tous  jors  pert-il  le  soe. 
„vus  iesles  l'omme  è  V  mont  ii  je  plus  me  floe; 
, Jamais  ne  vus  verai,  que  li  mors  le  desloe."  t5 

lors  desront  ses  ceviaus  et  se  fiert  en  la  joe; 
en  plus  de  xxx.  lius  ront  ses  dras  et  estroe. 
F.  80^       Antigonus  fait  dol,  de  ploorer  se  soole 
et  regrete  Alixandre  qui  les  plusiors  adole. 
„8ire  rois,  à  l'espée  maintenies  vus  tel  cole  20 

„dont  mainte  large  tiere  maintenoit  votre  bole. 
„bui  repaire  largece  de  le  caudière  en  Tôle; 
„malvestés  Tocira,  qui  les  plusiors  engole; 
„avant  lor  toit  lor  cuers  et  a  pris  Tesmaiole. 
„teus  avoit  blanc  aubère,  or  vestira  caole  25 

„et  saulers  pains  à  or  qui  or  ara  cherbole. 
„or  peons-nous  bien  dire  c'aventure  nos  foie; 
„plaideor  seront  rice,  quant  proecce  décole; 
„et  cil  ki  bien  orine^  c'on  voit  en  le  fiole. 
„le  joie  de  cest  mont  ne  pris  mie  une  bole,  30 

„quant  U  sire  de  V  moût  laira  hui  se  gent  sole." 

Pardevant  Alixandre  ploroit  une  marcise, 
famé  fn  chevalier  qui  à  mouiller  Tôt  prise; 
li  rois  li  ot  donnée,  on  Tapeloit  Evyse. 
vestu  ot  i.  bliaut  par  desous  se  kemise,         *  35 

afule  i.  mantiel  dont  li  pêne  fn  grise, 
le  coulor  ot  è  V  vis  plus  fres  que  de  cierise; 
1)  eofmoii  ortNé. 


TBSTAMBNT  D'ALIXANDRB.  523 

mais  de  V  plorer  c*ot  fait.  Tôt  i.  petit  malmise. 

malt  bien  faite  de  cors,  le  car  blanke  et  alise, 

se  fust  lie,  en  cest  mont  n'ot  plus  bêle  à  devise. 

nus  pies,  escie?e1ée,  de  grant  dolor  esprise 

et  fu  è  r  payement,  jouste  le  bière  assise,  5 

et  regraite  Alixandre  par  issi  faite  guise 

que  de  l*  duel  que  domaine  tous  les  autres  atise. 

„mauyais  rois  recreans,*  et  humles  sans  faintise, 

„larges  vers  bones  gens  et  plains  de  grant  francise, 

„qui  donra  mais  l'avoir,  Tor  ne  le  marcandise,  10 

„ne  les  destriers  corans,  ne  les  haubers  de  Pise 

„as  gentîus  chevaliers  par  cui  tiere  est  conquise.'' 

au  grant  duel  que  domaine,  ciet  sor  le  p\ere  bise; 

si  durement  cal  qu'ele  sa  teste  brise, 

contre  tiere  s'estent  et  dépèce  et  débrise;  15 

qui  U  eust  laisié,  k'  iluec  se  fust  ocise. 

Emenidus  le  drece  qui  fu  fins  Laugalisse, 

une  dame  d'Arcade,  cortoise  et  bien  aprise; 

tant  le  tint  en  ses  bras  que  s'alaine  ot  reprise. 

De  1'  doel  n'est  pas  mervelle  que  ii  baron  ont  fait  ;  20 
sa  moulliers  Resones  sor  trestous  crie  et  brait. 
„e!  sire,  roi  des  rois,  tant  castel  aves  frait: 
„enviers  orgillous  home  ne  fesis  malves  plait, 
„et  qui  te  vot  servir  ne  1'  presis  à  forfait. 
„que  porai  devenir,  quant  cil  le  siècle  lait  25 

„qui  conquesist  le  mont,  se  vesquist  entresait 
„et  dounast  tout  l'avoir  de  tiere,  qui  que  l'ait; 
„ne  sai  bon  chevalier  à  cui  il  n'en  soit  lait; 
„quar  s'il  est  endetés,  ne  sera  ki  le  pait; 
„que  ne  quic  qu'il  ait  homme,  tant  comme  solaus  vait,30 
„8oufierte  et  povreté,  rois,  por  t'amor  n'en  ait. 
„de  tant  corn  je  vos  voi  et  il  malt  bien  me  fait, 
„mius  voel  morir  que  vivre;  mors,  sail  de  ton  agait. 
„se  m'ocis;  sans  toi  seule,  ne  sai  riens  qui  me  hait.'' 
sor  le  roi  ciet  pasmée;  nus  voit,  pitié  n'en  ait.  35 

Alixandres  ot  le  noise,  i.  poi  à  mont  se  trait; 
1)  genliuê  raie  eon^uërereê. 


524  TESTAMENT  D'ALIXANDRB. 

de  pité  s'est  pasmés,  si  a  jeté  i.  brait, 
là  ot  paumes  batues  et  maint  ceviel  detrail. 

Alixandres  apiele  Lincanor,  le  fil  Phalle, 
le  preu  Emenidus  ki  sist  à  se  detraille.* 
F.  80^   „Aufrike  avons  conquis  dusque  la  mer  de  Baille,  5 

,,Asie  et  à  Europe  dusc'as  mons  Eurtalle; 
„France  le  renomée  qui  à  conquerre  est  malle, 
,,euse  en  mon  demaine,  à  Paris  fust  ma  sale; 
„et  toute  Normendie,  Engletiere  et  le  Gale, 
„et  Escose  et  Irlande  h  11  solaus  avale.  10 

^France  fust  cief  de  V  mont,  se  droiture  est  itale 
„que  li  gens  est  tant  noble,  n*est*  nule  ki  le  valle; 
„piecà  que  m'ont  mandé  par  lettre  communale. 
„mais  je  morrai  sempres  d'une  mort  desloiale; 
„ne  m'i  vorra  mecine,  mandeglore,  normale.  15 

„Dex,  reçoit  mon  espir  en  ton  ciel,  par  ta  asle, 
„quant  il  istera  sempres  de  1'  vaisiel  taint  et  sale.'' 
à  cel  mot  est  pasmés,  de  dolor  devint  pale. 

Alixandres  se  pasme  por  le  mort  qui  1'  destraint 
et  quant  fu  revenus,  si  a  jeté  i.  plaint.  20 

Tholomé  demanda  et  dist  c'on  li  amaint, 
et  Clincon  autresi,  contre  lui  les  estraint. 
à  Deu  les  commanda  et  de  ses  bras  les  caint; 
si  lor  prie  et  commande  que  li  i.  l'autres  aint, 
mult  durement  li  poise  que  entr'aus  ne  remaint.  25 

à  cel  mot  est  pasmés  et  tous  li  cors  li  taint 
et  por  le  mort  li  sunt  li  oel  è  V  cief  estaint; 
l'ame  s'en  est  alée,  si  l'enportent  li  saint, 
là  sus  en  le  grant  joie'  ù  notre  sires  maint, 
tel  vii'^'  en  i  pasment,  n'i  a  nul  qui  se  faint.  30 

Mult  fu  grans  la  dolors,  quant  li  rois  fu  finis, 
ains  que  fust  enbausmés,  oins,  ne'  ensevelis, 
ses  lis  estoit  envols^  de  il.  rices  samis, 
à  pieres  préciouses  saielés  et  closis; 
*  li  i.  fu  fais  à  esmes,^  l'autre  à  estraelis.  35 

par  tel  engien  estoient  et  tissu  et  treslis, 
m.  ans  fuscent  en  tiere  ains  que  fuscent  poris. 
1)  déêtre  aie.     2)  glore.    3)  mtV  jus.    4)  envauê,    5)  esiiees. 


TESTAMENT  D'ALiXANDRE.  525 

qui  or  vus  voiroit  dire,  com  il  fu  costeis, 
et  roiaument  gardés,  plorés  et  obéis, 
ne  le  sot  pas  escrire  Salemons  ne  Davis, 
vus  veiscies  mervelles,  ces  barons  amatis,* 
de  duel  et  de  pesance  tains  et  empaleis.  5 

à  son  cief  est  Philote  et  à  ses  pies  Dans  Clins, 
et  11  autre  s'estoient  pasmé  sor  ces  tapis, 
oscurs  en  fu  li  jors  et  li  solaus  tapis, 
por  la  mort  Alixandre  dont  il  estoit  maris, 
puis  le  mer  de  Sidone  dusc'as  pors  de  Lutis  10 

n'a  dognon,  n'amiral  qui  ne  soit  escroisis. 
par  trestoute  la  tiere  dont  il  estoit  saisis, 
tramblërent  les  cités  desi  qu'en  Lareis.' 
*trestos  le  firmamens  en  estoit  si  noircis 
que  li  i.  bom  de  l'autre  ne  pot  estre  coisîs,  15 

et  por  cou  que  li  cius  estoit  si  obscurcis , 
ardoient  en  la  sale  m.  cirge  coulais, 
lin,  aloes  et  ambre,  nardus  et  autre  espis 
ardoient  en  la  sale,  com  se  fust  vies  palis, 
de  l'odor  des  espisses  et  de  1'  bon  flaireis  20 

deust  estre  par  droit  i.  malades  garis; 
se  iluec  fust  Pilate,  Herodes,  Ante-Cris, 
se  plorast-il  de  doel,  ains  qu'il  en  fust  partis, 
et  por  cou  se  li  dex  les  a  si  afoiblis, 
fu  menre  i.  poi  li  noise  et  abaisiés  li  cris.  25 

quant  li  sage  Aristotes,  li  mestres  des  escris, 
s'apoia  devant  eus,  desous  i.  arc  votis, 
bien  fu  des  filoçofes  ses  jens  cors  aconplis.' 
F.  81*   ne  li  caloit  de  soi,  tous  estoit  enhermis; 

.  barbe  ot  et  longe  et  lée  et  le  poil  retortis  30 

et  le  cief  deslavé  et  velus  les  sorcis; 
de  pain  et  d'iave  vit,  ne  quiert  autre  pietris. 
aine  n'en  issi  d'Ataine  i.  sens  bom  si  soutis; 
lors  a  dit  as  barons  i.  poi  de  ses  bons  dis: 
„mainnes  rois  qui  gis  là,  mors  et  deschoulouris;  35 

„com  as  sor  poi  de  tiere,  com  est  petis  tes  lis. 
1)  êsbahU.   2)  $n  le  raie.   3)  estait  de  grmu  ««M  êeê  euere  raempliê. 


526  TESTAMENT  D'ALIXANDRB. 

„et  si  me  deis-tu  i.  fois  à  Brandis* 

„qae  cis  mondes  estoit  à  i.  homme  petis. 

,,el  bons  rois  conquenrans,  seiir  tous  honmes  hardis, 

„1argece  estoit  ta  mère,  tu  estoies  ses  fis. 

„en  douner  ert  ta  joie,  ta  glore  et  tes  delis.  5 

„n'atendoies  pas  tant,  jà  n'en  serai  desdis. 

„s'uns  preudom  te  rouvast,  jà  ne  fust  escondis,' 

„tant  ieres  de  douner  preus  et  amanevis. 

„encor  n'estoies  pas  er  soir  si  afoiblis, 

„quant  il  dist:  a?ers  prinches  soit  destruis  et  maumis,  tO 

„que  il  est  et  de  Deu  et  de  1'  peule  hais; 

„en  cest  siècle  et  en  Tautre  est  pierdus  et  bounis. 

„par  convoitise  fu  li  premiers  hom  péris, 

„et  Daires  li  Persans  raincus  et  desconfis, 

„et  i.  des  rois  de  Roume,  Dasus'  si  malbaillis;  15 

„£sclarant*  Tabuvrèrent  d'or  quit  ki  fu  boulis. 

„oes  le  profesie  que  nos  dist  Joakins, 

„que  avant  ociroit  li  lions  le  formis. 

„ahi!  Antipater,  traitres,  Deu  mentis 

„com  estoies  por  lui  ounorés  et  siervis,  20 

„et  de  si  rices  fies  casés  et  enricis. 

„Gares"  t'avoit  doné  li  barons,*  les  lairis 

„et  trestoute  la  tiere  que  tint  li  dus  Betis. 

„tante  gent  as  hui  mis  en  duel  et  en  essis. 

„et  tante  veve  dame  en  pleurent  lor  maris  25 

„et  tante  boine  dame  en  ploreront  lor  fis. 

„par  toi  sera  li  maus  encore  revertis, 

„que  tu  seras  trovés  h  que  soies  fuis. 

„vis  seras  escorciés  et  sor  carbons  rostis 

„u  detrais  à  cevaus  u  à  coutiaus  mordria.  30 

„de  toi  ne  puet  caloir,  se  ta  muera  u  tu  vis, 

„quant  par  toi  muert  li  rois  qui  sor  tous  ert  eslis. 

»,par  lui  fust  tous  li  mons,  ains  vii.  ans,  esbaudis; 

„hui  partiras  les  hommes  que  me  sire  a  noris» 

„de  lor  Uge  signor,  sans  forfait,  dessaisis.  35 

„Alixandres,  de  toi  nos  ont  li  Deu  trais; 

i)  êor  faighé  éê  teiifAi>.    2)  m  fu'i7  fuêl  mpavris.    3)  Crmêtw. 
4)  Eêelavon.    5)  Oaàrtê.    6)  fuiê  et. 


TESTAMENT  DMLIXANDRB.  527 

„se  tu  peuises  vivre  sol  ii.  ans  aconplis, 
„ti]  fusces  vis  en  tiere  aourés  et  servis 
„et  te  fesisons*  temple,  auteus  et  crncefis.' 
„ Jupiter,  mult  par  ies  convoitons  et  salis,' 
„qni  les  mauvais  espargnes  et  les  bons  nos  ocis."*        5 
or  desist  jà  mervelle,  quant  il  fu  asalis,' 
quant  doi  autre,  gramare,  valore  et  eslis^ 
li  Génèrent  de  loig  que  trop  est  esbahis, 
quant  il  des  Dex  mesdist;  mult  a  le  sens  maris; 
F.  81*  jà  caist  jus  pasmés,  tous  est  esvanuis,      ^  10 

quant  Litonas  l'estraint  et  le  met  vers  sen  pis. 
lors  commence  teus  dious  et  si  fiers  ploreis, 
se  Dex  tonast  è  V  ciel,  ne  fust-il  pas  ois. 

1)  à  toi  fêêiêt'on,  2)  edêfis,  3)  faiUiê,  4)  trûiê.  5)  eseoeiiiê. 
6)  ^uani  ii,  mttreê  kon9  cUrc  li  ëont  devant  9<ùHiê  vers  lui  êont 
ttfroeiéëf  hUsmé  l'ont  et  Mis, 


REGRETS  DES  XII.  PËRS. 

Ci  «Ust  si  com  Alixandres  tflmt  en  bière  et  si  Ife^iune 

le  pleurent. 

Lejie  fu  pas  mervelle  se  cil  orenl  paour/ 
ki  voient  devanl  aus  jesir  mort  lor  signor 
et  si  ont  d'Aristote  grant  duel  et  grant  paour, 
que  il  voient  jesir,  pasmet  et  sans  coulour. 
or  desist  jà  mervelles  à  caus  ki  sunt  enter  5 

mais  li  sanglent'  li  tolent,  qui  ont'  pris  par  froidor. 
lors  se  sunt  acoisié  li  grant  et  li  menour. 
Eroenidus  se  drece,  ki  fu  fins  de  contour, 
quant  senti  de  Tespese  le  fumée  et  l'odor. 
lors  a  parlé  i.  poi  à  caus  qui  sunt  entour:  tO 

,Je  fui  jâ  connestables  au  roi  Machidonor 
„et  portai  en  bataille  .s'ensegne  et  s'oriflor 
„et  li  aidai  à  vaincre,  merci  Deu,  maint  estor. 
„ne  r  di  pas  por  vantance,  Deu  en  trai  à  autour, 
„que  li  rois  n'aroa  onques  chevalier  vanteour.  15 

,,princes  qui  vint  entrer  en  tiere  et  en  valor 
„doit  mettre  en  i.  proudome  son  conseil  et  s'amor. 
„encor  dist  ier  matin  li  rois  à  Lincanor, 
„quant  il  le  coronna  à  roi  d'Inde  majour, 
„que  le  bien  li  ensait  à  faire  cascun  jor,  20 

^chevaliers  à  amer  et  tenir  en  doucour. 
„hom  qui  conquerre  vint,  n'a  fioig  d'autre  labor. 
„puisque  tu  connistras  i.  homme  menteour, 
,,8i  t'eslonge  de  lui  que  d'un  fu  de  caut  four, 
„que  par  nature  sunt  losengier  traitour..  25 

1)  #*!/  orent  grant  doiov.    2)  êanglom.     3)  ^'i7  ot. 


RBORETS  DBS  XII.  PBRS.  529 

„se  tu  vois  soudoier  qui  entent  à  ounor, 
„si  en  fai  dont  i.  prince,  amiral  u  contor; 
„ne  laisier  en  soufraite  jésir,  ne  en  error, 
„que  povretés  est  pire  que  n'est  fièvre  langor. 
„garde  qui]  ait  en  toi  mult  large  douneor.  5 

„que  puis-jou,  Alixandre,  se  jou  por  ta  mort  pior, 
„que  litien  don  n'ayoient  ne  terme,  ne  soujor; 
,,ains  ierent  plus  isnel  que  li  toI  d'un  ostour. 
,,e!  mors,  dolante  cose,  dotante  riens  puor, 
„ne  crien  mais  ta  manace  le  noise  à  i.  tabor.  10 

„i.  '  sairement  en  fac,  ne  puis  faire  grignor; 
„par  le  cors  qui  ci  gist  desous  ce  couvretor, 
„puis  c'Adans  morst  le  pomme  par  consel  de  s'oisor, 
„n'oceis-tu  si  bon,  ne  sen  per,  ne  millour. 
„et  quant  li  Deu  ont  fait  de  toi  commandeor,  15 

„bien  en  doivent  li  autre  avoir  mult  grant  paor. 
„rois,  hui  laisies  vos  homes  en  duel  et  en  tristor 
F.  81®   „et  issi  esgarés  com  bestes  ssns  pastour. 
,Jà  ne  ferai  por  t'arme  proière  au  créator; 
„bien  sai  qu'ele  est  là  sus,  è  Y  ciel  supériour  20 

„ù  li  Deu  en  demainent  grant  joie  et  grant  baudor; 
„que  le  joie  de  toi  ont  mené  o  le  lour/' 

De  r  bon  roi  Alixandre  dont  tiere  est  orfenine 
et  li  gens  soufraitouse  et  de  tous  biens  frarine, 
m'estuet  ramentevoir  le  mort  et  le  convine.  25 

quant  li  rois  ot  conquis  le  tiere  Barbarine 
et  pendu  à  la  porte  le  duc  de  Balatine 
et  Babilone  prise  et  le  tour  gigandine, 
et  toutes  autres  tieres  mises  en  se  saisine, 
et  vint  Antipater,  à  le  cière  louvine,  30 

et  Divinnspater  qui  sot  bien  le  convine: 
mult  erent  plain  d'envie  et  de  mortel  haine 
li  cuvert  traiter;  par  une  orbe  rachine 
li  donnèrent  à  boire  le  puison  serpentine 
par  coi  le  gentius  rois  ot  le  mort  en  saisine.  35 

quant  voient  que  la  mort  li  cort  sus  aatine, 
fuiant  s'en  sunl  torné  par  deviers  le  marine. 
Alixandres  remest  gisant  sous  le  gordine; 

LI  RoQHiaiiB  d*AUiaBdr«fl.  ^^ 


530  REGRETS  DBS  XII.  PBRS. 

sour  lui  ot  estendu  une  porpre  sanguine^ 
li  mors  ki  riens  n'espargne,  le  jeté  sor  Teskine; 
11  cris  en  est  levés  en  la  sale  perrine. 
estrange  doel  en  maîne  li  gent  outre-marine; 
en  toute  Babilone  n'a  dame,  ne  mescine  5 

ne  soit  iii.  fois  pasmée  et  jetée  souvine. 
plus  de  m.  8*i  pasmèrent  en  la  sale  marbrine; 
li  xii.  per  dépècent  et  lor  barbe  et  lor  crine, 
mais  desor  tous  les  antres  s'ocist  et  parafine 
Dans  Clins,  li  fius  Caldui,  ki  fu  nés  à  Yalpine  10 

dont  ses  père  fu  rois  et  se  mère  roine. 
cil  le  plaint  et  regrete  et  sor  le  cors  s'acline; 
i.  petit  sousleva  le  grant  cote  porprine. 
„Aliiandres,  fait-il^  bons  rois  de  france  orine, 
^plains  de  toute  proecce  et  de  toute  doctrine,  15 

„mar  fu  votre  jovente  qui  si  trestos  define. 
nOnques  n'amai  tant  frère,  ne  cousin,  ne  cousine, 
„comme  votre  gent  cors  que  la  mors  entraine. 
„sire,  vus  me  désistes  en  le  grant  désertine, 
„le  jor  que  nos  fesimes  le  fu  por  le  vermine,  20 

„que  jà  nus  avers  rois  n'aroit  joie  entierine; 
„mais  or  puis-jou  bien  dire  que  barnages  acline; 
„li  biens  va  défalant  et  li  maus  s'aracine, 
„proecce  est  ceue  et  mavestés  cemine. 
„rois,  votre  bêle  cars  que  la  mors  entraine,  25 

„estoit  er  soir  plus  blance  que  n'est  flors  de  gaudine; 
„or  en  droit  est  plus  noire  que  n'est  pois  aremine.  ' 
„ore,  n'i  a  mestier,  came,'  ne  médecine; 
„li  mires  ne  venra  veoir  le  votre  orine. 
,»aYarise  et  largecce  corrent  par  aatine  30 

„et  muevent  à.esRiis,  mes  tous  siècles  destine. 
„largecce  est  vencue  si  que  mes  cuers  devine; 
„s'est  drois  puis  que  cil  muert  que  tous  li  mons  encline. 
„r(rtB,  vus  nos  douniies  vair  et  gris  et  hermine 
„et  por  nous  faire  rices,  prendiies  o  rapine  35 

„quanque  vous  trouvies  sor  le  gent  Sarrasine. 
-  „ciertes  or  m'en  irai  en  bos  u  en  gaudine, 
1)  êarramuê,    2)  ekarme. 


RBGRETS  DES  XII.  PBR8.  531 

,,enprès  ma  car  arai  vestue  Festamine; 
„ilueques  viTerai  d'erbes  u  de  rachine, 
F.  81'   ,,n'i  arai  compagnie  fors  de  le  saiivegine. 

„las!  por  coi  ne  me  prent  maie  mors  Sarrasinel 

„Dex  qui,  par  ta  merci,  fesis  plovoir  ferine  '        5 

„quant  li  fil  Israël  erent  en  le  gastine 

,,et  les  aloes  Mtes,  n'orent  autre  quisine, 

„prent  de  caus  la  ?enjance,  par  cui  no  joie  fine. 

„â  tort  suefre  li  rois  si  cmel  desepline.'' 

à  ce  mot  est  pasmés  sor  une  tainte  mine;  10 

au  redrecier  s'escrie  en  haut  comme  géline. 

de  son  mantiel  deront  toute  le  sebeline; 

tant  le.sace  et  detire,  ne  yaut  une  esclavine. 

à  ii.  mains  se  dépèce  et  se  face  esgratine, 

si  que  li  sans  vermaus  li  ciet  par  le  poitrine.  15 

le  dolor  que  domaine  por  le  roi  qui  termine. 

i  fist  le  jor  plorer  maint  fil  de  palasine. 

Apriès  Dant  Cb'n  le  conte,  li  dolors  renovele  ' 
Emenidus  li  fins,  Taumacor  de  Tudiele, 
qui  por  l'amor  aiDir  d'une  noble  puciele,  20 

combati  au  galant,  ens  esplains  de  Casiiele, 
tant  que  le  cuer  li  trait  par  desour  le  forciele; 
cil  regrete  Alixandre  et  doucement  Tapiele: 
„el  bons  rois  dçbonaire,  dolerouse  novele 
„nous  a  li  mors  donné,'  qui  6i  vos  amonciele.  25 

„sire»  tant  mar  i  fu  votre  bouce  li  bêle 
„qui  plus  souef  flairoit  que  mire,  ne  caniele. 
„hui  matin  ert  plus  fresce  que  n'est  rose  noTele; 
„rois,  or  est  perse  et  bloie  plus  que  sans  qui  faiele. 
„et  dehait  ait  li  mors  qui  devant  nous  flajele,  30 

„asses  vole  plus  tos  que  ne  fait  arondiele. 
,Je  quic  bien  que  li  mors  est  notre  suer  jumiele, 
„qui  onques  n*espargna  ne  maie  ne  fumiele. 
„les  ious  aves  crevés,  n'i  a  point  de  pruniele, 
„que  vous  aves  cangié  coroie  por  cordiele.  35 

yle  millor  prince  aves  abatu  de  la  siele, 
„qui  onques  escoutast  ne  harpe  ne  viele. 
„et  dehait  ai  li  cuers  qui  è  V  cors  ne  sautiele, 

34* 


532  REGRETS  DES  XII.  PBRS. 

,,quant  vus  en  tel  manière  tomes  votre  roiele. 

„proecce,  vus  donnes  et  malvestés  oisiele; 

,,hui  cest  jor  estes  mise  de  le  cuve  en  ouciele. 

„largecce  est  herbregié  et  mauvestés  angiele; 

,,or  sunt  li  xii.  per  en  malvaise  brandiele.  5 

„Dex!  |5or  coi  ne  me  pert  li  cuers  sous  la  mamele? 

,,s'or  avoie  i.  coutiei  à  trancant  alemiele, 

,Je  feroie  salir  de  roen  cors  la  boviele. 

„onques  mais  ne  fu  cuis  de  si  maie  estinciele. 

„Dex!  tu  ies  endormis  et  diables  reviele  10 

„et  por  monter  es  cius,  ses  angeles  atropiele, 

„quant  li  bons  rois  est  mors  qui  tout  le  mont   dansiele/' 

à  cest  mot  est  pasmés,  por  le  duel  ciet  à  tiere; 

à  i.  piler  se  hurte  de  lés  une  touriele, 

si  que  de  1'  nés  li  saut  de  sanc  plaine  escuiele.  15 

il  se  hurte  et  débat,  par  tiere  se  roiele; 

li  sans  li  bout  et  frit  comme  lais  en  paiele. 

devant  lui,  à  ses  pies  voit  jésir  une  astiele, 

jà  se  ferisl  è  Y  cief  desi  qu'en  le  cierviele, 

quant  tolue  li  a  li  princes  de  Niviele.  20 

Après  Emenidus  ki  fu  rois  de  Nubie, 
s'escrie  Perdicas  à  le  barbe  florie; 
ce  fu  des  xii.  pers  ù  li  rois  plus  se  fie. 
por  cou  qu'il  ert  hardis  et  sans  losengerie, 
F.  82*  li  douna  son  aniel  dont  mifint  orent  envie,  25 

com  li  avoit  donné  par  non  de  druerie 
Candase  la  roine,  quant  el  devint  s'amie. 
11  aniaus  valoit  bien  la  cité  de  Pavie; 
Perdicas  l'a  è  V  doi,  li  sires  d'Alenie, 
qui  si  detort  ses  dois,  por  poi  ne  lait  se  vie.  30 

as  pies  dou  lit  s'apuie,  si  durement  qu'il  plie; 
il  reviersa  le  pale  de  soie  d'Aumarie. 
quant  sentit  le  car  froide  qui  si  estoit  noircie, 
les  ious  è  1'  cief  tomes  et  le  face  enpalie, 
sacies  de  vérité,  il  n'a  talent  k'il  rie.  35 

de  le  dolor  k'il  a  piteusement  s'escrie: 
„Alixandres,  bons  rois,  sires  sans  couardie, 
„fontaine  de  largecce  et  puis  de  cortoisie, 


REGRETS  DES  XII.  PERS.  533 

„conblés  d'ensegnement  et  res  de  Tilonie; 

„hui  matin  avies-TUs^de  cest  mont  le  baillie, 

„roi8,  or  Taves  perdue  en  mains  d'eure  et  demie. 

„ne  sai  por  quel  raison  l'aves  si  tos  guerpie. 

„sire,  tcop  tos  vus  est  la  parole  falie;  5 

„li  mors  tus  a  soupris  qui  tus  destraint  et  lie; 

„en  poi  d'eure  tus  a  to  Uance  car  noircie. 

„rois,  c'or  parles  à  moi,  se  Dex  tous  béneie, 

„et  à  Totre  mesnie  qui  por  tus  est  marie. 

„por  coi  ne  V  confortes,  por  coi  l'as  en  haie?  10 

»,Toi8  com  est  esgarée,  Tois  com  est  esbahie; 

„onques  por  nul  damage  ne  fu  si  aboutrie. 

„rois,  jà  ne  l'aTies  tus  tant  doucement  norie, 

„d'armes  et  de  ceTaus  tant  ricemcnt  garnie. 

„ahi!  com  hui  remaint  de  bon  roi  désaisie.  15 

,,signor,  qui  me  dira  icou  que  senefie 

„qui  li  rois  ne  parole  à  celui  qui  li  prie. 

,Je  fait-il  par  orguel  u  par  le  mort  qui  V  lie? 

„ne  sai  que  ce  puet  estre,  ne  ne  sai  qu'il  me  die. 

„onques  mais  ne  fist  Dex  si  cruel  félounie.  20 

„encor  ier  me  dist-il  à  parole  sierie, 

,»au  matin,  ains  que  l'aube  se  fust  bien  esclairie, 

„qua  s'il  pooit  aToir  l  an  santé  et  Tie, 

„qu'il  donroit  Tholomé  le  règne  de  Sulie 

„et  le  feroit  signor  de  toute  EsclaTonie,  25 

„et  parla  mes  ases  de  sens  et  de  folie. 

„mais,  or  sai-jou  de  Toir,  qui  qu'en  plort  ne  qu'en  rie; 

, Jamais  n'i  parlerai  que  li  mors  le  me  nie, 

„et  dehait  ait  fortune  qui  si  me  contralie. 

„hui  cest  jor  m'a  esté  trop  cruel  et  euTie;  30 

^mauTCstés  esTillie  et  proecce  endormie; 

,,li  biens  Ta  descroisant  et  li  maus  monteplie; 

„or  ne  pris  mais  le  siècle  une  pume  pourie. 

„hui  cest  jors  est  perdue  toute  ccTalerie. 

„DexI  por  coi  Tif-je  tant;  maie  mors,  car  m'ocie.  35 

„par  foi  je  me  tuasse,  ne  m'en  tenisse  mie; 

„mais  mes  cuers  le  desfent  et  tient  à  couardie 

„et  fortune  meisme  qui  me  jure  et  afie 


534  RBGRBTS  DBS  XII.  PER8. 

„que  se  Dex  estoit  mors  et  sa  vie  finie, 
,, qu'il  aroit  après  lui  des  angéles  le  mestrie, 
„de  r  ciel  et  de  le  tiere  toute  le  signourie. 
„la8!  fait-il,  c/ai-je  dit,  c'est  rage  et  druerie." 
à  icest  mot  se  donne  de  V  puig  delés  Toie  ;  5 

sor  le  cors  ciet  pasmés  comme  beste  estordie, 
si  que  de  sanc  vermel  li  est  la  bouce  enplie; 
quant  Tholomes  Tendrece  qui  souef  le  casUe. 
F.  82^      Antiocus  fait  duel  si  que  tous  en  est  quas  ; 

rices  hom  est  et  sages,'  fins  le  roi  Cléofas.  10 

Antioce  fu  soie  et  Alape  et  Damas, 
et  li  acrut  son  fief  de  Tounor  de  Betas 
li  rois  qui  de  douner  ne  pooit  éstre  las, 
et  li  donna  la  tiere  de  Y  val  de  Josafas, 
le  rentes  et  le  treu  de  l'ounor  de  Bandas,  15 

et  le  cité  de  Meke  qui  fu  puis'  Goulias. 
tant  li  donna  de  tiere  li  rois  Macidonas, 
dont  mainte  arme  gregirent'  et  il  en  devint  qras. 
or  le  plaint  et  regrete,  mais  ce  n'est  mie  à  gas: 
„Alixandres,  fait-il,  biaus  sire,  tu  t'en  vas;  20 

„en  tel  lin  vas,  je  quic,  dont  jà  mes  ne  venras. 
„vers  nos  donnies  l'avoir  à  fuison  et  à  tas; 
„tost  sunt  li  xii.  per  de  1'  trot  venu  au  pas. 
„or  poons-nos  bien  dire,  Dexl  de  si  haut  si  bas. 
„onques  mais  ne  venimes  à  si  félon  trespas.  25 

„el  Dex  plains  de  doucor,  ki  toute  riens  crias 
„et  ki  Ix.  jors  de  ton  gré  jennas, 
„garis  l'ame  de  lui  de  1'  félon  Satanas, 
„qu'en  l'ostel  ne  le  metent  ù  conversent  li  las/' 
lors  dist  à  soi  meisme:  „caitis,  que  devenras?''  30 

et  fiert  i.  puig  en  l'autre,  descire  tous  ses  dras; 
de  crier  et  de  braire  et  demaine  tel  glas 
que  la  sale  en  tentist  qui  fu  faite  à  coupas; 
puis  ciet  pasmés  à  tiere,  dejoste  Perdicas, 
au  cuer  a  tel  angousce,  vivre  ne  quide  pas.  35 

Arides  se  conplaint  qui  est  cies  de  Seraine,* 

1)  e*eêi  un  dêê  xii,  férê,    2)  kê  fonda.    3)  ammgriièreni,    4)  eî  frmtU 
duél  ^n  demaine. 


RB0RBT8  DBS  XII.  PBRS.  535 

i.  gentîus  hom  de  Grese,  de  V  parenté  Elaine, 
por  cui  Paris  soufri  lonc  tans  dolor  et  paine. 
«  ele  ert,  ce  dist  Testore,  sa  cousine  germaine, 
biaus  ert,  mes  il  avoit  i.  iecce^  vilaine 
que  n'amast  nule  feme,  se  ne  fust  castelaine.  5 

onques  ne  vot  porter  armes  à  diemaine, 
ne  monter  sor  ceval  por  férir  à  quintaine. 
cil  regrete  Alixandre  et  grant  dolor  demaine: 
„*Alixandre,  dist-il,  bien  est  cose  certaine 
„que  de  toutes  proecces  esties-vus  li  fontaine;  10 

„de  toute  gent  estoit-il  li  tours'  soTeraine. 
„rois,  votre  bêle  cars  estoit  er  soir  plus  saine 
„que  n'est  marbres  polis  et  suef  comme  laine; 
„or  est  poignans  et  aspre  plus  que  n'est  pains  d'avaine. 
„de  votre  biele  bouce  n'istra  jamais  alaine;  15 

„bui  matin  ert  mervelle  com  se  fust  tainte  en  graine . 
,,or  est  descoulorée,  pale  et  vers  comme  raime. 
„sire,  vus  en  aies  là  ù  li  mors  vus  maine; 
,.gentius  rois  deboinaires,  en  peneuse  semaine 
^entrent  li  xii.  per  et  en  fort  quarantaine;  20 

„il  ont  hui  receu  une  mavaise  estraine. 
„nous  soliemes  parler  jadis  de  teste  saine, 
„mais  or  en  est  rompue  toute  li  mestre  vaine. 
„e!  Dex  qui  à  ta  forme  fesis  le  gent  humaine 
„et  garesis  Jonas  è  V  ventre  de  balaine,  25 

„prent  venjance  de  caus  par  cui  me  joie  est  vaine 
„et  trébuce  lor  armes  en  le  tiere  soutaine.'' 
à  icest  mot  se  pasme  desor  i.  lit  d*ébaine 
tant  forment  que  li  nés  et  li  bouce  li  saine,- 
si  que  Tuns  des  pecons  li  est  férus  en  Faine.  30 

Tholomes  li  vaillans  de  V  conforter  be  paine 
et  lui  et  tous  les  autres  dont  li  sale  estoit  plaine. 
Mult  fu  grans  li  dolours  è  V  palais  de  porfire; 
F.  82®  entour  le  bière  sunt  li  xii.  per  à  tire. 

Liones  a  tel  duel,  à  poi  n'esrage  d'ire;  35 

frères  fu  Perdicas  qui  fu  nés  à  Montire. 
por  le  mort  Alixandre  piteusement  sospire 
1)  iace.     2)  ia  votr^ 


536  REGRETS  DBS  XII.  PBRS. 

et  escaufe  d'angosse  et  remet  comme  cire; 

à  haute  vois  escrie:  „Alûandre,  biaus  sire, 

„onques  mais  ne  vos  pot  nule  riens  desconfire, 

„fors  solement  le  mort  que  nului  ne.  remire. 

„de  garir  ceste  plaie  n'ara  mestier  mire.  5 

„le  toie  grant  largecce  ne  pot  onques  escrire' 

„nus  clercs,  tant  fust  maniers  de  canter  nei  de  lire, 

„neis  tant  seulement  retenir'  le  matire. 

„le  mont  aves  guerpi,  par  dolerous  martire; 

„ainc  ne  vosis  à  homme  ton  avoir  escondire;  10 

„rois ,  tu  les  entosciés ,  ne  pues  avoir  remîre. 

„largecce  voi  plorer  et  avarise  rire; 

„cele  ki  soloit  iestre  li  miudre,  est  or  li  pire. 

„li  mors  trop  me  délaie,  trop  met  à  moi  ocire; 

„à  tort  et  à  pecié  me  fait  à  tort  defrire,  15 

„e.t  le  cuer  et  le  sanc  me  fait  ensamble  frire.'* 

lors  desront  son  bliaut  et  en  maint  liu  descire; 

sa  main  met  à  sa  barbe,  toute  le'  sace  et  tire. 

ancois  que  il  le  lest,  en  sunt  c.  plais  à  dire. 

As  pies  roi  Alixandre,  devant  ses  autres  Gris,  20 

jà  desront  ses  ceviaus  et  depecce*  son  vis 
Caulus,  i.  darooisiaus,  ses  pères  fu  roi  mis;^ 
nés  estoit  de  Milette,  si  fu  frères  Biblis 
qui  por  le  fol  orage ^  qu'il  avoit  en  lui  mis, 
s'en  isi  de  vergogne  et  guerpi  son  pais.  25 

au  bon  roi  Alixandre  ala  servir  mains  dis, 
et  li  rois  l'ama  mult  et  mult  fu  ses  amis; 
por  cou  que  le  vit  sage,  cortois  et  bien  apris, 
*avec  les  xii.  pers  Tôt  Alixandres  mis. 
*li  Grijois  l'apeloient  Dant  Caulus  Ménalis  30 

*^por  cou  que  li  bons  rois  li  avoit  jà  promis, 
quant  il  aroit  de  Roume  le  roiaume  conquis, 
qu'il  li  dont  oit  Melan,  le  jor  k'il  l'aroit  pris, 
et  se  il  se  tenoit  de  riens  à  mésaisis 
se  li  croistroit  encore  Monjoie  et  Moncesis,'*  35 

Versaus  et  Meroje®  et  Aoste  et  Thoris" 

1)  fiif#  Aofli  dMcrirê.     2)  rêiêniêt.     3)  eêtraiî  et,     4)  esp-oU.    5)  fiuê 
U  roi  MaiêHê,     6)  eorag$.     7)  âionjû  et  IfloMeniê.    8)  Yvorie.     9)  TigHé. 


RBQRETS  DBS  XII.  PBRS.  537 

et  trestoute  la  tiere  isi  corn  le  devis; 
coroner  le  cuidoit  à  le  feste  Joris. 
„elas!  dist  11  valles,  que  fera  cis  caitis? 
„puis  k'issi  de  ma  tiere  exilliés  et  fuitis, 
„me  douna  plus  mes  sire  qui  ert  posteis,  5 

„rouge  or  et  blanc  argent  et  bons  cevaus  de  pris 
„que  n'ot  Leomédon  ki  estoit  à  Paris/ 
„ahi!  rice  conpagne,  com  à'  duel  départis; 
,,com  sera  grans  mervelle,  se  i.  en  estoit  vis. 
„mors,  mult  fesis  que  foie  quant  si  tos  l'oceis;  10 

,jà  mais  n'eres  doutée,  tos  tans  sera  plus'*  vis. 
„or  as  fet  ton  pooir,  ne  nos  puet  faire  pis; 
,,estaint  as  le  lumière  dont  li  mons  ert  espris; 
„8olaus  mult  fesis  bien  quant  tu  en  oscuris, 
„por  le  mort  Alixandre  que  veir  ne  peuis.  15 

„mult  feras  que  cortois,  se  jamais  n'esclarcis; 
„anque  nuit  se  pora  bien  vanter*  Paradis 
„c'onques  mais  si  bon  oste  n'ot  en  son  ostel  mis. 
„grant  doel  doivent  mener  Clotos  et  Lachesis; 
„or  pueent-il  bien  dire  que  ronpus  est  li  fil*  20 

„dont  trestous  li  mons  ert  et  cainglés  et  porpris. 
„ahi!  rois  Alixandres,  france  cose  gentis, 
„humles  et  frans  et  larges,  à  tous  bien  ademis, 
F.  82*   „com  voi  ore  torblés  les  ious  de  votre  vis 

„et  celé  bêle  bouce  dont  ains  n'issi  faus  ris.  25 

„se  fuscies  coureciés,  ains  que  fust  miedis, 
„toute  crollast  la  tiere  dusc'à  V  flun  de  Gangis, 
„n'osasent  avant  corre  Ëufrate,  ne  Tigris. 
„encor  dist  ier  mes  sire,  ains  que  fust  si  souspris, 
„que  jà  nus  avers  rois  ne  seroit  en  grant  pris.®  30 

„sire,  tu  donnas  tout,  que  riens  ne  relenis; 
„ain8  euses  donné  v.  roiaumes  u  vi. 
„que  i.  bien  rices  hom  n'eust  i.  manliel  gris. 
„ounor,  sens  et  largecce  avoient  en  vus  mis 
„lor  cuer  et  lor  entente  à  vus  servir  tous  dis;  35 

„hom  qui  tel  conseil  a,  ne  pot  eslre  mendis. 
1)  ki  être  en  du  paie,    2)  à  fuel.    3)  nUê,    4)  m'ara  kien  vmnter 
êûint.     5)  fie.    6)  n'eniroU  en  ffaradie. 


538  RBGRBTS  DBS  XII.  PBRS. 

„Dexl  mult  es  envious,  quant  tu  le  nos  tolis; 
,,mult  as  sage  conseil  quant  à  ton  oes  le  pris. 
,,esgarde  ciel  et  tiere  et  quan  que  tu  fesis; 
„onques  mais  tel  damage  è  V  monde  ne  mesis, 
„ne  si  rice  trésor  à  ton  es  ne  presis.  5 

,,por  c'est  li  remanans  corecous  et  pensis. 
,Joie,  tu  Tamas  mult,  que  aine  ne  le  guerpis; 
„ya-t-ent  ensamble  o  lui  es  cans  Elixeis 
„qui  tout  sunt  paint  de  flors,  de  roses  et  de  lis/' 
jà  li  baisast  les  pîés,  desous  les  pales  bis,  10 

mais  l'un  tient  Tholomé  et  li  autres  Dans  Clins. 
Lincanor  li  marcis  tort  ses  mains  et  débrise; 
c'est  i.  des  xii.  pers  ki  durement  se  prise, 
nés  estoit  de  le  marce  qui  départ  et  devise 
le  tiere  as  Barbarins  qui  d'autre  part  est  mise.  13 

onques  miudres  de  lui  ne  nascui  de  marcise; 
vestus  fu  de  bissarde,'  ouvrés  à  grant  mestrise; 
mantiel  ot  de  samis  à'  une  penne  grise, 
vers  le  bière  se  trait  por  le  duel  ki  l'atise 
et  sousleva  le  pale  ki  tenoit  grant  porprise.  20 

quant  il  Tôt  descouvert,  sans  cilleter  l'avise; 
gentement  le  salue  quant  s'alaine  ot  reprise: 
„rois  tleriiens,  qui  aine  n'amastes  couardise 
„ne  de  mauvesté  faire  talent,  ne  convoitise; 
„jamais  ne  sera  hom  de  la  votre  francise.  25 

„la  toie  grant  largecce  ne  pooit  estre  esquise, 
„que  ains  que  tu  cuises  le  rikecce  conquise, 
„ravoies-tu  donnée,  biaus  sire,  u  promise. 
„bien  ont  li  xii.  per  enploié  lor  devise; 
„cescuns  en  a  è  1'  cief  corone  d'or  asise.  30 

„ne  fust  pas  teus  damage,  se  tote  fust  ocise 
„toute  li  gent  ki  erl  entre  pool  et  bise, 
„com  de  loi,  biaus  dous  sire,  qui  es  mors  à  tel  guise. 
„ahi!  trestoute  France,'  com  or  estes  malmise, 
„avarise  commence,  largecce  à  tiere  est  mise  35 

„et  morte  est  comme  nois  contre  solel  remise. 
,Jà  Dame  1'  Deu  ne  place  que  je  soie,*  ne  gise 
1)  tUaspré,     2)  eL     3)  eevaUrie.     4)  m  bel  lin. 


RBGRETS  DES  XII.  PERS.  539 

„dusque  j'aie  de  caus  haute  venjance  prise, 
„par  coi  te  gens  est  torble  et  de  dolor  esprise. 
„trop  estoient^  félon  et  de  grant  cuvertise,' 
„quant  il  osèrent  onques  faire  si  grant  mesprise. 
„ciertes,  se  les  puis  prendre,  j'en  ferai  grant  justice,     5 
„que  on  en  parlera  dusc'a  V  jor  de  V  juise. 
„que  fait  ore  diables,  quant  le  col  ne  me  brise?" 
à  cest  mot  ciet  pasmés  sor  une  pie.re  bise, 
si  que  li  cuirs  du  front  en  iiii.  lius  li  brise, 
se  fust  iii.  fois  plonciés  en  Tiave  de  Tamise,  tO 

F.  83*   ne  fust -il  plus  mouillés  que  fu  sous  le  cemise 

de  r  sanc  qui  à  val  coule,  vermelle  comme  cierise. 

il  ne  desist  i.  mot,  por  tout  l'avoir  de  Pise. 

à  tous  caus  qui  le  voient,  teus  pités  en  est  prise, 

n'i  a.  celui  ne  plort  tenrement,  sans  faintise.  15 

Philotes  est  levés  tout  droit  en  son  estage; 
plus  sage  chevalier  n'avait  en  son  lignage; 
frère  fu  Lincanor  qui  tant  ot  vaselage. 
cil  regrete  Alixandre  forment  en  son  langage: 
„Alixandres,  fait-îl,  frans  rois  de  bon  corage,  20 

,Jamais  ne  sera  hom  qui  demaint  tel  bamage. 
„n'avoit  boine  cité  dusqu'en  le  tiere  ombrage, 
„tour,  vile,  ne  dognon,  ne  fort  castiei  marage 
„dont  li  rois  et  li  prince  ne  t'aient  fet  homage; 
„trestout  t'obéissoient  et  faisoient  homage.  ^  25 

„sire,  à  vus  repairoient  et  privé  et  ombrage* 
„vus  n'escondisies  mie  ne  le  fol,  ne  le  sage, 
„ancoi8  lor  donies-vus  l'avoir  de  bon  corage. 
„tout  aves  desparti,  neis  votre  iretage; 
„onques  ne  retenistes  vaillant  une  cartage.^  30 

„en  vous  et  en  largecce  avoit  bon  mariage; 
„onques  ne  le  tenistes  i.  jor  en  sognetage. 
„or,  estes  desevrés  par  tort  et  par  outrage; 
„neis  Dex  ne  poroit  recouvrer^  ce  damage. 
„onques  mais,  ne  venimes  à  si  félon  pasage.  35 

„or  vous  estuet  ci  mettre  et  laisier  en  ostage 

I)   par  furent.     2)   covoiiiêe,     3)  êêrvagê,     4)  êahagê.     5)  /•  vaior 
d'un  fromage,     6)  restorer. 


540  REGRETS  DBJ^  XII.  PER8. 

„votre  cors,  biaus  doas  sire,  n'i  lairons  autre  gage. 

„geDtius  rois  Alixandres,  mais  Dex  point  n'a  souage, 

„que  je  voie  esforcier  le  périllous  orage 

„qui  tout  le  mont  metra  à  dolor  et  à  rage. 

„e  Dexl  qui  as  Ebrius  passa  le  mer  sans  nage,  5 

„quant  li  rois  Faraons  les  cacoit  le  rivage; 

„rame  de  mon  signor  commande  tel  mesage 

„que  au  jour  dou  juise  soit  a  le  destre  page." 

lors  a  si  grant  dolor,  por  i.  poi  que  n'esrage; 

dou  plorer  k'il  a  fait,  tous  li  cuers  li  folage.  10 

onques  por  Ëneas,  quant  issi  de  Cartage, 

qui  par  le  mer  salée  aquelli  son  volage, 

ne  démena  te]  dol  Dido  au  cuer  volage, 

com  Philotes  demaine  ki  se  -hurte  à  Testage. 

Aristes  fait  tel  doel  as  corons^  de  le  bière  15 

et  regrete  Alixandre  à  le  hardie  chière: 
„sire,  vus  estiies  de  tout  le  mont  lumière' 
„qui  plus  resplendîsoit  que  solaus,  ne  verière. 
„à  nuit  sonjai  i.  sonje  d'une  estranje  manière, 
„que  dedens  Babilone  sordoit  une  fumière  20 

„qui  tout  le  mont  couvroit  et  devant  et  derière. 
„rois,  c'est  senefiance  de  le  gent  losengière 
„qui  par  mort  t'a  conquis  et  mis  en  la  pantière. 
„des  signors  tieriiens  porties-vus  le  banière, 
„tous  jors  au  grant  besoig  t'ensegne  le  première  25 

„et  en  le  grande  prese  faisoit  onple  carière, 
„si  que  sour  autre  estoile  luist  l'estoile  bonière; 
„si  ert  sour  toute  gens  le  toie  baude  et  fière. 
„tu  me  desis  ier  soir,  quant  venis  de  rivière, 
„que  trop  faus  ert  qui  croit  fause  gent  losengière,       30 
„ne  rois  qui  a  mesnie  vilaine  et  losengière;' 
„mais  mult  tos  le  délaie  et  si  se  traie  arière. 
„ahi!  dame  fortune,  tant  estes  novelière 
„et  de  griint  vilonie  faire  à  gent  costumière. 
F.  83^   „rautre  jor  esties  vers  nous  large  et  plenière,  35 

„or  estes  devenue  escarse^  et  menuière. 
„largecce  est  mise  en  pot,  avarise  en  caudière; 
1)  au  kavêt,     2)  jugière,     3)  mai  parlièrê.     4)  avtrê. 


RBGRETS  DBS  XII.  PBRS.  541 

^mauvestés  en  cemin  et  proecce  en  ordîère; 

,Jamai8  ne  n'ert  jetée ,  ne  n'ert  qui  le  requière. 

„rois,  tant  bons  chevaliers  seoit  ier  en  caière 

„et  ot  or  et  argent  et  rice  sarpillière 

„et  se  gisoit  sor  cote  et  à  rice  fouière,  5 

„qui  por  te  mort,  biaus  sire,  gira  en  sa  litière.'' 

lors  dist  entre  ses  dents:  „niale  mors,  car  me  fiere; 

„mult  feroit  que  cortoise  s'ele  ooit  ma  proière.'' 

à  cest  mot  ciet  pasmés  de  lés  une^  masière 

si  que  ne  pot  aler  ne  avant  ne  arière;'  10 

lors  descire  d'angouse  se  vesteure  cière; 

le  jor  Tavoit  vestue  tote  nueve  et  entière. 

Antiocus^  le  plaint  qui  grant  dolor  endure, 
ki  se  barbe  desront  et  se  caveleure. 
„Alixandres,  fait-il,  grant  cors,  bêle  faiture,  15 

„hardis,  cortois  et  sages  et  plains  de  grant  mesure, 
„bons  rois,  tout  sans  orguel  et  sans  entrepresure. 
„mar  fu  votre  gens  cors  qui  gist  en  sépulture; 
„votre  coulors  ert  ier  et  clere  et  fresce  et  pure 
„plus  que  rose  en  espine,*  or  est  d'autre  tainture,       20 
„qu'ele  est  et  pale  et  noire  et  durement  oscure. 
„grans  peciés  et  grant  perte,  povretés,  grans  ardure 
„est  hui  venue  en  tiere  et  grans  desconflture. 
„qui  or  a  teus  mantiel  de  pale,  vesteure, 
„qui  ara  toute  noire  et  desour  cape  bure  25 

„et  cevaucera  trot  à  povre  afeutreure. 
„à  plus  de  c™-  homes  trouvies-vous  vesteure, 
„or  et  argent  et  dras  et  cevaus  et  peuture; 
„n'ert  hom  itant  hardis,  por  nule  forfaiture, 
„qui  tosist  au  menor  vallant  une  cainture.  30 

„mais  Dex!  por  quel  raison  nos  défoule  aventure? 
„*  n'est  pas  li  hom  bien  sages  qui  en  li  s'aseure, 
„que  quant  il  se  portome,  le  droit  à  tort  mesure. 
„li  siècles  est  cangiés  et  tous  se  desnature. 
„or  venront  cil  avant  qui  prisent  anseure;*  35 

„douneor  seront  coi,  plus  c'oisiel  par  froidure. 

1)  f«r  daléê  /«.    2)  lever  d'une  hée  entière,     3)  AnHgomuê.     4)  ia 
rose  en  91m.    5)  U  presieur  à  usure. 


542  REGRETS  DBS  XII.  PBRS. 

„largecce  est  enfremée  sous  une  couvreture; 

„le  clef  a  avarice  qui  mult  s'aflce  et  jure. 

^jamais  ne  n'ert  jetée,  tele  est  la  frenaeure. 

„Piere8  de  St.  Cloot  trueve  en*  escriture, 

„que  mauvais  est  li  arbres  dont  li  fruit  ne  meure,  5 

„ne  dedens  lait'  à  cien  jamais  querroit  ointure. 

„je  r  di  por  les  ii.  siers  de  maie  painteure. 

„que  à  tous  esgarés  iert  castiaus  et  clostenre 

,»et  à  trestous  fruileus,  buisons  et  couverture. 

„Dex,  qui  Adam  formastes  à  le  votre  faiture,  10 

„ne  soufres  que  s'envoisent  li  traitour  parjure; 

„mais  ramenes-les  nous  tous  ii.  grant  aleure, 

„tant  que  soient  destruit,  que  lor  vie  est  trop  dure. 

„ahi!  mors,  car  m'ocis  que  de  mère'  n'ai  cure." 

lors  desront  son  bliaut  et*  pointes  et  costure  15 

et  ciet  pasmés  à  tiere  desour  le  paveure. 

Mult  fu  plains  Alixandres  li  rois  de  ses  barons, 
de  Suliens,  d'Ermins,  de  Persans,  d'Esclavons; 
neis  cil  le  regretent  d'estranges  régions 
qu'il  ot  fait  maintes  fois  grans  persécutions.  20 

de  paumés  estoit  toute  joncié  li  maisons; 
deseure  tous  les  antres  le  plore  Pestions. 
F.  83^    cil  fu  plus  ses  privés,  si  que  nous  devinons, 
c*onques  n'avoit  esté  Tholomes  ne  Clincons. 
por  quant  se  n'est-il  mie  des  xii.  conpagnons ,  25 

mais  en  enfance  avoit  esté  ses  norecons. 
au  cavet  de  le  bière  se  met  à  jenellons 
et  regrete  Alixandre  ne  mie  à  consillons. 
„Alixandre,  fait-il,  li  sires  des  grifong, 
„conquerere  d'ounor,  de  tors  et  de  félons;*  30 

„com  est  par  votre  mort  et  cius  et  airs*  ombrons. 
„li  oisiel  s'atapisent  et  abaisent  lor  sons, 
„que  DOS  aves  laisiés  en  grant  torblations, 
„et  par  les  traitors  qui  fisent  les  puisons 
„dont  en  tiere  est  venue  si  grans  confusions.  35 

„onques  teus  chevaliers  ne  cauca  esporons; 

1)  iignor,  ii  êa$eê  dii,  si  est  en  f.    2)  ja  en  M,     3)  de  vivre  mune. 
i)  en,    5)  teree  de  félon.    6)  terre. 


REGRETS  DES  XII.  PERS.  543 

,Je  ne  vus  puis  aidier,  ne  douner  gansons. 

„sire  Dex,  quel  damage  et  quel  destrutions, 

„quaiit  li  rois  est  matés  par  ii.  de  ses  poons; 

„mais  autre  i  mesprisent  k'il  i  ot  traisons. 

„gentius  rois  Alixandres,  habondance  de  dons,  5 

„aînc  amer  ne  vosis  traitours  ne  larrons; 

„mais  qui  servir  vus  velt,  ne  Y  fit  mie  en  perdons, 

„que  plus  que  ne  servoit,  estoit  se^  guerredons. 

„ahi!  rois  Alixandres,  à  quel  doel  départons; 

„je  m'en  vois  après  vus,  li  mors  m'en  a  semons:  10 

,Jou  irai  volentiers,  ne  querrai  occoisons." 

lors  desront  ses  ceviaus,  se  barbe,  ses  grenons, 

que  toute  en  est  sanglante  se  bouce  et  se  mentons. 

au  dolouser  k*il  fist,  issi  com  il' est  Ions, 

en  travers  de  la  bière  cai  à  ventrillons.  15 

Tout  par  devant  le  roi  pleurent  li  xii.  per; 
il  ne  peuent  entr'aus  le  dolour  oublier 
que  il  font*  en  la  sale,  ki'  les  oist  crier 
et  lor  ceviaus  deronpre  et  lor  bras .  détirer  ; 
aine  n'en  i  ot  i.  seul  qu'en  estent'  pasmer.  20 

quant  il  sunt  redrecié,  "ki  les  veist  plorer 
et  détordre  lor  puins  et  lor  ceviaus  tirer, 
le  roi  et  se  proecce  forment  à  regreter: 
„ahi!  gentius  rois,  sire,  ù  porons  nous  aler? 
„puisque  vous  estes  mors  que*  savons  ù  aler.^  25 

,Jamais  ne  nestra  hom  qui  tant  face  à  loer 
„ne  si  seust  proudome  servir,  ne  ounorer." 
*par  matines  à  l'aube,  quant  il  dut  ajorner, 
le  roi  ont  fait  ouvrir  et  l' entraille  gieter; 
ricement  en  ont  fait  le  cors  enbausemer  30 

*que  jamais  poreture  n'i  pora  adeser. 
*en  i.  cier  drap  de  soie  que  le  fist  présenter 
*Candace  la  roine,  quant  vint  à  li  parler, 
•firent  le  roi  encoudre  et  bien  enveloper. 
li  Grijois  le  voloient  en  lor  tiere  porter;  35 

nesuns  de  tous  les  «utres^  ne  1'  volrent  créanter; 

1)  qui  là  fitsL    2)  #i.    3)  qui  n'estut.    4)  ne.    5)  iomer.    6)  mes  li 
roi,  ne  H  prince. 


544  REGRETS  DES  XII.  PBRS. 

iluec  en^  Babilone  le  firent  ariester.' 

Antiocus  fu  sages,  si  prist  à  sermoner: 

„8ignor,  ne  vus  caut  mie  à  tencier  n'a  coser, 

„que  aler  en  copient  as  Dex,  por  demander 

„en  quel  liu  li  voiront  sépulture  douner."  5 

—  faites  ensevelir,  cou  a  dit  Tholomes, 
„puis  après  prenderons  conseil  de  TenUerer" 

Au  sevelir  Alixandre  ol  dolour  démené; 
par  tous  ces  lis  se  pasment  cil  chevalier  navré 
et  li  autre  se  sunt  ë  Y  palais  aune.  10 

plus  de  vii^-  s'en  sunt  sor  le  marbre  pasmé; 
et  quant  il  se  redrecent,  si  l'ont  tant  regreté. 
„Alixandres,  bons  rois,  tant  mar  nos  fumes  né; 
„le  votre  granl  proecce,  ne  le  votre  bonté 
„ne  poroit  mais  avoir  nus  hom  de  mère  né.  15 

F.  8%S'  t^quel  part  porons  fuir,  caitif  maleuré? 
„elasl  com  remanons  de  signor  esgaré.'< 
toute  nuit  l'ont  gaitié  et  plaint  et  regreté;^ 
au  matinet  à  l'aube,  quant  il  fu  ajorné 
droit  au  temple  Jovis  sunt  trestout  asanblé;  20 

par  le  conseil  Clincon  et  par  le  Tholomé 
ont  fait  jeter  i.  sort  ù  il  ert  entière. 

Droit  au  temple  Jovis,  si  com  l'estore  crie, 
ont  fait  jeter  i.  sort,  par  mult  très  grant  mestrie. 
iluec  ot  une  ymagene,  de  fin  or  fu  plastie,^  25 

et  fu  desour  l'autel  toute  droite  establie. 
une  vois  en  issi  ki  mult  fu  bien  oie: 
„Griu  et  Macidonois,  vus  ne  renmenres  mie; 
„ne  jà  mais  Babilone  ne  n'ert  de  lui  saisie. 
„en  le  gent  Alixandre  ert  sa  cars  sevelie^  30 

„là  ara  sépulture,  Jupiter  le  nos  crie.'' 

—  par  foi,  dist  Tholomes,  }k  ceste  n'iert  guencie; 
,Jà  sera-il  porté,  se  puis  avoir  aie." 

et  Dans  Clins  il  a  dit:  „ne  vus  en  faurai  mie." 

„Signor,  ce  dist  Dans  Clins,  et  conunent  le  ferons?"  35 
et  dist  Antiocus:  „mult  bien  le' conduirons; 
„sour  i.  car  tout  d'or  fin  ricement  l'enmenrons. 
1)  car  iêd0M.    2)  vaurent  êntêrer.    3)  kaêtie. 


RBGRBT8  DBS  XIL  PBRS.  545 

,,li  ceval  li  trairont  et  nous  après  irons/' 

et  a  dist  Tholomes:  „8e  Deu  plest,  non  ferons; 

„nou8  meismes  as  cos  ciertes  le  porterons* 

„et  li  ferons  ounoar,  itant  corn  nous  porons, 

„que  jamais  en  no  yie  si  bon  signor  n'arons.  5 

„il  nous  a  mult  amés  et  dounés  rices  dons; 

,,et  co  soit  ores  chi  li  premiers  gueredons/* 

—  par  foi,  dist  Aristes,  cou  est  drois  et  raisons. 

^faites  faire  le  bière,  si  nous  apparillons, 

„et  cauces  grant  sorles,  à  tous  les  esporons;  10 

„yu8  ares  bone  aide  des  xii.  conpégnons/' 

Une  litière  firent  mult  tos  aparillier; 
li  limon  de  ciprès  por  le  suef  flairier, 
les  espondes  d'iyore,  li  pecoul  d'olivier, 
i.  rice  lit  ont  fait  por  Alixandre  coucier;  15 

de  cote  et  de  cousins  le  font  aparillier 
et  le  coeyrent  deseure  por  le  «calor  laisier. 
caignent  ans  et  s'estorcent  trestout  li  chevalier; 
onques  n'i  ot  ronci,  palefroi,  né  destrier, 
que  por  l'amor  le  roi  furent  tout  peounier.  20 

à  cescune  jomée  le  firent  bien  gaitier; 
onques  ne  porent  plus  en  vi.  jors  esploitier, 
en  Alixandre  vinrent  au  sieme  jor  entier, 
or  devons  de  V  sépucre  le  vreté  deraisnier; 
des  autres  puet-on  bien  conter  et  fabloier,  25 

li  i.  sunt  véritable,  li  autre  mencognier; 
i.  tout  seul  ne  pot-on  envers  celui  prisier. 
s'or  erent  asamUé  trestout  icel  ouvrier 
qui  or  sunt  en  cest  mont,  por  lor  puig  demander, 
ne  feroient  autel,  bien  le  puis  aficier.  30 

Tholomes  le  fist  faire,  qui  le  roi  ot  mult  cier; 
il  le  fist  faire  asses  plus  hautement  drecier 
que  ne  poroit  traire  i.  ars  d'arbalestrier. 

Onques  n'i  ot  quarel,  ne  piere,  ne  ciment; 
ne  n'i  ot  point  de  fust  que  n'en  convint  noient.  35 

une  carée  d'or  et  autretant  d'argent, 
et  firent  ausi  mohre  com  se  fust  bon  forment, 
le  marbre  fisent  mettre  avoec  tout  ensement; 

U  RoiiMBf  rAlixaadrt.  36 


F.  84*  le  blanc  et  le  ^èrmel  i  misent  etiseitietfitç      ' 
et  le-Teit  et  le  bis^  trestoul  jnrikèment»,  :   : 
iiii.  ymages  é'iyore  knelent  è  r  fmdeiiieiit: '•:    ' 
et  ot  cesome  tiesle^  pir  le  mien  eniieiit. 
iluec  fu  «ommeaeié  l^uevre  masieemotit;'''  •  •< 
M  poure  fii  fondue  à  ghi  mult  mettMmini 
une  vote  t  «ni  faite  avorter  li  parent;* 
i.  estage  de  ier  par  i.  bu  i-deacent; 
issi  com  Taevre  mmite^là  sus  aa  fier  ae  prentv 
è  r  premerain  estage  ftirent- fenestivs  £.       -  10 

quant  une  moitiés' oeuTre  et  l'autre  doi  à- 1' vent.-, 
les  fenestres  saut  fsiles  de  le  pel  dHm  serpent; 
quant  yiçnt  è  V  mois  de  Mai  que  li  solaiks  mpleM, 
très  par  mi  eele  pôele  ses  rais  laiena  estent»    *  < 
que  li  piaus  est  si  clere  que  rîcfis  ne  li  de^sfent*;  15 

et  por  For  qo'est  aioMiM,  quifot'il  ie  solil  ^eift,  * 
est  aris  qui  1'  esgarde^'  à  trest<mt&  la  gent; 
que  ce  soit  fus  espHs  li  si  grant  clarté  rent 

La  piraraide  an  roi  fn  tnnll  et  granë  et  lée,       ' 
et  fu  là  ans  à  mont  isSi  en  haut  levée,  20 

nus  hom  ne  trairait  plus  4|Qarid  d'érbalestnbe;- 
por  cou  (fM)  .en  ^hqois  pîramide  apieiée^     ' 
que  d'une  sente  piere  fn  toute  aoo«ifetée;       /    ■ 
celé  fu  d'annaDiv  si  fa  en  ier  sandée  '    > 

et  ot  X.  pies  de  h»c»  isi  fu.  mesurée*  25 

li  cars  roi  Atfiandre  fit  là  dedens  posées 
U  lame  de  desus  fu  mnlt  deraestée;:  >     >    * 

Tholomes  i  doona  d'aigent  tîoe  carée,^ 
pais  a  pris  un  yoiage  ie  fe  ortrtsjetélt;  • 

ens  è  r  puig  U  ont  mis  tme-pilme  dcnréei  30 

li  pume  fd  a  ghi  Bor  le  lame  fondée; 
jamais  ne  kerà  jus  poar  vent  ne  por  gielée.  - 
li  oel  sunt  de  topasse  »  d'or  est  enluniiDée; 
tout  issi  com  jt  l'ai  en  l'estûre  tronvée. 
s^or  estoil  me  raiseos  oie  et  ascoùtée,  35 

jà  diroie  en  rodmans,  jà  ne  tus  6rt  odée. 
C'ert  rhniige^  le  roi,  qui  ilneo  desone  giit, 
1)  CeU  ymûffé. 


BmGXIElWDEBJSl  PBR8;  Mf. 

isi  nos  det^sa  dl  ki  i'estore  fièt; 

Tholomes  Tenngoà  à  celui  ki  Tescrist. 

li  pumiaus.^owi  reons  que  il  è  T  piig  li  eiist: 

si  est  li  mon»  reons  c/Alixandres  eonqnist. 

maint  prinoe:  en  afola  et  maint  rot  en  malmîst»  5 

et  quant  il  ot  taoft  tait,  'se  corn  l'estore  dist, 

d'armes  ne  pot-morir,  mais  que  venins  rocist 

Mors  est  rois  Alizandres  et  à  sa  in  aies; 
mult  fu  de  ses  barons  et  plain»  et  regretés. 
'  -        en  Uute  piramide  lu  bien  par  droit  lerés  ;  10 

se  com  Testore  diët  et  ce  fù  rérités, 
se  il  fu  crestietts>  ains  téiw  rois'  ne  fn  nés, 
si  cortois^  ne  si  larges,  «i  éages,  si  menbpés. 
si  n'avoit  qoe  z.  ans  quant  il  fo  adobés, 
et  qvani  il  en  ot  xx.  si  fu  rois  oorouéa,  15 

et  xii.  régna^l,  iteùs  fu  ses  aés, 
si  que  de  tout  le  mont  estoit  sires  clamés. 
nequedcflDit  ces  xii.  ans  fist-il  xii.  cités, 
que  li  murs  de  oascnn  fu  hautement  fondés, 
bien  les  Tos  Bornerai,  s'escouter  me  voles;  20 

li  nous  an  maine  roi  i  ert  primes  posés, 
et  ores  Taventare  por  coi  il  ert  prouvés. 
F.  84^  le  jour  que  BuciCaua  fu  mors  et  afolés, 
fist-il  le  premeraine,  si  com  ol  aves, 
et  après  Bucifal  i  fu  li  nous  trovéa.  25 

Après  tsX*û  1.  autre  que  sor  L  mont  leva, 

et  i.  autre  Alixandre  là  ii  Pomi  Uia. 

Alixandre  Montoise  por  icou  le  clama; 
Alixandre  Pbrri  por  icoii  le  pouma, 

et  Alixandre  en  Frise,  quant  eonqneire  l'ala,  30 

et  le  non  de  la  tiere  et  le  sien  i  posa, 

et  le  gent  Alitandrequ^en. Egypte  estora; 

et  celé  fu  li  miudre  et  qae  il  plus  ama. 

là  ot-il  sépvtnre,  si  com  Testore  va, 

et  une  en  Babilone  que  il  après  fonda»  35 

ù  Tamiral  fu  mors  qui  vers  lui  se  dreca. 
El  bons  rois  AUaandre,  comme  genttus  ouvras^ 

n'avoiea  que  xx.  ans  quant  eorone  portas, 

35* 


948  REGRETS  DES  IIL  PER8. 

et  en  xii.  ans  après  tôt  le  mont  conquestas, 

et  dedens  ces  xii.  ans  xii.  cités  fondas , 

et  en  cescune  vile  ton  non  mis  et  posas. 

les  vi.  en  ai  nomées,  si  com  ta  le  noamas, 

les  autres  nomerai  que  jou  ne  faurai  pas.  5 

tu  fesis  Alixandre  as  puis  Massagitas, 

puis  en  fesis  i.  autre  droit  as  puis  Orgalas; 

ice  sunt  ii.  cités  ù  on  fait  rices  dras. 

et  as  puis  Damascus  i.  autre  en  estoras; 

c'est  i.  rois  que  par  force  mesis  de  haut  en  bas.  10 

puis  en  fesis  i.  autre,  ricement  le  puplas; 

Alixandre  fù  dite  et  as  puis  Troadas, 

sour  Tiave  de  Tingris;  tous  les  xii.  fondas 

ù  lettres  de  Grijois,  ë  1'  mur  escrites  as. 

Por  coi  i  fist  ces  lettres,  tus  sai-je  bien  à  dire.  15 

Alixandres  ki  fu  de  tout  le  monde  sire, 
d'un  lignage  Jovis  et  si  fu  de  s'empire; 
se  cil  fust  Dex  è  V  ciel,  cil  ne  fust  mie  pire. 
xii.  cités  fonda,  lettres  i  fist  escrire; 
que  riens  n'i  gaegna,  cil  qui  Tesmut  à  ire,  20 

et  qui  le  coureca,  aine  ne  pot  au  loig  rire, 
trestous  ses  maufaitors  a  liyrés  à  martire; 
qui  Tocist  par  venin,  la  maie  mors  le  fire. 

Mult  fu  preus  Tholomes  et  fist  grant  cortoisie 
quant  en  sa  sépulture  fist  escrire  sa  vie.  25 

or  m'entendes,  signer,  que  Dex  vus  béneie; 
cui  Dex  donc  le  sens,  ne  le  doit  celer  mie, 
mais  bien  se  doit  garder  que  à  tel  gent  le  die 
qui  dignes  soit  d'oir;  que  cil  fist  grant  folie 
qui  entre  les  porciaus  giete  se  margerie,  30 

ne  avoec  le  forment  sème  le  garberie. 
teus  se  fait  mult  cortois,  plains  est  de  félonnie; 
avarise  est  montée  et  largecce  est  falie, 
bontés  est  refroidie,  montée  est  félonnie. 
ois  est  cil  qui  sert,  mais  de  losengerie,  35 

services  est  perdus,  savoirs  ne  li  aie. 
por  cou  le  di,  signer,  se  Dex  me  béneie; 
ne  voel  que  me  raisons  soit  de  tel  gent  oie» 


RBORETS  DBS  Xa.  PBRS.  549 

que  bien  ne  sace  entendre  que  ele  senefie. 
qui  cante  de  mencogne»  se  parole  est  périe; 
qui  yilain  viut  aprendre  de  le  cevalerie, 
de  bruier  faire  ostoir,  se  paine  restudie, 
et  cil  est  fols  proyés»  -Il  lettre  le  nos  crie.  5 

Salemons  fn  mult  sages  que  ce  dist  et  otrie: 
F.84«  „cou8tume  aprent  à  l'oume,  cil  qui  bien  le  castie, 
y,mais  nature  alonge  toute  le  signorie." 

Signor,  ceste  raison  deveroient  oir 
ki  sunt  de  haut  parage  et  tiere  ont  à  baillir.  '*     10 

U  gentius  hom  malves,  cil  fait  mult  à  hair, 
qui  Tint  avoir  service  et  dont  ne  veut  merir.^ 
princes  ki  tieres  a,  à  envis  doit  mentir; 
mais  proecce  et  largecce  font  bien  tiere  tenir, 
et  cou  fist  Alixandres  essaucier  et  tehir,  15 

que  il  conquist  le  mont  trestout  à  son  plaisir, 
mult  par  i  ot  sage  homme,  aine  ne  vot  consentir, 
losengier  entour  soi,  ainques  ne  vot  soufrir. 
hom  qui  tent  à  ounor,  il  ne  li  pot  falir, 
mais  qu'en  tel  liu  atende  h  il  puist  avenir.  20 

cil  qui  se  desmesure,  il  pot  mult  tos  cair. 
hardis  fu  Alixandres,  aine  ne  degna  fuir 
et  sot  bien  en  Tester  premièrement  férir. 

Li  gentil  chevaliers,  li  clerc  sage,  li  bon, 
les  dames,  les  pucieles  qui  ont  clere  façon,  25 

qui  souvent  de  service  rendent  le  gueredon, 
cil  doivent  d'Alixandre  escouter  le  raison; 
or  se  traient  en  sus  li  aver,  li  félon , 
que  jà  ne  lor  feroit  li  oir,  se  mal  non. 
fols  est  ki  d'esprivier  cuide  faire  faucon,  30 

ne  de  ronci  destrier,  ne  de  lévrier  gaignon. 
nature  et  noreture  mainent  mult  grant  tencon, 
mais  au  loig  va  nature,  ce  conte  la  licon, 
et  j'en  trai  à  garant  le  sage  Salemon. 
Alixandres  li  dist  et  moustre  par  raison:  35 

fols  est  ki  consel  croit  de  fol,  ne  de  félon; 
ci  doivent  prendre  exemple  li  prince  et  li  baron, 
hardis  fu  Alixandres  et  plus  fier  d'un  lion. 


550  RBOfltETS  DEB  XII.  PJUML 

dou  droit  set  et  de  V  tort  faire  deTirion; 
por  cou  ot  tout  le  motnt  en  sa  sulijectioii. 
qui  trestout  yiut  tenir,  tôt  pert  à  abandon;: 
souvent  pert-on  grani  eose  par  malvese  ocoiaen. 

Li  rois  qui  son  roitume  Tint  par  droil  goayemtr,         5 
et  li  dus  et  H  conte  ki  tiere  ont  à  garder  > 
tout  cil  doivent  le  vie  Aliiandre  eacouter. 
se  il  fu  crestieos,  onques  ne  fu  teua  berf  ; 
rois  ne  fust  plus  hardis,  ne  mius  sewst  parier»  • 
"^ni  onques  ne  fu  hom  plus  larges  de  donner}  10 

onques  puis  qu'lL  fu  mors ,  ne  vît  nus  hom  asn.  per. 
n'est  drois  que  pas  Tescoutent  li  escars^  li  aver; 
tout  autresi  est  d'ans >  ieon  puis  afremer,^ 
corn  il  est  de  TasBon  ki  ascotile  harper.  .    . 

asses  vus  en  potion  ImiJMttei^  deviner;  15 

n'en  dirai  plus  avant ,  bm  raison  voei  fiiieré 


GLOSSAIRE. 


DiMei  kirifehftltcae  OIoimt  r>«kt  ■«>*  '>•  MhwieriftieB  Wftrtw,  Ja  einife  Êimà  «arcr» 
■Undlieh  «nd  VBerklârt  fV^Ueken ,  wai  sieht  inmcr  ftif  EMlmmf  ûm  H«ra«arek«rs  kQami, 
da  snweilen  offkntarc  Verichea  der  Akiehreik«r  dai  VeniindDÎg  iBMftflieh  aiaek*».  Di« 
vfertffeii  feietei  aieh  in  ifcrer  alten  Fera  keiaa  0ebwierifkeit  dar,  «ad  fladan  nek  ■«4aai  DmI 
■âmaillJeh  ia  Eoquaforti  Wôrterkueh  der  romaaiaehea  tf^raehe  (flaia«ire  de  la  lasfva 
romane),  aad  aameatlteh  ia  Dveaafe*e  treflieheai  Werk  (Theaavae  aiediae  • 
latlaitatia.) 


Aatine  473,  17.  déli,  fuerelle,  eo~ 

1ère,  eammmx. 
aatir  89,  29.  169,  10.  àêfêry  s'em^ 

fTêêêtTy  irriter. 
abosmé  387,  8.  Mme,  eha§rinê. 
abrièTé  126, 6. 223, 26.  frompt,  ié$er. 
acainne  (açainer)  67,  6.  faire  êifne. 
acesmer  456, 27. 489, 3.  wmer,  forer, 

éptifer, 
acopart?  195,  34. 
adenter  85,  18.  86,  26.  104, 26.  ren- 

verêer,  akattre, 
aflire  39,23.68,34.69,4.405,37.  défaire, 

aeeakter,  inpnéter,  chaîner. 
aforceure  105,  37.  emfawrehure, 
aham  279,  16.  peine,  tourment,  fa- 

tiffUê,  mai,  4a%iUnr, 
ahanier  469,  3.  kattre  m  ffran^e. 
aiglent?  332,  29. 
aillie  1 1 9, 29. 1 30, 3.  ait  {emploffi  fofir 

désigner  une  ehoêe  sans  valeur,) 
ainte,  ainque  520,  17.  enere. 
aûemente  292,  33.  oêsememê, 
alémele  102,  10.  251,  31.  430,  32. 

épée,  iame,  tranchant. 
alignote  99,  5.  vieux  Un$e,  chiffon. 
aligos?  280,  27. 
alifl  113,  7.  couché,  renveroé. 
alogne,  aloisne  279,  14.  eukêtanee 

amère.  Peut-être  est-ce  un  dimi- 
nutif d'eêcalogne,  échalotte. 
amanevia  415,  18.  410,  15.  diepoe, 


ancube  209,   31.   373,   26.  tentée, 

paviUone. 
ancui  477,  32.  478,  18.  a^mut  mi- 

jourd'kui. 
aourdir  90,  15.  eniourer. 
araisnir,  aralanier  22,  3.  haranguer, 

parier. 


aramîr  199, 23.  ee  hâter,  e^empreeeer. 
arcoîer490, 12.  chaeeer,  tirer  de  Pare. 
arme  113,  7.  285,  18.  439,  9.  orne. 
a8a8ée74,ll.l  i9,2t.  ffamie,akondanie. 
aficières,  arcières  211,  4.  80,  2.  m»- 

vertttree   pratiquéee  po^tr  lancer 

dee  fiéehee. 
assené  461,  32.  493,  16.  aeeigner, 

déeiffner. 
assouviné  87,  9.  couché  è  terre. 
atoivre?  233,  29.  282,  27. 
aubain  164,  28.  414, 18.  cheval  hlane. 
aumacor  7, 18.  122,  1.  138,  25.  424, 

20.  mot  tiré  de  l'arabe,  titre  qui 

correspond  à  celui  de  eonnétahle. 
aumaille  95,  2.  hêtee  à  eomee. 
aumarîe    4,   24.  29,   34.   119,   15. 

d'outre-mer. 
aumatite  71,  35.  étoffe  d'aumarie  ou 

d'outre-mer. 
auner  276, 17.  283, 22.  387,  37.  rae- 

eemhler,  réunir. 
ayiel  91,  18.  déeir. 
ayresier  327, 26. 343, 9.  démon,  diakle. 

Baiet  138,   3.   cheval  marpié   de 

klanc  en  tête. 
baiiles  73,  35.  482,  10.  harrieree, 

palieeadee  d'une  ville. 
baînier  238, 8.  13,  34.  238, 10.  erieur 

puklie. 
baldor  64,  23.  529,  21.  Joie,  gaieté, 

hardieeee. 
bargagne  88, 1 7. 1 27, 1 3.  nunrehé,  vente. 
bastital  27,  32.  65,^22.  143, 21.  hruit, 

vacarme,  bataille. 
bauçant  40,  12.  43,  22.  87, 1.  chenal 

tirani  eur  le  roux, 
bautier,  bauloier  113,  18.  146,  18. 

voUi$er. 


554 


GLOSSAIRE. 


baulois  64,  12.  balai, 

baus  120,  3.  351,  7.  joyeux,  hardi. 

befroi,  biefroi  63,  19.  64,  2. 8.  216,6. 
tour  de  bois,  pour  pénétrer  êur  les 
rempart*  d*une  ville  assiégée. 

bAhorder  14,  30.  jouter. 

beirser  4«0^  12.  th^êsêr. 

beubaiice,  beubaot  130,  3i.  193,  7» 

.    orffuêit^  arrôfanee, 

bue  118,  4.  (teAe. 

blatlûnge  472,  31.  Hmme. 

blois  87,  31.  bleu. 

blauft  34,  17.  2701,  6.  privé  d$. 

boisdie  4,  24.  221,  24.  perfidie,  fwe, 
méthanutéy  trmhiêon, 

boiser  470,  12.  tromper,  trahir. 

boiaièreouboHrnière  540,27.  («rot/a)? 

boaneé  213,  35.  312,  3.  komeg. 

bougeront  Hif  25,  eto^  lie  f  oil  de 

boYion,  boi^oD  131,  30.  214,  23, 

yroitte  fléêhe, 
braidis  269,  34.  79,  22.  1«5,  2.  r^ft/. 
braoïi  U5,  9.  «03,  24.  273,  19.  39(k, 

15.  eAatr  <fe«  ifiem(!r««« 
brifioa  220,   1.  404,  20.  OTifef^/^ 

coquin,  méchant,  $mmem9ni%  - 
brogne  287,  7.  27, 10.  30,  24.  68,  n. 

90^  24..  €mrttsê$,  oatt^  de  tnaUie. 
brohon  breteis?  173,  33. 
broi  395,  lOw  4or4e  de  ehws^... 
bniel  56, 43.  71, 18.  peU^boiêyiomië. 
briim  549,  3.  éftrcier  bitord* 
bruir  44,  30.  brul/u:. 
bttfM  30,:  18.  216»  18.  273, 14.  405i  2« 

orgueil,  fierté,  hauteur,  j^Umce, 

CWe,  cacerie  4, 17. 31, 14.  cAa#M> 

fW<r#tft/e. 
caclit  274,  36.  chMli$,  coucha. 
cafur  167, 17.  467,,  24.  infidêk,  mé^ 

créant. 

09îeler70,6.  06,  l.  canimn,  fmder, 
caière  2,  28.  chaire,  siégt. 


calant  92,  7.  282,  1.  êvrte  de  kmtemu. 
calenge  472,  30.  débat,  eomkmi. 
calenger,  calengier  50,  14.  88,  20. 

102,  34.  débattre,  contester. 
cambrelens  6,  30.  ehamkeUoÊt. 
cansil  476,  $0.  )%é  ée  tUnwêt   ^^ 
cantiel  120,  30. 121vdi«  ^i&S;  5,  fMto*- 

^Her,  o^iiy  murùÊèU. 
caon  286,  36.  canet^Sk^     • 
capiie,  cafpite  512»  fO.  ehÊrpU* 
capidi  86»  2a  #Miter  è  f^pée* 
cartNicaiie  9^2,  tl.  rem^mrt  gmid  de 

ftmàerpan  oti  I'm'la9tç0it  êê9  énwfa> 
cataine  67,  19.  232,  25.  ciyîIflMe. 
catoner  413,  3.  ramier,  mKer  é  fmtre 

patteê  eomm»  /^  chats*  -  . 
caudiel  370,  9.  6ot#tôn  ^cA#lMl0• 
caudU  177,  2.  277,  %^:chm»A,  MdmL 
caumoM  ^%^,  82.  .823^   7..  ^hmmt, 

chmtÊ^  cami^Êitt  de  cimume^ 
cayage  456,  2. .  472,  4.  tHM  pmr 

tête,  capitatimii     - 
cave!  542,  87..ctoi;ef. 
celler,  cilleter  507, 12.  606,  2ft«  fer^ 

«If  r  IM,  qfetiâty  som'ciUmr* 
cembd,  cenlMaus  9t,  2»  185^  iO.  251, 

17.  /oui»!  com^ùtf  t^unm.    ** 
cendal  12,  iSL  27;  26/120^  5.  «!##« 

foftÉstimée,iùpèifeéei^0pMê^ 
cepée  345,.M^  Mè,  Mi^i»«  ... 
oeao  270,  14^  ei06e. 
cevestres  203,  6.  /tg|if,.»tfntyiii#,. 
cherbole  520,  25.  o^oMt^wm  fr»tf« 

siérSy  sahoiSf 
cUlouAtts,  <ûto«l  341,  24«««rtei*é- 

oiete  120, 25..  126, 34.  vHmf§,fymrô. 
cincle  342,  5.  sangi^^^ 
olavaine  27,  tO.  garni  4e  fioufin 
claverue  381,  10.  p.  elatmtn^,  ser- 

rur^9  .ferwtehmtn 
cocatrigenois?  285,  23.  ^afKmMl  (a- 

buUuxy  p^pàef^  <te  v^oçùdih^ 

coles  54,  11.  tiges. 


OMMAIB». 


555 


combrer  39,  t8.  i6(^,  32.  pnnére^ 

compassée  2,  31.  S,  29.  t9W^y  rtr- 

futi  lf*<t«é  «n  éompdê, 
conbés   128,   1.   143,   10.   froUes, 

^ê^hêê  éKtmtréêê'  de  mmiapiêà. 
cofltrflloier  177,  13,  16.  comrarêer. 
conVine  280,  6«   2#9,   5;    380,  27. 

manière  de  vivre. 
copet  999,  24.  fWiilé. 
CdratNe  M^,  26.  94,  7.  3d3,  27.  êm^ 

irufêUêy  inteêtim* 
corine  56,  20.  colère,  dépiU 
CôTonê  540,  15.  eolM. 
costal  286,  26«  t^îe^m,  wtonUiyne. 
covdombes  289,  18..  eùêonneê. 
coumé?  271,  3. 
dwrenidr  85^  81.  «4,  19.  42»,  la 

154,  37.  éctëêer,  kri^er,  iétrmre, 
créande?  289,  8* 

«rèee  412;  26.  erêehe^,éMU,  écarie. 
i^rolsir  1 ,  24.  89^  22.  er^tqmr,  pétmet. 
crosture  281,  14.  ^«Me^  6mpm*m. 
euié  85,  26.  Je  erûis  {eoffilo  t) 
cuig  41,  18«  €9iny  pwimU  d»  cimier. 
cuiriens,  ceures  238,  20.  239,  2,  6, 

iA.  tharrêe  fuerr». 

Daenrain  157, 17. 164,  13. 176,  28. 

476,  1.  dernier,  M  derrière. 
daîiltié  11  i  %9i  fêriiôn,  mcroetm  à 

manger. 
deftîre  386,  11.  fleurer,  regreHer. 
delois  206,  19.  481 ,  33»  oenfiance, 

aêsuranee. 
deNfion  410,  30.  maiHiy  affmHnL 
délite  72, 4.  plaiëir,  J^ie,  amuêem&ni, 
damaine  13,  23.  seigneur,  prineipaL 
dervé  278,  4,  21.  283, 7.  260,  25.  fou, 

insensé,  endiaklè. 
désBiii  121, 24. 163, 25.  rmn^,  brisé. 
desbareté  23, 1 1 .  30, 34. 66, 9. 301, 36. 

vaineUy  détruit,  fit>  en  dénuées 
desconbré  38,  18.  déehargé,  iièo* 


desefmr,  deaenaitte  131, 11.  ^7, 7. 

458,  4.  489,  7.  séptirer,  désunir, 

diviser. 
dospondrfc  58,  85.  59,  iQ.  eoopHfmr, 

exposer. 
dosrainier  14, 16.  racsntfr,  expiiwet\ 
desrée  156, 2, 4. 471,  h.  perdu,  ég^réf 

perdre  te  sms* 
desrubans   119,  a    134,  10. 

abrupte,  Hsu  escarpé. 
desseinons  267,  38.  avertis, 

mandés,  swnméSé 
destalenlé  31,  9.  dégm$lé. 
destemprer  16, 8.  préparer,  apprêter. 
deuve  220,  18.  fessé,  creux,  mare, 
devenres  258,  84.  379,  1.  vendredi, 
diemaine  535,  5.  dinumehe^ 
dionicte?  268,  8t* 
dious  139,2a  246t  15.  3$ô,6.  deuU, 

chagrin,  affiieHou. 
diva  81,  6, 26.  73,  20.  181, 27.  «(r«^ 

metion,  déakie. 
doblier,  dobIentin85, 9. 120^ A.  481, 

1.  éoukie,  formant  detOiure, 
dognon  35, 6. 111, 6.  «50, 30,  dengon. 
dois  12,  20.  15,  4;  dais. 
doSAOi   36,   16.   83,  9.   gaimUerie, 

anuêeement. 
doutour  277, 1 1 .  guidee^^  eendueteurs. 
dranele  191,  8.  inflammation, 
dromonl  55,  3.  77,  7.  vaissem*, 
druerie,  dm  130,  la  181, 7.  183, 16, 

2W,U.  amitié,  amour,attaekÊmeiêt, 

fidistrer  826, 1,2a  faire  des  éetoire. 
eire,  oiire  288,  5.  rotoe,  ekmnin, 

voyage. 
embrons,  embroncier  73,  8.  89,10. 

171,  36.  morrn,  triste,  i$èfuiet. 
enanne  465,  34.  114,  18.  eotatroie 

du  bouclier. 
enblaé  256,  3A.embarassé. 
encriemé  499, 31.  4friminei,  eeélérat. 
engramir  163, 8. 164,2,  s'irrittr,  ee 

fâcher,  ee  utêtire  en  eelèrè. 


556 


GLOSSAIRB. 


engolëe  3,  17.  teinte  en  rouge. 
enhermie  210, 14.  328,  18.  iévaêtée, 

abandonnée,  déêerte, 
enheudeure  151,  8.  166, 10.  358, 21. 

poignée  d'épée, 
enoscié  151,  8.   156,  10.   158,  21. 

édenté,  entaiUé. 
ensiérir  463,  9, 24.  ee  faire  tard,  soir. 
entaiie  493,  7.  attention. 
entenal  274,  20.  conduit,  entonnoir. 
entesé  154,  21.  préparé,  apprêté, 
entescié  43,  9.  entaché, 
entoskement,  entoskier  54,  23.  339, 

26.  341,  10.  505,  4.  poison,  venin. 
entrait  436,  34.  emplâtre, 
entresait   184,   2.  en  même  tempe, 

pendant  ce  tempe, 
entrues  337, 9.  tandis  que,pendani  que. 
envols  524,  33.  eneetoppé, 
erent  280,  4.  ile  Meurent. 
erraument  56,  4.  197,  12.  205,  34. 

211,  26.  promptement,   de  suite, 

incontinent, 
esbanoier  52, 36.  395,  36.  s'amttser, 

se  réjouir,  se  divertir. 
escari  95,  9.  dispersé,  écarté. 
escarimant  351,  8.  de  couleur  rouge. 
escars  222, 8. 277,  32. 550, 1 1.  chiche, 

avare,  mesguin. 
escavie  4,  12.  parfaite,  accomplie, 

achevée.  ^ 
escerpe  404,  27.  éeharpe. 
esdenkier  178,1 4.  manchot,démemhré. 
esclos?  283,  6. 

escondre  (s')  18, 14.  98, 13.  se  cacher. 
escorgaitier  37,26, 29.veiUer,gfêetter. 
escremir  182,  25.  303,  10.  343,  25. 

escrimer. 
eskius,  escis  465, 16.  fugard,  fugitif, 
eslais  115,  7.  141,  16.  bond,  éia»- 

eemeni,  galop, 
esmer  84,  25.  89,  15.  102,  19.  281, 

21.  estimer,  év^uer. 
esinèré3,14.271,7.«/)lii€r,r0fltfr6|mr. 
esponde  {wudtref)  98,  25. 


espondes  545,  14.  bords. 

essart  245,  3.  435,  27.  dêstrueiisn, 

abattis. 
essone  30,  14.  369,  24.  500,  20.  m- 

pêchemsni,  diffeuUé,  retard. 
estace  53,  29.  fieu,  piUar,  poteau. 
estai  12, 16. 117,  10.  place;  prendre 

estai,  ^ arrêter f  gaerpir  estai,  dé- 
camper, partir. 
estasse  492,  10.  taUle,  stature. 
estaval  275,  3.  329,  23.  escarbouehe, 
estelle  377, 27.  poteau,  Jambage  diurne 

porte. 
estoltie  129,  31.  folie, ^  étourderie, 

témérité,  imfrudenee. 
estous  34,  12.  fot$,  insensé,  témU- 

raire. 
estotttoier  84,  28,  30.  153, 19.  #'0m^ 

porter,  piereUer,  disfuter. 
estre  267,  33.  outre. 
estrinel73,27. 473,20. 478,13.  étremne, 
estriTement  495,  30.  guerOte^  débat, 

dispute,  lutte. 
estrous  (à)  145, 6.  402,  6.  432,  21.  à 

Vinstant,  sur  le  champ. 


f  alise  435,  22. 

escarpée,  falaise, 
famiOeos  11,  29.  113,  15.  388,  4. 

affamé,  faméliguê. 
feusart  305,  27.  épée  recourbée,  latne 

semblable  à  une  foules. 
feviele  102,  7.  flatterie,  ee^olerie. 
feleneské  U,  1.  72,  20,  perfide,  mc- 

chante,  cruelle, 
fferrant89, 4. 96, 8. 129,13.  cheval  gris, 
festiel  55,  7.  fiète. 
terre  77,  13.  91,  28,  33.  maréehal, 

forgeron. 
fius  19,  8.  fief, 
flatir  121, 26. 226, 5.  pousser,  abattre, 

renverser. 
flastrié  507,  4.  poitrine,  estetnac. 
^>rmis0D  132,  5.  taille,  stature. 
fos  57,  9.  70,  20.  fou,  insemsé. 


GLOSSAIRE. 


557 


foarciel  91,  25.  102,  9.  9ein,  foi- 

trins,  le  creuse  de  Pêêiamae. 
frarin  56,  18.  120,  3.  297,  33.  mî- 

eérahle,  infortuné, 
fremeté,  frété,  ferlé  61,  3,  35.  72, 

34.  tilie  forte. 
frenel,  freUax  393,  21.  fiûu  de  Pan, 

è  plueieure  tuymê». 
fricon  131,  26.  437,  2.  déroute. 
faere  29,  35.  foureeu,  fourage. 

OaignOn  549,  30.  cMen  de  haêse-^ 

eowr,  mâtin. 
galifre?  260,  2. 
garberie  548,  30.  mauvaiee  herbe, 

ivraie. 
garçon  102,   24.   homme  de  haeêe 

condition,  valet,  goujat. 
garingaus  34f,  24.  sorte  d'éfiee. 
gas  49,  17,  28.   222,  7.  299,  2.  éa- 

dinage,  plaisanterie,  moquerie. 
gastalle  242,  20.  (même  signification 

que  gaê). 
gastinois  285,  22.  désert,  lieu  aride, 

solitude. 
gaut,  gaudine  315,  18.  341,  1.  bos- 
quet, bois,  forêt. 
gelde  398, 4.  403, 33.  468, 24.  troupe 

à  pied,  fantassins,  piétons. 
gies  12,  4.  lien,  lacs,  courroie  pour 

attacher  les  oiseaux  de  proie. 

gîiBine2B9,2d.hallebarde,pique,hacf^' 

glatissant  424,  3.  hurlant,  criant, 
aboyant. 

glous  35,  2.  goutte,  gorgée. 

gonne  160,  16.  habillement  d'homme 
et  de  femme,  casaque,  longue  cotte 
qu'on  mettait  sur  Varmure. 

gonniele  252,  29.  440,  30.  (même 
signification  que  gonne). 

gorras  49,  18.  tu  jouiras. 

grailes  76, 21.  83,  28.  223, 8.  instru- 
ment de  guerre  à  sons  aigus. 

gramir  90, 16. 151,  35.  être  chagriné, 
mécontent,  se  pUrindre* 


grifegnel  26, 34. 269, 6.  eruel,méchant. 
guencir  28, 28.  30, 2.  84, 15.  heurter, 

pousser,  frapper,  jouter,  glisser, 

tourner, 
guernons  35,  28.  moustaches. 
guerpir  27,  20.  30, 4.  78, 7.  79, 17,  23. 

laisser,  quitter,  abandonner. 
guices?  110,  11. 
guiges  183,  20.  431,  23.  poignée  de 

de  Pescu  ou  boulier, 

Haire  362,  29.  nid. 

hanepier  33,  30.  crâne. 

hapiel?  370,  4. 

hart  254,  2.  liens,  cordes. 

hateriel  419,  13.  la  nuque,  Npins 

du  dos  ou  des  reins. 
havene  (treriel?)  92,  9.  port. 
haut  278,  19.  tV  puUe. 
heus  465,  6.  poignée  de  l'épée. 
houpis  290,  7.  chat-huant,  hibou. 
hurées  337,  21.  brûlées. 
hustin  120,  18.  497,  23.   clameur, 

choc,  combat. 

lesmé  156,9. 366,1 1 .  émaillé,oi$vragé. 
înde  66, 35. 122, 20. 289, 20.  bleu  foncé. 
ingal  340,  26.  360,  2.  plaine. 
ingremance  343,  16.  391,  9.  fUero- 

mande,  art  magique. 
ipotatesmos  280,  28.  hippopotame* 

Jasorant  32, 8. 40, 17. 83, 33. 402, 5. 
à  chômons,  à  mailles. 

Kient  308,  16.  tombent. 

Mjagne  498,  33.  bois. 

laie  2,  6.  laique,  séculier,  gens  du 

peuple. 
lairis  113, 6.  116, 35.  140, 17.  380,  1. 

champ  en  friche. 
laituaire  16,  8.  électuaire,  elixir. 
lanbrus  14,  36.  law^hris. 
lanier  2, 12.  95,  23.  405, 13.  469, 10. 

lâche,  poltron,  lent,  paresseuse. 


558 


OLOMAIBBi 


Ittto  152/3t.  408, 5,  pùidéy  fmrdèÊnt, 

puiyuê,  la99iiuéê^ 
liOrt  fîO,  ^.  105,  8»,  cAaro*  i»  «i^«- 

/etir  notre;  ftrtiiw. 
liceur  445,  2.  lii^teut. 
\{ù  473,  2.  U^a^ey  raôê,  parmUé. 
listé  et,  15.  118i  36.  166,  ».  à«nrfe, 

/t>«e,  jio/t. 
lerafin  114^  21. 164, 14.  tiàèWy  bHékêé 
loiiier35, 33.  62^4Myer,  réûempeme. 
lues  9,  21.  et,  20.  250,  5.  262,  21.  de 

ëuitey  sur  le  champs  hmnéiiafemmà, 

Hfahegnier  25,  2.  31,  2.  muHkr, 

hleseer,  méuttrir. 
ifiairtbtunie  447,  22.  iiUeUe. 
maire,inère2t6,26.47i,22p/ii»fr«li«e. 
mallart  196,4.244, 30.  unardsmÊÊMtfêi 
mallent?  82,  1«. 
mandegloife  24a,  33.  «54,  15.  mum* 

êrë^é  (pkmte). 
mangon  250, 25.  403, 12.  lingots  d'en 
msngonnerSO,  2.  détruire  mi  fàâfeH 

de  mangoniaus. 
mangoniaus  75, 1 9. 2 1 0, 3 1 .  machine  de 

fftierre^  ftepre  à  ianeer  dêê  pienreêk 
mwnge  72,  18.  êihêé  au  bord  de  la 

mer  un  dtunê  rMire^ 
roargeri^  548,  2».  p&Uy  piernsprê-* 

eieueeê* 
nMrroitnier  469,  2.  mat^t^  haieHeri 

marinier, 
mas  29,7,24.  tuéy  tthaHU,défait,9aineU^ 
masenge  472,  127.  méeanfe  (eiseau). 
masiel  91,  34.  boueherief  carnage. 
masièle  245, 14.  252,  23.  mâchoire. 
masière  54,  24.  2il,  7.  nuiiaant  «mé»- 

efimetiemy  mvfonfMrâ. 
maturas  1  Zi,30,trait,dardè  grosse  Hte, 
iAass292,  13,  24,  319,  13:  tnaiHei^ 

marteau, 
mesekie  350, 6.  Jeune  file,  demaiseile* 
mesiel  370,  7.  lépreu»,  ntisérablé» 
mesAie  128,  18.  146,  2K  159,  82. 

maissn,  compmgnêSé 


Ae4  35,  5^  hêehê,'  coffre.       • . 
mie,  nife^T,  36l  68^  11,  ai,  «9^  iO. 

médecin^  ehitufpen, 
mijous  8, 9.  lejaUHsdêPp^f^  kmÊiUsu. 
miBsandor  12$,  a.  138»  .27.  fMî  «Mit 

mille  sofis  d*or, 
molBBaiiA  109;  17;  123,  2,  136»  23^ 

trompettes  mspémêes, 
mont6DiArl2a,2. 1^,  bïdemtonti^nâs, 
moriiào  56,  25.  m09tialiié,  mahéki 
mue  12,  24.  cage  y  prison. 
mu  12, 14*  57,  36;  276, 16.  ^k  « 

muet  y  qui  ne  parle  jNUu 
mutes  286 ,  36.  gros  rats'^m$tm^fU, 

Miticorasse  293, 4.  hihouy  chaiTlmmt, 
iioel6r  278,  3a  mel^y  ésmasfmner. 
noellure  53».  3i«  308»  2t  nislhf  da- 

mnàpitnurs^  . 
ROer  280,  29.  281,  20.  33^^  6.  na^cr. 
noi5  122,  22.  285,  27.  nsige. 

OeUe  69,  17,  19.  ouaiUs^  krtki^, 
06S  89, 16.  161, 7«  gréyprofU,  mmtn 

tagCy  gain, 
oîsor  629,  13.  épouse. 
oraite  493,  4.  énê  sauvsigsi  ory^. 
wrgeiml  tl,  80.^  860^  7.  orgamimef 

prindpaL 
•ffDkl6  258*20, 31.259, 5,10.  braeeki, 
ostefio  120»  10.  285,  9.  H^ges  de 

Otî&l  319,  18.  p.  egnooé^akij  Hfi^M 

de  grande  taille, 
ourdir  215^  18,  82»  Sfttomrsr,  smii^ 


oos  11,  Ift  hsueke^ 

Paiacon  54, 8. 189, 1.  pisuseypigiaM. 

pales  69,  27.  êloi^, 

palmier  1 38»  84.  pélêrin4e  Jérusakm 

pu  portail  des  palmes- 
parcoonier  185, 12. 237,  iU,qm€0rê 

en  partage* 
parteure  466,  8.  paHags» 


€MU9iflâOBA 


559 


pecoié  72,  dO«  krifi,  rmnfu,  «iM 

p«€Oul.54&»  14  «MNMsAf^  «vfjwr^ 
pénis  118,  27.  ^ai  prend  de  kt.peùèêf 

péon,  peonier  117,  26.  426«  ^3^345, 

peone  30,  21.  pivoine* 

pîetria  287,  23*  perdrix. 

pieUus  26,  1.,  ai2»  34.  ^20, 3.  Iroti, 

pignonciel  92,  \,  kçnniérê  /Lotiat^ê 

à  poUUê. 
pîour 4,aOL»«Mre,  inférUur^ pir^ 
piM4m«M  ^5,  ;j..jwi*i*  poison. 
plaine  27^  1 2, 29,  I6. 34, 13.  iManc4) 

la  longueur  de  la  lûftfi*»     . 
ptoisîer  137,  12.  158,  U.  161,  ^9, 

plier,  courber,  renverser, 
pla9éi»140,9.15a,4.  165,8.  25.1,35. 

343,  16.  anelo9,  pare,  Heu  fermé 

de  haieif, 
ponhier  328,  14.  crie^. 
poire  190,  14.  pou9wière,.p9udre^ 
posnée  3,  3.  45,^36. 60,  i^ptt^eanee, 

w§jmil,  vanitéj  o«ftenkrftoik 
praer,  preer  47,  2*  377>  28.  piUer, 

wUer^  faire  du  buêin^ 
preu  48,  26. 88,  13.  profit,  ap4mta$e. 
pug27,28. 31,22.85,12.|miiMiot>^ 
pui  153,  24  279,  7.  monfa^,  eoi0W^ 

Quaregnon  54,  17.  416,  29.  pHi  en 

quas  29,  4.  49,  11.  ca$4é,  btgi^d* 
quiataiod  14, 27. 535^  7,  jeu  d4  A«9V«« 

Btamage  U5,  31.  I68,  19.  emnag^ 

qui  n*est  poê  apprivoisé, 
ramenteu  217,  19.  326,  2.  reeêou^ 

venir,  rappeler  à  la  mémoire» 
ramprone  82,  22,  44,  2.  repr^eh^ 

raillerie,  moquerie, 
randon  11,  17.  28,  6.  116,  21.  éUtm, 

viteeee,  impétuoeité,  rapidité. 


ravestir  44, 26. 45,  i 4  initier  rtfiMttt»* 
titure,  mettre  en  poê^emHoÊU 

reconans  327,  a.  reckignaati, 

rpcAooifiSAAce  lv31,  5«  tfrmoiWev^ 
blason  peita  ^wr  ^écu* 

recreangf  racreu  9, 30.  58, 17.  71,4. 
7«  2 1 .  100,  9.  lâche,  potiron,  fttyàrd. 

recreue  103,  25.  fniêé,  retraite* 

regol  32^  n*  détroit,  foifi^  baie. 

remire  356,  17.  464,  13.  536,  4  re- 
mède, eonaokaion» 

remMO)  r^nesion  337, 31, 32. 485ye8i 
fondue,  disparue  par  la  fonie* 

reoctô308,2. 259, 1 3.  h9trt,Hen/fUaekeé 

rare  31  Si,  36.  raser. 

rescous  32»  30^  33.  34^  7.  délivré^ 
secouru, 

resnier  48,  97.  parler,  raoêom^er* 

reter76,  14.  462,  30.  aiecuser, 


reuber  82, 5.  314, 30.  377, 24. 378, 10. 

^oUr,  pilier,  dérober, 
reuseir3a,3.  116, 2â.  i;2i,  10.  146,  7. 

reculer,  se  retirer. 
revel  9U  \^  plaisanterie,  kêdinofe, 

orgueil. 
ngfiUle422,19,ia^##ifM'armM,  e$m^ 

posé^dê^  troupes  inférieurea,  valetêt 
rihote  98,  31.  dispute,  ptereUê. 
rivot  124^  6*  petiê  ruiesew. 
Toé  342,  3fi.  ronge. 
roiele  102, 5.  119,  l(k  4&Q,  13<  roue, 

'bouclier  rond, 
roncin  71,  8,  21.  229,  13.  eheval  de 

somme,  de  service,  mauvmiê  ekep&t. 
rouvente-velente  479,  la  482,  31. 

496,  6.  rAHgê,  vermeils 
rouver(jeraU)3t  1 5.  prier,  demmUen 

Safré  58.  16.   15^,  7.  cou^t  de 

broderies  d*or, 
saaUnie?  279,  14. 
saucon  259,  34.  pierre,  rocher, 
saudéea  214,  31.  solde,  récompense, 

paiement. 


560 


QL088AIRB. 


sans  311,  28.  êouê. 

saytaire?  260,  1. 

sdle  507,  15.  9UKuàfuinr  4e  fMm. 

«enrager  38, 6.  redmi  en  servage,  eerf. 

seus  19,  13.  fotireuivi. 

sieraine  26,  34.  453,  13.  Syrène. 

siglaton  4,  24.  323,  7.  eiofe  pré- 
Heuee  d'orient,  hahiUemeni. 

sognetage  539,32.  eoneuHna$e,  adul- 
tère. 

soile  94,  16.  197,  11.  eeigie. 

somondre  35,  10.  38,  32.  mander, 


son,  en  son  64,  23.  295,  2.  en  haut, 

au  eeaunet, 
sor  121,   31.    154,  4.   309,   16.  de 

eeuieur  rouêee, 
sordle  (ow  s'oreOe?)  46>  5. 
filles  543,  10.  eoulierê. 
•oudiuement  504,  29.  artifice,  ruée, 
'     euitUitè. 

souel  90,  20.  130,  17.  doucement. 
sougis  70, -SO,  eoumie,  réduit  en  eui- 

Jeetion, 
soohaidfere  460,  21.  ftil  forme  dee 

eouhaite. 
«oumecon  287, 26.  bout,  extrémité. 
souploier  53,  4.  231, 23.  frier,  euf^ 

fHer,  implorer. 
sousglootir  258,  9.  eanglùter. 
serâ,  soTinant  113,  31.  120,  16. 

abattu,  renvereé. 
silllent  155,  22. 

Tangonner  160,  8,  22.  500,  19.  m- 
pdlloner,  exciter,  preeeer. 

tans  (yu.)  23,  21.  êêpt  foie  autmU. 

tasiel  19, 2. 436, 14.  a/fragée,  attachée. 

teces  137, 5. 175, 17.  489,  29.  igualité. 

teimeue  252,  29.  couieut  tannée, 
eomhre, 

tehirl39,13.549,14.  életer,exhaueeer. 


tercière  470,  12.  trtdtre. 

idséeSi,iiM7,A.longueurd'uneteiêe. 

ûeTOU$iih,ii  Jerreux,eouillé  déterre. 

tiers  303,  26.  eeeuifé. 

tirant  291,  2.  {Odontyranmi*)  animal 

fabuletix. 
toenart  196,  7.  244,  31.  bouclier,  éeu. 
toivre  233,  27. 
tolir,  tola  74,  35.  88,  33.  89,  20, 

27.  prendre,  enlever,  ôter,  ravir. 
tonnieu  448,  7.  impoeition,  tribut. 
torcé  5,  20.  chargé. 
toueUement  51,  1.  choc,  wUlée. 
toueimerl46,34.149,37.«oifill0r,f^<r. 
trace  507,  19.  origine,  extraction. 
ire,  tref  37,  2.  38,  27.  44,  9.  f#- 

villon,  tenie. 
trejeté  341,  28.  345,  12.   546,  28. 

coulé,  fondu. 
trelue  253,  26.  378,  31.   tromperie, 

faueeeté. 
treslia  «0,  24.  140,  20.  379,  34.  tra-- 

vaille  en  treillie  ou  ehiânone. 
treu,  treyage  10,  24.  15,  7,  21.  32, 

24.  tribut,  impoeition. 
triulée  301,  16.  377,  26.  poamelé, 

uutrqué  de  tâchée. 
tros  87,  5.  tronçone,  morceau,  frag^ 

menie. 
tros  qu'à  31,  15.  jue^à. 
tumer  124,  7.  temker. 

IJmélité  336,  21.  humidité. 

ITassal  12,  17.  *mmm  courageux, 

hardi,  vaillani. 
nsselage  72,  25.  639,  18.  courage, 

tiOUance,  intrépidité. 
veer  3,  15.  5,  9.  93,  5.  défendre, 

refueer. 
Tins  483,  13.  vil. 
TOlsus  19,  1.  recouvert. 
Toltis,  TOtic  69,  32.  132,  3.  voûté. 


-»O^g0C" 


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11 


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